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Full text of "Revue encyclopédique : liberté, égalité, association"

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University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/revueencyclopd11jull 


o 


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REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE. 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

ou 

ANALYSE  RAISONNÉË 

DES    PRODUCTIONS   LES    PLUS    REMARQUABLES 

I)\NS  LA.  LITTÉBATURE  ,  LES  SCIENCES  F,T  LES   ARTS, 
PAR   UNE   RÉUNION 

DE    MEMBRES    DE    L'INSTITUT, 

ET    D  AUTRES    HOMMES    DE    LETTRES. 


TOME  XL 


PARIS, 


AU  BUREAU  CENTRAL  DE  LA  REVUE  ENCYCLOPEDIQUE, 
Rue  d'Enfer-Saint-Michel,  II"  18. 

KT   CHEZ  ARTHUS    BERTRAND,    RUE    HAUTEFEUILLE ,    «"25. 
LONDRES. TRF.XITTEL  ET  WURTZ,   ET  DULiVU  ET  C""' 

JUILLET    l8î>I. 


io 

1163 
t. Il 


a  Toutes    les   sciences   sont   les   rameaux   d'une  même    tige.  » 

Bacoit. 

«  L'art  n'est  autre  chose  que  le  contrôle  et  le  registre  des   meilleures 

productions A  contrôler  les  productions  (et  les   actions) 

d'un  chacun,    il  s'engendre  envie  des  bonnes  ,  et   me'pris  des  mau- 
vaises. 5> 

MOKTAICNE. 

«  Les  hclles -lettres   et  les  sciences,  bien  étudiées   et  bien    comprises  , 
sont  des  instruracus  universels  de  raison ^  de   vertu,  de  bonheur.  « 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE , 

ou 
ANALYSES  ET  ANNONCES  RAISONNÉES 

Des  productions  les  plus  remarquables  dans   la 
Littérature ,  les  Sciences  et  les  Arts. 

1.  MÉMOIRES,  NOTICES, 

^   LETTRES    ET    MÉLANGES. 


NOTICE 


Sur  les  chèvres  de  race  thibétaine ,   dites  chèvres- 
cachemire  (i). 

L'intérêt  que  le  public  éclairé  a  paru  prendre  à  Tim- 
portalion  des  chèvres  de  Cachemire,  efiectuée  en  1819, 

(1)  On  peut  consulter  dans  le  Bulletin  de  la  société  d'encourage- 
ment pour  l'industrie  nationale  ^  n»  clxxv>  une  rotigs  très-intéres- 
tante  sur  l'introduction  en  France  des  chèures  à  laine  de  Cachemire, 
originaires  du  Thibet,  par  M.  Tkrnaux,  membre  de  la  chambre  des 
députés  et  du  comité  des  arts  mécaniques  de  la  société  d'encourî- 
gement. 


6  NOTICE 

par  les  soius  de  MM.  Ïernai;x  et  Jalbert,  nous  déter- 
mine à  faire  connaître  à  nos  lecteurs  l'état  actuel  de 
cette  belle  entreprise ,  et  les  résultats  qu'ont  procurés 
trois  années  d'observations  et  d'expériences.  Quelque 
minutieux  que  puissent  être  les  détails  où  nous  allons 
entrer,  ils  ne  paraîtront  pas  indiflférens  aux  agriculteurs 
instruits,  aux  manufacturiers  intelligens,  aux  nombreux 
amis  de  l'industrie  nationale. 

Le  troupeau  se  composait,  au  moment  de  son  arri- 
vée en  France  ,  de  deux  grandes  divisions  ,  dont  l'une , 
amenée  par  le  navire  te  Saint-Nicolas ,  avait  été  débar- 
quée à  Marseille  ,  et  l'autre  ^  embarquée  sur  la  Ca- 
therine, était  arrivée  à  Toulon. 

Le  troupeau  du  gouvernement  et  une  partie  de  celui 
qui  appartenait  à  MM.  Ternaux  et  Jaubert  furent  diri- 
gés vers  la  bergerie  royale  de  Perpignan ,  d'après  l'avis 
du  respectable  M.  Tessier  ,  membre  de  l'Institut ,  qui, 
après  avoir  contribué  à  procurer  à  la  France  l'inap- 
préciable bienfait  de  l'introduction  des  moutons  méri- 
nos ,  devait  naturellement  associer  son  nom  à  l'hon- 
neur de  cette  nouvelle  importation  ;  le  reste  fut  confié 
aux  soins  de  divers  propriétaires  provençaux. 

La  division  stationnée  dans  les  environs  de  Perpignan 
a  constamment  prospéré  ;  les  animaux  sont  dans  un 
état  de  santé  parfait;  la  beauté  de  leur  duvet  ne  laisse 
rien  à  désirer,  leur  nombre  est  plus  que  doublé. 

Soit  que  le  climat  de  la  Provence  fût  moins  favo- 
rable ,  soit  qu'on  eût  laissé  brouter  à  ces  animaux  des 
plantes  moins  salutaires ,  soit  par  défaut  de  soins ,  la 
division  stationnée  î»  Toulon  perdit,  dans  les  première* 


SUR  LES  CHÈVRES  DE  RACE  THIBÊTAINE.  7 
années  ,  un  nombre  considérable  de  chèvres  ,  en  com- 
paraison des  mortalités  éprouvées  à  Perpignan  et  ail- 
leurs. Cette  circonstance  détermina  MM.  Ternaux  et 
Jaubert  à  les  disséminer  dans  l'intérieur  du  royaume  , 
au  moyen  de  ventes  particulières,  et  à  faire  venir  à 
Saint-Ouen ,  près  Paris ,  la  majeure  partie  de  celles  qui 
restaient.  Elles  y  sont  au  nombre  de  cent  quatre-vingts 
environ  ,  dont  un  tiers  provient  de  l'importation  pri- 
mitive ,  un  tiers  de  la  croissance  de  1820,  et  un  tiers 
de  celle  de  1821.  Elles  sont  parquées  dans  un  grand 
carré  ,  entouré  d'arbres  qui  leur  procurent  un  ombrage 
très-frais  en  été;  aux  deux  extrémités  ,  sont  deux  petits 
réservoirs  d'eau  fraîche  ,  et  deux  bergeries  construites 
sur  le  modèle  de  celles  du  Jardin  des  Plantes  ;  les 
chèvres  peuvent  boire  ,  s'abriter,  entrer  et  sortir  libre- 
ment ,  quoique  conservant  toujours  les  séparations  au 
moyen  desquelles  on  peut  suivre  l'éducation  de  ces 
précieux  animaux,  dans  toutes  les  périodes  de  leur  exis- 
tence et  de  la  croissance  de  leur  duvet.  Cette  disposi- 
tion ,  pratiquée  avec  autant  d'économie  que  d'intelli- 
gence ,  donne  h  cette  partie  du  parc  de  Saint-Ouen 
un  air  pittoresque  et  animé  qui  produit  une  sensation 
très -agréable.  Lechevrier  a  remarqué  que  les  personnes 
qui  visitent  ce  lieu  ont  de  la  peine  à  s'en  éloigner. 

Ces  animaux  ont  dans  leurs  mouvemens  une  liberté , 
une  adresse  et  un  moelleux  remarquables  ;  les  jeunes 
surtout  ressemblent  aux  plus  jolis  petits  chiens  pour  la 
forme  et  aux  jeunes  chats  pour  la  grâce;  ils  diffèrent 
de  notre  race  indigène,  en  ce  qu'ils  ont  les  oreilles 
pendantes ,  la  queue  retroussée  ,  les  cornes  droites  et 


8  NOTICE 

presque  toujours  croisées.  Ces  chèvres  ne  sont  pas  plus 
grandes  que  les  noires,  mais  elles  ont  plus  de  corps; 
et,  en  les  comparant  avec  nos  plus  belles  espèces  de 
chèvres  blanches  ,  dont  M.  Ternaux  a  réuni  quelques- 
unes  dans  son  parc  ,  on  y  peut  observer  la  même  diffé- 
rence qu'entre  les  chevaux  arabes  et  les  chevaux  euro- 
péens. 

Le  lait  de  chèvre  de  race  thibétaine  paraît  être 
substantiel  et  abondant,  puisque  les  jeunes  animaux 
sont,  au  bout  de  trois  semaines,  aussi  grands  et  aussi 
forts  que  ceux  du  pays ,  au  bout  de  six  ;  ils  semblent 
d'un  naturel  moins  sauvage  que  les  nôtres,  moins 
vagabonds ,  plus  faciles  à  garder  et  à  faire  marcher 
en  troupe.  Ces  animaux  ne  sont  pas  plus  difficiles  à 
nourrir  que  les  chèvres  de  France  ;  ils  man2:ent  tout , 
même  les  marrons  d'inde,  les  fannes  de  pommes  de 
terre,  les  herbes  provenant  du  sarclage,  les  fleurs 
que  l'on  arrache  lorsqu'elles  sont  passées  ,  les  branches 
et  les  feuilles  de  toute  espèce;  il  en  résulte  que,  sans 
rien  prendre  sur  la  nourriture  des  vaches  ,  on  peut , 
dans  chaque  parc  ou  jardin  ,  nourrir  une  certaine 
quantité  de  chèvres-cachemire  avec  les  débris  de  ver- 
dure que  l'on  jetterait. 

La  nourriture  d'hiver,  toujours  la  plus  coûteuse 
pour  toute  espèce  d'animaux,  est  aussi  très-écono- 
mique pour  ceux-ci,  surtout  dans  les  pays  de  vignobles; 
on  peut  la  composer  de  feuilles  de  vigne  que  l'on  ra- 
masse après  les  vendanges,  en  les  mettant  dans  des 
tonneaux  ou  dans  des  vases  quelconques  ouverts  par 
dessus  ;  on  les  y  tient  entassées  avec  des  planches  en 


SUR  LES  CHÈVRES  DK  RACE  THlBÉrAINE.     9 

croix  ,  sur  lesquelles  on  pose  une  ou  deux  grosses 
pierres  ;  on  y  verse  ensuite  de  l'eau  fraîche,  qu'on  a 
soin  d'entretenir  tous  les  huit  ou  quinze  jours  ,  de 
manière  à  compenser  l'évaporalion  et  à  ce  que  les 
feuilles  n'aient  aucun  contact  avec  l'air  extérieur;  on 
peut  y  jeter  un  peu  de  sel,  dont  les  chèvres  sont  très- 
friandes ,  mais  cette  dépense  n'est  pas  nécessaire.  Les 
feuilles  d'orme,  et  même  celles  de  tout  autre  arbre , 
peuvent  aussi  être  conservées  et  servir  à  la  nourriture  de 
ces  animaux.  Mais,  ce  qui  leur  est  aussi  favorable  que 
l'avoine  et  le  son ,  c'est  le  marc  de  raisin ,  même  après 
qu'on  en  a  fait  la  piquette  ou  l'eau-de-vie ,  lorsqu'on 
est  prêt  enfin  à  en  faire  du  fumier.  On  doit  le  conser- 
ver de  la  même  manière  que  les  feuilles  de  vigne. 

La  chair,  qui  est  très-bonne  lorsqu'elle  provient  de 
jeunes  animaux,  ou  le  lait  dont  on  peut  faire  du  fro- 
mage ,  offrent  encore  une  branche  d'économie  ru- 
rale utile  à  exploiter,  à  plus  forte  raison  lorscju'on 
peut  laisser  brouter  les  troupeaux  toute  l'année  dans 
les  landes  ,  dans  les  bois  ,  ou  sur  les  montagnes ,  sans 
s'en  inquiéter.  Comme  il  est  constant  que  ces  ani- 
maux se  plaisent  mieux  qu'aucun  autre  dans  des 
températures  diverses,  puisqu'ils  multiplient  depuis  le 
3o"^  jusqu'au  62"^  degré  de  latitude,  il  n'est  pas  h 
craindre  qu^ils  souffrent  dans  aucun  climat  de  la 
France ,  et  Ton  n'a  point  remarqué  que  le  climat 
des  environs  de  Paris  leur  fût  plus  nuisible  que  celui 
de  la  Provence.  L'humidité,  que  ces  chèvres  supportent 
aussi  aisément  que  les  moutons  (avec  lesquels  elles  ont 
d'ailleurs  plusieurs  traits  de  ressemblance  ) ,  est  néan- 


10  NOTICE 

moins  ce  qu'elles  ont  le  plus  à  redouter.  Les  pertes  qui 
ont  été  faites  ,  depuis  que  ces  précieux  troupeaux  sont 
en  France  ,  sont  provenues  de  ce  qu'on  nomme  la  ma- 
ladie des  bois,  parce  que  ces  chèvres  avaient  mangé, 
au  printems ,  une  trop  grande  quantité  de  jeunes 
bourgeons  ou  d'herbes  trop  fraîches  et  trop  humides. 

On  sait  qu'en  général  les  chèvres  se  reproduisent 
rapidement.  Celles-ci  ont  souvent  donné  deux  che- 
vreaux ,  et  plusieurs  d'entre  elles  ont  été  couvertes  deux 
fois  dans  la  même  année,  avec  succès;  toutes  sont  pro- 
pres à  la  multiplication  ,  à  l'âge  de  quinze  à  seize 
mois,  et  quelquefois  beaucoup  plus  tôt.  Une  chevrette  , 
née  au  mois  de  février  1820,  a  mis  bas  une  chevrette 
au  mois  d'avril  1821. 

Depuis  deux  ans  que  l'importation  a  eu  lieu ,  on  n'a 
pas  remarqué  que  ces  animaux  aient  dégénéré  sous 
aucun  rapport  ;  le  duvet  qu'ils  produisent  est  toujours 
aussi  beau  et  aussi  abondant  que  celui  des  jeunes  bêtes 
qui  sont  nées  depuis  leur  séjour  en  France. 

Une  seule  chèvre  indiçrène  a  été  couverte  dans  la 
première  année  ,  parce  qu'alors  les  boucs  étaient  telle- 
ment insuffisans  qu'il  fallut  envoyer  à  la  Valduc  ,  près 
Marseille,  le  bouc  de  Cachemire  qui  était  au  jardin  du 
roi.  Cette  seule  chèvre ,  sans  duvet ,  a  produit  par  le 
croisement  une  chevrette  qui  donne  un  duvet  fort 
beau  ,  S3  rapprochant  bien  plus  du  duvet  de  Cache- 
mire que  du  duvet  indigène.  Celte  épreuve  ne  laisse  au- 
cun doute  sur  la  possibilité  d'obtenir,  par  le  croisement 
des  chèvres  de  Cachemire  avec  les  nôtres ,  le  même 
succès  qu'ont  obtrmi  les  agriculteurs  par  le  croisement 


SUR  LES  CHÈVRES  DE  RACE  THIBÉTAINE.  11 
(les  mérinos  avec  les  moutons  du  pays^  et  la  récolle 
du  duvet  sera  au  moins  un  bénéfice  net,  provenant 
de  la  substitution  d'une  race  à  l'autre.  Nous  disons 
bénéfice  net,  parce  que,  s'il  est  vrai  que  quelques  espèces 
de  chèvres  indigènes  aient  du  duvet  sous  leur  long  poil, 
comme  les  chèvres  de  Cachemire  ,  et  que  ce  duvet  soit 
fin  et  moelleux ,  il  n'est  pas  moins  constant  qu'il  est 
mou ,  cotonneux ,  incapable  de  supporter  l'opération 
du  peignage ,  et  par  cela  même  de  servir  à  la  fabrica- 
tion des  chfds;  il  se  trouve  en  si  petite  quantité  d'après 
tous  les  renseignemens  parvenus  au  ministère  de  l'in- 
térieur ,  qu'il  ne  vaut  pas  la  peine  d'élre  recueilli.  Il 
est  d'ailleurs  généralement  gris,  et  je  ne  sache  pas  qu'on 
en  ait  trouvé  de  très-blanc  en  France  ;  cette  dernière 
condition  ,  qui  rend  le  duvet  propre  à  recevoir  toute 
espèce  de  couleur,  est  cependant  indispensable. 

Au  reste ,  l'existence  de  cette  race  de  chèvres  indi- 
gènes ,,  portant  duvet,  est  un  indice  précieux,  parce 
qu'il  donne  la  certitude  qu'étant  croisées  avec  les  races 
de  Cachemire ,  elles  ne  tarderont  pas  à  nous  affranchir 
d'un  tribut  que  nous  payons  à  l'étranger  pour  l'achat 
de  cette  matière  ;  tribut  qui  deviendrait  d'autant  plus 
onéreux  que  ,  de  toutes  les  substances  filamenteuses  , 
le  cachemire  réunit  le  plus  d'élasticité,  de  douceur,  de 
chaleur  et  d'éclat  ;  propriétés  qui  tendent  à  en  accroître 
de  plus  en  plus  l'emploi. 

La  substitution  de  la  race  de  Cachemire  à  nos  races 
indigènes  aura  cet  avantage  que  nos  manufactures,  ali- 
mentées par  leur  produit,  ne  pourront  plus  être  arrêtée:? 


12  NOTICE  SUR  LES  CHÈVRES  DE  RACE  THIB. 

dans  leurs  travaux  par  une  guerre  ou  par  des  événe- 
mens  qui  empêcheraient  de  tirer  de  l'étranger  cette 
matière. 

Pour  mieux  apprécier  les  utiles  résultats  de  la  natu- 
ralisation des  chèvres ,  dites  de  cachemire  en  France  , 
il  serait  important  d'être  fixé  sur  la  quantité  de  duvet 
qu'on  peut  espérer  de  recueillir,  ainsi  que  sur  le  prix 
qu'on  peut  en  obtenir,  comme  on  l'est  sur  la  qualité  ; 
mais  on  n'a  pas  encore  de  données  certaines  sur  ces 
deux  points ,  parce  qu'il  existe  beaucoup  d'inégalités. 
Quelques  chèvres  ont  donné  200  et  3oo  grammes  de 
duvet j  tandis  que  d'autres  n'en  ont  produit  que  100  ou 
120,  soit  qu'elles  eussent  le  poil  ras  ou  long.  Il  en  a 
été  recueilli ,  l'année  dernière ,  à  la  bergerie  royale  de 
Perpignan,  environ  12  kilogrammes  sur  100  animaux;  ce 
qui,  d'après  le  rapport  de  M.  Tessier,  a  donné  5°  2;o 
par  chaque  bête  ,  l'une  portant  l'autre  ;  mais  on  en  avait 
beaucoup  perdu ,  h  cause  de  la  gale  que  le  troupeau 
avait  eue.  Il  n'y  a  pas  de  doute  que ,  d'après  leur  par- 
fait état  de  santé,  la  récolte  ,  cette  année  ,  ne  soit  plus 
abondante.  Cette  petite  quantité  est  d'autant  plus  sur- 
prenante que  les  animaux  dont  on  n'avait  pas  encore 
recueilli  le  duvet  par  le  peignage,  en  paraissaient  très- 
chargés.  Depuis  quelque  tems,  le  prix  de  cette  matière  a 
beaucoupvarié;  on  peut  aujourd'hui  acheter  pour  gfr.  le 
1^2  kilogramme  de  cachemire  blanc  ,  épluché  ,  qui  coû- 
tait ,  il  y  a  deux  ans  ,  20  à  22  fr.  Mais  ,  quelque  modéré 
que  soit  le  prix  de  ce  duvet ,  quelque  petite  qu'en  soit 
la  quantité ,  toujours  y  a-t-il  un  avantage  h  échanger  la 


BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE.  13 

race  française  contre  une    espèce    incomparablement 
plus  parfaite. 

N.  B.  Nous  croyons  utile  de  mentionner  ici  les  noms  de  quelques 
propriétaires  français  qui  élèvent  en  ce  moment  des  chèvres-cache- 
mire,  et  qui  auront  sans  doute  de  nombreux  imitateurs  : 

M"»*  Gibelin-IVoé  ,  au  Verger,  près  INIarseille  (Bouches  du  Rhône). 

MAI.  Heurtaut  de  Lamerville,  à  Laperisse  (Cher).  Givry  père,  à 
Varry  (Cher).  Théodore  Geslin,  à  Beaurepaire.  Bonnemère,  à  Sau- 
mur  (Maine-et-Loire).  D'Artigues,  à  Vonêches  (Ardennes. )  Petit— 
Hutin,à  Rheims  (Marne.)DeNeuvillette,à  Vilbruan  (Haute-Marne). 
Harmand,  préfet,  à  Mezières  (Ardennes.)  E.  Boucherot ,  à  Chartres 
(Eure-et-Loir.)  Barthellemy,  à  INIetz  (Mozelle.  )  Poidbart,  à  Lyon 
(  Rhône.)  De  Courcy,  à  Gerville  (Seine-Inférieure.)  Rion,  à  Brest 
(Finistère.  )  Rogier,  à  Moulins  (Allier.  ) 

Biographie  de  Shakespeare,  et  coup  d'oeil  général  sur 
le  caractère  distinct  if  de  son  génie  (i). 

On  ne  voit  jamais  Sdarespeare  en  France  qu'au  milieu 
des  bourreaux  et  des  supplices,  armé  du  poignard  ou  de  la 
coupe  empoisonnée,  et  se  plaisant  à  épouranter  l'imagi- 
nation de  ses  lecteurs  par  la  peinture  de  tout  ce  que  le 
crime  a  de  plus  atroce  et  le  vice  de  plus  hideux.  On  se  le 


(i)  Shakespeare  n'était  connu  en  France  que  par  la  traduction 
très-fautive  de  Letourneur  ;  MM.  Guizot  et  Pichot  ont  entrepris  une 
révision  complète  de  cette  traduction  ,  et  le  libraire  Ladvocat  s'est 
chargé  de  la  nouvelle  édition  ,  dont  il  a  déjà  publié  cinq  volumes. 
Il  met  beaucoup  d'activité  et  d'exactitude  dans  cette  entreprise,  ainsi 
que  dans  la  publication  de  la  traduction  de  Schiller  par  M.  de  Barante, 
dont  il  a  paru  trois  volumes.  Le  ministre  de  l'intérieur  a  souscrit 
pour  vingt-cinq  exemplaires  de  chacun  des  deux  ouvrages. 


iA  BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE. 

représente  j  implacable  et  terrible,  comme  la  Némésis  an- 
tique, éclairant  le  front  des  coupables  de  la  lueur  livide  de 
son  flambeau,  ou  les  voilant  d'un  funèbre  linceul  pour 
les  abandonner  au  bras  vengeur  de  la  justice.  Les  spectres, 
les  cercueils,  les  instrumens  de  torture,  les  écbafauds, 
voilà  les  accompagnemens  éternels  que  l'on  donne  à  ses 
lugubres  drames.  Voltaire  ,  qui  le  premier  fit  connaître 
Shakespeare  en  France ,  a  contribué  surtout  à  faire  naître 
cette  fausse  idée;  et  les  critiques  superficiels,  qui  croient 
souvent  donner  une  haute  opinion  de  leur  patriotisme  ,  en 
défendant  même  les  prétentions  injustes  de  la  vanité  natio- 
nale, aux  dépens  de  la  gloire  véritable  et  fondée  de  c&  qu'ils 
appellent  les  étrangers,  comme  si  les  lettres  n'avaient  pas 
partout  leur  droit  de  naturalisation  ,  se  sont  emparés  de 
cette  assertion,  pour  répéter  à  l'envi  que  les  mélodrames 
français  étaient  souvent  des  chefs-d'œuvre  de  raison  auprès 
des  grotesques  et  absurdes  compositions  du  sauvage  ivre. 

Les  plus  raisonnables  d'entre  eux  avouaient  bien  qu'il 
y  avait  parfois  de  l'or  dans  le  fumier  de  ce  barbare  ;  mais 
ils  prétendaient  en  même  tems  que ,  s'il  réussit  parfois  à 
vous  faire  trembler,  s'il  sait  mieux  qu'aucun  autre  pré- 
senter le  crime  dans  sa  honteuse  grandeur,  il  dépasse  aussi 
trop  souvent  les  bornes  de  la  terreur  tragique  et  ne  sait 
jamais  redescendre  à  de  plus  doux  tableaux  pour  éveiller 
notre  sympathie,  à  la  vue  des  vertueuses  douleurs  d'une 
autre  Andromaque  nu  des  intéressantes  faiblesses  d'une 
tendre  Monime. 

Il  est  d'autant  plus  étrange  de  voir  une  telle  opinion 
accréditée ,  que  les  défauts  et  les  qualités  de  Shakespeare 
sont  réellement  tout-à-fait  opposés  aux  défauts  et  aux  qua- 
lités qu'on  lui  accorde.  Chez  lui ,  la  terreur  n'est  qu'un 
ressort  très-secondaire ,  tandis  que  le  pathétique  est  son 


BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE.  15 

caractère  vraiment  distinctif.  Shakespeare  était  un  écrivain 
profondément  moral,  qui  sentait  bien  que,  si  la  terreur 
peut  un  instant  étonner  les  hommes,  ce  n'est  qu'en  parlant 
à  leur  cœur  qu'on  obtient  sur  eux  un  triomphe  durable.  H 
savait,  en  nous  inspirant  l'horreur  du  crime,  par  lequel 
les  coupables  s'isolent  de  l'humanité,  appeler  ensuite  la 
pitié  sur  eux,  en  les  rendant  à  l'humanité  par  la  puissance 
du  remords.  C'est  ainsi  qu'autrefois  lecygnedel'Ausonie, 
l'harmonieux  et  tendre  Virgile,  après  avoir  fait  descendre 
Mézence  du  rang  d'homme  pour  le  placer  dans  celui  des 
tyrans,  sait  le  relever  ensuite  en  lui  donnant  les  affections 
et  les  douleurs  d'un  père.  Convaincu,  comme  Virgile,  que 
le  vice  est  hors  de  la  nature  et  ne  peut  exciter  aucun 
intérêt,  Shakespeare,  bien  différent  des  poètes  qui  pré- 
tendent être  de  son  école,  a  toujours  su  le  faire  plaindre 
dans  l'adversité ,  mais  jamais  il  ne  lui  a  concilié  dans  sa 
prospérité  une  immorale  admiration. 

Les  défauts  de  Shakespeare  tiennent  à  l'abus  même  de 
ses  qualités.  Ce  qu'on  peut  lui  reprocher,  c'est  plutôt  de 
l'afféterie  et  du  bel  esprit  qu'un  excès  de  force  ou  de 
roideur. 

Quand  nous  ne  saurions  pas,  par  les  détails  qui  nous 
sent  parvenus  sur  lui,  qu'il  eut  une  de  ces  âmes  tendres, 
dont  le  sort  est  de  souffrir  plutôt  que  de  faire  souffrir  les 
autres ,  la  lecture  de  ses  ouvrages  suffirait  pour  nous 
prouver  qu'il  était  fortement  attaché  aux  qualités  qui  ho- 
norent l'homme,  et  animé  d'une  haine  vertueuse  contre  les 
vices  qui  le  dégradent.  Ce  n'est  point  dans  les  conceptions 
qui  demandent  l'application  de  toutes  les  forces  de  l'intel- 
ligence, qu'on  reconnaît  la  vérité  de  cette  opinion  reçue, 
que  l'écrivain  se  peint  dans  ses  ouvrages.  Si  l'on  veut 
saisir  son  caractère,  il  faut  attendre  qu'il  s'abandonne  sans 
méfiance  à  l'inspiration  de  ses  affections  naturelles.  Si  ce 


16  BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE. 

n'est  point  l'artiste  que  Ton  veut  observer,  il  faut  laisser  de 
côté  tout  ce  qui  appartient  à  l'étude ,  pour  saisir  ce  qui  est 
de  la  nature.  Malheureusement,  l'homme  ne  se  retrouve 
souvent  que  dans  un  trait  fugitif,  qui  échappe  aux  obser- 
vateurs superficiels  et  qui  se  perd  en  passant  d'une  langue 
dans  une  autre.  Les  traducteurs  rendent  assez  bien  le 
grand,  le  beau,  le  terrible,  l'artificiel;  mais  le  simple,  le 
pathétique,  le  naturel  résiste  à  leurs  efforts.  Voilà  par 
quelle  raison  un  des  écrivains  les  plus  pathétiques  a  été  si 
long-tems  un  des  écrivains  les  plus  méconnus.  Un  coup 
d'œil  rapide  sur  sa  vie  fera  mieux  comprendre  ce  que  nous 
avons  à  dire  de  lui  comme  auteur. 

William  Shakespeare   naquit  à   Stratford    sur  l'Avon , 
dans  le  comté  de  Warwick,  le  23.  avril  i56A,  la  6'  année 
du  règne  d'Elisabeth.  Ses  premières  études  durent  lui  ins- 
pirer fort  peu  de  goût  pour  les  lettres  grecques  et  latines. 
L'usage  s'était  alors  introduit  de  faire  apprendre  par  cœur 
auxenfans  desrudimens  écrits  en  latin,  et  de  leur  enseigner 
les  règles  de   la  syntaxe  au   moyen  de  vers  écrits  aussi 
dans  ce  latin  barbare.  Aussitôt  que  leur  jeune  intelligence 
commençait  à  surmonter  l'ennui  de  ce  fastidieux  travail, 
on  plaçait  dans  leurs  mains,  non  pas  ces  auteurs  qui,  plus 
voisins  que  nous  des  tems  où  les  libertés   individuelles 
étaient  encore  respectées  et  où  la  raison  -n'était  point  en- 
chaînée par  des  formules  artificielles ,  ont  imprimé  à  leurs 
mules  écrits  un  noble  caractère  d'indépendance  et  de  vé- 
rité, mais  des  auteurs  faits  exprès  pour  les  tems  nouveaux 
et  les  nouvelles  formes  sociales;  tel  était,  par  exemple, 
Vitpmdf>X"i,swe  E lisabeika,  \i\re  écrit  en  vers  latins  pour 
recommander  aux  sujets  anglais  un  respect  loyal  et  absolu 
pour  le  caractère  et  l'administration  d'Elisabeth  et  de  ses 
sages  ministres,  quels  qu'ils  fussent.  Ce  livre,  d'après  les 
injonctions  expresses  de  l'autorité  supérieure,  devait  être 


BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE.  il 

tèputé  classique  et  se  graver  d'une  manière  indélébile 
dans  la  mémoire  de  tous  ceux  qui  seraient  un  jour  appelés 
à  jouir  des  bienfaits  d'un  tel  gouvernement.  Soit  que  la 
fausse  direction  donnée  aux  études  dégoûtât  le  jeune  Sha- 
kespeare, soit  que  la  fortune  de  son  père,  diminuée  par 
quelque  accident,  ne  lui  permît  pas  de  suivre  plus  long- 
îems  les  cours  du  collège,  il  en  sortit  de  fort  bonne  heure, 
muni  d'une  assez  mince  provision  de  connaissances  clas-' 
siques,  que  sa  vie  agitée  ne  lui  permit  pas  d'augmenter.  A 
dix-sept  ans,  on  le  trouve  déjà  marié  et  établi,  selon  les 
uns,  comme  négociant  en  laine,  ainsi  que  l'était  son  père; 
suivant  d'autres,  comme  notaire  dans  sa  ville  natale. 

Ce  mariage  précoce  lui   procura  sans   doute   Fort  peu 
d'agrémens,  car  on  le  voit  peu  après  associé  à  plusieurs 
jeunes  gens  pour  exercer  quelques  déprédations  dans  les 
jparcs  voisins.   Une  de  ces  dernières  espiègleries,  punies 
alors  avec  la  plus  jalouse  sévérité  ,  l'obligea   de  quitter  la 
scène  de  ses  dissipations.  Il  ne  fut  peut-être  pas  fûché  de 
saisir  cette  occasion  pour  se  débarrasser  des  soucis  du  mé- 
nage et  se  jeter  sans   contrainte  dans   le  tourbillon  des 
plaisirs  de  la  capitale.  Laissant  donc  sa  femme  et  sa  fa- 
mille à  Stratford,  il  se  rendit  à  Londres,  vers  l'année  i586 
ou  1687,  âgé  d'environ  vingt-deux  ans;  il  y  mena,  pen- 
dant plusieurs  années,  une  vie  assez  obscure  et  dont  il 
déplore  amèrement  l'infortune  dans  ses  sonnets  (29,  3?, 
90,91,  112)  imprimés  long-tems  après.  Quelques  bio- 
graphes prétendent  qu'il  fut  réduit  à  tenir  la  bride  des 
chevaux  de  ceux   qui  allaient   au  spectacle;  d'autres  en 
font  un  assistant  de  souffleur,  chargé  d'avertir  les  acteurs 
du  moment  de  leur  entrée  en  scène.  Des  témoignages  plus 
dignes  de  foi  nous  le  montrent  acteur  lui-même  ,  et  ayant 
déjà  obtenu,    en  iSSg,  90  et  91,  une  assez  grande  répu' 
tation  par  son  habileté  à  corriger  d'anciennes  pièces  de 

TOMK   XI.  2 


18  BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE. 

théâtre  et  à  les  adapter  à  la  scène.  En  lôga,  des  auteurs  qui, 
probablement,  s'étaient  bien  trouvés  de  ses  conseils,  avaient 
consenti  à  laisser  imprimer  son  nom  à  côté  du  leur.  Suivant 
quelques  commentateurs ,  ce  fut  cette  année  qu'il  essaya 
de  faire  paraître  plusieurs  pièces  qui  lui  appartenaient 
entièrement.  L'opinion  la  plus  commune  place  PéricUsy 
ainsi  que  la  première  et  la  deuxième  partie  à^ Henri  FI ^ 
parmi  les  plus  anciens  ouvrages  qui  nous  restent  de  lui.  Il 
est  assez  probable  qu'en  cela,  comme  sous  d'autres  rap- 
ports ,  semblable  à  notre  illustre  Molière ,  on  ne  date 
son  existence  littéraire  que  du  moment  où  son  génie  se 
fut  déployé  dans  des  compositions  d'un  ordre  supérieur. 
Alors  seulement  le  public,  aussi  bien  que  lui-même, 
attacha  quelque  importance  à  la  conservation  de  ses  ou- 
vrages. Son  poème  de  J^ènus  et  Adonis,  publié  en  i595; 
celui  sur  le  rapide  Lucrèce ,  publié  en  i59A  ;  sa  collection 
de  honnets ,  sous  le  titre  du  Pèlerin  passionné ^  sont  au- 
tant de  témoignages  incontestables  de  l'ardeur  avec  la- 
quelle il  se  livrait  au  culte  des  muses,  et  de  la  célébrité 
qu'il  avait  déjà  obtenue;  malheureusement,  sa  fortune  ne 
s'accroissait  pas  en  proportion  de  sa  renommée.  Obligé 
d'exercer  un  état  pour  lequel  il  ne  s'était  jamais  senti  de 
vocation  bien  déterminée,  et  qui  l'exposait  à  de  conti- 
nuelles humiliations ,  il  trouvait  quelque  adoucissement 
à  décrire  en  beaux  vers  les  chagrins  dont  son  ame  était 
oppressée. 

yî  raconter  ses  maux,  souvent  on  les  soulage. 

Shakespeare  devait  d'autant  mieux  sentir  les  désagré- 
mens  de  son  état  qu'il  n'était  pas  placé  en  première  ligne. 
Il  faut  croire  qu'un  défaut  d'organisation  ou  la  faiblesse 
de  son  organe  lui  présentèrent  un  obstacle  insurmontable; 
autrement,  l'homme  qui  a  écrit  les  conseils  donnés  par 


BIOGIUPHIE  DE  SHAKESPEARE.  19 

Hamlet  aux  comédiens,  et  les  huit  vers  placés  dans  la 
bouche  de  Buckingham  et  dé  Glocester,  dans  Richard  III ^ 
n'aurait  pas  manqué  d'arriver  à  un  très-haut  degré  de  su- 
périorité dans  son  art.  Il  remplissait  ordinairement  les  rôles 
de  père  dans  la  comédie,  et  ceux  de  roi  dans  la  tragédie. 
Peut-être  aussi,  le  public  de  Shakespeare  et  le  public  de 
Molière  n'étaient-ils  pas  en  état  d'apprécier  la  simplicité 
naturelle  de  leur  jeu.  Mais,  en  dépit  des  obstacles  et  des 
rivalités,  sa  célébrité  s'augmentait  de  jour  en  jour.  Depuis 
l'année  iSgS,  où  parut  Roméo  et  Juliette.,  jusqu'à  l'an- 
née 16 13  où  il  termina,  par  Othello,  sa  carrière  dra- 
matique ,  on  compte  près  de  quarante  pièces  de  théâtre 
reconnues  de  lui;  dans  ce  nombre  se  trouvent  des  comé- 
dies, des  comédies  féeries,  des  tragédies  et  des  canevas 
historiques.  Son  talent  n'était  pas,  en  effet,  borné  à  un 
seul  genre  ,  et  l'on  pouvait  dire  de  lui  ce  qu'on  disait  de 
notre  Buffon,que  l'étendue  de  son  génie  se  mesurait  sur 
la  grandeur  de  la  nature. 

Les  bénéfices  qu'il  retira  de  toutes  ses  pièces  et  de  sa 
part  dans  la  direction  du  théâtre,  nommé  h  Globe ,  qui 
lui  avait  été  concédée  par  Jacques  I",  mirent  peu  à  peu  sa 
fortune  dans  un  meilleur  état. 

Dès  qu'il  se  vit  un  peu  d'indépendance,  il  ne  songea 
plus  qu'à  quitter  le  théâtre  et  à  se  retirer  à  la  campagne 
pour  y  finir  tranquillement  ses  jours.  Une  somme  assez 
considérable  qu'il  reçut  de  l'amitié  de  lord  Sonthampton, 
à  qui,  dans  sa  jeunesse,  il  avait  dédié  ses  premiers  ou- 
vrages, lui  servit  à  compléter  le  prix  de  l'achat  d'une  jolie 
propriété  dans  son  pays  natal.  C'est  là  que  ses  contempo- 
rains nous  le  représentent,  occupé  de  la  culture  de  son 
jardin  et  de  nombreux  actes  de  bienfaisance  qui  le  ren- 
dirent aussi  cher  à  ses  compatriotes  qu'il  s'était  fait  aimer 
de  ses  camarades  de  théâtre.  Son  bonheur,  à  Londres, 

2  * 


20  BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE. 

était  d'obliger  tous  ceux  qui  l'entouraient,  et  de  favoriser 
les  jeunes  auteurs.  Ce  fut  lui  qui  se  fit  le  premier  protec- 
teur de  Ben-Jonson.  Les  acteurs  avaient  refusé  sa  pièce  ; 
Shakespeare  soutint  le  courage  du  jeune  poète  dont  il 
avait  deviné  le  talent,  se  chargea  de  son  ouvrage,  en 
pressa  la  représentation,  et  contribua  à  sa  fortune  drama- 
tique. Ainsi  Molière,  depuis,  encouragea  le  jeune  Racine. 

A  Stratford  ,  devenu  plus  riche,  son  obligeance  s'éten- 
dit plus  loin.  Il  visitait  un  jour  la  veuve  d'un  oflicier  que 
son  mari,  en  mourant,  avait  laissée  sans  ressources  et 
chargée  d'une  nombreuse  famille.  La  veuve  lui  raconta 
ses  chagrins.  Shakespeare  sort  sans  rien  dire,  et  revient  un 
instant  après  avec  une  somme  de  douze  mille  francs  qu'il 
remet  à  la  veuve,  en  regrettant  de  ne  pouvoir  faire  davan- 
tage. Cette  bienveillance  de  caractère  ne  contribua  pas 
moins  sans  doute  que  la  douceur  de  sa  poésie  à  le  faire 
désigner  par  les  noms  du  hoTi  ^  du  doux,  du  tendre  Sha- 
kespeare, du  cygne  harmonieux  de  VAvon,  épilhètes  res- 
tées inséparablement  attachées  à  son  nom,  en  Angleterre. 
On  aime  à  voir  tous  ceux  qui  l'ont  connu  s'accorder  pour 
célébrera  la  fois  la  gaîté  philosophique  de  son  caractèi'e, 
le  charme  de  son  intimité,  la  sûreté  de  son  commerce  et 
le  calme  inaltérable  de  son  humeur.  Tous  les  poètes  de 
son  tems  ne  parlent  jamais  de  lui  qu'en  l'appelant  le  dé- 
duisant j  le  moelleux  Shakespeare  j  le  Tèrence  moderne  y 
P esprit  irrésistible ,  dont  la  plume  répand  des  flots  de  miel 
et  de  nectar 

Son  génie  était  encore  dans  sa  maturité,  lorsqu'il  renonça 
au  théâtre  pour  retrouver  dans  les  champs  ces  plaisirs 
purs  qui  avaient  toujours  eu  tant  de  charmes  pour  son  ame 
simple  et  aimante;  îl  n'avait  alors  que  quarante-neuf  ans. 
Racine  fut  de  même,  et  trop  tôt  pour  nous,  désabusé  des 
illusions  de  la  gloire.  Les  esprits  plus  froids  peuvent  seuls  se 


BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE.  21 

conserver  intacts ,  au  milieu  du  froissement  des  passions 
du  monde.  Le  génie  est  comme  l'amour  qui  fait  vivre 
des  siècles  en  peu  d'années,  et  donne  de  bonne  heure  au 
repos  tout  l'attrait  que  l'on  trouvait  auparavant  dans  le 
trouble  et  dans  les  orages. 

Le  tranquille  bonheur  que  ce  changement  de  situation 
fit  goûter  à  notre  poète  fut  de  courte  durée.  Sa  retraite 
date  de  i6i3  ;  et,  trois  ans  après,  la  mort  vint  l'enlever, 
âgé  seulement  de  cinquante-trois  ans,  comme  si  le  tems 
envieux  voulaitse  venger,  sur  la  vie  des  grands  hommes, 
de  l'immortalité  qu'il  est  forcé  de  leur  laisser.  Shakespeare 
mourut  le  25  avril  1616,  anniversaire  de  sa  naissance, 
quatre  ans  avant  la  naissance  de  Molière,  la  même  année 
et  le  même  jour  où  s'éteignait  en  Espagne  un  génie  non 
moins  brillant ,  l'inimitable  auteur  du  Don  Quichotte,  le 
profond  et  élégant  Cervantes. 

La  maison  où  Shakespeare  termina  sa  vie  fut  long-tems 
visitée  par  les  curieux.  On  aimait  surtout  à  y  voir  le  mû- 
rier, planté  de  la  main  du  poète.  Aujourd'hui,  on  cherche 
en  vain  et  la  maison  et  le  mûrier.  Un  ignorant  ecclésias- 
tique, M.  François  Gastrell,  entre  les  mains  duquel  cet 
héritage  avait  passé,  fatigué  des  fréquentes  visites  des 
étrangers  qui  venaient  payer  leur  hommage  à  Shakespeare, 
ou  chercher  des  inspirations  à  l'ombre  de  son  mûrier,  le 
fit  abattre  en  1766  ,  et  le  destinait  à  son  foyer.  Un  horlo- 
ger du  pay*  sut  profiter  de  la  sottise  du  prêtre  et  de  la 
curiosité  du  public  ;  il  convertit  le  bois  du  mûrier  en  ta- 
batières et  autres  petits  meubles  de  toute  espèce,  dont  iî 
fournit  pendant  toute  sa  vie  l'Angleterre  ,  l'Europe  ,  l'Ir- 
lande, l'Amérique  et  les  Indes,  léguaat  à  ses  successeurs,, 
à  Stratford,  ce  privilège  inépuisable  de  transmutation,  et 
retirant  du  mûrier  une  fortune  plus  considérable  que  S2ia- 


52  BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE. 

kespeare  n'avait  retiré  de  toutes  les  productions  de  son 
génie. 

La  chute  du  mûrier  n'éloignait  pas  cependant  tous  les 
curieux;  la  maison  restait  encore.  M.  Gastrell  déclara, 
dans  sa  fureur,  que  personne  ne  serait  plus  désormais 
condamné  au  supplice  de  posséder  cette  célèbre  maison  ; 
et,  nouvel  Érostratc,  il  la  détruisit  de  fond  en  comble,  en 
dispersa  les  matériaux,  en  fit  labourer  les  fondemens, 
renverser  les  murs  de  séparation ,  et  joignit  le  terrain  à 
celui  d'un  jardin  voisin. 

Le  seul  monument  qui  reste  aujourd'hui,  auxhabitansde 
Stratford  ,  de  l'existence  de  leur  célèbre  concitoyen ,  est 
son  tombeau  placé  dans  l'église.  Ce  qui  donne  une  va- 
leur réelle  au  monument  élevé  en  son  honneur,  c'est  un 
buste  en  relief,  exécuté  sous  les  yeux  de  ses  parens  ,  et 
dont  une  tradition  ancienne  atteste  la  ressemblance.  Selon 
l'usage  barbare  de  cette  époque,  où  les  arts  n'avaient  pas 
encore  été  retenus  dans  leurs  limites  respectives,  ce  busto 
était  revêtu,  comme  nos  madones  de  plâtre,  d'une  peinture 
grossière.  M.  Malone,  commentateur  de  Shakespeare,  fit 
faire,  en  ijgS,  à  ce  buste,  l'opération  qu'on  fait  encore 
annuellement  à  Dublin,  à  la  statue  de  bronze  de  Guil- 
laume ÎII.Il  le  revêtit  d'une  couchedeblanc,  réparant  ainsi 
une  barbarie  par  une  autre.  Sur  ce  tombeau,  on  lit  l'épi- 
taphe  suivante  : 

Judicio  Pjliuin  ,  genio  Socratem ,  arle  Maronem  , 
Terra  tegit,  populus  mceret ,  Olympus  habet. 

Nestor  par  la  sagesse  ,  Socrate  par  le  génie  ,  Virgile  par  l'élégance , 
la  terre  le  couvre,  les  hommes  le  pleurent,  l'Olympe  le  possède 


Un  autre  monument  lui  a  été  élevé,  en  1740,  dans  l'ab- 
baye de  "Westminster,  avec  la  recette  d'une  représentation 


BIOGRAPHIE  DE  SHARESPliARE.  23 

de  sa  tragédie  de  Jules- César j  donnée  dans  cette  intention. 
Il  est  placé  dans  la  partie  de  l'église,  nommée  le  coin  dest 
poètes,  ùcôté  de  ceux  élevés  à  Chancer,  Spencer,  Millon, 
Dryden  j  Butler,  Thomson ,  Gay,  Goldsmithj  Addisouj 
près  de  celui  du  Français  Siint-Ewremont ,  du  Germain 
HandeltX.  du  célèbre  comédien  Gctrrick. 

Les  Anglais  ont  senti  en  clTet  que  la  mort,  qui  réunit 
tous  les  rangs  ,  rapproche  aussi  toutes  les  gloires.  Us  n'ont 
pas,  comme  dans  d'autres  pays,  transporté  dans  ce  qui 
est  hors  du  tems  les  Iri  voles  distinctions,  i\  l'aide  desquelles 
on  se  crée  des  grandeurs  factices  aux  dépens  des  gran- 
deurs réelles.  Ils  n'ont  pas  prononcé,  avec  toute  l'assu- 
rance et  toute  la  jalousie  de  la  médiocrité,  que  tel  ou  tel 
talent  serait  réputé  déshonnête,  et  tel  ou  tel  homme  ver- 
tueux traité,  après  sa  mort,  en  crin'iinol.  Ils  ont  vu  que 
tous  les  arts  ,  toutes  les  sciences,  toutes  les  supériorités  se 
prrtcnt  un  nuituel  appui  ;  et,  loin  do  disperser  à  dessein 
les  tombeaux  des  hommes  célèbres  dans  dilTôrcns  genres, 
ils  ont  réuni  sous  les  mOmes  vofites  le  prince  patriote,  le 
ministre  honnête  homme,  le  général  habile  ,  le  musicien, 
le  peintre,  le  poète,  l'artiste  et  le  comédien  distingués, 
comme  dignes  également  de  la  reconnaissance  et  de  l'hom- 
mage des  hommes 

Mais  le  plus  beau  monument  élevé  à  la  mémoire  de 
Shakespeare  est  la  collection  de  ses  ouvrages  drama- 
tiques. La  première  édition  de  ses  pièces  de  ihéAtre  réunies 
ne  parut  que  sept  ans  après  sa  mort,  en  iGaS.  Onz» 
seulement  avaionl  clé  imprimées  pendant  la  vie  de  l'au- 
teur, mais  non  par  ses  soins.  Shakespeare  avait  cou- 
tume de  vendre  ses  pièces  aux  comédiens,  qui  les  faisaient 
imprimer  quand  bon  leur  semblait.  Plus  elles  étaient  po- 
pulaires,  plus  on  lardait  i\  les  faire  paraître,  afin  d'attirer 
plus  long-tems  les  spectateurs   par  le  charme  de  la  iiou- 


n  BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE. 

veauté.  On  se  permettait  même  assez  souvent  d'y  faire-  des 

changemens  considérables  pour  les  adapter,  soit  à  une 
circonstance  nouvelle,  soit  au  lieu  où  elles  étaient  repré- 
sentées ,  soit  même  au  talent  particulier  des  acteurs  qui  y 
J)renaient  un  rôle.  Lorsqu'on  avait  un  mauvais  roi  dans  la 
troupe,  on  abrégeait  les  scènes  où  le  roi  paraissait;  ou, 
si  l'on  avait  un  bouffon  aimé  du  parterre  et  des  galeries , 
on  le  laissait  disposer  à  son  gré  de  sou  rôle,  l'abréger, 
l'alonger,  et  même  le  changer  entièrement 

Voilà  par  quelle  raison  il  y  a  souvent  tant  de  différence 
entre  les  divers  commentateurs  et  les  diverses  éditions  du 
tragique  anglais.  Il  est  juste  d'avoir  égard  ù  cette  circons- 
tance, quand  on  trouve  des  passages  trop  évidemment  in- 
dignes de  lui,  et  d'examiner,  avant  que  de  condamner,  si 
c'est  bien  véritablement  à  lui  qu'on  doit  les  attribuer. 

Les  fautes  graves  qu'on  lui  a  reprochées  ,  et  quelquefois 
sans  doute  avec  justice,  peuvent  être  considérées  sous  deux 
points  de  vue  ;  les  unes  appartiennent  à  son  siècle  ,  les 
autres  ne  doivent  être  imputées  qu'à  lui  seul.  Pour  dis- 
tinguer avec  impartialité  les  défauts  qu'il  doit  à  son  siècle 
et  ceux  qu'il  ne  doit  qu'à  lui,  il  est  nécessaire  de  s'ar- 
rêter un  instant  et  d'examiner  d'abord  quels  sont  ces 
défauts. 

En  résumant  tous  les  reproches  faits  à  Shakespeare,  on 
voit  qu'il  est  accusé  de  mêler  souvent  le  réel  avec  le  mer- 
veilleux et  l'histoire  ancienne  avec  l'histoire  moderne, 
d'introduire  des  bouffons  dans  les  pièces  sérieuses,  d'em- 
ployer un  style  affecté  ou  des  expressions  indécentes;  on  lui 
reproche  aussi  quelquefois  de  l'extravagance  dans  la  dispo- 
sition des  plans.  Il  est  impossible  d'apprécier  la  validité  de 
ces  accusations,  si  l'on  n'a  auparavant  une  connaissance 
«ssei exacte  de  l'état  général  des  mœurs,  des  lettres  et  du 
'.héî^trç  au  tems  «^'Elisabeth  et  de  Jacques  ï". 


BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE.  25 

Aujourd'hui  que  la  société  a  été  renouvelée  presque  dans 
ses  bases,  que  la  civilisation  ancienne,  changeant  de  di- 
rection, a  pris  un  mouvement  plus  rapide  et  plus  libre, 
que  les  premières  classes  de  la  société  ont  été  fortifiées  par 
des  agitations  politiques,  qui,  en  isolant  chaque  individu 
de  l'appui  de  sa  caste,  de  sa  corporation  ,  de  ses  ancêtres, 
le  réduisaient  à  chex'cher  sa  force  dans  son  intelligence  et. 
dans  ses  moyens  personnels;  que  les  classes  inférieures, 
éclairées  par  leurs  voyages  sur  tous  les  points  du  monde, 
ont  pu,  par  l'observation  de  mœurs  et  d'usages  divers, 
apprendre  à  juger  impartialement  les  mœurs  et  les  usages 
de  leur  pays;  que  tous  enfin,  dégagés  des  chaînes  de  l'ha- 
bitude, ont  pu  en  appeler  à  leur  raison  des  erreurs  de  leurs 
pères,  nous  avons  peine  à  concevoir  comment  les  croyances 
les  plus  ridicules  et  les  plus  absurdesont  si  long-tems  con- 
servé leur  empire.  Les  sorciers,  les  apparitions,  les  mi- 
racles, les  revenans,  la  magie,  tout  ce  qui  blesse  l'ordre 
naturel  des  choses  est  aujourd'hui  tellement  repoussé  par 
presque  toute  la  population  ,  qu'on  peut  ù  peine  ajouter  foi 
à  ce  qu'on  rapporte  de  la  crédulité,  je  ne  dis  pas  des  siècles 
éloignés  du  nôtre,  mais  de  la  haute  société  qui,  du  tems 
des  Voltaire  et  des  Rousseau ,  fournissait  encore  tant  de 
dupes  au  diacre  Paris.  Dans  les  pays  protestans,  où  la 
raison,  plutôt  exercée,  devait  amener  une  guérison  plus 
prompte  des  maladies  intellectuelles,  il  fallut  encore  un  long 
espace  de  tems  pour  détruire  le  mal  jusque  dans  ses  racines. 
Ce  n'était  pas  seulement  le  peuple  qui  se  rendait  victime 
de  ses  terreurs;  les  théologiens,  les  guerriers,  les  hommes 
de  cour,  tout  était  peuple  à  cet  égard;  et  les  premiers  ré- 
formateurs eux-mêmes ,  à  commencer  par  Luther  et  par 
Knox,  semblaient  ne  dépeupler  le  purgatoire  que  pour 
rendre  plus  redoutable  aux  imaginations  épouvantées  ce 
qu'ils  appelaient  les  puissances  des  ténèbres.  Tous  les  fan- 


U  BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE. 

tomes  de  l'ignorance  ne  s'évanouirent  donc  pas,  comme 
on  pourrait  le  penser,  aux  premiers  rayons  de  la  philo- 
sophie ;  seulement ,  à  mesure  qu'ils  s'effaçaient  des 
croyances  religieuses,  ils  passaient  dans  le  domaine  litté- 
raire, et  devenaient,  comme  les  êtres  mythologiques  pour 
les  anciens  poètes  de  la  Grèce,  autant  de  fictions  et  d'allé- 
gories subordonnées  à  un  développement  moral.  La  partie 
la  plus  éclairée  du  public  voyait  la  fiction  ;  mais  la  partie 
la  plus  nombreuse  doutait,  et  le  reste  était  entièrement  con- 
vaincu. C'est  donc  à  cette  époque  que  parut  Shakespeare. 
L'existence  des  êtres  surnaturels  avait  bien  été  attaquée  par 
quelques  hardis  novateurs;  mais  les  esprits  les  plus  forts 
n'étaient  encore  arrivés  qu'au  doute,  et  les  autres  croyaient 
ce  qu'avaient  cru  leurs  pères.  Bacon, ce  puissant  génie  ,  ce 
réformateur  des  méthodes  scientifiques,  n'osait  pas  con- 
tester la  réalité  des  larves  et  des  fantômes ,  et  le  roi 
Jacques  I",  qui  était  loin  sans  doute  du  génie  de  Bacon , 
publiait  sa  Démonologie  pour  constater  leur  existence. 
Jacques  avait  d'ailleurs  une  raison  particulière  de  croire 
aux  choses  surnaturelles,  possédant,  en  sa  qualité  de  roi 
d'Angleterre ,  le  droit  incontestable  et  surnaturel  de  guérir 
les  écrouelles,  droit  qu'il  avait  reçu  par  ordre  de  succes- 
sion d'Edouard  le  confesseur,  et  qu'il  transmit  dans  le 
même  ordre  aux  rois  ses  descendans.  Ce  privilège  ne  s'est 
perdu,  en  Angleterre,  que  sous  George  I"'.  D"'autres  pays 
ont  été  plus  heureux;  et,  malgré  une  interruption  mo- 
mentanée, ce  droit  ne  paraît  avoir  rien  perdu  de  sa  légi- 
timité. 

Ces  relations  merveilleuses  étaient  alors  le  sujet  de 
toutes  les  conversations.  Les  pauvres  faisaient  errer  leurs 
apparitions  sur  la  lisière  des  bois,  au  milieu  des  ruines; 
les  riches  plaçaient  leurs  ombres  dans  une  voiture  à  six 
chevaux  sans  tête ,  conduits  par  un  cocher  et  des  laquait 


BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE.     27 

«ans  tête.  Reginald  Scot,  dans  sa.  Découperùe  de  la  sorcel- 
lerie j  Burton,  dans  sonAnatomia  de  la  mélancolie;  Grose, 
dans  son  Glossaire  pi-ovincial ,  et  une  foule  d'autres  au- 
teurs nous  ont  rapporté  de  ces  contes  qui  occupaient  les 
soirées  d'hiver  dans  les  châteaux  aussi  bien  que  dans  les 
chaumières.  On  doit  sentir  que  des  hommes  habitués  à  de 
telles  émotions  ne  pouvaient  trouver  une  distraction  assez 
puissante  dans  les  visites  fortuites  d'un  voyageur  et  d'un 
hôte  fatigué.  Il  leur  fallait  une  distraction  qui  vînt  re- 
mettre en  équilibre  leurs  facultés  ébranlées.  De  là,  l'intro- 
duction générale  des  fous  dans  toutes  les  grandes  familles. 
La  présence  des  fous  devint  bientôt  aussi  indispensable  à 
la  table  des  barons  que  dans  les  salons  des  princes.  Dans 
un  tems  où  la  force  était  la  seule  loi,  une  telle  institution 
n'était  peut-être  pas  sans  utilité  ;  les  bouffons  étaient  alors 
ce  que  seraient  les  faiseurs  d'apologues  auprès  des  tyrans 
de  l'Orient.  Ils  représentaient,  pour  ainsi  dire,  l'opinion 
morale  de  la  société ,  et  faisaient  passer,  sous  la  protec- 
tion de  leur  marotte  et  de  leurs  grelots  ,  des  conseils  ou 
des  reproches  sévères.  Ainsi,  notre  Rabelais,  en  dépit  des 
bûchers,  faisait  impunément  aux  préjugés  de  son  siècle 
une  guerre  obstinée.  Lorsque,  dans  la  vie  réelle,  les  An- 
glais ne  pouvaient  se  passer  de  leur  clown  (i),  les  Fran- 
çais de  leur  yoz^,  les  Espagnols  de  \euv  gracioso ;  lorsque 
tous  les  rois  d'Angleterre,  jusqu'à  Charles  I",  avaient 
donné  à  ce  personnage  toute  l'importance  d'un  personnage 
historique,  Shakespeare  ,  dont  le  but  était  d'offrir  une 
image  parfaite  de  son  tems,  n'était-il  pas,  en  quelque 
sorte,  justifié  de  l'introduction  du  fou  dans  les  drames 
sérieux,  pourvu  qu'il  augmentât  par  ce  moyen  l'intérêt  et 

(i)  Le  rôle  du  fou  est  en  général  donné  à  un  paysan  [clown)  dont 
la  finesse  se  cache  sous  une  enveloppe  grossière. 


28     BIOGRAPHIE  DE  SHAKESPEARE. 

la  terreur  des  situations  tragiques,  ainsi  qu'il  l'a  fait  dans 
le  roi  Lear,  et  comme "VValter  Scot  l'afait  do  nos  jours,  dans 
son  Wamba,  duroman  à'Iuanhoe.  Le  peintre  qui  a  repré-  , 
sente  l'entrcTue  de  Charles-Quint  et  de  François  I",  a-t-il  | 
été  blâmé  d'y  placer  Triboulet?  Il  est  incontestable  que, 
dans  les  arts,  tout  ce  qui  n'ajoute  pas  à  l'effet  le  diminue  ;  s 
qu'on  applique  cette  règle  aux  bouffons  de  Shakespeare,  ! 
et  qu'on  prononce  hardiment  que  ce  qui  nuit  à  l'effet  esl 
mauvais.  Mais,  si  telle  ou  telle  innovation  ,  que  nous  re- 
poussons avec  raison  sans  doute  de  notre  théâtre ,  contri- 
bue à  faire  valoir  l'ensemble  ,  qu'on  ne  se  laisse  pas  aveu- 
gler par  le  préjugé,  et  qu'on  réfléchisse  un  instant  avani 
d'en  prononcer  la  condamnation  absolue ,  .   . 

Toutefois,  si  l'indulgence  est  louable  à  l'égard  des  inven- 
tions qui  ne  paraissent  vicieuses  que  par  une  imitation  trop 
exacte  de  la  nature,  il  n'en  est  pas  de  même  pour  tout  ce  qui 
annonce  l'affectation  et  la  prétention  au  bel  esprit;  c'est  là 
un  des  véritables  défauts  de  Shakespeare.  Tandis  qu'il 
tourne  en  ridicule,  dans  plusieurs  scènes  de  ses  comédies, 
l'afféterie  des  Euphuistes,  il  n'a  pas  su  toujours  résister  à  la 
contagion  du  mauvais  exemple.  Si  l'on  compare  cepen- 
dant son  style  à  celui  des  écrivains  de  la  même  époque,  on 
eentira  mieux  combien ,  grâce  à  sa  profession  de  comédien 
qui  l'éloignait  de  la  cour  et  des  sociétés  à  la  mode,  il  a 
échappé  à  ce  défaut  universel  d'un  siècle  qui  offrait  un 
singulier  mélange  de  raffinement  et  de  grossièreté 

Quoi  qu'il  en  soit,  on  peut  appliquer  justement  au  poète 
anglais  ce  mot,  qu'un  de  nos  personnages  historiques  mo- 
dernes adressait  à  ses  détracteurs  :  «  3fes  défauts  et  mes 
vices  même  furent  le  produit  de  mon  siècle;  mon  génie  et 
mes  vertus  sont  à  moi.  » 

(  Extrait  du  cours  de  littérature  dramatique  anglaise  fait 
à  l'Athénée  de  Paris  par  M.  J.  A.  Bichon,   en  1821  ). 


39 

BEAUX-ARTS.— ARCHÉOLOGIE. 
NOTICE 

Sur  les  sculptures  des  frontons  du  Parthekon  (i), 
dont  le  gouvernement  a  fait  venir  des  plâtres  (2) , 
moulés  sur  les  originaux  maintenant  en  Angle- 
terre ; 

Et  Réflexions  sur  la  nécessité  de  former  un  Musée 
spécial  de  copies,  de  m^ême  nature,  des  statues  an- 
tiques qui  nous  ont  été  enlevées. 

Depuis  les  tems  appelés  historiques,  il  est  plusieurs 
époques  célèbres  où  des  hommes  de  génie,  trouvant  dans 
leurs  souverains  des  protecteurs  éclairés,  ont  pu  se  livrer 
à  des  travaux  qui  ont  posé,  pour  ainsi  dire,  les  limites 
de  l'esprit  humain. 

A  chacune  de  ces  époques,  au  milieu  des  hommes  extra- 
ordinaires qui  semblent  se  grouper  pour  coopérer  à  l'illus- 
tration de  leur  siècle,  on  peut  en  signaler  un  qui  domine 
tous  les  autres,  et  qui  pourrait  disputer  au  souverain  lui- 
même  le  droit  d'y  attacher  son  nom.  La  postérité  a 
dit  :  Les  siècles  de  Périclès  ^  à\4uguste  j  do  Léon  Xj 
de  Louis  XIF;  elle  eût  pu  dire  avec  autant  de  raison  : 
les  siècles  de  Phidias j  de  Virgile,  de  Raphaël^  de 
Racine. 


(1)  Parthenon  ou  Hécatompedon  ;  c'est  le  nom  du  temple  de  Mi- 
nerve, élevé  par  Périclès,  et  dans  lequel  était  la  fameuse  statue  de 
Phidias.  Ce  temple,  situé  dans  l'Acropolis  ou  citadeUe  d'Athènes  ,  fut 
presque  entièrement  détruit  par  une  bombe,  pendant  le  siège  que  les 
Vénitiens  firent  de  cette  ville  ,  en  1687. 

(2)  C'est  l'expression  technique  pour  nommer  les  copies  eu  plâtra 
obtenues  pav  le  moulage. 


30  BEAUX-ARTS. 

Au  reste,  ces  génies  auxquels  tous  les  esprits  éclairés  ren- 
dent un  culte  égal,  ont  eu  d'étranges  destinées.  Racine, 
après  avoir  vu  sa  gloire  long-tems  contestée,  meurt  de  cha- 
grin d'avoir  encouru  la  disgrâce  du  plus  absolu  des  maîtres. 
Raphaël,  dont  la  mort  fit  verser  des  larmes  amères  à 
Léon  X  (i),  expire  à  la  fleur  de  l'âge  et  dans  toute  la 
force  d'un  talent  qui  n'a  pas  encore  trouvé  d'égal,  pour 
s'être  trop  abandonné  aux  caresses  enivrantes  d'une  maî- 
tresse adorée.  Virgile,  méconnaissant  son  propre  génie, 
veut,  à  ses  derniers  instans,  déshériter  sa  mémoire,  et 
livrer  aux  flammes  ce  poème,  lecture  favorite  des  esprits 
délicats  et  sensibles.  Phidias,  enfin,  honoré  de  l'amitié 
intime  de  Périclès,  victime  de  la  jalousie  que  lui  portaient 
ses  ennemis,  et  de  celle  qu'inspirait  son  protecteur  qu'on 
voulait  punir  dans  la  personne  de  son  ami ,  Phidias ,  dis-je, 
Onit  ses  jours  en  prison  (2). 

Frappé  du  sort  des  hommes  qui  ont  eu  le  malheur  de 
s'élever  au-dessus  de  leurs  contemporains,  un  poète  mo- 
derne s'écrie  (3)  : 

Vivans  ,  la  baiiie  les  déchire  ; 
Et  ces  dieux  que  la  terre  admire 
Ont  peu  compté  de  jours  sereins. 

Mais  que  sont  devenues  leurs  productions  ?  leur  gloire , 
au  moins,  est-elle  assurée? 

Grâce  à  l'imprimerie ,  les  œuvres  de  Virgile  et  de  Ra- 
cine seront  connues,  dans  leur  entier,  de  nos  derniers 
neveux.  Raphaël,  moins  heureux,  verra  son  nom  survivre 
à  ses  admirables  peintures,  déjà  bien  altérées  par  le  tems, 

(1)  Vasari ,  T.  11 ,  page  53. 

{2)  Plutarque ,  vie  de  Périclès. 

(3)  M.  da  Fontanes,  stances  à  M.  de  Chateaubriand. 


ARCHÉOLOGIE.  SI 

etque  dans  peu  de  siècles  on  ne  connaîtra  plus  que  par  des 
gravures,  c'esl-ù-dire  par  des  traductions  (i).  Quant  à 
Phidias,  de  tous  les  monumens  échappés  aux  ravages  dont 
la  Grèce  et  Rome  ont  été  tant  de  fois  le  théâtre ,  il  n'en 
est  aucun  que  l'on  puisse  avec  certitude  lui  attribuer;  il 
n'existe  ù  ce  sujet  que  des  probabilités  et  des  inductions. 
Quel  serait  donc  l'enthousiasme  du  monde  savant,  si  l'on 
était  enfin  parvenu  à  recueillir  des  débris  que  l'on  pfit, 
sans  hésiter,  attribuer  au  ciseau  de  ce  célèbre  statuaire I 

Le  tems  nous  dérobe ,  il  est  vrai,  la  certitude  que  nous 
recherchons  avec  tant  d'ardeur;  mais  la  gloire  de  Phidias 
n'en  paraîtra  que  plus  grande,  puisque  l'on  sera  conduit 
à  dire  :  Si  les  ouvrages  que  nous  avons  sous  les  yeux ,  exé- 
cutés sous  sa  direction,  mais  auxquels  il  n'est  pas  sûr  qu'il 
ait  mis  la  main,  causent  tant  d'admiration,  que  devaient 
donc  être  ceux  qui  étaient  le  produit  immédiat  de  son 
ciseau  ? 

Les  ouvrages  dont  je  parle  sont  les  figures  des  frontons 
du.Parthenon,  apportées  à  Londres  par  lord  Elgin  et  dont 
le  ministère  de  l'intérieur  a  fait  venir  plusieurs /j/a^r^s, 
moulés  sur  les  originaux    (2). 

On  se  rappelle  qu'à  l'époque  de  l'expédition  d'Egypte, 
l'Angleterre  devint  l'alliée  de  la  Sublime-Porte.  Lord  El- 
gin était  alors  ambassadeur  à  Constantinople.  II  profita  de 
l'influence  que  lui  donnaient  sa  position  et  les  circons- 
tances ,  pour  demander  la  permission  de  dépouiller 
Athènes  des  restes  de  son  ancienne  splendeur.  Cette  per- 
mission lui  fut  accordée  ,  et  l'usage  qu'il   s'empressa  d'en 

(1)  L'analogie  me  paraît  être  complète.  Le  traducteur  essaie  de 
rendre  la  pensée  et  le  style ,  comme  le  graveur  essaie  de  reproduire  la 
forme  et  la  couleur. 

(7)  Ces  plâtres  ont  été'  déposés  dans  une  salle  du  Leurre. 


3î  liEAliX-AllTS. 

faire  lui  a  valu  des  critiques  sévères  et  des  éloges  Con- 
testés; anathématisé  par  lord  Byron ,  il  a  été  loué  par 
plusieurs  archéologues,  qui  pensent  que  les  monumens  qu'il 
a  enlevés  (i),  maintenant  à  Tabri  de  toute  destruction 
probable,  auraient  péri,  comme  tant  d'autres,  dans  quel- 
ques-unes des  catastrophes  auxquelles  ce  malheureux  pays, 
autrefois  la  gloire  de  l'esprit  humain ,  semble  voué  pour 
long-tems  encore  (2). 

Le  croira-t-on  !  ces  illustres  débris  trouvèrent  peu  d'ad- 
mirateurs à  Londres.  Mais  un  homme  profondément 
versé  dans  la  connaissance  de  l'antiquité,  M.  Visconti, 
ayant  été  proposé  par  lord  Elgin,  et  accepté  par  le  gou-^ 
vernement  pour  en  fixer  la  valeur,  il  vint  à  Londres  et 
publia    des    mémoires  qui   ne   tardèrent   pas   à  éclairer 


(i)  Cel  enlèvement  a  donne'  lieu  à  une  foule  de  traits  dirige's  contre 
son  auteur.  Sur  les  murailles  du  Parthenon,  on  écrivit  :  guid  non 
fecerunt  Gothi,  feccrunt  Scoti  ,  par  allusion  à  la  patrie  de  lord  Elgin. 
Le  portique  du  temple  de  Pandrose  e'tait  encore  iutact;  il  en  fit  enlever 
une  cariatide,  qu'il  remplaça  par  un  pilier  de  briques.  Ou  e'crivit  sut 
le  pilier  :  opus  Elgin;  et  sur  la  cariatide  la  plus  proclie  :  opus 
Phidiœ.  Enfin  ,  un  Anglais  de  distinclion  fit  exe'cuter  à  ses  fiais 
une  copie  en  marbre  de  la  cariatide  enleve'e^  et  la  fit  substituer  au 
pilier  de  briques. 

(2)  Je  ne  puis  m'empècher  de  soumettre  les  conside'ratious  sui- 
Yantes  au  jugement  des  personnes  qui  ne  peuvent  se  consoler  de  ce 
que  le  Parthenon  a  été  dépouillé  de  ses  sculptures. 

Il  est  très-vrai  que  les  monumens  de  ce  genre  perdent  beaucoup  à 
être  enlevés  au  cadre  qui  les  renfermait,  à  la  place  pour  laquelle  ils 
avaient  été  exécutés  ;  on  peut  dire  même  qu'au  milieu  des  noble» 
ruines  dont  ils  faisaient  partie,  ils  exerçaient  sur  l'imagination  une 
puissance  qu'ils  ne  peuvent  conserver  ailleurs.  Mais ,  si  l'on  considère 
de  quelle  importance  il  est  pour  les  artistes  modernes  de  pouvoir  le» 
étudier  ;  s'il  est  bien  constant  qu'ils  forment ,  dans  l'histoire  de  l'art , 
une  époque  très-importante  et  qui  n'était  pas  encore  complètement 


ARCHÉOLOGIE.  33 

i'opinion  publique  sur  le  mérite  des  ouvrages  soumis  à  sa 
docle  investigation  (1).  Bientôt  Canova  et  M.  Quatre- 
mère  de  Quincy  allèrent  aussi,  successivement,  visiter 
cette  collection;  et  ce  fut  à  celte  occasion  que  ce  der- 
nier écrivit  à  Canova  des  lettres  pleines  d'intérêt,  publiées 
à  Rome,  et  dans  lesquelles  on  peut  connaître  l'opinion  que 
le  plus  célèbre  statuaire  moderne  avait  conçue  de  ces 
productions  de  l'antiquité  ('2). 

Parmi  ces  sculptures  ,  les  plus  importantes  ,  sans  con- 
tredit, sont  celles  des  frontons  du  Parthenon  ;  le  gouver- 
nement, en  faisant  venir  en  France  des  plâtres  des  prin- 
cipales figures  de  ces  frontons,  a  donc  rendu  un  véritable 
service  aux  artistes ,  aux  archéologues  et  à  tous  ceux  qui 
s'intéressent  aux  arts  du  dessin,  puisqu'il  les  a  ainsi  mis 
à  même  de  juger  par  leurs  propres  yeux  du  mérite  de  ces 
monument. 

Le  premier  sentiment  que  l'on  éprouve  à  leur  aspect 
est  celui  d'une  curiosité  ardente ,  qui  cause  une  sorte  de 
transport;  puis  l'on  se  trouve  naturellement  amené  à 
demander:  de  qui  sont-ils  ?  est-ce  la  création  d'un  même 
homme  ou  de  plusieurs  ? 

Ici ,  l'artiste  se  borne  à  répondre  :  Ce  sont  des  produc- 


conuue  ,  parce  que  les  matériaux  mauquaient  ;  enfin  ,  si  l'on  s'arrêle 
à  cette  pensée ,  que  quelque  nouirelle  catastiophe  aurait  pu  eu  ache- 
\er  entièrement  la  ruine  ,  je  crois  que  l'Europe  savante  devra  se  féli- 
citer qu"'ils  soient  confiés  à  la  garde  d'une  nation  civilisée. 

JV.  B.  Les  derniers  événemens  survenus  en  Grèce  et  l'incendie  d'A- 
I  hènes  ne  justifient  que  trop  l'opinion  exprimée  par  l'auteur  de  celte  No- 
lice, qui  a  éléécriteavantqueces  événemens  n'eussent  éclaté.  (N.d.R.) 

(i)  Ces  mémoires  ,  publiés  à  Londres  et  adressés  à  lord  Elgin,  ont 
été  réimprimés  à  Paris  sous  ce  titre  :  Mémoires  sur  des  ouvrages  de 
sculpture  du  Parthenon  ,  etc. 

(2)  Depuis  cette  époque,  plusieurs  artistes  français  ont  également 
fait  le  voyage  de  Londres,  dans  le  même  but. 

Tome  xi.  ?, 


3/^  BEAUX-ÀRTS. 

tions  inimitables ,  peu  m'importe  quel  en  soit  l'auteur  ; 
mais  l'archéologue  est  obligé  de  compulser  tous  les  écri- 
vains..  Malheureusement,  il  arrive  quelquefois  que  leurs 
récits  sont  contradictoires  ou  incomplets,  de  sorte  que 
l'on  est  obligé  de  rester  dans  l'incertitude;  et  c'est  jus- 
tement le  cas  où   nous  nous  trouvons. 

L'établissement  de  la  religion  chrétienne ,  dans  l'empire 
romain,  a  été  une  époque  de  destruction  pour  tous  les 
monumens  élevés  au  culte  païen.   C'est  à  la  ferveur  des 
néophytes  qu'il  faut  attribuer  la  perte   de  tant  de  chefs- 
d'œuvre  dont  la  Grèce   pouvait  s'honorer.  Cependant   la 
réputation   de   quelques-uns  de  ces    chefs-d'œuvre  était 
telle,  qu'elle  leur  fit  trouver  grâce  aux  yeux  même    des 
chrétiens.  Constantin  protégea  la  fameuse  statue  de  Mi- 
nerve,  ouvrage  des  propres  mains  de  Phidias,  dont  tous 
les  écrivains  anciens  ont  parlé  avec  tant    d'admiration, 
et  qui  était  placée   dans  l'intérieur  du    Parthenon;    elle 
existait  encore  au  tems  de  l'empereur  Julien,  qui  en  fait 
mention  dans  ses  écrits;  mais  depuis  il  n'en  est  plus  ques- 
tion,  et  l'on  ignore  entièrement  ce  qu'elle  est  devenue. 

Toutefois ,  puisqu'elle  existait  encore  au  tems  de  Julien, 
ce  ne  peut  donc  être  que  vers  la  fin  du  quatrième  siècle 
que  le  Parthenon  a  été  consacré  au  culte  du  vrai  Dieu. 
Pour  opérer  cette  transformation  et  pour  éclairer  l'inté- 
rieur du  temple,  les  chrétiens  firent  abattre  le  centre  du 
tympan  du  fronton  de  l'est,  ainsi  que  les  figures  qui  y 
étaient  placées.  C'est  dans  cet  état  de  mutilation  que 
le  dessinateur  de  M.  deNointel  a  représenté  ces  frontons 
en  1674,  et  il  est  digne  de  remarque  qu'aucune  autre 
figure  n'ayant  été  renversée  depuis  cette  époque ,  quoique 
le  corps  de  l'édifice  ait  été  détruit  presque  en  entier  par 
une  bombe,  perîdant  le  siège  d'Athènes,  par  les  Vénitiens, 
en  1687,  toutes  celles  qui  existaient  encore  à  la  première 
de  ces  doux  époques  ont  été  i^trouvées  et  enlevées  par 


ARCHÉOLOGIE.  Sd 

îord  Elgin,  à  l'exception  de  deux,  et  font  maintenant 
partie  de  la  collection  du  British-museum. 

Spon  et  Wheler,  qui  visitèrent  Athènes  peu  d'années 
après  M.  de  Nointel  (1676),  et  qui  virent  le  Parthenon 
dans  le  même  état  où  il  l'avait  vu  lui-même,  remarquèrent 
que  les  sculptures  des  deux  frontons  étaient  d'un  marbre 
plus  blanc  que  le  reste  du  monument;  ils  crurent  recon- 
naître, dans  les  deuxième  et  troisième  figures  de  l'angle, 
à  gauche,  du  fronton  de  l'ouest ,  et  qui  sont  celles  laissées 
par  lord  Elgin  (1),  les  portraits  de  l'empereur  Hadrien 
et  de  Sabine  sa  femme ,  et  ils  en  conclurent  que  les  scul- 
ptures des  deux  frontons  pouvaient  avoir  été  exécutées 
par  les  ordres  de  cet  empereur. 

Stuart,  qui  ne  nie  pas  que  ces  deux  figures  soient  les 
portraits  d'Hadrien  et  de  Sabine,  fait  observer  cependant, 
d'abord,  que  la  blancheur  du  marbre  des  sculptures  des 
frontons  ne  prouverait  pas  qu'elles  fussent  plus  modernes 
que  le  reste  du  temple;  ensuite,  qu'il  serait  possible  que 
les  deux  têtes  de  l'empereur  et  de  sa  femme  eussent  été, 
selon  l'usage  assez  communément  suivi  par  les  Romains, 
replacées  sur  deux  anciennes  figures  (2). 

M.  Visconti,  dans  les  mémoires  déjA  cités,  traite  cette 
question  assez,  brièvement,  et  n'admet  pas  la  possibilité  que 
ces  sculptures  ne  soient  pas  celles  faites  du  tems  de 
Périclès;  il  croit  même  que  les  deux  figures  que  Spon 
et  Wheler,  et  Stuart  après  eux,  ont  cru  être  Hadrien  et 
Sabine,  représentent  Vulcain  et  Venus  (3).  Cette  dernière 

(1)  Stuart  [antiquités  d'Athènes),  T.  Il,  chapitre  1"'',  planchée, 
figure  2,  donne  le  trait  de  ces  deux  figures ,  sur  une  assez  granJo 
éclielle. 

(2)  Stuart  {antiquités  d'Athènes),  pages  18  et  ig. 

(3)  Looo  citato  ,  pages  22  et  lO. 

3* 


36  BEAUX-ARTS. 

question  n'est  véritablement  que  secondaire,  et  il  serait 
assez  difficile  de  la  décider  sans  avoir  les  monumens  mêmes 
sous  les  yeux;  or,  ainsi  que  je  l'ai  déjà  dit,  ce  sont  pré- 
cisément les  deux  seules  figures  qui  aient  été  laissées. 

Mais  que  l'on  ait,  ou  non,  ajusté  les  têtes  d'Hadrien  et 
de  Sabine  sur  deux  anciennes  figures,  je  n'en  crois  pas 
moins  possible  de  prouver  que  les  sculptures  des  deux 
frontons  du  Parthenon  n'ont  été  ni  exécutées  ni  même 
restaurées  sous  le  règne  d'Hadrien. 

Il  y  avait  à  peu  près  quatre-vingts  ans  que  le  Parthenon 
était  achevé,  lorsque  l'opisthodome  de  ce  temple  fut 
incendié  (i).  Mais  dans  ce  temple,  tout  de  marbre,  il  est 
bien  évident  que  le  feu  ne  put  consumer  que  les  richesses 
de  toute  nature  renfermées  dans  la  partie  du  temple  que 
je"  viens  de  nommer;  en  supposant  même  que  les  figures 
du  fronton  de  l'ouest,  les  seules  qui  auraient  pu  être  en- 
dommagées, puisque  l'opisthodome  était  à  l'extrémité 
ouest  du  temple,  eussent  eu  besoin  d'être  réparées,  pense- 
t-on  que  les  Athéniens  auraient  souffert  qu'on  attendît 
au-delà  de  trois  cents  ans  pour  faire  faire  ces  réparations 
au  temple  élevé  à  la  divinité  protectrice  de  leur  ville  ? 
D'ailleurs,  si  ces  figures  avaient  été  endommagées,  Plu- 
tarque,  qui  écrivait  sousTrajan,  n'aurait  pas  manqué  de 
l'indiquer;  au  contraire,  il  dit  (i)  que,  de  son  tems,  les 
ouvrages  de  Périclès  et  de  Phidias  avaient  encore  tout 
l'éclat  et  toute  la  fraîcheur  de  la  nouveauté;  enfin,  Pau- 
sanias,  qui  visita  ce  temple  du  tems  d'Hadrien,  ne  donnç, 
dans  sa  description,  aucun  sujet  de  croire,  ni  que  les 
sculptures  des  frontons  fussent  endommagées ,  ni  que  ce 
fussent  des  travaux  récemment  exécutés. 


(1)  De'mostlièncs  conlve  Tiniorrate. 

(2)  \\e  tic  Pt'riclrs. 


ARCHEOLOGIli.  ;57 

Tenons  donc  pour  constant  que  ces  figures  sont  des  sculp- 
tures grecques,  du  beau  tcms  de  Périclès. 

Mais  ce  n'est  pas  assez  d'avoir  fixé  le  lems  qui  les  a 
vues  naître;  il  faut  encore  déterminer  quels  sont  les  artistes 
qui  les  ont  créées.  M.  Visconti  s'exprime  ainsi  à  ce  sujet  (i): 
«  En  visitant  les  marbres  sculptés  que  lord  Elgin  a  fait 
transporter  d'Athènes  ù  Londres,  le  connaisseur  est  certain 
d'avoir  sous  les  yeux  plusieurs  de  ces  ouvrages  précieux, 
qui,  conçus  et  dirigés  par  Phidias  ,  et  exécutés  en  partie  par 
sonciseauy  ont  fait,  pendant  plus  de  sept  cents  ans,  l'ad- 
miration du  monde  ancien  ,  et  que  ,  du  tems  de  Plutarque , 
c'est-à-dire  an  siècle  de  Traian,on  regardait  comme  inimi- 
tables par  leur  grâce  et  leur  beauté.  » 

1\I.  Quatremère  ne  paraît  pas  partager  tout-à-fait  l'opi- 
nion de  M.  Visconti,  quoique  d'ailleurs  il  exprime  une 
égale  admiration  relativement  au  mérite  de  ces  sculptures. 
Il  observe  que  le  temple,  les  cinq  cents  figures  et  plus 
dont  il  était  orné,  parmi  lesquelles  il  y  en  avait  au  moins 
quarante  d'une  proportion  de  sept  ù  douze  pieds,  ainsi 
que  la  statue  colossale  de  Minerve  élevée  de  la  main  même 
de  Phidias,  furent  achevées  dans  le  court  espace  de  six  à 
sept  ans. 

Quelle  part  put  donc  avoir  Phidias  dans  l'exécution  de 
toutes  ces  sculptures?  son  tems  ne  fut-il  pas  entièrement 
absorbé,  et  par  l'exécution  de  la  statue  de  Minerve,  et  par 
la  direction  générale  des  travaux? 

L'incertitude  est  entière  à  cet  égard.  Pausanias  se  borne 
à  rapporter  les  sujets  des  sculptures  des  frontons  (2)  ;  il 
n'en  nomme  pas  l'auteur  ou  les  auteurs;  et  Piutarque  dit 

<^ 

(1)  Loco   citalo  ,  page  2. 
'2)  Livre  i"j  cliapitie  24. 


38  BEAIX-AIITS. 

seulement  que  Phidias  fut  chargé  de  la  direction  générale 
des  trayaux  entrepris  par  Périclès  (i).  Ne  peut-on  pas 
supposer  toutefois,  avec  quelque  vraisemblance,  que,  si 
ces  sculptures  ne  sont  pas  de  lui,  au  moins  il  a  présidé 
à  la  composition  générale  des  sujets,  et  que  peut-être  il 
en  a  fourni  les  dessins  ? 

Phidias  eut  plusieurs  élèves ,  devenus  comme  lui 
des  statuaires  célèbres  ;  d'abord  Alcamènes ,  l'auteur  des 
sculptures  de  l'un  des  deux  frontons  du  temple  de  Jupiter 
Olympien  et  de  la  Vénus  aux  jardins,  que  Pausanias  (2) 
considère  comme  un  des  plus  beaux  monumens  d'Athè- 
nes (3).  A  la  vérité,  s'il  fallait  adopter  une  tradition  rap- 
portée par  Pline  (4),  cette  statue  n'aurait  atteint  ee  haut 
degré  de  perfection  que  parce  que  Phidias  se  serait  plu 
à  la  terminer  lui-même.  Je  citerai  aussi  Agoracrite  qu'il 
aimait  d'une  affection  si  vive  (5),  qu'il  mit  souvent  le 
nom  de  son  élève  sur  plusieurs  de  ses  ouvrages  (6); 
Colotès  qui  aida  son  maître  dans  quelques-unes  de  ses 
productions  les  plus  importantes;  enfin,  Pandœnus ,  son 
cousin  germain,  qui  travailla  avec  lui  à  la  statue  de  Jupiter 
Olympien  (7). 

(1)  Vie  de  Peïiclès. 

(2)  Livre  i^'',  chapitre  18. 

(5)  Lucien,  dans  un  de  ses  dialogues  intitule  les  Portraits ,  vou- 
Jant  faire  la  peinture  d'une  beauté  accomplie ,  emprunte  à  cette  Ve'nus 
la  gorge,  les  bras  et  le&  mains. 

(4)  Histoire  natui'elie,  Livre  56. 

(5)  Pausanias  ,  Livre  9  ,  chapitre  3^* ,  dit  :  l'objet  de  ses  amours- 

(6)  Hiae,  loco  chulorVoy .  aussi  le  Voyage  du  jeune  Anachavsii.j 
Toi».  V  e^  VI,  pag.  5i  et  555^ 

(">)  StrafcoB  ,  Livre  S. 


AKCHliOLOGlE.  o? 

CeilainenieiU,  on  peut  regarder  couinie  positif  que  ces 
mêmes  artistes  furent  chargés  d'exécuter  tout  ou  partie 
des  figures  des  frontons  du  Parthenon.  On  peut  croire 
aussi  que  Phidias  retoucha  quelques-unes  de  ces  figures; 
mais  c'est  tout  ce  que  l'on  peut  obtenir  par  induction, 
et  il  est  aussi  impossible  de  déterminer  auquel  des  artistes 
que  je  viens  de  nommer  telle  ou  telle  figure  doit  être 
altribuée,  que  de  désigner  d'une  manière  précise  quelles 
sont  celles  que  Phidias  a  retouchées. 

Au  reste ,  au  simple  aspect  de  ces  sculptures ,  il  est 
impossible  de  ne  pas  reconnaître,  à  l'élévation  du  style, 
qu'elles  ne  peuvent  avoir  été  produites  que  par  des  artistes 
très-habiles.  Il  est  vrai  qu'elles  sont  mutilées  et  très- 
frustes;  mais  le  inouvement  général,  le  beau  jet  des 
draperies  et  l'exécution  grandiose  des  parties  intactes,  en 
font  des  monumenstrès-importans  et  très-curieux  qui,  pour 
me  servir  des  expressions  de  M.  Quatremère,  «sontpropres 
à  remplir  une  nnmense  lacune  dans  l'histoire  du  goût.  » 
Ce  sont  enfin  des  sculptures  qui  comptent  au  moins 
2,3oo  ans  de  durée,  dont  toute  l'antiquité  s'est  plu  à 
proclamer  la  beauté,  et  qui  doivent  donner  la  plus  haute 
opinion  du  chef  de  t'école  qui  les  a  créées. 

La  dimension  des  figures,  au  nombre  de  six,  dont  la 
plâtres  ont  été  apportés  en  France,  est  d'environ  sept 
pieds  et  demi  ;  elles  sont  entièrement  rondes-bosses ,  ainsi 
que  les  anciens  en  usaient  ordinairement  dans  ces  sortes 
d'ouvrages,  et  terminées  également  des  deux  côtés. 

Si  l'on  rapproche  ces  deux  circonstances ,  on  en  peut 
conclure,  et  c'est  aussi  l'opinion  de  MM.  Quatremère  et 
Viscontî,  que  ces  figures  ont  été  sculptées  d'ans  l'ateliei 
de  l'artiste,  et  posées  ensuite  sur  la  saillie  du  fronton.  On 
conçoit  facilement  que  des  ouvrages,  ainsi  exéculcs.  tic- 


AO  BEAUX-ARTS. 

vaient  être  supérieurs  à  ceux  que  l'on  fait  sur  la  place 
même,  au  moyen  d'échafauds ,  etc.  N'est-il  pas  évident 
encore  que  des  sculptures  ajant  un  relief  égal  àcelui  de  la 
nature,  et  entre  lesquelles  l'aircirculaitlibrement,  devaient 
produire  une  illusion  et  un  effet  bien  préférables  à  ceux 
qui  peuvent  résulter  de  nos  bas-reliefs  modernes,  dans 
lesquels  les  figures  ne  sont  que  des  applications. 

Félicitons-nous  donc- de  posséder  ces  monumens  d'ut» 
grand  prix  pour  les  véritables  artistes,  qui  savent  bien  qu'un 
plâtre _,  moulé  sur  V original j,  peut  en  tenir  lieu  quand  l'opé- 
ration du  moulage  a  été  bien  faite,  et  multiplions  nos 
richesses  en  ce  genre. 

Qu'il  me  soit  permis,  avant  de  terminer  cet  article  , 
d'exprimer  un  vœu  que  je  crois  être  aussi  celui  des  artistes, 
des  connaisseurs,  et  de  tous  ceux  qui  s'occupent  de  l'an- 
tiquité. Ce  serait  que  l'on  formât  un  Musée  spécial,  dans 
lequel  on  rassemblerait  des  plâtres  de  toutes  les  statues 
antiques  que  nous  avons  perdues  et  de  toutes  celles  qu'il 
serait  possible  de  faire  mouler.  A  cette  occasion,  je  citerai 
ce  qui  s'est  passé  en  Italie  ,  lorsque  la  victoire,  dictant  des 
traités  honorables  pour  la  France ,  conduisait  à  Paris  les 
monumens  précieux  qu'une  odieuse  spoliation  nous  a 
enlevés. 

A  RomCj  à  Florence,  à  la  place  de  l'Apollon  du  Bel- 
védère, de  la  Vénus  de  Médicis,  etc. ,  on  mit  des  plâtres 
moulés  sur  ces  statues.  Tout,  d'ailleurs,  resta  dans  le  même 
état.  Les  Italiens  ne  cessèrent  pas  d'avou'  ces  productions 
inimitables  sous  les  yeux,  et  ils  se  confièrent  au  tems  du 
soin  de  leur  rendre  les  originaux.  Le  tems  ne  les  a  pas 
déçus  :  un  nouveau  Brennus  s'est  écrié  :  t-'œ  victis!  et  les 
chefs-d'œuvre  de  la  Grèce  que  nous  devions  à  des  traités 
ont  été,  par  suite  de  la  violation  manifeste  d'un  traité, 
reprendre  leur?  place?  à  Rome   et  à  Florence. 


ARCHEOLOGIE.  Al 

Quelque  prix  que  j'attache  à  ces  monumens,  je  ne 
voudrois  pas,  et  je  suis  bien  sûr  d'être  approuvé  par  tous 
les  hommes  animés  d'une  véritable  philantropie,  qu'ils 
revinssent  en  notre  possession  ,  s'ils  devaient  nous  être 
ramenés  par  la  guerre;  oublions  plutôt  qu'ils  furent  à 
nous;  mais  n'oublions  pas  de  quelle  importance  il  est 
pour  l'art  de  conserver  ces  modèles  sous  les  yeux. 

Que  le  gouvernement  se  hâte  donc,  avant  que  les 
moules  qu'il  possède  de  ces  belles  statues  soient  tout-à- 
fait  épuisés ,  d'en  réunir  le  plus  grand  nombre  possible  de 
copies.  Sans  doute ,  les  originaux  ont  une  valeur  intrin- 
sèque que  des  copies  en  plâtre  ne  peuvent  pas  obtenir; 
mais,  pour  l'histoire  de  l'art  et  ses  progrès  successifs,  si 
intéressans  à  observer  et  à  étudier,  ces  copies  suffisent; 
pour  l'étude  des  formes ,  les  plâtres  offrent  même  un 
avantage  sur  le  marbre  :  les  effets  de  la  lumière  sont 
mieux  sentis,  et  conséquemment  les  contours  sont  moins 
vagues. 

Espérons  que ,  sous  un  gouvernement  qui  annonce  la 
ferme  volonté  de  protéger  et  d'honorer  les  arts  et  les 
artistes  ,  cette  demande,  dont  il  lui  est  si  facile  d'apprécier 
l'importance,  ne  lui  aura  pas  été  inutilement  adressée. 

P.  A. 


IV\'VV\XXVV\\VV\\VVV\V\\\\V\\VWV1V\\\VI\\\»MV\\IV«.\\\\\VV\\V\\\V\1\\XV\1V\'» 


II.  ANALYSES  D'OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

Traité  complet  de  mécakique  appliquée  auxarts^  etc.  ; 
par  M.  BoRGMs,  ingénieur  [voy.  ci-dessus,  Tom.  X, 
pages  299-320  ). 

CiNQtJlÈME  TRIITJÉ. 

Des  machines  D'AGRicrLTrRE  [1);  contenant  :  1"  les  ins~ 
trumens  et  macJiines  aratoires  ;  2»  les  machines  em- 
j)lo\ées  à  récoller  les  jjroduits  du  sol  et  à  leur  donner 
les  préparations  premières  ;  0°  les  moulins  et  les  méca-~ 
iiismes  qui  servent  à  épurer  le  hlè  et  à  bluter  les  farines^ 
h°  enfin ,  les  p}'essoirs ,  les  cylindres ,  les  pilojis  ei 
uutres  machines  employées  à  l'extraction  des  huiles  et 
du  vinj  etc. 

Ce  volume  est  une  nouvelle  preuve  de  l'immensité  des 
recherches  auxquelles  l'auteur  a  dû  se  livrer  pour  com- 
poser son  ouvrage.  Oblige  do  faire  un  choix  dans  la 
multitude  infinie  de  machines  et  d'instrumens  qui  ont  été 
appliqués  aux  travaux  agricoles ,  il  a  dû  donner  la  préfé- 
rence aux  machines  dont  le  succès  est  assuré,  soit  par  une 
longue  série  d'expériences,  soit  par  l'assentiment  unanime 
des  plus  habiles  agriculteurs.  Il  s'est  attaché  à  indiquer  la 
qualité  que  doit  avoir  chaque  espèce  de  machine  rurale,  et 
à  signaler  les  inconvéniens  qu'on  doit  soigneusement  éviter 
dans  chacune  d'elles. 


(1)  Paris,  1820.  1  Aol.  in-.joavec  28  plaucUcs  Bachclitr.  libiakc. 
Fiix  ,  1  \  fi . 


I 


SCIENCES  PHYSIQUES.  A3 

■  Simplicité,  solidité,  construction  facile,  léger  entretien, 
sont  des  qualités  essentielles  dans  les  machines  destinées 
à  l'agriculture  et  à  l'économie  rurale  et  domestique.  Si  la 
mécanique  ne  remplit  pas  toujours  et  simultanément  ces 
conditions,  elle  doit  chercher  à  s'en  approcher,  et  les  so- 
lutions qui  s'en  écartent  le  moins  sont  les  meilleures. 

L'auteur  n'a  point  négligé  les  détails  historiques  qui  sont 
instructifs  et  dignes  d'intérêt.  Il  a  donné  à  l'examen  des 
machines  les  plus  utiles  toute  l'étendue  désirable  ,  sans 
tomber  dans  la  prolixité  ;  il  a  consigné  dans  ce  volume  tout 
ce  qui  lui  a  paru  d'une  utilité  bien  constatée,  et  a  disposé, 
avec  une  clarté  et  un  ordre  précieux,  les  nombreux  objets 
qu'il  renferme. 

La  division  de  l'ouvrage  correspond  à  celle  des  travaux 
de  l'économie  rurale.  Les  premiers  consistent  adonner  au 
sol  les  préparations  convenables,  et  à  lui  confier  les  germes 
qu'il  est  destiné  à  féconder;  les  secondsont  pour  objetde 
recueillir  et  d'enlever  les  fruits  parvenus  à  leur  maturité; 
les  troisièmes  ,  d'exécuter  sur  ces  matières  premières  les 
opérations  convenables  pour  les  approprier  aux  besoins  de 
l'homme.  Les  derniers  travaux  ont  pour  but  l'épuration  et 
lu  mouture  des  grains,  ou  bien  la  confection  du  vin,  des 
autres  liqueurs  fermentées  et  des  huiles. 

Quatre  Livres  contiennent  les  machines  employées  dans 
ces  quatre  grands  travaux. 

Le  premier  Lipre  donne  d' abord  une  description  circons- 
tanciée des  araires  et  des  diverses  espèces  de  charrues  > 
avec  une  indication  des  principes  qui  doivent  guider  dans- 
la  construction  de  ces  précieuses  machines.  On  ne  saurait 
apporter  trop  de  soins  pour  les  faire  bien  connaître,  si  Von 
songe  à  leur  importance,  et  si  l'on  fait  attention  que 
rhomme  leur  doit  les  plus  grands  bienfaits.  Si  la  terre 
était,  dans  tous  Ic^  lieux,,   travaillée   à  force  de  bras,   ci 


hk  SCIENCES  PHYSIQUES. 

sans  le  secours  des  animaux  ,  tous  les  habitans  seraient 
forcés  de  s'adonner  à  l'agriculture  ;  il  en  résulterait  la 
dépopulation  générale  des  villes  et  l'extinction  des  manu- 
factures et  des  arts.  On  peut  donc  avancer  qu'aucune 
invention  n'a  été  plus  favorable  à  l'humanité  que  celles 
qui  donnent  les  moyens  d'abréger  ou  de  perfectionner  les 
travaux  de  l'agriculture. 

Les  champs  sillonnés  par  la  charrue  ont  encore  besoin 
du  secours  de  quelques  autres  machines  pour  perfectionner 
le  travail.  La  herse  brise  les  mottes,  aplanit  la  terre  et 
recouvre  les  grains  ensemencés.  Les  rouleaux  remplissent 
le  même  but  que  la  herse  et  compriment  en  outre  les 
terres  légères.  Les  ratissoires  font  aussi  le  même  effet  qye 
la  herse,  et  de  plus  coupent  entre  deux  terres  les  racines 
des  mauvaises  herbes.  Les  étaupinières  aplanissent  les 
monticules  formés  dans  les  prairies  par  les  taupes  et  les 
fourmis.  Les  houes  à  cheval,  espèces  de  charrues  compo- 
sées, produisent  un  léger  labour,  extirpent  les  mauvaises 
herbes,  aplanissent  et  ameublissent  la  surface  du  terrain. 
Les  semoirs  distribuent  les  semences  d'une  manière  régu- 
lière sur  toute  la  surface  des  champs  ;  les  charrues-semoirs 
labourent  et  sèment  en  même  tems. 

Le  second  Livre  décrit  d'abord  les  machines  et  les  ins- 
trumens  employés  pour  la  moisson  et  pour  la  fenaison. 
Pour  iHîColter  les  céréales  et  les  foins,  on  se  sert  de  faux 
ou  àe  faucilles ,  lorsqu'on  veut  couper  les  tiges  aussi  près 
de  terre  que  possible ,  et  l'on  emploie,  des  peignes  ,  quand 
on  veut  cueillir  seulement  les  épis ,  en  les  détachant  avec 
promptitude  de  leurs  tiges.  Les  Gaulois  se  servaient  d'un 
grand  peigne  à  chariot,  qui  se  trouve  décrit  dans  le  qua- 
rantième volume  des  Annales  des  arts  et  manufactures. 
La  machine  à  faner  retourne  et  éparpille  le  foin  avec  hi 
plus  grande  proniplitnde  ;  une  autre   entraîne  et  ramasse 


SCIENCES  PHYSIQLIÎS.  A5 

tout  le  loin  qu  elle  rencontre  sur  son  passage.  Les  animaux 
lie  mangent  bien  la  paille  qu'autant  qu'elle  est  couiîée 
d'une  longueur  convenable.  Diverses  machines,  imaginées 
dans  ce  but  et  désignées  sous  le  nom  de  hache-paille  ^ 
hachent,  tranchent  et  broient  les  fourrages.  Les  coupe- 
racines  Aècowçcnl  et  tranchent  les  racines  ou  les  fruits, 
tels  que  les  pommes  déterre,  les  carottes,  les  topinam- 
bours ,  etc. ,  que  les  animaux  ne  mangeraient  pas  sans 
cette  préparation.  D'autres  machines  écrasent  les  avoines, 
les  fèves,  les  pois,  etc. ,  pour  rendre  ces  grains  plus  nu- 
tritifs. Une  machine  ingénieuse,  de  M.  de  Fellemberg, 
sépare  les  graines  de  luzerne  de  celles  de  cuscute  ,  nui- 
sibles aux  prairies  artiflcielles. 

Les  épis  sont  dépouillés  de  tout  le  grain  qu'ils  con- 
tiennent par  l'opération  du  battage,  qui  s'effectue  de  quatre 
manières  : 

i"  Le  battage  au  fléau  est  le  plus  simple  et  le  plus  usité; 
2"  le  battage  à  la  rosse,  ou  \e piétinage  par  les  chevaux, 
est  en  usage  dans  les  contrées  méridionales  ;  3°  le  battage 
au  rouleau  est  plus  expéditif,.  et  donne  à  la  paille  une 
souplesse  qui  la  fait  rechercher  par  les  bestiaux.  M.  de 
Puymaurhi  a  imaginé  et  mis  en  usage  un  rouleau  qui 
réunit  ces  avantages  à  un  degré  remarquable;  k"  une  ma- 
chine à  battre  le  blé  {thranshing-mill)  ^  inventée  en 
Angleterre,  est  devenue  d'un  usage  général  dans  ce  pays; 
elle  égraine  si  bien  les  épis ,  qu'elle  donne  un  seizième 
de  grains  de  plus  que  les  moyens  ordinaires,  et  fait  beau- 
coup plus  d'ouvrage  dans  le  même  tems.  Elle  a  été  simpli-' 
fiée etrendue  portative  successivement  par  MM,  Meickle, 
Tunstall  et  Lyster. 

\>t  troisième  Livre  Aonnt  d'abord  la  description  des  vans; 
des  cribles ,  des  tarares,  des  bluteaux ,  en  un  mot  de  tous 


A6  SCIENCES  PHYSIQUES. 

les  instrutnens  qui  servent  à  l'épuration  du  blé.  La  con- 
servation des  grains  est  un  objet  de  la  plus  grande  impor- 
tance. Parmi  les  moyens  mécaniques  employés  dans  ce 
but,  l'auteur  décrit  les  paniers  de  paille  de  Villin,  les 
étuves  et  les  greniers  à  ventilateurs  de  Duhamel.  Le  blu- 
tage a  pour  objet  de  séparer  la  farine  du  son  ;  il  l'éventé 
au  moyen  des  bluteaux  frappans ,  ou  bien  des  bluteaux 
cylindriques,  recouverts  d'une  étoffe  qui  tamise  la  farine. 
Le  but  de  la  mouture  est  de  réduire  les  grains  en  son , 
farine  et  gruau  ,  et  de  séparer  ces  trois  substances  sans  les 
altérer.  Elle  l'effectue  au  moyen  de  plusieurs  variétés  de 
moulins.  M.  Borgnis  énumère  pièce  par  pièce  toutes  les 
parties  qui  composent  ces  machines  importantes,  et  in- 
dique les  formes  ,  les  dimensions  et  la  disposition  qu'elles 
doivent  avoir.  Il  décrit  les  diverses  espèces  de  moulins  à 
aubes,  à  augets,  à  roue  pendante,  à  cuve  ,  i\  réaction,  à 
vent,  à  manège,  à  bras  et  à  vapeur,  et  donne  les  règles 
les  plus  certaines  pour  leur  construction.  Dans  ce  nombre, 
on  distingue  le  moulin  économique,  qui  effectue  à  la  fois 
quatre  opérations  différentes  :  i°  il  nettoie  et  crible  le  blé, 
avant  qu'il  ne  tombe  dans  les  trémies  des  meules  ;  2°  il  le 
moud ,  de  manière  qu'il  ne  puisse  ni  s'échauffer,  ni  con- 
tracter aucune  mauvaise  odeur,  ni  éprouver  trop  de  dé- 
chet et  d'évaporation  ;  S"  il  blute  en  même  tems  que  les 
meul&s  travaillent,  et  sépare  les  diverses  qualités  de  farine, 
les  gruaux  et  le  son  ;  4°  il  moud  de  nouveau  les  différens 
gruaux  ,  afin  d'en  tirer  de  nouvelle  farine.  Cette  espèce 
de  mouture,  adoptée  par  les  meuniers  et  les  boulangers 
les  plus  intelligens  ,  économise  la  main  d'œuvre  et  donne 
aux  produits  toute  la  perfection  désirable. 

Pour  préparer  le  sucre  et  la  fécule,  on  est  obligé,  pour 
ainsi  dire ,  de  moudre  la  betterave  et  les  pommes  de 
terre.  Les  râpes  cylindriques  exécutent  cette  opération. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  kl 

D'autres  machines  servent  à  monder  le  riz,  à  perler 
!  oi'ge,  etc. 

Une  brasserie  contient  plusieurs  sortes  de  machines. 
Elle  renferme  des  cribles  ,  des  tarares  ,  des  moulins ,  des 
pompes;  un  seul  moteur  les  fait  ordinairement  mouvoir 
toutes.  Ce  moteur  est  un  manège,  ou,  ce  qui  est  préfé- 
rable, un  courant  d'eau.  En  Angleterre,  c'est  la  vapeur 
qui  anime  tout,  surtout  à  Londres,  où  les  brasseries  sont 
des  établissemens  importans,  dont  la  vaste  étendue  excite 
la  surprise  et  l'admiration  des  étrangers.  Parmi  ces  bras- 
series ,  il  en  est  dont  le  capital  primitif  a  surpassé  douze 
millions  de  francs. 

Ce  Livre  est  terminé  par  la  description  des  machines 
qui  servent  à  pulvériser  les  os. 

La  fabrication  du  vin,  du  cidre,  des  huiles  de  toute 
espèce  exige  deux  sortes  de  machines  :  i"  des  moulins 
pour  écraser  les  fruits  ;  2°  des  pressoirs  pour  en  extraire 
la  liqueur.  Elles  sont  décrites  dans  le.  quatrième  Lipre,  qui 
fut,  connaître  aussi  les  machines  à  écraser  les  cannes  à 
sucre  ,  les  cylindres  de  M.  Auger,  pour  moudre  le  cacao 
torréfié,  et  les  beurrières,  qui  servent  à  séparer  le  beurre 
du  lait. 

Sixième  Traité. 

Des  machines  employées  dans  divei'ses  fabrications  ;  con~ 
tenant  la  description  des  machines  en  usage  dans  les 
grosses  forges  et  dans  les  ateliers  de  métallurgie  j  dans 
les  papeteries ,  dans  les  tanneries,  dans  les  imprime- 
ries, etc.  (1). 

Ce  traité  important  fait  connaître  jusqu'à  quel  point  ces 
diverses  branches  d'industrie   ont  profité  de  l'impulsion 

(1)  Paris,  1820.  1  vol.  in-'j.''  de  aSi  pages  avec  zg  planches.  Bache- 
lier, libraire.  Prix  ,  ai  fr, 


;^8  SCIENCES  PHYSIQLKS. 

générale  imprimée  à  tous  les  arts ,  dès  le  commencement 
de  la  révolution.  Jusqu'à  ce  moment,  l'industrie  française 
avait  suivi,  il  est  vrai,  une  marche  progressive,  mais 
lente,  mais  contrariée  par  les  entraves  multipliées  que  lui 
opposaient  rétablissement  des  maîtrises  et  des  jurandes, 
les  statuts  d'apprentissage,  la  foule  de  réglemens,  de 
droits  fiscaux,  et  surtout  les  préjugés  du  tems.  Délivrée 
de  ces  obstacles,  l'industrie  s'est  élancée  dans  des  routes 
nouvelles,  en  même  tems  qu'elle  a  parcouru  les  anciennes 
avec  plus  de  succès.  Ces  progrès  rapides  n'ont  pas  été 
arrêtés  dans  les  tems  les  plus  critiques  de  nos  troubles 
civils;  ils  ont  pris,  au  contraire,  une  nouvelle  énergie, 
lorsque  la  passion  de  l'indépendance  ,  le  besoin  de  dé- 
fendre leur  patrie  et  l'amour  de  la  gloire  ont  agi  plus  for- 
tement que  jamais  sur  le  cœur  des  Français.  A  cette 
époque,  les  savans  et  les  artistes  réunis  faisaient  des  con- 
quêtes précieuses  sur  la  nature  ;  ils  élevaient  les  arts  à  un 
degré  de  perfection  inconnu  jusqu'alors.  Ces  progrès  se 
sont  soutenus  jusqu'à  nos  jours,  et  le  dix-neuvième  siècle 
fournira  à  l'histoire  de  l'industrie  une  de  ses  plus  belles 
pages.  La  noble  émulation  qui  n'a  cessé  d'animer  nos  ar- 
tistes produit  chaque  jour  et  produira  encore  de  nouvelles 
merveilles,  tant  que  la  paix  et  la  liberté,  premiers  besoins 
et  principaux  mobiles  des  arts  industriels,  régneront  en 
France, 

Dans  ce  mouvement  général,  un  des  arts  les  plus  im- 
portans,  parce  qu'il  fournit  des  instrumens  à  tous  les 
autres  ,  est  aussi  celui  qui  s'est  enrichi  d'un  plus  grand 
nombre  d'améliorations;  c'est  l'art  de  travailler  les  mé- 
taux. 

«  Ces  améliorations,  dit  M.  Borgnis ,  sont  dues  en 
grande  partie  à  ce  moteur  admirable  qui  peut  agir  en  tout 
tems  et  en  tous  lieux ,  et  dont  la  force  prodigieuse  ne  con- 


SCIENCES  PHYSIQUES.  A9 

naîtrait  point  de  limites,  si  l'on  pouvait  recevoir  son  action 
sur  des  organes  mécaniques,  capables  d'en  supporter  toute 
l'intensité.  C'est  en  vertu  de  la  force  expansive  de  la  va- 
peur que,  dans  l'exploitation  des  mines,  l'on  peut  main- 
tenant atteindre  à  des  profondeurs  autrefois  inaccessibles, 
*  et  que  les  écoulemens  d'eau  les  plus  abondans  ne  sont 
plus  un  obstacle  insurmontable. 

«  La  vapeur  donne  le  moyen  d'établir  les  usines  dans 
les  lieux  les  plus  favorables,  sous  le  triple  rapport  de  la 
proximité  des  matériaux,  de  l'abondance  du  combustible 
et  de  la  facilité  des  transports.  » 

Nous  allons  voir,  en  analysant  le  premier  Livre  de  ce 
volume ,  les  applications  que  l'on  a  faites  de  la  force  de 
ce  puissant  moteur  à  presque  toutes  les  opérations  de  la 
métallurgie,  et  les  améliorations  importantes  qui  en  sont 
résultées,  telles  que  la  célérité  ,  la  précision  et  l'économie. 

Après  que  le  minerai  est  sorti  de  la  mine,  on  s'occupe 
de  l'épurer,  c'est-à-dire  de  séparer  les  particules  métal- 
liques de  la  gangue  et  des  autres  substances  minérales. 
Pour  y  parvenir,  on  procède  aux  trois  opérations  nommées 
triage j  hocardagetl  lavage,  qui  emploient  un  grand  nom- 
bre de  machines ,  dont  les  principales  sont  les  cribles  , 
les  patouillets,  les  bocards  et  les  tables  de  lavage,  décrits 
dans  le  premier  chapitre. 

Le  second  objet  de  la  métallurgie  est  de  faire ,  du  mi- 
nerai ainsi  épuré  ,  une  masse  homogène  et  compacte  ; 
pour  cela,  on  procède  à  la  fusion,  qui  s'effectue  au  moyen 
d'un  feu  violent,  activé  par  un  courant  d'air  rapide  et 
continu.  Parmi  les  machines  soufflantes  ,  imaginées  à 
cet  effet ,  on  remarque  d'abord  les  soufflets  de  cuir,  à 
cause  de  leur  antiquité  ;  mais  leurs  défauts  graves  les 
ont  fait  abandonner  dans  les  grosses  forges  où  ils  ont  étw 
Tome  xi.  h 


oO      '  SCIENCES  PHYSIQUES. 

remplacés  par  les  soufflets  en  bois,  imaginés,  en  162C,  par 
un  évêque  de  Bamberg  et  par  les  trompes  qu'un  Italien 
inventa  dans  le  même  tems.  Ces  machines,  à  leur  tour, 
doivent  céder  la  place  aux  soufflets  cylindriques  (ou  pompes 
soufflantes)  introduits  depuis  quarante  ans  en  Angleterre 
et  en  Ecosse,  où  ils  sont  aujourd'hui  d'un  usage  général. 
Mis  en  mouvement  par  la  vapeur,  ils  produisent  trois  fois 
plus  d'effet  que  les  soufflets  ordinaires. 

Des  régulateurs  rendent  le  courant  d'air  que  ces  soufflets 
produisent,  continu  et  uniforme.  La  machine  soufflante 
de  M.  Baader  donne  ce  même  résultat,  au  moyen  de  cames 
construites  d'une  manière  ingénieuse  ,  et  qui  dispensent 
d'employer  un  réservoir  d'air  ou  tout  autre  régulateur. 

La  fusion  achevée,  on  donne  aux  métaux  des  formes 
diverses,  par  Topération  du  moulage  ou  par  des  moyens 
mécaniques. 

La  propriété  qu'ont  les  métaux  d'être  malléables  a 
permis  de  leur  appliquer  le  puissant  moyen  de  la  percus- 
sion qui  s'effectue  à  l'aide  des  martinets,  c'est-à-dire 
d'énormes  marteaux,  pesant  quelquefois  jusqu'à  six  mille 
livres,  mis  en  mouvement  par  un  courant  d'eau  ou  par 
la  vapeur.  Ces  machines,  qu'on  nomme  aussi  ordons^ 
offrent  souvent  des  particularités  remarquables.  La  roue 
motrice  est  supportée  par  un  arbre  creux,  fait  de  plusieurs 
pièces  de  bois.  En  Angleterre,  cet  arbre  est  en  fonte  de 
fer,  de  même  que  les  roues  hydrauliques.  Quelquefois 
aussi ,  le  marteau,  le  manche  et  toute. la  charpente  sont 
de  la  même  matière,  et  ne  forment  que  deux  pièces.  On 
peut  dire  que  de  pareilles  machines  sont  d'une  durée 
infinie. 

Les  Anglais  ont  employé  le  mouton  pour  couper  les 
grosses  barres  de  fer  à  des  longueurs  déterminées.  On  se 


SCIENCES  PHYSIQUES.  5i 

_     sert  aussi  de  cette  machine  pour  imprimer  une  empreinte 
^     sur  une  plaque,  ou  pour  agir  sur  un  emporte-pièce;  mais, 
dans  la  plupart  des  cas  ,  le  balancier  est  préférable. 

Le  balancier,  inventé  depuis  deux  siècles  par  Nicolas 
Briot,  sert  principalement  à  frapper  les  monnaies  et  les 
médailles.  Cette  machine,  simple  autant  qu'ingénieuse, 
a  donné  la  solution  de  ce  problême  :  trouver  un  moyen  de 
percussion  tel  que  :  i"  tous  les  points  de  la  surface,  des- 
tinée à  être  frappée,  reçoivent  simultanément  des  chocs 
égaux;  2°  que  la  direction  de  tous  ces  chocs  soient  exac- 
tement perpendiculaires  à  la  surface  frappée;  S"  que  les 
chocs  soient  aussi  énergiques  que  réguliers,  et  que  la  masse 
destinée  à  les  produire  ait  un  volume  et  un  poids  égale- 
ment modiques. 

M.  Droz  a  perfectionné  singulièrement  cette  machine, 
et  a  imaginé  un  balancier  qui  frappe  à  la  fois  et  l'em- 
preinte des  deux  surfaces  et  la  tranche  des  monnaies.  Il  a 
fait  construire  en  Angleterre,  à  la  sollicitation  de  MM.  Watt 
et  Bolton,  huit  balanciers,  huit  coupoirs  et  les  ateliers 
nécessaires  à  ce  genre  de  fabrication.  La  puissance  de  la 
machine  à  vapeur  a^té  appliquée  avec  tant  de  succès  au 
mouvement  des  balanciers  et  des  coupoirs,  que  chaque 
balancier  frappe  régulièrement  soixante  pièces  par  mi- 
nute, et  qu'un  enfant  suffit  pour  le  service  de  deux  balan- 
ciers. 

MM.  Perrier  ont  proposé  d'appliquer  aux  balanciers 
monétaires  le  principe  de  la  presse  hydraulique. 

La  plupart  des  métaux  possèdent  à  un  très-haut  de^-ré 
la  ductilité,  propriété  précieuse  qui  permet  de  les  aplatir, 
de  les  étirer  et  de  leur  donner  des  formes  très-variées,  au 
moyen  des  laminoirs ,  machines  composées  ordinairement 
de  deux  cylindres  en  fonte  grise  ,  dressés  et  travaillés  au 
tour. 


A' 


52  SCIENCES  PHYSIQUES. 

I/invenlion  de  ces  importantes  machines,  qui  neremonte 
guèi'e  que  vers  l'an  loAo,  a  rendu  les  services  les  plus 
signalés  aux  arts  qui  travaillent  les  métaux.  Leur  usage 
devient  de  plus  en  plus  étendu,  et  l'on  est  parvenu  à 
construire  des  laminoirs  de  grandeur  colossale  pour  forger 
et  corroyer  le  fer  avec  autant  d'économie  que  de  promp- 
titude ,  pour  fendre  des  lames  de  fer  en  barres  et  en 
verges,  pour  laminer  ce  même  métal  et  le  réduire  en  tôle 
plus  ou  moins  mince.  Des  machines  analogues  laminent 
le  cuivre,  le  plomb,  l'étain,  le  zinc;  forment,  avec  une 
célérité  admirable,  une  foule  d'objets  utiles,  qui  semble- 
raient exiger  un  travail  long  et  minutieux,  tels  que  des 
couteaux ,  des  clous ,  des  barres  garnies  d'ornemens  et  de 
moulures,  etc. 

Les  laminoirs  de  petite  dimension  sont  d'une  utilité  non 
moins  grande  aux  orfévi'es,  aux  metteurs  en  œuvre,  aux 
fabricans  d'objets  plaqués  en  or  ou  en  argent,  aux  manu- 
factures de  galons  de  toute  espèce.  Cesinstrumens  oocupent 
un  rang  distingué  parmi  les  machines  douées  du  précieux 
avantage  de  produire  un  travail  à  la  fois  précis,  écono- 
mique et  accéléré.  Ils  doivent  ces  qualités  à  la  continuité 
et  à  l'uniformité  de  leur  action. 

M.  Borgnis  voulant  faire  connaître  le  parti  avantageux 
que  les  Anglais  ont  tiré  de  cette  machine,  en  la  substituant 
aux  marteaux  pour  forger  et  étirer  les  fers,  est  obligé  de 
décrire  préalablement  les  procédés  qu'ils  ont  mis  en  usage 
pour  forger  et  pour  affiner  ce  métal.  ' 

Ces  procédés  sont  si  perfectionnés  qu'ils  sont  devenus  , 
en  Angleterre,  d'un  usage  général,  quoiqu'ils  n'aient  été 
inventés  que  depuis  quarante  ans  par  Henr3^-Cort.  Les 
forges  françaises  ne  sauraient  adopter  trop  vite  cette  nou- 
velle méthode;  ses  avantages  reposant  principalement  sur 
l'emploi  de  la  houille,  en  remplacement  du  chgrbon  de 


SCIENCES  PHYSIQUES.  55 

bois,  et  sur  la  coopération  des  cylindres  forgeurs  dont  ou 
distingue  trois  espèces,  cylindres  êbaucheurs,  prépara- 
teurs et  étireurs,  tous  mus  par  des  machines  à  vapeur. 

En  adoptant  ce  nouveau  procédé,  dit  M.  Dufaud,  le 
prix  du  fer  pourra  diminuer  de  100  francs  par  mille  kilo- 
grammes, en  offrant  encore  aux  maîtres  de  forges  un 
bénéfice  beaucoup  plus  considérable  que  celui  qu'ils  ol)- 
tiennent  par  la  méth'ode  actuelle;  alors  on  obtiendra  ce 
métal,  si  nécessaire  à  l'agriculture,  à  la  guerre,  à  la  ma- 
rine et  à  tous  les  arts  ,  à  un  prix  tel  que  la  concurrence 
des  fers  étrangers  ne  sera  plus  à  craindre  pour  nos  forges. 

Les  maîtres  de  forges  devraient  donc  s'emparer  promp- 
tement  de  ces  procédés  économiques,  plutôt  que  de  solli- 
citer auprès  du  gouvernement,  contre  les  fers  étrangers, 
des  prohibitions  toujours  funestes  à  toutes  les  branches  de 
l'industrie  nationale. 

M.  Borgnis  décrit  avec  soin  ces  améliorations  impor- 
tantes et  les  machines  qui  les  procurent.  Il  fait  connaître 
la  grande  machine  à  cylindre,  de  M.  Wilkinson,  qui  fait 
neuf  fois  autant  d'ouvrage  qu'on  peut  en  obtenir  du  mar- 
teau à  ourdon  le  plus  vigoureux  ;  il  indique  comment 
s'opère  le  laminage  du  fer  et  de  l'acier,  il  décrit  le  lami- 
noir qui  profile  les  pièces  de  fer,  celui  de  M.  Bell  pour 
fabriquer  promptement  des  lames  de  couteaux,  de  rasoirs, 
des  limes  et  des  clous. 

Il  fait  connaître  les  moyens  employés  pour  le  laminage 
du  cuivre;  il  décrit  les  cylindres  de  M.  Schefïield  pour 
étirer  les  fils  de  ce  métal ,  ceux  pour  le  placage  du  cuivre 
et  de  l'acier,  ceux  pour  laminer  le  plomb  et  en  fabriquer 
des  tuyaux;  enfin  ,  les  laminoirs  de  petite  dimension. 

Lorsque,  par  le  moyen  de  toutes  ces  machines,  on  a 
réduit  les  métaux  en  lames  plus  ou  moins  épaisses,  ou 
en  verges  plus  ou  moins   larges,  on   les  coupe  et  on  les 


5A  SCIENCES  PHYSIQUES. 

rçfend,  suiyant  le  besoin.  On  emploie  dans  ce  but  des  ci- 
sailles ou  grands  ciseaux,  mus  à  bras  d'homme  ou  par  un 
moyen  mécanique;  mais  on  leur  a  substitué  avec  avan- 
tage les  fraises  ou  cisailles  cylindriques,  à  mouvement 
continu.  Les  découpoirs  ou  emporte-pièces  divisent  les 
lames  de  métal  en  parties  d'une  forme  déterminée.  Le 
découpoir  de  M.  Droz  est  un  des  plus  parfaits  :  celui  de 
M.  Molard  est  très-simple.  Enfin,  on  a  employé  avec  suc- 
cès les  scies  à  bois,  ordinaires,  pour  couper  la  fonte  de  fer 
4  chaud. 

Les  métaux  très-ductiles ,  tels  que  le  fer,  le  cuivre^ 
l'or  et  l'argent,  peuvent  être  réduits  en  fil  plus  ou  moins 
délié;  sous  cette  forme,  ils  servent  à  la  fabrication  des 
aiguilles,  des  épingles,  des  dents  de  cardes,  des  cordes 
d'instrumens  de  musique,  des  cables  en  fer,  des  étoffes 
métalliques ,  des  galons  ,  des  broderies ,  etc.  ;  on  voit  com- 
bien cette  préparation  est  utile  et  féconde  en  applications. 
Elle  se  fait  dans  les  ateliers  de  tréfilerie,  par  des  filières  de 
diverses  espèces.  M.  Mouchel  l'a  complétée  par  l'invention 
d'une  machine  qui  di'csse  le  fil  de  fer,  propre  aux  cardes 
et  aux  aiguilles.  Le  docteur  Wollaston  a  trouvé  un  moyen 
ingénieux  de  réduire  les  fils  de  platine  à  un  degré  de  finesse 
extraordinaire. 

Après  avoir  subi  les  préparations  que  nous  venons  d'in-v 
diquer ,  les  métaux  doivent  encore  recevoir  des  formes 
particulières,  appropriées  aux  usages  auxquels  on  les  des- 
tine. Pour  cela ,  la  plupart  des  objets  métalliques  sont 
d'abord  ébauchés  et  dégrossis  à  la  forge  par  le  moyen  du 
feu  et  du  marteau  ;  puis  la  lime,  la  meule,  le  tour,  l'alésoir, 
le  plateau  à  refendre,  l'emporte-pièce ,  l'estampe,  etc., 
I^s,  façonnent  avec  plus  de  régularité:  enfin,  les  polissoirs 
leur  donnent  tout  l'éclat  dont  ils  sont  susceptibles. 

)Pes  plateaux  à  refendre  et  i\  diviser  découpent  les  des» 


SCIENCES  PHYSIQUES.  5.> 

tures  des  roues  d'engreiTage,  et  servent  à  diviser  mathéma- 
tiquement en  parties  égales  les  surfaces  circulaires.  Ces 
machines,  non  moins  remarquables  par  leur  précision  que 
par  leur  célérité,  ont  puissamment  contribué  aux  progrès 
des  arts  et  des  sciences  même.  Il  est  peu  de  grandes  ma- 
chines qui  n'aient  besoin  d'engrenages,  de  même  que  le 
corps  des  animaux, ne  peut  se  passer  d'articulations.  Les 
plateaux  seuls  pouvaient  les  donner  avec  économie  et 
exactitude.  C'est  par  eux  aussi  que  les  instrumens  d'astro- 
nomie et  de  géodésie  ont  reçu  la  grande  perfection  à 
laquelle  ils  sont  parvenus,  qui  a  fait  faire  de  si  étonnans 
progrès  à  ces  deux  sciences. 

Une  machine  de  M.  Petit-Pierre  possède,  outre  les  qua- 
lités dont  nous  venons  de  parler,  la  propriété  d'arrondir  en 
même  lems  les  dents  des  roues. 

Une  autre  machine  du  même  genre ,  imaginée  par 
M.  Japy,  jouit  de  l'avantage  de  pouvoir  fendre  à  la  fois 
plusieurs  roues  et  de  canneler  les  cylindres.  Cet  artiste 
habile  a  conçu  l'heureuse  idée  de  faire  exécuter,  par  une 
série  de  machines  ingénieuses,  les  principales  pièces  d'une 
montre,  qui  sont  achevées  avec  la  plus  grande  célérité  et 
la  précision  la  plus  parfaite,  dans  la  belle  manufacture 
d'horlogerie  établie  à  Beaucourt,  département  du  Haut- 
Rhin. 

La  machine  de  M.  Caillon  exécute  avec  beaucoup  de 
perfection  des  moulures  sur  le  fer  et  sur  le  cuivre. 

Les  vis  à  bois,  si  commodes  et  si  solides  pour  les  assem- 
blages en  bois  et  en  métaux ,  sont  devenues  d'un  usage 
général.  Leur  fabrication,  perfectionnée  par  MM.  Mola'd 
et  Clément  Lossen,  est  devenue  d'une  grande  importance, 
tant  sous  le  rapport  des  produits  que  paj  la  manière  ingé- 
nieuse dont  ils  sont  obtenus. 

M.  Borgnis  a  ajouté,  à  la  description  de  ces  inventions. 


56  SCIENCES  PHYSIQUES. 

ingénieuses,  et  dont  la  plupart  datent  à  peine  de  quelques 
années  ,  celle  de  deux  machines,  dont  une  sert  à  amal- 
gamer l'or  ayec  le  mercure,  et  l'autre  à  séparer  la  limaille 
de  fer  de  la  limaille  des  autres  métaux.  Cette  dernière  est 
de  l'invention  de  M.  Ross. 

Le  second  Livre  est  consacré  à  la  description  des  ma- 
chines qui  servent  à  la  fabrication  du  papier,  opération  non 
moins  remarquable  par  l'importance  de  ses  résultats  que 
par  la  manière  dont  elle  change  la  matière  la  plus  vile  en 
un  tissu  précieux.  L'auteur,  après  avoir  fait  l'histoire  de 
cet  art,  dont  il  paraît  que  les  Chinois  sont  les  inventeurs^ 
décrit  les  machines  employées  pour  la  trituration  des 
chiffons,  soit  les  anciens  moulins  à  pilons,  soit  les  moulins 
à  cylindres  inventés  en  Hollande  dans  le  xvii'  siècle.  Il 
passe  ensuite  à  la  description  des  autres  machines  et  us- 
tensiles qui  servent  à  former  les  feuilles  de  papier  et  à  les 
lisser. 

Cet  art  a  reçu  depuis  peu  une  amélioration  importante, 
par  l'invention  d'un  procédé  propre  ù  fabiiquer  le  papier 
sans  fin.  Ce  perfectionnement,  imaginé  en  France  par 
M.  Robert,  en  l'an  vu  (1799),  a  été  mis  à  exécution  en 
t8o5  parBramah,  en  Angleterre,  d'où  MM.  Berte  et  Gre- 
nevich  l'ont  rapporté  en  France,  en  i8i5.  Il  consiste  à  faire 
tomber  la  pâte  liquide  sur  un  châssis  en  forme  cylindrique, 
qui  tourne  au  fur  et  ù  mesure  que  la  pâte,  en  se  séparant  de 
l'eau,  prend  de  la  consistance,  et  passe,  sous  forme  de  feuille 
sans  fin,  entre  d'autres  cylindres,  où  elle  est  comprimée  et 
desséchée.  Nous  avons  vu,  à  l'exposition  de  1819,  des 
feuilles  de  papier  fabriquées  de  cette  manière  et  de  plus  de 
cent  mètres  de  longueur.  Cette  utile  invention  fournit  en 
très-peu  de  tems  des  quantités  considérables  de  beau 
papier,  et  c'est  à  la  régularité  et  à  la  continuité  de  son 
action  qu'elle  doit  ces  résultats  remarquables. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  57 

Auparavant,  les  artistes  ne  pouvaient  guère  songer  à 
appliquer  le  mouyement  continu  aux  presses  d'imprimerie; 
mais  à  présent  cette  application  peut  devenir  Irès-facile, 
au  moyen  d'une  machine  assez  simple.  Il  suffira  de  faire 
passer  la  longue  bande  de  papier  entre  deux  cylindres, 
dont  l'un  portera  les  caractères  mobiles  et  recevra  l'encre 
d'un  cylindre-balle,  qui  la  puisera  dans  un  réservoir  par 
l'intermédiaire  d'un  autre  cylindre.  Cette  machine  offrirait 
de  grands  avantages  :  sa  régularité  donnerait  un  moyen  fîi- 
cile  de  lu  faire  mouvoir  par  la  vapeur.  L'encre ,  répandue 
avec  plus  d'uniformité  que  par  les  balles  ordinaires,  four- 
nirait une  plus  belle  impression;  avec  la  continuité  de  son 
mouvement,  on  obtiendrait  au  moins  quatre  fois  plus  d'ou- 
vrage que  par  les  moyens  ordinaires. 

M.  Bx'amah ,  qui  le  premier  a  exécuté  le  procédé  pour 
faire  le  papier  sans  fin,  a  trouvé  aussi  un  moyen  méca- 
nique pour  fabriquer  promptement  des  feuilles  d'une  plus 
grande  dimension  qu'à  l'ordinaire  et  d'une  épaisseur  plus 
égale.  Il  a  fait  usage  de  la  presse  hydraulique  pour  presser 
et  dessécher  ces  feuilles  d'une  dimension  extraordinaire, 
pour  lesquelles  les  autres  presses  seraient  insuffisantes. 
Enfin  ,  il  a  trouvé  le  moyen  de  prolonger  la  pression  pen- 
dant un  tems  indéfini,  lors  même  que  les  objets  ont  été 
enlevés  de  dessous  la  presse . 

Outre  ces  perfeclionnemens  notables,  l'art  de  la  pape- 
terie s'est  enrichi  d'un  procédé  très-important  pour  la 
refonte  du  papier,  c'est-à-dire  pour  la  conversion  des  vieux 
imprimés  et  des  manuscrits  en  papier  qu'on  ne  saurait  dis- 
tinguer du  papier  neuf.  Cette  invention,  née  en  France  en 
l'an  II  (1794)  et  négligée  comme  tant  d'autres,  a  été 
exécutée  dans  une  manufacture  établie  en  1800  près  de 
Londres.  Une  machine  à  vapeur,  de  la  force  de  vingt-cinq 
chevaux,  y  fait  mouvoir  le  moulin  à  papier  et  des  presses 


58  SCIENCES  PHYSIQUES. 

hydrauliques  très-vigoureuses;  huit  cents  ouvriers  y  confec- 
tionnent 600  rames  de  papier  et  y  consomment  annuel- 
lement i,Aoo,ooo  livres  de  vieux  papiers.  M.  Borgnis  fait 
connaître  avec  soin  ces  découvertes  importantes  ,  dont 
l'adoption  en  France  ouvrirait  une  nouvelle  source  de 
richesses. 

La  consommation  la  plus  considérable  du  papier  a  lieu 
dans  les  ateliers  d'imprimerie.  La  presse  ordinaire  des  im- 
primeurs, successivement  perfectionnée  par  MM.  Haas, 
Anisson ,  de  Pierre,  Prosser  ,  Ridley ,  et  surtout  par 
M.  Clymer ,  n'a  pas  encore  néanmoins  atteint  la  perfection 
qu'exigerait  une  machine  aussi  féconde  en  grands  résultats. 
Celle  qui  en  a  le  plus  approché  est  la  machine  à  cylindres 
en  usage  dans  l'imprimerie  du  Times  à  Londres  ;  elle  est 
mise  en  mouvement  par  une  machine  à  vapeur.  La  planche 
mobile  a  un  mouvement  horizontal  et  alternatif,  qui  la  met 
en  contact  successivement  avec  un  cylindre  chargé  d'encre 
et  un  autre  recouvert  d'une  feuille  de  papier.  Un  filet 
d'encre  coule  sur  d'autres  cylindres  qui  retendent  unifor- 
mément sur  le  premier.  La  feuille  est  placée  sur  le  second 
cylindre  par  un  ouvrier  et  enlevée  par  un  enfant  après 
l'impression.  Cette  machine  se  fait  remarquer  par  la  net- 
teté et  la  rapidité  du  travail;  elle  tire  55o  feuilles  par 
heure. 

La  presse  des  imprimeurs  en  taille -douce  est  très- 
simple  ;  elle  se  compose  de  deux  rouleaux  qui  pressent 
tout  à  la  fois  la  planche  et  la  feuille  à  imprimer.  M.  Kirk- 
wood  l'a  perfectionnée;  il  a  aplati  le  cylindre  supérieur, 
qui  alors  cesse  de  presser  lors  du  retour  de  la  planche; 
par  ce  moyen,  il  évite  les  traits  doublés. 

La  description  de  la  presse  lithographique  termine  di- 
gnement cette  série  de  machines  remarquables  sous  tous 
Icî  rapports. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  59 

L'usage  du  parchemin,  qui  remplace  quelquefois  le 
papier  pour  la  conservation  des  écrits  précieux  ,  nous 
conduit  naturellement  à  la  préparation  des  peaux  ,  qui 
renferme  plusieurs  arts  de  la  plus  grande  utilité. 

M.  Borgnis  décrit,  dans  \e  troisième  Lii^re ,  plusieurs 
machines  à  pulvériser  le  tan  ;  entre  autres  celle  de 
M.  Bagnall,  qui  en  outre  décharné  et  nettoie  les  peaux; 
les  machines  à  grener  et  à  refendre  les  peaux  et  les  cuirs. 
Il  termine  par  la  description  d'une  manufacture  de  souliers 
fabriqués  mécaniquement ,  établie  près  de  Londres  par 
M.  Brunel,  dans  laquelle  on  n'emploie  que  des  soldats 
invalides,  dont  trente  fabriquent  cent  paires  de  souliers 
par  jour.  Quatre  machines  y  exécutent  toutes  les  opérations 
nécessaires  à  la  perfection  de  la  chaussure;  une  d'entre 
elles,  mue  par  un  seul  homme,  fabrique  60,000  clous  par 
jour. 

L'auteur  donne  à  la  fin  de  ce  volume  une  notice  sur  les 
machines  à  confectionner  le  tabac  en  poudre  et  à  fumer, 
une  autre  sur  la  fabrication  mécanique  des  tonneaux,  dont 
on  a  vu  des  produits  à  l'exposition  de  181g.  Dans  une 
manufacture  de  ce  genre,  établie  à  Port-Dundas,  en 
Ecosse,  douze  à  quinze  ouvriers  fabriquent  par  jour  plus 
de  600  barriques.  On  y  refend  aussi  des  planches  excessi- 
vement minces  ,  pour  faire  des  tamis,  et  des  feuillets  de 
bois  précieux  pour  l'ébénisterie  et  la  marqueterie.  Avec 
les  rognures  du  bois,  on  y  fait  de  l'acide  pyroligneux,  qui 
sert  de  mordant  à  la  teinture ,  et  du  vinaigre  pour  les 
usages  domestiques. 

LesormaND,  p/o/èssÉ'Jir  de  technologie. 


SCIENCES  MORALES   ET  POLITIQUES. 

Observatioks  sur  plusieurs  points  importais  de  notre 
LÉGISLATION  CRIMINELLE  ;  par  M.  DupiN ,  doctcur  en 
droit  et  avocat  à  la  cour  royale  de  Paris  (i)  ,  avec 
cette  épigraphe  : 

Longa  est  injuria  ,  longœ 
Atnbages  ,  sed  suimna  sequar/asiigia  rerum. 

Vrac,  Ma.  ,  I. 

Cet  ouvrage,  très-bien  imprimé,  aura  sa  place  dans  la 
plupart  des  bibliothèques  ;  il  est  aussi  intéressant  qu'ins- 
tructif, écrit  avec  convenance,  et  le  ton  de  l'auteur  est 
loin  de  toute  exagération.  Tel  est  le  mérite  si  distingué  de 
M.  Dupin,que,  s'il  plaide  une  cause,  son  discours  devient 
un  grand  exemple,  une  leçon  historique  à  citer  long-tems» 
un  germe  heureux  d'améliorations  dans  notre  état  social  ; 
et,  s'il  écrit  sur  nos  lois,  sur  nos  pratiques  judiciaires,  son 
livre  devient  bientôt  le  manuel  du  juge,  de  l'orateur,  du 
jurisconsulte  et  de  l'homme  d'état. 

Les  règles  des  jugemens  criminels,  dit  Montesquieu, 
intéressent  le  genre  humain  plu?  qu'aucune  chose  du 
monde,  et  l'esprit  despotique  dans  lequel  sont  conçus  nos 
deux  codes  criminels  n'est  un  problême  pour  personne. 
M.  Dupin  ne  pouvait  donc  choisir  un  sujet  plus  digne  d'at- 
tention pour  tous  les  lecteurs,  que  des  recherches  sur  les 

(i)  Paris,  juin  1821.  1  vol.  iu-S",  555  pages.  Baudouin,  impri- 
meur-libraire ,  rue  Vaugirard ,  n"  56.  Il  faut  joindre  à  ces  obserua- 
tions  l'ouvrage  suivant  :  Lois  criminelles  extraites  de  la  collection 
10-4°,  dite  du  Louvre,  et  du  bulletin  des  lois  ;  Recueil  composé  en 
exécution  dcl'avis  du  conseil  d'état,  du  7  janvier  iSi5,  sur  la  com- 
mission spéciale  de  monseigneur  le  garde-dessceaux ;  par  M.  Dipi.>. 
Paris,  1821.  3  vol.  in-S». 


SCIENCES  MORALES    ET   POLITIQUES.       Cl 

-vices  (le  notre  législation  relative  aux  crimes,  sur  les  abus 
trop  évidens  qui  déshonorent  la  justice  criminelle  en 
France ,  malgré  tant  de  travaux  entrepris  pour  la  perfec- 
tionner. Il  ne  s'est  point  proposé  de  signaler  minutieu- 
sement tous  les  abus  ;  il  ne  s'attache  qu'à  un  petit  nombre 
de  points  capitaux  qu'il  regarde  comme  les  plus  essentiels; 
car  il  n'ignore  pas  les  difficultés  qu'on  éprouve  pour 
obtenir  les  réformes  les  plus  nécessaires.  Il  sait  que  les 
réformes  ne  sont  trop  souvent  qu'un  léger  remède  aux 
maux  publics  ,  ou  même  une  réelle  confirmation  des 
désordres,  et  il  ne  dissimule  pas  que  des  vices  nouveaux 
et  imprévus  sont  mis  souvent  à  la  place  de  ceux  qu'on 
aurait  voulu  détruire.  C'est  ce  qu'il  expose  dans  des  obser- 
vations préliminaires ,  suivies  de  onze  chapitres ,  dont 
quelques-uns  sont  divisés  en  plusieurs  paragraphes. 

Nous  puiserons  dans  le  chap.  I",  sur  la  Justice  en 
général^  cette  vérité  bien  importante  à  la  suite  des  troubles 
et  des  révolutions:  «Si,  dans  un  pa3's,  la  justice  paraît 
n'être  exercée  qu'au  profit  d'un  parti  contre  le  parti  con- 
traire; si,  pour  les  délits  du  même  genre,  on  déploie  une 
sévérité  inflexible  contre  l'un  ,  tandis  qu'il  y  aura  pour 
l'autre  indulgence  excessive  ou  impunité,  les  hommes  de 
l'opinion  défavorisée  se  croiront  dans  l'oppression.  Ils  se 
sentiront  intéressés  à  combattre  un  ordre  de  choses  qui  les 
vexe;  ils  recourront  à  la  vengeance,  et  l'esprit  de  parti 
fera  chez  eux  ce  que  l'esprit  de  famille  produit  en  Corse. 
Ne  juger  que  les  faits,  non  les  personnes;  les  actes,  non 
les  opinions  ou  les  pensées  ;  poursuivre  et  punir  ce  qui 
offense  les  lois  ou  les  mœurs,  ce  qui  trouble  l'ordre  public, 
voilà  le  devoir  du  magistrat  impartial.  «  Entre  la  politique 
et  la  justice,  dit  ailleurs  31.  Dupin  ,  tout  contrat  est  pesti- 
lentiel, toute  intelligence  est  corruptrice.  « 

Dans  le  cbap.  II,  sur  le  pouvoir  judiciaire ,  l'auteur  fait 


62  SCIENCES  MORALES 

sentir  la  nécessité  de  régler  par  des  lois  la  compétence j 
l'organisation,- la  procédure  de  la  chambre  des  pairs.  Il 
demande,  comme  étant  de  première  nécessité,  une  loi  qui 
détermine  les  cas  où  l'on  peut  être  arrêté ,  poursuivi ,  et 
les  formes  de  l'arrestation  et  des  poursuites.  Au  sujet  des 
cours  prévûtales  facultatives,  selon  l'art.  63  de  la  charte, 
et  qui  étaient  devenues,  avant  1789,  presque  entièrement 
oisives  et  inutiles,  d'après  les  lois  d'alors,  il  fait  cette  ob- 
servation très  judicieuse  :  «  L'essai  malheureux  qu'on  a 
fait  de  ces  juridictions  exceptionnelles,  en  1816 ,  les  tristçs 
souvenirs  qu'elles  ont  laissés,  la  joie  qui  a  suivi  leur  sup- 
pression, sont  de  sûrs  garans  qu'un  gouvernement  éclairé 
n'usera  jamais  du  droit  de  les  rétablir.  » 

Il  insiste,  dans  lecHAP.  III,  sur  la  nécessité  d'observer  les 
formes  ;  il  s'élève  contre  la  justice  à  la  turque  exercée 
contre  l'ex-général  Guillaume  Pépé  à  Naples;  il  la  com- 
pare avec  justesse  à  cette  consigne  qu'on  lit  affichée  dans 
nos  jardins  publics:  Les  personnes  qui  amènent  avec  elles 
des  chiens  doivent  les  tenir  en  laisse  ;  autrement ,  on  les 
prévient  qu'ils  seront  abattus.  Il  fallait,  dit-il,  faire  le 
procès  au  général  Pépé  et  le  juger  dans  les  formes,  non 
par  les  Autrichiens  qui  n'ont  à  Naples  qu'une  puissance  de 
fait,  mais  par  des  juges  ordinaires;  autrement,  il  y  a 
usurpation  manifeste  sur  le  gouvernement  légitime,  qui, 
d'après  la  doctrine  de  Laybach,  réside  exclusivement  dans 
la  majesté  royale. 

L'auteur  examine,  dans  le  chap.  IV,  les  principaux  vices 
de  notre  instruction  criminelle;  et,  après  des  observations 
générales,  il  traite  de  la  violation  du  domicile,  des  arres- 
tations, de  l'instruction  préalable  qui  se  fait  à  la  police, 
de  la  prolongation  indéfinie  de  l'instruction ,  de  l'élargis- 
sement provisoire  sous  caution,  des  télégraphes  considérés 
comme  officiers  de  police  judiciaire,  du  secret,  du  choix 


ET  rOLITIQUES.  6^ 

iibre  d  au  conseil,  de  la  communication  de  la  procédure 
et  du  secret  de  l'instruction.  Voici  en  partie  ce  qu'il  dit 
sur  la  longueur  indéfinie  et  le  secret  de  l'instruction,  et 
sur  le  défaut  de  liberté  dans  le  choix  du  conseil  :  *  Chez 
nous,  la  loi  ordonne  de  faire  tel  et  tel  acte  de  la  procédure 
dans  le  délai  le  plus  bref;  mais  nulle  peine  qui  garantisse 
que   ce  délai   ne  sera  pas  indéfiniment  prolongé.  Aussi 
l'on  voit  les  affaires  minimes  ,  comme  les  plus  graves  , 
durer  plus  d'une   année,  sans  qu'il   y  ait  aucun  moyen 
de  forcer  le  juge,  ni  d'avancer  ni  d'énoncer  les  motifs  du 
retardement.  »  Voilà  ce  qui  rend  nos  lois  de  suspects  d'au- 
tant plus  odieuses  qu'elles  sont  inutiles,   si  l'on  ne  veut 
qu'emprisonner  arbitrairement. 

L'art.  295  du  code  impérial  de  1820  porte  que  le  conseil 
de  l'accusé  ne  peut  être  choisi  que  parmi  les  avocats  do- 
miciliés dans  le  ressort  de  la  cour  royale  qui  juge  l'accu- 
sation ,  et  qu'il  faut  une  permission  du  président  de  la 
cour  d'assises  pour  que  l'accusé  puisse  choisir,  hors  de  la 
liste  de  ces  avocats,  un  parent,  un  ami  pour  le  défendre. 
L'injuste  et  humiliant  décret  impérial  du  lA  décembre  i8io, 
qui  ravit  aux  avocats  leurs  antiques  libertés,  leur  défend 
de  plaider  hors  du  ressort  de  leur  domicile ,  sans  la  per- 
mission par  écrit  du  ministre  de  la  justice ,  permission 
restreinte   encore  par  ce  ministre ,  qui  exige  pour  cette 
permission  un  visa  préalable  du  bâtonnier,  une  attestation 
que  l'avocat  n'a  subi  aucune  peine  de  discipline,   et  des 
renseignemens  particuliers  sur   ses   opinions  politiques. 
Maintenant ,   rappelez-vous  que  le  ministre  de  la  justice 
nomme  ou  peut  nommer  les  cinq  juges  pour  chaque  ses- 
sion de  cour  d'assises  ;  ajoutez  que  l'organe  du  ministère 
public  est  nommé  et  destituable  par  ce  ministre,  et  que 
les  jurés  sont  choisis  par  le  préfet  et  par  le  procureur  du 
roi,  deux  officiers  affidés  du  ministre  et  révocables;  enfin, 


g^  SCÎKNCES  MORALES 

ajoutez  que  les  juges  d  instructioQ  sont  désignés  chaque 
année  par  le  concours  du  procureur  du  roi  et  du  président, 
et  vous  pourrez,  d'après  les  seuls  choix  directement  ou 
indirectement  ministériels  de  tous  les  acteurs  d'une  tra- 
gédie criminelle  et  politique,  juger  s'il  reste  pour  les  ac- 
cusés des  garanties  suffisantes. 

Les  infâmes  lois  de  lèse-majesté  des  tyrans  de  l'empire 
romain,  dressées  par  des  fanatiques,  devinrent  les  règles 
des  procédures  des  anciennes  inquisitions  épiscopales  et 
papales ,  sous  prétexte  de  venger  par  des  hommes  la  ma- 
jesté divine  ;   et  ces  affreuses  règles  furent ,   chez  nous  , 
comme  droit  commun  ,  introduites,  en  i5oQ,  par  le  cruel 
Poyet,  et  maintenues,  en  1670,  par  l'impitoyable  Pussort. 
De  là,  nous  vint  le  secret  absolu  de  la  procédure  criminelle, 
qui,  de  loSg  à  1789,  fut  une  calamité  effroyable.  N'ou- 
blions jamais  que,  jusqu'à  lôSg,  la  procédure  criminelle 
ordinaire  avait  été,   sous  les  trois  races,   publique   en 
France,  dans  toutes  ses  parties,  selon  les  usages  et  les  lois 
des  Grecs  et  des  Romains  ;  que  les  célèbres  décrets  de 
1789  avaient  fait  cesser  entièrement  cette  perversité,  mais 
que,   d'après  les  codes  de  1790  et  surtout  de  1810,  le 
secret  inquisitionnel  le  plus  sévère  a  été  rétabli  dans  toute 
instruction  criminelle ,  jusqu'au  moment  tardif  de  cette 
communication  trop  parcimonieuse  qui  précède  immédia- 
tement l'examen  et  les  débats  devant  les  jurés.  M.  Dupia 
fait  les  réflexions  les  plus  judicieuses  et  les  plus  touchantes 
sur  les  inconvéniens  de  cette  marche  tyrannique.  On  n« 
saurait  trop  la  faire  haïr  et  graver  dans  la  mémoire  sa  fu-' 
neste  généalogie.  L'Angleterre  a  su  conserver  la  publicité 
de  la  procédure  criminelle ,  à  commencer  par  le  premier 
interrogatoire  de  l'accusé.  L'Espagne  et  le  Portugal  ont  su 
la  rétablir;  le  royaume  de  Naples  vient  de  la  perdre;  ne 
nous,sera-t-elle  jamais  rendue? 


ET  POLITIQUES.  g5 

^  Nous  voudrions  pouvoir  copier  les  beaux  chapitres  de 
l'auteur  sur  Vaccusation ,  les  débats  et  lejurj;  en  voici 
quelques  traits  :«  En  matière  de  délits  de  la  presse,  le 
gouvernement  perd  plus  souvent  par  les  débats  qu'il'  ne 
gagne  par  le  jugement.  Qu'est-ce  donc,  si  l'accusation  s'at- 
taque à  des  faits,  à  des  actes,  à  des  écrits  pour  lesquels 
l'opinion  s'est  ouvertement  déclarée,  à  des  hommes  qu'elle 
honore,  et  s'il  survient  un  acquittement  complet  ?...  Il  ne 
faut  pas  que  les  hommes  complaisans  et  empressés  autour 
du  gouvernement  en  usent  avec  lui,  comme  l'ours  avec 
l'amateur  des  jardins  :  mieux  pcmdmit  un  sage  ennemi. 

Au  sujet  des  actes  d'accusation  qui  devraient  commen- 
cer la  poursuite,  et  qui  ne  viennent  plus  qu'à  la  fin  du 
procès,  M.  Dupin  rapporte  les  vives  et  justes  plaintes  du 
lieutenant  criminel  Airault.  Puisse-t-il,  en  les  renouve- 
lant, avoir  contribué  à  les  rendre  un  jour  efficaces! 

On  n'a  point  oublié  le  beau  travail  de  M.  Guizot  contre 
la  tactique  des  faits  généraux  qui  fut  employée  par  l'in- 
fâme Jefferies  contre  Sydney,  et  que  nous  voyons  fré- 
quemment employée  par  les  organes  du  ministère  public. 
Les  faits  généraux,  dit  M.  Dupin  ,  sont  étrangers  à  l'accusé  ^ 
par  cela  même  qu'ils  ne  lui  sont  pas  personnels.  Mais  ici 
le  mal  vient  du  magistrat,  et  non  de  la  loi.  Il  ne  faut  pas 
attendre  le  remède  du  législateur,  mais  du  magistrat  et 
du  gouvernement.  Là-dessus  il  raconte,  pages  120  et  168, 
les  malheurs  du  colonel  Duvergier,  condamné  dans  l'af- 
faire des  événemens  de  juin  1820.  Il  n'y  a  rien  de  plus 
triste  et  de  plus  touchant  que  ces  épisodes.  Le  magisùaâ 
quijuge,  à  son  tour  est  Jugé. 

Les  procès  criminels  se  terminent  par  des  débats.  N'est- 
ce  pas  une  atteinte  à  la  publicité  si  limitée  de  ces  procès, 
que  «  souvent  l'entrée  de  la  salle  d'audience  ne  soit  per- 
mise qu'à  des  personnes  munies  d'un  billet  du  président 
Tome  xi.  5 


ae  SCIENCES  morales 

de  la  cour  ou  du  procureur  général  ?  Un  auditoire  ainsi 
composé  est-il  ce  que  la  loi  entend  par  \e  public  ?  Dans 
les  grandes  représentations  théâtrales,  dit  l'auteur,  s'il  y 
a  des  billets  pour  des  spectateurs  choisis,  il  y  a  aussi  des 
billets  qui  se  vendent;  au  lieu  qu'à  la  cour  d'assises  de 
Paris,  souvent  la  faveur  seule  les  donne  ou  les  fait  ob- 
tenir. On  y  fait  exception  et  acception  des  personnes.  J'ai 
TU  restreindre  à  deux,  à  trois  au  plus  le  nombre  de  ceux 
qu'on  daignait  accorder  à  l'accusé  ou  à  son  défenseur,  et 
c'est  là  ce  qu'on  appelle  police  d'audience,  qui  appartient 
au  président.  Souvent  aussi  on  charge  les  audiences  de 
gendarmes  et  de  soldats,  on  en  met  plus  qu'il  ne  faut  pour 
maintenir  l'ordre;  pour  tenir  l'assemblée  en  respect,  on 
crie  d'une  voix  de  tonnerre  :  Gendarmes,  Je  vous  ordonne 
de  conduire  en  prison  le  premier  qui  rira.  J'ai  vu  un  pareil 
ordre  exciter  dans  l'assemblée  des  rires  qui  gagnaient  tout 
le  monde  et  jusqu'aux  collègues  de  l'ordonnateur. 

«  J'ai  entendu  des  présidens  répéter  à  chaque  instant  : 
T^ous  avez  toute  la  latitude  pour  vous  défendre,  mais.  .  . 
et  de  mais  en  mais  la  défense  était  accablée  de  restrictions 
et  d'interruptions  qui  fatiguaient  l'avocat,  lassaient  sa 
patience ,  ou  le  troublaient  au  point  de  le  réduire  à  se 
taire. 

M  Depuis  surtout  qu'il  a  été  mis  à  l'ordre  du  jour  de  dé- 
clamer pontre  les  doctrines  ^  de  réprimer  les  doctrines,  les 
présidens  se  sont  empressés  à  l'envi  d'interrompre  les 
avocats  et  d'entrer  en  réfutation  avec  eux ,  sous  prétexte 
de  rétablir  les  saines  doctrines.  .  .  Ces  petites  tracasse- 
ries renversent  l'ordre  des  idées,  sj'ncopent  l'établisse- 
ment d'une  preuve,  refroidissent  le  développement  d'une 
considération  touchante  et  déconcertent  l'orateur.  D'ail- 
leurs, telle  proposition,  telle  phrase  ,  tel  mot  déplaisent 
au  président  et  plaisent  peut-être  aux  jurés.  On  ne  sait 


ET  POLIÏIQLES.  67 

pas  de  quoi  l'un  se  fûche;  peut-on  savoir  de  quoi  l'autre  ne 
s'accommoderait  pas  ?  Toutes  ces  interruptions  fréquentes 
sont  contraires  au  devoir  du  président.  Si  le  juge  doit  se 
montrer  indulgent  envers  le  défenseur,  à  plus  forte  raison 
doit-il  l'être  envers  l'accusé;  il  doit  lui  pardonner  quelque 
chaleur  dans  sa  propre  cause ,  et  lorsqu'il  s'agit  de  sa 
perle  ou  de  son  salut.  J'ai  entendu  un  accusé,  interrompu 
dans  sa  défense ,  dire  au  président  :  Monsieur,  le  soin  de 
me  défendre  l'emporte  sur  tout  ;  en  sortant  d'ici,  vous 
rentrez  fort  tranquille  chez  vous  ,  moi  je  rentre  en  prison. 
Que  répliquer  à  cela  ?  » 

Dans  le  chapitre  sur  le  jury,  qui  est  très-soigné,  l'au- 
teur développe,  en  homme  lihre  et  ami  de  la  vérité,  les 
avantages  de  cette  institution ,  et  propose  un  jury  mi-parti 
en  faveur  des  étrangers,  à  moins  qu'il  ne  s'agisse  de  crime 
contre  la  sûreté  de  l'état. 

Nous  passons  le  chapitre  fort  important  despeines  et  de 
r exécution  des  condamnations ,  pour  nous  arrêter  à  celui 
des  abus  de  détail,  qui  sont  les  vices  ,  non  des  lois ,  mais 
des  hommes.  L'auteur  s'élève  énergiquement  contre  les 
abus  des  délations,  le  crime  factice  de  non  révélation,  la 
violation  du  secret  des  lettres ,  la  corruption  des  domes- 
tiques par  des  agens  de  police,  et  l'emploi  malheureuse- 
ment si  commun  des  agens  provocateurs.  Nous  regrettons 
que  les  bornes  de  ce  recueil  ne  nous  permettent  pas  de 
suivre  M.  Dupin  sur  de  si  importans  objets. 

Sous  le  titre  de  questions  particulières ,  il  traite  des 
délits  de  lapresse  et  des  calomnies  par  la  voie  de  la  presse  y 
il  dit  des  choses  de  la  plus  haute  importance  sur  la  néces- 
sité d'une  loi  relative  à  l'emploi  de  la  force  armée  contre 
les  mouvemens  populaires ,  sur  les  dommages  et  intérêts 
dus  aux  accusés  innocens,  sur  les  lois  d'exception,  dont  il 
désire  la  cessation,  sans  en  excepter  aucune.  C'est  avec 

5^ 


68  SCIENCES  MORALES 

bien  de  la  raison  qu'il  les  regarde  toutes  comme  des  abus 
qui,  outrant  l'auloriié,  l'affaiblissent  et  la  dégradent. 

Au  lieu  d'innocenter  le  duel  et  de  le  punir  de  peine  de 
mort,  il  voudrait  une  loi  qui  déclarât  les  duellistes  inha- 
biles à  exercer  les  droits  de  citoyen ,  indignes  de  tous  em- 
plois civils  et  militaires,  incapables  de  témoigner  en  jus- 
tice, de  tester,  de  succéder,  de  recevoir  par  donation  ou 
par  testament,  etc. 

Rien  de  plus  judicieux  que  ce  qu'il  a  écrit  sur  les  délits 
militaires,  le  délit  commun,  et  sur  la  justice  des  Suisses, 
exercée  au  sein  de  la  France  par  des  étrangers  employés 
dans  l'armée,  au  lieu  de  Français,  et  recevant  une  paie 
deux  fois  plus  forte  que  celle   des  Français. 

Il  parle  contre  la  censure  des  journaux,  mesure  d'ex- 
ception ,  qui  s'étend  même  sur  les  comptes  rendus  des 
débats  judiciaires  ,  et  jusque  sur  les  textes  des  jugemens. 

Enfin,  cet  ouvrage  est  terminé  par  un  curieux  mé- 
moire sur  les  proscriptions  par  ordonnance. 

Lakji:i>-ais  ,  de  l'Institut. 


<VW\  (W\'\V  Wk-WV^  XVX'* 


Thb  fikst  Anntjal  Report  of  tlw  Managers  of  tke  So- 
ciety for  tke  preventloit  of  pauperism,  etc.  Tne 
SECOND  Annual  Report  ,  etc. 

Premier  et  second  rapports  des  administrateurs  de 
la  Société  formée  a  New-York  pour  prévenir  la 
pauvreté  ,  lus  et  adoptés  par  ta  société,  avec  des 
observations  sur  les  causes  de  la  pauvreté  (i). 

Les  amis  de  l'humanité  espéraient  que  les  Etats-Unis 
d'Amérique  préviendraient ,    par  la  sagesse  de  leur  gou- 

(l'i  Premier  rapport ,  in-8»,  27  pages.  New-York,  1818;  imprimé 
par  J,  Seymour.  Second  rapport,  in-8»,  91  pages,  New- York,  1820", 


ET  POLITIQUES.  6d 

yernement  et  de  leurs  lois  ,  cette  accumulation  d'ouvriers 
sans  emploi  et  de  pauvres  ,  dont  l'entretien  et  les  désor- 
dres pèsent  sur  tous  les  gouvernemens  de  l'Europe.  Il 
semblait  qu'une  nation  dans  la  vigueur  de  l'âge,  placée 
sur  un  sol  immense  et  fécond,  sur  des  fleuves  et  sur  des 
mers  qui  communiquent  avec  la  terre  entière,  riche  de 
toutes  nos  connaissances,  instruite  par  nos  erreurs,  deyait 
rapidement  atteindre  un  très-haut  degré  de  civilisation  et 
d'ordre  social.  Cette  espérance  ne  s'est  pas  encore  entière- 
ment réalisée. 

Le  nombre  des  pauvres  s'est  accru  dans  les  principales 
villes  des  Etats-Unis.  Il  a  fallu  les  secourir,  et  organiser 
l'administration  des  secours  qu'on  pouvait  leur  accorder. 

Nous  avons  sous  les  yeux  les  premier  et  second  rap- 
ports des  administrateurs  de  la  Société  formée  à  New-  York 
pour  prévenir  la  pauvreté.  Le  premier  a  été  f^it  le  26  oc- 
tobre 1818;  le  deuxième,  le  29  décembre  1819.  Nous 
croyons  utile  d'en  extraire  les  faits  les  plus  importans,  et 
d'y  joindre  quelques  observations. 

On  voit,  dans  le  premier  rapport,  que  les  administra- 
teurs de  la  société  furent  d'abord  chargés  de  chercher  avec 
soin  et  de  signaler  avec  précision  les  causes  de  la  pauvreté, 
afin  d'en  prévenir  l'influence  ou  de  la  détruire.  Divers 
comités  furent  créés  pour  cet  objet,  sous  la  présidence  de 
M.  Jean  Clarkso:n;  secrétaire,  M.  Jean  Griscom. 

Les  lois,  les  habitudes  et  les  mœurs  des  Etats-Unis  dé- 
rivent, sousplusieurs  rapports,  de  cellesde  leur  mère-patrie. 
C'est   ainsi,  disent  les  administrateurs,  que  nous  avons 

imprimé  par  E.  Conrad. — Nous  continuerons  à  faire  connaître  les 
travaux  et  les  succès  de  là  même  société ,  à  mesure  que  son  secré- 
taire ,  M.  le  professeur  J .  Ghîscom  ,  l'un  de  nos  honorables  amis ,  qui  3 
bien  voulu  être  l'un  des  correspondans  de  la  Revue  Encyclopédique 
aus  Etats-Unis .  nous  fera  parvenir  les  renseigaemens  nécessaires^ 


70  SCIENCES  MORALES 

plus  d'une  fois  suivi  des  exemples  dangereux  et  commis 
des  erreurs  graves  que  nous  aurions  pu  éviter.  Nos  contri- 
butions pour  les  pauvres  et  le  nombre  de  nos  pauvres  s'ac- 
croissent annuellement. 

Ils  observent  qu'en  Angleterre  la  dépense  annuelle 
pour  les  pauvres  s'est  successivement  élevée,  de  1748  à 
18 1 5,  de  692,000  1.  st.  à  6,147,100 ou  de  17,900,000  fr., 
argent  de  France,  à  153,675,000.  Les  circonstances  poli- 
tiques ont  rendu  cet  accroissement  très-irrégulier. 

La  dépense  des  maisons  de  charité,  à  New-Yorck,  s'est 
élevée  de  44,973dol"  (1)  à  77,000,  dans  le  cours  de  douze 
années,  de  i8o3  à  i8i5;  la  même  dépense,  en  1816 
et  1817, a  excédé  de  beaucoup  77,000  dol"  ou  417, 34o  fr. 

Le  plan  adopté  par  la  société  de  New- York  a  été  tracé 
d'après  les  meilleures  institutions  de  ce  genre,  établies  en 
Allemagne,  et  particulièrement  à  Hambourg.  Dans  cette 
dernière  ville,  le  nombre  des  pauvres,  de  1788  à  1789, 
sous  l'ancien  système  d'administration  j  s'élevait  à  9,757; 
sous  le  nouveau  système  ,  de  1 798  à  1 799 ,  à  4,73i . 

Décroissement  du  nombre  de  pauvres,  5,026. 

Ce  rapport  contient  ensuite  les  premiers  résultats  des  tra- 
vaux des  comités ,  sur  les  causes  de  la  pauvreté  et  sur  les 
moyens  de  la  prévenir.  Les  administrateurs  insistent  par- 
ticulièrement sur  la  réduction  de  la  vente  des  boissons  et 
des  liqueurs  fortes ,  pour  laquelle  le  nombre  des  détaillans , 
à  New-Yorck,  s'élève  à  1,600  fr.  ;  ce  qui  suppose  une  vente 
annuelle  déplus  de  i,46o,ooo  fr. ,  somme  énorme  arrachée 


(i)  La  piastre  américaine,  ou  le  dollar,  vaut  5  francs  4^  cent. 
Son  poids  légal  est  de  27,000;  son  titre  légal,  goS;  le  même  que 
celui   de   la    piastre    d'Espagne ,  dont    le    poids  est  de  27,045. 


ET  POLITIQUES.  7î 

au  travail  utile,  aux  larmes  et  au  malheur  des  femmes- 
souffrantes  et  des  enfans  abandonnés.  La  constitution  de 
la  société  est  à  la  suite  de  ce  rapport  :  elle  est  tracée  avec 
beaucoup  de  sagesse  et  de  simplicité. 

Le  second  rapport,  beaucoup  plus  étendu,  rédigé  dans 
les  mêmes  principes  et  dans  les  mêmes  vues,  présente  à 
la  fois  les  résultats  de  deux  années  d'exercice  ,  et  des  faits 
et  des  observations  d'un  très-grand  intérêt.  L'indication 
seule  de  ces  résultats  suffira  pour  en  faire  connaître  l'im- 
portance et  la  rendi'e  applicable  à  cette  partie  de  l'écono- 
mie politique,  si  essentielle  aux  progrès  de  la  civilisation  , 
qui  doit  veiller  au  sort  des  classes  indigentes. 

Les  administrateurs  attribuent  la  pauvreté  dans  l'état  de 
New-Yorck  : 

i**  kVignorance.  Sur  76,000  individus,  population  de 
la  ville  de  Nevr-Yorck  en  1818,  ils  évaluaient  à  a  1,000 
le  nombre  des  enfans  en  âge  de  recevoir  les  principes  élé- 
mentaires de  l'instruction  :  sur  ce  nombre,  ils  estimaient 
que  8,000  enfans  en  étaient  entièrement  privés;  d'où  il 
résulte  nécessairement  que  plus  d'un  tiers  de  la  population 
ne  sait  pas  même  lire.  La  négligence  coupable  de  n'assister 
à  aucun  culte  religieux  accroît  encore  l'ignorance  et  l'im- 
moralité. Sur  25,000  familles,  à  peine  en  peut-on  comp- 
ter 10,000  qui  assistent  régulièrement  aux  exercices  de 
leur  culte. 

s''  A  V intempérance.  L'usage  des  liqueurs  fortes  est  tel, 
qu'il  y  a,  dans  la  seule  ville  de  New-York,  i,43i  per- 
sonnes patentées  pour  en  vendre,  et  que  la  consommation 
annuelle  s'élève  au  moins  à  i,Gi 2,000  dol"  ou  à  plus  de 
8,740,000  francs.  Cependant  des  mesures  très-sages  on'' 
été  prises  par  le  chef  magistrat  de  New-York  pour  res- 
treindre ces  déplorables  abus  ;    et  le  nombre  des  lieenc*» 


72  ^  SCIENCES  MORALES 

pour  rendre  des  esprits  ou  des  liqueurs  fortes,  qui  était, 
en  1818,  de  1,637,  s'est  trouvé  réduit,  en  1820,  à  i,43i, 
quoique  la  population  soit  aujourd'hui  de  plus  de 
120,000  âmes.  Des  réglemens  de  police  très-sages  com- 
mencent à  diminuer  cette  funeste  source  de  désordre  et  de 
dépravation.  Les  administrateurs  ont  soumis  à  la  législa- 
tion un  projet  d*  loi  pour  mieux  régler  la  vente  des 
liqueurs  fortes  et  l'exercice  des  licences,  dont  le  prix 
donne  un  revenu  d'environ  17,  000  dol"  ou  85, 000  fr. 

3''  Aux  prêts  sur  gage.  On  ne  peut  se  dissimuler  que 
ces  prêts  ne  soient  une  grande  source  de  pauvreté.  Le 
maire  de  New- York  a  cependant  réglé  avec  la  plus  grande 
sagesse  tout  ce  qui  a  rapport  à  ces  prêts.  L'intérêt  est  fixé 
à  7  pour  cent,  pour  tout  prêt  au-dessus  de  25  dol"  ou 
125  fr.,  et  à  25  pour  cent,  au-dessous  de  cette  somme. 

4°  Aux  loteries.  On  s'étonne  que  les  loteries  aient  pu 
être  admises  dans  des  Etats  où  d'autres  branches  de  reve- 
nus devaient  suffire  aux  dépenses  publiques.  Cependant 
on  ne  peuty  vendre  d'autres  billets  que  ceux  dont  les  lote- 
ries sont  autorisées  par  le  gouvernement.  La  licence  pour 
chaque  bureau  de  vente  est  de  5oo  dol"  ou  2,799  ^^*  ^^  ^J 
avait  eu  à  New-York,  en  1820,  que  quatre  licences  ac- 
cordées depuis  la  loi  qui  règle  la  police  des  loteries. 

5°  Aux  établissemens  de  charité.  La  religioii  et  la  raison 
doivent  diriger  ces  institutions,  qui  deviennent  nuisibles 
au  maintien  de  l'ordre  public,  dès  qu'elles  fournissent  des 
secours  à  la  paresse ,  à  l'indolence  et  à  l'immoralité.  II 
n'est  dû  de  secours  qu'à  l'individu  incapable  d'un  travail 
suffisant  pour  lui  procurer  des  moyens  d'existence. 

Les  administrateurs  ont  formé  une  bibliothèque ,  où  ils 
réunissent  tous  les  ouvrages  qui  peuvent  les  éclairer  sur 
l'éducation  des  différentes  classes  de  la  société  et  sur  le 


ET  POLITIQUES.  73 

meilleur  système  de  secours  à  donner  à  l'indigence  (i).  lU 
ont  divisé  la  population  de  la  cité  de  New-York ,  de  ma- 
nière à  connaître  le  mieux  possible  toutes  les  classes  de  la 
population,  les  travaux,  les  habitudes,  le  sort  elles  besoins 
de  chaque  famille  et  de  chaque  individu. 

Les  banques  d'épargnes  ont  eu  une  influence  très-salu- 
taire.  On  en  a  établi  à  Philadelphie,  à  Boston,  à  Baltimore, 
à  Salem,  et  partout  elles  ont  inspiré  plus  d'économie  et 
plus  d'activité.  Depuis  le  3  juillet  jusqu'au  29  décembre 
1819,  on  a  déposé  à  New- York  plus  de  i5o,ooo  dol",  et  on 
n'en  a  retiré  que  5,ooo. 

Indépendamment  des  causes  déjà  indiquées,  les  admi- 
nistrateurs de  la  société  ont  reconnu  encore  d'autres 
sources  actuelles  de  pauvreté  dans  la  cité  de  New- York  : 

6»  L'émigration  des  pays  étrangers.  Les  administrateurs 
en  sont  effrayés;  une  grande  partie  des  émigrans  de  l'Eu- 
rope afflue  àNew-York.  Tous  les  événémens  qui  ont  troublé 
l'ordre  social  et  qui  ont  laissé  des  milliers  d'ouvriers,  de 
gens  de  mer  et  d'individus  de  tout  genre  sans  emploi,  ont 
influé  sur  cette  immense  émigration  ;  c'est  surtout  vers 
New- York  qu'elle  s'est  dirigée  ,  depuis  le  1"  mai  1818 
jusqu'au  i"  novembre  1819.  Dans  dix-huit  mois  35,56o  pas- 
sagers y  ont  débarqué  ;  sur  ce  nombre  18, 980  sont  étrangers. 
Un  grand  nombre  y  est  arrivé  par  l'intérieur ,  venant  du 
Canada;  plusieurs  ont  échappé  ù  la  surveillance  de  la  po- 
lice et  ne  sont  pas  compris  dans  ce  dénombrement.  La 
progression  de  cette  émigration  n'annonce  que  trop  les 
désordres  de  l'Europe.  Dans  moins  de  cinq  mois,  en  1818, 
ï3,ooo  émigrés  sont  arrivés  à  Québec,  dans  le  bas  Canada. 

Les  mauvaises  mœurs  d'un  grand  nombre  de  ces  émi- 
grans, leur  misère,  leurs  déplorables  habitudes  influent 


(0  Voyez  ci-dessus ,  T,  X,  pag.  63.5 ,  l'extrait  de  ce  catalogue. 


7A  SCIENCES  MORALES 

d'une  manière  très-fâcheuse  sur  la  population  de  New- 
York.  La  misère  et  le  désespoir  traînent  à  leur  suite  les 
maladies ,  les  désordres  et  le  crime. 

Les  administrateurs  demandent  à  cet  égard  de  nouvelles 
lois  à  leurs  législatures,  dans  l'intérêt  de  la  population 
américaine  et  dans  l'intérêt  de  l'humanité,  pour  les  infor- 
tunés qui  viennent  chercher  une  autre  patrie. 

Nous  ne  pouvons  ici  qu'analyser  rapidement  cette  partie 
essentielle  du  second  rapport.  Il  est  du  devoir  de  tous  les 
gouvernemens  de  l'Europe  d'être  attentifs  à  cette  efirayante 
émigration.  Si  la  belle  expérience  qu'a  faite  31.  Robert 
Owen  ù  New-Lanark  en  Ecosse  était  mieux  appréciée  (i) , 
chaque  état  conserverait  ses  sujets  ;  et  la  plupart  de  ces 
émigrans,  au  lieu  de  s'exiler  volontairement  de  leur  patrie, 
en  cultiveraient  le  sol,  et  en  accroîtraient  la  richesse  et  la 
prospérité. 

Les  administrateurs  mettent  encore  au  nombre  des  caus  es 
de  pauvreté  : 

7°  Les  nombreux  procès  portés  aux  cours  criminelles , 
dont  l'action  est  trop  lente.  Ces  cours  sont  accablées  par  la 
multitude  de  plaintes  qui  naissent  des  désordres  que  nous 
avons  indiqués.  La  société  appelle  l'attention  de  la  légis- 
lature sur  cette  importante  partie  de  l'ordre  public. 

8°  Le  mauvais  système  de  correction  dans  les  prisons  et 
dans  les  maisons  de  force  est  aussi  une  cause  de  pauvreté. 
La  confusion  qui  régne  dans  les  diverses  classes  des  cou- 
pables, jeunes  et  vieux,  incorrigibles  etrepentans,  con- 
damnés à  perpétuité  et  détenus  pour  un  tems  limité,  a 


(i)  Voy.  V Examen  impartial  des  nouvelles  vues  d»  M.  Owen ,  etc. , 
par  le  docteur  Mackab,  médecin  de  S.  A.  R.  le  duc  de  Keîit,  Pa- 
ris, 1821,  Treutellet  Wùrtz;  et  le  compte  rendu  de  cet  ouvrage  dan» 
la  Revue  Encyclopédique ,  T.  X,  page  02 1. 


ET  POLITIQUES.  75 

l'influence  la  plus  funeste  sur  le  caractère  Je  tous  ces  in- 
dividus. Il  y  avait ,  en  1819,  dans  la  ni^ison  de  correction  de 
New- York,  358  prisonniers. 

Dans  cette  partie  du  rapport,  pénétrés  d'admiration  pour 
les  succès  presque  miraculeux  qu'a  obtenus  à  Londres ,  dans 
la  prison  de  Newgate ,  le  dévouement  de  madame  Elisabeth 
Fry  (i)  et  de  la  femme  Howard,  les  administrateurs  de  la 
société  de  New- York  expriment  ainsi  leurs  vœux  :  Pour- 
quoi des  femmes  vertueuses  n'  entrent-elles  pas  ici  dans  ces 
asiles  du  crime  et  du  désespoir ,  comme  des  message?'s  cé- 
lestes f  cojnme  des  anges  de  pitié ,  de  paix  et  de  consolation? 

90  Les  maisons  de  jeu  contribuent  aussi  à  augmenter  le 
nombre  des  pauvres.  Partout  l'influence  de  ces  maisons 
est  déplorable,  et  il  semble  qu'on  ne  voie  pas  combien  elles 
plongent  d'individus  et  de  familles  dans  les  plus  coupables 
égaremens  et  dans  la  plus  afî'reuse  indigence. 

10°  Le  défaut  de  propreté  est  une  dixième  cause  assignée 
par  les  administrateurs  de  New- York  ;  ils  comptent  avec 
raison  ce  désordre  au  nombre  des  sources  qui  influent  sur 
l'accroissement  de  l'indigence  et  sur  l'état  sanitaire  du 
peuple. 

C'est  sur  toutes  ces  causes  que  l'éducation  doit  avoir  la 
plus  grande  influence.  C'est  dès  l'âge  le  plus  tendre  qu'il 
faut  diriger  la  raison  des  enfans,  et  leur  inculquer  les  prin- 
cipes purs  et  sacrés  de  la  religion,  qui  sont  ceux  de  l'ordre 
et  de  la  vertu ,  de  l'amour  de  Dieu  et  des  hommes.  Ils 
rendent  hommage  aux  effets  salutaires  qu'ont  déjà  produits 
les  écoles  lancastriennes  d'enseignement  mutuel  et  les 
écoles  des  dimanches.  Tel  est,  disent-ils  en  terminant  leur 
rapport ,  r exposé  de  ce  que  nous  avons  fait  et  de  ce  que 
nous  voudrions  faiî-e.  IVotre  vue  s'étend  à  mesure  que  nous 

(1)  Voyez  ci-dessus ,  T.  X  ,  pag.  209. 


76  SCIENCES  MORALES 

avançons  j  ei  de  noiweaux  devoirs  nous  sont  imposés  à 
chaque  pas.  Ils  reiident  l'hommage  le  plus  honorable  à  la 
mémoire  de  M.  Jean  Murray,  l'un  des  membres  les  plus 
zélés  de  leur  comité  ;  il  avait  porté  tous  ses  soins  sur  un 
établissement  d'éducation  pour  les  enfans  de  couleur ,  au 
nombre  d'environ  2,000,  et  sur  l'organisation  des  banques 
d'épargnes. 

Ces  deux  rapports  sont  dictés  par  un  zèle  éclairé  et  par 
un  amour  ardent  pour  le  perfectionnement  de  la  civili- 
sation et  le  bonheur  de  l'humanité  (i). 

Laifon  de  Ladébat. 


vvvnwiavwwvv* 


Df.LL'   IsTORiA  d'Italia  antica  e  moderna  ,  etc 

Histoire  d'Italie  ancienne  et  moderne  ,  par  le 
chevalier  Luigi  Bossi,  etc.  ,  avec  des  cartes  géogra- 
phiques et  des  planches  (2). 

Nous  avons  déjà  donné  une  première  annonce  de  cet 
ouvrage,  dont  il  a  paru  jusqu'à  présent  dix  volumes. 

Cette  histoire  doit  être  divisée  en  six  livres,  dont  le 
premier  comprend  les  tems  antérieurs  à  la  fondation  de 
Rome,  et  le  second  l'histoire  de  Rome,  partagée  en  trois 
périodes  :  les  rois,  la  république  et  l'empire.  C'est  là  que 
se  termine  le  dixième  volume  ;  le  reste  de  cette  histoire 
fournira  le  sujet  des  autres  volumes  qui  seront  publiés  suc- 
cessivement. 


(1)  A  la  suite  du  second  rapport  est  un  appendice,  qui  contient 
des  détails  inléressans  sur  les  diverses  causes  de  pauvreté  et  sur  les 
mesures  qui  pourraient  les  affaiblir  ou  les  détruire.  On  y  a  joint  le 
catalogue,  que  nous  avons  publié,  des  ouvrages  dont  il  a  été  fait 
don  à  la  société.  (  Voj  ez  ci-dessus ,  T.  X ,  pag.  625  ). 

(a)  Milan,  1819-1820,  etc.  Gicgler  «t  Biancbi,  10  vol,  iu-S". 


ET  POLITIQUES.  77 

Quoique  le  premier  livre  ne  comprenne  qu'un  seul  yo» 
lunie,  il  pourrait  paraître  un  peu  long  à  des  lecteurs  qui, 
impatiens  de  parcourir  l'histoire  certaine,  n'aiment  point 
à  s'arrêter  sur  des  tems  obscurs  et  fabuleux.  Cependant 
M.  Bossi  se  montre,  plus  que  beaucoup  d'autres  écrivains, 
sobre  dans  ses  récits  et  sévère  dans  sa  critique,  et  il  ne 
s'occupe  lui-même  de  cette  première  époque  que  le  tems 
nécessaire  pour  faire  connaître  autant  que  possible  les 
premiers  habitans  de  l'Italie,  qui  ont  donné  naissance  au 
peuple  romain. 

Ce  qu'on  peut  recueillir  déplus  important  dans  des  tems 
si  reculés,  ce  sont  les  noms  des  pays,  ceux  des  peuples  qui 
les  ont  habités,  et  les  indications  de  quelques  événemens 
plus  ou  moins  altérés.  L'auteur  donne  d'abord  quelques 
idées  sur  la  g^éographie  ancienne,  et  un  exposé  assez  précis 
des  systèmes  géographiques  de  Strabon,  de  Pline  et  de 
Ptolémée.  Ces  connaissances  préliminaires  sont  néces- 
saires à  ceux  qui  se  livrent  à  l'étude  de  l'histoire  ancienne, 
puisque  cette  histoire  est  entièrement  basée  sur  l'un  ou 
l'autre  de  ces  systèmes  de  géogi'aphie  jusqu'au  commen- 
cement du  moyen  âge. 

Cette  partie  de  l'étude  de  l'antiquité,  qui,  moins  que 
les  autres  cependant,  offre  aussi  beaucoup  de  contradictions 
et  de  difficultés ,  a  donné  lieu  à  de  nombreuses  recherches. 
L'auteur  examine  plus  ou  moins  rapidement  les  opinions 
des  écrivains  les  plus  distingués  dans  ce  genre  d'étude,  tels 
que  Bocart,  Dickinson,  Cluverius ,  Bianchini ,  Maffei, 
Guarnacci,  Bardelti,  Carli,  Durandi,  Fabbroni,  iMicali,etc. 
Il  cherche  ensuite  à  remplir,  si  l'on  peut  s'exprimer  ainsi, 
ces  déserts  historiques  par  le  peu  de  matériaux  que  peuvent 
lui  fournir  les  auteurs  anciens.  11  passe  en  revue  tous  ces 
peuples  de  l'Itcdie ,  dont  il  ne  reste  à  peu  près  qu'une  sté- 


78  SCIENCES  MORALES 

rile  nomenclature;  il  s'arrête  un  peu  plus  sur  les  Pélasges, 
et  surtout  sur  les  Etrusques  et  sur  les  Latins. 

Malheureusement,  l'histoire  de  ces  peuples,  comme  celle 
de  tous  les  autres,  périt  avec  leur  indépendance,  et  il  n'en 
est  resté  que  ce  que  les  conquéraiis  ont  bien  voulu  con- 
server et  que  les  Grecs  n'ont  pas  altéré.  M.  Bossi  rejette 
tout  ce  qui  est  incertain  ou  sans  vraisemblance ,  prenant 
pour  guides  les  autorités  les  plus  authentiques,  et  surtout 
les  monumens  que  la  barbarie  des  hommes  et  l'empire  du 
tems  ont  épargnés.  Il  tâche  de  déterminer  le  plus  exacte- 
ment possible  l'esprit,  les  coutumes,  les  habitudes,  la  reli- 
gion, les  arts ,  la  législation  et  la  population  de  ces  contrées. 

Les  Grecs,  pénétrant  et  s'établissant  dans  l'Italie,  s'étu- 
dièrent à  donner  à  tout  ce  qu'ils  y  trouvèrent  des  origines 
grecques.  Ainsi,  interprétant  et  dénaturant  l'histoire  pri- 
mitive de  ce  beau  pays,  qui,  comme  tous  les  autres,  avait 
la  sienne  propre,  ils  y  substituèrent  leur  mythologie  natio- 
nale. Les  Rom.ains  eux-mêmes  tirèrent  vanité  de  rapporter 
leur  origine  à  l'histoire  des  demi-dieux  et  des  héros  de  la 
Grèce  ;  ce  qui  corrompit  de  plus  en  plus  l'histoire  véritable 
des  premiers  peuples  de  l'Italie. 

M.  Bossi  a  voulu  purger  cette  histoire,  ou  plutôt  cette 
mythologie ,  de  tout  ce  qu'elle  renferme  d'étranger.  Tel  fut 
aiissi,  si  l'on  en  croit  G.  B.  Vico,  le  projet  de  Varron,  de 
donner,  à  l'histoire  ancienne  des  Romains  une  origine 
toute  nationale.  Vico  tâcha  d'appliquer  ce  système  à  toutes 
les  nations;  le  nouvel  historien  suit  le  même  système, 
sans  citer  l'auteur  auquel  il  appartient  principalement. 
L'Italie  avait  ses  peuples  indigènes,  autocthones  dw  abori- 
gènes. M.  Bossi  les  reconnaît  dans  tous  ces  peuples  à  qui 
on  ne  peut  attribuer  une  origine  étrangère,  et  qui  exis- 
taient déjà  à  l'époque  de  ces  émigrations  et  de  ces  colonies 


ET  POLITIQUES.  79 

qu'on  trouve  indiquées  clans  l'histoire  ancienne  de  l'Italie. 
Mais  quelle  origine  auraient  ces  peuples  autocthones 
si  l'on  ne  leur  reconnaît  pas  une  filiation  suivie  et  une 
souche  comnaune?  Voltaire,  dans  ces  grandes  questions 
se  tirait  souvent  d'embarras  par  des  réponses  qui  ne  sont 
pas  toujours  aussi  légères  qu'elles  peuvent  le  paraître  à 
quelques  lecteurs.  Il  appliquait  les  mêmes  questions  aux 
autres  espèces  inférieures  qui  naissent  et  croissent 
dans  tous  les  pays.  C'était  l'idée  d'Épicure,  c'était  la 
cosmogonie  de  la  plupart  des  peuples  ,  et  surtout  des 
Phéniciens.  M.  Micali  (i)  avait  cru  pouvoir  concilier 
cette  opinion  sur  les  peuples  aborigènes  avec  la  Bible  :  il 
a  avancé  que,  de  même  que  Dieu  a  donné  un  Adam  à  une 
partie  de  l'Asie,  il  l'a  donné  aussi  à  plusieurs  régions  de  la 
terre,  qu'on  pourrait  regarder  comme  privilégiées,  ou  plu- 
tôt comme  plus  propres  à  la  propagation  et  à  la  conservation 
de  leurs  espèces  ou  races  différentes.  Ainsi  La  Pe3Tère 
avait  imaginé  des  Préadamites  ;  et  M.  Micali  multiplie 
les  Adam,  autant  qu'il  en  faut  pour  donner  un  commen- 
cement à  chaque  peuple  autocthone.  Selon  ce  système. 
Moïse  aurait  raconté  la  création  des  premiers  hommes,  en 
la  réduisant  à  un  seul  fait  dans  la  personne  d'Adam,  qui 
serait  l'emblème  ou  le  genre  des  hommes  primitifs. 

Mais  ce  n'est  pas  assez  pour  conserver  aux  peuples  au- 
tocthones leur  propre  origine;  il  faut  aussi  que  le  déluge 
de  Noé  l'ait  respectée.  Autrement,  il  faudrait  répéter  la 
même  création  qui  a  précédé  le  déluge;  mais  toutes  ces 
recherches  sont  plutôt  curieuses  qu'instructives. 

Notre  auteur  s'attache  surtout  à  faire  ressortir  tout  ce  qui 
caractérise  la  civilisation  et  l'esprit  d'indépendance  poli- 
tique des  peuples  primitifs  de  l'Italie.  Il  consacre  un  cha- 


(0  I/Italia  avantiil  dominio  de'  Romani. 


80  SCIENCES  MORALES 

pitre  entier  à  la  religion  ,  aux  arts ,  aux  études ,  à  la 
littérature  et  à  la  langue  des  Étrusques.  On  dirait  souvent 
qu'il  en  fait  le  panégyrique  ,  plutôt  que  l'histoire.  Il  sou- 
tient que  la  culture  des  arts  et  des  sciences  existait  déjà 
parmi  les  Italiens,  avant  que  les  Grecs  eussent  fondé  chez 
eux  leurs  colonies  et  occupassent  les  villes  déjà  florissantes 
par  leur  population  et  leur  police.  Plusieurs  monumens  et 
quelques  réflexions  ingénieuses  semblent  constater  ces 
époques  anciennes  de  culture  et  de  civilisation,  dont  la 
trace  est  à  peine  indiquée  par  la  tradition  ou  par  l'histoire. 

Ce  qui  est  plus  certain  ,  c'est  l'esprit  d'indépendance 
que  la  plupart  des  peuples  anciens  de  l'Italie  ont  maintenu 
avec  un  soin  religieux.  Plusieurs  auteurs  ont  trouvé  chez 
ces  peuples,  surtout  chez  les  Étrusques,  cette  organisation 
fédérative,  qui  laisse  à  chaque  cité  sa  propre  administration 
intérieure  et  qui  concentre  toutes  les  forces  particulières 
pour  la  défense  extérieure  et  commune.  L'auteur,  comme 
tant  d'autres  antiquaires  italiens,  semble  se  dédommager 
de  la  perte  actuelle  de  leur  indépendance  politique  par  des 
descriptions  exagérées  de  celle  dont  jouissaient  autrefois 
leurs  ancêtres. 

On  a  conservé  des  séries  de  rois  appartenant  à  quelques- 
uns  de  ces  peuples  ou  qu'on  leur  attribue.  On  a  cru 
pouvoir  en  assigner  aux  Sabins ,  aux  Étrusques,  aux 
Latins.  M.  Bossi  passe  rapidement  sur  la  prétendue  his- 
toire des  anciens  rois  du  Latium  ;  il  traite  de  l'arrivée 
d'Énée  en  Italie,  d'Ascagne ,  des  rois  d'Albe  ses  suc- 
cesseurs, enfin  de  Romulus,  fondateur  de  Rome.  Comme 
l'histoire  de  ces  personnages  héroïques  est  remplie  de 
fables,  l'auteur  cherclîe  à  séparer  le  vraisemblable  du  fa- 
buleux, et  il  indique  ce  qui  lui  paraît  le  moins  incertain. 
Ainsi,  il  apprend  à  ses  lecteurs  à  séparer  le  domaine  de  la 
mythologie  de  celui  de  l'histoire.  II  termine  son  premier 


ET  POLITIQUES.  gj 

Livre  par  un   coup  d'oeil  sur  les  îles  de  l'Italie,   telleà 
qu'elles  étaient  ou  devaient  être  dans  ces  tems  reculés 
spécialement  la  Sicile  et  scshabitans,  que  nous  ont  décrits 
les  poètes  et  les  mythologues. 

On  ne  peut  contester  à  l'auteur  le  mérité  d'avoir  con- 
sulté tous  les  écrivains  classiques,  grecs  et  latins,  et  leurs 
plus  savans  commentateurs,  ainsi  que  tous  ceux  qui  ont 
rédigé  des  mémoires  particuliers  ou  éclairci  des  monutnens 
de  tout  genre,  et  spécialement  les  étrusques.  Il  a  même 
proflté  de  la  Chronique  d'Eusèhe ,  récemment  publiée  par 
MM.  Mai  et  Zohrab,  et  qui  lui  a  servi  à  rectifier  plusieurs 
points  de  chronologie.  Qu'il  nous  soit  permis  cependant  de 
voir  avec  étonnement  que  l'auteur,  ayant  quelquefois  rap- 
porté les  opinions  même  étranges  et  bizarres  de  la  plupart 
des  antiquaires  anciens  et  modernes ,  n'ait  pas  donné 
place  à  celles  de  Vico,  et  ne  l'ait  pas  cité  parmi  tant  d'autres 
qui  n'étaient  pas  plus  savans  que  lui. 

Le  premier  Livre  de  cette  histoire  est  plutôt  une  dis- 
cussion critique  sur  les  anciens  peuples  de  l'Italie,  qu'une 
mirration  suivie.  C'est  dans  le  second  que  commencé 
l'histoire  proprement  dite;  il  comprend  une  période  de 
près  de  dix  siècles.  Ce  n'est  que  l'histoire  de  Rome,  qui 
absorbe  celle  de  l'Italie,  ù  mesure  qu'elle  soumet  Ic'pays 
à  son  joug.  "  . 

Cette  grande  histoire  qui,  dans  sa  longue  durée,  présente 
mie  unité,  une  progression,  un  but,  se  divise  naturelle- 
ment entrois  parties  ou  périodes,  dont  chacune  est  dis- 
tinguée par  une  époque  très-remarquable  qui  la  termine. 
Tels  sont  l'établissement  de  la  république  romaine,  celui 
de  l'empire  et  sa  chute.  L'auteur  ne  se  borne  pas  à  répéter 
les  faits  ou  les  récits  des  historiens  anciens  et  classiques  : 
il  les  compare,  il  les  examine,  il  les  rejette  ou  les  concilie,' 
il  tire  tous  les  secours  nécessaires  de  leurs  interprètes  et 
Tome  xi.  ç 


8j  SCIENCES  MORALES 

de  leurs  commentateurs.  On  voit  bien  que  son  histoire 
n'est  pas  une  copie  ,  comme  tant  d'autres,  abrégée  ou  pa- 
raphrasée; elle  est  l'extrait  d'une  lecture  immense,  mé- 
thodique et  comparative  de  tous  les  ouvrages  anciens  et 
modernes  qui  méritent  d'être  consultés.  Il  serait  impos- 
sible de  suivre  le  fil  de  la  narration  ;  nous  indiquerons 
quelques  traits  particuliers  qui  la  caractérisent. 

La  première  partie  du  second  Livre  contient  l'histoire  des 
rois  de  Rome.  L'auteur  ne  manque  pas  d'y  réunir  celle  des 
autres  parties  de  l'Italie;  il  ne  se  borne  pas  à  la  simple 
narration  des  faits  les  plus  certains  ;  il  étend  ses  remarques 
sur  la  religion,  sur  le  gouvernement ,  sur  les  coutumes ,  les 
sciences,  les  arts,  le  commerce  de  chaque  âge  (i);  et,  ce 
qui  est  fort  intéressant ,  il  signale  les  circonstances  ou  les 
causes  qui,  du  tems  des  premiers  rois,  ont  dû  contribuer 
à  la  grandeur  du  peuple  romain. 

En  parlant  des  premières  colonies  grecques  d'Italie, 
M.  Bossi  s'arrête  quelques  momens  sur  l'école  de  Pythagore 
et  sur  les  premiers  Gaulois  qui  pénétrèrent  dans  l'Italie. 
Pythagore,  qu'Aristote  regardait  comme  le  premier  pré- 
cepteur de  la  morale,  et  qui  a  mérité  le  titre  de  législateur 
de  l'amitié,  contribua  plus  que  tout  autre  à  la  civilisation 
de  la  grande  Grèce.  Il  sut  combiner  dans  sa  philosophie  la 
théorie  avec  la  pratique  ,  la  contenaplation  avec  le  travail, 
la  félicité  privée  avec  la  félicité  publique.  L'influence  de 
ses  principes  et  de  son  école  fut  une  preuve  continuelle  de 
ce  que  peut  opérer  l'instruction  publique,  au  profit  des 
peuples  et  de  leurs  gouvernemens.  Crotone  ,  Tarente, 
Reginm,  et  plusieurs  autres  républiques  de  la  grande  Grèce, 
furent  heureuses  et  puissantes  jusqu'à  l'époque  où  les  Py- 
thagoriciens furent  persécutés  et  proscrits  par  Cilon ,  qui 

(i)  ^qj'cz livre  ii  ,  Pari,  i ,  chap,  8, 


ET  POLITIQUES.  82 

arait  été  exclu  de  leur  école,  et  par  d'autres  tyrans  en- 
nemis de  la  vérité  et  de  la  vertu.  A  l'occasion  de  la  philo- 
sophie de  Pythagore,  l'auteur  fait  un  tableau  très-curieux 
de  l'état  des  sciences  et  des  arts  dans  la  grande  Grèce,  pen- 
dant l'époque  des  rois  de  Rome.  Il  indique  les  philosophes, 
Tes  artistes,  leurs  écrits,  leurs  chefs-d'œuvre,  surtout  les 
médailles  et  les  vases  de  ce  tems,  conservés  jusqu'à  nos 
jours,  témoins  et  monumens  qui  prouvent  que  les  sciences 
et  les  arts  fleurissaient  en  Italie  long-tems  avant  de  pé- 
nétrer dans  la  Grèce,  et  que  les  Grecs  eux-mêmes  les  ont 
probablement  reçus  des  Italiens.  Telle  est  au  moins  l'o- 
pinion favorite  de  notre  auteur. 

On  doit  remarquer,  en  passant,  l'observation  de  M.  Bossi 
sur  la  taille  et  la  physionomie  des  Gaulois,  queTite-Live, 
Florus,  Justin,  etc.,  ont  dépeints  sous  des  formes  ef- 
frayantes. L'auteur  croit  qu'ils  étaient  d'une  race  particu- 
lière de  Celtes  venus  des  régions  habitées  par  la  race  pri- 
mitive caucasienne,  et  que  leur  taille  élevée  et  leur  figure 
singulière  en  imposèrent  d'abord  aux  Romains  eux- 
mêmes. 

La  seconde  partie  du  second  Livre,  qui  s'étend  depuis 
la  fondation  de  la  république  jusqu'à  celle  de  l'empire,  est 
la  plus  importante.  M.  Bossi  fait  de  tems  en  tems  les  re- 
marques nécessaires  sur  les  événemens  les  plus  éclatans 
de  cette  période.  J'indique  les  principales  :  celles  qui 
pourront  donner  la  plus  juste  idée  du  mérite  et  du  carac- 
tère de  l'ouvrage. 

L'auteur  observe  comme  une  chose  très-singulière  que 
les  Romains,  avant  la  prise  de  Véies,  pendant  trois  ou 
même  quatre  siècles,  n'eurent  aucune  communication  avec 
l'Italie  méridionale,  et  surtout  avec  la  grande  Grèce,  qui 
pouvait  beaucoup  contribuer  aux  progrès  de  leur  civili- 

6  * 


U  SCIENCES  MORALES 

sation  (i).  Quelles  que  soient  les  causes  de  cet  isolement 
indiquées  par  l'auteur,  son  opinion  fortifierait  les  doutes 
exprimés  par  Vice  sur  le  message  des  Romains ,  chargés 
de  porter,  d'Athènes  à  Rome,  les  lois  de  Solon  et  d'autres 
législateurs  grecs.  Mais,  comme  nous  l'avons  déjà  remar- 
qué, M.  Bossi  a  négligé  de  rapporter  les  opinions  de  Vico 
sur  ce  Toyage,  sur  l'esprit  des  lois  des  XII  Tables,  sur 
FAsile  ouvert,  par  Romulus,  à  Rome,  sur  le  caractère  de 
Pylhagore  et  de  son  école,  etc. 

La  république  romaine,  jusqu'à  l'époque  de  ses  guerres 
avec  les  Gaulois ,  peut  être  regardée  comme  étant  dans 
son  enfance.  L^auteur  retrace  la  politique,  l'art  de  la 
guerre,  la  religion,  les  mœurs,  la  langue,  l'éloquence, 
l'héroïsme  des  premiers  Romains  (y).  Ce  qui  est  fort  re- 
marquable,  c'»6t  l'esprit  aristocratique  qui  paraît  très- 
ancien  chez  les  Italiens.  L'auteur  cherche  à  déterminer  le 
caractère,  des  patriciens  et  du  peuple  romain,  et  plus  en- 
core cette  sorte  d'équilibre  établi  entre  eux,  et  qui  se  con- 
serva toujours  tant  que  dura  la  république.  On  connaît  les 
discussions  de  Machiavel  et  de  Campanella  sur  ce  sujet. 
M.  Bossi  pose  cette  question  :  a  Si  l'on  n'avait  pas  séparé 
les  citoyens  en  classes  distinctes ,  aurait-on  prévenu  leurs 
discordes  ?  »  Mais,  cette  distinction  établissant  une  inégalité 
légale  parmi  les  citoyens,  le  problème  proposé  donnerait 
lieu  à  une  question  plus  générale  :  Pourrait-on ,  et  par  quels 
moyens,  éviter  dans  la  société  politique  l'inégalité  des 
rangs  et  les  agitations  intestines,  résultant  de  l'action  el  de 
la  réaction  des  classes  ainsi  divisées  ? 

L'époque  de  l'invasion  des  Gaulois  et  de  l'incendie  de 
Rome  est,  selon  notre  auteur,  fort  remarquable,  à  cause 

(i)  Liv.  II,  Part,  ii,  ch.  9. 
(2)   Ibid.f   ch.  12. 


ET  POLITIQUES.  8a 

des  changemens  qu'elle  opéra  dans  la  religion ,  la  législa- 
tion ,  le  caractère  et  la  littérature  des  Romains.  Les  guerres 
puniques,  malgré  les  désastres  qu'elles  amenèrent  dans 
l'Italie,  contribuèrent  beaucoup  à  lacivilisationdes  Italiens, 
qui  semblaient  se  dédommager  des  maux  de  la  guerre  et 
de  l'invasion  de  l'étranger  par  les  connaissances  qu'ils  rece- 
vaient de  leurs  ennemis.  Depuis  ce  tems,  tout  s'améliora 
progressivement  à  Rome  et  dans  l'Italie. 

On  trouve  de  l'intérêt  et  quelquefois  des  vues  nouvelles 
dans  les  considérations  que  présente  M.  Bossi  sur  l'art  de 
îa  guerre  chez  les  Romains ,  sur  le  passage  des  Alpes 
exécuté  par  Annibal,  sur  les  relations  des  Romains  avec 
îes  autres  peuples,  sur  l'interprétation  des  prodiges  dont 
îa  politique  ne  manque  pas  ordinairement  de  s'emparer, 
sur  les  institutions  religieuses,  sur  les  premières  comédies» 
sur  la  science  astronomique  de  Cornélius  Galius,  sur  la 
destruction  de  Carthage  et  sur  ses  conséquences,  etc.  (i); 
nous  ne  pouvons  que  îes  indiquer  ù  nos  lecteurs» 

Les  considérations  contenues  dans  le  sixième  volume  sont 
encore  plus  remarc[uables,  entre  autrcstoutes  celles  qui  son6 
relatives  au  caractère  des  grands  personnages  des  derniers 
tems  de  ta  république,  tels  que  César,  Cicéron  ,  An- 
toine, Octave,  Pompée,  Cassius,  Brutus,  etc.  Après  avoir 
rapporté  les  faits  essentiels  qui  les  concernent,  il  pose  et 
discute  les  questions  suivantes:  i^  Que  serait- il  arrivé  ,^ 
si  les  républicains  n'avaient  pas  hasardé  la  bataille  à  Phi- 
Kppes.^  2°  si  Brutus  et  Cassius  avaient  remporté  la  vic- 
toire ?  3°  si,  au  lieu  d'un  peupfe  guerrier  et  faiblement 
instruit,  il  s'^était  formé  à  Rome  un  peuple  d^hommes 
îettrés,  de  philosophes  et  d^artrstes?ou  si  les  Romains,  aïK 
lieu  de  se  livrer  à  îa  guerre  et  à  Ta  conquête  ,  avaient 


(«)  Faj'.  Tora,  lY. 


86  SCIENCES  MORALES 

cultivé  l'industrie  et  le  commerce?  4°  Enfin,  dans  ces  deux 
dernières  hypothèses  ,  Rome  serait-elle  devenue  la  maî- 
tresse du  monde?....  Cette  manière  d'examiner  quel- 
ques époques  importantes  de  l'histoire ,  nous  paraît  ingé- 
nieuse et  philosophique;  mais  nous  préférons,  sous  ce 
rapport,  les  réflexions  ded'Alembert,dans  son  Discours  sur 
l'histoire  et  sur  les  différentes  manières  de  l'écrire  :  Qui 
peut  embrasser  toute  la  chaîne  des  événemens  politiques 
et  de  leurs  circonstances  pour  en  déduire  les  conséquences 
nécessaires  ou  les  plus  probables  ? 

L'auteur,  en  exposant  les  idées  qui  éclaircissent  ces 
problèmes  ,  fait  des  remarques  très  -  judicieuses  sur 
l'état  de  la  politique,  de  la  civilisution,  des  sciences  et  des 
arts,  du  tems  de  la  république  romaine.  Il  détermine  les 
rentables  causes  de  la  chute  de  celte  république  ;  et  même 
il  rectifie  quelques  opinions  de  3Iontesquieu ,  sans  oublier 
ce  que  Machiavel  et  Paruta  avaient  remarqué,  avant  lui, 
sur  le  même  sujet.  Parmi  ces  causes,  il  signale  de  préfé- 
rence les  hommes  qui  ont  exercé  le  plus  d'influence  par 
leur  talent,  par  leur  valeur  et  par  leur  fortune  (i). 

L'auteur,  ainsi  que  Bailly  ,  Dupuis ,  Heeren  et  d'autres , 
sent  la  nécessité  de  supposer  des  époques  d'une  civili- 
sation plus  étendue,  antérieures  aux  époques  historiques 
qui  nous  en  ont  à  peine  conservé  quelques  traces.  D'a- 
près cette  supposition ,  on  a  imaginé  divers  foyers  de  ci- 
vilisation dans  la  Tartarie  ,  dans  la  Chine  ,  dans  le  Thibet, 
dans  les  Indes,  dans  l'Assj-rie,  dans  l'Ethiopie,  dans  les 
régions  les  plus  septentrionales  de  l'Europe.  M.  Bossi 
assigne  aussi  un  de  ces  foyers  en  Italie,  comme  paraissent 
l'indiquer  plusieurs  de  ses  opinions  religieuses  et  de  ses 
institutions  politiques  propres  à  cette  contrée  (a). 

(i)  Chap.  63. 
(î)  Chap.  64. 


ET  POLITIQUES.  8T 

Examinant  l'état  progressif  de  la  littérature  des  Ro- 
mains ,  M.  Bossi  cherche  à  rectifier  les  idées  de  M.  Schœll, 
qui,  véritablement,  ne  sont  pas  très-exactes.  Cet  écrivain 
distingue  trois  périodes  de  la  république  romaine  :  la  pre- 
mière est  celle  de  sa  barbarie,  depuis  la  fondation  de 
Rome  jusqu'à  la  fin  de  la  première  guerre  punique;  la 
seconde,  qui  comprend  la  naissance  de  la  littérature,  s'é- 
tend depuis  la  fin  de  k  guerre  punique  jusqu'à  la  mort  de 
Sjlla;  la  troisième  est  l'âge  d'or  de  la  littérature  ro- 
maine, qui,  selon  M.  Shœll,  ne  dépasse  pas  la  mort  d'Au- 
guste. Les  observations  critiques  de  M.  Bossi ,  à  ce  sujet, 
nous  ont  paru  d'une  grande  justesse  (i). 

Le  66°  chapitre  est  consacré  au  commerce  des  Romains 
et  des  autres  peuples  de  l'Italie,  sous  le  gouvernement  de  la 
république.  L'auteur  profite  beaucoup  du  savant  ouvrage  de 
M.  Mengotti,  qui  a  pour  titre  :  Commcrcio  de"  Romani;  il  y 
ajoute  ses  propres  réflexions.  Mengotti  et  Delfico,  préoc- 
cupés par  leurs  sentimens  philantropiques ,  ont  peut- 
être  un  peu  trop  exagéré  la  dureté  et  l'injustice  des  Ro- 
mains. M.  Bossi,  plus  modéré  ou  moins  partial,  n'a  pu  se 
dispenser  de  rappeler  des  principes  et  des  faits  qui,  du 
tems  de  la  république ,  montrent  les  Romains  tout  autres 
que  ne  les  ont  représentés  ces  écrivains  sévères.  Il  ré- 
prouve aussi  l'opinion  de  Raynal,  qui  ne  reconnaît  d'autre 
commerce  chez  les  Romains  que  celui  des  dépouilles  dea 
peuples  conquis.  Rome ,  ainsi  que  toute  autre  société ,  ne 
pouvait  exister  sans  le  commerce  ,  malgré  sa  rapacité  et  les 
richesses  énormes  qu'elle  enleva  aux  nations. 

L'auteur  conclut,  en  disant  que  Rome  républicain» 
posséda  et  cultiva  la  littérature,  les  arts  et  le  commerce 
qui  pouvaient  se  combiner  le  mieux  avec  l'objet  de  sa  pri- 

(i)  Chap,  65  ,  §.  19  ,  p.  371 . 


SS  SCIENCES   MOKALES 

mitive  destination  et  avec  les  progrès  extraordinaires  de 
sa' grandeur.  M.  Bossi  voit  partout  une  connexion  néces- 
saire de  causes  et  d'effets  entre  toutes  les  institutions  ro- 
maines et  le  résultat  qu'elles  ont  produit,  c'est-à-dire,  l'em- 
pire du  monde  (i). 

'■  Partout  où  l'auteur  expose  ou  rejette  les  opinions  des 
autres ,  il  le  fait  avec  la  plus  grande  modération.  Il  semble 
ne  pas  avoir  conservé  le  même  caractère  ,  lorsqu'il  examine 
les  idées  de  l'abbé  Denina.  Celui-ci  flattait  beaucoup  le 
pouvoir;  ce  qui  lui  fit  émettre  plusieurs  opinions  contraires 
aux  faits  de  l'histoire  et  aux  principes  de  la  saine  raison. 
M.  Bossi,  indigné  de  la  servilité  de  cet  écrivain,  ne  laisse 
échapper  aucune  occasion  de  le  condamner. 

^  ■  L'ouvrage  de  M.  Bossi  contient,  à  la  fin  de  chaque  vo- 
lume, des  notes  destinées  à  éclaircir  quelques  points  d'é- 
rudition indiqués  dans  le  cours  de  l'histoire,  et  surtout  à 
expliquer  quelques  planches  très-utiles  pour  l'intelligence 
de  quelques  faits  ou  de  quelques  usages. 
•  Ainsi  l'auteur  signale  et  rectifie  plusieurs  méprises  chro- 
nologiques, dans  lesquelles  est  tombé  Blair  lui-même.  Il 
a  voulu  combiner  les  lumières  de  la  philosophie  avec  celles 
de  l'érudition  ;  mais  je  n'oserais  pas  décider  qu'il  soit 
aussi  philosophe  qu'érudit.  Peut-être  encore,  désirerait-on 
plus  de  précision  dans  cet  ouvrage,  mais  ce  doute  n'ôte 
ï-icn  à  son  mérite;  et  quand  il  serait  fondé,  Vhistoire  d'I-, 
ialie  n'en  est  pas  moins  digne  des  suffrages  du  public 
«claire,  tant  par  le  sujet  en  lui-même,  que  par  la  manière,^ 
dont  il  est  traité.  C'est  la  seule  histoire  de  ritalic  ancienne* 
et  moderne,  conçue  sur  un  aussi  vaste  plan,  et  entreprise 

et  exécutée  par  le  même  écrivain,  F.  Salfi. 

{\)  Chap.  66,  §.  5,,  p.  jqr, 


ET  POLITIQUES.  89 


'V  W^  \'V\.%  V%V%*.V1/V 


Histoire  de  l'assemblée  constituante  ,  par  M.  Gh. 
Lacbetelle  ,  l'un  des  quarayite  de  l' Académie  fran- 
çaise,  professeur  d' histoire  à  la  faculté  des  lettres 
de  Paris  (i). 

Il  existe,  comme  on  sait,  un  Précis  histoi'igue  de  la 
Hèvolution  française  j  ouvrage  du  vertueux  et  infortuné 
Rabaut  Saint-Etienne.  Ce  livre ,  composé  peu  après  la 
session  de  l'Assemblée  constituante ,  dont  il  embrasse 
l'histoire ,  est  écrit  sous  la  dictée  des  passions  les  plus 
généreuses;  et,  malgré  un  petit  nombre  de  jugemens  que 
les  événemens  postérieurs  ont  appris  à  rectifier,  il  était 
généralement  considéré  comme  l'histoire  la  plus  vraie  et 
même  la  plus  équitable  de  cette  première  époque  de  la 
Révolution  française.  Réimprimé  souvent,  et  une  fois 
aux  frais  de  la  nation ,  il  n'a  pas  cessé  d'être  reproduit 
jusqu'à  ce  jour  par  les  presses  françaises;  aujourd'hui, 
plus  que  jamais,  il  a  de  nombreux  lecteurs.  M.  Ch.  La- 
cretelle  s'en  est  fait  jadis  le  continuateur;  il  publia  suc- 
cessivement Y  Histoire  de  V  Assemblée  législative  ,  de  la 
Convention  et  du  Directoire^  dans  le  même  format,  chez 
les  mêmes  libraires,  dans  les  mêmes  dimensions,  et  enfin 
sous  le  titre  commun  de  Précis  historique  de  la  Révolution 
française,  adopté  pour  ses  récits  successifs,  comme  pour 
celui  de  son  devancier. 

Cependant,  M.  Ch.  Lacretelle  nous  apprend  aujourd'hui 
que  ses  opinions  n'étaient  point  celles  de  Rahaut,  dont 
il  paraissait ,  dit-il,  être  le  continuateur.  C^XiQ  Yi\e\A\.\oi-ï 

(i)  Paris,  Strasbourg  et  Londres ,  Treuttel  et  Wijrtz,  1821  ,  2  vol. 
in-S"  12  fr.— On  a  tiré  des  frontispices  portant  :  Histoire  de  France 
penda?it  te  18'  siècle ,  Tom.  Ml  cl  VIII 


90  SCIENCES  MORALES 

tardive  nous  conduit  à  un  étrange  résultat  ;  savoir,  que 
M.  Ch.  Lacretelle  aura  contribué,  de  toute  la  force  de  son 
talent,  à  seconder  la  propagation  d'opinions  qui  n'étaient 
pas  les  siennes.  Occupé  à  exposer  les  erreurs,  les  crimes 
ou  les  vertus  des  assemblées  qui  suivirent  l'Assemblée 
constituante,  il  n'a  point  eu  l'occasion  de  rectifier  ceux 
des  jugemens  de  son  prédécesseur  qui  pouvaient  lui  pa- 
raître erronés;  et  cependant  il  a  induit  d'innombrables 
lecteurs  à  s'en  laisser  séduire  ,  en  écrivant ,  presque  sur 
les  mêmes  feuilles ,  les  derniers  actes  du  grand  drame , 
dont  Rabaut  n'avait  pu  tracer  que  les  premiers.  Il  a  con- 
tribué, plus  que  personne,  à  populariser  ses  opinions. 
Je  dois  le  dire,  dût  la  modestie  ou  la  conscience  de 
M.  Ch.  Lacretelle  en  être  inquiétée  ,  c'est  dans  le  Précis 
historique  de  MM.  Rabaut  et  Lacretelle  que  presque  tous 
les  jeunes  gens  sortis  du  collège  pendant  la  longue  durée  du 
gouvernement  impérial  venaient,  à  leur  entrée  dans  le 
monde,  apprendre  l'histoire  de  la  Révolution  ;  c'est  laque 
l'ont  apprise  tant  d'ames  généreuses  que  l'Espagne ,  le  Por- 
tugal ,  l'Allemagne ,  la  Grèce  nous  manifestent  chaque  jour. 
C'est  en  très-grande  partie  parce  que  M.  Ch.  Lacretelle  a  pris 
le  soin  de  continuer  l'ouvrage  de  Rabaut,  c'est  parce  qu'il 
a  exécuté  cette  entreprise  avec  talent,  que  celui-ci  a 
obtenu  un  succès  presque  classique,  attesté  par  de  nom- 
breuses éditions;  et,  s'il  m'est  permis  de  l'avouer,  c'est 
à  la  lecture  de  ce  Livre,  tombé  de  bonne  heure  entre  mes 
mains,  que  je  dois  moi-même  ce  sentiment,  composé  de 
respect  et  d'amour,  que  la  mémoire  de  l'Assemblée  cons- 
tituante éveille  dans  mon  cœur,  sentiment  que  je  prie  le 
ciel  de  ne  jamais  laisser  éteindre  ni  refroidir  en  moi , 
quelles  que  soient  les  circonstances. 

Mais  voilà  pourtant  qu'après  avoir  souffert  pendant  tant 
d'années  de  passer  pour  le  continuateur  de  Rabaut,  d'être 


ET  rOLlTIQLES.  91 

simultanément  lu  j  vendu,  broché  et  relié  avec  lui,  M.  Çh. 
Lacretelle  s'avise  de  le  refaire  ;  et  certes,  le  ciel  n'est  pas 
plus  distant  de  l'enfer,  ni  la  lumière  des  ténèbres  ,  que 
les  doctrines  et  les  récits  de  Jean-Pierre  Rabaut  ne  dif- 
fèrent des  doctrines  et  des  récits  de  Charles  Lacretelle. 
Si,  aux  jours  du  Directoire,  alors  que  l'Assemblée  cons- 
tituante était  peut-être  encore  accusée  de  superstition  et 
de  timidité  par  les  puissans   de   l'époque,    on  fût  venu 
signaler  ce  qu'on  appelle  aujourd'hui  ses   égaremens  et 
peut-être  ses  crimes^  il  eût  fallu  combattre  de  telles  opi- 
nions, et  cependant  z'especter  la  noble  indépendance  de 
celui  qui  les  eût  professées.  Il  est  généreux,  lors  même 
qu'on  se  trompe,  de  prêcher  l'ordre  et  la  soumission  aux 
lois  devant  la  démocratie  ,  de  prêcher  la  liberté  devant  la 
monarchie  ;  c'est  là  un  avantage  de  position  dont  jouissent, 
de   nos  jours,   les    défenseurs   des    libertés    publiques, 
avantage  qu'en    diverses   circonstances   ils    ont    regretté 
de  voir  négligé  par  ceux  qui  se  font  aujourd'hui  les  avo- 
cats du  pouvoir.  C'est  ainsi  qu'ils  admirent  l'indignation 
vertueuse  de  M.  de  Lally,  qui  s'écrie,  du  fond  de  l'exil, 
et  après  les  plus  véhémentes    apostrophes    contre  les  dé- 
sordres sanglansdont  la  révolution  de  1789  ne  fut  pas  plus 
exempte  que  d'autres  :  «  Ils  me  proscriront^  ils  confisque- 
ront mes  biens ,   je  labourerai  la  terre  ,  et  je  ne  les  verrai 
plus;  »  et,  lors  même  qu'on  l'entend  nommer  l'Assemblée 
constituante,  ztree  caverne  d'aiitropophages ,  on  trouve  avec 
satisfaction  l'excuse  de  cette  sorte  de  fureur,   indiquée 
quelques  lignes  après   :  «C'est  ù  l'indignation,   c'est  à 
l'horreur,   c'est    aux  convulsions  physiques  que  le  seul 
aspect  du  sang  me  fait  éprouver,  que  j'ai  cédé.  »  Tout  cela , 
dans    la  circonstance,   était  bien;    c^était ,   à   quelques 
égards,  grand  et  honorable  ;  c'était  l'expression  du  dé- 
sespoir de  voir  souillée  par  le  sang  cette  liberté  tant  aimée , 


92  SCIENCES  MORALES 

et  l'on  n'est  point  surpris  de  retrouver  plus  tard  le  même 
homme,  quand  la  force  est  retournée  au  pouvoir,  jeter 
quelquefois  des  regards  d'inquiétude  sur  cette  même 
liberté  ,  premier  objet  de  son  culte.  Le  sang  avait  coulé 
dans  les  mouvemens  populaires;  et  ce  crime  est  du 
nombre  de  ceux  qui  ne  permettent  plus  à  Tliomme  juste 
de  respirer  tranquille  sur  la  terre ,  jusqu^à  ce  que  le  pou- 
voir qui  protège  la  société  ait  au  moins  désavoué  et  flétri 
les  assassins.  Oui  sans  doute,  il  fallait,  en  89,  attaquer 
et  poursuivre  les  monstres  qui  souillèrent  le  lA  juillet; 
avec  Bailly,  il  fallait  tomber  à  genoux  devant  une  popu- 
lace effrénée,  pour  lui  épargner  le  crime;  avec  M.  de  La- 
fayelte ,  il  fallait  couvrir  Foulon  de  son  corps  ;  et ,  au 
risque  d'être  accusé  de  connivence  avec  l'infortuné,  il 
fallait  s'écrier  avec  le  vertueux  chef  de  la  garde  nationale  : 
«  Que  diront  vos  ennemis,  si  vous  commettez  un  si  lâche 
attentat;  respect  à  la  loi,  ne  prévenez  pas  le  glaive  de  la 
justice.  »  Mais  plus  tard,  comme  on  en  a  vu  des  exemples, 
n'était-ce  pas  ,  de  la  part  de  quelques  hommes,  une  basse 
et  cruelle  déclamation  de  s'apitoyer  sur  les  cendres  refroidies 
de  Berthier  et  de  Foulon ,  quand  le  sangde  Brune,  de  Ramel 
et  des  malheureux]Nîmois  fumait  encore? 

Ainsi,  pour  passer  à  un  sujet  moins  odieux,  comment 
expliquer  la  conduite  de  l'historien  qui ,  sous  le  Directoire , 
se  fait  le  continuateur  de  Rabaut,  et  qui  dresse  aujourd'hui 
contre  l'Assemblée  constituante  un  acte  d'accusation  pas- 
sionné, alors  que  le  pouvoir  qu'elle  avait  modifié  a  recou- 
vré plus  de  prépondérance  qu'il  n'en  eut  jamais  ;  alors 
que  les  rois 'de  l'Europe  forment  avec  leurs  soldats  une 
ligne  fonnidable,  qui  semblerait  devoir  rassurer  les  plus 
timides  contre  les  invasions  de  l'anarchie;  alors  que  tous 
les  hommes,  à  qui  les  principes  de  la  Révolution  et  de  la 
liberté  sont  chers,   se  trouvent,  dans  beaucoup  de  pays, 


ET  POLITIQUES.  93 

exhérédés  de  toute  participation  aux  affaires  publiques. 
Telle  est  pourtant  la  tâche  que  M.  Ch.  Lacretelle  s'est 
imposée  et  qu'il  veut  poursuivre;  car  il  annonce  qu'il  se 
propose  de  développer  son  Précis  historique  de  la  Réuolu- 
tion  !  Quand  on  a  lu  son  Histoire  de  l'Assemblée  consti- 
tuante ,  il  est  aisé  de  pressentir  quels  seront  ces  dévelop- 
pemens.  Pour  nous,  au  milieu  des  étranges  vicissitudes 
dont  nous  sommes  témoins,  ne  perdons  pas  de  vue  que 
le  premier  caractère  des  hommes  qui  prétendent  ù  quel- 
que valeur  chez  les  peuples  éclairés,  c'est  la  fixité  d'opi- 
nion et  la  fidélité  politique. 

Ce  n'est  pas,  j'en  conviens,  sans  quelque  émotion,  que 
je  parle  de  ce  Livre  ;  je  le  crois  destiné  à  produire  beau- 
coup de  mal,  à  égarer  bien  des  esprits,  à  pervertir  une 
foule  de  jugemens.  L'historien  est  un  écrivain  d'un  mérite 
éminent;  son  sujet  excite  vivement  l'attention;  ses  récits 
sont  tissus  avec  habileté,  ils  sont  colorés  avec  art.  II  est 
difficile  de  classer  l'histoire  avec  plus  de  méthode,  de 
grouper  les  faits  avec  plus  de  lucidité,  de  semer  la  nar- 
ration avec  plus  d'à-propos,  d'anecdotes  et  de  réflexions. 
Une  fausse  couleur  d'esprit  philosophique,  des  paroles 
de  modération  ,  des  sentimens  de  moralité  viennent 
encore  ajouter  au  prestige.  Pourquoi  faut-il  que  l'injus- 
tice et  l'erreur  ne  se  tiennent  pas  satisfaites  de  la  force 
physique  qu'elles  opposent  souvent  avec  trop  de  succès  à 
l'ordre  et  à  la  justice  ?  pourquoi  faut-il  qu'elles  usurpent 
jusqu'à  cette  force  intellectuelle  et  morale,  dont  l'ascen- 
dant est  si  doux,  et  néanmoins  presque  irrésistible? 
Que  peut  une  feuille  légère  contre  un  ouvrage  historique, 
appuyé  d'un  nom  honoré,  et  qui  caresse  tant  de  préémi- 
nences, d'autant  plus  ombrageuses  qu'elles  sont  vivement 
contestées,  tant  d'intérêts  alarmés,  moins  par  les  attaques 


SA  SCIENCES  MOKALES 

auxquelles  ils  sont  en  butte,  que  par  le  sentiment  profond 
de  leur  faiblesse  intrinsèque  et  de  leur  illégitimité  réelle? 
Fidèle  au  système  de  rendre  notre  Révolution  odieuse, 
et  de  faire  de  l'Assemblée  constituante  un  objet  de  haine , 
et  quelquefois  de  mépris,  M.  Ch,  Lacretelle  s'appesantit, 
avec  une  douloureuse  habileté,  sur  le  tableau  des  crimes 
qui  affligèrent  de  bonne  heure  les  amis  de  la  liberté  et 
qui  réjouirent  ses  ennemis.  Maudissons  avec  lui  ces  crimes, 
c'est  le  meilleur  mojen  d'en  absoudre  les  hommes  irré- 
prochables qu'on  veut  en  accuser.  La  violence  est  quel- 
que chose  de  si  naturellement  injuste ,  qu'elle  ne  cesse 
pas  de  l'être,  lors  même  qu'elle  est  employée  en  faveur 
de  la  justice.  Toutefois,  dans  l'appréciation  des  faits,  il 
ne  faut  pas  perdre  de  vue  les  circonstances  accessoires  qui 
les  déterminent;  ainsi,  par  exemple,  si,  le  i4  juillet^  le 
peuple  de  Paris  en  appela  à  la  force ,  il  faut  remarquer 
qu'un  vaste  appareil  militaire  était  déployé  autour  de  lui, 
et  que  la  représentation  nationale  ,  reconquise  après  tant 
d'années  d'interdiction,  et  objet  de  l'enthousiasme  le 
mieux  mérité,  se  voyait  menacée  d'être  dissoute.  Un  parti 
hétérogène  à  la  Révolution  vint  d'ailleurs  se  jeter  à  la 
traverse  pour  la  détourner  à  son  profit.  Ce  parti,  que  je 
ne  veux  point  nommer  par  son  nom ,  parce  que  ce  nom 
ne  lui  convient  plus  aujourd'hui,  mais  dont  les  sectaires 
de  tems  en  tems  recrutés  existent  toujours  autour  du  pou- 
voir, quel  qu'il  soit,  sans  autre  détermination  fixe  que  de 
^'associer  à  ses  triomphes  ou  d'hériter  de  ses  dépouilles  ; 
ce  parti  doit  supporter  la  meilleure  part  des  malédictions 
que  beaucoup  de  personnes  vertueuses  adressent  inconsi- 
dérément à  la  Révolution.  Il  se  compose  de  ces  hommes 
immoraux  qui  spéculent  tantôt  sur  l'enthousiasme  et  tan- 
tôt sur  la  vertu  ,  cœurs  froids,  esprits  ambitieux,  carac-. 


ET  POLITIQUES.  â5 

ière3  profondément  dissimulés,  qui  n'admettent  d'autre 
morale  en  politique  que  leurs  calculs,  et  qui  opèrent  sur 
l'espèce  humaine  comme  sur  la  matière  inerte.  Ce  parti 
conspira  pour  la  Révolution,  quand  toute  la  France  y  tra- 
vaillait ouvertement;  il  s'empara  de  tous  les  principes 
justes,  de  toutes  les  idées  grandes  et  généreuses;  il  se 
glissa  parmi  les  hommes  de  bonne  foi;  il  recruta  jusque 
parmi  les  scélérats  ;  il  ameuta  la  populace  ,  et,  survivant 
à  la  mort  de  ses  premiers  adeptes,  on  le  vit  successive- 
ment se  vendre  à  l'étranger,  faire  avorter  parmi  nous  la 
monarchie  constitutionnelle  et  la  république,  et  contri- 
buer puissamment  à  élever  et  à  soutenir  le  trône  de  Bona- 
parte, fondé  essentiellement  sur  la  satisfaction  de  toutes 
les  passions  vicieuses  et  de  tous  les  intérêts  injustes  de 
l'ancienne  et  de  la  nouvelle  France.  Comment  expli- 
quer différemment  les  écarts  d'une  révolution,  si  pure 
dans  ses  principes,  si  nécessaire  dans  ses  causes,  invo- 
quée par  tous  les  hommes  probes  et  éclairés  de  la  na- 
tion, applaudie  à  sa  naissance  par  l'Europe  entière, 
et  que  le  seul  vœu  populaire ,  sans  l'intervention  d'au- 
cune force  militaire,  et  malgré  l'emploi  de  ces  mêmes 
forces ,  avait  su  effectuer? 

D'ailleurs,  beaucoup  d'événemens  postérieurs  ont  trop 
prouvé  que  les  excès  sanglans  ne  sont  point  l'apanage  exclu- 
sif d'un  parti.  Les  troubles  deMontauban,  en  mai  1790,  les 
nombreux  assassinats  commis  dans  le  midi  par  les  compa- 
gnies de  Jésus  et  du  Soleil,  vers  i/gS,  et  des  crimes  plus 
récens,  attestent  qu'il  ne  manquait  que  la  victoire  à  l'autre 
parti  pour  égaler  ses  victimes  à  celles  du  parti  contraire.  Les 
passions  humaines  portées  àl'extrème  degré  produisent  mal- 
heureusement partout  les  mêmes  calamités ,  n'importe 
quelle  en  soit  la  cause.  N'en  accusons  point  la  Révolution;  car 
il  est  bien  remarquable,  au  contraire,  que  les  hommes  qui  la 


M  SCIENCES  MORALES 

faisaient  dans  l'Assemblée  constituante  désavouèrent  éner-* 
giquenient  les  excès  dont  elle  fournit  le  prétexte.  Ses  en- 
nemis n'ont  pas  toujours  profité  de  cet  exemple  ;  ils  n'ont 
pas  toujours  accordé  à  la  victime  la  consolation  de  désavouer 
et  de  pleurer  sa  mort.  On  n'avait  pas  encore  ,  dans  les 
premiers  jours  de  la  Révolution ,  l'expérience  des  excès 
auxquels  s'abandonne  la  fureur  populaire.  Comme,  dans  la 
monarchie,  on  perd  la  faveur  en  résistant  aux  volontés  in- 
justes du  maître;  ainsi,  dans  les  gouvernemens  démocra- 
tiques ,  on  perd  la  popularité ,  en  résistant  aux  volontés 
injustes  du  peuple.  Dans  l'un  comme  dans  l'autre  état,  la 
vertu  prescrit  de  sacrifier  au  devoir  la  faveur  ou  la  popu- 
larité. Ainsi,  l'Assemblée  constituante  est  coupable  d'avoir 
passé  à  l'ordre  du  jour  sur  les  meurtres  de  Berthier  et  de 
Foulon;  mais  du  moins  elle  ne  fut  coupable  que  d'inaction  : 
elle  ne  voulut  point  sauver  les  assassins,  en  niant  l'assas- 
sinat; elle  n'a  point  rappelé  à  l'ordre  celui  qui  vint  à  la  tri- 
bune implorer  la  justice  publique. 

Les  réformes  opérées  par  l'Assemblée  constituante  ne 
trouvent  pas  plus  de  grâce  aux  yeux  de  son  historien ,  que 
les  institutions  qu'elle  avait  créées.  Sa  censure  atteint  même 
des  objet»  que  le  consentement  unanime  des  hommes  les 
plus  modérés  semblait  devoir  en  garantir;  par  exemple,  la 
suppression  de  la  vénalité  des  charges  judiciaires  et  d'autres 
emplois.  Il  faut  cependant  lui  rendre  justice  en  un  point  ; 
il  applaudit  à  la  suppression  de  la  potence ,  et  de  nos  jours 
c'est  bien  quelque  chose  ;  car  nous  avons  entendu  naguère 
donner ,  à  la  tribune  ,  des  regrets  à  ce  genre  de  sup- 
plice. 

Un  objet  plus  contesté,  c'est  le  mérite  et  la  légitimité  de 
l'institution  de  la  noblesse.  Notre  charte  l'ayant  maintenue 
en  France,  il  est  interdit  de  la  discuter;  on  ne  pourrait 
l'attaquer  sans  péril,  et  dès-lors  il  est  évident  que  l'appro- 


KT  POLITIQUES.  97 

halion  qu'on  pourrait  lui    accorder,   privée   de  liberté 
n'aurait  aucune  valeur.  Les  institutions  peuvent  se  fonder 
ou  sur  la  conviction  des  esprits,  née  de  la  discussion,  ou 
sur  la  sanction  des  lois  pénales.  Il  est  clair  que,  dans  l'état 
présent  des  choses,  les  partisans  de  l'institution  de  la  no- 
blesse pourraient  opposer  à  ses  adversaires  ce  dernier  argu- 
ment, auquel,  pour  le  moment,  je  ne  connais  pas  de  ré- 
plique. Il  est  aisé  de  concevoir  que  M.  Ch.   Lacrelelle  ne 
voit  pas  avec  calme  l'Assemblée  constituante  prononcer  l'a- 
bolition de  la  noblesse;  je  pense  comme  lui  que  la  pré- 
sence ou  l'absence  de  cette  institution  altère  l'essence  du 
corps  social.-Son  existence,  seulement  nominale  dans  les 
lois,  est,  selon  moi,  d'une  immense  con-séquence  ,  ne  se- 
rait-ce que  parla  somme  de  vanités  qu'elle  blesse  ou  qu'elle 
console.  C'est  un  point  sur  lequel  je  tomberais  d'accord  avec 
ceux  dont  je  pourrais  appréhender  une  entière  dissidence 
sur  le  fonds  de  la  question.  Je  me  permettrai  de  blâmer 
ceux-là  seulement,  qui  ont  pu  croire  que  c'était  une  chose 
de  peu  de  conséquence,  qu'une  noblesse  à  laquelle  la  loi  fon- 
damentale accorde  des  rangs  et  des  honneurs.  Parmi  les 
nobles   qui  concoururent    efficacement  à  la  suppression 
de  la   noblesse   dans  l'Assemblée  constituante,  l'auteur 
distingue  M.  de    la   Fayette,   M.    Charles    de    Lameth  , 
M.  le   Pelletier    de    Saint-Fargeau  ,    M.    le   vicomte  de 
Noailles  et  M.  le  vicomte  Mathieu  de  Montmorency,   qui 
demanda   la    suppression   des  armoiries.  Cette   dernière 
partie  du  décret  d'abolition  de  la  noblesse  me  paraîtrait, 
plus  qu'aucune  autre,   susceptible  de  contradiction.  Le» 
armoiries  sont  pour  les  particuliers  ce  que  sont  les  sceaux 
pour  les  établissemens  publics  ou  pour  les  corporations; 
elles  sont  utiles,  comme  les  noms  propres,  à  la  distinction 
des  familles.  Je  ne   saurais  apercevoir  quel  principe  ou 
même  quel  amour-propre  elles  peuvent  blesser. 
TOMK   XI.  7 


<^8  SCIENCES  MORALES 

M.  Ch.  Lacrelelle  assure  que,  depuis  flus  de  vingt-cinq 
ans  ^  tous  les  publicistes  s'accordaient  à  parler  apec  un 
égal  mépris  de  la  constitution  de  i'j()i.  Je  conteste  d'abord 
l'exactitude  de  l'expression  ;  les  œuvres  de  l'Assemblée 
constituante  ont  bien  rencontré  de  la  haine  ;  du  mépris , 
jamais.  Je  suppose  d'ailleurs  que  quelqu'un  eût  touIu 
prendre  la  défense  de  la  constitution  de  1791?  quand 
aurait-il  pu  Je  faire  depuis  vingt-cinq  ans?  était-ce  sous  l'é- 
pouvantable régitue  de  1793?  était-ce  sous  le  Directoire? 
Mais  on  possédait  alors  quelque  chose  de  plus  que  la  cons- 
titution de  1791  ;  et  réclamer  celle-ci  à  cette  époque,  c'eût 
été  implicitement  provoquer  la  destruction  de  ce  qu'on 
possédait.  Était-ce  sous  le  consulat?  était-ce  sous  l'empire? 
Mais  il  y  avait  alors  impossibilité  matérielle  d'écrire  sur  les 
objets  politiques;  la  liberté  de  la  presse  était  bornée  à  louer 
la  perfection  de  tout  ce  que  faisait  et  défaisait  le  despo- 
tisme. M.  Ch.  Lacretelle  a  donc  tort  de  s'étonner  que  la 
constitution  de  1791  n'ait  trouvé  qu'assez  récemment  des 
protecteurs  ou  des  défenseurs;  il  était  dans  la  nature  des 
choses  qu'ils  n'apparussent  pas  plus  tôt. 

Une  des  parties  que  l'auteur  attaque  avec  le  plus  d'a- 
mertume dans  la  constitution  de  1791 ,  c'est  la.  déclaration 
des  droits;  il  la  considère  comme  la  source  féconde  et  uni- 
verselle des  fausses  doctrines,  qui  ont  produit  les  malheurs 
de  la  Révolution.  Parmi  les  objections  qu'il  s'adresse,  on 
remarque  celle  de  l'adoption  d'une  pareille  déclaration  par 
les  Etats-Unis  d'Amérique,  renfermant  les  mêmes  dispo- 
sitions et  conçue  presque  dans  les  mêmes  termes.  Au 
nombre  des  réponses  qu'il  se  fait,  j'en  relèverai  deux  qui 
m'ont  paru  basées  sur  des  erreurs  évidentes.  —  Une  société 
jeune,  dit-il,  p^ji^  s^  régir  par  des  principes  fort  diffèrens 
de  ceux  qui  sont  nècessaii'es  aux  sociétés  anciennes.  — Mais 
personne  n'ignore  que  la  société  qui  forme  les   Étals  de 


ET  POLITIQUES.  99 

rAmérique  du  nord  est  tout  aussi  vieille  que  celle  de  la 
mère-patrie,  dont  elle  est  une  émanation,  contemporaine 
par  conséquent  de  la  société  française.  Les  Anglais  des 
Etats-Unis  sont  les  mêmes  que  le  peuple  de  la  Grande-Bre- 
tagne ;  ils  ont  conservé  son  langage,  ses  mœurs,  ses  habi- 
tudes physiques  et  religieuses  ,  son  caractère,  et  même  en 

partie   ses   institutions  municipales  et  judiciaires. Un 

peuple  de  cultivateurs  ou  de  commerçans  d'une  exti  ém-j  ac- 
tivité ^à\l  ailleurs  M.  Ch.  Lacretelle  ,  n'abonde  pas  en  spé- 
culateurs oisifs,  en  sophistes  dangeieux. — L'existence  et  la 
multiplicité,  chaque  jour  croissante  aux  États-Unis,  des 
sectes  religieuses  les  plus  livrées  aux  idées  abstraites  et  spé- 
culatives ,  démentent  celte  assertion.  On  sait  que  nulle  part 
on  ne  publie  un  plus  grand  nombre  de  journaux  politiques, 
et  que,  dans  aucun  pays,  ils  ne  pénètrent  plus  avant  dans 
les  dernières  classes  de  la  société. 

J'ai  voulu  répondre  seulement  à  ces  deux  objections, 
parce  qu'il  m'a  semblé  les  reconnaître  parmi  les  paradoxes 
qui,  malgré  l'évidence  des  faits,  sont  reproduits  chaque 
jour  avec  assurance  dans  les  livres  et  dans  les  discours.  Je 
n'essaierai  pas  de  pousser  plus  loin  une  réfutation  qui  ne 
peut  se  compléter  ici.  Quel  moyen  d'ailleurs  de  s'entendre 
avec  l'homme,  assez  aveuglé  par  son  nouveau  symbole,  pour 
trouver  dans  le  préambule  de  la  déclaration  des  droits  une 
parodie  profane,  impie  et  séditieuse  de  F  évangile  ?  Assuré- 
ment c'est  bien,  je  pense,  la  dernière  chose  qu'on  se  serait 
avisé  d'y  découvrir. 

Je  ne  sais  si  je  m'abuse;  mais,  quelles  que  soient  les 
préventions  de  l'historien,  il  me  semble  que,  même  après 
ses  récits  et  sans  doute  contre  ses  intentions,'  l'Assemblée 
constituante  se  présente  encore  à  l'imagination  du  lecteur 
sous  un  aspect  grandiose,  rayonnante  d'une  gloire  pure 

7* 


100  SCIENCES  MORALES 

et  embaumée  d'un  parfum  de  verlu.  Ce  nom  de  la  Fayette, 
qui  vient  se  placer  «i  souvent,  accompagné  de  reproches, 
sous  la  plume  de  l'historien,  est  pourtant  mêlé  sans  cesse 
à  quelque  dévouement  plein  d'abnégation ,  tantôt  aux  li- 
bertés publiques ,  tantôt  à  la  personne  de  Louis  XVI  ;  et 
peut-être  qu'un  lecteur,  impatienté  des  épithètes  de  l'his- 
torien ,  pourrait  s'écrier:  ]VIais  voilà  un  criminel  qui  n'ap- 
paraît que  pour  commettre  des  actions  vertueuses  !  La 
manifestation  du  Lù're  rouge  révèle  que  la  mère  de  MM.  de 
Lameth  avait  reçu  60,000  francs  de  la  cour  pour  l'édu- 
cation de  ses  enfans;  et  voilà  que  les  deux  courtisans ,  de- 
venus tribuns  j  prirent  le  parti  défaire  remettre  cette  somme 
au  trésor  royal.  Vous  cro^'ez  peut-être  que  c'est  là  un  trait 
de  probité  politique  ;  selon  notre  historien ,  c'est  de  l'in- 
gratitude. Celle-ci  du  moins  n'est  pas  contagieuse  ;  en 
voici  tout  aussitôt  une  preuve  en  chiffres;  je  la  trouve  dans 
le  budjet  de  l'année  1790  arrêté  par  l'Assemblée  consti- 
tuante. Les  divers  impôts  réunis  élevèrent  les  recettes  à 
six  cent  trente  millions,  les  dépenses  à  six  cent  quarante- 
cinq  millions.  Trente  ans  après,  en  1821 ,  le  ministre  des 
finances  présente  à  la  chambre  des  députés  le  tableau  de 
l'exercice  de  l'année  courante:  Recettes,,  huit  cent  quatre- 
vingt-huit  millions  ;  dépenses,  huit  cent  quatre-vingt-deux 
millions.  On  voit  que  nous  nous  sommes  corrigés  de  cet 
esprit  d'ingratitude  reproché  à  MM.  de  Lameth;  mais  il 
nous  en  coûte  un  sacrifice  annuel  d'environ  deux  cent 
cinquante  millions. 

Nous  nous  sommes  expliqués  assez  franchement  sur  le 
talent  de  M.  Ch.  Lacretelle.  Nous  avons  dit  qu'il  en  dé- 
ploie ici  beaucoup  trop  au  service  d'une  cause  que  nous 
croyons  injuste;  ce  talent  brille  principalement  dans  l'art 
de  tracer  des  portraits;  le  tableau  de  l'Assemblée  consti- 


ET  POLITIQUES.  lOi 

tuante  tout  entière  en  olWe  une  galerie  d'autant  plus 
précieuse,  que  plusieurs  n'ont  pu  être  saisis  que  par  uu 
témoin  oculaire.  Nous  avons  remarqué  un  petit  nombre 
d'inexactitudes  échappées  à  une  rédaction  rapide  ou  trou- 
blée par  l'esprk  de  système.  M.  Ch.  Lacx'etelle  parle  d'é- 
tangs battus  par  les  vassaux  j  pour  procurer  à  des  sei- 
gneurs voluptueux  le  plaisir  d'entendre  la  musique  des 
grenouilles.  C'est  ici  une  distraction  assez  plaisante  de 
l'historien;  car,  si  des  seigneurs  voluptueux  ont  jamais 
fait  battre  des  étangs  par  leurs  vassaux,  c'est  bien  cer- 
tainement pour  avoir  le  plaisir  de  ne  pas  entendre  la  mu/- 
sique  des  grenouilles,  dont  le  coassement  importun  cesse 
au  mdmdre  bruit.  Ailleurs ,  M.  Ch.  Lacretelle  dit  que  So- 
phie Lemonnîer,  abandonnée  par  Mirabeau,  se  donna  la 
mort;  il  est  vrai  que  cette  femme  s'asphyxia  volontaire- 
ment avec  du  charbon,  mais  ce  fut  pour  un  autre  amant 
que  Mirabeau. 

Mais  U  est  une  distraction  bien  plus  grave  que  je  re- 
procherai à  M.  Ch.  Lacretelle;  c'est  d'avoir  réimprimé, 
dans  ses  ipïèces  Justificatives  _,  la  lettre  de  M.  de  Bouille  à 
l'Assemblée  constituante,  écrite  après  le  voyage  du  roi  à 
Varennes.  On  y  lit  ces  passages  :  «  Un  peuple  que  vous 
avez  rendu  féroce  et  sanguinaire,  et  qui  est  devenu  l'objet 
du  mépris  de  l'univers  ».  (Il  s'agit  du  peuple  français),.,. 
...c'est  ainsi  que  doit  parler  un  homme  qui  n'a  plus  pout 
vous  et  pour  le  peu'Jjle  antropophagc,  que  vous  avez  enivré  de 
crimes,  que  du  mépris,  de  l'indignation  et  de  l'horreur... 
...avant  peu,  H  ne  restera  pas  pierre  sur  pierre  à  Paris- 
(  Eclats  de  rire  dans  l'asseinhlèe.^  je  connais  les  che- 
mins ,  j'y  guiderai  les  armées  étrangères,  etc —  »  ;  et  c'est 
là  ce  que  M.  Ch.  Lacretelle  appelle  une  ^'xict  justificative. 
Mais  qui  donc  doit-elle  justifier  cette  pièce  étrange  ?  ce 
ii'est  pas  au  moins  ceux  pour  qui  vient  de  plarder  l'histo- 
rien. En  vérilé  ,  la  distraction  est  Uop  forte.      K-.  Maevi. 


LITTERATURE. 

Histoire  de  la  tie  et  des  ouvrages  de  J.  J.  Rousseau  , 
composée  de  docuinens  autlientiques ,  et  dont  une 
partie  est  restée  Inconnue  jusqu'à  ce  jour;  d'une 
biographie  de  ses  contemporains  considérés  dans 
leurs  rapports  avec  cet  hom^tne  célèbre  ,  suivie  de 
lettres  inédites  (i). 

N.  B.  Deux  articles,  faits  par  deux  de  nos  collabora- 
teurs, nous  sont  parvenus  à  la  fois  sur  cet  ouvrage  :  chacun 
des  rédacteurs  de  ces  articles  a  rendu  compte  des  impres- 
sions qu'il  a  reçues  en  le  lisant.  Nous  avons  cru  pouvoir 
les  admettre  tous  les  deux,  vu  qu'ils  sont  d'un  égal  intérêt 
et  d'une  médiocre  étendue.  Nos  lecteurs  pourront  les  com- 
parer, et  adopter,  entre  les  jugemens  des  deux  rappor- 
teurs, dont  le  second  est  plus  favorable  à  Rousseau,  celui 
qui  leur  paraîtra  mériter  la  préférence. 


C'est  un  usage  assez  commun,  en  Angleterre,  de  pu- 
blier des  mémoires  biographiques  et  littéraires  sur  les 
grands  écrivains.  Cet  usage  pourrait  être  suivi  sans  incon- 
rénient  en  France.  Au  lieu  de  s'astreindre  à  la  régularité  d'une 
composition  historique  ou  d'un  éloge,  il  admet  des  di- 
gressions, des  citations,  des  détails  minutieux  en  appa- 
rence, mais  utiles  au  but  qu'on  se  propose.  Enfin,  il  faut 
considérer  ces  mémoires  biographiques ,  non  pas  comme 
l'histoire  complète  de  la  vie  des  personnages  qui  en  sont 
le  sujet,  mais  comme  un  recueil  de  matériaux,  comparés 
et  éclaircis. 

(i)  Paris,  1821,  2  vol.  in-8»,  en  tout  loSS pages.  Prix  ,  10  francs. 
J.  J.  Paschoud,  L.  Colas,  libraires.  —  L'auteur,  M.  V.  D.  Musset 
Pathay,  n'a  point  mis  son  nom  en  tète  de  Touviagc,  mais  s'est 
nommé  à  la  fin  de  l'introduction. 


LITTERATIKE.  10.5 

De  ce  genre  est  à  peu  près  l'ouvrage  que  M.  de  Musset 
vient  de  publier  sur  J.  J.  Rousseau.  L'auteur,  n'ayant 
voulu  rédiger  qu'un  travail  qui  pfit,  en  quelque  sorte,  servir 
de  commentaire  aux  Confessions  et  ù  l'histoire  du  philo- 
sophe de  Genève,  a  été  dispensé,  par  l'existence  même 
des  Confessions ,  de  raconter  en  détail  la  vie  de  Rousseau  ; 
mais  il  en  a  fait  l'analyse.  Il  a  commenté  les  actions  qui 
ont  donné  lieu  à  divers  jugemens  ;  il  les  a  éclaircies,  jus- 
tifiées  ou  excusées  par  les  témoignages  des  contemporains 
qui  ont  connu  Rousseau ,  et  qui  ont  écrit  sur  leurs  rela- 
tions avec  lui.  M.  de  Musset  a  examiné  la  conduite  de  ces 
contemporains  même  ,  et  a  tâché  d'apprécier  la  moralité 
de  leurs  témoignages.  Il  entreprend  de  réfuter  une  foule 
d'imputations  auxquelles  leurs  noms  ont  donné  beaucoup 
de  poids,  et  qui  se  sont  accréditées,  comme  tant  de  chose* 
s'accréditent  dans  le  monde,  parce  que  personne  ne  se 
donne  la  peine  de  les  examiner  à  fond,  et  que  tout  le 
monde  trouve  plus  commode  d'adopter  des  opinions  toutes^ 
faites. 

Il  est  toujours  honorable  de  défendre  un  grand  homme 
contre  les  accusations  de  ses  ennemis,  surtout  lorsqu'il 
n'est  plus  là  pour  se  justifier.  Rousseau  a  peut-être  été  en 
butte  à  ces  accusations  plus  que  d'autres  grands  écrivains  ; 
et,  ce  qui  rendait  sa  position  plus  fâcheuse ,  il  avait  contre 
lui  une  foule  de  gens  en  crédit,  d'hommes  riches  et  puis- 
sans,  contre  lesquels  il  aurait  essayé  en  vain  de  lutter:  s'il 
n'avait  pas  pris  soin  lui-même  de  faire  l'aveu  de  ses  action» , 
qui  sait  sous  quelles  couleurs  affreuses  son  portrait  serait 
passé  à  la  postérité  ? 

Ce  qui,  à  mon  avis,  fait  la  plus  grande  gloire  de  Rous- 
seau, c'est  d'avoir  eu  la  force  d'ame  de  rompre  ouverte- 
ment avec  les  vices  de  son  siècle ,  de  se  soustraire  au  joug 
honteux  de  ce  qu'on  appelait  faussement  les  convenances 


lOA  LITTÉRATLRE. 

sociales,  de  revenir,  en  morale  comme  en  politique,  aux 
lois  si  simples  de  la  nature,  et  de  prouver,  par  son 
exemple,  qu'il  n'est  pas  impossible  de  briser  des  liens  que 
des  abus  invétérés  avaient  seuls  affermis. 

C'est  en  cela  que  Rousseau  me  paraît  infiniment  supé- 
rieur à  Voltaire.  Celui-ci  voyait,  comme  Rousseau,  la 
corruption  toujours  croissante  des  mœurs,  sous  un  règne 
qui  ne  faisait  qu'ajouter  à  l'héritage  de  la  cour  de 
Louis  XIV  et  de  la  régence;  il  ne  pouvait  se  dissimuler 
les  abus  intolérables  qui  s'étaient  introduits  dans  la  so- 
ciété; il  les  signalait  arec  le  zèle  le  plus  constant  et  le 
talent  le  plus  flexible  :  mais  Voltaire  n'eut  point  le  courage 
de  s'opposer  ouvertement  aux  grands  qui  donnaient  l'exerh- 
ple  de  la  corruption  et  de  l'abus  de  l'autorité  ;  jamais  il 
n'aurait  osé  proposer  la  réforme  entière  de  l'état  social. 
Voyez  comme  il  flatte,  dans  sa  correspondance,  un  ma- 
réchal de  France;  comme  il  plaisante  sur  les  débauches  de 
ce  séducteur  dangereux,  qui  se  faisait  un  jeu  de  répandre 
le  trouble  et  le  scandale  dans  les  familles  honnêtes,  et 
dont  on  voit  la  conduite  signalée  avec  la  plus  noble  indi- 
gnation dans  une  foule  d'écrits,  qui,  au  commencement 
de  la  révolution,  exposèrent  au  peuple  tous  les  désordres 
dont  il  avait  été  victime,  et  qui  avaient  amené  la  dissolu- 
tion du  corps  social.  Jamais  Rousseau  n'a  cédé  à  la  puis- 
sance des  noms  et  du  crédit;  jamais  il  n'a  flatté  les  vices 
des  grands;  il  leur  a  parlé,  au  contraire,  avec  plus  de 
franchise  et  de  sévérité  qu'à  ses  égaux,  et  la  crainte  de 
leur  déplaire  n'a  pas  un  instant  arrêté  sa  plume.  Rousseau 
est  peut-être  le  seul  écrivain  qui  ait  su  se  détacher  de  toutes 
les  considérations  personnelles,  et  suivre  uniquement  les 
inspirations  de  sa  conscience- 
Quelle  humiliation  pour  l'esprit  humain,  qu'un  écrivain 
si  grand,  quand  il  s'érige  en  réformateur,  et  par  conséquent 


LITTÉRATURE.  105 

en  bienfaiteur  de  la  société  entière,  redevienne  si  petit 
dans  ses  relations  journalières  avec  les  individus  !  On  est 
honteux  de  ce  contraste  frappant,  que  l'on  retrouve  dans 
tout  le  cours  de  la  vie  de  Rousseau.  Si  l'on  excepte  un 
petit  nombre  de  personnes  qu'il  a  toujours  respectées,  il 
s'est  brouillé  avec  tous  ceux  qui  ont  eu  des  relations  in- 
times avec  lui;  et,  à  force  de  ne  voir  que  des  ennemis 
dans  ceux  qui  l'entouraient,    son   imagination  ardente, 
troublée  par  la  faiblesse  de  sa  constitution ,  a  fini  par  se 
persuader  que  tout  le  genre  humain  était  conjuré  contre 
lui.  La  méfiance  et  l'insociabilité  n'ont  jamais  porté  des 
fruits  plus  amers;  et  la  vie  la  plus  déplorable  a  puni  sévère- 
ment Rousseau  de  sa  conduite  farouche  envers  ses  con- 
temporains. Je  ne  sais  si  un  auteur  quelconque  a  reçu  dans 
aucun  tems  autant  de  témoignages  d'attachement  sincère 
de  ses  contemporains.  Les  hommes  et  les  femmes  les  plus 
distingués  par  leur  naissance,  par  leur  esprit,  par  leur 
fortune,  recherchaient  son  amitié;  les  jolies  femmes,   si 
habituées  à  attendre  des  hommages,   allaient  au-devant 
de  ceux  de  Rousseau;  elles  les  ambitionnaient  en  quelque 
sorte  ;  elles  savaient  choisir  les  moyens  les  plus  ingénieux 
pour  lui  marquer  leur  estime.  Cependant,  combien  de  fois 
ne  se  virent-elles  pas  brusquées  et  rebutées  par  l'auteur 
d'Héloïse!    avec   quelle   dureté  il    repoussa  souvent  les 
avances  les  plus   sincères,  les  affections  les  moins  équi- 
voques ! 

Ce  n'est  pas  ainsi  qu'agissait  Voltaire  :  toujours  aimable, 
toujours  plein  de  bienveillance,  le  philosophe  de  Ferney 
accueillait  également  bien  et  le  prince  qui  arrivait 
avec  faste  et  le  jeune  auteur  qui  présentait  humble- 
ment au  grand  écrivain  les  prémices  de  sa  muse;  et, 
quoique  la  gloire  d'être  l'objet  de  l'empressement  des 
étrangers  et  des  nationaux  lui  coûtât  son  repos,   il  ne  se 


106  LITTJÎRATL'RE. 

lassait  jamais  de  répondre  avec  sensibilité  à  leurs  hom- 
mages. 

Si  donc  Rousseau  a  été  malheureux,  ses  infortunes  ont 
été  en  grande  partie  son  propre  ouvrage;  sur  ce  point, 
j'ose  être  d'un  avis  différent  de  celui  de  M.  de  Musset.  Je 
conviens  que  sa  gouvernante  ou  sa  femme  avait  aigri  son 
caractère ,  qu'elle  lui  inspirait  de  la  méfiance  et  qu'elle 
rendait  son  esprit  farouche;  mais  je  ne  puis  croire  que  tous 
ceux  que  Rousseau  représente  comme  ayant  des  torts 
graves  envers  lui,  soient  réellement  aussi  coupables  qu'il 
le  fait  entendre  et  que  son  biographe  cherche  à  le  prouver. 
Comment  se  fait-il  que  Hume  ,  Diderot ,  Marmontel , 
madame  d'Èpinay,  Grimm,  d'Alembert,  Voltaire,  et  tant 
d'autres  hommes  célèbres  aient  continué  de  jouir  de  l'es- 
time de  leurs  contemporains  et  n'aient  point  donné  lieu, 
dans  d'autres  occasions,  à  ces  scènes  d'éclat  qui  ont  amené 
leur  rupture  avec  Rousseau?  Certainement  ils  ont  eu  des 
torts  envers  ce  grand  écrivain.  Quand  on  lit  tous  les  argu- 
mens  détaillés  avec  une  habileté  et  une  attention  peu  com- 
munes par  M.  de  Musset ,  on  ne  saurait  plus  en  douter. 
Mais  rejeter  sur  eux  tout  le  tort  et  vouloir  disculper  entiè- 
rement Rousseau' dans  ces  circonstances,  n'est-ce  pas  aller 
un  peu  au-delù  de  la  vérité  ?  Il  n'est  pas  aisé  de  réfuter  le 
biographe,  je  le  sens;  ses  preuves  sont  tellement  accu- 
mulées ,  qu'on  serait  embarrassé  d'y  répondre  ,  à  moins 
d'écrire  un  volume;  mais  quelquefois  la  raison  répugne  à 
admettre  ses  conclusions,  quoique  sa  logique  soit  très- 
serrée. 

Lorsque,  par  exemple,  Rousseau,  pour  prouver  la  pré- 
tendue haine  constante  de  Hume  ,  commence  par  assurer 
gravement  que  l'historien  anglais ,  en  le  conduisant  à 
Londres,  s'écria  en  songe  :  ah  !  je  le  tiensl  il  m'est  impos- 
sible de  croire  que  Rousseau  soit  de  Ircs-bonne  foi  daus 


LITTÉRATURE.  1Q7 

l'exposé  de  ses  démêlés  avec  un  homme,  qui  avait  bien  ses 
défauts,  mais  qui,  dans  ses  démarches  en  faveur  du  phi- 
losophe persécuté  en  France,  ne  paraît  avoir  été  mu  que 
par  des  sentimens  généreux. 

A  l'égard  de  ce  fameux  ah!  je  le  tiens!  je  trouve  un 
rapprochement  curieux  dans  un  manuscrit  laissé  par  feu 
l'abbé  Morellet:  «  Le  reproche  que  Rousseau  fait  à  Hume 
d'avoir  dit  en  rêvant:  ah! je  le  tiens!  dit  M.  Morellet,  est 
copié  de  Plutarque,  qui  raconte  que  Xcrcès,  ayant  donné 
asile  à  Thémistocle  banni  d'Athènes,  en  était  si  transporté 
qu'il  s'écriait  souvent  en  dormant  :7V  le  tiens!  je  le  tiens! 
Je  ne  crois  pas  que  le  trait  soit  copié  ;  mais  n'est-il  pas 
singulier  que  Rousseau  fasse  un  reproche  à  Hume  d'une 
exclamation  qui  est  écJbappée  à  un  roi  de  Perse,  il  y  a 
quelques  milliers  d'années? 

Dans  l'exposé  de  la  querelle  entre  Rousseau  et  Hume, 
son  biographe  aurait  pu  ajouter  aux  témoignages  qu'il  cite 
.celui  de  lord  Charlemout,  ami  de  Hume,  mais  pourtant 
assez  impartial  pour  le  juger  sévèrement  et  pour  tenir  la 
balance  égale  entre  les  deux  écrivains.  Ce  lord  attribue  la 
plus  grande  bienveillance  au  cœur  de  Hume;  seulement, 
dit-il ,  il  ne  voulait  pas  que  chacun  fît  son  salut  à  sa  ma- 
nière. «  Quand  il  fut  de  retour  de  France  avec  Rousseau , 
ajoute  lord  Charlemont,  je  rencontrai  Hume  au  Parc;  je 
le  félicitai  de  ses  rapports  agréables,  et  je  lui  lis  entendre 
que  j'étais  persuadé  que  son  nouvel  ami  lui  convenait  par- 
faitement, puisque  leurs  façons  de  penser  me  paraissaient 
s'accorder  en  tout  point.  —  Vous  vous  trompez,  milord, 
répondit  Hume,  Rousseau  n'est  pas  tel  que  vous  croyez; 
il  est  encore  attaché  en  secret  à  la  bible ,  et  au  fond  il  ne 
vaut  pas  mieux  qu'un  chrétien  ;  mais  c'est  un  chrétien 
d'une  façon  particulière  (i).  » 

(ij  Voyez  la  Vie  de  lord  Charlemont ,  par  Hardy. 


108  LITTERATURE. 

Celte  anecdote  ne  fait  rien  au  sujet  de  cet  article  ;  mais 
je  la  rapporte,  parce  qu'elle  me  paraît  curieuse. 

Je  ne  me  sens  pas  capable  de  défendre  tous  les  contem- 
porains de  Rousseau,  que  son  biographe  accuse  des  mal- 
heurs du  philosophe  ;  il  aurait  trop  d'avantages  sur  moi.  Je 
crois  cependant  pouvoir  entreprendre  en  peu  de  mots  la 
justiûcation  de  Diderot;  je  ne  parlerai  pas  de  l'origine  de 
leur  querelle,  qui  m'a  toujours  paru  extrêmement  insi- 
gniûante,  malgré  l'importance  que  Rousseau  a  voulu  lui 
donner  ;  peut-être  y  avait-il  autant  de  tort  d'une  part  que 
de  l'autre,  et  ce  serait  toujours  peu  de  chose.  Mais  c'est  de 
la  violente  sortie  contre  Rousseau  ,  insérée  par  Diderot 
dans  sa  F'ie  de  Sénèqiie,  qu'il  faut  dire  quelques  mots. 
M.  de  Musset  prétend  qu'elle  est  écrite  avec  le  fiel  de  la 
haine  ;  dans  un  passage  qu'il  cite,  il  trouve  autant  de  men- 
songes que  de  mots.  Les  termes  sont  bien  durs;  mais  M.  de 
Musset  a-t-il  examiné  bien  attentivement  quels  sont  les 
sentimens  qui  ont  inspiré  cette  diatribe  de  Diderot?  Qu'on 
lise  les  termes  insultans  dans  lesquels  Rousseau  parle  de 
la  femme  de  Diderot  et  de  leurs  liaisons  équivoques  avant 
leur  mariage  ;  qu'on  songe  que  les  Confessions  furent  di- 
vulguées à  l'époque  où  Diderot  élevait  sa  fille,  où,  aban- 
donné par  la  France,  il  trouva  un  appui  dans  l'impératrice 
de  Russie;  que  l'on  songe  de  plus  que  la  vie  privée  de  la 
plupart  des  amis  de  Diderot  était  mise  à  découvert  dans  ces 
Confessions ,  avec  aussi  peu  de  discrétion  et  de  réserve  que  . 
la  sienne;  et  que  l'on  dise  ensuite,  la  main  sur  le  cœur,  si 
chacun,  dans  une  position  semblable,  ne  vengerait  pas  son 
honneur  domestique  et  celui  de  ses  amis ,  et  si  l'on  ne 
dirait  pas  à  peu  près  comme  Diderot  :  «  Que  penser  d'un 
homme  qui  laisse  après  sa  mort  des  mémoires  où  certai- 
nement plusieurs  personnes  sont  mallrailées,  et  qui  y  joint 
la  précaution  odieuse  do  n'eu  permcltrc  la  publicité  que 


LITTÉRATURE.  109 

quand  il  n'y  sera  plus;  lui,  pour  être  attaqué;  celui  qu'il 
attaque,  pour  se  défendre?  Que  Jean-Jacques  dédaigne, 
tant  qu'il  lui  plaira,  le  jugement  de  la  postérité,  mais  qu'il 
ne  suppose  pas  ce  mépris  dans  les  autres.  On  veut  laisser 
une  mémoire  honorée  ;  on  le  veut  pour  les  siens,  pour  ses 
amis,  et  même  peut-être  pour  les  indifférens.  » 

Je  Conviens  que  Rousseau  avait  quelque  besoin  de  se 
justifier  contre  de  nombreuses  accusations,  et  de  laisser  à 
cet  effet,  après  lui  les  mémoires  de  sa  vie;  mais  il  n'était 
pas  autorisé  à  rendre  la  femme  de  son  ancien  ami  mépri- 
sable aux  yeux  de  toute  la  France.  Diderot  ne  s'était  jamais 
permis  de  publier  une  ligne  sur  la  vie  privée  de  Rousseau; 
son  indignation  avait  donc,  suivant  mon  avis,  un  motif 
honnête  et  légitime.  Elle  a  pu  l'emporter  au-delà  des 
bornes  de  la  justice;  mais  faut-il  condamner  l'empor- 
tement d'un  homme  qui  se  sent  blessé  dans  ses  affections 
les  plus  chères,  sans  qu'il  y  puisse  jamais  porter  remède? 

En  général,  je  crois  que  le  désir  très-louable  de  ven"-er 
la  mémoire  de  Rousseau  des  calomnies  de  ses  ennemis  a 
rendu  son  biographe  injuste  envers  d'autres  écrivains, 
quoique,  dans  tout  ce  qui  ne  tient  pas  à  leurs  relations  avec 
ce  grand  homme,  il  se  montre  disposé  à  rendre  hommage  à 
leur  mérite.  Au  reste ,  ce  n'est  jamais  qu'après  une  mûre 
discussion  des  témoignages  que  M.  de  Musset  se  prononce 
contre  eux.  S'il  n'est  pas  favorable  à  la  partie  adverse ,  oq 
ne  lui  reprochera  pas  du  moins  de  n'avoir  pas  examiné 
toutes  les  pièces  du  procès. 

Une  partie  du  second  volume  de  son  ouvrage  est  con- 
sacrée à  des  notices  sur  les  hommes  et  sur  les  femmes  qui 
ont  eu  des  rapports  avec  Rousseau.  Au  lieu  de  ranger  ces 
notices  par  ordre  alphabétique,  et  d'y  comprendre  jusqu'au 
moindre  individu  dont  il  est  question  dans  les  ouvrages  du 
citoyen  de  Genève,  peut-être  eût- il  mieux  valu  les  fondre 


110  LITTÉRATURE, 

dans  son  travail  el  se  borner  aux  personnages  qui  méritent 
d'être  connus  de  la  postérité.  La  forme  alphabétique  est 
plus  commode,  il  est  vrai,  pour  les  recherches;  mais  elle 
n'offre  pas  assez  d'agrémens  dans  une  lecture  suivie. 

Pour  compléter  les  dernières  éditions  des  œuvres  de  Rous- 
seau, l'auteur  a  inséré  environ  quarante  lettres,  soit  iné- 
dites, soit  publiées  isolément,  et  il  amis  beaucoup  de  soin 
à  classer,  par  ordre  chronologique,  toutes  les  pièces  qui 
composent  maintenant  la  correspondance  de  Rousseau  et 
dont  un  bon  nombre  manque  dans  les  anciennes  éditions. 

Une  partie  intéressante  du  travail  de  M.  de  Musset ,  ce 
sont  les  extraits  des  auteurs  contemporains  du  philosophe, 
qui  ont  fait  connaître  des  particularités  de  sa  vie  ou  qui  ont 
jugé  ses  ouvrages.  Tant  de  passages  tirés  des  œuvres  de 
Bernardin  Saint-Pierre  ,  madame  de  Genlis ,  Corancez , 
Dussaulx,  d'Echerny,  Marmontel,etc.,  et  rassemblés  dans 
des  mémoires  biographiques ,   offrent  une   lecture  très- 
variée  et  quelquefois  mOme  amusante.  On  connaît  l'anec- 
dote de  Sophie  Arnould,  qui  mystifie  des  seigneurs  de  la 
cour  en  leur  faisant,  dans  un  souper,  passer  le  tailleur  de 
la  comédie  pour  l'auteur  du  Contrat  social;  mais  il  est 
piquant  de  rapprocher,  ainsi  que  l'a  fait  l'auteur,  cette 
anecdote,  racontée  avec  beaucoup  d'agrément,  du  récit  in- 
téressant que  madame  de  Genlis  fait  d'une  mystification 
toute  contraire  qui  lui  arriva,  et  dans  laquelle  elle  reçut 
chez  elle  Rousseau,  croyant  ne  recevoir  que  Préville  jouant 
le  rôle  du  philosophe.  Madame  de  Genlis  termine  son  récit 
par  une  critique  de  la  conduite  de  Rousseau  ;  mais  M.  de 
Musset  cherche  à  prouver  dans  ses  notes  que,  dans  cette 
affaire ,  les  torts  furent  du  côté  de  madame  de  Genlis. 

En  résumé ,  le  travail  de  M.  de  Musset  est  le  résultat  de 
recherches  faites  judicieusement  et  en  conscience  ;  il  a 
produit  un  livre  très-instructif  et  qu'il  sera  presque  indis- 


LITTÉRATURE.  UI 

pensable  de  joindre  désormais  aux  éditions  des  œuvres  de 
Rousseau.  Je  ne  sais  s'il  persuadera  complètement  tous  les 
lecteurs  de  la  pureté  constante  des  intentions  et  des  sen- 
tiraens  du  philosophe;  mais  je  suis  certain  que  tous  ceux 
qui  liront  l'ouvrage  de  M.  de  Musset  estimeront  beaucoup 
l'auteur  et  qu'ils  avoueront  qu'il  leur  a  beaucoup  appris. 

Depping. 

\ll'VlVV\IWV\Wl1l 

HlSTOIBE    DE    LA    VIE    ET    DES    OUVRAGES    DE    J.-J.    RoUS- 

SEAu ,  etc. 

SECOND   ARTICLE. 

Les  Anglais,  auxquels  nos  exemples  pourraient  si  sou- 
vent servir  de  leçons,  peuvent  à  leur  tour  nous  en  donner 
une  dont  il  serait  digne  de  nous  de  profiter.  Nous  devrions 
apprendre  d'eux  à  attacher  un  plus  grand  prix  à  la  vie 
privée  des  hommes  qui  ont  illustré  la  patrie  par  leurs  ta- 
lons ,  et  qui  l'ont  éclairée  par  leurs  ouvrages.  En  Angle- 
gleterre  il  n'est  peut-être  pas  un  seul  écrivain  distingué 
dont  la  vie  domestique ,  le  caractère  personnel  et  les  ha- 
bitudes sociales  n'aient  été  l'objet  des  recherches  les  plus 
scrupuleuses,  et  ne  se  trouvent  consignés,  non  pas  dans 
de  simples  notices,  mais  dans  des  histoires  aussi  com- 
plètes que  détaillées.  En  France,  au  contraire,  à  peine 
le  lecteur  peut-il  trouver,  dans  quelques  anecdotes  éparses 
çà  et  là,  les  élémens  d'un  jugement  sur  le  caractère  privé 
de  ses  meilleurs  écrivains.  Nos  rivaux  ont  épuisé  toutes 
les  chroniques  ,  consulté  toutes  les  traditions  pour  arriver 
à  la  connaissance  de  la  famille,  des  habitudes,  des  goûts 
des  occupations  de  Shakespeare,  et  nous  savons  à  peine 
la  moindre  partie  des  circonstances  de  la  vie  de  notre 
grand  Corneille.  Nous  n'avons  pas  d'histoire  de  Boileau , 
de  Racine,  de  Molière.  De  courtes  et  incomplètes  notices 


112  LITTÉRATURE. 

nous  apprennent  tout  au  plus  le  jour  de  leur  naissance , 
celui  de  leur  mort  et  lu  date  de  la  publication  de  chacun 
de  leurs  ouyrages.  Cette  négligence  et  cette  injustice 
n'ont  cessé  pour  Lafontaine  que  depuis  six  mois  environ  ; 
et  telle  a  été  jusqu'ici  notre  incurie  à  cet  égard  ,  que  la 
vie  d'un  auteur ,  mort  il  y  a  environ  cent  vingt-six  ans  (i), 
a  eu  besoin  d'être  composée  par  un  savant,  et  est  devenue 
un  véritable  ouvrage  d'érudition. 

Quelle  étude  cependant  pourrait  être  plus  philoso- 
phique que  celle  des  actions  privées,  des  habitudes  inté- 
rieures ,  des  relations  usuelles  de  l'homme  dont  nous 
admirons  les  écrits,  dont  le  génie  est  pour  nous  l'objet  d'un 
orgueil  national  et  légitime.  Il  est,  sans  doute,  malheureu- 
sement vrai  que  peu  de  grands  écrivains  ont  porté  le  carac- 
tère qui  distingue  leurs  productions  jusque  dans  l'intérieur 
de  leurs  familles  et  dans  les  actions  communes  de  la 
vie.  Il  n'en  est  qu'un  petit  nombre  qui ,  pour  nous 
servir  d'une  expression  proverbiale,  soient  restés  grands, 
même  en  déshabillé.  TonteSois ,  si  le  spectacle  de  la  vertu, 
enseignée  par  un  homme  vertueux,  est  pour  le  philosophe 
digne  d'une  juste  admiration,  celui  de  la  vertu  prêchée 
par  le  vice,  des  passions  honnêtes  enseignées  par  le  talent 
sans  mœurs,  est  d'un  intérêt  différent  sans  doute,  mais 
néanmoins  instructif  et  philosophique.  La  vie  privée  de 
Salluste  et  celle  de  Sénèque  ne  sont-elles  pas  un  chapitre 
de  plus  ajouté  à  l'histoire  du  cœur  humain  ? 

Mais  si  les  moindres  actions  des  grands  écrivains  mé- 
ritent de  nous  attacher,  celles  des  moralistes  qui  con- 
sacrent leur  vie  à  l'étude  de  la  philosophie  sont  plus  dignes 
encore  d'exciter  notre  intérêt.  On  aime  à  connaître  les 
hommes  dont  les  écrits  sont  destinés  à  nous  rendre  meil- 

(i)  Lafontaine  est  mort  le  lô  mars  1695. 


LITTIÎMTURE.  113 

leurs;  on  aime  à  pénétrer  dans  les  détours  les  plus  cachés 
de  ces  âmes  profondément  sensibles,  qui  prêtèrent  un 
noble  langage  à  la  sagesse  dont  elles  se  rendirent  les  or- 
ganes. Il  est  même  dans  le  cœur  humain  une  sorte  de  sen- 
timent personnel ,  qui  nous  porte  à  rechercher  s'ils  n'en- 
trèrent pas  aussi  dans  le  partage  de  nos  faiblesses ,  ceux-lù 
même  qui,  se  retirant  dans  le  temple  des  sages,  dans  celte 
forteresse  philosophique  que  Lucrèce  nous  montre  à  l'abri 
des  passions  humaines,  consacrèrent  leur  vie  à  combattre 
les  vices  de  la  société,  dont  ils  vécurent  éloignés,  et  choi- 
sirent la  noble  ,  mais  orgueilleuse  mission  de  réformer 
l'humanité. 

Quel  profond  intérêt,  par  exemple,  ne  doit  pas  faire 
naître  une  histoire  détaillée  et  impartiale  de  l'un  des  plus 
grands  philosophes  de  France,  et  de  l'un  des  plus  éloquens 
écrivains  de  tous  les  tems ,  de  Jean-Jacques  Rousseau,  de 
cet  homme  extraordinaire ,  qui  aurait  dû  sa  célébrité  à  la 
seule  audace  de  ses  opinions,  lors  même  qu'il  n'eût  pas 
conquis  le  premier  rang  parmi  les  écrivains  de  notre  patrie! 
Les  ouvrages  de  Rousseau  sont  à  la  fois  les  délices  des 
penseurs  et  le  charme  des  âmes  sensibles,  l'enthousiasme 
de  la  jeunesse  et  la  consolation  de  l'âge  mûr.  Objet  d'ad- 
miration et  de  pitié ,  il  exerce  sur  nous  le  double  droit  du 
génie  et  de  l'infortune.   Sa  vie,  entremêlée  de  gloire  et 
d'adversités,  offre  une  conformité  touchante  avec  celle  de 
tant  de  grands  hommes  que  la  société  persécuta  pendant 
leur  existence  et  qu'elle  idolâtre  après  leur  mort.  Calomnié 
par  la  haine  de  ses  rivaux,  poursuivi  par  les  instrumens  de 
despotisme ,  à  la  fois  en  butte  à  la  fureur  des  athées  et  des 
prêtres,  il  fut  lui-même  son  plus  grand  ennemi  ;  et,  comme 
le  poète  de  Ferrare,  il  atteignit  le  plus  haut  degré  du  génie 
dans  ses  écrits  immortels,  et  descendit  aux  dernières  limites 
de  la  raison  humaine,  lorsque  le  malheur  eut  peuplé  de 
Tome  xï.  8 


IjLA  LITTÉRATURE. 

fantômes  son  imagination  blessée  par  l'injustice  et  troublée 
par  les  sombres  suggestions  de  la  méfiance. 

Déjà,  dans  ses  Confessions ,  Rousseau  s'était  efforcé  de 
nous  montrer  à  nu  cette  ame  à  la  fois  tendre  et  sauvage, 
passionnée  pour  l'humanité  et  atteinte  des  sombres  vapeurs 
de  la  misantropie,  dont  la  chaleur  vivifiante  échauffe  les 
pages  de  ses  écrits.  Aigri  par  des  persécutions  trop  réelles 
et  se  créant  des  persécutions  fictives,  il  avait  cru  noblement 
répondre  aux  ennemis  que  son  talent  lui  avait  suscités  et 
à  ceux  que  son  imagination  lui  avait  faits,  en  exposant 
sans  voile  et  sans  réticences  toutes  les  actions,  même 
les  plus  minutieuses,  de  sa  vie  errante  et  orageuse. 
Mais  cet  ouvrage,  unique  dans  son  genre,  d'un  philo- 
sophe qui  interroge  son  ame,  qui  analyse  ses  sentimens, 
qui  saisit  ses  passions  au  passage  pour  se  livrer  tout  entier 
au  public,  n'a  pu  être  achevé;  et  si,  après  avoir  lu  les 
Confessions  de  Rousseau,  nous  pouvons  espérer  de  con- 
naître son  caractère,  une  grande  portion  de  sa  vie  nous 
est  encore  dérobée.  Nous  ignorons  la  partie  la  plus  inté- 
ressante de  sa  carrière,  celle  où  son  imagination,  de  plus 
en  plus  frappée,  avait  multiplié  les  égaremens  de  sa  raison 
et  lui  avait  persuadé  qu'une  coalition  de  l'Europe  entière 
s'était  formée  pour  noircir  sa  réputation,  avilir  son  carac- 
tère, enfin  pour  L'enterrer  tout  vivant^  suivant  l'expression 
même  par  laquelle  il  caractérise  la  ligue  formée  contre  lui. 
C'est  sans  doute  à  cette  époque  que  Rousseau  a  le  plus  de 
droits  à  notre  intérêt  et  que  l'examen  de  son  caractère  est 
le  plus  instructif.  Si  sa  jeunesse,  en  effet,  offre  le  spectacle 
de  Tinnocence  poursuivie  par  l'infortune,  de  pareils  tableaux 
ne  se  sont  que  trop  souvent  reproduits  dans  l'histoire  des 
hommes.  Son  adolescence  est  obscure  et  sans  fruits  : 
Rousseau  ne  laisse  voir  encore  qu'un  jeune  homme  qui  ne 
sait  point  ce  que  contient  son  ame;  semblable  à  ce  métal 


LITTÉ1\ATL11E,  il  5 

précieux  qui,  mêlé  encore  à  des  matières  communes ,  ne 
laisse  entrevoir  par  aucune  issue  l'éclat  dont  il  doit  briller 
un  jour.  Il  faut  que  l'âge  viril  apparaisse  pour  lui  révéler 
son  génie  ;  mais  si  alors  ce  génie  sort  tout  armé  de  cette 
tête  soudain  agrandie ,  si  ses  premiers  pas  le  placent  au 
premier  rang  parmi  ses  rivaux;  encore  confondu  au  milieu 
d'eux,  admiré  par  quelques-uns,  aimé  par  plusieurs  autres, 
il  n'a  point  offert  le  spectacle  d'un  grand  homme  luttant 
contre  la  persécution;  à  peine  a-t-il  laissé  soupçonner  que 
son  génie  aura  bientôt  une  lutte  plus  pénible  encore  à 
soutenir  contre  lui-même.  Si  le  grand  écrivain  existe,  son 
apparition  est  trop  nouvelle  pour  que  sa  gloire  soit  devenue 
populaire.  Biais  lorsqu'après  avoir  publié  son  chef-d'œuvre, 
il  se  trouve  en  butte  à  l'animadversion  des  fanatiques,  et 
poursuivi  par  des  décrets  de  prise  de  corps  ;  lorsqu'après 
être  rentré  dans  sa  patrie  ,  il  est  banni  de  cette  terre  qu'il 
a  illustrée  et  qui  lui  devra  sa  gloire,  il  se  voit  chassé  de 
ville  en  ville,  persécuté  en  France,  persécuté  en  Suisse, 
avili,  joué  en  Angleterre,  alors  sa  réputation  grandit 
avec  ses  malheurs,  son  nom  vole  de  bouche  en  bouche. 
Le  spectacle  que  présente  ce  malheureux  grand  homme 
devient  aussi  neuf  qu'attachant  ;  on  le  suit  avec  attendris- 
sement dans  la  route  épineuse  qu'il  continue  de  parcourir  ; 
on  aime  à  étudier  cette  imagination  troublée,  que  tout 
effarouche,  que  l'apparence  révolte  plus  encore  que  la 
réalité  ,  et  qui  fait  elle-même  son  supplice.  On  voudrait 
sonder  les  profondeurs  de  cette  ame,  parce  que  l'on  est 
sûr  de  trouver  de  la  grandeur  jusque  dans  l'égarement, 
et  du  génie  dans  la  démence  elle-même. 

Ainsi,  lorsque  jadis  un  tjran,  violant  avec  barbarie  les 
droits  du  génie  malheureux,  fit  enfermer  le  Tasse  dans  les 
loges  del'hôpital  Sainte-Anne,  etconfondit  avec  la  démence 
hideuse  du  crime  ou  de  la  misère,  la  folie  touchante  et 

8* 


il6  LITTÉRATURE. 

souvent  sublime  de  l'auteur  de  la  Jérusalem ,  quel  cœur 
sensible  n'eût  pas  cherché  à  pénétrer  les  secrets  de  cette 
aine  ulcérée,  à  saisir  les  jets  devenus  inégaux  et  sauvages 
de  cette  imagination  sortie  de  la  sphère  qu'elle  décrivait 
autrefois,  mais  encore  sublime  dans  ses  écarts  gigan- 
tesques et  déchirante  dans  ses  amers  et  sombres  gémisse- 
mens. 

Il  est  donc  vrai  de  dire  que  les  confessions  de  Rousseau 
ne  suffisaient  pas  pour  nous  faire  connaître  entièrement 
ce  grand  écrivain.  Les  dernières  années  de  son  existence, 
son  voyage  en  Angleterre,  sa  querelle  avec  M.  Hume, 
son  retour  à  Paris,  les  détails  de  la  vie  qu'il  mène  dans 
cette  ville ,  théâtre  de  ses  premiers  triomphes  et  foyer 
de  ses  premières  persécutions,  ses  promenades  solitaires 
dans  les  environs ,  ses  relations  ,  quelquefois  expansives, 
plus  souvent  empoisonnées  par  des  inquiétudes  et  des 
soupçons ,  avec  un  grand  nombre  d'hommes  de  lettres  ; 
enûn  ,  son  dernier  voyage  à  Ermenonville,  où  il  doit  ache- 
ver sa  course  agitée  ;  ses  dernières  promenades  sous  ces 
beaux  arbres  qui  bientôt  vont  ombrager  son  tombeau  ; 
les  douleurs  courtes  mais  aiguës  qui  terminent  les  longues 
souffrances  de  sa  vie,  les  paroles  suprêmes  de  l'ami  de  la 
nature,  ses  adieux  au  soleil,  seul  objet  de  ses  regrets  sur 
la  terre;  sa  mort,  dont  les  causes  sont  encore  inconnues, 
les  conjectures  diverses  et  nombreuses  qu'elle  a  fait  naître, 
comme  s'il  devait  être  dans  sa  destinée  de  ne  ressembler 
en  rien  aux  autres  hommes,  et  d'offrir,  à  toutes  les  époques 
de  son «xistence ,  de  touohans  mais  insolubles  problèmes; 
voilà  tout  ce  qui  nous  manquait  dans  l'histoire  de  Rousseau; 
voilà  tout  ce  que  nous  apprend  RI.  de  Musset,  si  son 
important  ouvrage  atteint  le  but  qu'il  s'est  proposé. 

Une  admiration,  aussi  juste  que  naturelle  pour  les  ou- 
vrages de  Rousseau,  inspira  ù  M.  de  Musset  l'idée  d'écrire 


LITTÉRATLRE.  117 

l'histoire  de  sa  vie.  «  A  l'âge  où  l'on  commence  à  sentir, 
nous  dit-il  dans  sa  préface,  je  lus  une  partie  des  œuvres 
de  Rousseau;  je  fus  vivement  ému;  les  bornes  de  mon 
intelligence  me  parurent  reculées  :  par  un  résultat  natu- 
rel, j'éprouvai  de  la  reconnaissance  pour  celui  qui  pro- 
duisait en  moi  cet  effet.  J'admirais  ses  ouvrages,  et  j'aurais 
aimé  sa  personne,  s'il  eût  encore  vécu.  »  Depuis  cette 
époque,  M.  de  Musset  concentra  toutes  ses  études  et  dirigea 
toutes  ses  recherches  sur  les  écrits,  et  principalement  sur 
la  personne  de  Rousseau.  11  consulta  des  hommes  instruits, 
et  voulut  éclairer  son  opinion  en  la  soumettant  à  celle  des 
personnes  qu'il  estimait  le  plus;  mais  bientôt  il  fut  arrêté 
par  des  difilcultés  et  des  obstacles  puissans.  Tout  le  monds 
s'accordait  sur  le  talent  de  l'écrivain;  si  ses  opinions- étaient 
encore  un  sujet  de  discussion,  nul  ne  lui  contestait  le  mé- 
rite d'un  grand  peintre,  d'un  penseur  profond',  et  d'un 
philosophe  éloquent.  Mais  son  caractère  était  l'objet  de 
jugemens  si  contradictoires,  d'un  si  vif  enthousiasme  et 
d'un  dénigrement  si  acharné,  que  M.  de  Musset  fut  quelqua 
tems  à  savoir  quel  parti  il  devait  prendre;  il  étudia  de  nou- 
veau son  sujet,  il  chercha  dans  les  faits  de  nouvelles  lu- 
mières ;  après  cette  étude ,  il  crut  devou-  se  fier  à  son 
prc^re  sentiment,  et  fit  bien. 

Ce  sentiment  n'avait  point  changé;  c'était  toujouré  un 
sentiment  d'admiration  pour  les  écrits  de  Rousseau  et  d'a- 
mour pour  sa  personne.  Tels  furent  la  règle  et  le  principe 
de  son  travail.  Il  serait  à  propos  peut-être  d'examiner  ici 
si  M.  de  Musset  prit  le  parti  qui  lui  était  conseillé  par  la 
raison  et  la  vérité  ,  et  de  peser,  à  son  exemple,  dans  une 
balance  impartiale ,  les  mérites  et  les  torts  de  l'homme  ; 
mais,  outre  que  cet  examen  nous  entraînerait  dans  des  lon- 
gueurs incompatibles  avec  les  bornes  d'une  simple  ana- 
lyse, le  résultat  de  cette  recherche,  en  supposant  qu'iU'û«L, 


\ 


lis  LITTÉRATURE. 

différent  de  celui  qu'il  nous  a  présenté ,  n'aurait  point 
d'autre  autorité  que  celle  d'une  opinion  opposée  à  une 
opinion  ;  et  d'ailleurs  pourquoi  essayer  de  démontrer  que 
l'historien  aurait  dû  censurer  son  héros.  Je  ne  sais  si 
beaucoup  d'esprits  applaudissent  aux  biographes  qui  écri- 
vent l'histoire  d'un  grand  homme  pour  outrager  sa  mé- 
moire, pour  présenter  ses  actions  sous  l'aspect  le  plus  dé- 
favorable ,  pour  rabaisser  ses  vertus  et  faire  ressortir  ses 
défauts ,  espèce  de  vautours  qui  vivent  du  cadavre  qu'ils 
déchirent  ;  mais  s'il  y  a  des  reproches  à  faire  à  un  historien , 
ne  vaut-il  pas  mieux  censurer  en  lui  l'excès  d'amour  pour 
ïon  auteur,  que  l'excès  de  haine  envers  celui  dont  il  écrit 
la  vie;  ne  vaut-il  pas  mieux  le  blâmer  d'avoir  renoncé 
quelquefois  aux  droits  d'une  juste  critique,  que  s'il  fallait 
l'accuser  d'en  avoir  exagéré  les  devoirs? 

Il  est  malaisé  d'ailleurs  de  garder  un  juste  milieu  avec 
un  homme  tel  que  Rousseau.  Un  grand  écrivain,  un  carac- 
tère de  cette  nature ,  n'a  point  d'admirateurs  froids  ou  de 
tièdes  ennemis.  Il  est  impossible  de  ne  pas  se  passionner 
pour  l'homme  dans  lequel  tout  fut  passion;  il  est  impos- 
sible de  demeurer  glacé,  en  étudiant  une  ame  de  feu.  Dani 
une  telle  alternative  ,  M.  de  Musset  a  choisi  le  rôle  d'admi- 
rateur. Il  parle  de  son  auteur  avec  effusion;  on  voit  qu'il 
l'aime;  tous  les  efforts  de  son  esprit  s'appliquent  à  la  jus- 
tification de  Rousseau.  Il  y  consacre  sa  logique,  ses  re- 
cherches ,  ses  pièces  inédites ,  une  érudition  fort  étendue. 
Il  nous  apprend  qu'il  a  parcouru  tous  les  écrits  des  détrac- 
teurs de  Rousseau,  et  «qu'il  a  trouvé  de  la  mauvaise  foi 
dans  les  uns,  un  esprit  faux  et  prévenu  dans  les  autres,  et 
dans  tous,  sans  exception,  le  langage  de  la  passion  et  de 
l'erreur;  ici,  de  l'inexactitude  dans  les  faits  exposés,  des 
conjectures  gratuites  ;  là,  de  l'altération  dans  les  citations, 


LITTÉRATLRE.  Ii9 

des    suppositions    sans    fondement,   des    interprétations 
fausses;  partout  des  préventions.  » 

Sans  entrer  dans  l'examen  de  ces  assertions  diverses  dont 
le  lecteur  peut  apprécier  la  valeur,  en  lisant  l'ouvrage  de 
M.  de  Musset,  il  est  impossible  de  nier  que  souvent  les 
grands  écrivains  ont  été  jugés  d'après  des  passages  altéré» 
ou  incomplets  de  leurs  écrits;  et  si  quelque  auteur  a  eu 
plus  particulièrement  à  se  plaindre  de  cette  injustice  et  de 
cette  perfidie,  c'est  incontestablement  J.  J.  Rousseau.  Il 
serait  facile  de  citer  des  exemples.  Combien^  pour  en 
alléguer  un  seul ,  n'a-t-on  pas  abusé  contre  Rousseau  de  pas- 
sages tronqués  du  contrat  social;  combien  l'anarchie,  d'une 
part,  et,  de  l'autre,  le  despotisme,  n'ont-ils  pas  invoqué 
cet  écrivain  pour  justifier  leurs  communes  fureurs!  D'un 
tout  parfait,  dont  les  différentes  parties  se  tiennent  et  s'en- 
chaînent étroitement,  et  dépendent  tellement  les  unes  des 
autres,  que,  si  on  les  sépare,  le  sens  de  l'auteur  est  altéré, 
et  sapepsée  n'est  plus  comprise,  on  détache  telle  ou  telle 
proposition;  on  lui  enlève  des  anlécédens  qui  la  préparent, 
des  conséquens  qui  l'appliquent  ou  la  modifient;  et  voilà 
un  texte  trouvé,  voilà  une  source  féconde  d'argumensfaux, 
de  suppositions  calomnieuses.  J'ai  vu  de  bons  esprits  en- 
traînés par  cet  abus  du  raisonnement,  et  séduits  par  la 
vérité  apparente  d'une  critique  perfide  ;  j'en  connais  même 
qui  occupent  le  rang  le  plus  élevé  parmi  nos  publicistes  ^ 
et  qw,  fidèles  à  de  malheureuses  impressions,  conservent 
encore  contre  Rousseau  des  préventions  tellement  enra- 
cinées, qu'ils  répugnent  à  les  dissiper  par  la  lecture  plu& 
approfondie  de  l'auteur  qu'ils  méconnaissent. 

Mais  revenons  à  M.  de  Musset.  Son  travail  se  divise  en 
plusieurs  parties.  Persuadé  de  lu  véracité  de  Rousseau, 
lorsqu'il  écrivit  ses  Confessions ,  il  s'est  contenté  d'offri? 


120  LITTÉRATURE. 

une  analyse  succincte  des  faits  racontés  par  l'auteur,  et  ne 
les  a  augmentés  que  de  quelques  circonstances  échappées 
à  lii  mémoire  du  philosophe  de  Genève ,  qui  écrivait  sans 
autres  documens  que  ses  souvenirs.  C'est  au  moment  où 
les  confessions  nous  manquent,  que  M.  de  Musset  devient 
réellement  historien.  Alors,  abandonné  à  ses  propres 
forces,  il  a  recherché  avec  un  soin  curieux  les  relations  des 
auteurs  contemporains  qui  ont  connu  son  auteur,  celles 
surtout  du  petit  nombre  de  ceux  qui  ont  été  admis  dans 
sa  familiarité.  Il  a  compulsé  tous  les  mémoires  des  ennemis 
même  de  Jean-Jacques.  A  cet  égard,  il  a  recueilli  une  foule 
de  faits  inconnus  jusqu'ici,  et  ensevelis,  soit  dans  des  re- 
cueils oubliés,  soit  dans  des  relations  inédites.  On  peut 
croire  que  peu  de  documens  intéressans  ont  échappé  à  son 
investigation.  De  la  réunion  de  ces  divers  matériaux,  il  a 
fait  sortir  un  récit  entremêlé  d'anecdotes  et  de  disserta- 
tions, qu'à  vrai  dire,  on  aurait  quelque  peine  à  honorer  du 
nom  orgueilleux  A'' histoire ,  mais  qui,  sous  quelque  nom 
qu'on  le  désigne,  offrent  un  ensemble  aussi  varié  qu'in- 
téressant. 

La  seconde  partie  est  pui'ement  bibliographique;  elle  se 
compose  d'une  nomenclature  raisonnée  de  la  correspon- 
dance de  Jean-Jacques.  Les  dates  sont  restituées;  le  secret 
de  la  plupart  des  initiales  est  levé;  ce  travail,  d'une  utilité 
réelle  pour  toutes  les  personnes  qui  possèdent  les  œuvres 
complètes  de  Rousseau,  n'est  que  d'un  faible  intérêt  pour 
celles  qui  ne  les  possèdent  pas.  Une  biographie  détaillée 
de  tous  les  écrivains ,  et  de  tous  les  hommes  célèbres  qui 
ont  eu  des  rapports  avec  Rousseau  ,  et  dont  il  est  fait  men- 
tion dans  ses  écrits,  forme  la  troisième  partie,  et  la  qua- 
trième se  compose  d'un  grand  nombre  de  lettres  inédites. 
Tel  est  l'ensemble  du  travail  de  M,  de  Musset. 

Le  lecteur  comprend  aisément  que  la  première  partie 


LITTÉRATURE.  121 

était  la  plus  difllcile  à  faire,  et  présente  l'intérêt  le  plus 
général.  C'est  lù  que  l'auteur  s'attache  à  répondre  aux 
reproches  dont  la  conduite  de  Rousseau  a  été  l'objet ,  à 
expliquer  les  contradictions  dont  ce  grand  écrivain  est 
souvent  accusé;  c'est  là  que  viennent  se  réunir  les  pièces 
justificatives,  dont  la  lecture  doit,  aux  yeux  de  M.  de 
Musset,  justifier  son  auteur.  Là  s'éclaircit,  d'une  manière 
qui  paraît  satisfaisante  ,  la  querelle  de  Rousseau  avec 
M.  Hume,  et  le  lecteur  peut  juger  si,  comme  le  disait 
l'écrivain  anglais  dans  un  accès  de  colère ,  Rousseau  est 
un  scélérat.  Il  peut  apprécier  aussi  à  sa  juste  valeur  l'accu- 
sation d'ingratitude,  adressée  à  l'auteur  d'Emile;  il  est 
mis  à  portée  de  juger  si  l'ingratitude  n'est  pas  plutôt 
l'oubli  des  bienfaits  que  le  refus  d'en  i-ecevoir,  et  si 
l'extrême  susceptibilité  de  Jean-Jacques  à  cet  égard  n'é- 
tait pas  plutôt  l'efi'et  de  l'altération  mentale  dont  il  était 
réellement  atteint,  que  de  la  malignité  de  son  cœur. 

M.  de  Musset  s'attache  aussi  à  expliquer  les  contradic- 
tions imputées  à  Rousseau.  La  plus  frappante  et  la  plus 
cruelle  de  toutes  est  sans  doute  la  conduite  de  Jean- 
Jacques  à  l'égard  de  ses  enfans.  L'auteur  d'Emile  a  mis 
ses  enfans  à  l'hôpital  !  Quel  terrible  argument  contre  le 
livre  et  contre  l'écrivain  !  Par  quels  raisonnemens  peut-on 
le  justifier  d'une  faute  qui  blesse  les  droits  les  plus  sacrés 
de  la  nature ,  ou  plutôt  est-il  possible  d'employer  dans  un 
tel  sujet  les  ressources  d'une  froide  logique.^  M.  de  Musset 
a  rassemblé  tous  ses  efforts  pour  atténuer  le  plus  grand 
des  torts  que  l'on  puisse  reprochera  un  homme,  à  un 
citoyen,  à  un  philosophe.  L'excuse  la  plus  légitime  et  la 
plus  morale  tout  ensemble  que  l'on  puisse  admettre 
peur  une  pareille  faute  ,  c'est  la  légèreté  de  la  jeunesse , 
c'est  la  situation  précaire  de  Rousseau  ,  ses  longs  et  dou- 
loureux regrets ,   ses   efforts    inutiles    pour  réparer  son 


i22  LITTÉRATURE, 

crime  ;  enfin,  c'est  la  considération  de  la  faiblesse  humaine  ; 
il  n'y  a  point  d'autre  justification  à  donner',  le  tenter  seu- 
lement est  peut-être  une  nouTelle  faute,  et,  de  ce  côté, 
le  lecteur  doit  reprocher  à  M.  de  Musset  de  l'avoir  com- 
mise. 

C'est  ayec  moins  de  peine  et  plus  d'avantage  que  l'au- 
teur de  l'histoire  de  Jean-Jacques  a  entrepris  de  le  ven- 
ger de  cette  nuée  d'ennemis  qui  n'ont  pu  lui  pardonner  la 
Bupériorité  de  son  génie,  et  surtout  la  nature  de  ses  opi- 
nions religieuses.  Il  était  facile  de  défendre  Rousseau 
contre  les  calomnies  du  club  du  baron  d'Holbach  et  des 
fanatiques  de  la  Sorbonne  et  du  parlement.  Il  était  facile 
d'expliquer  comment  cette  ame  religieuse  et  tendre  dut 
être  également  révoltée  des  arides  raisonnemens  de  l'a- 
théisme et  des  dilemmes  intolérans  de  la  superstition. 
M.  de  Musset  n'a  pas  eu  de  peine  non  plus  à  venger  Jean- 
Jacques  des  attaques  de  Grimm  et  de  Diderot,  qui  man- 
qua bien  cruellement  aux  devoirs  de  la  philosophie  dont  il 
était  l'un  des  soutiens  ^  en  exhalant  une  fureur  tardive  sur 
la  tombe  de  son  ancien  ami.  Triste  exemple  de  la  fragilité 
humaine  !  On  professe  les  mêmes  opinions ,  on  combat 
sous  les  mêmes  étendards,  on  soutient  de  concert  toutes 
les  doctrines  de  la  liberté  et  de  la  tolérance  ;  mais  que 
l'on  diffère  sur  un  seul  point,  que  l'on  soit  divisé  par  un 
intérêt  d'amour  propre,  alors  des  frères,  des  amis  de- 
viennent ennemis  acharnés;  tolérant  pour  le  parti  con- 
traire, on  cesse  de  l'être  envers  les  membres  du  parti  que 
Ton  défend  ;  de  scandaleuses  haines  s'allument;  le  fiel 
coule  à  longs  flols  sous  des  plumes  envenimées  ,  et  les 
véritables  ennemis,  ceux  contre  lesquels  il  fallait  réunir 
ses  forces  ,  triomphent  et  se  fortifient  des  divisions  de 
leurs  adversaires. 

Cet  effet  déplorable  ne  se  manifesta  jamais  d'une  ma- 


LITÏÉRAriRE.  155 

nière  aussi  fatale  que  dans  la  division  qui  éclata  entre 
Voltaire  et  Rousseau.  Les  deux  plus  beaux  génies  de  l'é- 
poque, rapprochés  par  les  sentimens  d'une  philantropie 
éclaii'ée,  faits  pour  s'aimer  et  pour  s'apprécier,  offrirent 
aux  ennemis  de  la  philosophie  le  spectacle  affligeant  de 
leur  inimitié.  Si  ces  deux  grands  écrivains,  séparés  l'un 
de  l'autre ,  ont  rendu,  chacun  dans  sa  sphère,  de  nom- 
breux services  à  l'homme  et  à  la  société,  quel  immense 
bienfait  leur  union  eût  été  pour  l'humanité  tout  entière! 
Affranchis  du  joug  des  malheureuses  passions  qui  les  di- 
visèrent, ils  se  fussent  offerts  au  monde  comme  une 
application  vivante  des  principes  qu'ils  professaient ,  et 
leurs  doctrines  se  fussent  fortifiées  de  toute  l'autorité  de 
leurs  exemples;  mais,  hélas!  réclamer  une  pareille  al- 
liance serait  peut-être  exiger  trop  de  la  faible  huma- 
nité. Sages  et  fous ,  ignorans  et  philosophes  lui  paient 
également  un  tribut,  et  il  était  écrit  que  les  apôtres 
de  l'intolérance  trouveraient  dans  l'inimitié  de  deux  grands 
hommes  un  argument  toujours  nouveau  contre  la  philo- 
sophie. Mais,  grâce  au  ciel,  les  passions  des  grands  écri- 
vains passent  avec  eux  ;  le  bien  qu'ils  ont  fait  reste.  Vol- 
taire et  Rousseau  ne  s'offrent  plus  aujourd'hui  au  monde 
comme  des  ennemis  ;  on  les  confond  ,  malgré  leurs  torts , 
dans  un  sentiment  commun  d'estime  et  de  reconnaissance; 
et,  pour  me  servir  de  l'expression  sublime  d'un  poète,  la 
voix  du  genre  humain  les  a  réconciliés  (i). 

M.  de  Musset  ne  dit  que  peu  de  chose  sur  l'inimitié 
qui  divisa  Voltaire  et  Rousseau  ;  en  cela  il  a  donné ,  sui- 
vant nous,  une  grande  preuve  de  jugement.  Avec  moins^ 
de  talent,  de  science  et  d'illustration,  il  s'est  élevé  à  cet 
égard  au-dessus  de  Condorcet,  qui ,  dans  la  vie  de  Vol- 

(ij  Chbsier,  épitre  à  Voltaire. 


ÎU  LITTÉRATURE. 

taire,  a  cherché  à  justifier  l'animadversion  du  poète  de 
Ferney  contre  le  philosophe  de  Genève.  Pourquoi ,  en 
effet,  prendre  un  parti  dans  de  si  déplorables  querelles? 
pourquoi  entasser  de  pénibles  raisonnemens  et  se  livrer  à 
tant  d'efforts  d'une  misérable  logique  pour  ax^iver,  en 
dernier  résultat ,  à  prononcer  la  condamnation  de  l'un 
ou  de  l'autre  de  ces  grands  hommes  ?  C'est  dans  une  pa- 
reille occasion  que  l'on  peut  et  que  l'on  doit  rester  neutre  ; 
admirons-les  tous  deux  sans  nous  condamner  à  la  tâche 
inutile  et  pénible  d'établir  entre  eux  des  supériorités  de 
vertus  ou  de  faiblesses. 

Les  causes  de  la  mort  de  Jean-Jacques  sont  encore 
aujourd'hui  enveloppées  d'une  obscurité  profonde.  Les 
uns  l'attribuent  à  une  apoplexie  séreuse,  les  autres  à  un 
suicide.  Selon  les  premiers,  Rousseau  périt  naturelle- 
ment; suivant  les  seconds,  il  avança  lui-même  sa  fin; 
fatigué  de  la  vie,  il  rejeta  loin  de  lui  ce  pénible  fardeau. 
Prononcer  entre  ces  deux  opinions  qui  s'appuient  égale- 
ment sur  des  suppositions,  n'est  pas  chose  fort  aisée; 
M.  de  Musset  a  réuni  à  cet  égard  tous  les  documens  qui 
peuvent  exister  ;  il  s'est  surtout  étayé  de  l'opinion  de 
madame  de  Staël ,  et  s'est  cru  autorisé ,  malgré  les  déné- 
gations de  MM.  de  Girardin  ,  à  décider  que  Rousseau  s'est 
donné  la  mort  ;  il  attribue  même  cette  résolution  déses- 
pérée à  la  douleur  que  Jean-Jacques  ressentit  de  la  trahi- 
son d'une  femme  indigne  de  lui ,  et  qu'il  devait  peut-être 
accuser  de  tous  ses  malheurs.  Si  cette  opinion  est  plau- 
sible, ferons-nous  un  crime  à  Rousseau  du  dernier  acte  de 
son  existence  ?  Ah  !  sans  doute,  s'il  était  jamais  permis 
d'abréger  cette  course  agitée  que  l'on  nomme  la  vie;  si  de 
longs  malheurs  et  de  longs  dégoûts  pouvaient  être  allégués 
comme  une  excuse  aux  moralistes  sévères  qui  nous  or- 
donnent de  souffrir  au  nom  de  la  religion,   quel  homme 


LITTÉRATURE.  125 

plus  que  Rousseau  dut  être  accablé  de  cette  chaîne  d'in- 
fortunes que  sa  raison  troublée  lui  montrait  plus  pénible 
encore  !  Calomnié  par  ses  anciens  amis ,  en  proie  à  une 
sauvage  méfiance,  trahi  par  une  femme  pour  laquelle  il 
avait  tout  sacrifié ,  soumis  à  des  peines  morales  qui  s'ap- 
pesantissaient chaque  jour  sur  son  ame,  il  put  concevoir  le 
désir  de  la  mort,  et  les  cœurs  sensibles  lui  pardonnent  d'a- 
voir été  la  chercher,  lorsque  tant  d'autres  l'attendent  avec 
effroi,  et  donnent  le  nom  de  courage  à  cette  résignation 
forcée. 

L'Histoire  de  la  vie  et  des  ouvrages  de  J.-J.  Rousseau 
abonde,  nous  le  répétons,  en  détails  historiques  et  en 
réflexions  aussi  utiles  qu'intéressantes.  On  peut  dire  que 
l'on  ne  connaît  point  entièrement  Jean-Jacques  avant  de 
ravoir  lue.  Elle  est  le  fruit  de  très-minutieuses  recherches, 
et  devient  le  complément  indispensable  des  œuvres  du 
citoyen  de  Genève.  Si  quelques  erreurs,  quelques  faux 
jugemens,  quelques  taches  de  style  s'y  sont  glissés,  ces 
faibles  défauts  disparaissent  aisément  devant  le  nombre 
considérable  de  faits  exacts  et  de  renseignemens  curieux 
qu'elle  renferme. 

LÉON  TfilESSÉ. 


^\(V^»A*\vv«.v^\'V^\vvv^v•^/%vvv\vvv*v\.^\vvv^\vv«\^'^v*\^^vvvv*v\'v\^^*vvv*vvv\*vv% 

III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

LIVRES   ÉTRANGERS  (i). 


AMÉRIQUE. 

ÉTATS-UNIS. 

\.— Journal  of  the  Academy,  etc.  —  Journal  de  l'Académie  des 
sciences  naturelles  de  Philadelphie,  janvier  1821,  5a  p. 

Ce  cahier  contient  la  description  d'un  nouveau  genre  et  de  plu- 
sieurs espèces  nouvelles  de  poissons  d'eau  douce  particuliers  aux 
États-Unis,  par  C.  A.  Lesceur;  l'analyse  de  deux  espèces  nouvelle» 
à'exocetiis  ,  par  le  même  ;  la  description  des  thysanourœ  des  Etats- 
Unis  ,  par  Thomas  Sat  ;  des  observations  sur  la  géologie  de  la  vallée 
de  Mississipi,  far  Thomas  Nuttall;  et  quatre  planches  représentant 
les  poissons  décrits  par  M.  Lesueur. 

•i.—j4  Memoir,  etc.  —Mémoire  sur  le  froment  et  sur  la  farine  de 
l'État  de  Ne-w-Yorck ,  lu  le  17  février  1820 ,  devant  le  bureau  des  di- 
recteurs de  la  Société  d'agriculture  da  comté  de  New-Yorck  ,  et  pu- 
blié par  son  ordre. 

•h.—Annual  Fhilosophical  Magazine ,  etc.  —  Magasin  philoso- 
phique annuel ,  contenant  le  journal  des  Dames  et  des  Messieurs ,  et 
un  répertoire  de  sciences  et  d'amusemens  ,  publié  tous  les  ans  au 
1"  octobre,  par  M.  Nash.  Année  1820.  New-Yorck,  in- 12  de  72  pages. 

l^.—Third  report  ofthe  American  Bible  Society,  etc.,— Troisième 
rapport  de  la  Société  Biblique  américaine,  présenté  le  i5  mai  1S19. 
New-Yorck,  1S19. 

Cette  Société  a  fait  imprimer,  dans  les  années  1816  et  1817,29,500 
exemplaires  de  la  Bible,  et,  en  1S18,  47,520  de  la  Bible  et  24,000 
du  Nouveau-Testament.  Il  a  été  tiré  en  outre  mille  exemplaires  de 
l'évangile  de  saint  Jean,  traduit  dans  le  langage  des  indiens  Mohawks, 
tt  un  égal  nombre  des  épîtres  de  saint  Jean  ,  dans  celui  des  Dela- 


(1)  Nous  indiquerons,  par  un  astérisque  (*)  placé  à  côté  du  titre 
de  chaque  ouvrage  ,  ceux  des  livres  étrangers  ou  français  qui 
paraîtront  dignes  d'une  attention  particulière ,  et  dont  nous 
rendrons  quelquefoii  compte  dans  la  section  de»  analyses. 


LIVRES  ETRANGERS.  127 

^ares.  La  Société  espère  être  à  même  ,  sous  peu  de  tems ,  de  fournir 
la  Bible  ,  dans  les  divers  dialectes  indiens,  lorsqu'elle  aura  pu  en  faire 
faire  des  traductions  exactes.  Le  nombre  de  Bibles  distribuées  pen- 
dant les  deux  premières  années  s'élève  à  24,004  ;  et  en  1S18,  il  a 
été  distribué  23,870  Bibles  et  7,248  Nouveaux  Testamens  ;  ce  qui 
fait,  depuis  l'époque  de  son  établissement,  55, 122  Bibles  et  Testa- 
mens.  A  la  fin  du  rapport,  se  trouvent  des  facsimile  des  quatre  for- 
mats stéréotypes  de  la  Bible  anglaise,  un  de  la  Bible  en  français,  un 
autre  en  espagnol ,  et  deux  de  l'épître  et  de  l'évangile  selon  saint 
Jean ,  traduits  en  mohawk  et  en  delaware. 

5.—^  Discourse  on  the  religion  ,  etc.— Discours  sur  les  tribus  in- 
diennes de  l'Amérique  du  nord ,  prononcé  devant  la  Société  histo- 
rique de  New-Yorck,  le  20  décembre  1820,  pir  Samuel  Farmar 
Jawis  ,  avec  cette  devise  tirée  de  Charlevoix  ;  «Jusque  dans  leurs 
démarches  les  plus  indifférentes,  on  aperçoit  des  traces  de  la  religion 
primitive ,  mais  qui  échappent  à  ceux  qui  ne  les  étudient  pas  assez , 
par  la  raison  qu'elles  sont  encore  plus  effacées  par  le  défaut  d'ins- 
truction ,  qu'altérées  par  le  mélange  d'un  culte  superstitieux  et  par 
des  traditions  fabuleuses.  » 

6. — Manual  of  the  Lancasterian  System,  etc.— Manuel  du  système 
de  Lancaster,  suivi  dans  les  écoles  de  la  Société  des  écoles-libres  de 
New-Yorck,  pour  enseigner  la  lecture,  l'écriture,  l'arithmétique  et 
les  travaux  à  l'aiguille  ,  imprimé  à  New-Yorck ,  par  ordre  de  ladite 
Société  et  vendu  à  son  bénéfice.  1820,  ia-S»  de  64  pages. 

7. — An  extract  from  the  life  ofLorenzo  da  Ponte,  etc.  —  Extrait 

v  de  la  vie  de  Lorenzo  da  Ponte ,  avec  l'histoire  de  plusieurs  drames 

écrits  par  lui,  et  entre  autres  de  II  Figaro,  Il  Don  Giouanni ,  et 

La  Scola  degli  Amanli ,  mis  en  musique  par  Mozart.  New-Yorck, 

1819, in-ia  de  46  pages. 

8. — Catalogue  of  painlings  and  engravings ,  etc. — Catalogue  des 
tableaux  et  gravures  exposés  par  l'académie  américaine  des  beaux 
arts  ,  en  mai  1820.  —  6«  exposition  ,  New-Yorck,  1820,  avec  cette 
devise  tirée  de  Virgile  :  Audit  vocatus  Apollo. 

EUROPE. 

GRANDE-BRETAGNE. 

9- — Philosophical  Transactions  of  the  Royal  Society  ofLondon, 
etc.  — Transactions  philosophiques  de  la  Société  royale  de  Londres, 
pour  l'année  1820,  Londres,  1821,  Nicol  et  fils,  1  vol.  in^». 


128  LIVRES  ÉTRANGERS. 

Ce  volume,  qui  fait  suite  à  un  premier  compte  rendu  des  travaux 
de  la  même  Société  pour  l'année  1819,  renferme  un  examen  appro- 
fondi des  parties  qui  composent  le  sang ,  par  Sir  Everard  Home;  un 
traité  sur  l'élasticité  des  poumons,  par  James  Carson;  une  disser- 
tation sur  quelques  combinaisons  du  platine,  par  Edmond  Davy , 
professeur  de  chimie ,  et  plusieurs  autres  mémoires  d'un  grand  in- 
térêt. I^«  S»  B- 

10.— Eléments  of  chemislry ,  etc.— Elémens  de  chimie,  avec  l'ap- 
plication de  cette  science  aux  phénomènes  de  la  nature  et  aux  pro- 
cédés des  arts  et  des  manufactures,  par  J.  Millab,  membre  du 
collège  royal  des  médecins ,  et  professeur  d'histoire  naturelle  et  de 
chimie.  Edimbourg,  1821,  un  vol.  in-S". 

Cet  ouvrage  peut  être  recommandé  comme  un  excellent  manuel 
à  ceux  qui  désirent  acquérir  les  premiers  principes  d'une  science  qui 
est  d'une  grande  importance  et  d'une  application  universelle.  Dans 
l'introduction ,  l'auteur  explique  la  nature  de  l'action  chimique  par 
quelques  expériences  fort  simples,  mais  propres  à  donnera  l'étu- 
diant une  idée  plus  exacte  de  la  chimie  que  celles  qu'il  pourrait  ac- 
quérir par  de  savantes  définitions.  Il  démontre  l'influence  de  cette 
science  par  tous  les  changemens  qu'opèrent  dans  le  monde  matériel 
la  lumière  et  la  chaleur  ,  par  la  nature  et  la  constitution  de  l'atmos- 
phère ,  par  les  propriétés  des  minéraux  et  la  possibilité  de  les  rendre 
utiles  à  l'homme;  par  la  nature,  les  propriétés  et  l'usage  des  plantes; 
par  une  connaissance  approfondie  des  fonctions  et  des  facultés  des 
animaux  :  enfin,  par  l'application  générale  des  principes  de  la  chimie 
au  perfectionnement  des  arts.  D'après  ce  plan  ,  l'ouvrage  est  divisé 
en  trois  parties.  La  première  renferme  une  exposition  des  principes 
de  la  chimie  ;  la  seconde  donne  l'explication  des  phénomènes  de  la 
nature,  selon  ses  principes  ;  la  troisième  est  consacrée  à  une  esquisse 
rapide  des  procédés  des  arts,  ou  de quelques-uus  des  principaux  arts 
et  des  manufactures  qui  sont  du  ressort  de  la  chimie  :  telles  que  les 
fabriques  de  porcelaine,  de  savon,  de  verre;  l'art  de  tanner  les  cuirs, 
de  blanchir  ,  de  teindre  ,  de  brasser  ,  de  distiller ,  de  dorer ,  de 
vernir ,  etc.  L'auteur  remonte  à  l'origine  de  chacun  de  ces  arts  et  en 
donne  un  aperçu.  L'ouvrage  est  enrichi  de  remarques  neuves,  de  pen- 
sées ingénieuses,  et  ne  peut  manquer  d'intéresser  la  classe  des  sa- 
vans,  et  même  les  hommes  du  monde  qui  ne  veulent  pas  rester  étran- 
gers à  une  science  qui  contribue  si  puissamment  à  la  prospérité  des 


LIVRES  ETRANGERS.  129 

nations,  en  aidant  le  commerce  et  les  arts  par  les  plus  utiles  décou- 
vertes. L.  S.  B. 

1). — On  the  beauties,  harmonies ,  and suhlimilies  of  nature,  etc. 
— Beautés,  harmonies  et  sublimités  de  la  nature;  suivies  de  remar- 
ques sur  les  lois,  les  coutumes,  les  mœurs  et  les  opinions  des  diffé- 
rentes nations;  par  Charles  Bocke.  Londres,  1821. 

L'auteur  de  cet  ouvrage  est  déjà  connu  par  sa  Philosophie  de  la 
naturelles ^musemens  dans  la  retraite,  une  tragédie  intitulée  :  Les 
Italiens^  etc.  Il  a  mêlé  à  des  descriptions  intéressantes  des  beautés 
de  la  nature,  les  réflexions  d'un  moraliste  et  d'un  philosophe.  Son 
style  est  parfois  un  peu  ambitieux;  il  n'a  pas  la  simplicité  convenable 
au  sujet  qu'il  traite  ;  en  général ,  ce  livre  manque  de  plan  et  de  mé- 
thode. Il  y  a  cependant  des  pages  bien  écrites  et  remplies  d'érudition. 

L.  S.  B. 

12.  —  The  Look  of  Henoch,  etc.  —  Le  livre  d'Enoch  le  prophète  , 
production  que  l'on  supposait  perdue  depuis  plusieurs  siècles,  et  qui 
a  été  découverte  en  Abyssinie  ,  à  la  fin  du  siècle  dernier  ;  publié  pour 
la  première  fois  ,  d'après  un  manuscrit  éthiopien  de  la  bibliothèque 
Bodléienne,  par  M.  Richard  Laurexce,  professeur  royal  d'hébreu, 
chanoine  de  l'église  de  Christ.  Oxford,  1821,  imprimerie  de  l'Uni- 
versité. Un  vol  in-S"  de  262  pages. 

Cet  ouvrage  est  une  des  acquisitions  les  plus  importantes  qu'aient 
faites  depuis  long-tems  les  amateurs  de  la  littérature  biblique.  Ce- 
pendant ce  livre  d'Enoch,  le  même  qui  est  cité  par  saint  Jude  [Epist., 
v.  14,  i5),  par  saint  Clément  d'Alexandrie,  par  Tertullien,  etc.  n'a 
jamais  figuré  parmi  les  livres  sacrés  ,  et  quelques  anciens  pères  l'ont 
traité  d'apocryphe,  «  inter apocryphes  compulalur,  dit  saint  Jérôme  , 
commentar.  in  Psa/zra.  ccxxxii,  5.  (1)»  D'après  une  pareille  décision, 
il  n'est  pas  étonnant  que  le  livre  d'Enoch  ait  été  négligé  ,  au  point  de 
disparaître  même  parmi  les  livres  apocryphes.  Enfin  ,  depuis  long- 
tems,  on  n'en  connaissait  que  le  titre  et  quelques  fragmens  décou- 
verts et  publiés  par  Scaliger,  dans  ses  notes  sur  la  chronologie 
d'Eusèbe,  quand  le  célèbre  voyageur  Bruce  trouva,  en  Ethiopie,  trois 
exemplaires  d'une  version  éthiopienne  de  ce  livre.  Il  donna  un  de  ces 
exemplaires,  grand  in-4°,  à  la  bibliothèque  du  Roi  à  Paris,  en  réserva 

(i)  Tertullien  cependant  le  regarde  comme  un  livre  inspiré,  et  le 
reconnaît  pour  être  l'ouvrage  du  prophète  dont  il  porte  le  nom. 

TOMB  XI.  9 


130  LIVRES  ETRANGERS. 

un  pour  lui-même ,  et  remit  le  troisième  à  la  bibliothèque  Bod- 
léienne  d'Oxford,  où  il  est  resté,  sinon  oublié  ,  du  moins  négligé 
jusqu'à  l'année  dernière.  Le  docteur  Laurence,  ayant  appris  qu'un 
savant  orientaliste  allemand,  M.  Gesenius,  était  venu  prendre 
copie  de  la  version  éthiopienne  que  nous  possédons  à  la  bibliothèque 
du  Roi,  et  que  je  me  suis  empressé  de  mettre  à  sa  disposition  ,  a  cru 
devoir  publier  une  traduction  anglaise  d'un  ouvrage  dont  l'Europe 
savante  doit  la  découverte  et  l'acquisition  à  l'un  de  ses  compatriotes. 
C'est  la  première  traduction  complète  de  cet  ancien  et  important 
ouvrage  qui  ait  paru  en  langue  européenne. 

Dans  un  discours  préliminaire  de  près  de  cinquante  pages ,  où 
brille  la  plus  saine  critique,  M.  le  docteur  Laurence  me  semble  avoir 
démontré  que  l'ouvrage  dont  il  s'agit  a  été  supposé ,  en  langue  hé- 
braïque ,  par  un  Juif,  qui  ne  doit  avoir  écrit  que  très  -peu  d'années 
antérieurement  à  l'ère  chrétienne,  à  peu  près  sous  le  règne  d'Hérode. 
Ce  Juif  doit  avoir  fait  partie  des  tribus  emmenées  en  captivité  par 
Salmanassar  et  reléguées  dans  les  pays  de  Halah  et  de  Habor ,  c'est- 
à-dire  dans  la  Colchide  et  dansl'Ibérie,  d'où  elles  ne  revinrent  plus 
en  Judée.  Ces  deux  faits  que  M.  Laurence  me  semble  avoir  établis 
d'une  manière  très-satisfaisante,  ne  donneraient-ils  pas  lieu  de  con- 
jecturer que  l'auteur  de  ce  Livre  se  nommait  Enoch ,  et  qu'on  l'aura 
confondu  avec  le  patriarche  de  ce  nom  (i)?  Parmi  les  nombreux  rap- 
prochemens  que  je  crois  reconnaître  entre  cet  ouvrage  et  le  zenda- 
vestu  et  ceux  que  nous  possédons  sur  l'ancienne  religion  des  Perses  ^ 
je  me  contenterai  de  signaler  les  noms  et  la  multiplicité  des  anges 
bons  et  mauvais,  leur  sort,  leurs  fonctions,  leurs  relations  avec  les 
hommes.  De  leur  commerce  avec  les  filles  des  hommes ,  naquirent 
ces  géans  dont  parle  la  Genèse ,  et  qui  ont  une  étonnante  ressem- 
blance avec  les  Açourasdes  Hindous,  comme  je  l'ai  remarqué  Tom.  I 
de  mon  ouvrage  sur  les  monumens  anciens  et  modernes  de  l'Hin- 
doustan-  On  trouve  dans/e  Hure  d'Enoch  des  idées  très-positives  sur 
l'immortalité  de  l'ame,  dogme  sublime  et  consolateur  auquel  les  Jujfs 
étaient  étrangers  avant  la  captivité  de  Babylone,  sur  la  trinité,  re- 
connue par  les  Hindous  et  par  Platon  ,  et  avant   qu'elle  fût  pro- 

(i)  Cette  conjecture  ,  j'en  conviens,  est  un  peu  contredite  par  la 
mention  de  son  fils  Mathusala  (ou  Mathusalem),  que  l'auteur 
pseudonyme  faitpagegS,  v.  i5,  page  loo,  v.  i  etpassim. 


LIVRES  ETRANGERS.  131 

clamée  par  les  Pères  de  l'Eglise  ;  enfin  l'attente  d'un  messie  ou 
libérateur,  fils  de  Dieu,  fils  de  l'homme,  décrit  dans  la  vision  de 
Daniel,  qui  doit  avoir  eu  des  relations  avec  les  mages  de  Baby- 
lone.  Je  regrette  vivement  de  ne  pouvoir  suivre  l'auteur  dans  ses 
voyages  à  travers  les  espaces  imaginaires ,  ni  raconter  toutes  ses  vi- 
sions, qui  nous  donnent  une  idée  des  opinions  populaires  ,  des  con- 
naissances astronomiques  ,  des  différentes  croyances  adoptées  par  les 
Juifs  ou  par  les  Persans ,  dans  le  premier  siècle  antérieur  à  J.  G. 

Les  remarques  que  M.  le  docteur  Laurence  a  placées  à  la  suite  de 
sa  traduction  du  livre  d'Enoch ,  décèlent  une  connaissance  appro- 
fondie des  langues  bibliques  et  de  la  littérature  sacrée,  et  je  me  plais 
à  rendre  un  juste  hommage  à  la  vaste  étendue  de  son  érudition  , 
comme  à  la  politesse  et  à  la  modération  de  ses  critiques.  Il  a  su  allier 
les  intérêts  de  la  science  avec  la  charité  chrétienne  et  les  égards  de 
la  société.  Langlès. 

i3. — Eléments  of  the  science  qfpolitical  economy  ^g\c. — Élémens 
de  la  science  de  l'économie  politique;  par  James  Mill,  auteur  de 
l'histoire  des  Indes  britanniques.  Londres,  1S21  ;  Baldwin  et  Cra- 
doci;  1  vol.  in-S". 

Le  but  de  l'auteur  est  de  présenter  avec  ordre  les  grandes  doctrines 
de  l'économie  politique ,  qui ,  toutes  liées  les  unes  aux  autres ,  se 
prêtent  un  mutuel  appui.  Son  travail  facilite  l'étude  de  cette  branche 
des  connaissances  humaines  et  la  rend  accessible  à  tous  les  esprits. 

L.  S.  B. 

14.  —  Travels  in  the  ncrth  of  Germanj  ,  etc.  —  Voyages  dans  le 
nord  de  l'Allemagne ,  par  T.  Hodgsk.in.  Londres,  1820;  Colburn, 
2.  vol.  in-S". 

Un  écrivain  allemand,  en  faisant  la  distribution  des  élémens  aux 
différentes  puissances  de  l'Europe,  a  donné  aux  Français  l'empire  de 
la  terre  ;  aux  Anglais ,  celui  des  mers,  et  à  ses  compatriotes,  l'empire 
de  l'air.  Il  est  certain  qu'un  des  traits  caractéristiques  de  ce  peuple 
est  d'être  plus  particulièrement  porté  à  la  spéculation;  cette  dispo- 
sition a  favorisé  une  foule  d'entreprises  audacieusement  conçues. 
C'est  ainsi  que  se  formèrent  un  grand  nombre  d'associations  secrètes. 
La  plus  ancienne  de  toutes  est  la  Franche-maçonnerie ,  à  laquelle 
succédèrent  des  institutions  religieuses  ;  celles-ci  furent  bientôt  sui- 
vies du  tribunal  secret  et  des  illuminés.  En  remontant  à  l'origine  de 
ces  sociétés  ,  on  découvre  qu'elles  sont,  presque  toutes,  les  branches 

9* 


132  LIVRES  ÉTRANGERS. 

d'une  même  tige ,  et  qu'elles  datent  de  beaucoup  plus  loin  qu'on  ne  le 
suppose  généralement.  Quelques-unes,  comme  celles  des  Moraves  , 
s'assemblaient  pour  des  motifs  religieux  ;  d'autres ,  pour  des  re- 
cberches  philosophiques ,  comme  les  Alchimistes ,  les  Rose-croix  et 
ceux  qui  s'occupent  des  sciences  occultes.  Il  paraît  cependant  que 
les  Illuminés,  quoique  pour  la  plupart  mystiques  et  visionnaires, 
avaient  parmi  eux^ne  classe  particulière,  dont  le  but  était  le  pouvoir 
politique. 

Nous  sommes  entrés  dans  ces  détails ,  parce  que  l'auteur  de  l'ou- 
vrage que  nous  annonçons  s'est  principalement  occupé  de  faire  con- 
naître plusieurs  de  ces  associations.  Il  a  aussi  donné  un  tableau  assez 
exact  de  quelques-unes  des  universités  allemandes  et  des  abus  qui, 
selon  lui,  s'y  sont  introduits.  L.  S.  B. 

i5,  —  (*J  An  essay  on  the  history  qfthe  englisch  govemement 
and  constitution ,  etc.  —  Essai  sur  l'histoire  du  gouvernement  et  de 
la  constitution  anglaise,  depuis  le  règne  de  Henri  VII  jusqu'à  nos 
jours;  par  lord  John  Russel.  Londres,  1821 ,  Longmann. 

■i€. — {*)  Historical  memoirs ,  «te.  —  Mémoires  historiques  des  Ca- 
tholiques anglais,  irlandais  et  écossais  ;  par  Charles  Bctteb.  Londres, 
iSai ,  John  Murray  ;  4  vol.  in-S"  ;  prix ,  5o  schellings. 

17.  —  Select  Biography ,  etc.  — Biographie  choisie,  ou  Vies  des 
personnages  éminens  qui  ont  été  l'honneur  de  leur  patrie  ;  par  dif- 
férens  hommes  de  lettres.  Londres,  1821 ,  Colburn. 

Douze  parties  de  cet  ouvrage,  publié  périodiquement,  ont  déjà 
paru  en  Angleterre.  Elles  contiennent  les  vies  de  Fox,  de  Pitt ,  de 
Nelson , -de  Marlborough ,  de  Bruce  ,  de  Ralegh,  de  Johnson,  du 
marquis  de  Monlrose,  etc.  Les  auteurs  semblent  perfectionner  leur 
travail  à  mesure  qu'ils  avancent  ;  les  derniers  sujets  sont  mieux 
choisis  etplusintéressans  que  ceux  qui  sont  traités  dans  les  premières 
livraisons.  La  plupart  des  mémoires  sont  originaux ,  ou  extraits  avec 
discernement  des  énormes  collections  où  ils  se  trouvaient  ensevelis. 

L.  S.  B. 

i8. — General  Index  to  the  Gentleman's  Magazine. — Index  général 
du  Magasin  ou  Répertoire  du  Gentleman,  depuis  l'année  1787 
jusqu'à  l'année  1S18  inclusivement  ;  avec  une  introduction  contenant 
l'histoire  de  l'origine  et  des  progrès  de  ce  journal ,  quelques  anec- 
dotes sur  son  principal  fondateur  et  sur  quelques-uns  de  ses  associés; 
^n  John  Nicflots.  Londres,  1S21  ;  3  vol,  in-8°. 


LIVRES  ETRANGERS.  Î33 

Le  Magasin,  ou  Réjertoire  du  Gentleman  ,  est  le  premier 
journal  périodique  qui  ait  paru  en  Angleterre;  il  y  jouit ^  depuis  en- 
viron quatre-vingt-dix  ans ,  d'une  réputation  méritée.  Ce  fut  une  des 
louables  entreprises  du  xvii*  siècle ,  que  la  publication  de  ce  genre 
d'ouvrages  destinés  à  faire  connaître  au  public  ce  qui  se  passe  dans 
la  république  des  lettres.  L'idée  en  appartient  à  M,  de  Sallo,  con- 
seiller ecclésiastique  au  parlement  de  Paris  \  son  journal  fut  reçu  avec 
ime  approbation  universelle,  et  l'on  se  hâta  de  l'imiter  en  Italie  et  ea 
Allemagne.  En  1GS2  ,  AI.  Meneke  commença  les  ^cta  erudilorum 
Lipsiensia  ,  qui  furent  continués  pendant  plusieurs  années  avec  ua 
succès  toujours  croissant. 

Lorsque  Bayle  et  Leclerc  allèrent  se  6xer  dans  les  Pays-Bas ,  le 
premier  à  Rotterdam  et  l'autre  à  Amsterdam ,  ils  furent  fort  surpris 
de  voir  qu'en  Hollande ,.  pays  qui  était  alors  le  rendez-vous  des 
savans,  à  cause  de  la  liberté  de  la  presse  et  du  grand  nombre  de  ii'- 
brairies  et  de  bibliothèques  publiques  et  particulières  que  l'on  y 
trouvait ,.  personne  a'eût  encore  pensé  à  publier  un  jourjial  littéraire. 
Leclerc  en  commença  aussitôt  un,  qu'il  continua  jusqu'en  1727, 
avec  l'aide  de  Bayle  ;  mais  ce  dernier,  tout  entier  à  la  publication  de 
son  Dictionnaire  biographique,  ayant  cessé  de  travailler  à  ce  journal 
au  bout  de  quelque  tems ,  Beauval  se  chargea  de  le  continuer  sous 
le  titre  A'Ouurages  des  savans.  Plus  tard,  les  Nouuelles  de  la  rèpw 
hlique  des  lettres ,  par  Bernard ,  furent  bien  accueillies  du  public  ^ 
ainsi  que  le  Journal  de  Trèuouxj  cette  dernière  production  était 
spécialement  consacrée  à  la  religion  et  à  la  politique  ,  et  rédigée  par 
une  société  de  jésuites. 

Cène  fut  qu'en  ijôi  qu'Edouard  Cave Gt paraître  en  Angleterie  le 
premier  journal  périodique ,  sous  le  titre  du  Magasin  ou  Répertoitv 
du  Gentleman.  Ce  recueil  ne  renfermait  d'abord  que  des  nou- 
velles et  des  anecdotes  piquantes,  tirées  des  journaux  quotidiens  ;^ 
Cave  résolut  d'y  joindre  les  actes  du  parlement ,  entreprise  assez 
difficile ,  vu  que  ce  genre  de  publicité  était  défendu  alors  par  la 
chambre.  Il  eut  long-tems  ce  projet  en  vue  sans  pouvoir  l'exécuter  ;  il 
s'y  aventura  cependant,  et  commença  par  donner  le  discours  du  roi 
en  janvier  1-32.  Il  publia ,  au  mois  de  juin  de  la  même  année ,  deux 
protestations  des  lords  et  les  remercîmens  adressés  par  l'orateur  de  la 
chambre  des  communes  à  lord  Gage,   le  3i  mai  1732,  ainsi  que  l* 


ISA  LIVRES  ETRANGERS. 

réponse  de  sa  seigneurie.  Le  parlement  ayant  été  prorogé  en  juillet,  il 
se  hasarda  à  présenter  les  actes  et  les  débats  de  la  dernière  session  du 
parlement,  en  désignant  les  principaux  orateurs  par  leurs  lettres  ini- 
tiales. En  IJÔ4 ,  le  docteur  Johnson  offrit  à  Cave  de  l'aider  dans  son 
entreprise  ;  il  lui  suggéra  l'idée  d'insérer  dans  son  Répertoire  des 
poésies  inédites,  de  courtes  dissertations  littéraires  en  latin  ou  en 
anglais,  des  observations  critiques  sur  les  auteurs  anciens  et  mo- 
dernes, les  ouvrages  oubliés  et  qui  méritaient  qu'on  les  rappelât  au 
public,  etc.,  et  il  se  chargea  de  cette  partie  du  recueil.  M.  Cave 
commença  alors  à  proposer  des  prix  de  5o  louis  ou  d'une  médaille 
d'or,  pour  les  meilleurs  poèmes  composés  sur  des  sujets  donnés.  Le 
succès  de  son  journal  lui  suscita  un  grand  nombre  de  rivaux  ;  mais , 
de  tous  les  ouvrages  entrepris  à  l'imitation  du  sien,  le  feul  qui  survé- 
cut fut  le  Magasin  ou  Répertoire  de  Londres.  Il  réussit  pendant 
plusieurs  années,  et  fut  continué  jusqu'en  i-S5,  époque  à  laquelle  il 
cessa  de  paraître. 

Les  débats  parlementaires  furent  publiés  régulièrement  dans  le 
Magasin  du  Gentleman  jusqu'au  i5  avril  ijôS,  où  un  ordre 
sévère  du  parlement  obligea  de  les  supprimer.  Cependant  Cave  ima- 
gina un  nouvel  expédient;  en  juin  1-58,  il  fit  précéder  les  débats 
d'une  espèce  d'introduction  sous  le  titre  à'  Appendice  à  la  description 
'du  célèbre  empire  de  Lilliput ,  donnée  par  le  capitaine  Samuel 
Gulliver;  et  les  actes  du  parlement  furent  publiés  sous  le  titre  de 
Débats  du  sénat  de  Lilliput,  avec  l'anagramme  des  nom.s  des  dif- 
férens  orateurs.  Le  docteur  Johnson  fut  chargé  de  la  rédaction  de  ces 
articles. 

A  la  mort  de  son  fondateur,  le  Magasin  fut  dirigé  par  M.  David 
Henry,  qui  avait  épousé  une  sœur  de  M.  Cave.  En  1778,  M.  Nichols, 
à  qui  l'on  doit  la  préface  de  l'Index  que  nous  annonçons,  prit  une 
part  considérable  à  sa  rédaction  et  continua  depuis  à  en  être  l'é- 
diteur. Cet  ouvrage  est  intéressant  pour  ceux  qui  aiment  à  suivre  les 
progrès  de  la  littérature  pendant  un  si  long  espace  de  tems.  Les 
Index  sont  au  nombre  de  quatre  ;  le  premier  est  pour  les  essais , 
mémoires ,  etc.  ;  le  second  pour  la  poésie,  le  troisième  pour  les  noms 
propres ,  et  le  quatrième  pour  les  gravures.  (  Voyez ,  pour  les  autres 
journaux  publiés  en  Angleterre,  notre  T.  X ,  p.  655.)      L.  S.  B. 

19. — Letters  fo,  etc. — Lettres  à  '**  sur  les  écrits  du  révérend 


LIVRES   EIRA.NGERS.  13o 

W.  L.  Bovvles ,  concernant  la  vie  et  les  œuvres  de  Pope;  par  lord 
Bïaojf.  Londres,  1821.  Colburn  ,  brochure  in-S"  de  55  pages. 

M.  Bowles  s'est  attiré  l'indignation  de  quelques  écrivains  anglais 
en  publiant  une  édition  des  œuvres  de  Pope,  dans  laquelle  il  s'est 
permis  de  retrancher  et  d'altérer  plusieurs  passages.  11  a  aussi  at- 
taqué directement  la  moralité  de  ce  poète ,  dans  la  notice  biogra- 
phique qu'il  a  fait  paraître  à  la  tête  de  cette  nouvelle  édition.  Lord 
Byron  s'est  chargé  de  venger  cet  outrage.  Les  lettres  que  nous  annon- 
çons sont  une  satire  mordante  de  la  présomption  de  l'éditeur  de  Pope. 
Ony  trouve  une  défense  dece  grand  poète d'autantplus remarquable, 
qu'elle  est  fondée  sur  le  mépris  de  l'école  romantique,  dont  lord  Byron 
peut  être  considéré  comme  le  chef.  Nous  traduisons  ce  passage  curieux: 
B  Les  efforts  de  Isi  populace  poétique  d'aujourd'hui,  pour  obtenir  un 
ostracisme  contre  Pope,  s'expliquent  aussi  aisément  que  la  sentence  de 
l'Athénien  contre  Aristide;  ils  sont  las  de  l'entendre  toujours  appeler 
le  juste.  C'est  aussi  pour  leur  existence  qu'ils  combattent;  car,  si  Pope 
garde  son  rang ,  ils  tomberont.  Ils  ont  élevé  une  mosquée  auprès  d'un 
temple  grec  de  la  plus  belle  architecture  ;  et ,  plus  barbares  que  les 
peuples,  auxquels  j'emprunte  cette  figure,  ils  ne  se  sont  pas  contentés 
de  leur  grotesque  édifice,  ils  ont  encore  voulu  détruire  le  glorieux  mo- 
nument si  beau  et  si  pur  qui  existait  avant  eux ,  et  qui  les  menaçait , 
ainsi  que  leurs  ouvrages ,  d'une  honte  éternelle.  On  me  dira  que  j'ai 
été  (et  que  je  suis  peut-être  encore)  au  nombre  de  ces  écrivains  :  il 
est  vrai,  et  j'en  rougis.  J'ai  été  un  des  constructeurs  de  cette  nouvelle 
tour  de  Babel,  origine  de  la  confusion  des  langues  ;  mais  jamais  ,  du 
moins,  je  n'ai  fait  partie  des  envieux  destructeurs  du  temple  classique 
élevé  par  notre  prédécesseur.  J'ai  aimé ,  j'ai  honoré  la  gloire  et  le 
nom  de  cet  homme  illustre  et  sans  rivaux  ;  j'ai  préféré  sa  gloire  à  ma 
vaine  renommée  et  aux  frivoles  applaudissemens  de  la  foule  des  écoles 
et  des  prétendus  poètes  qui  croient  l'égaler  ou  même  le  surpasser. 
Plutôt  que  sa  couronne  perdît  un  seul  fleuron ,  il  vaudrait  mieux  que 
tout  ce  que  ces  hommes  ont  jamais  écrit,  ainsi  que  moi,  fût  employé 
à  envelopper  les  poivres  et  les  épices ,  ou  à  tapisser  les  cellules  de 
Bedlam  et  de  Soho  (i).  Beaucoup  de  gens  croiront  à  la  sincérité  de 
ce  vœu  ;  beaucoup  d'autres  n'y  croiront  pas.  Vous  savez  ,  Monsieur, 
si  je  dis  vrai ,  et  si  je  n'ai  pas  toujours  exprimé  la  même  opinion  dans 

(1)  Deux  maisons  de  fous. 


136  LIVRES  ÉTRANGERS. 

mes  lettres  particulières  et  dans  ce  que  je  destine  à  l'impresssion.  Je 
regarde  ce  siècle  comme  celui  du  déclin  de  la  poésie  anglaise  :  ni  les 
égards  pour  les  autres ,  ni  les  sentimens  d'égoïsme  que  je  puis  éprou- 
ver ,  ne  m'empêcheront  de  voir  et  de  proclamer  cette  vérité.  Il  ne 
peut  y  avoir  de  symptôme  plus  frappant  delà  corruption  du  goût  que 
cette  continuelle  dépréciation  de  Pope.  »  Cette  diatribe  contre  la 
nouvelle  école  romantique  est  suivie  d'un  éloge  complet  du  plus 
grand  des  poètes  classiques  de  l'Angleterre.  LordByron  le  représente 
comme  le  plus  parfait  des  écrivains  et  le  plus  pur  des  moralistes.  Il 
croit  ses  œuvres  destinées  à  surnager  sur  le  torrent  des  siècles  et  des 
révolutions.  «Pope  est,  dit-il,  le  poète  moral  de  la  civilisation  ;  es- 
pérons qu'à  ce  titre  Usera  un  jour  le  poète  national  du  genre  humain.» 
A  un  style  énergique  et  piquant ,  cette  brochure  joint  le  mérite  de 
renfermer  une  discussion  remplie  d'images  et  de  pensées  sur  la  poésie. 

L.  S.  B. 
RUSSIE. 

30. — Mémoires  de  racadèmie  impériale  des  sciences  à  Saint-Pé- 
tersbourg; Tom.  VII,  avec  l'histoire  de  l'académie,  pour  les  années 
i8i5  et  1816.  Saint-Pétersbourg,  1820,  in-4°. 

Ce  recueil  classe  les  mémoires  dans  quatre  sections  ;  savoir  :  ma- 
thématiques,  physique ,  politique  et  histoire.  On  distingue,  dans  la 
section  de  l'histoire ,  un  mémoire  de  M.  Ouvarof ,  écrit  en  français  , 
consacré  à  l'examen  de  la  fable  brillante  d'Hercule.  Il  soutient  qu'elle 
a  été  faite  après  coup,  et  que  le  polythéisme ,  à  son  origine  ,  n'offrait 
aucune  trace  de  l'identité  d'Hercule  avec  le  soleil,  enGn  qu'Hercule 
ne  fut  d'abord  qu'un  homme ,  un  héros  déifié.  L. 

POLOGNE. 

ai.  — Sehastiani  Ciampi,  novum  examen  loci  Liviani  de  legatis 
Romanorum  Athenas  missis  ut  exscriberent  leges  Sulonis.— "S onvel 
examen  d'un  passage  de  Tite-Live  relatif  aux  députés  envoyés  de 
Rome  à  Athènes  pour  transcrire  les  lois  de  Selon.  Wilna  ,  1821,  im- 
primerie diocésaine  de  la  congrégation  de  la  mission.  in-S»  de  54  p. 

Un  Polonais  a  publié  à  Varsovie ,  en  1S19,  un  livre  intitulé  Prin- 
cipia  juris,  dans  lequel,  à  l'occasion  d'une  comparaison  entre  les 
lois  de  Solon  et  celles  des  décemvirs,  il  attaque  en  général  l'autorité 
de  Tite-Live  ,  comme  historien ,  et  en  particulier  ce  qu'il  raconte  du 
fait  énoncé  dans  le  titre  de  l'opuscule  qui  est  l'objet  de  cette  note  . 


LIVRES  ETRANGERS,  137 

La  controverse  sur  ce  passage  n'est  pas  nouvelle  ;  Bonamy  (  Mémoires 
de  l'académie  des  inscriptions  et  belles -lettres ,  Tom.  XII ,  p.  27  ). 
J.  B.  Vico,  chez  les  Italiens;  Gibbon,  [Histoire  de  la  décadence  de 
l'empire  romain,  c.  44)?  ont  élevé  des  doutes  sur  l'authenticité  de  la 
mission  législative  attestée  par  Tite-Live;  mais  elle  a  été  admise  par 
un  auteur  dont  l'opinion  est  imposante  en  cette  matière, par  Bonchand, 
dans  son  Commentaire  sur  la  loi  des  XII  Tables.  C'est  dans  le  même 
sens  que  se  prononce  le  savant  M.  Ciampi ,  et  il  vient  de  traiter  ex- 
professo  ce  point  d'histoire  important,  que  les  auteurs  cités  n'avaient 
guère  touché  qu'en  passant.  Les  principaux  argumens  des  adversaires 
de  Tite-Live  sont  ceux-ci  :  les  monumens  et  les  témoignages  histo- 
riques n'indiquent  point,  disent  -ils ,  que  les  Grecs  aient  eu  aucune 
notion  du  nom  romain ,  avant  l'époque  d'Alexandre  de  Macédoine; 
les  analogies  qu'on  peut  remarquer  entre  les  lois  de  Solon  et  les  lois  des 
Douze  Tables  sont  telles ,  qu'il  sufEt ,  pour  les  expliquer,  de  diverses 
circonstances  générales  ,  sans  qu'il  soit  besoin  d'admettre  une  notion 
précise  deslois  athéniennes  de  la  part  des  législateurs  romains,  lesquels 
étant  patriciens,  ne  doivent  pas  facilement  être  supposés  avoir  entre- 
pris une  longue  navigation  pour  aller  chercher  des  lois  démocratiques. 
— M.  Ciampi  rétablit  dabord  le  respect  dû  à  l'autorité  de  Tite-Live, 
appuyée  cette  fois  du  témoignage  de  Denys  d'Halicarnasse.  Si  les 
monumens  grecs  ne  font  pas  mention  de  l'ambassade  des  Romains  , 
c'est  qu'à  l'époque  où  elle  eut  lieu  ,  la  célébrité  de  ce  peuple  n'avait 
pas  encore  franchi  les  limites  de  son  territoire  italien  :  lorsque  cette 
célébrité  se  fut  étendue ,  Denys  d'Halicarnasse  réclama  pour  sa  na- 
tion l'honneur  d'avoir  transmis  ses  lois  aux  Romains.  D'ailleurs,  de- 
vons-nous nous  flatter  de  connaître  tous  les  monumens  grecs  ?  les 
difiBcultés  de  navigation  avoient  été  bravées  plus  d'une  fois  avant  l'é- 
poque dont  il  s'agit.  M.  Ciampi  en  cite  des  exemples;  si  les  lois  des 
Athéniens  étaient  démocratiques,  ne  contenaient-elles  pas  divers  ré- 
glemens  relatifs  à  la  religion  ou  aux  principes  généraux  de  la  Justice, 
parfaitement  applicables  à  toute  république  établie  sur  des  bases  lé- 
gitimes ? — Mais  ,  poursuit-on  ,  de  quel  idiome  ont  fait  usage  les  Ro- 
mains, alors  à  demi  barbares,  pour  communiquer  avec  les  Athéniens  ? 
faudra-t-il  admettre,  comme  quelques  commentateurs,  que  les  lois 
des  Douze  Tables  leur  auront  été  transmises  par  le  geste? — Non,  ré- 
plique M.  Ciampi ,  les  Romains  n'étaient  pas  à  demi  barbares  ,  au 
commencement  du  IV'  siècle  de  leur  ère  ;  et  il  invoque  à  cet  égard 


138  LIVRES  ETRANGERS. 

le  témoignage  de  leurs  auteurs  ;  la  langue  des  Grecs  était  loin  de 
leur  être  inconnue;  des  vojageurs,  des  fugitifs,  des  proscrits  de  la 
Grèce  ne  la  leur  avaient-ils  point  apportée  ;  Demarate  le  Corinthien 
n'était-il  pas  devenu  le  beau-père  de  Tarquin  l'ancien  ?  bien  plus  , 
Pline  l'ancien  ,  Strabon,  Diogène  Laerce,  font  mention  d'un  Ephé- 
sien,  nommé  Hermodore,  à  qui  une  statue  fut  élevée,  précisément 
en  récompense  de  ce  qu'il  avait  servi  d'interprète  aux  décemvirs  pour 
la  promulgation  des  lois  de  Solon.  —  Nous  sommes  contraints  d'a- 
bréger ces  diverses  argumentations ,  ce  qui  certainement  leur  enlève 
une  bonne  partie  de  leur  force.  S'il  était  permis  de  juger,  lorsqu'on 
n'a  entendu  qu'une  des  deux  parties,  et  après  une  simple  lecture, 
nous  inclinerions  volontiers  pour  l'opinion  de  M.  Ciampi  Quoi  qu'il 
en  soit  ,  l'habileté  et  l'érudition  avec  laquelle  il  l'a  développée  et 
soutenue  ne  peut  qu'ajoutera  sa  réputation  de  critique  et  de  savant. 

A.  Mahll, 

NO  RVÉGE. 

22. — Daghog,  etc.  —  Journal  tenu  pendant  un  voyage  à  Congo  en 
Afrique, parM.  le  professeur  C.  Smith.  Christiania,  1819  , 1  vol.  in-8°. 

M.  Smith ,  naturaliste  norvégien  ,  mourut  pendant  ce  voyage.  Ses 
papiers  ont  été  recueillis  après  sa  mort,  et  les  annotations  qui  s'y  trou- 
vaient consignées  viennent  d'être  publiées  par  un  de  ses  amis.  Ce 
petit  volume  est  fait  pour  augmenter  encore  les  regrets  que  cause 
à  sa  patrie  la  mort  prématurée  du  voyageur  qui  promettait  à  la 
Norvège  un  digne  successeur  des  célèbres  naturalistes  Gunnerus , 
Slrôm  et  Pontoppidan. 

20.  (*)  —  Om  Adel  i  Norge.  —  De  la  noblesse  en  Norvège ,  à  l'oc- 
casion des  discussions  de  la  diète  à  ce  sujet,  par  M.  P.  A.  Heibekg. 
Christiania,  1S21. 

La  paix  de  Kiel,  signée  le  i4  janvier  i8i4  »  força  le  roi 
de  Danemarck  de  renoncer  à  son  royaume  de  Norvège,, qui ,  d'a- 
près la  volonté  formelle  des  souverains  alliés  contre  la  France ,  fut 
donné  à  la  Suède.  Profitant  de  cette  décision  toute  puissante ,  et 
d'autres  circonstances  également  favorables  ,  le  roi  de  Suède  aurait 
pu  imposer  à  la  Norvège  le  gouvernement  arbitraire  ,  ou  lui  donner 
ime  constitution  quelconque.  Il  eut  la  générosité  d'accepterlaL  loi  fon- 
damentale décrétée  par  les  représentans  du  peuple  ,  et  destinée  à 
régir  l'état  sous  le  gonvcrnement  d'un  autre  prince,  dont  le  règne  ne 


LIVRES  ETRANGERS.  1.^9 

fut  qu'éphémère.  L'article  20  de  cette  constitution  dit  «  qu'à  l'a- 
venir il  ne  pourra  être  accordé  à  personne  de  prérogatives  hérédi- 
taires ,  personnelles  ou  mixtes.  »  Les  articles  78  et  79  permettent  au 
roi  de  refuser  deux  fois  de  suite  sa  sanction  aux  lois  décrétées  par 
deux  diètes  consécutives  ;  mais  si  la  même  résolution  est  encore 
adoptée  sans  amendement  par  la  troisième  diète  suivante ,  elle  ac- 
quiert force  de  loi,  quand  même  elle  ne  serait  pas  munie  de  la  sanc- 
tion rojale.  C'est  ce  qui  est  arrivé  en  Norvège.  La  diète  de  i8i5 
avait  jugé  convenable  d'abolir  tout  de  suite  les  privilèges  exislans. 
Le  roi  refusa  sa  sanction  à  cette  résolution ,  ainsi  qu'à  celle  de 
même  nature  ,  reproduite  à  la  diète  de  1818.  C'est  dans  cet  état  de 
choses  que  M.  Heiberg  a  publié  le  petit  écrit  que  nous  annonçons , 
pour  conseiller  à  la  diète  norvégienne  de  persister  dans  ses  résolutions 
antérieures  ,  mais  sans  préjudice  aux  droits  acquis,  et  de  laisser 
jouir  de  leurs  privilèges  ,  leur  vie  durant  ,  les  hommes  actuellement 
existans.  «  Les  hommes  nés  avant  la  promulgation  de  cette  nouvelle 
loi,  dit-il,  ont  seuls  des  droits  acquis;  ceux  qui  naîtront  par  la  suite 
n'en  ont  pas  de  pareils  à  réclamer,  à  moins  qu'on  ne  veuille  sou- 
tenir que  les  générations  futures  jusqu'à  la  fin  des  tems  ont  le  droit 
d'être  les  législatrices  de  leurs  ancêtres  et  des  siècles  qui  ont  pré- 
cédé leur  naissance.  »  Néanmoins ,  la  diète  actuellement  réunie  a 
confirmé  la  résolution  des  deux  assemblées  précédentes;  et,  si  la 
constitution  n'est  pas  violée,  cette  abolition  est  devenue  loi  de  l'état. 
Prévoyant  cependant  que,  dans  le  désir  de  réunir  un  jour  la  Norvège 
plus  étroitement  à  la  Suède,  le  gouvernement  de  ce  dernier  royaume 
ne  cessera  jamais  de  solliciter  le  roi  de  proposer  la  création  d'une 
noblesse  norvégienne ,  l'auteur  s'est  attaché  à  prouver  combien  un 
pareil  établissement  deviendrait  désastreux  dans  un  pays  qui  ne  pos- 
sède pas  les  élémens  nécessaires  pour  former  une  noblesse  telle 
qu'elle  doit  être  pour  être  quelque  chose.  Nous  nous  abstiendrons  de 
détails  à  ce  sujet  ;  mais  nous  ferons  connaître  les  réflexions  que  l'au- 
teur soumet  à  ses  compatriotes,  dans  le  cas  où  il  faudrait  absolument 
céder  à  un  vœu  étranger,  pour  introduire  dans  l'état  un  élément  re- 
poussé par  la  constitution.  Dans  ce  cas,  dit -il,  la  Norvège  aurait  à 
choisir  entre  quatre  différentes  espèces  de  noblesse.  La  première ,  ou 
la  noblesse  héréditaire  à  perpétuité,  a  été  condamnée  par  le  vœu  de 
la  nation  ,  fortement  exprimé  dans  trois  législatures  consécutives  et 
composées  par  des  élections  différentes,  La  seconde ,  ou  la  noblesse 


lAO  LIVRES  ETRANGERS. 

personnelle,  serait  Inutile  et  superflue,  puisque  la  constitution  ac- 
corde au  roi  le  droit  de  donner  des  ordres  de  chevalerie  et  d'autres 
distinctions  de  la  même  nature.  La  troisième  consisterait  à  anoblir 
les  hommes  qui  auraient  bien  mérité  de  la  patrie,  en  leur  conférant 
un  plus  ou  moins  grand  nombre  de  quartiers,  qui  diminueraient  de 
génération  en  génération  jusqu'à  leur  entière  extinction.  L'auteur 
croit  que  les  récompenses  honorifiques ,  tout  comme  les  peines  flé- 
trissantes, devraient  être  personnelles  et  nullement  héréditaires  dans 
une  famille.  Cependant,  dit -il,  qu'un  père  laisse  en  héritage  à  son 
fils  une  illustration  acquise  par  de  grands  services  rendus  à  sa  patrie  , 
cela  pourrait  encore  être  utile.  Un  père  vertueux  aura  pu  donner  d'ex- 
cellentes leçons;  son  exemple  aura  pu  profiter  à  son  Cls,  et  pourtaat 
l'on  voit  que  cela  n'arrive  pas  tous  les  jours;  mais  le  petit-fils  est  rare- 
ment contemporain  de  son  grand-père;  et,  quand  cela  arrive,  les  leçons 
et  l'exemple  de  celui-ci  ne  s'impriment  que  faiblement  dans  l'esprit 
de  l'enfant,  et  l'impression  devient  presque  nulle  ,  à  mesure  que  les 
générations  s'éloignent  l'une  de  l'autre.  La  quatrième  espèce  de  na- 
blesse  est  celle  des  Chinois ,  dont  parle  madame  de  Staël.  L'auteur 
n'est  pas  grand  admirateur  des  institutions  chinoises,  mais  il  accueille 
le  bon  sens  partout  où  il  le  trouve,  et  il  avoue  que  la  noblesse  chi- 
noise semble  à  ses  yeux  être  la  plus  raisonnable  cl  en  même  tems  la 
plus  honorable.  Illustrer  un  homme  vertueux  ,  et  donner  en  même 
tems  la  même  illustration  aux  auteurs  de  ses  jours ,  à  qui  il  doit  or- 
dinairement l'exemple  et  les  leçons  qui  lui  ont  servi  de  guide  ,  c'est 
honorer  une  vertu  qui  a  déjà  porté  d'cxcellens  fruits  à  leur  maturité  ; 
mais  anoblir  avec  le  père  le  fils  encore  enfant ,  c'est  récompenser 
une  vertu  qui  n'est  encore  qu'en  germe ,  et  qui  se  développera  peut- 
être  un  jour  avec  des  fruits  très  -amers.  S'il  faut  absolument  que  la 
Norvège  ait  une  noblesse ,  que  le  peuple  adopte  donc  celle  de  la 
Chine ,  du  moins  n'aura-t-il  jamais  à  rougir  de  ses  motifs. 

Il  paraît  néanmoins  que  le  roi  insiste  sur  la  création  d'une  nou- 
velle noblesse.  Nous  ne  connaissons  pas  les  raisons  qui  engagent  S.  M. 
à  détruire  un  article  fondamental  qu'il  connaissait  lorsqu'il  accepta 
la  constitution  norvégienne  et  qu'il  prêta  serment  de  la  maintenir. 
Ce  que  nous  savons  avec  certitude,  c'est  que  l'abolition  de  l'ancienne 
noblesse ,  cette  mesure  si  heureuse  pour  la  Norvège  dans  ses  consé- 
quences naturelles  ,  n'a  pu  ruiner  aucune  famille.  Il  n'existait  dan» 
tout  le  royaume  que  deux  comtes  .  dont  l'un  appartient  au  roi,  et  une 


LIVRES  ÉTRANGERS.  Ul 

seule  baronnie.  Ajoutons  à  cela  douze  ou  quinze  petites  terres  privilé- 
giées ,  et  dont  le  plus  important  des  privilèges  consiste  dans  l'exemp- 
tion partielle  de  la  dime.  L'abolition  d'une  telle  noblesse  ne  peut 
nuUemement  inquiéter  les  puissances  voisines;  d'ailleurs,  à  cet  égard, 
la  Norvège  a  pour  garantie  les  différentes  proclamations  du  roi,  où  il 
est  dit  qu'un  état,  quelque  petit  qu'il  soit,  doit  chercher  à  maintenir 
son  indépendance  en  ne  recevant  jamais  d'ordres  de  la  part  de  ses 
%'oisins. 

Le  tems  nous  apprendra  le  résultat  d'une  lutte  qui  cause  beaucoup 
de  fermentation  en  Norvège.  Nous  observerons  seulement  que  l'abo- 
lition de  tous  les  privilèges  héréditaires  est  un  des  principes  les  plus 
fondamentaux  de  la  constitution,  et  que  l'art.  112,  qui  prévoit  la 
possibilité  d'une  révision,  pour  y  faire  des  changemens  exigés  par  des 
circonstances  impérieuses  et  imprévues ,  ordonne  néanmoins  expres- 
sément que  ces  changemens  ne  pourront  jamais  être  contraires  aux 
principes  fondamentaux ,  et  qu'ils  ne  deuront  avoir  pour  objet  que 
des  modifications  dans  quelques  dispositions  particulières  qui  n^ al- 
tèrent point  l'esprit  de  la  constitution. 

DANEMARCK. 

24.  —  Dictionnaire  des  auteurs  danois  et  norvégiens  ,  tant  morts 
que  vivans.  Seconde  et  dernière  partie  in-i''.  Copenhague  ,  1S20.  Par 
MM.  NïERur  et  Krafft  (et  non  pas  Rask,  comme  nous  avons  dit, 
par  erreur,  en  annonçant  la  première  partie  de  cet  ouvrage,  yqyez  , 
ci-dessus,  T.  I,  pag.  36i.) 

Cet  ouvrage  est  maintenant  complet;  il  y  manque  seulement  ua 
supplément  qui  contiendra  les  erreurs  et  les  omissions  échappées 
aux  rédacteurs.  Dans  notre  annonce  de  la  première  partie,  nous  avons 
remarqué  que  les  étrangers  qui  ont  écrit  en  Danemarck  ou  en  Norvège 
y  sont  mentionnés  avec  soin,  mais  que  les  rédacteurs  n'y  ont  pas 
admis  les  ouvrages  publiés  en  pays  étranger  par  des  Danois  ou  des  Nor- 
végiens. Quoique  cette  marche  soit  conforme  au  plan  de  l'ouvrage , 
ainsi  qu'il  a  été  expliqué  par  M.  Nyerup  ,  dans  sa  préface ,  nous  avons 
néanmoins  remarqué  qu'il  y  a  été  fait  des  exceptions  qu'on  ne  sait  com- 
ment expliquer.  C'est  ainsi  que  nous  avons  trouvé  plusieurs  étrangers, 
dont  les  noms  sont  suivis  de  la  nomenclature  de  beaucoup  d'ouvrages, 
imprimés  hors  des  états  du  roi  de  Danemarck.  Nous  citerons  un  seul 
exemple ,  pris  au  hasard.  Il  y  avait  à  Copenhague,  sous  le  règne  de  Fré- 


1A2  LIVRES  ETRANGERS. 

déric  III,  un  envoyé  de  la  cour  d'Espagne  ,  nommé  le  comte  Rebol- 
/pJo.  On  trouve ,  sous  son  nom,  un  seul  ouvrage  imprimé  en  Dane- 
marck,  en  i655,  et  six  autres  publiés  à  Anvers  et  à  Cologne.  Il  nous  est 
également  impossible  d'expliquer  par  quels  motifs  les  ouvrages  de 
M.  Malte-Brun,  publiés  à  Paris,  ont  été  exclus  de  ce  dictionnaire, 
tandis  qu'on  y  trouve  la  liste  complète  de  toutes  les  brochures  de 
M.  Brun-Neergaard.  Ces  observations  n'empêchent  pas  que  le  dic- 
tionnaire que  nous  annonçons  ne  soit  un  ouvrage  très-important ,  et 
qu'en  le  publiant,  les  rédacteurs  n'aient  rendu  un  véritable  service 
aux  savans  de  leur  patrie. 

25. —  Catalogua  librorum  sarnscritanorum,  quosbibliothecœ  uni- 
versitatis  Hafniensis  vel  dédit ^  vel  paravit  Nathanael  TVallich, 
doctor  medicinœ  et philosophiœ ,  ordinis  Danebrogici  eques  ,  horti 
botanici  Calcutiensis  in  India  prœfectus.  Scripsit  Ebasmcs  Nyeecp  , 
bibliothecarius  uniuersitatis.  Hafniae,  1821.  54  pag.  in-S",  avec  une 
gravure. 

Il  a  été  quelquefois  question,  dans  notre  Revue,  de  M.Wallich, 
et  notamment  T.  VIII,  pag.  ^i\ ,  où  nous  avons  dit  que  ce  jeune 
et  savant  Israélite ,  employé  à  des  conditions  honorables  et  bril- 
lantes ,  comme  directeur  du  jardin  botanique  de  Calcutta,  avait  en- 
voyé à  la  bibliothèque  de  l'université  de  Copenhague  une  riche 
collection  d'ouvrages  en  langue  samscrite ,  dont  une  partie  achetée 
à  ses  propres  frais,  et  le  reste  dû  à  la  bienveillance  dont  l'hono- 
rent les  deux  sociétés  littéraires  asiatiques  de  Calcutta  et  du  fort 
William.  Le  célèbre  professeur  Nyerup,  appréciateur  éclairé  de  ces 
richesses  littéraires,  croit  actuellement  que  la  bibliothèque  de  l'uni- 
versité de  Copenhague ,  dont  il  est  le  conservateur,  ne  le  cède  en 
rien  à  aucune  des  bibliothèques  européennes  pour  le  nombre  et  l'im- 
portance des  livres  imprimés  et  manuscrits  en  langue  samscrite.  Le 
catalogue  que  nous  annonçons  est  divisé  en  cinq  chapitres,  dont 
voici  l'extrait  :  Chap.  1".  Grammaires,  vocabulaires  et  diction- 
naires; i4  ouvrages  en  i5  volumes.  Chap.  2.  Poésie  indienne  ;  21  ou- 
vrages en  5i  volumes.  Chap.  3.  Théologie  et  philosophie  des  Hin- 
dous; 10  ouvrages  en  12  volumes.  Chap.  4>  Jurisprudence;  7  ou- 
vrages en  9  volumes.  Chap.  5.  Manuscrits  i5,  contenant  des  poésies 
et  plusieurs-tfôités  concernant  l'histoire ,  la  grammaire ,  la  lexico- 
graphie, la  théologie,  la  médecine,  l'astronomie  et  l'astrologie. 

M.  Nyerup  a  accompagné  chacun  des  titres  de  ces  diOerens  ou- 


LIVRES  ETRANGERS.  lAS 

vrages  de  quelques   notes  et  de   réflexions ,   qui  intéresseront  sans 
doute  ceux  qui  s'occupent  de  la  langue  samscrilc.  Heiberg. 

ALLEMAGNE. 

26.  — Sn'Urigail  ein  hejtrag  zu  den  Geschichlen  von  Lithauen , 
Russland ,  Pohien  und  Preussen. — Switrîgail,  pour  servira  l'his- 
toire de  Lithuanie,  de  Russie,  de  Pologne  et  de  Prusse  ;  par  Auguste 
DE  KoTZEBCE.  Leipsig  j  1820. 

Voici  le  fond  du  porte-feuille  de  M.  de  Kotzebue  ;  ce  sont  des  do- 
cumens  sur  l'histoire  du  prince  Switrigail,  contemporain  de  Jagellon. 
Les  événemens  dont  il  est  ici  question,  quoique  peu  importans  pour  ce 
que  l'esprit  humain  attend  de  lumières  de  l'étude  du  passé ,  se  rat- 
tachent néanmoins  aux  destinées  des  grands  états  qui ,  dans  le  nord , 
occupaient  la  scène  du  monde  ;  ils  jettent  un  nouveau  jour  sur  des 
caractères  jusqu'ici  peu  connus  ou  même  méconnus.  En  i8i3 ,  M.  de 
Kotzebue  vit  à  Kœnisberg  le  savant  Hennig  ;  celui-ci  était  alors 
occupé  à  dépouiller  de  vieilles  chartes  ;  dès  qu'il  rencontrait  quelque 
chose  de  relatif  à  Switrigail,  il  le  mettait  de  côté,  dans  la  vue  d'écrire 
un  traité  particulier.  Peut-être  Hennig  disait-il  de  l'histoire  de  Swi- 
trigail ce  que  Tacite  a  dit  de  celle  de  Nerva  :  uberlorem  securioremque 
materiam  senectuti  reposai  ;  mais  la  mort  enleva  M.  Hennig,  et  M.  de 
Kotzebue  se  prit  pour  Tacite  et  fit  son  livre.  On  se  rappelle  qu'au- 
trefois il  avait  lui-même  déclaré,  dans  le  Correspondant  de  Ham- 
bourg, que  désormais  il  allait  s'asseoir  au  premier  rang  des  histo- 
riens. L'indulgence  de  M.  de  Mliller ,  qui  voulut  bien  joindre  com- 
plaisamment  son  témoignagne  à  cette  prise  de  possession ,  n'a  pas 
peu  contribué  à  persuader  à  quelques  bonnes  gens  qu'effectivement 
Tacite ,  Salluste  et  Tite-Live  étaient  ressuscites  dans  la  personne  de 
M.  de  Kotzebue.  Cependant  V  Histoire  ancienne  de  la  Prusse  court 
grand  risque  d'éprouver,  en  peu  d'années  et  en  dépit  de  l'im- 
primerie ,  le  sort  que  l'injure  du  tems  et  le  bouleversement  des  em- 
pires ont  fait  subir  à  quelques  livres  des  Annales  et  des  Histoires. 

On  demande  si  les  documens  de  M.  de  Kotzebue  seront  utiles ,  et 
l'on  répond  assez  généralement  qu'ils  seraient  de  nature  à  l'être,  si 
leur  compilateur  avait  fait ,  soit  un  livre  assez  intéressant  pour  être 
lu,  soit  un  recueil  assez  savant  pour  que  l'on  pût  y  puiser;  mais  on 
s'exposerait,  en  le  faisant,  à  d'étranges  méprises.  M.  de  Kotzebue  lit  si 
inexactement  que,  dans  une  seule  bulle  du  pape  Honorius  III ,  il  a 


lAA  LIVRES  ETRANGERS. 

trouvé  le  moyen  de  placer  quarante-trois  fautes.  Souvent ,  pour  s'épar- 
gner la  peine  de  déchiffrer,  il  a  inventé  ,  souvent  il  a  mis  des  conjec- 
tures là  où  il  pouvait  donner  du  certain.  M.  de  Kotzebue  en  voulait 
d'ailleurs  à  l'ordre  teutonique  à  tel  point,  qu'il  ne  se  faisait  aucun 
scrupule  des  altérations  dans  les  textes ,  pourvu  qu'il  le  représentât 
comme  avide  de  sang  et  de  richesses ,  pourvu  qu'il  lui  reprochât  des 
crimes  imaginaires.  Qu'on  Juge  après  cela  s'il  aura  rapporté  fidèle- 
ment tout  ce  qui  pouvait  constater  les  vertus  de  cet  ordre  1  Même  en 
ce  qui  concerne  son  héros  Sifilrigail,  M.  de  Kotzebue  n'a  pas  fait  de 
bien  grandes  recherches  ;  on  lui  reproche  généralement  de  ne  pas 
s'être  servi  des  correspondances  de  Withold  de  Lithuanie  et  de 
Sigismond ,  roi  des  Romains.  Nous  ne  nous  serions  pas  arrêtés  à 
cette  production,  qui  semble  par  son  titre  même  condamnée  à  l'obs- 
curité, si  elle  n'était  de  Kotzebue.  Ph.  Golbéhy. 

27. — De  Apolline  patricio  et  Minerua primigenia  Atheniensium , 
scribebat  BoEBB.  philosophiœ  doctor,  Heidelbergœ  1820  ,  in-i". 

Ce  n'est  pas  la  première  fois  que  nous  avons  occasion  de  nommer 
M.  Bœhr;  il  a  fait,  pour  les  Meletemala  de  M.  Creutzer,  un  traité 
sur  l'Artaxerce  de  Plutarque  ;  et ,  quoique  ce  traité  se  distinguât  par 
une  sagacité  et  une  érudition  peu  communes,  nous  avons  été  obligés 
de  nous  en  tenir  à  une  simple  indication ,  notre  recueil  ne  comportant 
pas  un  examen  purement  philologique.  Aujourd'hui ,  M.  Bœhr 
éclaircit  un  point  de  mythologie  qui  se  lie  essentiellement  à  l'his- 
toire d'Athènes  :  cet  ouvrage  est  donc  d'un  intérêt  plus  général ,  et 
nous  devons  à  nos  lecteurs  de  leur  faire  connaître  cette  ingénieuse  et 
savante  dissertation. 

L'auteur  part  d'un  passage  de  Plutarque  dans  la  vie  d'Alcibiade  , 
Apollon  y  reçoit  le  titre  de  Tlttr^aica;  et  Minerve  celui  d"A/ix,>'ys'T*T. 
M.  Bœhr  explique  la  valeur  de  ces  épithètes  ;  il  commence  par  Mi- 
nerve ,  et  se  demande  si  la  qualification  qui  lui  est  donnée  convient 
à  plusieurs  divinités  ,  ou  si  elle  n'est  attribuée  qu'à  elle  seule  î 
C'est  dans  l'histoire  que  M.  Bœhr  trouve  la  solution.  Les  anciens , 
au  moment  de  quitter  la  patrie  pour  fonder  une  colonie,  emmenaient 
avec  eux  une  des  divinités  tutélaires  de  la  métropole ,  et  lui  confiaient 
le  soin  de  veiller  à  la  prospérité  du  nouvel  établissement.  Comme 
cette  divinité  ne  se  bornait  point  à  une  bienveillance  inefficace  ; 
comme  elle  prenait  une  part  active  à  la  fondation  de  la  cité  ,  on 
l'bcnorait  aussi  sous  d'autres  noms  ;  en  sorte  que  le  même  dieu  est 


LIVRES  JÉTRANGERS.  1A3 

•cuvent  appelé  KT<rîV,  O'iKtçHr  et  A^X-^V^'t"»-.  Ainsi  que  l'atteste 
Hesycbius  ,  chaque  tribu  d'Athènes  avait  son  héros  ^PX^ysma-. 
M.  Bœhr  prouve  ,  par  de  nombreux  exemples  ,  ce  qu'il  a  si  biea 
établi  parle  raisonnement;  il  nous  montre  Apollon,  Diane,  Escu- 
lape  ,  Hercule  revêtus  de  ces  mêmes  titres.  Cela  posé,  le  point  es- 
sentiel de  sa  dissertation  était  d'expliquer  pourquoi  Minerve  est  ap- 
pelée Açx^y3Tia-  par  les  Athéniens;  car.  dans  le  passage  de  Plutarque , 
c'est  Alcibiade  qui  parle.  Ici  M.  Bœhr  émet  une  opinion  qui  appartient 
à  de  grands  savans  ,  entre  autres  à  M.  CreuUer  ,  mais  qui  trouve 
aussi  de  nombreux  contradicteurs.  Selon  lui,  les  Athéniens  sont  une 
colonie  égyptienne  qui ,  partie  de  Sais ,  transplanta  le  culte  d'Isis  sur 
le  sol  de  la  Grèce.  Or,  cette  Isis  est  Minerve  elle-même  nominenon- 
nihil  immutato  ,  dit  M.  Bœhr  ;  puis  il  cite  M.  Creutzer  ,  mais  la 
chose  valait  la  peine  de  transcrire  le  passage  entier  dans  lequel  ce 
savant  mythologue  établit  l'opinion  que  le  culte  égyptien  a  été  ap- 
porté dans  l'Attique  par  des  colons  :  voici  une  des  preuves  qu'il  en 
donne.  Les  Egyptiens  appelaient  cette  Isis  Nctha  :  ce  nom  ,  en  l'é- 
crivant de  la  droite  à  la  gauche ,  donne  ^iken  :  il  n'y  a  donc  point 
de  différence  dans  le  nom  ,  mais  seulement  dans  la  manière  de  le  lire. 
Au  surplus ,  M.  Creutzer  déclare  qu'il  importe  peu  que  cette  origine 
soit  vraie  ,  ou  que  le  nom  grec  soit  une  traduction  du  nom  égyptien  ; 
puis  ,  il  réfute  les  diverses  étymologies  données  par  les  philosophes 
et  par  les  grammairiens.  Mais,  revenons  à  M.  Bœhr,  qui  passe  main- 
tenant à  l'Apollon  fTXTfSoa-.  Il  se  sert  des  observations  da 
MM.  Ast  et  Wyttenbach  pour  définir  ce  mot  :  puis  il  démontra 
que  plusieurs  autres  dieux  ont  reçu  la  même  qualification,  a  L'orgueil 
des  Athéniens ,  ajoute-t-il ,  voulait  qu'Apollon  eût  épousé  la  fille 
d'Erechtée  ,  et  qu'Ion  fût  né  de  cette  union.  Ce  peuple  prétendait 
être  indigène ,  et  se  donnait  Apollon  pour  auteur  TTATiSoir. 
M.  Bœhr  reconnaît  encore  ici  le  culte  de  Sais  :  Apollon  y  était  révéré 
sous  le  nom  deHorus,  ainsi  que  l'affirme  Hérodote,  et  les  Égyptien» 
le  croyaient  fils  de  Vulcain.  L'auteur  se  sert  en  cet  endroit  d'un  pas- 
sage de  Cicéron  qui  ,  dans  son  traité  de  liatura  Deorum  ,  dit ,  en 
parlant  des  nombreux  soleils  des  théologiens  :  Terlius  Vulcano  Nili 
filio  ,  etc.  (Voyez  dans  les  Mémoires  de  l'Académie  une  dissertation 
de  M.  de  la  Barre)  Dans  la  suite,  Vulcain  cessa  d'être  le  mari  de  Minerve; 
et ,  comme  il  fallait  qu'elle  fût  vierge  ,  Horus  ou  Apollon  ne  fut 
plus  son  fils.  L'ancienne  tradition  égyptienne  se  conserva  dans  le« 

Tome  xi,  ^0 


jAfi  LIVRES  KTRANGERS. 

mystères ,  tandis  que  le  culte  de  la  Grèce  prévalut  cher  le  peuple: 
athénien,  à  l'époque  où  lés  Doriens  envahirent  une  grande  partie  des 
pays  voisins;  de  telle  sorte  qu'Apollon  et  Diane,  les  principales 
divinités  de  ces  Doriens ,  se  confondirent  peu  à  peu  avec  les  notions 
qu'on  avait  de  Minerve  et  de  Horus.  M.  Bœhr  établit  que  Jupiter  est 
aussi  pour  les  Athéniens  une  divinité  importée,  et  que  ,  si  quelques 
tragiques  l'ont  appelé  w^t^^s^,  on  ne  lui  a  jamais  donné  ce  titre 
dans  les  rites  publics.  On  exigeait  surtout  des  candidats  aux  hautes 
magistratures,  qu'ils  fussent  nés  de  parens  athéniens,  et  que  par 
conséquent  ils  révérassent  Apollon  rartmc^  ,  et  Jupiter  E'/!X«(o<r. 

M.  Bœhr  a  toujours  soin  d'appuyer  ses  conjectures  du  témoignage 
des  auteurs  anciens  ,  il  faut  lui  en  savoir  doublement  gré  ;  car,  s'il 
ne  l'avait  point  fait ,  il  aurait  pu  nous  induire  en  erreur  d'autant  plus 
facilement  que  la  pureté  de  son  style  latin  nous  aurait  permis  d'ou- 
blier que  nous  lisions  un  moderne.  Ph.  Goleéhv, 

a8. — ffûis  ist  der  Zeitgeist? — Qu'est-ce  que  l'esprit  du  tems?  i8ao, 
sans  indication  du  lieu  de  l'impression  ;  brochure  in-8°  de  5o  pages. 

Nous  ne  savons  pas  précisément  dans  quel  endroit  de  l'Allemagne 
la  presse  a  enfanté  ce  chef-d'œuvre  ;  l'auteur,  l'imprimeur  et  leurs 
complices  en  obscurantisme  ont  jugé  à  propos  de  se  condamner  eux- 
mêmes  à  leurs  chères  ténèbres.  II  ne  tenait  qu'à  eux  de  se  faire  une 
célébrité  à  la  manière  d'Erostrate.  Cet  ouvrage  n'est,  à  proprement 
parler,  qu'une  réimpression  du  discours  d'Eilert  sur  l'esprit  du 
tems,  ou  bien,  si  l'on  veut,  c'est  un  extrait  delà  -foudroyante 
Concordia  de  M,  deSchlegel.  Mais  ce  qui  se  conçoit  à  peine,  c'est  que 
l'on  ait  osé  adresser  un  pareil  ouvrage  aux  souverains  assemblés  pour 
fixer  le  sort  des  nations.  L'auteur  prêche  une  croisade  contre  les 
sciences  ;  il  appelle  ,  pour  les  détruire ,  l'assistance  des  maîtres  de 
l'Europe;  et,  comme  il  déteste  surtout  la  logique,  la  grammaire  et 
la  critique  ,  il  entre  en  campagne  tout  seul  et  sans  attendre  le  con- 
tingent de  personne.  La  grammaire  a  été  l'objet  de  ses  premières 
hostilités  ;  il  l'a  blessée  par  un  grand  nombre  de  fautes  de  langue  et 
d'orthographe  ;  mais  l'auteur  n'a  pas  long-tems  joui  de  sa  victoire  : 
la  critique  a  vengé  la  grammaire,  et  les  souverains  ne  se  sont  pas 
souciés  de  l'alliance  qui  leur  était  oflerte.  Ph.  Golbéry. 

2t).  —  Griechenlands  Tf'iedergeburt ,  etc.  —  La  Renaissance  de  la 
Grèce,  programme  pour  la  fête  de  la  résurrection  ;  par  W,  T.  Krcc  , 


LIVRES  ETRANGERS.  1A7 

professeur  de  philosophie.  2'  édition.   Leipsick  ,    iSai.  Brockhaus. 
3o. — Die  Sache  der  Griechen  die  Sache  Europas  ;  \a   cause  de* 
Grecs  est  la  cause  de  l'Europe.  Leipsick,  1821.  Vogel. 

Ces  deux  brochures,  publiées  dans  un  pays  où  la  littérature  grecque 
est  cultivée  avec  soin,  et  où,  par  conséquent,  on  ne  croit  pouvoir 
mieux  s'acquitter  de  ce  que  l'on  doit  aux  anciens  Grecs  qu'en  s'iu- 
téressant  vivement  au  sort  de  leurs  descendans  ;  ces  deux  brochures, 
dis-jc ,  ont  pour  but  d'arracher  l'Europe  à  sa  léthargie,  et  de  l'ex- 
citer à  seconder  les  malheureux  Grecs  un  peu  plus  que  par  des 
vœux  stériles.  En  Allemagne,  comme  en  Russie,  la  jeunesse  s'est 
montrée  disposée ,  malgré  l'apathie  de  la  diplomatie  européenne, 
à  embrasser  avec  ardeur  la  cause  de  la  civilisation  contre  celle  de 
la  barbarie  ;  et  si  une  espèce  de  cordon  de  neutralité  ne  les  repous- 
sait impitoyablement  du  théâtre  où  s'est  engagée  la  lutte ,  peut-être 
des  milliers  d'étudians  combattraient  déjà  pour  cette  cause  si  sainte 
et  si  juste.  Il  n'est  pas  nécessaire  que  l'Europe  envoie  des  troupes  au 
secours  des  Grecs;  tout  ce  que  ceux-ci  demandent,  c'est  de  n'être 
pas  entravés  dans  leur  insurrection,  comme  ils  le  sont  actuellement 
par  deux  puissances  voisines;  ils  seront  assez  forts  pour  secouer  le 
joug  ottoman ,  si  la  plus  fausse  politique  ne  leur  oppose  pas  d'obs- 
tacles au  dehors ,  comme  cela  arrive  dans  ce  moment. 

Ce  n'est  pas  sans  étonnement  qu'on  a  vu  ,  en  France  et  ailleurs , 
un  parti  qni  se  dit  ami  de  la  religion ,  embrasser  la  cause  des  Turcs 
et  flétrir  l'insurrection  des  Grecs  du  nom  de  rébellion  :  cette  ma- 
nière de  voir  prouve  une  grande  dépravation  des  mœurs  politiques, 
ou  d'étranges  préjugés.  Dans  un  pays  où  il  existe  un  contrat  quel- 
conque entre  le  gouvernement  et  le  peuple  ;  où  celui-ci  a  consenti  à 
être  gouverné  par  toile  dynastie ,  d'après  telles  lois  ;  où  le  gouver- 
nement, quoique  souvent  mal  inspiré  ou   mal   conseillé,   ne  peut 
pourtant,  en  déGnitJTe,  avoir  d'autre  but  que  le  bien-être  de  la  nation; 
nù  enGn  dt:s  mouvemens  violens  ne  peuvent  produire  que  des  dé- 
sordrCd ,  la  rébellion  peut  être  regardée  comme  un  crime  ;   et  les 
dé'jenseurs  de  l'ordre  social  et  monarchique   sont  conséquens  lors- 
qu'ils se  déclarent  contre  les  rebelles.  Mais  quel  rapport  y  a-t  il 
entre  ce  qu'ils  flétrissent   comme   rébellion ,  et  l'insurrection   des 
Grecs?  Jamais  il  n'a  existé  de  traité  ni  de  contrat  entre  les  descen- 
dans du  peuple  du  Bas-Empire  et  les  Tartares  qui  sont  venus   s'y 
établir.  Bien  plus,  les  Turcs  n'ont  jamais   considéré  ni   traité    les 

10* 


iiS  LIVRES  ÉTRANGERS. 

Grecs  comme  leurs  sujets,  car  les  sujets  ont  des  droits  ;  on  n'en  a 
accordé  aucun  aux  Grecs  ;  donc  ils  ne  peuvent  avoir  des  devoirs.  L« 
Turc  n'a  jamais  fait  la  moindre  démarche  pour  le  bien-être  des 
Grecs  ;  il  est  resté  dans  un  état  permanent  d'hostilité  contre  les 
vaincus,  et  il  a  toujours  agi  avec  eux  comme  agissent  des  hordes 
tartares  en  pays  ennemi  ;  il  a  pris  leurs  femmes,  leurs  filles  ,  leurs 
fils,  quand  ils  lui  plaisaient  ;  il  a  confisqué  leurs  biens,  massacré  des 
familles,  des  peuplades  entières,  insulté  leur  religion,  couvert 
d'ignominie  leur  clergé  ;  il  n'a  jamais  caché  son  mépris  pour  les 
Grecs  ;  il  a  déclaré  qu'ils  n'étaient  pas  plus  pour  lui  que  des  chiens. 
Sont-ce  là  les  rapports  entre  un  souverain  et  des  sujets  ,  et  ne 
80nt-ce  pas  plutôt  ceux  des  marchands  d'esclaves  et  de  l'Africain 
qu'il  vient  d'enlever?  Cinquante  années  d'esclavage  peuvent -ils 
ôter  à  l'Africain  le  droit  d'échapper  à  son  maître  ?  Aussi ,  des  districts 
considérables  n'ont  pas  même  reconnu  les  Turcs  pour  leurs  conque* 
rans.  Les  Mainottes  ,  dans  le  Péloponèse,  et  les  Sphakiotes  ,  en 
Crète,  ont  toujours  été  en  guerre  contre  ces  barbares,  et  ne  les  ont 
jamais  laissé  entrer  dans  leur  pays. 

Si  les  autres  Grecs  se  sont  soumis  pendant  quelques  siècles ,  cet 
état  de  choses  ne  peut  constituer  aucun  droit ,  pas  même  celui  de  la 
prescription  en  faveur  des  Turcs  ;  ceux-ci  le  sentent  si  bien  qu'ils 
n'en  riclament  aucun,  et  qu'ils  ne  se  sont  jamais  reposés  que  sur  la 
force.  Une  peut  donc  être  question,  dit  M.  Krug,  de  la  domination 
légitime  des  Turcs  en  Europe  ;  ils  n'y  sont  que  des  usurpateurs.  Ils 
sont  restés  en  état  de  guerre  permanente  contre  les  anciens  posses- 
seurs de  l'empire  d'Occident;  ceux-ci  ne  font  que  recommencer  les 
hostilités  après  un  long  repos,  pendant  lequel  l'ennemi  leur  a  fait 
tout  le  mal  qu'il  a  pu.  Le  sol  de  la  Grèce  leur  appartient;  aucune 
autre  puissance  n'y  a  droit;  si  les  armées  turques  l'occupent,  c'est 
aux  Grecs,  et  aux  Grecs  seuls,  qu'il  appartient  d'affranchir  leur 
territoire  ,  et  de  se  donner  ensuite  le  gouvernement  qu'ils  jugent  le 
plus  conforme  à  leurs  intérêts,  ou  à  le  diviser  en  plusieurs  états, 
comme  ils  voudront.  Ils  ne  demandent  qu'une  seule  chose  aux  puis- 
sances d'Europe,  c'est  de  rester  entièrement  neutres  et  impartiales 
au  milieu  de  cette  grande  lutte  ;  c'est  là  le  plus  grand  service  qu'elles 
puissent  rendre  à  la  cause  de  la  civilisation  et  de  la  justice  contre 
celle  de  la  barbarie,  de  l'oppression  et  de  la  peste. 

.  Faudra-t-il,  dit  la  seconde  brochure ,  qu'on  attribue  à  M.  Tscbir- 


LIVRES  ÉTRANGERS.  1A9 

ner,  faudra-t-il  que  les  puissances  d'Europe  envoient  leurs  armées 
pour  faire  la  guerre  aux  Turcs  ?  Non  ,  car  il  se  pourrait  que  ces  expé' 
ditions  fissent  plus  de  mal  que  de  bien  aux  Grecs  ;  et  que ,  tandis 
qu'une  puissance  enverrait  une  armée  auxiliaire,  une  autre,  soup- 
çonnant des  projets  de  conquête  ,  prît  le  parti  de  se  ranger  du  cûté 
opposé.  Les  Grecs  ne  combattent  que  pour  leur  cause;  il  s'agit  de 
leur  indépendance ,  il  faut  qu'ils  fassent  les  plus  grands  sacrifices 
pour  atteindre  leur  but  :  ils  ne  peuvent  former  qu'un  voeu,  c'est  que 
les  puissances  d'Europe  n'empêchent  pas  qu'on  leur  envoie  des 
■ecours  pécuniaireset  des  armes,  et  qu'elles  ne  s'opposent  en  au- 
cune manière  à  ce  que  les  jeunes  gens  et  les  hommes  qui  ont  envie 
de  combattre  dans  leurs  rangs  ,  puissent  les  rejoindre.  L'idée 
d'une  croisade  ,  pour  la  délivrance  de  la  Grèce  ,  est  faite  pouf 
enflammer  de  nobles  cœurs  :  que  les  cabinets  ne  fassent  au  moins 
rien  pour  réprimer  cet  élan  généreux,  n  A  ces  considérations,  la 
brochure  de  M.  Tschirner  en  ajoute  une  autre  qui  n'est  pas  sans 
importance.  «L'Amérique  se  détache  de  plus  en  plus  de  l'Europe  , 
et  tût  ou  tard  cette  partie  du  monde  ,  jeune ,  vigoureuse  et  libre  , 
entrera  en  lice  contre  la  caducité  des  états  européens  :  il  est  bon  de  se 
préparer  à  cette  lutte.  Or,  pour  cela  ,  il  ne  faut  pas  qu'un  peuple 
barbare  paralyse  une  des  plus  belles  contrées  de  l'Europe  ;  il  faut 
que  l'ancien  empire  d'Orient  soit  uni  de  religion ,  de  sentimens , 
d'idées,  au  reste  de  cette  partie  du  monde.  »  Deppikg. 

N-  B.  La  cause  des  Grecs  excite  en  Allemagne  un  si  vif  intérêt, 
qu'indépendamment  desbrochures  annoncées  ci-dessus,  il  enaparu 
plusieurs  autres  ;  I\L  Sickler  annonce  un  ouvrage  périodique  sur  l'his- 
toire des  Grecs,  depuis  V  invasion  des  Turcs  jusqu'à  la  guerre  de  déli- 
vrance, en  1821.  — Nous  invitons  nos  lecteurs  à  consulter,  dans  le 
Journal  des  débals  du  i"  juillet,  une  lettre  d'un  de  nos  collaborateurs, 
sur  les  motifs  puissans  de  religion  ,  d'honneur,  de  politique,  qui  im- 
posent aux  gouverneurs  européens  le  devoir  de  favoriser  la  cause  des 
Grecs,  qui  est  celle  de  la  civilisation  et  de  l'humanité. 

3i. — Neue  Berliner  Monatschrifl  fur  Philosophie  Literatur  und 
Kunst;  zweites  Heft. — Nouveau  recueil  périodique  sur  la  philosophie, 
la  littérature  et  les  arts.  2''  cahier.  Berlin,  1S21. 

Ce  recueil  est  écrit  avec  chaleur;  on  y  déclare  une  guerre  impi- 
toyable à  tous  ceux  qui  veulent  faire  prendre  à  l'esprit  humain  une 
marche  rétrograde.  D'après  cela ,  il  ne  faut  pas  s'étonner  de  trouver^ 
au  commencement   de   ce    cahier ,    une    attaque    violente  contre 


150  LIVRES  ETRANGERS. 

M.  de  Schlegel.  «Nous  apprenons, disent  les  auteurs,  que  M.  Schlegel 
l'ait  fondre  des  caractères  pour  une  imprimerie  samserit«;  les  frais  im- 
menses de  cette  entreprise  n'arrêtent  point  un  gouvernement  prêt  à 
tous  les  sacrifices,  quand  il  s'agit  d'encourager  les  sciences  ;  mais  il 
paraît  que,  pour  cette  fois,  les  éléphans  de  M.  Schlegel  seront  nourris 
de  pièces  d'or,  car  chaque  lettre  coûtera  quatre  francs;  et  quand  on 
on  aura  dépensé  plusieurs  milliers  d'écus ,  on  n'obtiendra  que  la 
faculté  de  glaner  dans  le  domaine  de  la  littérature  indienne.-»  Quoi 
qu'il  en  soit  de  ce  jugement  ,  peut-être  un  peu  acerbe ,  l'article  est 
fort  spirituel;  et  comme  on  remet  sous  les  yeux  du  public  tous  les 
péchés  philosophiques  de  MM.  de  Schlegel,  il  a  un  grand  nombre  de 
lecteurs  ;  mais  cela  ne  prouve  rien  contre  leur  qualité  d'orientalistes. 
Le  second  article,  que  nous  rencontrons  dans  ce  cahier,  est  un 
discours  de  M.  F.  Carové,  docteur  en  philosophie  ;  il  est  intitulé  : 
De  l'état  actuel  de  la  philosopliie  ,  et  de  l' importance  dont  elle  est 
pour  le  iems  présent.  L'auteur  s'appuie  sur  les  principes  philoso- 
phiques du  célèbre  professeur  Hegel ,  qu'il  développe  avec  clarté  ; 
ses  définitions  sont  satisfaisantes  ;  il  offre  beaucoup  d'intérêt  dans 
sa  marche  historique.  Nous  regrettons  de  ne  pouvoir  le  suivre  dans 
l'application  qu'il  fait  de  l'étude  de  la  philosophie  aux  dilférens  états 
de  la  société  actuelle.  11  y  a  du  mouvement  dans  le  style  de  M.  Ca- 
rové ,  et ,  de  plus ,  il  est  nourri  de  choses  solides. 

Oo.  trouve  ensuite  un  compte  rendu  de  l'exposition  des  objets 
d'art  à  Berlin ,  et  plusieurs  pièces  de  vers  assez  piquantes.  Quoique 
ce  journal  ait  commencé  avec  l'année,  il  obtient  déjà  un  grand  suc- 
cès, et  tout  lui  présage  une  existence  brillante.  Ph.  Golbéry. 

"ào.—Jahrhiicher  derLiteratur. — Annales  delà  littéiature,  publiées 
par  Matthieu  de  Colltn.  \ienne,  1820.  Gerold.  12^  volume,  compre- 
nant les  mois  d'octobre  ,  novembre ,  décembre  1820 ,  3o8  pages  in-S". 
Nous  avons  parlé  plusieurs  fois  de  la  Revue  littéraire ,  qui  parait 
à  Leipsick,  sous  le  titre  A' Hermès,  ou  Annales  de  la  littérature , 
et  qui  est  imité  des  Quarterly  Reuiews  ,  ou  Revues  trimestrielles 
Anglais.  Les  Annales  de  la  littérature  ,  qui  se  publient  à  Vienne 
depuis  trois  ans ,  sont  faites  sur  les  mêmes  modèles.  Ces  deux  ou 
vrages,  paraissent  à  la  fin  de  chaque  trimestie ,  et  contiennent  des 
articles  raisonnes  et  fort  étendus  sur  des  ouvrages  nouveaux  ,  tant  de 
la  littératme  allemande  que  de  la  littérature  étrangère.  Le  goût  de 
l'imitation  se  fait  reni;ii  quer  jusque  dans  Jesprit  qui  anime  les  rédac- 


LIVRES  ÉTRAlNGIiRS.  151 

leurs  des  deus  recueils  allemands.  Ainsi,  tandis  que  celui  de  Leip- 
*ick  professe  desprincipes  semblables  à  ceux  de  L'Edimburgh  Reuiew, 
les  Annales  littéraires  de  Vienne  ont  pris  pour  modèle  le  Quarterly 
Repiew  de  Londres;  ou,  en  d'autres  termes,  tandis  que  le  premier 
suit  les  principes  de  la  liberté  du  journal  d'Edimbourg,  le  second  re- 
cueil est  évidemment  écrit  sous  l'influence  du  ministère,  comme  le 
Quarterly  iîet'ieM'.Cependant,  la  diUerence  des  jxays  se  fait  sentir  aussi 
dans  ces  recueils  littéraires;  ce  que  la  Revue  d'Edimbourg  peut  ex- 
primer franchement,  V Hermès  de  Leipsick  n'ose  le  dire  qu'à  mots  cou- 
verts; et  lorsque  le  journal  ministériel  de  Londres  se  borne  à  défendre 
le  pouvoir  constitutionnel ,  les  littérateurs  de  Vienne  se  rendent  les 
avocats  du  pouvoir  absolu  ,  et  répètent  servilement  ce  qu'ils  ont  lu 
diïis  VObseri/aleur  autrichien.  Si ,  en  secret,  ils  ont  des  opinion* 
plus  raisonnables,  ils  les  cachent  si  bien  qu'il  n'en  paraît  pas  une 
trace.  Ils  sont  à  un  demi-siècle  en  arrière  du  reste  de  l'Europe  pour 
les  idées  civiles  et  religieuses.  Cependant .  ils  ont  la  prétention  de 
donner  de^ leçons;  mais  il  faut  voir  dans  quel  genre  :  ils  insinuent 
très-sérieusement  que,  pour  vivre  heureux ,  il  faut  abandonner  les  idées 
constitutionnelles.  Ils  conseillent  aux  peintres  qui  veulent  s'ouvrir 
une  nouvelle  carrière  ,  de  choisir  leurs  sujets  dans  les  légendes.  Voilà 
pour  la  politique  et  les  lumières  des  rédacteurs  de  ce  journal.  C'est 
une  partie  à  laquelle  ils  feraient  bien  de  renoncer  entièrement ,  tant 
que  des  idées  saines  n'auront  pas  remplacé  chez  eux  ces  préjugés 
gothiques  qui  offusquent  leur  esprit.  La  partie  littéraire  des  An- 
nales de  Vienne  est  heureusement  meilleure ,  et  on  y  trouve  même 
de  très-bons  articles ,  dus  à  la  plume  des  premiers  écrivains  autri- 
chiens, auxquels  se  sont  joints  quelques  autres  savans  allemands.  Le 
i2<=  cahier,  que  nous  avons  sous  les  yeux,  contient  entre  autres  un 
article  intéressant  sur  les  antiquités  germaniques  des  bords  du  Rhm, 
comparées  à  celles  de  la  Silésie  ;  un  autre,  sur  un  recueil  de  chansons 
populaires  de  l'Autriche,  publié  par  Fiska  et  Schottky;  enGn,  un  mé- 
moire savant  sur  l'histoire  des  Nibelungues,  et  l'esquisse  d'un  voyage 
en  Dalmatie  ,  avec  un  grand  nombre  d'inscriptions  latines  qui  sont 
dispersées  dans  cette  ancienne  province  romaine,  où  Dioclétien 
avait  un  palais.  Sous  le  rapport  des  articles  savans ,  ce  journal  est  un 
des  premiers  de  l'Allemagne.  Il  est  aussi  mieux  imprimé  que  la 
plupart  des  journaux  allemands.  Enfin  ,  les  Annales  littéraires  de 
Vienne  ont  assez  de  titres  pour  faire  oublier  la  faiblesse  de  leurs 
principes  politiques  et  religieux.  Q-Q. 


J62  LIVRES  ÉinANGERS. 

N.B.  Ce  journal  littéraire  et  critique,  qui  avait  antérieurement  joui 
d'une  sorte  de  liberté  de  la  presse ,  a  été  depuis  soumis  à  la  censure 
ordinaire,  ce  qui  a  engagé  M.  Collin,  instituteur  du  duc  de  Reichs- 
tadt ,  à  ne  plus  concourir  à  la  rédaction  de  ces  annales.  Un  autre  ré- 
dacteur lui  a  succédé,  mais  le  journal  sera  terminé  au  commencement 
de  l'année  courante.  Il  sera  remplacé  par  nn  journal polUique ,  dont 
b  rédaction  doit  être  conCée  à  M.  Gentz,  qui  jouira  désormais  des 
mêmes  avantages  que  le  gouvernement  a  jusqu'ici  accordés  aux  an- 
nales de  la  littéralure.  Les  collaborateurs  les  plus  connus  de  ce 
journal  sont  MM.  Scblegel ,  Pilât ,  Wernes  ,  Haller ,  (  de  Berne  ,  ac  - 
tuellement  à  Paris)  ,  et  Adam  Miiller.  On  peut  facilement  augurer 
dans  quel  esprit  il  sera  rédigé.  B. 

SUISSE. 

^'^•  —  Annales  de  législation  et  de  jurisprudence  ,  tome  II, 
i«  livraison.  Genève,  1S21,  Manget  et  Cherbuliez  ,  imprimeurs- 
libraires.   In-8° 

Nous  avons  déjà  fait  connaître  ce  recueil  à  nos  lecteurs.  L'impor- 
tance des  matières  contenues  dans  le  premier  cahier  du  deuxième 
volume ,  nous  paraît  mériter  une  mention  particulière.  L'article  le 
plus  remarquable  de  ce  cahier  traite  de  l'institution  du  jury,  il  est 
de  M.  Rossi.  On  sait  que  le  conseil-d'état  du  canton  de  Vaud  mit, 
il  y  a  peu  de  tems  ,  au  concours ,  la  question  de  savoir  si  le  jury 
convenait  à  ce  canton.  On  adjugea  le  prix  à  un  mémoire  dans  lequel 
l'auteur  ne  décidait  point  la  négative ,  malgré  le  mérite  d'un  autre 
mémoire  fait  dans  un  sens  opposé  par  M.  de  la  Harpe ,  l'un  des 
magistrats  les  plus  instruits  du  pays  de  Vaud,  M.  Rossi  a  emprunté 
à  l'ouvrage  de  M.  de  la  Harpe  plusieurs  faits  qui  prouvent  jusqu'à 
l'éridence  que  la  procédure  criminelle  sera  toujours  imparfaite  et 
même  barbare  ,  lorsqu'elle  n'aura  pas  lieu  au  moyen  des  jurés  choisis 
dans  les  différentes  classes  de  la  société.  Les  observations  de 
M.  Rossi  sont  extrêmement  justes,  et  nous  regrettons  de  ne  pouvoir 
en  citer  plusieurs  passages.  On  remarquera  aussi  un  autre  article  de 
M.  Meymek,  dans  lequel  il  donne  des  extraits  de  l'important  ouvrage 
de  M.  de  Savigny,  intitulé  :  Histoire  du  droit  romain  (  Geschichte 
des  rojuischen  Reclus  im  Mittelalter).  Plusieurs  des  opinions  de  cet 
auteur  nous  ont  paru  susceptibles  d'être  contestées  ,  et  nous  aurons 
occasion  de  les  examiner  dans  un  compte  rendu  de  l'histoire  du  droit 
romain  ,  par  M,  Berxiat  Saint-Prix. 


LIVRES  ÉTRANGERS.  15 J 

Le  cahier  est  terminé  par  un  prospectus  qui  annonce  une  nou- 
Telle  édition  critico-exégétique  du  Corpus  Juris  civilis ,  que  vont 
publier  MM.  Schrœder,  Clossius  et  Tafel,  de  Tubingue.  Ces  savans 
demandent  des  renseignemens  sur  les  meilleures  éditions  et  les  prin- 
cipaux manuscrits  du   Corpus.  Nous  ne  doutons  pas  que  ceux  qui 
auront  des  documens  relatifs  aux  ouvrages  des  jurisconsultes  romains, 
ne  s'empressent  de  les  leur  envoyer ,  et  de  concourir  ainsi  à  une  en- 
treprise si  utile  pour  la  science.  On  leur  fera  parvenir  les  découvertes 
que  l'on  pourra  faire,  par  la  voie  des  libraires,  soit  à  Tubingue,  soit  à 
M.  Reyma,  libraire  à  Berlin.  Cette  nouvelle  édition  du  dépôt  des 
lois  romaines  sera  d'autant  plus  avantageuse  qu'il  en  existe  fort  peu 
de  correctes ,  et  d'un  prix  assez  modique   pour  que  les    étudians 
puissent  se  les  procurer.  L'édition  donnée  par  Denis-Godefroy,  en 
i583,  est  fort  rare,  ainsi  que  celle  des  Elzévirs,  de  1664,  et  celle  de 
Gebaiier,  publiée  à  Gottingue  en  1796  et  1797.  La  plus  répandue  et  la 
plus  commode  est   l'édition  connue  sous  le  nom  à' Academicum  ; 
mais  on  sait  qu'elle  est  très-mal  imprimée.  Il  était  donc  à  désirer 
que  des  hommes  laborieux  entreprissent  l'immense  travail  de  publier 
un  nouveau  Corpus  Juris  ciuilis.  Lorsqu'on  pense  au  grand  nombre 
de  manuscrits  qui  existent  dans  les  diverses  bibliothèques  de  l'Eu- 
rope ,  et  dont  il  faudra  collationner  plusieurs  ,  on  est  effrayé  de  la 
tâche  que  MM.    Schrœder,   Clossius  et  Tafcl  se  sont  imposée.  La 
Bibliothèque  royale   de   Paris  possède  vingt-quatre  manuscrits  du 
Digeste  ,  dont  presque  tous  appartiennent  au  quatorzième  siècle. 
Trois  de  ces  manuscrits  contiennent  la  glose  inédite  d'Azon.  J'ai 
composé,  selon  le  désir  des  nouveaux  éditeurs,  le  Proemium   des 
Institutes,  en  me  servant  d'une  édition  ordinaire,  et  du  manuscrit 
le  plus  ancien  de  la  Bibliothèque  royale.   (11  est  du  onzième  siècle  et 
se  trouve  sous  le  n°  IVMCDXXI  du  catalogue  imprimé.)  Je  n'ai 
remarqué  aucune  différence  dans  le  texte  ;  mais  il  commence  à  ces 
mots  :  Imper atoriam  majestatem,  etc.,  et  ne  contient  pas  le  préam- 
bule que  l'on  remarque  à  la  tète  de  toutes  les  éditions  imprimées  : 
Imperator  Cœsar,  Flanus ,  Jcsiinujvus  ,  etc.  Le  seul  travail  d'exa- 
miner les  textes  contenus  dans  les  manuscrits  de  la  Bibliothèque 
royale  demanderait  beaucoup  de  tems  ,  et  cependant  il  est  impos- 
sible qu'il  n'y  ait  pas  de  nombreuses  variantes ,  qu'il  serait  indis- 
pensable de  connaître  pour  donner  une  bonne  édition  du  Corpus 
Juris  civilis.  Alphonse  Taillandier,  avocat. 

Sa. — Exposé  des  motifs  de  la  loi  sur  la  procédure  cirile  pour  le 


15A  LIVRES  ÉTRANGERS. 

canton  de  Genève;  par  M.  Bbllot,  avocat,  professeur  honoraire  de 
la  faculté  de  droit,  et  membre  du  conseil  représentatif  de  Genève. 
Genève,  1821.  Paschoud,  libraire.  In-S"  de  206  pages. 

Soumise  à  la  domination  française,  depuis  1798,  Genève  avait 
reçu  no» lois  et  nos  institutions.  Rendue  à  son  indépendance,  elle 
voulut  avoir  une  législation  qui  lui  fût  propre ,  mais  elle  eut  la  sa- 
gesse de  ne  pas  méconnaître  les  avantages  qu'elle  pouvait  retirer  de 
la  nôtre,  et  de  ne  pas  les  sacrifier  au  désir  de  faire  disparaître  les 
traces  d'un  joug  étranger.  Les  codes  français  furent  maintenus  pro- 
visoirement ;  on  voulut  en  faire  une  nouvelle  expérience  dans  Ge- 
nève indépendante,  afin  de  pouvoir,  dans  la  législation  nouvelle, 
en  conserver  tout  ce  qui  paraîtrait  utile.  C'est  ainsi  qu'on  s'occupa 
d'une  loi  sur  la  procédure  civile,  dont  M.  Bellot  fut  chargé  de  faire 
le  rapport  au  conseil  représentatif,  et  dont  il  publie  maintenant  les 
motifs.  Cet  ouvrage  ne  sera  pas  seulement  utile  aux  Genevois ,  en 
leur  facilitant  l'interprétation  de  la  loi  de  leur  pays  ;  il  le  sera  en- 
core aux  jurisconsultes  et  aux  législateurs  français.  Indépendam- 
ment des  sages  réflexions  qui  s'y  trouvent,  relativement  à  l'esprit 
dans  lequel  doivent  être  conçues  les  lois  sur  la  procédure,  M.  Bellot 
s'est  spécialement  attaché  à  développer  les  motifs  des  changemens 
apportés  par  le  conseil  de  Genève  à  notre  code.  Une  grande  partie 
de  ces  innovations  nous  a  paru  heureuse  ,  elles  ont  toutes  pour  but 
de  dégager  l'administration  des  formes  trop  compliquées  peut-être 
qui  l'entravent  encore  parmi  nous,  d'abréger  les  délais,  de  dimi- 
nuer les  frais  de  justice  _,  et  de  rendre  les  procès  moins  embarrassans, 
moins  longs,  moins  coûteux.  Supérieur  à  toutes  les  lois  qui  l'ont 
précédé,  notre  code  de  procédure  présente  encore  des  imperfec- 
tions qu'on  a  plusieurs  fois  signalées.  Si  jamais  l'on  s'occupe  de  les 
corriger,  nous  ne  doutons  pas  qu'il  n'y  ait  beaucoup  à  profiter  dans 
l'exposition  des  motifs  qui  ont  dirigé  les  législateurs  de  Genève. 
M.  Bellot  n'a  publié  que  la  première  partie  de  son  ouvrage;  nous 
ne  pouvons  que  donner  des  éloges  à  la  justesse  de  ses  observations  , 
à  la  netteté  de  ses  idées  et  à  la  clarté  avec  laquelle  il  les  exprime.  On 
doit  désirer,  à  Genève  et  en  France ,  qu'il  achève  son  utile  entre- 
prise. DrpiN,  auocat- 
ITALIE. 

33. — Délie  epizoozie  ,   etc. — Des  épizooties  contagieuses  et  non 
contagieuses  auxquelles  sont  sujets  les  animaux  domestiques,  prin- 


LIVRES  ÉTRANGERS.  155 

cipalement  ceux  qui  sont  employés  à  l'agricultmc ,  dans  l'état  de 
Venise  et  en  Italie,  par  Trlno  Botta.m.  Venise,  1819.  Picotti, 
4  vol.  in-8«. 

Cet  ouvrage  est  partagé  en  douze  sections ,  dont  le  sujet  ne  semble 
pas  toujours  approprié  à  son  but  principal.  On  y  traite  de  l  état  des 
animaux  domestiques  dansTex-république  de  Venise  et  sons  les  gou- 
vernemens  qui  lui  ont  succédé;  du  magistrat  sanitaire,  des  écoles 
vétérinaires  de  Padoue  et  de  Milan;  enfin  ,  desépizooties  en  général 
et  des  réglemens  donnés  pour  les  prévenir  ou  les  arrêter.  Une  section 
comprend  la  bibliographie  des  auteurs  nationaux  et  étrangers  qui 
se  sont  occupés  des  épizooties. 

M.—Nuovo  sistemadiforlificazione,  etc.-Nouveau  système  de 
fortification,  par  jQomemw  Chicchiatblli.  Rome,  1819.  Francesco 
Boulié. 

?>5.—Memoria  sulle  strade  e  sa'  pond  militari,  etc.— Mémoire 
sur  les  ponts  et  chaussées  militaires.  Naples,   1819.  In-S". 

"h^.-Sago^w  suirapporli,  etc. -Essai  sur  les  rapports  que  doivent 
avoir  entre  eux  les  moyens  permanensde  défense  ,  la  disposition  to- 
pographique du  terrain  et  les  opérations  des  armées  ;  par  Stefano 
di  RivKHi.  Naples,  1820.  In-S". 

ô-.—Memoriee  lettere  inedile ,  etc.— Mémoires  et  lettres  inédites 
de  Galilée,  recueillis  et  commentés  par  le  c\xt\A\iev  Giambattisla 
Ventchi  ,  etc.  ;  ouvrage  destiné  à  servir  de  supplément  aux  princi- 
pales collections  des  écrits  de  cet  illustre  philosophe,  publiés  jusqu'ici  ; 
seconde  partie  ,  etc.  Modène  ,  1821.  Vincenzi  et  compagnie.  In-i". 

La  première  partie  de  ces  savans  mémoires,   que  nous  avons  an- 
noncée   (  /^ojtz  ci-dessus,  Tom.  V,  pag.   109) ,  embrass'î  l'époque 
qui  a  précédé  l'année  1616;  la  seconde  s'étend  de    cette  époque 
jusqu'à  1642,  année  de  la  mort  de  Galilée.  Une  partie  de  ses  ma- 
nuscrits ,  cachée  dans  une  fosse  destinée  à  conserver  le  blé  ,  fut  ainsi 
dérobée  ,  dit  M.  Venturi,  aux  regards  des  inquisiteurs,  par  Viviani , 
digne   élève  et   ami  du  vieux  astronome.    Après  la  mort  de  l'abbé 
Panzanini ,  héritier  de  Viviani,  arrivée  en  1737,  la  fosse  fut  ouverte, 
et  on  vendit  à  vil  prix  les  papiers  que  l'on  y  trouva.  MM.  Targioni  et 
le    sénateur  Nelli  purent   en  recouvrer  une  portion.   Le  grand-duc 
actuel  de  Toscane  a  cherché  depuis  à  recueillir  dans  sa  bibliothèque 
particulière  tout  ce  qu'il  a  pu  des  écrits  de  Galilée.  M.  Venturi  a  pu 
voir  et  extraire  dans  cette  bibliothèque  choisie  tout  ce  qui  lui  mau- 


156  LIVRES  ÉTRANGERS. 

quait  encore  pour  compléter  son  travail  ,  et  tout  ce  qu'il  vient  de 
publier  appartient  en  entier  à  Galilée  lui-même.  Voici  l'index  de» 
articles  contenus  dans  le  volume  que  nous  annonçons  ,  selon  leur 
ordre  chronologique.— 1616  :  Les  meilleures  pièces  de  l'apologie 
que  Campanella,  étant  en  prison,  écrivit  à  Naples  pour  Galilée;  — 
Ï624,  une  Réponse  de  Galilée  à  Francesco  Ingoli  pour  le  système  de 
Copernic  ;  —  1619  et  1626 ,  Notices  diverses  sur  les  questions  agitées 
entre  Galilée  et  le  P.  Grassi  sur  les  comètes;  —  1624  et  1602, 
Correspondance  épistolaire  de  Galilée  avec  Castelli  ,  Gassendi , 
Baliani  et  autres;— 1632  et  suivantes,  Ecrivains  qui  combattirent  le 
Dialogue  de  Galilée  sur  le  système  de  l'univers.  M.  Venturi  rappelle 
plus  de  soixante  écrits  publiés  pendant  cette  époque  pour  et  contre 
le  système  de  Galilée.  On  y  trouve  aussi  les  documens  les  plus  curieux 
relatifs  au  procès  de  ce  philosophe ,  et  la  traduction  française  de 
presque  tout  son  procès  original,  faite  à  Paris  et  communiquée  i 
l'éditeur  par  M.  Delambre.  De  là  il  résulte  principalement  que  Ga- 
lilée, ayant  tourné  en  ridicule  Urbain  VIII  sous  le  nom  deSimpliciOf 
un  des  interlocuteurs  de  son  Dialogue,  le  pape,  qui  précédemment 
avait  écrit  une  lettre  et  fait  même  des  vers  en  honneur  de  Galilée . 
en  fut  tellement  irrité  qu'il  le  persécuta  et  le  fit  condamner,  acte 
honteux  dont  l'inquisition  ne  pourra  jamais  se  laver.— 1654-59,  Cor- 
respondance épistolaire  avec  des  personnages  très-distingués. — 
1659-1641 ,  Correspondance  de  Galilée  avec  Liceti,  etc.  Enfin,  l'édi- 
teur n'oublie  pas  la  persécution  que  la  cour  de  Rome  fit  essuyer  h 
Galilée ,  même  après  sa  mort.  On  tenta  de  déclarer  illégal  son  testa- 
ment ,  de  lui  refuser  la  sépulture  dans  l'église,  et  l'on  défendit  de  lui 
élever  un  monument;  mais  la  postérité  reconnaissante  l'a  amplement 
dédommagé  des  injustices  de  ses  contemporains. 

38 — Storia  délia  Spagna  anlica  e  moderna ,  etc.  — L'histoire  de 
l'Espagne  ancienne  et  moderne  ,  avec  des  cartes  géographiques  et 
des  tables  gravées  par  le  chevalier  Luigi  Bossi ,  Milan,  1821  ,  ty- 
pographie du  commerce. 

L'ouvrage  que  nous  annonçons  est  du  même  auteur  qui  continue 
l'histoire  générale,  ancienne  et  moderne  ,  de  l'Italie.  L'histoire  de 
l'Espagne,  dont  le  premier  volume  a  déjà  paru,  sera  divisée  en 
huit  livres  ,  et  formera  huit  volumes. 

c>^.—niografa  crenionese ,  etc.  —Biographie  de  Crémone  ou  dic- 
tionnaire historique  des  familles  et  personnages  illustres  de  Crémone, 


LIVRES  ÉTHANGERS.  157 

depuis  les  tems  les  plus  reculés  jusqu'à  nos  jours;  par  P'ineenzo 
Lanceiti,  etc.  Milan,  1820,  t3'pographie  du  commerce;  volume  II, 
in-4°. 

Nous  avons  déjà  annoncé  le  premier  volume  de  cet  ouvran-e , 
que  l'auteur  continue  à  publier  avec  beaucoup  de  zèle  et  d'intelli- 
gence. On  lui  reproche  des  recherches  trop  minutieuses,  surtout  sous 
le  rapport  généalogique.  De  pareils  détails  peuvent  plaire  aux  in- 
téressés; mais  ils  sont  fastidieux  pour  les  autres.  Plusieurs  articles 
néanmoins  se  font  remarquer  par  les  observations  justes  et  patrio- 
tiques de  l'auteur;  tel  est  entre  autres  celui  de  Giovanni  Baldesio. 
C'était  un  Guelphe  célèbre  du  xi«  siècle,  chef  des  Crémonais,  sau- 
veur de  sa  patrie  ;  ses  concitoyens  instituèrent  des  fêtes  publiques  et 
annuelles  ,  et  firent  frapper  des  monnaies  pour  en  célébrer  la  mé- 
moire. On  a  taxé  l'article  de  Pietr'-Antonio  Boselli  de  trop  de  par- 
tialité. M.  Lancetti  reconnaît  dans  Boselli  non  seulement  l'antago- 
niste d'Aristote  au  xvii«  siècle  ,  mais  aussi  de  Descartes,  de  Newton, 
le  Buffon  de  l'Italie  et  l'auteur  d'une  nouvelle  cosmographie,  dont 
il  n'existe  aucun  monument.  Notre  biographe  semble  donc  avoir 
oublié  les  Patrizj ,  les  Telesio  ,  les  Campanella ,  les  Porta ,  etc. , 
qui  certes  avaient  un  peu  plus  de  mérite  que  Boselli. 

4o. — Cicérone  :  Letlere  disposte  per  ordine  de'  tempi ,  tradotle  e 
corredate  di  note ,  etc.  — Cicéron  :  Lettres  disposées  suivant  la  date 
des  tems,  traduites  et  cnricliies  de  notes;  par  M.  L.  Maeil,  Padoue, 
1820 ,  in-S°. 

M.  Luigi  Mabil ,  ancien  professeur  à  l'université  de  Padoue  ,  est 
connu  par  d'autres  traductions,  surtout  par  celle  de  l'histoire  de 
Tite-Live  et  par  son  abrégé  de  la  morale  de  Stellini  en  forme  de 
lettres.  Dans  les  notes  dont  il  a  enrichi  les  lettres  de  Cicéron  , 
M.  Mabil  a  beaucoup  profité  de  celles  du  savant  et  judicieux  Wieland 
sur  le  même  sujet. 

4i. — Lettere  e  versi,  etc. — Lettres  et  vers  de  Torquato  Tassa,  etc. 
Milan,  1821  ;  Giovanni  Bernardoni. 

On  assure  que  Giuseppe  Bernardoni  possède  un  grand  nombre  de 
lettres  manuscrites  du  Tasse ,  qui  appartenaient  à  son  illustre  bio- 
graphe, l'abbé  Serassi.  Il  a  cru  ne  pouvoir  mieux  célébrer  le  mariage 
de  Carlo  Kramer  avec  ïeresa  Berra ,  qu'en  publiant  ce  recueil  do 
lettres  et  de  vers  du  célèbre  et  malheureux  auteur  de  la  Jérusalem. 
On  y  trouve  quelques  nouvelles  circonstances  relatives  à  la  vie  et 


158  LIVRES  ÉTRANGERS. 

aux  infortunes  de   ce  grand  poète.  Les  poésies  consistent  en   une 
canzone ,  deux  sonnets  et  huit  madrigaux. 

4^3. — UInfemo  di  Danle  ,  etc. — L'Enfer  du  Dante,  traduit  en 
vers  hexamètres  latins  par  le  doctr  ur  Antonio  Catklacci  ,  professeur 
d'anatomie  et  de  physiologie.  Pise,  1819,  in-S»  ;  Rainieri  Prosperi. 

Cette  traduction  latine  du  Dante  ne  peut  que  paraître  fort  inutile 
aux  étrangers  comme  aux  Italiens.  Ceux-ci  ne  doivent  lire  la  divine 
comédie  que  dans  l'idiome  national ,  qu'elle  a ,  pour  ainsi  dire  , 
créé;  les  étrangers,  et  surtout  les  Français  et  les  Anglais,  non  seu- 
lement sont  riches  en  traductions ,  mais  ils  s'empressent  encore  de 
Jire  l'ouvrage  dans  l'original.  Pourquoi  donc  M.  Catelacci  s'est-il 
donné  la  peine  de  le  traduire  en  latin ,  surtout  quand  il  en  existait 
dans  cette  langue  une  traduction  très-élégante  faite  par  le  père 
d'Aquino? 

45. — Tragédie,  etc. — Tragédies  de  Cesare  Dblla  Valle,  duc  de 
Ventignano.  Naples,  1S20,  Angelo  Trani;  vol.  IL 

L'auteur  de  ces  tragédies  est  un  des  nobles  IN'apolitains ,  qui,  en 
cultivant  la  haute  poésie ,  s'occupent  d'études  encore  plus  utiles.  Le 
second  volume  de  son  théâtre  contient  deux  pièces  dont  les  sujets 
grecs  sont  très-connus,  Iphigénie  en  Tauride  et  Médèe.  La  première 
avait  d'abord  été  traitée"  par  Euripide  chez  les  anciens ,  et  ensuite 
par  Rucellai,  Pietr-Jacopo  Martelli,  Guimond  de  la  Touche,  et 
récemment  par  Gùthe  chez  les  modernes.  L'auteur  a  profité 
des  essais  de  ses  devanciers  pour  éviter  leurs  imperfections.  Nous 
avons  aussi  la  Médée  d'Euripide  et  celle  qu'on  attribue  à  Sé- 
nèque  ,  la  meilleure  peut-être  des  pièces  latines  qui  soieat  parvenues 
jusqu'à  nous.  Pierre  Corneille,  Longepierre  et  d'autres  ont  reproduit 
ce  sujet  sur  la  scène  moderne.  Malgré  ses  efforts  ,  l'auteur  n'a  pu 
éviter  les  imperfections  inhérentes  à  la  nature  du  sujet  et  au  caractère 
de  ses  personnages. 

.  44» — Lettera,  etc.  —  Lettre  de  Custanzo  Gazzeba  adressée  au 
comte  Giuseppe  Franchi  di  Pont ,  sur  les  ouvrages  de  peinture  et 
de  sculpture  exposés  dans  le  palais  de  l'université  royale  de  Turin, 
€n  1820. 

L'auteur  de  cet  opuscule  ,  écrit  avec  assez  d'élégance ,  décrit  tout 
l'appareil  et  les  circonstances  solennelles  qui  ont  accompagné  l'expo- 
sition publique  des  meilleures  productions  des  arts.  M.  .Gazzera  ,  en 
les  passant  en  revue,  signale  le  mérite,  le  caractère,  le  genre,  lesim- 


LIVRES  ETRANGERS.  159 

perfections  de  chacune.  Il  se   montre  partout  juge   éolaiié  et  ama- 
teur zélé  des  progrès  des  arts  et  de  la  gloire  de  sa'  nation. 

ESPAGNE. 

45. — Decadas  medico-q uirargicas j farmaceulicas jCic, — Recueil 
décadaire  des  observations  pratiques  concernant  la  médecine,  la 
chirurgie  et  la  pharmacie,  par  une  société  de  gens  de  lettres.  T.  !•'. 
Madrid,   1821.  Cruz-Miyar,  in-S".  ^ 

Ce  nouveau  journal  périodique  se  publie  tous  les  dix  jours,  et  neuf 
décades  forment  un  volume.  Le  premier,  que  nous  annonçons,  con- 
tient des  considérations  importantes  sur  le  suicide ,  sur  la  manière 
d'enseigner  la  médecine,  sur  l'histoire  de  la  pharmacie,  sur  la 
bibliographie  nationale  et  étrangère,   etc. 

46. — Diccionario  geografico  ,  etc.  —  Dictionnaire  géographique 
universel  de  tous  les  peuples  de  la  terre,  des  nations,  empires, 
royaumes,  républiques  et  autres  états;  des  provinces,  districts, 
villes,  bourgs  et  villages  mémorables  ;  des  lacs,  fleuves,  déserts, 
montagnes,  volcans,  mers,  ports,  golfes,  îles,  péninsules,  isthmes, 
baltes,  caps,  etc.;  7»  édition,  corrigée  et  très-augmentée,  quant  à 
ce  qui  concerne  l'Espagne  et  l'Amérique;  par  don  Antoine \^aKS. 
Madrid,  1821;  Davila ,  Sojo,  etc.,  6  vol.  in-S". 

Cet  ouvrage  sera  très-utile  non  seulement  aux  Espag'nols,  mais 
aux  Français  ;  et,  lorsqu'on  donnera  une  nouvelle  édition  du  diction- 
naire de  Vosgiea,  on  pourra  tirer  un  grand  parti  de  celui-ci. 

47. — Calecismo  de  la  moral  cii'il ,  etc.  —  Catéchisme  de  la  mo- 
rale publique ,  et  exposition  élémentaire  des  facultés  physiques  et 
morales  de  l'homme,  de  ses  besoins,  de  ses  droits,  de  ses  devoirs 
dans  l'état  de  nature  et  dans  l'ordre  social ,  et  des  droits  des  nations 
considérées  dans  leurs  relations  mutuelles  ;  par  don  François  Rodri- 
guez  DB  Ledbsma  ,  avocat.  Madrid ,  1821.  Rodriguez,  Matute.  Un  vo- 
lume in-8». 

^8.—Principios  de  la  economia  gênerai,  etc.— Principes  de  l'é- 
conomie générale  et  de  la  statistique  de  l'Espagne.  Madrid,  1821. 
Esparza.  Un  vol.  in-8°. 

Cet  ouvrage  anonyme  contient  quelques  considérations  sur  l'éco- 
nomie domestique  et  l'économie  politique ,  sur  la  distribution  des 
revenus  publics  et  sur  la  statistique  d'Espagne.  On  y  trouve  aussi 
l'acte  de  navigation  de  l' Angleterre ,  qui  était  peu  connu  en  Es- 
pagne. 


160  LIVRES  ÉTRANGERS. 

47. — Historia  de  la  dominacion  de  los  Arabes  en  Espaha  ,  etc.— 
Histoire  de  la  domination  des  Arabes  en  Espagne ,  tirés  des  manus- 
crits et  mémoires  arabes,  par  D.  Joseph  Ant.  Cosdé.  Madrid,  i8ao. 
Un  vol.  in-4°  de  660  pages. 

M.  Condé ,  savant  académicien  ,  mort  l'année  dernière  ,  a  fait  de 
grandes  rechercbes  dans  la  bibliothèque  de  l'Escurial  et  dans 
d'autres  bibliothèques  qui  possèdent  des  manuscrits  arabes  ;  il  en  a 
tiré  une  foule  de  renseignemens  curieux ,  qui  jettent  un  grand  jour 
sur  la  politique  des  conquérans  sarrasins,  sur  leur  gouvernement,  leur 
tactique,  leur  administration  et  leur  système  financier,  leur  police, 
leur  instruction  publique ,  leurs  mœurs  et  usages  ,  leur  littérature ,  la 
vie  de  leurs  grands  hommes,  etc.  L'auteur  a  divisé  son  travail  en  quatre 
Livres  ;  le  premier,  qui  sert  d'introduction  à  tout  l'ouvrage ,  est  un 
exposé  habile  de  l'état  du  peuple  arabe  lors  de  ses  premières  inva- 
sions en  Afrique.  L'auteur  passe  ensuite  aux  autres  invasions  des 
Arabes  en  Afrique ,  au  règne  des  Omirs  ,  à  leur  politique  et  à  leur 
conduite  envers  les  indigènes  de  l'Espagne ,  aux  guerres  civiles  qui 
divisèrent  les  Omirs ,  aux  événemens  qui  soumirent  l'Espagne 
arabe  aux  califes  de  Damas ,  enfin ,  au  tableau  des  exploits  et  du 
caractère  des  premiers  dominateurs  arabes  en  Espagne.  Le  deuxième 
Livre  commence  par  la  fondation  de  la  monarchie  arabe ,  indépen- 
dante des  califes.  Cet  événement  fut,  ainsi  que  le  prouve  M,  Condé, 
l'effet  de  l'esprit  public  des  Arabes ,  qui  se  déclarèrent  en  faveur  de 
Béni  Oméga.  L'auteur  raconte  l'histoire  des  princes  de  cette  race, 
et  de  leurs  conquêtes  en  Espagne  et  en  Afrique.  Il  termine  par 
l'exposé  de  l'état  du  gouvernement,  des  arts  et  des  lettres  chez  les 
Maures  de  cette  époque,  qui  s'arrête  à  la  guerre  civile  de  io3o. 
C'est  là  aussi  la  fin  du  premier  volume.  Les  deux  autres ,  qui  sont 
actuellement  sous  presse,  contiendront  les  troisième  et  quatrième 
Livres.  Il  faudrait  qu'un  savant ,  versé  dans  la  littérature  arabe  , 
ajoutât  à  la  fin  l'explication  des  mots  arabes ,  la  géographie  com- 
parée et  la  charte  de  l'Espagne  arabe  ,  dont  l'auteur  n'a  pu  s'occu- 
per, ayant  été  enlevé  trop  tôt  à  ses  études  profondes. 

44-  —  Coleccion  de  Memorias  historicas y  poUticas ,  etc.  —  Recueil 
des  Mémoires  historiques  et  politiques,  concernant  la  dissolution 
des  cortès  de  1814,  l'arrestation  des  députés,  leur  exil,  et  les  dé- 
tails relatifs  à  ces  événemens.  Tome  I".  Madrid,  i8ai.  Castillo, 
Earco,  etc. 


LIVRES  ÉTRANGERS.  161 

Les  hommes  de  lettres  et  les  hommes  d'état,  qui  se  sont  réunie 
pour  publier  cette  collection ,  se  proposent  d'y  faire  entrer  toutes  les 
pièces  qu'ils  ont  rassemblées,  pour  démontrer  les  droits  de  la  nation 
et  les  véritables  intérêts  du  roi ,  et  réfuter  les  fausses  doctrines  de 
quelques  aristocrates  exagérés,  doctrines  qui  dérivent  de  l'ignorance 
de  la  superstition  ,  du  fanatisme  ,  et  surtout  de  l'intérêt  personnel. 

5i. — Rejlexiones  a  las  Cartes,  etc. — Observations  adressées  h 
l'assemblée  nationale  des  Cortès  de  l'Espagne,  concernant  la  loi 
publiée  sur  le  mode  d'élection  des  membres  de  la  municipalité  de 
chaque  ville;  par  D.  T^osepA  deChurbcca,  avocat.  Madrid,  1821.  Sojo. 

52.  —  Discurso,  etc.— Discours  prononcé  par  D.  Joseph  Joachin 
DB  MoRA,  à  l'Athénée  e.spagnol ,  lors  de  l'ouverture  de  son  cours  de 
droit  naturel ,  le  7  mars  1821.  Madrid  ,  Orcd. 

55.  —Nomenclatura  de  las  bellas  letras.  —  Nomenclature  des 
belles-lettres,  en  forme  de  dialogues,  à  l'usage  des  élèves  du  col- 
lège de  Vergara;  par  D.  Félix  Enciso  Casthilloh,  professeur  de 
belles-lettres  dans  le  même  collège.  Madrid,  1821.  Orea,  Un  vol.  in-8", 

^i'—Las  Poesias  de  Horacio^  etc.— Traduction  des  œuvres  d'Ho- 
race en  vers  espagnols ,  par  D.  Xauier  de  Bdhgos  ,  avec  des  notes 
critiques.  Madrid  ,  1S21.  Paz  et  Sojo.  Deux  volumes  in-S". 

On  avait  déjà  en  ïspagne  une  traduction  d'Horace  en  prose ,  et 
une  en  vers  de  quelques-unes  de  ses  œuvres  seulement.  M.  Burgos 
vient  d'en  donner  une  complète.  L'auteur  est  connu  pour  un  homme 
de  mériter  rempli  d'esprit  et  de  connaissances  littéraires.  Il  est 
le  directeur  principal  du  journal  intitulé  :  La  Miscelanea  (/e 
Mélange) ,  sans  contredit  le  meilleur  de  tons  ceux  qui  paraissent 
à  Madrid  en  langage  castillan.  Le  journal  hebdomadaire  le  Censeur, 
le  premier  ouvrage  critique  de  l'Espagne  ,  a  publié  un  article  sur 
la  traduction  de  M.  de  Burgos  ;  il  en  fait  un  grand  éloge,  en  même 
tems  qu'il  y  signale  de  légères  imperfections. 

55.  —  El  desembarco  de  los  lîusos.  —  La  descente  des  Russes  à 
Motril ,  port  de  la  cùte  de  Grenade,  dans  la  Méditerranée  ,  comédie 
en  deux  actes  ;  par  D.  Epiphane  Estedan  ,  représentée  sur  le  théâtre 
de  la  ville  de  Grenade,  le  1"  mars  1821.  Madrid  ,  1821.  Matute. 

Llorenth. 
ROYAUME    DES    PAYS-BAS. 

56. — Nouueaux  mémoires  de  racadêmie  rqyalà  des  sciences  et  belles" 
lettres  de  Bruxelles.  Bruxelles,  i8?.o.  P.  J.  Demat.  In-4<>  de  454  pag, 

TojiK  XI.  w 


162  LIVRES  ÉTRANGERS. 

Les  savantes  recherches  historiques  de  feu  M.  Lesbroussàrt  sont  la 
partie  la  plus  intéressante  de  ce  recueil ,  du  moins  pour  la  plupart 
des  lecteurs. 

57. — Annales  du  Salon  de  Gand  ,  ou  Recueil  des  productions  des 
auteurs  vif  ans  de  l'école  belgique  ,  dédiées  à  V  académie  royale  de 
Gand,  1820  et  i8ai.  Chez  P.  F.  de  Gaesin-Verhaeghe. 

Belle  entreprise  et  bien  digne  ,  par  son  exécution  ,  de  l'accueil 
qu'elle  a  reçu  de  tous  les  amis  des  arts  en  Belgique. 

58. — Coup  d' œil  sur  la  nouvelle  législation  civile  et  l'organisation 
de  l'ordre  judiciaire  du  royaume  des  Pays-Bas ,  par  un  magistrat. 
Bruxelles,  iSao.  Picard;  brochure  in-8°  de  64  pag. 

Mémoire  écrit  avec  sagesse  ,  mais  trop  favorable  aux  projets  de 
subversion  des  lois  actuelles. 

59. — Exposé  du  système  d'éducation  primaire  actuellement  suiui 
enSuisse, en  Allemagne  etenHollande;parJ.  Coqiilhat.  Bruxelles, 
chez  les  frères  Delemes,  vol.  in-S°  de  120  pag. 

Ouvrage  recommandable  et  qui  se  fait  lire  avec  intérêt, 

6o.—L'Ophialmiste ,  ou  VAmi  de  la  vue,  Bruxelles,  chez  les  frères 
Delemes;  brochure  ia-i  2. 

Cette  petite  brochure  ,dont  l'objet  n'est  pas  sans  importance  pour 
les  gens  de  lettres  ,  est  écrite  avec  agrément  et  imprimée  avec  un 
soin  que  ne  désavoueraient  pas  MM.  Didot. 

61. — Considérations  sur  la  distinction  des  personnes  et  la  dis- 
tinction des  fortunes.  Bruxelles,  1821.  Lecharlier,  brochure  in-12 
de  74  pag- 

6a. — Recueil  annuel  de  poésies  de  la  Société  de  littérature  de 
Bruxelles.  Delemes,  in-18  de  127  pag. 

La  plupart  des  vers  qui  composent  ce  petit  volume  (le  iS'  de  la 
collection  ) ,  feraient  honneur  à  nos  Muses  parisiennes.  MM.  Con- 
chain  ,  Hubin  ,  Lesprit ,  O'  Sulivan  ,  Pire  ,  Guetelet ,  ReifiTenberg , 
Rouveroy  ,  etc.  sont  de  très-dignes  desservans  du  temple  d'Apollon. 

63. — De  la  colonie  de  Fréderiks-Ouord,  et  des  moyens  de  subvenir 
■aux  besoins  de  l' indigence  par  le  défrichement  des  terres  vagues  et 
incultes;  traduit  du  hollandais  par  le  baron  de  Keverberg.  Gand, 
Hondin ,  1821  ;  in-8''  de  i85  pag. ,  plus  deux  planches. 

Mémoire  rempli  de  vues  utiles  et  bien  présentées. 

64. — Comédies  de  Térence  ,  traduites  en  uers  français  par  F,  Ber~ 
geron,  Tom.  I".  Gand,  1821.  Hondin,  in-S»  de  48i  pag. 


LIVRES  FRANÇAIS.  163 

DebiU  qui  douue  des  espérances  et  mérite  des  encoiuagemens.  Ce 
premier  volume  contient  VAndrienne  et  l'Eunuque. 

65,  —  Guillaume  Premier^  tragédie ,  par  M.  Alvin  ;  1820,  chez  les 
frères  Delemes ,  in-8". 

Tragédie  jouée  avec  succès  au  théâtre  de  Bruxelles ,  au  mois  de 
mars  dernier.  Le  Mercure  belge,  journal  plein  d'esprit  et  de  goût , 
contient  une  excellente  analyse  de  cette  pièce  nationale. 

Malgré  les  efforts  du  gouvernement  hollandais  pour  faire  dis- 
paraître ,  ou  du  moins  pour  affaiblir  l'usage  de  la  langue  française 
dans  la  Belgique  ,  elle  y  est  cultivée  avec  plus  d'ardeur  que  jamais. 
On  y  trouve  le  charme  du  fruit  défendu.  Stassaht. 

LIVRES  FRANÇAIS. 

66.  —  Séance  publique  de  la  Société  royale  de  médecine  ,  chirur- 
gie et  pharmacie  de  Toulouse,  tenue  le  2^  mai  1821.   Toulouse  , 

1821  ;  imprimerie  de  J.  M.  Douladoure.  Brochure  in-8»  de  56  pages. 
Ce  compte  rendu  d'ouverture  renferme  d'abord  le   discours  pro- 
noncé   par   le  président,    M.  Duffour,    puis    le    rapport    des  tra- 
vaux de  la  Société,  depuis  le   27  juillet  1S20  jusqu'au  24  mai  1821  , 
fait  par  M.  Ducasse  fils ,   secrétaire  général.  En  faisant  l'énunié- 
ration  des  mémoires  présentés  à  la  Société   sur  des   cas  de  patho- 
logie  interne,   il   donne  des    extraits  d'observations  qui  semble- 
raient   prouver     que    la   médecine   physiologique  n'a  pas    encore 
fixé   l'attention  des  membres  de  cette  compagnie.    Le  secrétaire 
général  a  même  eu  grand  soin,  en  citant  avec    éloge   Bichat,  Du- 
puytren  ,etc.  d'oublier  l'illustre  auteur  des phlegmasies  chroniques. 
On  aperçoit  cependant,  dans  quelques  passages,  un  commencement 
de  concession  à  la  nouvelle  doctrine,  et  nous  devons  espérer  que  des 
praticiens,  dont  la  bonne  foi  doit  égaler  le  savoir,  ne  tarderont  pas  à 
se  rendre  à  l'évidence  des  principes  professés  par  les  médecins  phy- 
siologistes. —  Une  seconde  section  est  remplie  par  des  cas  de  patho- 
logie externe.  Une  observation  de  M.  Caffort,  sur  un  polype  utérin  , 
donne  lieu  à  M.  le  rapporteur  de  faire  la  comparaison  des  différens 
procédés  opératoires   employés   pour  enlever   les  polypes  ,    et    il 
donne  toujours  la  préférence  à  la  ligature  ,  parce  qu'une  hémorragie 
mortelle  ,  dit-il,  pourrait  être  la  suite  de  la  résection.  Si  M.  Ducasse 
avait  suivi  la  clinique  de  M.  Dupuytren ,  il  aurait  vu  qu'on  peut ,  sans 
danger,  dans  presque  toutes  les  circonstances^  enlever  les  polypes  par 

ai  * 


16A  LIVRES  FRANÇAIS. 

l'excision  ,  et  que  jamais  ce  grand  chirurgien  n'a  été  arrêté  par  la 
crainte  d'une  hémorragie ,  dont  il  sait  toujours  se  rendre  maître. 

Le  compte  rendu  des  travaux  de  la  compagnie  est  suivi  de  l'ana- 
lyse d'un  discours  prononcé  par  M.  Rumebe ,  sur  la  question  suivante  : 
Jj  élude  et  lapratique  de  lainédecine  peuuent-eîles  s' associer  à  la  cul- 
turedes  belles-leltres?  L'annonce  des  prix  proposés  pour  l'année  1822 
et  le  tableau  des  membres  de  la  société  terminent  celte  brochure.  D. 

67. — Précis  analytique  des  travaux  de  V académie  royale  des 
sciences,  belles-lettres  et  arts  de  Ronsir,  pour  l'année  1821.  Rouen, 
imprimerie  de  Périaux  ;  1  vol.  in-S"  de  194  pages. 

Le  compte  rendu  des  travaux  de  cette  compagnie  par  MM.  Vitalis 
et  Bignon  ,  secrétaires  perpétuels ,  forme  deux  sections  :  Sciences  et 
arts,  Belles-lettres  et  arts.  La  première  est  subdivisée  en  six  cha- 
pitres :  Mathématiques ,  Histoire  naturelle ,  Chimie  et  arts  indus- 
triels. Médecine,  Médecine  vétérinaire ,  Agriculture  et   économie 
rurale.  L'un  des  mémoires  de  cette  section  a  pour  objet:  V Encollage 
des  étoffes  ou   toileries ,  au  moyen    de  diverses   espèces  de  pare- 
mens ,  etc. ,  par  M.  Dubuc  l'aîné,  pharmacien.  L'auteur,  ayant  le 
désir  d'être  utile  à  la  nombreuse  classe  des  tisserands  et  de  les  faire 
sortir  des  bas-fonds  et  des  caves  malsaines  où  la  nature  de  leurs  tra- 
vaux les  retient  une  partie  de  leur  vie,  présente  différentes  recettes 
économiques  d'un  encollage  hygrométrique,  qui  permettent  de  fa- 
briquer les  articles  de  rouennerie  dans  des  lieux  ni  frais  ni  humides, 
au-dessus  du  sol ,  sans  nuire  ii  la  tissure  et  à  la  confection  des  étoffes. 
L'addition  de  V hydrochlorate  de  chaux  paraît  le  moyen  efficace 
qu'il  présente  pour  atteindre  ce  but. — On  remarque  ensuite,  1"  un 
mémoire  de  M.  Vitaiis  sur  une  nouvelle  mine  de  chrome ,  trouvée 
depuis  peu  dans  une  île  voisine  de  Saint-Domingue  et  dont  M.  Vitalis 
a  fait  la  découverte,  en  analysant  une  certaine  quantité  de  sable  noir 
que  M.  Sèment ,  officier  de  sauté ,  lui  a  rapporté  des  bords  d'un 
ruisseau   qui   coule   dans   la   partie   sud    de   V Ile-à-vache  ,    situie 
à  9  milles  sud  de  Saint-Domingue.  2°  Un  essai  sur  les  causes  de 
la    couleur  verte  que   prennent    les  huîtres  des  parcs  à  certaines 
époques  de   l'année ,   par  M.  Benjamin  Gaillon  (  voy.   Revue  en- 
cycl.,  Tom.    IX,    pag.    Ô99  et  402).  Non»   devons  rectifier  une 
erreur  qui   s'était  glissée  dans  ce  recueil ,    dans  la  réfutation  de 
l'opinion   qui  regarde  comme  une  maladie  la  viridilé  des  huîtres. 
On  fait  dire  à  l'auteur  :  a  II  est  bien  reconnu ,  par  l'usage  journalier 


LIVRES  FRANÇAIS  165 

que  l'on  fait  des  huîtres  vertes ,  qu'elles  sont  aussi  saines  que  les 
blanches  ;  donc  leur  coloration  n'est  pas  le  produit  d'une  ma- 
ladie, »  Preuve  bien  insignifiante ,  tandis  qu'au  contraire  celle  que 
donne  l'auteur  contre  cette  opinion  résulte  des  expériences  compa- 
ratives qu'il  a  faites  du  degré  de  vitalité  des  huîtres  blanches  et  des 
huîtres  vertes,  lesquelles  n'ont  présenté  aucune  différence.  — 3°  Des 
observations  de  M.  Prévost  père ,  vétérinaire  à  Rouen ,  sur  une  vache 
qui ,  ayant  avalé  une  broche  de  fer  servant  à  un  métier  à  iSler  du 
coton  ,  l'a  conservée  pendant  deux  ans  entre  la  pleure  costale  et  les 
côtes ,  d'où  elle  est  sortie  en  perçant  cette  dernière  partie.  La  vache, 
qui  fait  le  sujet  de  cette  observation  physiologique,  toussait  souvent 
et  maigrissait  depuis  quelque  tems  ;  maintenant  elle  est  guérie ,  no 
tousse  plus  et  reprend  son  embonpoint.  —  4°  Le  rapport  d'une  com- 
mission nommée  pour  examiner  les  mémoires  envoyés  au  concours 
de  1820  sur  cette  question  :  «Quels  sont  les  moyens,  dépendans  ou  in- 
àèçGnàAXis  àvipjromètre  de  ffedgood,  les  plus  propres  à  mesurer, 
avec  le  plus  de  précision  possible  ,  les  hauts  degrés  de  chaleur  que 
certains  arts,  tels  que  ceux  du  verrier,  du  potier  de  terre,  du. 
faïencier,  du  porcelainier ,  du  métallurgiste,  etc.,  ont  besoin  de 
connaître?»  —  La  conclusion  de  la  commission  ,  adoptée  par  l'aca- 
démie, accorde  le  prix  au  n"  i"',  portant  porJr  épigraphe:  experientia 
prœstantior  arle.  En  conséquence  le  président  a  proclamé  le  nom 
de  M.  Honoré  Flaugcrgues,  de  Viviers  (Ardèche),  auteur  du  mémoire. 
Les  travaux  de  la  classe  Belles-lettres  et  arts  présentent  l'analyse 
des  discours  de  réception  de  MM.  Fontanier ,  Lepitre  et  de  M.  le 
lieutenant  général  Rivaud  de  la  Raffinière;  les  remcrcîmens  de 
M.  de  Bernis,  archevêque  de  Rouen  ,  pour  le  diplôme  qui  lui  a  été 
offert  ;  les  adieux  de  M,  Malouet ,  président  de  l'académie  ,  dont  les 
derniers  accens  ,  témoignage  de  la  confraternité  la  plus  aimable,  ont 
retenti  dans  tous  les  cœurs  et  y  laissent  des  regrets  profondément 
sentis.  Parmi  les  mémoires  consignés  en  entier  dans  le  Précis  de 
l'académie^  on  remarque:  i^  une  démonslration  de  M.  Bignon,  sur 
la  nature  et  la  véritable  signification  du  lerhe  dans  les  propositions 
grammaticales  et  logiques ,  dont  le  but  est  de  combattre  l'opinion 
de  M.  la  Romiguière  sur  la  nature  de  cette  partie  de  la  proposition , 
et  de  prouver  que  le  propre  du  verbe  est  l'expression  des  tems ,  la 
relation  du  jugement  à  une  époque  plus  ou  moins  précise  de  la 
durée;   a°  dei  considérations  sur  le  charme  et  l'utilité  altachés  à 


166  LIVRES  FRANÇAIS. 

l'étude  de  l'histoire ,  par  M.  Auguste  Lepreuosl.  L'auteur ,  citoyeiï 
patriote ,  regrette  avec  raison  que  l'étude  de  l'histoire  soit  trop  né- 
gligée.— Diverses  pièces  de  poésie  ,  des  élégies  par  M.  Vigne  ,  des 
fables  par  madame  Victoire  Babois ,  MM.  Guttingeret  le  Filleul  des 
Guerrots,  des  stances  sur  le  Voyage  de  lauie  par  M,  d'Omqy  ,  no- 
nagénaire, doyen  des  académiciens,  terminent  ce  recueil,  en  tête 
duquel  se  trouve  le  discours  prononcé ,  à  l'ouverture  de  la  séance 
publique,  par  M.  Lemarquis,  vice-président,  qui  s'est  attaché  à  faire 
ressortir  l'heureuse  alliance  de  l'esprit  du  commerce  et  du  goût  de 
l'instruction.  Nous  citerons  le  passage  où  l'auteur  peint  à  la  fois  l'acti- 
vité commerciale  de  Rouen  et  l'influence  scientiGque  de  l'académie  : 
«  En  contemplant  la  prospérité  de  cette  ville,  oii  le  fleuve  royal  apporte 
majestueusement  les  productions  des  contrées  les  plus  éloignées ,  où 
les  pavillons  de  tous  les  peuples  flottent  sur  les  navires  pressés  dans 
le  port,  tandis  que  d'autres  encore  imparfaits  reposent  près  de  là  sur 
les  chantiers  ;  où  le  coton  de  l'Inde ,  filé  par  les  plus  ingénieuses  ma- 
chines ,  paré  des  couleurs  les  plus  vives  et  les  plus  variées ,  se  trans- 
forme en  tissus  également  légers,  élégans,  solides;  où  le  génie  du 
mécanicien  s'exerce  continuellement  à  diminuer,  à  régulariser  le 
travail  des  mains;  où  l'étranger,    parcourant  nos  ateliers  d'un  œil 
surpris  ,   reconnaît  ,   avoue   malgré    lui-même   une    supériorité   qui 
alarme  sa  jalousie  ;  combien  il  nous  est  doux  de  penser  que  l'aca- 
démie n'est  pas  étrangère  à  cet  état  florissant ,  que  plus  d'un  des 
perfectionnemens  qui  ont  contribué  aux  succès  de  l'industrie  rouen- 
naise  est  émané  de  son  sein  !»  B,  G. 

68.  — Pragmens  de  philosophie  botanique  ,  ou  de  la  manière  la 
plus  convenable  de  voir  et  de  travailler  en  histoire  naturelle ,  et 
particulièrement  en  botanique ,  et  des  moyens  de  rendre  cette  science 
plus  simple  et  plus  facile  ;  par  A.  L.  Mabquis.  Rouen,  1821,  impri- 
merie de  F.  Baudry.  1  vol.  in -8°  de  207  pages.  Se  trouve  à  Paris  , 
chez   Méquignon  -Marvis. 

Cet  ouvrage  contient  vingt -uu  chapitres;  dans  les  six  premiers, 
l'auteur  s'élève  contre  l'abus  de  la  multiplication  des  espèces  et  des 
genres  en  botanique  ;  il  passe  en  revue  les  idées  que  les  naturalistes 
se  font  en  général  de  l'espèce,  et  s'appuie  de  l'autorité  de  Locke  et 
de  Condillac  pour  prouver  que  les  espèces  ne  sont  que  des  détermi- 
nations de  notre  esprit  et  non  des  groupes  exactement  détermines 
par  la  nature  elle-même;  il  regarde  l'opinion  de  la  réalité  des  espèces 


LIVRES  FRANÇAIS.  167 

comme  une  source  d'erreurs  qui  a  conduit  à  l'idée  d'une  précisiod: 
sévère  ,  mais  illusoire  ,   qui  n'est  pas  dans  la  nature  des  choses  ;  il 
voudrait  qu'on  effaçât  des  catalogues  un  grand  nombre  d'espèces  qui 
ne  sont,  d'après  deux  exemples  cités  par  l'auteur,  que  la  même  es- 
pèce altérée  par  des  localités  et  des  circonstances  diverses.  Ces  six 
chapitres  forment  en  quelque  sorte  la  première  partie  de  l'ouvrage  ; 
ils  sont  remplis  d'aperçus  spirituels  et  intéressans  ;  ils  préparent  le 
lecteur  à  la  réforme  des  espèces,  dont  l'auteur  développe  le  principe 
et  les  règles  dans  le  chapitre  vu.  Ce  principe ,  suivant  l'auteur ,  doit 
être  tiré  de  la  considération  des  êtres  relativement  à  nous;  le  besoin, 
l'utilité  seront  la  règle  du  naturaliste  dans  la  formation  des  espèces. 
Aucune  distinction  nouvelle  ,  aucune  espèce  ne  seront  introduites 
sans  un  motif  raisonnable,  sans  une  sorte  de  nécessité,  ou  du  moins 
d'utilité  relative,  soit  directement  à  l'homme,  soit  à  la  science.  C'est 
ce  que  l'auteur,  pour  se  servir  d'un  terme  de  la  philosophie  de  Leib- 
nitz,  appelle  la  raison  suffisante  d'une  espèce.  Il  est  à  craindre  que 
ce  principe  ne  conduise  pas  à  la  précision  et  à  la  fixité  qui  paraît  être 
le  but  louable  des  efforts  de  l'auteur.  On  se  demandera  quel  peut 
être  le  régulateur  de  cette  raison  suffisante?  Puisque  la  mesure  du 
besoin,  de  l'utilité ,  devient  celle  de  l'attention  plus  ou  moins  grande 
que  nous  donnons  aux   objets,  la  raison  suDBsante  d'un  médecin  et 
celle  d'un  artiste  ne  seront  pas  dans  la  même  ligne;  tel  savant  scru- 
tateur profond  de  la  nature ,  la  contemplant  d'un  point  de  vue  plus 
élevé  ,  admettra  des  distinctions  que  ne  soupçonnera  pas  l'obser- 
vateur superficiel  ;  la  raison  suffisante  de  ce  dernier  serait  pour  le 
premier  une  entrave  bien  injuste.  En  émettant  des  doutes  sur  l'effica- 
cité du  remède  que  propose  M.  Marquis  ,  nous  n'en  faisons  pas  moins 
,des  vœux  bien  sincères  pour  que  son  livre  plein  de  choses ,  fort  d'i- 
dées et  écrit  d'un  style  élégant,  conduise  les  naturalistes  à  n'accueillir 
que  les  travaux  qui  tendent  réellement  à  l'avancement  des  parties 
essentielles  de  la  science.  C'est  cette  essence  sur  laquelle  il  est  à  dé- 
sirer que  l'on  soit  d'accord.  Les  travaux  sur  la  physiologie  végétale 
paraissent  devoir  conduire  à  cette  fixité  tant  désirée.  Mais  que  de  ré- 
formes le  développement  et  la  perfection  de  ces  travaux  amèneront 
dans  les  doctrines  botaniques,  et  quelles  résistances  certaines  vé- 
rités auront  à  vaincre  !  N'anticipons  pas  sur  l'avenir ,  et  accueillons 
avec  reconnaissance  tous  les  bons  ouvrages  qui  tendent  à  l'amélio- 
ration de  la  science.  De  ce  nombre  sont  lesfragmens  de  philosophie 


16S  LIVRES  FRANÇAIS. 

botanique  de  M.  Marquis,  abondans  en  utiles  conseils,  mais  dont 
pourtant  quelques  propositions  ne  conviendront  certainement  point 
h  plusieurs  savans,  entre  autres  celle  où  l'auteur  regarde  les  obser- 
vations microscopiques  comïne  une  des  sources  de  la  multiplicité 
abusive  des  espèces  en  Imtoire  naturelle  ;  celle  encore  où  les  travaux 
scrupuleux  des  savans  de  la  Germanie  sont  considérés  comme  des 
écarts  du  bon  goût  et  assimilés  au  genre  romantique  de  la  littérature. 
On  peut  opposer  à  la  première  proposition ,  que  les  observations  mi- 
croscopiques nous  ayant  conduits  à  une  connaissaDce  plus  certaine  d  e 
l'organisation  des  êtres  ,  dont  la  simple  vue  soupçonne  à  peine  les 
linéamens,  conséquemment  les  ressemblances  ont  été  plus  positi- 
vement déterminées;  et  si  ces  observations  ont  produit  des  espèces 
et  des  genres  que  l'on  ne  connaissait  pas  ,  ces  créations  d'ordre,  loin 
de  subdiviser  le  tableau  de  la  nature  ,  ont,  en  quelque  sorte,  concrète 
des  individus  dont  le  grand  nombre  fatiguait  les  limites  de  notre  in- 
telligence :  les  observations  microscopiques  ont  donc  simplifié  plutôt 
que  compliqué  la  science.  Quant  au  goût  romantique  ,  à  cette  vague 
inquiétude  d'esprit  que  l'auteur  suppose  dans  les  travaux  de  plusieurs 
naturalistes  allemands,  elle  me  semble  en  contradiction  avec  cette 
marcbe  sévère,  ces  observations  réitérées  et  ce  besoin  d'exprimer  ce 
qui  est,  tout  ce  qui  est,  rien  que  ce  qui  est;  en  un  mot  avec  cette 
disposition  philosophique  de  l'esprit,  dont  grand  nombre  de  leurs 
ouvrages  scientifiques  (ont  preuve,  et  que  je  considère  comme  clas- 
sique, comme  devant  concourir  à  l'avancement  des  sciences  natu- 
relles. Je  crois,  comme  l'auteur,  que  rendre  les  sciences  simples, 
faciles,  substantielles ,  les  faire  aimer,  c'est  assurément  les  sentir; 
mais  je  pense  que  l'étude  approlondie  des  diverses  branches  de  la 
science  doit  conduire  à  ce  résultat.  Les  progrès  de  la  civilisation  ren- 
dront par  la  suite  familiers  à  tous  les  esprits  les  aperçus  qui  nous 
étonnent  et  nous  surpassent  maintenant.  Ainsi,  borner  nos  recher- 
ches suivant  la  mesure  de  telles  ou  telles  facultés ,  c'est  entraver 
l'essor  du  talent ,  c'est  établir  l'empire  des  préjugés,  c'est  arrêter  les 
progrès  scientifiques  du  siècle.  B.  G. 

^9-~Fiore  d'Oivard  et  de  Bénin ,  par  M.  Palissot  db  Bkauvois. 
Paris,  1821,  chez  la  veuve  de  l'auteur,  rue  Saint-Louis,  n»  58,  au 
Marais;  et  chez  Arthus  Bertrand,  libraire  ,  rue  Ilautefeuille  ,  n"  aj. 
In-folio.  Prix  ,  480  fr. 

Cette  flore  est  composée  de  t^irigl  lii^raisons   contenant  chacune 


LIVRES  FRANÇAIS.  169 

trois  feuilles  d'impression ,  et  de  6  planches  représentant  de  6  & 
lo  plantes.  Elle  contient  la  description  et  la  figure  exacte  de  tous 
les  genres  nouveaux  et  de  toutes  les  espèces  nouvelles  de  plantes 
recueillies  par  l'auteur  dans  des  pays  peu  connus,  et  qui  n'avaient 
été  visités  par  aucun  naturaliste  avant  lui.  La  singularité  ,  la  beauté 
des  fleurs,  le  brillant  et  la  variété  de  leurs  couleurs  rendent  ce 
recueil  également  utile  aux  savans ,  aux  artistes  et  aux  gens  du 
monde,  A  ce  bel  ouvrage  s'en  rattache  un  autre  du  même  auteur: 
Insectes  recueillis  en  Afrique  et  dans  Ils  Etals-Unis  d'Amérique. 
Ce  dernier,  composé  de  i5  livraisons  ,  contenant  chacune  4  feuilles 
d'impression  ,  et  de  6  planches  qui  représentent  de  56  à  4o  insectes 
de  grandeurs  et  de  familles  différentes,  se  trouve  également  chez 
la  veuve  de  l'auteur. 

70. — Traité  de  chimie  élémentaire,  théorique  et  pratique  ,  par 
L,  J.  Thénard,  de  l'Académie  royale  des  sciences  de  l'Institut  de 
France,  etc.,  etc.,  3"=  édition,  revue  et  corrigée.  Paris,  i8ai. 
Crochard,  libraire,  rue  du  Cloître-Saint-Benoît,  n"  16,  et  rue  de 
Sorbonne,  n»  3.  4  ï'ol.  in-8"  avec  planches.  Prix  ,  pour  Paris  ,  a8  fr. 
et  37  fr.  franc  de  port  pour  les  départemens. 

Lorsque  M.  Thénard  publia,  en  i8i3  ,  la  première  édition  de  son 
excellent  Traité  de  chimie.,  il  ne  fit  que  se  rendre  aux  vœux  souvent 
exprimés  par  ceux  qui  cultivaient  cette  belle  science,  et  surtout  par 
les  nombreux  élèves  qui  suivaient  ses  utiles  et  brillantes  leçons,  élèves 
au  nombre  desquels  je  m'honore  d'avoir  été.  Les  uns  et  les  autres 
regardaient  M,  Thénard  comme  étant  appelé  naturellement  à 
remplir  le  vide  qui  existait,  pour  cette  partie,  dans  nos  livre:, 
élémentaires  scientifiques.  Leur  espoir  fut  entièrement  justifié  ; 
l'ouvrage  du  savant  professeur  devint  bientôt  classique,  et  fut  promp- 
tement  répandu  dans  tous  les  pays  civilisés.  (îïous  en  avons  annoncé 
une  traduction  italienne  ,  Tom.  II,  p.  SSj.)  Dès  l'année  1818,  la 
première  édition  était  à  peu  près  épuisée  ,  et  M.  Thénard  en  fit  une 
seconde  dont  le  succès  ne  fut  pas  moindre,  et  qui  a  été  traduite  ré- 
cemment en  grec  moderne.  {Vo}'.  Tom-  X,  p.  23i.)  La  troisième 
édition  a  paru  en  juin  dernier.  L'auteur  ne  s'est  pas  contenté 
de  faire  une  simple  réimpression  de  son  ouvrage  ;  il  y  a  fait  entrer 
les  nombreuses  découvertes ,  dont  les  progrès  rapides  de  la  chimie 
ont  enrichi  cette  science  depuis  trois  ans.  Dans  les  deux  premiers 
volumes,  il  tritite  de  tout  ce  qui  est  relatif  aux  corps  inorganiques  ; 


170  LIVRES  FRANÇAIS. 

dans  le  troisième,  de  tout  ce  qui  concerne  les  corps  organiques^ 
et ,  dans  le  quatrième ,  de  l'analyse  chimique  ou  des  moyens  géné- 
raux par  lesquels  on  parvient  à  séparer  les  principes  constituans 
des  corps  et  à  en  déterminer  la  proportion.  Ce  dernier  volume 
renferme  en  outre  toutes  les  planches  de  l'ouvrage,  la  descrip- 
tion des  ustensiles  que  l'on  doit  se  procurer  dans  un  laboratoire 
de  chimie,  la  manière  de  s'en  servir  et  l'indication  de  leurs 
usages. 

On  ne  saurait  trop  louer  Tordre  qui  règne  non  seulement  dans  la 
distribution  générale  des  différentes  parties  de  l'ouvrage,  mais 
encore  dans  chacune  d'elles,  considérée  séparément,  c La  méthode 
que  j'ai  constamment  suivie  ,  dit  l'auteur  dans  sa  préface,  consiste 
à  procéder  du  simple  au  composé ,  du  connu  à  l'inconnu ,  à  réunir 
dans  un  même  groupe  tous  les  corps  analogues  ,  et  à  les  étudier 
d'abord  d'une  manière  générale,  et  ensuite  d'une  manière  particu- 
lière. L'avantage  de  cette  méthode  ,  employée  par  les  naturalistes, 
se  fera  sentir  surtout  dans  l'étude  des  métaux  et  des  composés  dont 
ils  font  partie.  En  effet,  il  est  possible  de  faire  de  ces  sortes  de 
corps  une  étude  générale  si  précise,  qu'on  soit  presque  dispensé  de 
les  étudier  en  particulier.»  J'ajouterai  qu'en  abrégeant  l'étude  de 
la  chimie,  cette  méthode  la  rend  aussi  facile  qu'attrayante. 
On  doit  savoir  aussi  beaucoup  de  gré  à  l'auteur  de  n'avoir  négligé 
aucun  détail  dans  ladescription  des  expériences  :  en  mettant  ainsi 
ses  lecteurs  à  même  de  les  répéter  toutes ,  il  contribue  puissam- 
ment à  accélérer  encore  la  marche  d'une  science  à  laquelle  ses  tra- 
vaux et  ses  leçons  ont  déjà  fait  faire  de  si  grands  pas.  Au  reste ,  le 
Traité  de  chimie  de  M.  Thénard  est  un  de  ces  ouvrages  que  le  nom 
de  leur  auteur  recommande  mieux  que*  tous  les  justes  éloges  qu'on 
pourrait  lui'  donner  ;  il  suffit  d'en  faire  connaître  l'existence  à  ceux 
qui  s'occupent  de  la  plus  utile  des  sciences  'physiques ,  pour  qu'ils 
s'empressent  de  se  le  procurer.  A.  Michelot. 

"1. — Tableaux  des  intérêts  à  tous  les  taux  en  usage  dans  le  com- 
merce, et  pour  tel  nombre  de  jours  déterminés ,  suivis  de  tableaux 
du  cours  progressif  de  la  rente  sur  l'état ,  croissante  ou  décrois- 
sante, suivant  le  taux  de  la  rente  légale  de  5o  fr.  pour  1,000  francs 
par  an,  ou  5  fr.  pour  100  fr. ,  depuis  le  cours  do  5o  fr.  {baisse forcée), 
et  successivement  en  remontant  jusqu'à  loo  fr.  (aw  |iatV)  ;  et  de  la 
comparaison  du  produit  de  divers  capitaux  en  rente  sur  l'état ,   sui- 


LIVRES  FRANÇAIS.  171 

vant  le  cours  résultant  de  l'intérêt  à  divers  taux  en  usage  dans  le 
commerce ,  par  P.  Robert.  Paris,  1821.  Chez  l'auteur,  rue  des 
Saints-Pères,  n"  81. 

j2.  —  Considérations  sur  quelqua  avantages  de  l'industrie  et  des 
machines ,  en  France  et  en  Angleterre ,  lues  dans  la  séance  pu- 
blique des  quatre  académies  de  l'Institut  de  France,  par  IM.  Charles 
Dcpis ,  membre  de  l'académie  des  sciences.  Paris,  1821.  Bachelier, 
libraire.  ln-8°  de  02  pages.  Prix,   i  fr.  25    cent. 

La  Kevue  Encyclopédique  a  rendu  compte  du  succès  de  cet 
écrit  et  de  son  utilité.  {Voyez  Tom.  X,  p.  2440 

"5, — Vojages  dans  la  Grande-Bretagne ,  2«  partie.  Force  navale 
de  la  Grande-Bretagne  ;  par  M.  Charles  Dcpi.v,  membre  de  l'aca- 
démie des  sciences.  Paris,  1821.  Bachelier,  a  vol.  in-4°  de  600  pag. 
Prix,  22  fr.  5o  cent. ,  et  20  fr.  pour  les  non- souscripteurs. 

La  Revue  a  déjà  rendu  compte  de  la  première  partie  de  cet 
ouvrage.  Force  militaire  de  la  Grande-Bretagne.  (  Voy.  Tom.  VII , 
p.  69  ,  et  Tom.  VIII ,  p.  48.)  Dire  que  la  seconde  partie  est  encore 
au-dessus  de  la  première  pour  l'abondance  et  l'ordre  des  matières  , 
ainsi  que  pour  la  beauté  de  l'exécution  des  planches,  c'est  en  faire 
l'éloge  le  plus  complet.  La  Revue  rendra  compte  de  cette  nouvelle 
partie.  La  9^ ,  qui  paraîtra  dans  le  cours  de  l'année  prochaine , 
traitera  du  commerce  et  des  travaux  publics  utiles  au  commerce , 
c'est-à-dire  des  travaux  des  ponts  et  chaussées.  Cette  partie  con« 
tiendi'a  pareillement  2  vol.  in-4''  avec  planches  et  grand  atlas ,  et 
sera  donnée  au  même  prix  que  la  précédente. 

74' — Exposition  des  principes  et  classification  des  sciences  dans 
l'ordre  des  études,  ou  delà  Synthèse;  par  H.  Tohombert,  avocat  des 
académies  de  Dijon  et  de  Lyon.  Paris,  1821.  In-8  de  i5o  pages, 
avec  un  tableau  synoptique  des  sciences  dans  l'ordre  des  études. 
Amable  Coste.  Prix,  2  fr.  5o ,  et  franc  de  port  3  fr. 

Il  y  a  plus  de  vraie  science  ,  plus  de  raison  dans  ce  petit  volume, 
que  dans  certaines  bibliothèques  entières.  Par  son  titre  ,  l'auteur, 
avocat  distingué  au  barreau  de  Lyon  ,  n'annonce  qu'une  exposition 
générale  des  principes ,  et  une  classification  des  sciences  dans  l'ordre 
convenable  pour  les  étudier  et  les  enseigner,-  et  il  donne  de  tels  dé- 
veloppemens  sur  les  principes  rationnels  de  la  morale,  du  droit  public, 
du  droit  privé,  du  droit  entre  les  nations,  que  cette  partie  seule 
de  son  ouvrage  est  une  bonne  introduction  générale  à  l'étude  des 


172  LIVRES  FRANÇAIS. 

lois.  Nous  croyons  que  son  livre  sera  étudié ,  médité  ,  lu  et  relu 
avec  avantage  par  tous  nos  jeunes  gens  qui  veulent  faire  des  pro- 
grès dans  les  sciences  quelconques.  Les  hommes  faits ,  les  savans 
même  y  trouveront  à  s'instruire.  Mais  ce  sont  MM.  les  élèves  des 
écoles  de  droit  qui  doivent  surtout  le  rechercher  et  le  prendre  pour 
guide. 

Ses  études  le  conduisent  à  la  religion;  il  en  fait  le  principal 
résultat  de  la  science,  et  il  vante  le  bonheur  que  procurerait  aux 
nations  l'accomplissement  des  règles  de  l'évangile ,  qui  ne  voit 
dans  tous  les  hommes  que  des  frères,  qui  regarde  la  justice  comme 
la  voix  de  Dieu ,  qui  ne  veut  pas  qu'il  y  ait  des  oppresseurs  ,  qui 
confond  et  punit  l'orgueil,  qui  met  avant  toutes  choses  les  vertus, 
qui  enchaîne,  pour  ainsi  dire  ,  la  force  aux  pieds  de  la  justice  et  de 
la  sagesse.  Cependant  il  lui  est  échappé  une  inconvenance  grave, 
et  la  seule  que  nous  ayons  remarquée  dans  son  livre  d'un  rare  mérite. 
Sa  jeunesse  doit  le  faire  excuser  ;  il  ne  veut  pas  qu'on  dise  à  la  femme 
d'être  subordonnée  à  son  mari  ;  il  propose  que  la  raison  commande 
à  tous  les  deux  ,  et  c'est  ce  qui  arrive  quand  l'un  et  l'autre  sont  rai- 
sonnables et  vrais  chrétiens  ;  mais  quand  l'auteur  sera  plus  avancé 
dans  la  carrière  de  la  vie ,  quand  il  aura  étudié  la  religion  chré- 
tienne avec  autant  d'application  et  de  succès  qu'il  a  étudié  la  phi- 
losophie rationnelle  ,  il  pourra  changer  sur  cet  article,  et  se  récon- 
cilier avec  l'apôtre  des  nations. 

Baron,  d'Alembert,  Dupont-de-Nemours,  MM.  de  Tracy,  Lan- 
celin  ,  Bentham  et  Jullien  de  Paris,  ont  classifié  les  sciences  et  les 
arts;  il  peut  y  a  voir  presque  autant  de  diversité  dans  ces  méthodes  qu'on 
en  remarque  dans  les  esprits.  Dans  le  livre  de  M.  Torouibert,  l'étude 
des  corps  de  la  nature,  fondée  sur  les  caractères  et  les  rapports  réci- 
proques établissant  entre  eux  des  différences  et  des  analogies,  et  l'é- 
tude particulière  de  l'homme,  fondée  sur  les  rapports  de  ses  facultés 
intellectuelles  avec  ce  qui  l'entoure,  conduisent  à  l'histoire  naturelie, 
dont  l'histoire  civile  est  une  branche,  et  aux  arts.  L'auteur  com- 
prend tout  cela  sous  le  nom  de  science  physique;  et,  selon  lui,  l'é- 
tude de  l'homme ,  fondée  sur  les  rapports  de  ses  facultés  morales 
avec  ce  qui  l'entoure,  sur  les  rapports  d'affection  ou  de  besoin  qui 
l'unissent  à  son  semblable,  conduit  aux  deux  sciences  du  droit  na- 
turel et  de  la  lèfrislution ;  celle-ci  a  trois  branches,  le  droit  public 
intérieur,  le  droit  privé  et  le  droit  inlernational  :  c'est  tout  cela  que 


LIVRES  FRANÇAIS.  173 

l'auteur  appelle  science  morale.  Il  expose ,  selon  le  droit  naturel  et 
avec  une  grande  force  de  raison,  l'origine  des  droits  et  des  devoirs^ 
l'origine  de  la  propriété  ,  les  notions  sur  la  loi  en  général,  sur  la  sou- 
veraineté ,  sur  l'esprit  des  lois  civiles,  etc.  Il  définit  la  loi  positive  : 
une  application  spéciale  des  principes  de  la  morale  ou  de  la  loi  na- 
turelle ;  il  voit  les  principes  de  la  loi  naturelle  dans  nos  facultés  et 
dans  nos  besoins  ,  et  il  appelle  loi  de  l'état  l'acte  du  législateur  qui 
protège  l'exercice  des  facultés  de  chacun.  Il  dit  que  c'est  l'expres- 
sion des  besoins,  la  limitation  du  droit  de  propriété,  la  règle  dfs 
droits,  autrement  ce  qui  est  juste.  Tant  que  la  loi  n'est  pas  juste,  il 
n'y  a,  dit-il,  qu'un  régime  provisoire.  11  fait,  sur  tous  ces  points, 
une  critique  vive  et  foncée  des  notions  qu'enseignèrent  Montesquieu 
et  J.-J. -Rousseau.  aPour  avoir,  dit-il,  des  lois  bonnes,  justes,  des 
lois  véritables ,  il  faut  étudier  les  vrais  besoins  de  la  société  :  pour 
étudier  des  besoins,  il  faut  qu'ils  se  puissent  manifester  franche- 
ment et  hautement.  Ainsi,  les  législateurs  doivent  recueillir  attenti- 
vement l'opinion  générale,  comprendre  les  besoins  qu'elle  annonce 
et  satisfaire  à  ces  besoins  par  des  lois.  Si  les  besoins  changent,  les 
lois  doivent  changer  avec  eux  ;  elles  forment  le  pacte  social ^  qui  a 
SCS  bases  dans  la  liberté  individuelle  et  dans  l'égalité  de  tous  devant 
les  lois.»  Il  ne  dit  rien  de  spécial  sur  les  constitutions,  ni  consé- 
quemment  sur  le  droit  de  les  suspendre  et  de  les  abroger. 

L'auteur  se  propose  de  développer,  selon  sa  méthode  ,  le  droit 
civil  dans  un  traité  particulier.  Nous  croyons  qu'il  fera  une  chose 
utile  ,  et  que  son  traité  général  et  son  traité  particulier  recevront  du 
public  uu  accueil  très-favorable.  Mais  c'est  notre  droit  criminel  qiû 
a  le  plus  besoin  de  réfoiine.  Otez  les  substitutions  et  les  majorais , 
perfectionner  et  ne  détruisez  pas  le  système  hypothécaire  ;  mettes 
tous  les  articles  de  ce  code  en  harmonie  avec  lui-même,  avec  les  autres 
codes  ,  cela  sufiBrait  pour  long-tems.  Notre  code  criminel  pèche  par 
l«s  bases  et  par  de  grandes  lacunes.  Lahjdimais. 

■pS.—Les  Ruines,  ou  méditations  sur  les  révolutions  des  empires, 
par  C.  F.  VoLîKKY.  Paris ,  1821.  Bossange  frères,  rue  de  Seine  ,  n"  lî, 
7»  édition ,  I  vol.  in-iG ,  auqiuil  on  a  joint  la  Lui  naturelle  et  un 
portrait  de  l'auteur. 

VoLHKY  avait  un  esprit  infatigable  dans  la  recherche  de  la  vérité  ; 
comme  il  croyait  ne  pas  la  trouver  exprimée  assez  clairement  dans 
les  livres,  il  conçut  le  dessiin  d'aller  la  chercher,  loin  de  sa  patrie  , 


a7A  LIVRES  FRANÇAIS. 

dans  l'Egypte  et  la  Syrie  ,  dont  les  déserts  sont  encore  remplis  des 
restes  de  leur  grandeur  passée.  Aucun  obstacle  ne  fut  capable  de 
l'arrêter.  11  supporta  la  faim ,  la  soif,  les  feux  d'un  climat  brûlant  , 
et  des  privations  de  toute  espèce.  Il  vécut  parmi  des  hordes  d'Arabes 
dont  il  apprit  la  langue,  vêtu  comme  eux,  couchant  sur  la  terre  ,  se 
conformant  à  leurs  lois  ,  à  leurs  usages  et  à  leurs  mœurs.  Mais  cette 
passion  ,  pour  la  vérité  ,  venait  moins  du  désir  de  la  gloire  que  de 
l'amour  de  la  vertu.  Transporté  en  présence  des  ruines  de  Palmyre  , 
qui  sont  les  plus  étonnantes  de  l'antiquité  ,  Vol ney  s'arrête ,  les  con- 
temple, les  interroge  ,  et  transmet  à  la  postérité  le  fruit  de  ses  ins- 
pirations. Il  voit  des  déserts  là  où  s'étenclaient  jadis  des  campagnes 
riantes  et  fertiles  ;  des  ruines  sur  le  même  sol  où  régnait  une   opu- 
lente cité,  quelques  hordes  de  barbares  semées  çà  et  là  ,  tristes  restes 
d'une  population  nombreuse  ,  une   morne  solitude  remplaçant  le 
Jai'uit  et  le  tumulte  des  arts  ;  partout  le  silence  des  tombeaux.  Era- 
. brassant  alors  par  la  pensée  la  diversité  des  pays ,  .des  tems  et  des 
opinions ,  il  médite  profondément  sur  les  causes  de  la  misère  des 
peuples  exposés  à  tant  de  vicissitudes  ;  et ,  voulant  expliquer  com- 
ment tant  de  nations  florissantes  ont  disparu  de  la  scène  du  monde , 
il  descend  dans  le  cœur  de  l'homme,  et  découvre,  dans  l'amour  de 
.soi-même,  une  source  féconde  du  bien  et  du  mal,  qui,  s'accroissant 
de     toutes   les    passions   humaines ,    produit    tantôt    la    grandeur , 
tantôt  la  décadence  des  états.  En  effet ,  cet  amour  bien  dirigé  rend 
l'homme  juste ,  bienfaisant ,  religieux  ;  s'il  prend  une  fausse  direc- 
tion, il  le  rend  méchant ,  ingrat ,  oppresseur.  L'amour  de  soi  même 
renferme  donc  tous  les  élémens  de  la   prospérité  ou  de  l'adversité 
du  genre  humain. 

C'est  sur  ce  grand  principe  que  Volney  fait  reposer  tout  son  ou- 
vrage ;  il  démontre  que  cet  amour  de  soi-même  ne  peut  dissiper  les 
nuages  des  préjugés  accrédités  par  le  tems,  nous  conduire  au 
bien,  qu'autant  qu'il  est  placé  sous  la  direction  de  la  loi  naturelle , 
dont  il  explique  les  règles  éternelles  et  immuables ,  règles  écrites 
dans  le  cœur  de  l'homme.  A.  Métbal. 

76.  —  (Euvres  choisies  de  Fénèlon  ,  6  vol.  in-8«.  Les  tomes  1  et  a 
sont  en  vente. —  Paris  ,  1821  ,  Delestre-Boulage  ,  libraire  de  l'Ecole 
de  Droit,  rue  des  Mathurins-S.- Jacques,  n"  1. 

Le  second  volume  ,  qui  vient  de  paraître  ,  contient  les  Dialogues 
,  sur  l'éloquence  ;  U  LeltreàVacadémie française  sur  l'éloquence ,  la 


LIVRES  FRANÇAIS.  175 

poésie  ,  l'histoire.,  etc.  le  Discours  de  réception  à  L' académie  fran- 
çaise ;  des  Mémoires  très-curieux  et  pleins  de  hardiesse  sur  la^uerre 
de  la  succession  d" Espagne ,  et  divers  autres  opuscules.  Les  volumes 
suivans  paraîtront  de  mois  en  mois. 

77.  —  Penséeset  maximes  de  Fkmklon,  2  vol.  in-i8,avec  portrait. 
Paris  ,  1821  ;  Roret  et  Roussel ,  rue  Pavée-S. -  André  ^  n^g.  Prix  ,5  fr. 
et ,  pour  les  souscripteurs  ,  2  fr.  5o  c. 

Ces  deux  volumes  font  partie  de  la  collection  des  Pensées  et  Maxi- 
jues  des  écrivains  célèbres  ,  que  nous  avons  déjà  eu  occasion  d'annon- 
cer (  Vojez  t.  IX  ,  p.  162  et  352  ).  Parmi  les  Pensées  de  Fénélon ,  de 
ce  digne  prélat  qui  orna  la  morale  des  grâces  de  l'imagination  ,  nous 
avons  remarqué  celle-ci  :  «  Il  faut  qu'un  peupje  ait  des  lois  écrites  , 
toujours  constantes  et  consacrées  par  toute  la  nation  ;  qu'elles  soient 
au-dessus  de  tout  ;  que  ceux  qui  gouvernent  n'aient  d'autorité  que 
par  elles  ;  qu'ils  ne  puissent  rien  contre  ces  lois  pour  autoriser  le  mal.» 

C'est  à  M.  H.  Duval  que  nous  devons  le  choix  de  ces  pensées  ; 
celles  de  Bossuet  et  de  Massillon  sont  sous  presse. 

78. — Des  Délits  et  des  Peines ,  par  Becc  aria  ,  traduction  nouvelle 
et  seule  complète,  suivie  du  commentaire  de  Voltaike  sur  le  livre 
dçs  délits  et  des  peines  ,  et  du  discours  de  J.  M.  A.  Seevan  ,  avocat 
général  au  parlement  de  Grenoble,  sur  l'administration  de  la  justice 
criminelle  ,  par  P.  J.  S.  Dcfev  (  de  l'Yonne  ),  avocat.  Ladvocat  ,  li- 
braire, Palais-Royal,  Paris  ,  1821  ,  1  vol.  in-S"  ;  prix, 6  fr. 

L'ouvrage  de  Beccaria  a  toujours  joui,  en  France  comme  en  Italie 
et  dans  toute  l'Europe ,  de  la  plus  haute  estime ,  depuis  sa  première 
apparition  ,  en  1764.  Les  trois  premières  éditions  furent  épuisées  en 
dix  mois.  Ce  fut  sur  la  troisième  édition  que  Morellet  flt  sa  traduc- 
tion ,  ou  plutôt  son  imitation ,  qui  parut  en  1 766.  Après  la  cinquième 
édition  ,  Beccaria  fit  quelques  changemens  au  plan  de  son  ouvrage, 
Quelques-uns  lui  avaient  été  indiqués  par  Moi'ellet,  La  traduction 
publiée  ensuite  par  M.  Chaillou  de  Lisy  était  absolument  conforme 
aux  premières  éditions.  Les  additions  faites  par  Beccaria  ,  depuis 
que  les  traductions  ont  paru  ,  étaient  absolument  inconnues  des  lec- 
teurs français.  La  traduction  nouvelle  ,  donnée  par  M.  Dufey  ,  est 
la  seule  qui  les  fasse  connaître.  Elle  a  été  faite  sur  l'édition  italienne, 
publiée  en  1807  ,  chez  Bettoni ,  de  Milan ,  par  M.  Beccaria  ,  fils  de 
l'auteur  ,  seule  édition  regardée  en  Italie  comme  complète,  et  dont 
la  26«  édition  ,  donnée  par  le  libraire  Silvestri  ,  en  i8io  ,   n'est 


176  LIVRES  FRANÇAIS 

qu'une  réimpression.  Le  commentaire  de  Voltaire  et  le  discours  de 
Servan  ,  qui  terminent  le  volume  ,  étaient  un  complément  nécessaire 
de  l'ouvrage  de  Beccaria  ,  et  ont  été  substitués  ,  avec  beaucoup  de 
jugement  ,à  l'extrait,  peut-être  un  peu  sec,  de  la  Théorie  des  peines 
de  Jérémie  Bentham  ,  donné  dans  l'édition  française  de  1797,  par 
M.  Rœderer. 

79. — Des  Conspirations  et  de  la  justice  politique ,  pa^  P.  Gcizot  , 
avec  cette  épigraphe  :  «  Ne  dites  point  conjuration,  toutes  les  fois  que 
le  peuple  dit  conjuration  (Esaïe,  chap.  8,  vers.  12).  Paris,  1821; 
brochure  in-8"  de  119  pages;  Ladvocat,  au  Palais-royal.  Prix    5  fr. 

L'auteur  signale  un  grand  mal  qui  nous  menace  :  la  justice  près  de 
tomber  sous  le  joug  de  la  politique.  C'est  surtout  dans  les  tems  de 
fermentation  politique ,  que  la  justice  doit  se  montrer  plus  difficile , 
plus  attentive  et  plus  impartiale.  Si  quelque  force  étrangère  veut 
la  détourner  à  son  profit,  il  faut  s'élever  contre  une  usurpation 
qui  la  perd.  Il  s'agit  ici  de  droits  et  d'intérêts  qui  sont  au-dessus 
de  toutes  les  opinions,  que  tout  système  est  également  tenu  de 
garantir. — M.  Guizot,  après  avoir  indiqué  le  but  de  son  écrit,  traite 
de  la  politique  et  de  la  justice.  Une  politique  habile  doit  empêcher 
que  la  conservation  de  l'ordre  social  n'exige  sans  cesse  l'intervention 
de  la  force  matérielle,  bientôt  funeste  et  impuissante,  quand  on  lui 
donne  trop  à  faire.  Dans  le  chapitre  II ,  l'auteur  trace  le  cercle  d'où 
le  pouvoir  judiciaire  ne  peut  sortir  sans  violer  la  loi,  sans  devenir 
l'instrument  de  la  puissance  pour  descendre  dans  l'arène  des  partis. 
Les  chapitres  III  et  IV  développent  les  conséquences  effrayantes 
pour  la  sécurité  individuelle  de  cet  oubli  des  principes.  Le  chapitre  V 
traite  des  agens  provocateurs  ;  il  établit  la  différence  qui  doit  se 
trouver  entre  l'espionnage ,  jugé  quelquefois  nécessaire  au  maintien 
de  l'ordre ,  et  \a provocaiion ,  qui  couve  et  fait  éclore  le  crime  et  qui 
exerce  sur  la  pauvre  nature  humaine  l'atroce  mission  de  Satan.  Le 
chapitre  VI  (du  ministère  public]  contient  l'exposé  des  inconvéniens 
graves  qui  résullent  pour  la  justice  et  pour  la  morale  des  aberrations 
du  pouvoir,  transportant  sur  le  terrain  judiciaire  toutes  les  forces  et 
toutes  les  armes  dont  il  est  pourvu  sur  le  terrain  politique ,  pour- 
suivant les  individus  devant  les  tribunaux  avec  le  même  langage,  la 
même  latitude  qu'il  emploie  pour  soutenir  ses  actes  dans  les 
chambres.  De  cette  manière,  conclut  l'auteur,  la  politique  envahit 
la  justice  et  la  corrompt  en  l'envahissant.  Après  avoir  signalé  le  mal, 


LIVRES  FRANÇAIS.  177 

û  offre  le  remède  dans  le  chapitre  IX  et  dernier,  en  démontrant  que 
la  justice  est  la  meilleure  politique ,  et  qu'en  donnant  pour  point 
d'appui  à  la  puissance  judiciaire  la  loi  et  l'équité,  elle  triomphera 
de  l'esprit  de  parti  et  des  préventions  politiques,  et  contribuera  es- 
sentiellement à  consolider  le  gouvernement  et  à  moraliser  l'esprit 
public.  B.  G. 

80. — Principes  de  jurisprudence  française ,  pour  servir  à  l'intelli- 
gence du  code  civil  ;  par  M.  Boulage  ,  avocat  à  la  cour  royale  et 
professeur  de  code  civil  à  la  faculté  de  droit  de  Paris.  Paris,  1S20; 
Delestre-Boulage ,  rue  des  Mathurins-Saint- Jacques,  n"  v".  Deux 
volumes  in-S"  ;  prix  ,  la  fr.,  et  par  la  poste  i5  fr. 

Cet  ouvrage  contient  la  substance  des  leçons  que  M.  Boulage  pro- 
fessait à  l'école  de  droit  de  Paris.  L'auteur ,  arrêté  par  la  mort  au 
milieu  de  sa  carrière,  est  loin  d'avoir  rempli  la  tâche  qu'il  s'était 
imposée  ;  car  il  n'a  pu  examiner  que  les  deux  premiers  livres  du 
code  civil.  Nous  ignoions  si  l'on  se  propose  de  publier  les  matériaux 
que ,  sans  doute ,  on  aura  trouvés  parmi  les  papiers  de  M.  Boulage. 
Nous  avions  déjà ,  sous  le  titre  de  Principes  de  la  jurisprudence 
française,  un  fort  bon  ouvrage  de  Prévôt  de  la  Jannès  ;  mais  il  n'est 
relatif  qu'à  notre  ancien  droit.  Sans  prétendre  mettre  le  livre  de 
M.  Boulage  sur  le  même  rang  que  ceux  de  MM.  Toullier,  Pru- 
dhon,  etc.,  nous  pensons  néanmoins  qu'il  peut  être  utile  aux  élèves. 
On  a  réimprimé,  à  la  tête  du  premier  volume,  l'Histoire  du  droit  fran- 
çais, de  l'abbé  Fleury.  A.  T. 

81. — Des  Substitutions  prohibées  par  le  code  ciuil,  par  M.  Roliatd 
DB  ViLiABGiEs ,  juge-suppléant  au  tribunal  de  première  instance  de 
la  Seine.  Paris,  1821;  2«  édition,  revue,  corrigée  et  augmentée. 
Hayet,  rue  de  la  Michodière ,  n">  12.  Un  volume  in-S°  ;  prix,  6  fr. , 
et  7  fr.  5o  c.  franc  de  port. 

Cette  seconde  édition  d'un  traité  ex-professo  sur  une  matière  difS- 
cile,  et  sur  laquelle,  par  cette  raison  même,  peu  d'auteurs  se  sont 
exercés,  mérite  d'être  recommandée  aux  magistrats  et  aux  juriscon- 
sultes. L'auteur  possède  bien  les  principes  des  substitutions ,  et  les 
applications  qu'il  en  fait  aux  diverses  espèces  dénotent  un  homme 
qui  a  joint  la  pratique  des  affaires  à  l'étude  des  lois.  D. 

82.— (*}  Le  Barreau  français  ou  Collection  des  chefs-d'œuvre  de 
l'éloquence  judiciaire  en  France  ,  par  Baquet ,  Beaumarchais , 
Cochin,  d'Aguesseau,  Dupaty ,  Élie  de  Beaumont,  Erard,  Ferrere, 

TOMB   XI.  12 


17S  LIVRES  FRANÇAIS. 

Gerbier ,  Lemaître ,  Lenormant ,  Linguet  ,  Loyseau  de  Mauléon  , 
Mirabeau  ,  Montesquieu  ,  Patru  ,  Pélisson  ,  Portalia  ,  Servan  , 
Target,  etc.  (ancien  barreau') ;  et  par  Bellart,  Bergasse,  Berryer, 
Billecoq,  Bonnet,  Berville,  Chauveau-Lagarde  ,  Courvoisier,  Dela- 
malle ,  Dupin ,  Duveyrier ,  Guichard  ,  Hennequin  ,  Lacretelle  aîné  , 
Laine,  Lally-Tolendal  ,  Manuel,  Marchangy,  Mauguin  ,  Raves, 
Romiguière  ,  Siméon  ,  Trinquelague  ,  Tripier  ,  Yatiménil ,  etc. 
(  barreau  moderne).  Paris,  1821  ;  Panckoucke ,  rue  des  Poitevins, 
Tû."  16.  Premier  volume  de  la  seconde  série,  in-S"  de  4S5  pages;  prix, 
€  francs.  La  collection  entière  de  cet  ouvrage,  publié  par  souscrip- 
tion et  dont  il  paraîtra  un  volume  toutes  les  six  semaines,  sera  com- 
posée de  seize  volumes ,  huit  pour  Vancien  barreau  et  huit  pour  le 
barreau  moderne. 

Le  volume  que  nous  annonçons  commence  le  barreau  moderne, 
et  renferme  le  plaidoyer  de  M.  de  Lally-Tolendal  ^ont  Louis  XVI, 
celui  de  M.  Bellart  pour  mademoiselle  Champion  de  Cicé  et  celui 
de  M.  Bonnet  povLT  le  général  Moreau;  le  discours  de  M.  Billecoq  sur 
la  profession  d'avocat,  et  celui  pour  F.  de  Rivière  ;  les  plaidoyers  de 
M.  Dupin  pour  Robert  Wilson  et  pour  Savary,  celui  de  M.  Henne- 
quin pour  Fiévée,  et  le  réquisitoire  dans  l'affaire  de  la  Bibliothèque 
historique  par  M.  de  Vatismènil.  Le  tome  second  ,  qui  commence 
Yancien  barreau,  renfermera  les  plaidoyers  de  Loyseau  de  Mauléon 
et  à.' E lie  de  Beaumont. 

85.  —  Note  sur  la  véritable  interprétation  d'une  loi  italienne  , 
contenant  des  renseignemens  sur  la  personne  et  sur  les  écrits  de 
M.  Charles  Paseeo,  de  Turin.  Deuxième  édition,  augmentée.— V ans, 
1831  ;  impr.  d'Antoine  Bailleul ,  rue  Thibautodé,  n»  8. 

Cette  notice  n'est  augmentée  que  d'un  avant-propos.  L'auteur 
pense  que  la  loi  piémontaise  qui  défend  toute  impression  d'ouvra'^es 
dans  les  pays  étrangers,  sans  l'approbation  des  réviseurs  piémontais, 
ne  doit  pas  s'étendre  aux  individus  qui  ont  fixé  leur  domicile  dans 
ces  mêmes  pays. 

84.  —  Du  gouvernement ,  considéré  dans  ses  rapports  auec  le  com- 
merce .1  ou  de  l'administration  commerciale  opposée  à  l'économie  po- 
litique.ParF.  L.  A.FBBBiEB,2e  édition,  Paris  ,  1821  ,  Pélicier,  place 
du  Palais-Royal.  Un  vol.  in-S°. 

Cet  ouvrage  est  remarquable  par  une  grande  franchise  d'opinion 
contre  une  science  généralementrépandue ,  et  pour  laquelle  les  bom- 


LIVRES  FRANÇAIS.  ^79 

mes  ont  d'autant  plus  d'estime  ,  que  peu  la  comprennent  bien  et 
peuvent  s'en  rendre  un  compte  exact.  C'est  la  science  de  l'économie 
politique;  «science  récemment  découverte,  dit  l'auteur,  et  qui,  riche 
en  théorie  qu'elle  vante ,  quoiqu'elle  en  change  perpétuellement 
pauvre  en  faits  qu'elle  dédaigne,  range  toutes  les  nations  sous  il 
même  loi.  .  L'administration  ,  en  général ,  embrasse  tous  les  inté- 
rêts positifs  des  peuples,  et  l'administration  commerciale  en  est  une 
subdivision.  C'est  de  celle-ci  que  s'occupe  particulièrement  M.  Fer- 
rier  :  en  démontrant  «  qu'elle  vit  de  faits,  qu'elle  repousse  toute 
théorie  absolue  ,  parce  que  le  malheur  des  théories- est  d'être  inflexi- 
bles ,  »  c'est-à-dire,  sans  application  possible  aux  intérêts  qui ,  de  leur 
nature  ,  sont  toujours  très-variables  ,  il  oppose  cette  science  à  celle 
de  l'économie  politique  ,  qui  ne  présente  que  des  théories.  Son  but 
est  d'expliquer  le  système  d'administration  commerciale  ;  de  repro- 
duire ,  pour  les  combattre,  les  objections  dont  il  est  l'objet.  Remon- 
tant aux  principes,  qu'il  déduit  avec  toute  la  clarté  nécessaire  pour 
rendre  facile  et  prompte  l'intelligence  de  choses  abstraites  par  leur 
nature  ,  il  divise  son  ouvrage  en  quatre  parties  ,  dans  lesquelles  il 
examine  :  1°  ce  que  c'est  que  la  richesse  des  nations  ;  2°  l'influence 
de  l'argent  sur  la  reproduction  ;  ô"  le  commerce ,  tant  extérieur 
qu'intérieur  ,  et  son  action  sur  la  richesse  des  peuples  ;  4»  enfin  le 
système  commercial  de  la  France  ,  ou  l'objet  et  l'esprit  des  lois  sur 
lesquelles  repose  la  prospérité  de  notre  industrie.  Dans  ces  quatre 
grandes  divisions,  liées  entre  elles  avec  habileté,  l'auteur  passe  succes- 
sivement des  principes ,  qu'il  expose  avec  une  logique  lumineuse  ,  à 
leur  application.  En  faisant  apercevoir  la  différence  que  suivent  dans 
leur  marche  les  deux  sciences  qu'il  oppose  l'une  à  l'autre  ,  il 
réduit  à  sa  plus  simple  expression  une  des  questions  les  plus  im- 
portantes.  L'économie  politique  ,  suivant  M.  Ferrier  ,  procède  dans 
ses  spéculations,  comme  si  chaque  nation  n'avait  pas  des  intérêts 
distincts  ,  comme  si  tous  les  peuples  ne  formaient  qu'un  seul 
peuple  :  l'administration  ,  au  contraire,  ne  passe  point  de  la  théorie 
à  la  pratique  ;  elle  remonte  de  la  pratique  à  la  théorie  ,  n'admettant 
de  théorie  qu'autant  que  la  pratique  en  a  fait  reconnaître  la  jus- 
tesse. La  manière  de  poser  la  question  ,  d'après  une  indication 
aussi  précise  ,  influerait  puissamment  sur  la  solution.         V.  D.  M. 

85.  —  De  V exponation  et  de  ï importation  des  grains  ;  par  J.-B. 
Odï:».  Brochure  in-8' ,  Paris  ,  i8ai.  (Ne  se  vend  pas  ,  mais  se  trouve 
chez  l'auteur  ,  rue  Saint-Dominique  ,  rx"  17.  } 

12' 


Î8Ô  LIVRES  FRANÇAIS, 

On  doit  de  la  reconnaissance  aux  anciens  administrateurs  qui  , 
retirés  des  affaires  ,  cherchent ,  sans  aucun  intérêt  personnel  ,  à 
faire  profiter  leur  pays  de  l'expérience  et  des  lumières  qu'ils  ont 
acquises  dans  l'exercice  de  leurs  fonctions.  Cette  réflexion  s'applique 
naturellement  à  M.  Ouïn  ,  qui  ,  après  avoir  occupé,  pendant  long- 
tems  et  avec  distinction  ,  des  emplois  supérieurs  dans  l'administra- 
tion des  subsistances  militaires,  a  exposé,  dans  un  écrit  à  la  fois  clair 
et  concis,  les  inconvéniens  de  notre  législation  actuelle  sur  les  grains, 
et  les  dispositions  qu'il  convient  ,  selon  lui ,  d'y  sub«tituer.  Après 
avoir  démontré  ,  par  des  calculs  rigoureux  et  par  des  raisonnemens 
qui  ne  le  semblent  pas  moins,  que  la  loi  du  16  juillet  1819  et  celle  du 
24  juillet  1S21  qui  la  modifie  sont  à  la  fois  contraires  aux  intérêts  des 
producteurs  et  à  ceux  des  consommateurs ,  M.  Ouïn  développe  le 
système  qu'il  croit  le  plus  propre  à  les  concilier.  En  voici  les  bases  : 
î°.  les  départemens  frontières  delà  France  seront  divisés  en  qua- 
torze classes,  parce  qu'il  existe  quatorze  bassins  qui  aboutissent  à 
la  mer  ou  à  l'étranger.  2°  Les  marchés  régulateurs  de  l'exportation 
seront  choisis  au  sein  des  cantons  les  plus  productifs  de  chaque  bas- 
sin. 3"  Il  sera  assigné  à  chaque  marché  régulateur  une  limitejégal« 
d'exportation  ,  laquelle  sera  fixée  sur  le  prix  moyen  naturel  du  fro- 
ment dans  le  voisinage  de  ce  marché.  4°  L'exportation  restera  per- 
jnise  ,  dans  chaque  classe,  aussi  long  tems  que  le  prix  courant  de 
chacun  des  marchés  régulateurs  n'aura  pas  dépassé  la  limite  légale 
déterminée  parle  tableau  de  fixation.  5"  Les  départemens  frontières 
seront  également  divisés  en  quatorze  classes  ,  à  l'égard  de  l'impor- 
tation. 6°  Les  marchés  régulateurs  de  l'importation  seront  choisis 
parmi  les  communes  les  plus  populeuses  de  chaque  bassin.  7°  Il 
sera  assigné  à  chaque  marché  régulateur  une  limite  légale  d'impor- 
tation ,  laquelle  sera  fixée  sur  le  prix  moyen  naturel  du  froment 
dans  le  voisinage  dudit  marché  ,  avec  une  addition  de  5o  cent,  par 
hectolitre.  8"  Le  gouvernement  aura  la  faculté  de  déterminer  les  quan- 
tités de  grains  à  laisser  entrer  dans  chaque  classe.  9"  Il  continuera 
d'être  perçu  des  droits  d'importation  ,  non  sur  chaque  hectolitre, 
mais  sur  chaque  quintal  métrique  de  froment  admis  à  la  consom- 
mation intérieure  ;  ces  droits  seront  gradués  dans  chaque  classe  sur 
la  plus  haute  limite  légale  assignée  à  ladite  classe  ,  et  ils  seront 
susceptibles  de  décroître  dans  les  proportions  que  l'auteur  indique 
plus  loin.  Il  donne  aussi  le  tableau  des  marchés  régulateurs,  tant 


LIVRES   FRANÇAIS.  181 

l"our  l'exportation  que  pour  l'importation,  avec  les  limites*  légales- 
de  ces  difFérens  marchés  ;  mais  il  le  présente  seulement  comme  un 
essai  sur  lequel  il  appelle  un  examen  attentif.  Je  ne  me  permettraipas 
d'émettre  mon  opinion  sur  une  matière  aussi  importante  ,  et  qui- 
de  tout  tems  a  divisé  les  meilleurs  esprits;  mais  je  crois  devoir  dire 
que  l'opuscule  de  M.  Ouïn  me  paraît  digne  d'être  médité  par  tou» 
ceux  qui  e'occu,'  ent  d'économie  publique,  par  devoir  ou  par  goùt. 

A.    MlCHELOT. 

S6.  —  Quelques  Considérations  générales  sur  les  colonies.  Paris , 
1821.  Jeulin,  libraire,  rue  Saint-Honoré  ,  n»  338.  in-S"  de  i5o  p. 
Prix  ,   2  fr.  5o  cent. 

Cette  brochure  contient,  ce  qu'on  aurait  peine  à  croire  aujour- 
d'hui ,  un  long  plaidoyer  en  faveur  de  la  traite  des  nègres.  L'auteur  ^ 
auquel  sa  qualité  et  ses  préjugés  de  colon  paraissent  avoir  fait  ou- 
blier sa  dignité  d'homme ,  semble  croire  que  les  noirs  esclaves  sontr 
dans  nos  colonies  cent  fois  plus  heureux  que  les  journaliers  d'Europe. 
Selon  lui,  les  nègres  sont  incapables  de  sentir  les  bienfaits  de  la  li- 
berté ;  ils  n'ont  aucune  notion  du  juste  et  de  l'injuste  ,  sont  peu  sen- 
sibles aux  affections  de  la  nature  sur  le  sol  natal;  en  un  mot,  il  les 
classe  parmi  les  êtres  seulement  doués  de  la  vie  animale,  et  totale- 
ment privés  des  facultés  intellectuelles.  Dans  la  description  que  cet 
auteur  anonyme  donne  des  travaux  auxquels  les  noirs  peuvent  être 
employés  ,  on  croirait  voir  un  naturaliste  cherchant  à  dépeindre  les 
mœurs  d'une  nouvelle  famille  d'animaux.  Voici  les  expressions  dont 
il  se  sert  :  «  Il  suffit,  pour  voir  le  nègre  s'habituer  à  sa  nouvelle  po- 
sition ,  qu'on  lui  ait  choisi  l'espèce  d'occupations  auxquelles  sa 
nation  est  le  plus  propre.  C'est  le  nom  qu'on  donne  aux  diverses 
variétés  de  l'espèce  :  ces  variétés  ont  des  caractères  distinctifs ,  re- 
marquables, même  pour  ceux  qui  ne  les  ont  pas  pris  sur  la  côte. 
Le  Mandingue  et  Vibo  sont  propres  à  la  terre  ;  le  Sénégalais,  au 
service  domestique  et  aux  métiers,  etc. ,  etc.  »  (page  52.  ) 

En  vain  ,  une  philosophie  généreuse  a  démontré  jusqu'à  l'évidence 
combien  il  est  cruel  d'arracher  ainsi  des  hommes  à  leur  patrie  ;  c;»r, 
en  les  supposant  même  plus  dépourvus  d'intelligence  que  ceux  de 
notre  espèce ,  ils  n'en  sont  pas  moiiïs  nos  frères  ;  un  écrivain  se 
trouve,  qui  n'aperçoit  dans  cet  infâme  commerce  qu'une  action 
droite  et  nullement  répréhensible.  On  est  forcé  d'expliquer  une  sem- 
blable apologie  par  l'intérêt  personnel,  qui  presque  toujours  fait  mé- 


182  LIVRES  FRANÇAIS. 

connaître  la  justice  et  la  vérité.  Répondons  à  cet  auteur  anonyme 
par  quelques  citations  tirées  de  l'admirable  chapitre  de  Montesquieu 
sur  l'esclavage  des  nègres.  «  Si  j'avais  à  soutenir  le  droit  que  nous 
avons  eu  de  rendre  les  nègres  esclaves,  dit  ce  grand  publiciste , 
voici  ce  que  je  dirais  :  Les  peuples  d'Europe  ayant  exterminé  ceux 
de  l'Amérique ,  ils  ont  dû  mettre  en  esclavage  ceux  de  l'Afrique  , 
pour  s'en  servir  à  défricher  tant  de  terres.  Le  sucre  serait  trop  cher, 
si  l'on  ne  faisait  travailler  par  des  esclaves  la  plante  qui  le  produit. 
Ceux  dont  il  s'agit  sont  noirs  depuis  les  pieds  jusqu'à  la  tète  ,  et  ils 
ont  le  nez  si  écrasé  qu'il  est  presque  impossible  de  les  plaindre,  etc.» 

Du  reste  ,  nous  devons  convenir  que  cet  ouvrage  est ,  sous  d'autres 
rapports  ,  l'un  des  meilleurs  qui  aient  paru  sur  nos  colonies.  Il 
abonde  en  idées  saines  et  utiles  ,  en  aperçus  lumineux,  en  raison- 
nemens  solides.  Un  style  tout  à  la  fois  énergique,  élégant  et  naturel, 
contribue  à  rendre  encore  la  lecture  de  ce  mémoire  très-attachante. 
Il  est  facile  de  voir  que  son  auteur  a  profondément  étudié  et  sans 
doute  parcouru  le  plus  grand  nombre  de  nos  établissemens  et  comp- 
toirs d'outre-mer.  En  conséquence,  nous  le  recommandons  aux  per- 
sonnes qui  s'occupent  de  la  question  de  savoir  si ,  dans  l'état  actuel 
de  notre  société  politique ,  le  système  colonial  offre  plus  d'avantages 
que  d'inconvéniens.  A.  T. 

87. — État  actuel  delà  Corse;  caractère  et  mœurs  de  ses  hahitans; 
par  P.  P.  PoMPEi.  Paris,  1821.  Klcffer ,  r.  d'Enfer,  n"  2.  i  vol.  in-S" 
de  240  pages. 

La  Corse  et  le  peuple  qui  l'habite  valent  mieux  que  la  réputation 
qu'on  leur  a  faite.  Cette  réputation  fort  équivoque  date  de  loin  , 
puisqu'elle  est  particulièrement  due  à  Sénèque ,  exilé  dans  le  coin  le 
plus  sauvage  de  l'Ile,  et  renfermé  pendant  six  ans  dans  une  tour, 
d'où,  sans  doute,  il  prétendit  étudier  les  mœurs  et  les  usages  du 
pays.  Lne  terre  d'exil,  quelque  parée  qu'on  la  suppose  des  mains  de 
la  nature,  n'est  plus,  aux  yeux  du  captif,  qu'un  désert  aride;  aussi 
le  philosophe  fit-il,  pour  exciter  la  pitié,  le  tableau  le  plus  hideux 
du  lieu  de  son  exil ,  étant  loin  de  se  douter  que  son  royal  élève  le  lui 
ferait  un  jour  amèrement  regretter.  La  description  calomnieuse  de 
la  Corse,  à  qui  Sénèque  refusait  les  fleurs,  les  fruits,  la  verdure  , 
les  bois  même,  quoique  cette  «Iç  soit  couverte  de  forêts;  la  pein- 
ture des  insulaires,  qu'il  métamorphosait  en  brigands  féroces,  fu- 
rent répétées  et  bientôt  adoptées  avec  cette  facilité  que  trouve  tou- 


UVRIÎS  FRANÇAIS.  185 

jours  le  mal  à  se  faire  croire.  Transmise  d'âge  en  âge  ,  cette  préven- 
tion est  arrivée  jusqu'à  nous,  en  subissant  l'épreuve  du  tems,  mais 
seulement  modiflée  quant  au  sol ,  et  presque  intacte  par  rapport  aux 
habitans.  Renouvelée  en  partie  dans  des  ouvrages  récemment  pu- 
bliés, elle  a  inspiré  une  juste  indignation  à  M.  Pompci ,  qui,  pour 
venger  sa  patrie,  vient  de  prendre  la  plume  et  de  réfuter  les  asser- 
tions accusatrices  dont  ses  compatriotes  étaient  l'objet.  Il  arrive  à 
son  but ,  en  consultant  les  annales  de  son  pays  ,  en  représentant  les 
Corses  combattant,  à  diverses  époques,  pour  reconquérir  leurliberté. 
En  rappelant  que,  dans  le  onzième  siècle,   ils  donnèrent  l'exemple 
de  l'affrancbissement  des  communes  ,  et  dans  le  quatorzième  celui 
du  gouvernement  représentatif,  l'auteur  prouve  qu'ils  méritèrent 
d'être  appelés  en  Europe  les  vétérans  de  la  liberté.   Ils  l'auraient 
conservée  ,  sans  la  tyrannie  des  Génois ,  dont  l'oppressive  cupidité 
est  peinte  par  M.  Pompei  avec  une  remarquable  énergie.  Il  a  soin 
de-faire  connaître  les  guerriers  corses  qui  luttèrent  avec  des  chances 
diverses,   mais  toujours  avec  un  courage  indomptable,  pour  affran- 
chir leur  patrie  du  joug  étranger.  Des  traits  comparables   à  tout  ce 
que  l'antiquité  nous  a  transmis  de  plus  admirable,  font  voir  qu'il  n'i 
manqué  à  ces  guerriers  que  des  historiens ,  pour  en  faire  autant  de 
héros.  Celui  qui  réunit  les  qualités  et  les  talens  qu'on  aime  à  trouver 
dans  le  fondateur  d'un  état,  le  célèbre  Paoli,  est  vengé  des  djoutes 
injurieux  j  des  accusations  même  dont  l'envie  a  vainement  tâché  de 
flétrir  sa  mémoire.  Parmi  les  preuves  ouïes  témoignages  qui  démon- 
trent que  ce  général  fut  exempt  d'ambition ,  M.  Pompei  oublie  celui 
de  Jean-Jacques.  En  écrivant  au  prince  de  Wurtemberg ,  en  1764, 
cet  homme  célèbre  s'exprimait  ainsi  :  «  Je  crois  que  le  général  Paoli 
mérite  l'estime  et  le  respect  de  toute  la  terre,  puisqu'éto/z/  le  maître, 
il  n'a  pas  craint  de  s'adresser  à  quelqu'un  qu'il  sait  bien  ,  la  gueiTC 
exceptée  ,  ne  vouloir  laisser  personne  au-dessus  des  lois.  »   On  sait 
que  les  Corses  voulurent  choisir  pour  législateur  Rousseau ,  qui  dit 
que  les  naissantes  vertus  de  ces  insulaires  promettaient  d'égaler 
celles  de  Sparte  et  de  Rome,   et  qu'il  avait  quelque  pressentiment: 
qu'un  jour  cette  petite  île  étonnerait  TEurope. 

Démontrer  combien  les  préventions  contre  la  Corse  sont  dénuées 
de  fondement,  c'était  faire  sentir  combien  il  serait  absurde  d'exclure 
ce  pays  des  bienfaits  de  l'association  dont  jouissent  les  autres  parties 
du  vaste  royaume  auquel  il  est  réuni  ;  opinion  exprimée  cependant,. 


ISA  LIVRES  FRANÇAIS. 

mais  éloguemment  réfutée  par  le  général  Sébastian!  et  par  l'auteur 
de  l'ouvrage  que  nous  annonçons.  Écrit  avec  une  chaleur  entraînante, 
plein  de  faits  intéréssans ,  d'observations  judicieuses  ,  cet  ouvrage 
est  du  nombre  de  ceux  qui  se  refusent  à  l'analyse  ,  et  qu'il  faut  lire 
quand  on  veut  connaître  la  vérité.  V.  D.  M. 

88. — i'')Galeriefrançaise,o\iColleclion  de  portraits  des  hommes  et 
des  femmes  célèbres  qui  ont  illustré  la  France  dans  les  seizième^dix- 
septièmc  etdixhuitième  siécles,accompagnée  de  notices  biographique» 
sur  chacun  d'eux  ;  par  une  société  d'hommes  de  lettres  et  d'artistes  , 
1",  2«,  3«,  4%  5«.  6°,  7«  et  8«  livraisons.  Paris,  1821  ;  Lefort ,  rue  des 
Fossés-du-Temple ,  n°  4- — On  souscrit  pour  cet  ouvrage,  qui  sera 
composé  de  cent  portraits  environ  ,  et  qui  paraît  par  livraison  de 
quatre  portraits,  quatre^ac 5î/ra//e et  quatre  notices,  de  l'imprimerie 
de  Didot ,  sur  papier  vélin  ;  grand  in^";  chez  M.  Lefort,  à  l'adresse 
ci-dessus  indiquée  ;  et  au  bureau  des  Affiches  Parisiennes ,  rue  de 
r  Arbre-Sec ,  n»  32.  Prix  de  chaque  livraison  ;  à  domicile  ,  6  fr.  5o  c.  » 
et  7  fr.  pour  les  départemens. 

Cet  ouvrage ,  honoré  de  la  souscription  des  premiers  personnages 
de  l'état,  se  recommande  par  lui-même  aux  amis  des  lettres  et  des 
srts ,  ainsi  que  de  la  gloire  nationale.  En  attendant  que  nous  puis- 
sions en  rendre  un  compte  détaillé,  nous  croyons  devoir  faire  con- 
naître à  nos  lecteurs  cette  belle  entreprise,  exécutée  par  une  réu- 
nion d'hommes  de  lettres  et  d'artistes,  parmi  lesquels  on  re- 
marque MM.  Andrieux,  Denon  et  Fourier,  de  l'Institut;  Droz , 
Forbin,  Gautherot,  Lémontey,  Lesueur,  Mathieu  Dumas,  Miel, 
Muriel,  Picherand,  de  Ségur  et  Villemain.  Une  ress«mblance  exacte 
et  rigoureuse  est  le  caractère  particulier  qui  distingue  les  portraits 
publiés  jusqu'à  présent  ;  et  les  auteurs  des  notices ,  de  leur  côté  , 
désirant  donner  à  l'ensemble  de  l'ouvrage  cette  unité  si  précieuse 
dans  les  arts ,  se  sont  moins  attachés  à  être  biographes  que  peintres  , 
et  ont  lutté,  en  quelque  sorte,  avec  les  artistes,  de  précision  et  de  fi- 
délité. Nous  citerons  la  notice  de  Budée ,  par  M.  Andrieux;  de  Pas- 
quin,  par  M.  Auger;  du  président  de  Thou,  du  cardinal  de  Retz  et  de 
madame  de  Longueville ,  par  M.  Lémontey,  et  du  cardinal  de  Riche- 
lieu, par  M.  de  Ségur;  notices  qui  toutes  avaient  été  lues  à  l'Académie 
française.  Cette  émulation  ,  entre  des  littérateurs  aussi  distingués , 
doit  augmenter  encore  le  succès  d'une  entreprise  toute  nationale. 
D'après  le  prospectus,  chaque  notice  devait   être  composée  d'une 


LIVRES  FRANÇAIS.  185 

trentaine  de  ligues  ,  ou  une  page  environ,  et  l'on  n'avait  calculé  que 
sur  l'emploi  d'une  feuille  pour  quatre  notices  ;  mais  il  a'a  pas  paru 
conyenable  aux  collaborateurs  de  se  renfermer  dans  des  limites 
qu'eux-mêmes  avaient  tracées  ;  et  à  la  huitième  livraison,  l'ouvrage, 
qui  n'aurait  dû  comprendre  que  huit  feuilles,  en  comprend  trente. 
Le  désintéressement  des  éditeurs,  qui  n'ont  rien  ajouté  au  prix  pour 
la  souscription,  doit  être  payé,  par  un  juste  retour,  de  la  faveur  du 
public. 

89  —  (')  Mémoires  historiques ,  politiques  et  littéraires  sur  le 
toyaume  de  Naples ,  par  M.  le  comte  Grégoire  O&LOtf ,  etc.,  ou- 
vrage orné  de  deux  cartes  géographiques,  publié  avec  des  notes  et 
additions  par  Amaury  Duual,  membre  de  l'Institut  de  France. 
Paris,  1821  ;  Chassériau,  libraire,  au  dépôt  bibliographique,  rue 
Neuve-des-Petits-Champs,  n"  5;  5  vol.  in-8°.  Prix,  20  fi. 

Les  trois  volumes  de  ces  Mémoires,  qui  viennent  de  paraître,  com- 
plètent l'ouvrage  de  M.  Orloff,  dont  les  deux  premiers  volumes  ont 
été  publiés  en  1818.  11  traite,  dans  ces  trois  derniers,  de  l'histoire  de 
l'administration  intérieure  du  royaume  de  Naples  et  de  son  histoire 
littéraire.  Nous  continuerons  à  rendre  compte  de  cet  ouvrage  et  des 
notes  dont  le  savant  éditeur  l'a  enrichi.  (Voy.  Rer.  Encjc,  Toni.  I,. 
p.  io4,  et  Tom.  III,  p.  220  et  292  ). 

90. — Recherches  géographiques  sur  l'intérieur  de  V Afrique  sep- 
tentrionale, comprenant  l'histoire  des  voyages  entrepris  ou  exécutés 
jusqu'à  ce  jour  pour  pénétrer  dans  l'intérieur  du  Soudan;  l'exposi- 
tion des  systèmes  géographiques  qu'on  a  formés  sur  cette  contrée  ; 
l'analyse  de  divers  itinéraires  arabes  pour  déterminer  la  position  de 
Timbouctou  ;  et  l'examen  des  connaissances  des  anciens  relativement 
à  l'intérieur  de  l'Afrique  :  suivies  d'un  appendice  contenant  divers 
itinéraires ,  traduits  de  l'arabe  par  M.  le  baron  Silvestre  de  Sacy  et 
M.  de  La  Porte  ;  et  plusieurs  autres  relations  ou  itinéraires  égale- 
ment traduits  de  l'arabe ,  ou  extraits  des  voyages  les  plus  récens. 
Ouvrage  accompagné  d'une  carte.  Par  C.-A.  Walckenaeh.  Paris, 
1821.  Arthus-Bertrand  ,  rue'Hautefeuille,  n"  2j.  Un  fort  vol  in^». 
De  l'imprimerie  de  F.  Didot.  Prix,  9  fr. ,  et,  parla  poste,  lo  fr. 
5o  cent. 

Cet  ouvrage  ,  qui  n'a  été  imprimé  qu'à  un  très-petit  nombre 
d'exemplaires,  sert  de  complément  à  V Histoire  des  voyages  et  des 


186  LIVRES  FRANÇAIS. 

découier  les  faits  en  Afrique,  depuis  les  siècles  les  plus  reculés  jus-' 
qu'à  nos  jours.  (Voyez  Reuue  Emjclopèdique.)  tome  X,  page  97.) 

91. — Cours  d'uranographie ,  de  géographie  el  d'histoire  ancienne 
e(  moderne  (Géographie  de  la  France) ,  faisant  partie  du  Cours  d'é- 
tudes élémentaires;  par  M.  Chemim-Dopontès.  Paris,  1821.  Chez 
l'auteur,  rue  Saint-Denis  ,  n"  279.  Prix  ,  60  c. 

92. —  Nouveaux  élèmens  de  géographie  moderne  et  universelle , 
extraits  de  la  dixième  édition  de  l'Abrégé  de  la  géographie  ,  de  Gu- 
xHBiB  ;  par  l'auteur  du  même  ouvrage.  Deuxième  édition  ,  Foigneu- 
sement  revue ,  corrigée  et  augmentée  de  4oo  pages  ;  avec  les  nou- 
velles divisions  conformes  à  l'état  politique  actuel  de  l'Europe  et  des 
autres  parties  du  monde  ;  comprenant  les  dernières  découvertes 
faites  en  1820,  dans  la  mer  polaire  arctique  au  nord  -  ouest  de 
l'Amérique  septentrionale  ,  par  le  capitaine  Parry,  et  celles  faites 
dans  l'Océan  austral  et  dans  les  autres  parages  du  globe  ,  à  l'usage 
des  jeunes  élèves  des  deux  sexes.  Paris,  1821.  Hyacinthe  Langlois, 
libraire  et  géographe,  rue  de  Seine,  faubourg  Saint-Germain, 
\\°  12.  Un  volume  in-i2  de  i,o56  pages,  avec  4  cartes.  Prix,  6  fr., 
et  7  fr.  5o  c.  par  la  poste  ;  le  texte  avec  un  atlas  in-4''  de  i5  cartes 
enluminées  ,  10  fr.  ;  le  même  ,  avec  un  globe  terrestre  de  6  pouces 
de  diamètre,  pour  l'intelligence  de  cet  ouvrage  ,  i5  fr.;  le  même, 
avec  la  carte  des  cinq  -parties  du  monde  ,  en  5  feuilles  grand-aigle , 
enluminées,  donnant  les  nouvelles  divisions  et  découvertes,  i5fr. 

95. — Nouvelles  notions  de  géographie  moderne  el  universelle, 
extraites  de  la  deuxième  édition  des  nouveaux  élémens  de  géogra- 
phie de  GuTHBiE,  dans  lesquelles  on  a  conservé  fidèlement  tous  les 
tableaux  synoptiques  des  nouvelles  divisions  des  cinq  parties  du 
monde  et  de  leurs  états,  comprenant  les  dernières  découvertes  faites 
en  1820,  dans  la  mer  polaire  arctique  ,  au  nord -est  de  l'Amérique 
septentrionale ,  par  le  capitaine  Parry,  et  celles  faites  dans  l'Océan 
austral  et  dans  les  autres  parages  du  globe,  avec  3  cartes.  Paris, 
1821.  Hyacinthe  Langlois,  libraire  et  géographe,  rue  de  Seine, 
faubourg  Saint-Germain,  n"  12.  Un  volume  in-ia  de  480  pages;  le- 
texte  ,  avec  les  cartes  des  cinq  parties  du  monde ,  en  5  feuilles 
grand-aigle  enluminées,  donnant  les  nouvelles  divisions  et  décou- 
vertes. Prix ,  12  fr. 
^'—["Woyage  en  Arménie  et  en  Perse,  par  M.  le  chç^A\ieiJmédée 


LIVRES  FRANÇAIS.  187 

Jaueeht,  maître  des  requêtes,  premier  secrétaire  interprète  de 
S.  M.,  professeur  à  l'école  royale  des  langues  orientales.  Paris,  1821. 
Pélicier,  place  du  Palais-Royal;  Nepveu,  passage  des  Paqoramas. 
Un  fort  volume  in-S° ,  accompagné  d'une  très-belle  carte  et  d'un 
grand  nombre  de  planches. 

Cet  ouvrage  ,  fruit  de  quinze  années  de  travaux  et  d'observations  , 
contient  plusieurs  détails  nouveaux  sur  les  mœurs  des  Persans ,  et  une 
carte  très-exacte  des  pays  compris  entre  Constantinople  et  Téhéran. 
Cette  relation,  que  le  nom  seul  de  son  auteur  sufiGt  pour  recom- 
mander, ne  le  cède,  sous  aucun  rapport,  à  ce  que  nous  avons  de 
plus  parfait  dans  ce  genre.  Une  connaissance  approfondie  des  langues 
et  des  mœurs  du  pays  ,  des  observations  neuves,  un  style  plein  de 
grâces  ,  des  aventures  qui  paraîtraient  romanesques  si  malheureuse- 
ment elles  n'étaient  trop  bien  constatées ,  de  savantes  discussions 
géographiques  qui  n'ont  rien  de  fastidieux,  enfin  l'intérêt  qui  s'at- 
tache à  une  mission  diplomatique  d'une  haute  importance  ,  que  les 
crimes  les  plus  atroces  n'ont  pu  faire  échouer,  tout  se  réunit  pour 
assurer  à  cet  ouvrage  le  succès  le  plus  flatteur  et  le  mieux  mérité. 
II  n'a  pas  encore  été  mis  en  vente,  E.  G. 

95.  —  JSssais  sur  La  Valacliie  et  la  Moldavie ,  théâtre  de  Vinsur- 
re ction  dite  Ypiilanti ;  par  M.  de  Salaeeery.  Paris,  1821.  Simonot , 
rue  du  Roule ,  n°  2.  Brochure  de  55  pages.  Prix  ,  1  fr. 

96, — Conjuration  de  quatre-vingt-seize  gentilshommes  polonais  , 
écossais,  suédois  et  français,  contre  le  gouvernement  russe,  et 
massacrés  dans  les  ruines  du  château  de  Macizjov\'icke  ;  ouvrage 
traduit  de  l'anglais,  par  Alfbed  F....  (Fayot).  Paris,  Domère,  rue 
du  Cimetière-Saint- André-des-Arcs,  n"  4î  1821.  In-8°  de  20  pao^es. 

Nous  ignorons  quel  est  le  degré  d'authenticité  des  faits  extrême- 
ment curieux  contenus  dans  cette  brochure;  il  est  certain  du  moins 
qu'elle  offre  une  narration  extrêmement  attachante  :  ce  qui  est  dû  à 
la  forme  dramatique  du  tableau,  ainsi  qu'au  talent  de  l'historien. 
Sa  manière  a  quelque  chose  du  brillant  de  celle  de  Saint-Réal,  qu'il 
rappelle  aussi  par  le  fond  du  sujet  et  jusque  par  le  titre. 

^j.  — Opinion  de  31.  Stanislas  Girahdlx,  député  de  la  Seine-In- 
férieure, sur  le  retranchement  d'une  somme  de  5o,ooo  fr.,  demandé 
par  la  commission  du  budjet ,  destinée  à  encourager  l'instruction 
primaire.  De  l'imprimerie  d'Hacquart,  rue  Gît-le-Cœur,  n"  S.  Bro- 
chure in-S»  de  12  pages. 


188  LlYUl-S  FRANÇAIS. 

98- —  Cours  de  lutéralure  ancienne  et  moderne  à  l'usage  des  jeunes 
demoiselles;  par  madame  la  comtesse  cI'Hautpoul,  avec  figures.  Deu- 
xième édition,  revue,  corrigée  et  augmentée  d'un  volume  sur  la  lit- 
térature étrangère.  Paris,  iSai.  Bossangepèreet  fils,  rue  de  Bourbon, 
n»  6  bis.  Londres,  Martiu  Bossange  ,  i4,  Great  Malboroug- Street. 
Deux  vol  iQ-12;  prix,  8  fr. 

Cet  ouvrage  offre  un  agréable  mélange  d'instruction  et  d'amuse- 
ment. Si  je  pouvais  citer  les  deux  pages  qui  forment  la  préface,  j'au- 
rais donné  une  juste  Tdée  de  l'esprit  supérieur  de  l'auteur,  qui  a,  de- 
puis long-tems,  obtenu  dans  les  lettres  un  rang  fort  distingué,  par  des 
poésies  pleines  de  grâce  et  de  sentiment  ;  car,  pour  le  dire  en  pas- 
sant, il  ne  suffit  pas  d'un  goût  ou  d'un  jugement  médiocre  pour 
faire  de  bons  livres  élémentaires.  Je  me  bornerai  à  indiquer  le  plan 
rempli  par  l'auteur.  Sous  le  titre  d'introduction  aux  grands  siècles , 
madame  d'Hautpoul  donne  à  ses  lectrices  une  idée  de  la  poésie 
biblique  et  des  poètes  des  tems  héroïques  et  fabuleux ,  Homère  , 
Hésiode  ,  Esope,  dont,  grâce  aux  érudits ,  l'existence  est  aujourd'hui 
fort  problématique.  Les  grands  siècles  sont  ceux  de  Périclès,  d'Au- 
guste, de  Louis  XIV,  et  le  dix-huitième  siècle  ,  qui ,  il  faut  bien 
en  convenir,  mérite  aussi  le  titre  de  grand.  Chaque  siècle  offre  des 
subdivisions  de  genre;  chaque  genre  est  signalé  par  les  chefs- 
d'œuvre  qui  le  distinguent.  Un  appendice  traite  des  littérateurs  nos 
contemporains.  Le  second  volume  est  consacré  à  la  littérature  étran- 
gère ,  et  divisé  par  nations.  Il  est  terminé  par  une  Bihliographie 
des  demoiselles.  Ce  cadre  est  parfaitement  complet.  J'ajouterai  qu'il 
n'était  pas  possible  de  le  remplir  mieux  que  l'a  fait  madame  d'Haut- 
poul. Ses  jugemens  littéraires  sont  d'un  goût  très-pur^  appuyés  sur 
des  citations  bien  choisies,  entremêlés  d'anecdotes  qui  rendent  la 
lecture  de  son  livre  extrêmement  agréable.  On  conçoit  difficilement 
comment  une  femme  a  pu  se  livrer  aux  recherches  que  supposent  des 
tableaux  aussi  variés.  Ce  que  l'on  conçoit  plus  facilement,  c'est  que 
nulle  autre  qu'une  femme  du  meilleur  esprit  et  du  meilleur  sens  ne 
pouvait  écrire  pour  les  jeunes  personnes  de  son  sexe  ,  avec  cette 
fleur  d'élégance  et  ce  parfum  de  bon  ton  qui  respire  dans  chaque 
page  de  ce  livre. 

99.— (')  (Buvres complètes  de  madamela  baronne  de Stiel, publiées 
par  son  fils;  précédées  d'une  Notice  sur  le  caractère  «t  les  écrits  de 
nadame  de  Staël:,  par  madame  Nbcser  db  Saissvbe,  Sixième  et  dei- 


LIVRES  FRANÇAIS.  i89 

nière  livraison.  Tomes  XV«,  XVI*  et  XVII*  et  dernier  de  la  collec- 
tion. Tiois  volumes. in-8",  1821.  Paria,  Strasbourg  et  Londres,  chez 
Treuttel  et  Wiirtz;  prix,  18  IV.  Le  même  ouvrage,  édition  in-12  ; 
prix,  9  fr. 

Le  tome  XV  contient  :  Dix  années  d'exil,  fragmens  d'un  ouvra'^K 
inédit,  composé  dans  les  années  1810  à  i8i5.  Le  tome  XVI ,  Frwr- 
mens  dramatiques  (/îgardans  le  désert,  scène  lyrique;  Ce/ze^'/èfe 
de  Brabant,  drame  en  trois  actes  et  en  prose  ;  le  Capitaine  Ker- 
nadec,  ou  Sept  années  en  un  jour,  comédie  en  deux  actes  et  en  prose; 
la  Signora  Fanlastici,  proverbe  dramatique;  Sapho,  drame  en  cinq 
actes  et  en  prose).  Le  tome  XVII  :  des  Mélanges ,  parmi  lesquels 
{^Jeanne  Gr^/^  tragédie  en  cinq  actes  et  en  vers;  Sophie,  ou  les  Sen- 
timens  secrets,  çihce  en  trois  actes  et  envers,  etc.,  des  Poes/es,  etc.). 
A  la  fin  du  volume  est  une  Table  chronologique  des  écrits  de  ma- 
dame de  Siaèl,  OiUec  l'indication  des  volumes  où  ils  sont  contenus. 
Ces  trois  volumes  forment  la  sixième  et  dernière  livraison  de  l'édi- 
tion in-8''  et  de  celle  in-12.  Ils  se  vendent  aussi  séparément  sous  le 
titre  d'iEaures  inédites  de  madame  la  baronne  de  Staël,  publiées  par 
son  fils.  Le  prix  est  le  même  que  dessus.  Les  mêmes  éditeurs  an- 
noncent la  très- prochaine  publication  des  tomes  VI,  VU  et  VIII 
des  (Eu'.'res  complètes  de  M.  Necker,  qui  formeront  quinze  volumes 
in-S"  et  qui  se  rattachent  par  tant  de  liens  aux  Œuvres  de  ma- 
dame de  Staël ,  que  les  deux  collections  peuvent  en  quelque  sorte 
être  considérées  comme  n'en  formant  qu'une  seule.  Nous  rendrons 
compte  séparément  de  ces  deux  collections  qui  se  recommandent  à 
la  fois  par  les  deux  noms  de  leurs  auteurs. 

100.  —  (*)  Encyclopédie  des  dames,  par  une  société  de  savans,  de 
gens  de  lettres  et  de  dames. — Histoire  de  France,  par  mesdames  dk 
Bawr  et  Sophie  db  Mahaisb  ;  Tom.  I"  et  II«  in-S°. —  Manuel  de  la 
maîtresse  de  maison  ou  Lettres  sur  l' économie  domestique ,  par  ma< 
dame  Pariset;  i  vol.  in-18.  Paris,  1821;  Audot,  libraire  -  éditeur , 
rue  des  Maçons-Sorbonne,  n»  11. 

Ces  trois  volumes  ouvrent  la  collection  de  V Encyclopédie  des 
dajHes,  dont  nous  avons  annoncé  le  plan  en  donnant  les  noms  des 
principaux  auteurs  et  les  conditions  relatives  à  la  souscription  {voy. 
Tom.  IX,  pag.  65o).  On  aime  à  voir  un  ouvrage  entrepris  en  faveur 
des  dames  s'annoncer  sous  les  auspices  d'écrivains  choisis  parmi 
elles.  Il  eût  peut-être  été  à  désirer  que  toutes  les  parties  de  cette 


190  LIVRES  FRANÇAIS. 

Enclyclopédie  eussent  pu  être  traitées  par  des  dames.  Qui  mieux 
qu'une  femme  pourrait  rendre  la  science  accessible  à  son  sexe?  Le 
style  en  général  clair,  simple,  naturel  des  femmes,  semble  tout-à- 
fait  propre  à  rendre  populaires  les  hautes  conceptions  du  génie  et 
de  l'étude.  Mais  les  noms  des  auteurs  chargés  des  parties  les  plus  sé- 
vères de  cette  collection  sont  un  sûr  garant  que  leurs  sujets  seront 
traités  avec  une  précision  et  une  clarté  qui  ne  laissera  rien  à  désirer. 
Les  deux  premiers  volumes  de  l'Histoire  de  France ,  par  mesdames 
de  Ba^vr  et  de  Maraise,  comprennent  les  tems  écoolés  depuis  Clovls 
jusqu'à  Charlemagne  inclusivement.  Le  style  rapide   et  animé  de 
leur  narration  fait  relire   avec  un  nouvel  intérêt  les  faits  les  plus 
connus  de  cette  première  époque  de  notre  histoire,  dont  elles  ont 
tracé  une  peinture  Gdèle.  Leur  touche,  légère  et  gracieuse,  lors- 
qu'elles peuvent  faire  reposer  l'attention  sur  des  sujets  agréables, 
devient  forte  et  énergique  ,  lorsqu'elles  ont  à  décrire  les  scènes  trop 
souvent  horribles  de  ces  premiers  tems  de  la  monarchie  française. 
Mais,  une  matière  qui  ne  pouvait  être  bien  traitée  peut-êtçe  que  par 
une  femme,  c'est  le  Manuel  àe  la  maîtresse  de  maison.   Madame 
Pariset  s'est  trouvée  tout-à-fait  sur  son  terrain  en  s'occupant  de  ce 
sujet;  et  le  censeur  le  plus  rigoriste  ,  qui  prétend  faire  de  l'étude  des 
sciences  et  des  lettres,  ainsi  que  de  l'art  d'écrire  ,  l'apanaf^e  exclusif 
des  hommes,  sera  forcé  d'avouer  qu'à  une  femme  appartenait  le 
droit  de  guider  et  de  doter,  pour  ainsi  dire,  de  ses  conseils  sur  l'éco- 
nomie domestique,  les  jeunes  personnes  destinées  à  être  un  jour  à  la 
tête  d'une  maison.  Madame  Pariset  n'a  pas  borné  ses  instructions 
aux  détails  de  ménage,  et  l'on  pense  bien  qu'elle  a  trouvé  moyen, 
plus  d'une  fois,  en  parlant  ameublement  et  cuisine,  de  glisser  dans 
ses  lettres  à  mademoiselle  L. . . .  des  avis  sur  la  conduite  que  doit 
tenir  une  femme  dans  son  intérieur,  pour  conserver  la  confiance  et 
l'amour  de  son  mari,  ainsi  que  l'estime  et  la  bienveillance  de  ceux 
qui  l'approchent.  Nous  croyons  pouvoir  dire  avec  elle  à  toutes  les 
jeunes  personnes  qui  mettront  ses  leçons  en  pratique  ;  «  Vous  serez 
heureuses ,  puisque  vous  rendrez  vos  devoirs  aimables  comme  vous , 
et  que  la  pratique  habituelle  de  ces  devoirs  paraîtra  si  douce  à  ceux 
qui  en  seront  les  témoins,  que,  par  un  attrait  irrésistible,  ils  rem- 
pliront exactement  leurs  propres  devoirs ,  ne  fût-ce  que  pour  vous 
imiter.»  E.  Hébeac. 

101. — (Suvres  complètes  de  madame  Isabelle  de  Momoliec,  qua- 


LIVRES  FRANÇAIS.  191 

trième  livraison. — Caroline  de  Lichtpeld,  avec  figures  et  musique. 
Paris,  1821.  a  vol.  in-8°  de  270  et  5 17  pages,  formant  les  9"=  et  lo" 
de  la  collection.  Arthus  Bertrand  ,  libraire ,  rue  Hautefeuille  ,  n"  33. 
Prix ,  6  fr. ,  et  par  la  poste  7  fr.  5o  cent. 

Parmi  les  nombreux  et  intéressans  ouvrages  de  cette  dame  aimable 
et  spirituelle  vqui ,  des  bords  tranquilles  du  Léman  ,  répand  dans  les 
principales  contrées  de  l'Europe  les  heureux  fruits  de  ses  douces 
inspirations,  on  aime  surtout  à  revoir,  comme  une  ancienne  et 
tendre  amie  ,  sa  délicieuse  Caroline  de  Lichtfield.  Charmant  carac- 
tère de  Caroline,  noble  caractère  de  Walstein;  caractères  aimables, 
l'un  bouillant  et  passionné  de  Lindorf  ;  l'autre  en  apparence  plus 
calme,  mais  peut-être  plus  solide  et  plus  constant,  de  la  naïve  et 
tendre  Mathilde  ;  action  simple,  rapide,  pleine  d'intérêt;  iocidens 
naturels  et  peu  compliqués  ;  dénouement  satisfaisant  pour  les  quatre 
principaux  personnages  du  roman  ,  et  pour  le  lecteur  devenu  leur 
ami  :  tels  sont  les  souvenirs  que  laisse  dans  notre  esprit  et  dans  notre 
ccEur  cette  peinture  idéale  et  séduisante,  qui  n'est  peut-être  pas 
sans  danger,  puisqu'elle  fait  trouver  ensuite  le  monde  réel  trop 
monotone  et  trop  insipide.  M.  A.  J. 

102. — Emma  ou  la  Nuit  des  noces,  par  Noël  Hyéval.  Paris,  1821. 
Hubert,  libraire,  Palais-Royal,  galerie  de  bois,  n»  222.  In-12  de 
>97  pages. 

Tel  est  le  titre  d'un  nouveau  roman  qui  vient  de  paraître  ,  et  qui 
obtient  beaucoup  de  succès.  On  y  trouve  des  caractères  neufs  ,  des 
situations  tour  à  tour  sombres ,  terribles  ou  pathétiques  ;  un  style 
quelquefois  énergique  et  quelquefois  gracieux  ;  des  descriptions  qui 
annoncent  le  talent  de  l'écrivain  et  de  l'observateur.  Cet  ouvrage  est 
le  coup  d'essai  d'un  jeune  homme  de  dix-huit  ans,  que  nous  enga- 
gerons à  se  tourner  vers  un  genre  de  littérature  plus  élevé.     M.  B. 

io3. — Frankenstein ,  ou  le  Promèthée  moderne ,  dédié  à  William 
Godwin,  auteur  de  la  Justice  politique ,  de  Caleb  Williams,  etc.; 
par  madame  Shelly,  sa  nièce  ,  avec  cette  épigraphe  :  «Créateur, 
t'ai -je  demandé  de  me  tirer  de  l'argile  pour  me  faire  homme? 
t'ai-je  sollicité  de  m'arracher  du  néant?»  — MiltOiV,  Paradis  perdu. 
Ouvrage  traduit  de  l'anglais  ,  par  J.  S.  *'*.  Paris,  1821.  3  vol  in-12  , 
ensemble  de  716  pages.  Corréard,  libraire,  Palais-Royal ,  galerie 
de   bois ,  n»  aSS.  Prix ,  7  fr.  5o  cent. ,  et  par  la  poste  9    fr. 

Cette  bizarre  production  d'une  imagination  malade  fait  regretter 
que  l'auteur  n'ait  pas  appliqué  son  talent  à  une  conception  plus 


192  LIVRES  IRANÇAIS. 

raisonnable  et  plus  digne  d'intérêt.  On  voudrait  surtout  que  l'eu- 
V  rage  d'une  femme  offrît  des  peintures  aimables  et  gracieuses ,  au 
lieu  d'objets  et  de  récits  toujours  révoltans  et  hideux.  Un  Genevois, 
Frankenstein ,  va  faire  ses  études  à  Ingolstadt ,  où  il  suit  des  cours 
de  philosophie  naturelle  et  d'alchimie.  Nourri  des  rêveries  de  Cor- 
nélius Agrippa ,  de  Paracelse  et  du  grand  Albert,  il  réussit  à  dérober 
à  la  nature  les  causes  mystérieuses  de  la  génération  et  de  la  vie  ;  il 
devient  même  capable  d'animer  une  matière  inerte;  mais  il  donne 
l'existence  à  un  être  épouvantable ,  aux  formes  gigantesques ,  à  la 
figure  humaine ,  moitié  homme,  moitié  démon,  dont  la  vue  lui 
inspire  à  lui-même  une  invincible  horreur ,  et  dont  il  se  fait  un  en- 
nemi redoutable  et  acharné ,  parce  qu'il  refuse  de  lui  accorder  une 
compagne.  Cet  être  monstrueux  assassine  le  frère  ,  l'ami,  la  fiancée, 
le  père  du  malheureux  Frankenstein,  qui  le  poursuit,  pour  en  dé- 
livrer la  race  humaine  ,  jusqu'au  milieu  des  glaces  du  pôle  arctique, 
cil  il  est  recueilli  sur  un  vaisseau  anglais,  et  termine  sa  triste  carrière, 
épuisé  par  la  fatigue  et  par  la  douleur.  L'horrible  créature  qui  avait 
détruit  toute  sa  destinée  meurt  après  lui,  en  se  précipitant  dans  un 
des  gouffres  de  la  mer  glaciale. — Il  ne  reste  dans  l'esprit  du  lecteur 
qu'une  impression  pénible  de  dégoût ,  après  avoir  dévoré  ce  tissu 
d'aventures  invraisemblables  et  absurdes  dont  les  héros  n'inspirent 
aucun  intérêt,  et  d'inventions  extravagantes  qui  n'ont  aucun  but 
de  moralité,  qui  ne  peuvent  ni  éclairer  l'esprit,  ni  élever  l'ame, 
ni  instruire ,  ni  amuser.  Espérons  que  l'auteur,  dans  un  sujet  plus 
heureux ,  nous  offrira  des  images  plus  agréables,  des  personnages 
plus  intéressans,  des  relations  plus  utiles,  et  appliquera  les  pré- 
ceptes des  grands  maîtres  ;  le  bon  sens  et  la  raison  doivent  être  les 
premiers  guides  d'un  écrivain,  quel  que  soit  le  genre  de  ses  ou- 
vrages. M«  A.  J. 

104. — Les  Exilés  de  Parga^  poème ^  par  M.  le  baron  d'OanHE, 
membre  de  plusieurs  sociétés  littéraires  ;  seconde  édition  ,  suivie  de 
poésies  diverses ,  par  le  même.  Boulogne-sur-Mer,  1820.  Leroy- 
Berger,  et  Paris,  Louis  Janet,  rue  St-Jacques,  n"  5g.  In-8"  de  i44  pag. 
Le  plus  beau  ministère  des  lettres,  mais  aussi  le  plus  périlleux, 
est  d'offrir  des  hommages  à  la  courageuse  infortune,  et  de  flétrir 
par  des  traits  ineffaçables  l'injustice  des  hommes  puissans.  Il  est  peu 
d'événemens  qui  honorent  plus  notre  époque  et  notre  littérature 
que  les  larmes  que  nous  avons  tous  versées  sur  les  malheurs  de 
Farga,  Ses  habita ns  fugitifs,  eu  écoutant  les  consolations  que  leur 


LIVRES  FRANÇAIS.  193 

adressaient  nos  poètes  ,  ont  été  distraits  de  leur  douleur,   autant 
qu'on  peut  l'être  quand  on  pleure  sa  patrie.  Nous  avons  déjà  entre- 
tenu nos  lecteurs  des  beaux  vers  de  M.  Viennet  ;  ceux  que  vient  de 
publier  M.    d'Ordre   étincellent  moins  de  poésie,    mais  ils  oifrent 
des  passages  écrits  avec   talent  et  dans  lesquels   on  rencontre  des 
pensées  brillantes.  Nous  indiquerons  le  portrait  du  Parganiote; 
Né  parmi  les  rochers ,  sur  une  aride  plage , 
L'habitant  de  Parga  doit  tout  à  son  courage  : 
Il  n'estime  le  fer  que  pour  armer  ses  mains, 
Et  ne  connaît  point  l'art  de  nourrir  les  humains. 
Façonné  dès  l'enfance  au  dur  métier  des  armes , 
Ses  plaisirs  et  ses  jeux  naissent  dans  les  alarmes.  L— i. 

io5.  —  Contes  et  autres  poésies,  suii'ls  des  mœurs  villageoises , 
nouvelle -pastorale  mêlée  de  vers  ;  par  M.  Bazot,  membre  de  l'A' 
thénée  des  arts,  etc.  i."  édition.  Paris,  1821;  Barba,  libraire,  Palais- 
royal,  derrière  le  théâtre  français.  Un  vol.  in-i8,  pap.  vélin;  prix,  2  fr. 

On  trouve  dans  ce  recueil  des  morceaux  où  il  y  a  de  la  grâce  ,  de 
l'esprit  et  de  la  facilité.  M.  Bazot  est  déjà  connu  avantageusement 
dans  la  république  des  lettres  par  un  ouvrage  sur  la  franc-maçon- 
nerie et  un  éloge  de  l'illustre  et  respectable  abbé  de  l'Épée ,  éloge 
couronné  par  la  société  royale  académique  des  sciences  de  Paris, 
et  dont  on  vient  de  publier  une  5«  édition.  M.  B. 

106. — I,a  Promenade  aux  tombeaux,  par  M.  H.  Bonnellieh.  Paris, 
1821  ;  Migneret,  brochure  in-S"  de  11  pages. 

107. — Description  de  V Egypte.  Dixième  et  onzième  lipj-aisons. 
Paris,  1821.  Panckoucke,  rue  des  Poitevins,  n»  14.  In-f». 

Voici  ce  que  renferment  les  deux  dernières  livraisons  de  cet  ou- 
vrage, dont  la  publication  se  poursuit  avec  activité. 

Dixième  livraison. 

—  Antiquités,  Vol.  I,  pi.  20.  La  Statue  de  Memnon  ,  qui  a 
été  décrite  par  plusieurs  historiens ,  et  qui ,  au  lever  de  l'aurore  , 
rendait  des  sons  harmonieux.  On  est  encore  réduit  à  des  conjec- 
tures sur  l'origine  de  ce  phénomène ,  qui  a  cessé  depuis  le  quatrième 
siècle  de  l'ère  vulgaire,  bien  que  des  observateurs  récens  prétendent 
avoir  entendu  ce  bruit  mystérieux.  Les  voyageurs  ont  observé  ,  au 
milieu  des  ruines  de  l'Egypte ,  un  son  analogue  produit  par  la  grande 
raréfaction  de  l'air,  et  qui  semble  se  rapporter  au  récit  des  auteurs  ; 

Tome  xi.  13 


19A  LIVRES  FRANÇAIS. 

mais  il  reste  encore  à  découvrir  la  véritable  cause  du  phénomène  et 
le  mécanisme,  plus  ou  moins  ingénieux  ,  dont  les  prêtres  faisaient 
usage.  (Voyez  la  Description  générale  de  Thèbes,  chap.  IX  de  la 
Description  des  antiquités ,  où  ces  questions  sont  examinées.) 

Vol.  V,  PL  7-  Cette  planche  donne  les  détails  de  l'architecture  du 
grand  temple  de  Philœ,  des  galeries  et  des  pylônes  qui  le  pré- 
cèdent. 

Etat  modehne. — -Arts  bt  métiers.  Pi.  2.  Cette  planche  re- 
présente les  différensyoMrs  aujourd'hui  employés  dans  les  arts.  La 
'plupart  des  figures  s'expliquent  d'elles-mêmes.  Les  fours  les  plus 
intéressans  sont,  1°  ceux  où  l'on  sublime  le  sel  ammoniac  dans  de 
grands  ballons  de  verre  ;  2°  les  fours  à  poulets.  L'industrie  qui  fait 
éclore  les  œufs  sans  le  secours  des  oiseaux  ,  est  héréditaire  en 
Egypte  et  remonte  à  une  époque  immémoriale.  Au  moyen  de  ces 
pratiques  singulières ,  qu'on  a  voulu  en  vain  naturaliser  en  France , 
les  Égyptiens  parviennent  à  faire  éclore  dans  un  seul  four ,  chauffé 
convenablement  pendant  environ  trois  semaines  ,  jusqu'à  cent  cin- 
quante mille  poulets. 

PI.  10.  Représentation  de  plusieurs  arts  relatifs  à  l'emploi  du 
froment.  L'un  d'eux  est  celui  qui  sert  à  fabriquer  la  pâte  de  vermi- 
cel,  au  moyen  d'un  plateau  de  cuivre  mince  fortement  chauffé,  sur 
lequel  on  verse  une  pâte  liquide ,  par  les  trous  d'un  vase  disposé  en 
forme  d'arrosoir. 

PL  200.  — Vases ,  meubles  et  instrumens.  On  a  réuni  dans  cette 
planche  les  instrumens  à  vent  aujourd'hui  employés  par  les  Egyp- 
tiens ,  ainsi  que  les  instrumens  de  percussion  :  plusieurs  d'entre  eux 
remontent  à  une  haute  antiquité. 

Onzième  liyjnisorr. 

— Antiquités.  J^ol.  I,  pi.  5.  L'objet  de  cette  planche  est  de 
i^eprésenter  l'ensemble  du  plan  des  principaux  monumens  de  Philœ, 
les  galeries  qui  les  précèdent  et  le  détail  particulier  du  grand 
temple. 

Vol.  I ,  pi.  Si.  On  peut  juger,  par  le  détail  du  temple  de  Latopo- 
lis ,  que  représente  cette  planche ,  de  la  prodigieuse  quantité  d'hié- 
roglyphes qui  recouvrent  les  monumens  d'Egypte  depuis  le  comble 
jusqu'au  sol.  Celui-ci  contenait  plus  de  deux  cent  mille  pieds  carrés 
sculptés  avec  la  même  richesse. 


LIVRES  FRANÇAIS.  195 

État    modexne.    PL    12.  Vue    de    Souejys  ,    qui    a   été  jadis   un 
port  florissant  et  l'entrepôt  du  commerce  de  l'Inde  avec  l'occident. 
PL  101.  Celte  planche  a  le  même  objet  que  la  planche  102  ,  c'est- 
à-dire  ,  de  donner  un  parallèle  entre  les  constructions  de  plusieurs 
Tilles  d'Egypte. 

PL  XV. — Aets  et  métiers. 

108. — Les  trois  âges  de  M.  G^babd,  grauéspar  Morgbek.  Paris, 
1821.  Potrelle,  rue  Saint-Honoré.  Prix,  5o  fr. 

Le  peintre  de  Psyché,  de  Bélisaire  ,  d'Ossian ,  accoutumé  aux 
succès,  et  en  possession  de  cette  sorte  d'ascendant  sur  l'opinioa 
qu'obtient  toujours  un  grand  talent,  exposa,  en  iSo8,  un  tableau 
dans  lequel  il  voulut  représenter  l'influence  bienfaisante  que  les 
femmes  exercent  sur  nous  à  toutes  les  époques  de  la  vie. 

Placée  entre  son  père  et  son  mari,  et  tenant  son  enfant  sur  ses 
genoux  ,  une  femme,  tout  à  la  fois  fille,  épouse  et  mère  ,  exprimait 
avec  beaucoup  de  justesse  et  de  grâce  la  pensée  que  le  peintre  s'é- 
tait proposé  de  reproduire.  Cette  pensée  ne  pouvait  manquer  d'être 
vivement  applaudie  dans  un  pays  où ,  loin  de  repousser  l'ascendant 
qu'elles  exercent  sur  tous  les  âges ,  par  une  tendresse  aussi  variée 
dans  ses  moyens  qu'inépuisable  dans  sa  nature  ,  les  femmes ,  au 
contraire ,  obtiennent  une  sorte  de  culte. 

Ce  tableau ,  exécuté  dans  les  dimensions  historiques ,  et  composé 
avec  beaucoup  d'esprit  et  d'entente  des  effets  pittoresques ,  fut  très- 
goûté  du  public  et  des  connaisseurs,  qui  le  placèrent  immédiate- 
ment après  la  Psyché  et  le  Bélisaire ,  chefs-d'œuvre  de  ce  maître. 
Acheté  par  madame  Murât ,  il  fut  transporté  à  Naples. 

Qu'est-il  devenu  au  milieu  des  événemens  politiques  survenus 
dans  ce  pays?  Je  l'ignore.  Mais  le  moins  que  l'on  pût  craindre, 
c'était  qu'il  ne  fût  entièrement  perdu  pour  la  France.  Heureusement, 
M.  Gérard  s'est  occupé  de  le  faire  graver.  Il  a  confié  cette  opération 
à  M.  Morghen,  l'un  des  graveurs  les  plus  célèbres  de  l'époque 
actuelle. 

En  considérant  cette  nouvelle  production,  il  est  impossible  de  ne 
pas  reconnaître  qu'elle  sort  de  la  même  main  à  qui  nous  devons  la 
Cène  de  Léonard  de  Vinci,  dans  laquelle  M,  Morghen  a  déployé  le 
talent  qui  lui  a  fait  une  réputation  européenne  ;  seulement ,  un  exa- 
men attentif  fait  retrouver  rà  et  là  quelques  traces  de  faiblesse  dues 
à  l'influence  des  années  ;  mais  c'est  le  déclin  d'un  beau  jour,  et  cette 

13* 


196  LIVRES  FRANÇAIS. 

gravure  sera  recherchée  avec  raison  des  connaisseurs ,  parce  que , 
dans  sa  masse,  elle  reproduit  bien  l'effet  du  tableau.  P.  A. 

109. — Flan  de  l'habitation  de  Bonaparte  dans  l'île  Saint-Hé- 
lène, dressé  sur  les  lieux  par  M.  db  Lascases^Zs.  Crochard ,  cloître 
Saint-Benoît,  n»  16.  Prix,  1  fr.  25  c. 

Livres  en  langues  étrangères  imprimés  en  France. 

110.  —  Spécimen  nouœ  tjpographicE  mc/icœ.— Spécimen  de  ca- 
ractères samscrits,  gravés  et  fondus  sous  la  direction  de  M.  Aug. 
Cuil.  ScHLEGEL,  Paris,  1821  ;  in-12. 

Depuis  le  commencement  de  ce  siècle,  les  publications ,  dans  les 
langues  de  l'orient,  ont  reçu  une  nouvelle  activité.  Sans  parler  des 
immenses  travaux  des  savans  professeurs  de  Calcutta,  nous  trouvons, 
en  Europe  même ,  un  progrès  sensible ,  tant  dans  l'étude  de  ces 
langues  que  dans  leur  exécution  typographique.  La  lithographie  est 
venue  apporter  de  nouvelles  ressources;  et  plusieurs  essais,  pour 
rendre  son  application  facile  au  caractère  samscrit  et  arabe  ,  n'ont 
pas  été  sans  succès.  Biais,  quelle  que  soit  la  perfection  à  laquelle  on 
parvient ,  on  ne  peut  cependant  se  flatter  de  remplacer  entièrement 
l'imprimerie.  Il  suffit,  pour  se  convaincre  de  cette  vérité,  de  com- 
parer les  Spécimen  que  nous  offre  RI.  Schlegel  avec  la  Chrestomathie 
de  son  compatriote,  M.  Franc.  Sans  doute  l'ouvrage  de  ce  dernier 
est  une  production  très-remarquable  ;  mais  la  gracilité  et  la  mes- 
quinerie de  ses  caractères  est  bien  au-dessous  de  la  calligraphie, 
qu'il  eût  dû  chercher  à  imiter,  et  que  M.  Schlegel  est  loin  d'avoir 
encore  rendue ,  quoiqu'il  ait  certainement  surpassé  de  beaucoup  ce 
qui  avait  été  fait  avant  lui.  Nous  devons  ajouter  que  c'est  à  un  artiste 
français  qu'est  due  l'exécution  de  ces  caractères ,  que  M.  Schlegel  a 
fait  fondre  par  ordre  du  prince  de  Hardemberg  ,  chancelier  de  S.  M. 
le  roi  de  Prusse  j  et  nous  saisissons  cette  occasion  avec  empresse- 
ment, de  rendre  un  juste  hommage  à  la  noble  libéralité  avec  laquelle 
les  ministres  de  ce  royaume  soutiennent,  encouragent  et  récom- 
pensent les  travaux  de  leurs  savans.  E.  G. 

111. — Rime  di  F.  Petrarca  col  comento ,  etc.  —  Les  Rimes  de 
Pétrarque  ,  avec  le  Commentaire  de  M,  Biagioli,  Paris  ,  1821;  chez 
l'éditeur,  rue  Rameau,  n"  S.  In-S». 


'».W»VV\'»VV'VVV\fVVVVVVV\VV\V\VVl.VV\VXVVV\VVWVt,V'\VVX\%A.'».\\W\\\\'VVVV\\VV\KVi*. 

ÏV.  NOUVELLES  SCIENTIFIQUES 

ET  LITTÉRAIRES. 


AMERIQUE. 

États-Ums.— Etat  de  l'Ohio. — Géolofçie.-^Ea  creusant  des  puits 
près  de  Circleville ,  de  Ridge-Ville  et  des  bords  du  Scioto  ,  on  a  dé- 
couvert, à  différentes  profondeurs,  des  ossemcns  humains  et  des 
crânes  qui,  évidemment,  n'ont  pu  y  être  déposés  par  la  main  des 
hommes.  On  y  a  trouvé  également,  jusqu'à  une  profondeur  de  vingt- 
deux  pieds,  plusieurs  dents  de  Mammouth,  du  poids  de  neuf  à 
douze  livres  ,  le  long  du  Scioto  et  delà  rive  méridionale  du  lac  Erié, 
près  de  Cincinnati.  Ces  curieux  débris  ont  dû  y^êtrc  ensevelis  ,  à  une 
époque  où  tout  le  pays  était  inondé.  Il  a  dû  l'être  pendant  de  longues 
années,  puisqu'à  dix-sept  pieds  au-dessous  du  sol  actuel,  on  trouve 
des  lits  de  cailloux  qui  semblent  arrondis  par  le  mouvement  des 
eaux,  comme  ceux  des  rivières.  M.  Atwater,  de  Circleville,  con- 
serve dans  son  cabinet  une  partie  de  ces  ossemens  qui  paraissent 
démontrer,  comme  il  le  fait  observer,  que  le  sol  américain  n'est 
qu'une  grande  alluvion  et  un  vaste  cimetière  des  êtres  vivans  de» 
âges  antérieurs  aux  tems  connus. — American  journal  of  science  and 
arls.  B— y. 

— Source  de  bitume. — M.  Hall  a  découvert  une  source  de  pétrole, 
au  nord-ouest  du  Duck-Creek.  Le  bitume  sort  d'une  espèce  de  puits, 
de  43  pieds  de  profondeur  et  de  5  de  diamètre ,  situé  au  bord  dé 
la  Crique  ;  il  s'élève  en  bouillonnant  et  coule  par  une  rigole  dans  la 
petite  Baie  :  la  source  peut  en  fournir  cinq  barils  par  semaine.  L'eau 
de  la  Crique  est  couverte  de  cette  huile  jusqu'à  trois  milles  de  la 
source.  Dans  le  puits  elle  paraît  occuper  une  profondeur  de  3  pieds 
et  être  portée  sur  l'eau  salée.  Un  enfant  voulant  essayer  si  ce  bitume 
prenait  feu  ,  en  approcha  un  tison  ardent  ;  en  un  clin  d'oeil ,  toute  ia 
surface  de  l'eau  fut  en  feu ,  et  les  flammes  s'élevèrent  jusqu'à  ia 
hauteur  de  3oo  pieds. 

— Sociéiè géologique  américaine. — Lapremièïe  assemblée  de  cette 
société  savante  a  eu  lieu,  le  a6  janvier  1S20,  dans  la  salle  qui  lui  a  été 
assignée  au  collège  de  Galle.  Le  colonel  Gibbs  occupait  le  fauteuil , 
comme  vice-président,  Le  professeur  Siiliman  a  présenté  ua  mé- 


198  AMERIQUE. 

moire  trës-étendu  sur  quelques  parties  riches  en  minéralogie  et  en 
zoologie  des  comtés  de  New-Haven  et  de  Litchûeld,  dans  le  Con- 
necticut  ;  il  a  offert  à  la  société  des  échantillons  d'un  spath- 
fluor  massif  (sulfate  de  chaux),  dont  on  avait  récemment  décou- 
vert une  veine  dans  la  paroisse  de  New-Stradford  ,  aux  environs  de 
la  ville  de  Hemtington  (  Connecticut).  On  apercevait  ce  spath -fluor 
en  deux  endroits,  distans  l'un  de  l'autre  d'un  quart  de  mille  ;  ce 
qui  a  fait  conjecturer  que  la  mine  occupe  toute  cette  largeur.  On  ne 
pouvait  s'en  assurer  qu'après  la  fonte  des  neiges.  La  veine  paraissait 
entremêlée  de  quartz,  de  mica,  de  feldspath  et  de  talc,  mais  on 
n'en  avait  encore  examiné  que  la  surface.  Ce  minéral  est  extrême- 
ment massif,  et  semble  formé  de  feuilles ,  et  quelquefois  de  gros 
grains  ;  sa  couleur  varie  du  blanc  au  violet  foncé.  M.  Silliman  a  en- 
«uite  déposé  à  la  collection  des  échantillons  du  marbre  vert  trouvé 
près  de  New-Haven  {pqyezTom.  IV,  pag.  ijS),  et  qui,  selon  l'o- 
pinion de  M.  Brongniart  de  Paris ,  est  le  marbre  vert  antique. — 
le  colonel  Gibbs  a  présenté  une  carte  géologique  de  l'Angleterre , 
par  Smith,  et  différens  échantillons  de  géologie,  parmi  lesquels 
se  trouvaient  plusieurs  morceaux  des  roches  granitaires  de  Haddam 
(Connecticut).  Ces  roches  contiennent  d'assez  beaux  grenats,  des 
bérils  et  des  crysobérils. — M.  le  docteur  Porter  a  enrichi  la  collection 
de  très-beaux  cristaux.  L  S.  B. 

— hzj.mGTOJi.^  L'unii-'ersilê  de  Transylvanie  est  établie  dans 
cette  ville  de  l'état  de  Kentucky,  au  centre  des  états  de  l'ouest  de 
l'Amérique  septentrionale,  dans  une  contrée  saine ,  fertile  et  bien 
arrosée.  La  beauté  du  pays  ,  l'abondance  et  la  variété  de  ses  pro- 
ductions contribuent  à  en  faire  le  jardin  de  la  grande  vallée  du 
Mississipi.  Le  climat  en, est  doux  et  agréable ,  ni  trop  froid  ni  trop 
chaud  ,et  il  est  exempt  de  ces  changemens  soudains  de  température 
qu'on  éprouve  dans  la  partie  voisine  de  l'Océan. 

Les  états  de  l'ouest ,  situés  dans  la  vallée  du  Mississipi ,  comptent 
aujourd'hui  environ  trois  millions  d'habitans ,  et  ce  nombre  aug- 
mente tous  les  jours  dans  une  proportion  étonnante.  C'est  pour  cette 
population,  si  éloignée  de  celle  des  anciens  états,  qu'a  été  fondée 
l'université  de  Transylvanie  qui  est,  et  sera  encore  long-tems  la 
seule  institution  du  premier  ordre,  la  seule  université  où  se  feront 
des  cours  académiques. 

L'établissement  avait  été  autorisé  par  le  gouvernement,  il  y  a  en- 


AMÉRIQfJE,  100 

viron  trente  ans  ;  mais,  à  cause  de  la  nouveauté  du  pays  dans  lequel 
elle  se  trouvait,  du  petit  nombre  de  ses  habitans  et  de  l'absence  des 
moyens  d'instruction  ,  elle  n'a  pu  être  régulièrement  organisée  que 
depuis  tyois  ans.  Le  bureau  académique  actuel,  ou  sénat,  se  com- 
pose d'un  président,  de  dix  professeurs,  et  de  trois  ou  quatre  maîtres 
pour  les  classes  inférieures.  Le  professeur  de  droit  est  acluellement 
lieutenant-gouverneur  de  l'état.  Le  nombre  des  étudians  s'élève  à 
environ  ooo.  L'administration  de  l'université  est  confiée  à  un  bureau 
composé  de  treize  membres,  ou  trustées,  cboisis  tous  les  ans  par 
la  législature ,  parmi  les  bommes  les  plus  éclairés  du  pays ,  et  qui 
s'assemblent  à  des  époques  qu'il  appartient  à  eux  ou  au  président 
d'indiquer. 

Les  fonds  de  l'université  consistent  principalement  en  actions  de 
banque  et  en  terres;  ces  dernières  cependant  ne  sont  pas  une 
source  de  revenu  très-productive.  Mais  l'état  vient  de  s'enricbir  der- 
nièrement par  l'extinction  du  droit  des  Indiens  sur  des  étendues  de 
terres  fort  considérables,  et  il  en  sera  cédé  à  l'université  une  quan- 
tité suffisante  pour  subvenir  à  tous  ses  besoins.  Le  traitement  des 
officiers  et  des  professeurs  provient  en  partie  de  la  pension  que 
paient  les  élèves.  Le  président  reçoit  par  an  i5,5oo  fr.  ;  le  pro- 
fesseur de  physique  ,  de  -,5oo  à  8,000  fr.  ;  le  professeur  de  mathé- 
matiques, 5,000  fr.  ;  le  professeur  de  langues  anciennes,  5, 000  fr. 
Le  professeur  de  droit  n'a  pas  de  traitement  fixe,  attendu  qu'il  est 
payé  à  raison  du  nombre  de  ses  élèves. 

La  population  de  la  ville  de  Lexington  est  d'environ  7,000  âmes. 
Les  maisons  en  sont  spacieuses ,  belles  et  commodes  ;  les  rues  bf  e^. 
pavées  ;  la  police  excellente  ;  la  société  agréable ,  éclairée  et  dis- 
tinguée par  son  hospitalité  et  son  bon  goût.  Le  bâtiment  de  l'uni- 
versité est  à  la  fois  spacieux  et  élégant.  Les  habitans  de  cette  ville  , 
encouragés  par  diverses  circonstances  heureuses  ,  paraissent  déter- 
minés à  y  fixer  le  siège  de  la  littérature  et  des  sciences  de  cette 
contrée.  La  vie  est  excellente  et  à  très-bon  compte  ;  le  prix  d'une 
pension  n'est  que  de  i5  fr.  par  semaine. 

Un  hôpital,  où  se  feront  un  cours  de  chimie  et  des  démonstrations 
pratiques  en  médecine  et  en  chirurgie,  sera  incessamment  annexé  à 
l'école  de  médecine  de  l'université.  Le  doyen  de  cette  faculté ,  M.  le 
docteur  Charles  Caldwell ,  qui  a  bien  voulu  communiquer  ces  détails 
à  la  Rei,-ue ,  est  actuellement  à  Paris ,  où  il  s'occupe  à  faire  un  choix 


20Ô  AMERIQUE. 

de  bons  ouvrages  pour  la  bibliothèque  ,  d'instrumens  de  physique 
et  de  chimie,  et  de  tout  ce  qui  est  nécessaire  pour  les  diverses 
branches  d'instruction.  B— e. 

— Philadelphie. — Instruction  des  sourds -muets. — Dans  une  as- 
semblée des  principaux  habitans  de  cette  ville,  tenue  le  12  avril  1S20, 
et  présidée  par  M.  le  docteur  William  White ,  évêque  de  Phila- 
delphie ,  on  proposa  de  fonder  un  établissement  pour  l'instruction 
des  sourds-muets  de  l'état  de  Pensylvanie  ,  sous  la  direction  de 
M.  David  G.  Seixas,  qui  avait  déjà  établi  à  ses  frais,  et  sur  le  plan 
de  celles  d'Europe ,  une  institution  de  ce  genre ,  contenant  alors 
onze  ou  douze  sourds-muets.  M.  Robert  Vaux,  chargé  de  proposer, 
un  plan  de  constitution  pour  l'établissement,  commence  par  ob- 
server 0  qu'au  milieu  des  nombreux  efforts  faits  dans  l'intérêt  de  la 
philantropie  et  des  sciences  ^  pour  étendre  le  cercle  de  l'instruc- 
tion, de  l'aisance  et  du  bonheur  parmi  les  hommes,  on  doit  distin- 
guer ceux  qui  ont  eu  pour  but  la  découverte  et  l'application  des 
moyens  de  pourvoir  à  l'instruction  des  sourds-muettî. 

•  L'Europe,  poursuit  M.  Vaux,  éprouve  depuis  long- tems  les 
heureux  effets  des  institutions  de  ce  genre ,  et  il  en  a  été  formé  der- 
nièrement deux  aux  États-Unis  (i).  Mais  la  Pensylvanie  ne  compte 
pas  encore  au  nombre  de  ses  établissemens  de  charité  un  asile  où  ces 
enfans  du  malheur  puissent  apprendre  qu'ils  ont  des  facultés  intel- 
lectuelles ,  et  qu'ils  peuvent  trouver  quelque  jouissance  dans  l'exer- 
cice de  ces  facultés.  La  seule  raison  du  retard  qu'on  a  mis  à  établir 
une  école  pour  l'instruction  des  sourds-muets,  dans  cette  vaste  répu- 
blique, est  que  peu  de  citoyens  savent  combien  y  est  grand  le 
nombre  de  ces  malheureux  qui  réclament  leur  attention  et  leur 
pitié.  » 

Le  6  mai  suivant,  une  adresse  aux  habitans  de  la  Pensylvanie  fui 
publiée  par  ordre  de  l'assemblée;  et,  le  29  novembre  de  la  même 
année,  une  pétition,  signée  par  le  président  et  les  quatre  vice-pré- 
sidens,  fut  envoyée  au  sénat  et  à  la  chambre  des  représentans  ,  pour 
implorer  leur  autorisation  et  leur  bienveillance  en  faveur  de  l'éta- 
blissement. En  conséquence  de  cette  pétition,  il  fut  arrêté  pan-  la 


(t)  Une  à  Hartford  ,  dans  l'état  de  Connecticut ,  sous  la  direction 
de  M.  Gullaudei ,  secondé  par  M.  Leclerc-,  sorti  de  la  belle  iosti- 
tiilion  de  M.  l'abbé  Ricard ,  et  l'autre  à  ÏNew-Yoïk. 


ASIE.  201 

léglslatiu-e  ,  le  8  février  1S20,  que  l'Institution  des  sourds-muels  de 
Pensjlvanie  serait  établie  à  Philadelphie,  et  placée  sous  la  direc- 
tion d'un  président,  de  quatre  vice-présidens,  d'un  trésorier,  d'un 
secrétaire  et  d'un  bureau  de  vingt-quatre  directeurs ,  tous  membres 
de  l'Institution;  que  toute  personne  pourrait  devenir  membre, 
moyennant  une  rétribution  annuelle  de  deux  dollars,  et  souscripteur 
à  vie ,  en  payant  20  dol"  ;  que  les  membres  (  dont  le  nombre  était,  au 
mois  de  février  dernier,  de  442)  devroient  s'assembler,  chaque  année, 
le  premier  mercredi  de  mai,  à  Philadelphie,  podr  procéder  à  l'élec- 
tion des  oflSciers  et  des  directeurs ,  pour  traiter  toutes  les  afifaires 
relatives  à  l'établissement ,  et  entendre  le  rapport  annuel  des  direc- 
teurs ;  qu'il  y  aurait  en  outre  un  comité  de  douze  dames ,  choisies 
annuellement  par  ceux-ci  pour  veiller  sur  l'établissement;  que  les 
enfans  indigens,  de  quelque  comté  de  l'état  qu'ils  fussent,  seraient 
admis  dans  l'Institution,  entretenus  et  élevés  gratuitement,  dans 
la  proportion  des  fonds  versés ,  etc. 

La  législature  vota  une  somme  de  S^OGO  dollars  ,  payables  sur-le- 
champ  au  président ,  et  de  160  dollars  par  an  pour  chaque  élève 
indigent  admis  dans  l'établissement,  à  condition  qu'il  ne  fût  à  la 
charge  de  l'état  que  pendant  trois  ans,  et  que  les  sommes  payées 
annuellement  à  cet  effet  pour  le  compte  de  l'état  n'excédassent  pas 
8,000  dollars.  L'établissement  est  autorisé  à  recevoir  tous  les  dons 
et  legs  de  personnes  charitables  ;  à  posséder  ou  à  affermer  des 
terres, etc.,  jusqu'à  concurrence  de  5o, 000 dollars  de  revenu  annuel. 
Au  mois  de  novembre  1820,  on  avait  déjà  admis  dix-huit  jeunes 
sourds-muets  des  deux  sexes.  B  — r. 

ASIE. 

Indes  orientales.  —  BousAr.  —  Chirurgie.  —  Dans  un  des  der- 
niers oahiers  des  Transactions  de  la  société  littéraire  de  celte  ville., 
on  trouve  le  fait  suivant  :  «  Un  chirurgien  indien  ayant  à  traiter  un 
Arabe,  qui  avait  eu  une  partie  de  l'os  du  bras  emporté  ,  imagina  de 
suppléer  à  cette  perte  par  un  tube  d'argent  destiné  à  remplacer  l'o» 
qui  manquait.  L'opération  réussit  complètement,  et  rendit  au  bras 
malade  son  ancienne  vigueur.  » 

Gui^E.  —  Macao.  —  Nouvelle  comète. — Le  5  mai  1S20,  M,  Prevel 
a  découvert  une  comète  dans  le  centaiire.  Cet  astre,  qui  n'avait 


262  AFRIQUE. 

qu'une  tièscouile  chevelure  ,  était  cependant  visible  à  l'œil  nu  ;  il 
se  dirigeait  vers  le  nord-est  avec  beaucoup  de  lenteur. 

Imdes  obiestales. —  Calcutta. — Société  asiatique. —  Séance  du  20 
décembre  1S20. — On  procède  à  la  réélection  des  vice-présidens  pour 
l'année  1S21.  —  Le  secrétaire  informe  l'assemblée  que  100  exem- 
plaires des  Aiiaùc  Researches  ont  été  expédiés  pour  l'Europe.  —  11 
est  fait  hommage  à  la  société  d'un  ouvrage  ayant  pour  titre  On  the 
généalogies  of  the  Hindoo  deities ,  princes  and  heroes,  parle  docteur 
Hamilton. — M.  Calder  communique  le  résultat  des  observations  ba- 
rométriques du  capitaine  Cullen ,  faites  pendant  un  long  voyage  dans 
différentes  parties  de  l'Inde.  La  montagne  la  plus  élevée  que  cet  offi- 
cier ait  mesurée  s'élevait  à  8,077  pi^ds  anglais  au-dessus  du  niveau 
de  la  mer.— Le  même  M.  Calder  lit  un  mémoire  du  capitaine  Mac- 
klntosh  sur  le  mode  employé  à  Magpour  pour  construire  l'arche  d'un 
pont.  — Le  révérend  M.  Tborn  envoie  du  cap  de  Bonne -Espérance 
une  collection  de  miucraus  d'Afrique  ,  et  de  restes  organiques. — Le 
lieutenant-colonel  William  Thomas  fait  hommage  de  ses  observations 
thermomélriques  et  météorologiques  recueillies  à  Sangor,  pendant 
l'année  iSig. — Le  docteur  Tytler  envoie  deux  médailles  anciennes;  le 
capitaine  Mackenzie,  une  médaille  chinoise;  le  lieutenant Wild,  une 
collection  de  minéraux  rassemblés  dans  diverses  parties  de  l'Inde  ; 
M.  Moorcroft ,  deux  planches  en  cuivre  couvertes  de  caractères  in- 
connus. MM.  Carey  et  Prlce  sont  chargés  de  faire  un  rapport  sur  ces 
incrjptions.  — Le  docteur  Bajley  lit  une  dissertation  sur  les  inscrip- 
tions de  Koutoun  Minaret  sur  les  ruines  qui  se  trouvent  aux  environs, 

E.  G. 

AFRIQUE. 

Sierea-Leone.— iS/ai/si/y Me eicomTnerce. —Cette  colonie  anglaise  voit 
sa  population  s'accroître  rapidement, non  seulement  parles  naissances, 
par  les  Africains  pris  à  bord  des  navires  négriers  et  rendus  à  la  li- 
berté^ mais  encore  par  les  indigènes  qui  accourent  des  petits  états 
voisins,  pour  demander  de  l'emploi  ou  chercher  protection.  Lors  du 
recensement  de  juillet  1S20 ,  on  y  comptait  i2,52i  habitans  ;  ce  qui 
présente,  depuis  le  dernier  dénombrement  en  décembre  1S18 ,  inter- 
valle de  dis  huit  mois,  une  augmentation  de  2,956  personnes.  Dans 
ce  nombre,  sont  compris  940  esclaves  délivrés,  et  898  nouveau-nés 
ou  indigènes  émigrés.  Le  nombre  des  maiiagcs,  depuis  le  1"  jan- 


AFRIQUE.  203 

TÎer  iSio  Jusqu'au  6  juillet  1S20,  a  été  de455;  les  naissances,  de  671; 
et  les  baptêmes,  de  1260.  Le  nombre  total  d'enfans  et  d'adultes  qui 
y  reçoivent  de  l'éducation  était,  au  mois  de  juillet  dernier,  de  2,09-; 
c'est  un  sixième  de  la  population.  Dans  toutes  les  écoles ,  on  suit  la 
méthode  de  l'enseignement  mutuel  du  docteur  Bell. 

Depuis  l'abolition  de  la  traite  à  Sierra-Leone  et-  aux  environs  de 
la  colonie,  le  commerce  y  fait  des  progrès  rapides,  L'Angleterre, 
dans  le  cours  de  l'année  1819,  y  a  expédié  vingt-sept  bàtimens  avec 
des  cargaisons  estimées  8oj865  liv.  sterl. ,  et  en  a  exporté  5,875  ton- 
neaux de  productions  du  pays.  Dans  le  cours  de  l'année  1820  ,  le 
commerce  anglais  a  expédié  à  cette  colonie  quarante  bàtimens,  dont 
le  tonnage  était  en  tout  de  9,160.  Les  principaux  objets  d'exporta- 
tion de  la  côte  occidentale  d'Afrique  sont  :  les  bois  de  charpente  et 
de  teinture  ,  les  dents  d'éléphant ,  l'huile  de  palmier ,  le  riz  blanc , 
le  poivre  malaguette,  les  gommes,  le  bois  d'acajou,  la  poudre  d'or. 
On  peut  juger,  d'après  ce  court  exposé,  quel  parti  la  France  pourra 
tirer  de  sa  colonie  du  Sénégal ,  lorsque  la  traite  y  sera  entièrement 
abolie ,  si  elle  veut  y  suivre  le  plan  de  civilisation  adopté  .i 
Sierra-Leone.  {Vqy.Hom.  IX,  p.   176.)  B  — y. 

Capdb  BoRNE-EsPBaAKCB.  —  émigration  anglaise.  —  Depuis  quel- 
que tems  il  se  fait  une  émigration  d'Angleterre  au  cap  de  Bonne- 
Espérance  ;  le  gouvernement  la  favorise  et  l'encourage  de  tout  son 
pouvoir  ;  il  fait  les  frais  du  passage  de  ces  émigrans ,  fournit  à  leurs 
premiers  besoins,  leur  distribue  des  terres  dans  les  districts  éloignés 
de  la  capitale.  Ces  nouveaux  colons  prennent,  pour  les  aider  dans 
leurs  travaux  ,  des  Hottentots  libres,  qui  ne  demandent  qu'un  très- 
modique  salaire  pour  leur  travail.  On  a  craint  d'abord  qu'ils  ne  pro- 
fitassent de  leur  éloignement  pour  se  soustraire  aux  lois  de  la  colonie 
qui  ont  aboli  l'esclavage  ;  mais  le  gouvernement  ne  pense  pas  qu'ils 
soient  tentés  d'en  introduire,  vu  la  facilité  qu'ils  ont  d'avoir  des 
Hottentots  dont  l'entretien  est  moins  dispendieux.  Cependant,  il  a 
cru  devoir  prendre  des  précautions  à  cet  égard ,  en  enjoignant  au 
gouverneur  du  Cap  de  n'accorder  aucune  portion  de  terreaux  familles 
émigrées,  que  sous  la  condition  de  n'employer  à  leur  culture  que  des 
domestiques  ou  journaliers  salariés  et  libres.-  Mais  rinstitudon  afri- 
caine persuadée  qu'une  loi  positive  est  indispensable  pour  aisurer 
l'exécution  des  engagemens  imposés  aux  nouveaux  colons ,  a  chargé 
MM.  Wilberfoice  et  William  Smilh  d'fn  faire  la  proposition  à  la 


20A  EUROPE. 

chambre  des  communes,  et  l'on  ne  doute  pas  que  le  parlement  ne 
seconde  le  zèle  de  cette  honorable  société  pour  l'extinction  de  la 
traite  et  l'abolition  progressive  de  l'esclavage. 

Royaume  de  Maroc.  —  Enseignement  mutuel.  —  Dans  le  journal 
de  la  captivité  du  capitaine  Paddook,  quaker  de  New-York,  com- 
mandant ï'Osi^ego,  naufragé  en  1S09  sur  la  côte  de  Mogador ,  on  re- 
marque, entre  autres  observatious  sur  le  caractère  ,  les  mœurs  et  les 
coutumes  des  Arabes  de  Widnoun,  le  passage  suivant:  «Les  hommes 
savent  généralement  écrire  ,  et  tous  apprennent  à  lire.  A  cet  effet , 
il  y  a  dans  chaque  tente  une  planche  de  bois  dur  sur  laquelle  se  trou- 
vent gravés  les  caractères  de  l'alphabet  et  des  maximes  du  Coran. 
A  l'âge  de  huit  ans ,  le  petit  garçon  sait  tout  ce  que  contient  son 
tableau  ;  il  saisit  avidement  les  occasions  d'apprendre  avec  les 
étrangers  qui  viennent  voir  ses  parens,  et  qui  se  font  un  plaisir  de 
lui  apporter  des  planchettes  sur  lesquelles  sont  tracés  des  passages 
du  Coran.  Dans  plusieurs  endroits,  il  y  a  des  prêtres  ou  Talbes  occu- 
pés à  parcourir  le  pays  pour  l instruction  des  enfans ,  au  moyen  de 
l'enseignement  mutuel.  Les  garçons  se  rendent  au  lieu  de  réunion  , 
munis  de  leur  planchette  ;  Itsplus  grands  et  Icsplus  avancés  reçoi- 
vent directement  leurs  leçons  du  maître  et  les  communiquent  en- 
suite à  leurs  condisciples.  Cette  éducation  n'a  jamais  rien  de  forcé  , 
et  ce  serait  un  crime  de  battre  un  enfant  pour  le  corriger.  Néan- 
moins, les  enfans  apprennent  tout  ce  qu'ils  ont  besoin  desavoir, 
auant  l'dge  de  le  vietlre  en  pratique  i  et  des  observateurs  attentifs 
avouent  qu'ils  n'ont  trouvé ,  chez  aucune  nation ,  considérée  en 
masse  »  autant  d'intelligence  ,  autant  de  vivacité  d'esprit  que  parmi 
ces  Arabes.  »  Voilà  donc  la  question  de  la  priorité  d'invention  de 
la  méthode  d" enseignement  juutuel ,  décidée  en  faveur  des  Arabes, 
à  qui  nous  devons  d'ailleurs  tant  d'inventions  et  de  découvertes  im- 
poi'tantes.  Babey. 

EUROPE. 

ILES    BRITANNIQUES. 

Ecosse. — Aberdeen. — Télescope  perfectionné. —^1.  Raucye  vient  de 
construire  un  télescope  à  réflexion  sur  de  trcs-grandes  dimensions  ; 
il  a  plus  de  25  pieds  de  longueur;  la  force  focale  du  miroir  réflecteur 
est  de  25  pieds  ;  le  diamètre  de  ce  miroir  est  de  lô  pouces.  Cet  ins- 
trument est  le  plus  grand  de  tous  ceux  qui  ont  glç  construits,  excepté 


EUROPE.  205 

toutefois  celui  de  M.  Herschell ,  qui  a ,  comme  on  sait ,  4o  pieds  de 
foyer.  Celui  de  M.  Schroeter,  à  l'observatoire  de  Lilienthal ,  est  de 
la  même  force  que  ce  dernier.  Ce  qui  rend  les  grands  télescopes  de 
peu  d'usage,  c'est  la  difficulté  non  seulement  de  les  exécuter,  mais 
de  les  diriger.  Le  mécanisme  de  M.  Ramcye  permet  de  le  mouvoiravec 
facilité.  Le  pouvoir  amplifiant  peut  aller  jusqu'à  i,5oo.  Feascgeub. 
LosDaES.  —  Technologie. —  Alliage  de  l'acier  avec  l'argent  et  le 
platine. — En  fondant  ensemble  une  partie  d'argent  et  5oo  d'acier, 
MM.  Hodart  et  Faraday  ont  formé  un  alliage,  mais  qui  se  forge 
très-bien,  quoique  très-dur.  Il  paraît  d'autant  plus  avantageux  qu'on 
peut  se  le  procurer  à  peu  de  frais  ;  la  valeur  de  l'argent,  qui  s'y 
trouve  en  si  petite  proportion,  n'influe  pas  sur  celle  de  l'acier.  Avec 
partie  égale  en  poids  de  platine  et  d'acier,  on  forme  un  alliage  qui 
prend  un  superbe  poli  et  ne  se  ternit  point;  la  couleur  est  la  plus 
belle  qu'on  puisse  imaginer  pour  un  miroir.  Les  proportions  de  pla- 
tine, qui  paraissent  améliorer  l'acier  pour  des  instrumens  tranchans, 
sont  de  1  à  5  pour  loo. 

— Émail  pour  la  porcelaine. — La  Société  d'en couragemenX  de 
Londres  a  fait  faire  l'essai  d'un  nouvel  émail  pour  la  porcelaine  et  la 
faïence  fine  ,  composé  par  M.  John  Rose  ,  et  qui  a  été  trouvé  sapé- 
rieur  à  tous  ceux  qu'on  a  employés  jusqu'ici  ;  on  l'obtient  en  faisant 
un  mélange  de  27  parties  de  feldsphath  pulvérisé,  avec  18  de  borax, 
4  de  sable ,  1  de  sel  de  soude  ,  1  de  nitre  et  1  d'argile  ;  après  l'avoir 
fondu  en  frite ,  on  y  ajoute  5  parties  de  borax  et  on  réduit  en  poudre. 
Cet  émail  s'applique  aisément  et  uniformément,  sans  que  la  porce- 
laine doive  être  ni  fondue  ,  ni  même  ramollie.  Il  s'étend  uniformé- 
ment sans  bulles  et  sans  saillies;  il  ne  couvre  ni  n'altère  les  cou- 
leurs ,  même  les  plus  délicates,  telles  que  les  verts  et  les  rouges  de 
chrome,  etc.;  il  s'incorpore  parfaitement  avec  elles,  et  la  porce- 
laine qui  en  est  recouverte  peut  passer  une  seconde  fois  au  feu,  sans 
que  cet  émail  se  gerce  ou  éclate. 

— Economie  rurale. — Moyen  d'utiliser  la  chaleur  des  écuries^ — 
Le  Garten-magasine  propose  d'établir,  au-dessus  des  écuries  ou  des 
ètables  ,  soit  des  serres ,  soit  des  couches  ou  des  bacs  à  forcer.  Les 
porcheries,  qui  ont  une  température  si  élevée,  et  dont  les  dimen- 
sions ,  surtout  en  hauteur,  peuvent  être  très-petites  (3  pieds  et  demi 
suffisent) ,  seraient  particulièrement  adaptées  à  cet  usage.  La  porte 
et  le  bac  à  mangev  se  trouveraient  au  nord,  où  serait  aussi  la  plus 


20G  ELROPE. 

grande  élévation  du  mur.  On  pourrait  ,  pour  conserver  plus  de 
chaleur,  construire  des  interstices  dans  les  murs,  afin  de  faire  cir- 
culer l'air  chaud  dans  la  serre  ,  la  couche  ou  le  bac  à  forcer. 

NoETH-MoLTOs, — Agriculture. — l^ouv elle  charrue. — M.  R.  Locke 
a  inventé  une  machine  perfectionnée  pour  lahourer  la  terre.  On 
peut  s'en  servir  dans  toute  espèce  de  sol  où  la  charrue  est  en  usage. 
Elle  creuse  le  terrain  à  une  profondeur  donnée  ,  depuis  un  pouce  et 
demi  jusqu'à  huit  pouces,  et  depuis  cinq  pouces  jusqu'à  onze  en 
largeur;  on  lui  fait  tracer  de  même  des  sillons  sur  les  collines, 
quelle  que  soit  soit  la  rapidité  de  leur  pente.  L.  S.  B. 

Londres. — L'académie  royale  a  proposé  un  prix  de  20,000  livres 
sterling  pour  la  découverte  de  la  direction  horizontale  des  aéros- 
tats, MM.  Mingrelli,  de  Boulogne;  Piétropoli ,  de  Venise,  et  Lein- 
berger,  de  Nuremberg,  prétendent,  chacun  de  leur  côté,  avoir  ré- 
solu ce  grand  problème. 

Camhhidge. — Société  iihilosophique. — M.  Cécile  a  lu  (deuxième 
séance  de  cette  année)  un  mémoire  sur  les  avantages  du  gaz  hydro- 
gène employé  comme  force  motrice  dans  les  machines  ,  et  a  donné 
en  même  tems  la  description  d'un  appareil  propre  à  s'en  servir  de 
cette  manière. 

LoNDHBS. — Société  des  missionnaires. — Le  prince  Ratafie,  frère  du 
roi  de  Madagascar,  qui  est  maintenant  à  Londres,  s'est  rendu  à  la 
dernière  séance  annuelle  de  la  Société  des  missionnaires  ;  il  a  remis 
une  lettre  du  roi ,  son  frère  ,  qui  prie  la  société  de  lui  envoyer,  non 
seulement  de  pieux  missionnaires,  mais  aussi  d'habiles  artisans, 
parce  qu'il  désire  faire  de  ses  sujets  de  bons  chrétiens  et  de  bons 
ouvriers.  La  société  a  promis  qu'elle  chercherait  les  moyens  de  sa- 
tisfaire aux  vœux  du  monarque  africain.  L.  L.  B. 

RUSSIE. 

Statistique  littéraire. — La  Russie  possède  trois  cent  cinquante 
auteurs  vivans  qui ,  pour  la  plupart,  appartiennent  à  la  noblesse; 
les  ecclésiastiques  n'y  sont  que  pour  un  huitième.  Backmeister,  dans 
sa  Bibliothèque  russe ,  compte  4îO0O  ouvrages  publiés  jusqu'en  1S07  , 
c'est-à-dire  une  quantité  seulement  égale  à  ce  que  produit  une  seule 
foire  de  Leipsick.  En  1800 ,  la  bibliothèque  de  l'académie  des 
sciences  possédait  à  peu  près  trois  mille  ouvrages  nationaux ,  parmi 
lesquels  se  trouvaient  cent  cinq  romans;  aujourd'hui,  il  existe  plus 


EUROPE.  207 

de  8,000  ouvrages  en  langue  russe.  Il  y  a  des  gazettes  allemandes 
et  russes  à  Saint-Pétersbourg,  à  Moscou,  à  Riga,  à  Mittau  à 
Revel,  à  Abo,  à  Casan  ;  Moscou  voit  paraître  un  recueil  littéraire 
en  russe,  et  Wilna  en  fournit  un  autre  en  polonais  (uoyez  T.  IX 
pag.  602}.  On  compte,  à  Moscou,  neuf  bibliothèques  et  dix  impri- 
meries;  à  Saint-Pétersbourg,  sept  bibliothèques  et  quinze  imprime- 
ries ;  à  Wilna ,  une  bibliothèque  et  cinq  imprimeries  ;  dans  chacune 
des  villes  de  Revel,  Dorpat  et  Kharkovv  ,  il  y  a  une  bibliothèque  et 
deux  imprimeries.  Enfin  ,  on  compte  ,  dans  l'empire  russe  ,  huit  ou 
neuf  fonderies  de  caractères.  Ph,  G y. 

SAiNT-PÉTEBSBouRG.—i/^Aoo-m/i/z/e.— Cet  art,  naturalisé  depuis  peu 
en  Russie  ,  fait  maintenant  de  rapides  progrès  (pqyez  Tom.  VII, 
pag.  192}.  Parmi  plusieurs  collections  que  l'on  publie  dans  ce  mo- 
ment, nous  citerons  :  1°  les  F'ues  de  Saint-Pélershourg  et  de  ses  en- 
virons :  chaque  livraison  contient  quatre  planches  in-folio.  Celles  de 
la  première  représentent  le  palais  d'hiver,  la  bourse,  l'île  Krestovsky  ; 
le  texte  de  ce  recueil  est  russe.  Les  frais  de  l'entreprise  sont  faits  par 
des  amateurs ,  et  les  produits  sont  distribués  aux  artistes.  2"  Un  autre 
ouvrage  du  même  genre,  par  M.  Sevenin,  paraît  aussi  par  cahiers; 
mais  il  est  d'une  moindre  dimension.  Le  texte  est  en  russe  et  en 
français.  Quatre  cahiers  sont  déjà  en  vente.  5»  M.  Martinof  donne 
un  voyage  pittoresque  de  Moscou  aux  frontières  de  la  Chine ,  dont 
les  figures  coloriées  coûteront  jusqu'à  200  roubles.  Ph.  G y. 

SUÈDE    ET    NORWÈGE. 

Christiania.  —  Magnétisme.  —  Le  professeur  Hansteen ,  connu 
par  ses  intéressans  travaux  ,  et  particulièrement  par  ses  belles  expé- 
riences, dont  l'objet  est  de  déterminer  les  variations  diurnes  et  an- 
nuelles de  l'intensité  d'action  magnétique  du  globe  terrestre,  an- 
nonce ,  dans  les  journaux  savans  du  nord  de  l'Europe ,  qu'il  vient 
de  se  livrer  à  de  nouvelles  observations;  d'où  il  résulte  que  tout 
objet  vertical ,  tel  qu'un  arbre,  un  mur,  un  clocher,  etc.,  se  cons- 
titue naturellement  à  l'état  d'un  aimant;  la  partie  inférieure  porte 
le  pôle  boréal;  la  supérieure,  le  pôle  austral.  On  attend  avec  impa- 
tience des  («éveloppemens  sur  ces  expériences  et  sur  les  résultats 
qu'a  obtenus  M.  Hansteen.  Ce  sujet  est  aujourd'hui  du  plus  haut 
intérêt  pour  les  physiciens ,  depuis  que  M.  Œrsted  a  indiqué  les 
relations  qui  unissent  les  fluides  magnétique  et  électrique. 

Fraivcckuk, 


208  EUROPE. 

—Nouvel  ouvrage  périodique.— Journaux  publiés  en  Norvège.  — 
Deux  mUitaires  distingués  ,  MM.  Broch  et  Hahœth,  viennent  d'an- 
noncer la  prochaine  publication  d'un  nouveau  journal  sous  le  titre 
de  HtRMODER  (  le  Mercure  du  Nord  ) ,  dont  il  paraîtra  ,  chaque  se- 
maine, un  cahier.  Il  contiendra  des  articles  originaux,  tant  en 
poésie  qu'en  prose  ;  des  extraits  des  meilleurs  journaux  littéraires , 
suédois  ,  danois,  allemands,  français,  anglais  et  italiens;  ainsi  que 
l'analyse  des  ouvrages  remarquables  ,  historiques  ,  politiques  et  de 
littérature  ,  publiés  dans  les  mêmes  langues.  On  y  joindra  de  tems 
en  tems  des  portraits  et  des  dessins  lithographies.  On  voit  avec  plaisir 
les  progrès  qu'a  déjà  faits  cette  précieuse  découverte ,  qui  a  pénétré 
jusque  dans  les  pays  voisins  du  pôle. 

Voici  la  liste  des  autres  journaux  qui  se  publient  à  Christiania  : 
1»  \e  Journal  de  l'Empire  (  Rigstidenden  ).  Cette  feuille  est,  pour 
ainsi  dire ,  officielle  ;  elle  publie  les  actes  du  gouvernement ,  ainsi 
que  des  nouvelles  politiques  ;  2°  la  Feuille  nationale ,  journal 
d'opposition,  dont  la  rédaction  a  tellement  déplu  au  gouverne- 
ment ,  qu'il  en  a  récemment  défendu  l'envoi  par  la  poste  ;  3»  le 
Spectateur  norvégien  ;  4°  la  Feuille  du  matin  :  journaux  qui  rem- 
plissent leurs  pages  de  dissertations  philosophiques ,  historiques  et 
morales  ,  et  d'extraits  des  meilleurs  écrits  périodiques  qui  parais- 
sent en  Danemarck. 

—Loi  relative  à  l'exercice  du  droit  de  la  liberté  de  la  presse.— he 
roi  vient  de  proposer  à  la  diète  une  loi  répressive  des  abus  delà 
presse.  On  voit  avec  plaisir  que  S.  M.  désire  l'établissement  du 
îno^ement  par  jurés  ;  mais  quelques  hommes  éclaués  pensent  que  le 
mode  de  formation  du  jury,  d'après  le  projet  royal ,  rend  cette  ins- 
titution trop  dépendante  du  pouvoir.  Cette  dépendance  pourrait  de- 
venir dangereuse  avec  le  tems ,  quoiqu'il  n'y  ait  rien  à  craindre  pour 
le  moment,  vu  le  noble  caractère  d'indépendance  et  d'impartialité 
qu'ont  déployé  les  tribunaux  ,  spécialement  dans  le  jugement  des 
auteurs  mis  en  accusation  ,  comme  ayant  abusé  de  la  liberté  de  la 
presse.  Ce  qui  étonne  le  plus  dans  le  projet  de  loi  dont  il  s'agit , 
c'est  de  voir  que  ,  provisoirement,  et  jusqu'à  la  publication  du  nou- 
veau Code  criminel ,  on  parle  de  remettre  en  vigueur  la  fameuse 
loi  danoise  du  27  septembre  1799.  Cette  loi,  faite  pour  un  gouver- 
nement arbitraire ,  paraît  absolument  incompatible  avec  le  régime 
constitutionnel.  Ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  montrer  jusqu'à  quel  point 


EUROPE.  209 

elle  anéantit  toute  liberté  de  la  presse;  nous  renvoyons  ceux  de 
nos  lecteurs  qui  désireraient  la  connaître ,  au  recueil  intitulé  :  Jour- 
nal général  de  législation  et  de  jurisprudence  ,  tom.  II,  pa<».  aS 
et  suivantes.  Jj q^ 

DANEMARCK. 

Stockholm.  — Publication  nouvelle.  — On  a  publié  dernièrement 
ici  un  ouvrage  intitulé  :  Actes  secrets  de  l'Histoire  de  Gustave  III^ 
et  qu'on  dit  très  intéressant. 

CoPEi^HAGCB.  —  Polémique  littéraire.  —  Mythologie  du  ISiord.  —• 
Les  savans  danois  sont  en  "guerre  au  sujet  de  la  mythologie,  de- 
puis que  M.  Baden  ,  secrétaire  de  l'académie  des  arts ,  a  mis  en 
question  l'existence  de  celle  du  Nord.  Il  a  pour  lui  MM.  Eckersberg 
et  Hoger;  mais  MM.  Ewald  et  Œhlenschlager,  qui  ont  tiré  un 
si  grand  parti  de  la  mythologie  d'Edda ,  se  sont  rangés  du  côté 
de  M.  Fenn  Magnusin,  adversaire  de  M.  Baden.  Celui-ci  ne  veut 
pas  que  l'on  substitue  aux  fables  ingénieuses  de  la  Grèce  des  tra- 
ditions qu'il  appelle  barbares.  On  lui  répond  qu'il  n'est  point  ques- 
tion de  remplacer  la  mythologie  des  Grecs  par  une  autre ,  mais  de 
placer  à  côté  d'elle  de  nouvelles  ressources  offertes  au  génie.  L'Alle- 
magne compte  dans  ce  moment  de  nombreux  partisans  de  cette 
mythologie  du  Nord.  Ph,  g. 

Duché  de  Schleswig-Ecrernfobde.  —  Nécrologie.  —  \iG  comte 
Chrétien  de  Stolberg  est  mort,  le  18  janvier  dernier,  peu  après  son 
frère,  et  immédiatement  après  avoir  terminé  sa  réponse  au  célèbre 
Voss.  On  sait  que  le  changement  de  religion  de  MM,  de  Stolberg 
excita  contre  eux  toute  la  colère  du  traducteur  d'Homère  et  de  Vir- 
gile ,  et  que  l'étroite  amitié  qui  les  unissait  à  lui  fit  place  à  des 
sentimens  entièrement  opposés.  Ce  fut  la  source  d'un  grand  nombre 
d'écrits  polémiques  ,  dans  lesquels  les  questions  théologiques  et  les 
controverses  de  protestans  à  catholiques  sont  mêlées  de  détails  de  la 
vie  privée  de  ces  hommes  de  lettres.  La  guerre  entre  Hume  et 
J.-J.  Rousseau  n'a  jamais  fait  autant  de  bruit  en  France  ,  que  cette 
querelle  n'en  a  causé  en  Allemagne ,  où  tous  les  recueils  périodiques 
en  retentissent  encore.  Fh.  G. 

ALLEMAGNE. 

Vienne.  —  Machine  àplonger.  —  M.  François  Farkas  ,  de  Farkas- 
falva  ,  connu  par  la  publication  de  plusieurs  écrits  en  langue  hon- 
ToMK  XI.  lA 


210  EUROPE. 

«Toise  ,  a  inventé  nne  machine  à  l'aide  de  laquelle  on  peut  plonger  j 
à  quelque  profondeur  que  ce  soit ,  et  séjourner  au  fond  des  eaux 
dans  toutes  les  altitudes  désirables  ,  sans  en  éprouver  le  moindre  in- 
convénient. Le  plongeur  remonte ,  à  volonté ,  à  telle  hauteur  qu'il 
lui  plaît,  et  n'a  besoin,  pour  cela,  d'aucun  secours  étranger.  Ce 
qu'il  y  a  de  plus  avantageux  ,  c'est  que  ses  pieds  et  ses  mains  sont 
libres  pour  le  travail,  M.  Farkas  a  nommé  sa  nouvelle  machine  le 
dauphin  ;  voici  en  quoi  elle  l'emporte  ,  selon  lui ,  sur  toutes  les  au» 
très.  Dans  toutes  les  cloches  connues  ,  la  pression  de  l'eau  à  une 
certaine  profondeur  devient  insupportable,  et  l'air  vital  est  bientôt 
épuisé,  même  dans  celles  qui  sont  pourvues  de  tuyaux  .M.  Farkas 
a  pleinement  obvié  à  ces  défauts  ;  au  moyen  du  dauphin,  tous  les 
mouvemens  se  font  à  volonté  et  non  sur  les  trompeuses  indica- 
tions d'une  corde.  Enfin  ,  les  secours  étrangers  étant  toujours 
très- coûteux  ,  on  obtient  à  peine,  à  Dublin  ,  avec  1,000  liv.  sterl.  j 
les  avantages  que  le  dauphin  procure  pour  100.  L'expérience  de 
cette  machine  a  été  faite  ,  le  i<='.  octobre  1820,  devant  le  prince 
d'Esterhazy,  à  l'école  de  natation  de  Vienne  (1). 

"R^KJAV.  —  Géographie.  —  Globes  en  relief.  —  M.  Zeune,  qui  a  fait 
construire,  il  y  a  plus  de  dix  ans,  un  globe  terrestre  en  relief,  à 
l'aide  duquel  les  aveugles  de  son  établissement  apprennent  très-fa- 
cilement la  géographie  ,  a  prévenu  le  public  que  désormais  ses 
globes  ne  seront  plus  exécutés  en  bois,  mais  en  papier.  Ils  y  ga- 
gneront en  précision  et  en  solidité;  ceux  de  bois  étant  exposés  à  se 
briser  par  la  moindre  chute.  M.  Kummen  est  l'artiste  chargé  de 
remplir  les  intentions  de  M.  Zeune.  Les  découvertes  les  plus 
récentes  doivent  être  portées  sur  ces  nouveaux  globes ,  dont  le  dia- 
mètre est  de  25  pouces,  mesure  de  Berlin,  24"  1  ligne  de  France,  et 
dont  le  prix  varie ,  selon  le  plus  ou  moins  de  détails  géographiques 
qu'ils  représentent  {vqy.  ci-après,  art.  Paris). 

Halle. — Société  des  sciences'naturelles. — Voici  le  résumé  des  tra- 
vaux de  cette  société  pendant  le  second  semestre  de  1S20.  Le 
iS  juillet,  un  mémoire  de  M.  Schultz  sur  la  lumière,  sur  les  couleui-s 
et  sur  les  orages.  Les  29  juillet  et  11  août,  un  traité  de  M.  IVitzsch 


(i)  La  cloche  à  plonger  ,  dont  on  fait  usage  depuis  long-tems 
en  Angleterre  ,  et  depuis  quelques  années  en  France  ,  dans  les  tra- 
vaux du  pont  de  Bordeaux  et  du  port  de  Cherbourg,  offre  la  plus 
grande  partie  desavantages  que  M.  Farkas  annonce  comme  nouveaux. 
{roj.  la  Repue,  T.  \Ul, p.  ijo,ctT.  X,  p.  456  et  61 2.)     A.  M— t. 


EUROPE.  211 

3Hr  les  maladies  du  nez.  Le  i  septembre ,  une  analyse  chimique  des 
eaux  minérales  de  Lauchstœdt  par  M.  Stoltz.  Le  16  septembre  un 
mémoire  de  M.  Leuckart  sur  la  formation  de  la  corne  dans  les  ani- 
maux ;  le  même  jour ,  des  additions  de  M.  Schweigger  aux  expé- 
riences électro-magnétiques  d'Œrstedt.  Le  5o  du  même  mois,  un 
rapport  de  M,  Wincler  sur  quelques  accidens  de  baromètre  à  l'ob- 
servatoire de  Halle.  Le  7  octobre ,  M.  Mertens  a  lu  un  traité  sur  les 
produits  de  l'océan  ;  M.  Dieterich  a  entretenu  la  société  des  pierres 
sablonneuses  des  environs  de  Lauchstoedt  et  de  Scopau.  Le  21  oc- 
tobre, M.  Keferstein  a  examiné  ce  que  les  anciens  ont  ditsurovoc 
livXoç  et  ^y.o'Ko'vevS'poi.  Le  n  novembre ,  lecture  d'une  dissertation 
sur  les  ouvrages  que  fe  docteur  Gronaw  avait  envoyés  de  Berlin. 
Le  i8  ,  M.  Schultz  a  rendu  compte  de  deux  écrits  de  M.  Schneider» 
sur  les  poissons  et  sur  la  topographie  médicale  d'Etlingen.  Le  aS , 
M.  Keferstein  a  communiqué  une  dissertation  sur  la  géognosie  d'Al- 
lemagne, et  notamment  sur  la  culture  des  Alpes.  Enûn,  le  9  dé- 
cembre ,  M.  Schweigger  a  fait  quelques  expériences  électro-magné- 
tiques.— La  société  a  reçu  un  grand  nombre  de  mémoires  sur  la 
marche  des  orages  pendant  1820.  On  parle  d'une  association  dont  le 
but  est  d'en  observer  plus  spécialement  la  direction  dans  toute  l'Al- 
lemagne, ainsi  que  M.  Braudt  l'a  fait  pour  la  Silésie.  On  assure  que 
ces  observations  seront  faites  ,  en  Saxe  ,  par  MM.  Lindenau, 
Posselt  et  Arzberger;  qu'en  Bavière,  dans  le  Saltzbourg  et  dans  le 
Tyrol,  elles  seront  dirigées  par  M.  Henrich  ;  dans  le  duché  de 
Baden  ,  par  M.  Bœckmann  ;  dans  le  Wurtemberg,  par  M.  Schiib- 
1er,  etc.,  etc.  La  société  invite  tous  les  pasteurs  et  cultivateurs  à 
tenir  note  de  l'arrivée  et  du  départ  des  orages,  ainsi  que  de  leurs 
divers  accidens.  (  F'ry.  Tom.  XXXI,  2'  cahier  du  Journal  de  phy- 
sique et  de  chim.ie.  ) 

Berlin. — Société  littéraire.  —  Le  i3  janvier  dernier,  la  société  ap- 
pelée Humanitàts- gesellschafl  a  célébré  le  24*  anniversaire  de 
sa  fondation.  Le  directeur,  M.  Kœpke,  a  ouvert  la  séance  par 
la  lecture  d'un  mémoire  relatif  à  Zénobie  ,  reine  de  Palmyie. 
M.  Ideler  a  ensuite  présenté  une  dissertation  sur  le  poète  Saadi  et 
sur  le  poème  de  Gulistan.  Enfin,  M.  le  conseiller  d'état  Klein  a  fait 
le  résumé  des  travaux  de  la  société  pendant  l'année  1820,  et  con- 
sacré quelques  souvenirs  aux  membres  que  la  mort  a  frappés  dans 
le  cours  de  cette  année  (MM.  Nicolas  Ruhs  et  Bemhardi).  La 
.^ance  a  été  terminée  par  un  banquet. 


51?  EinOVE. 

—  Unii-'ertilè. — Au  commencement  du  semestre  d'été,  l'université 
de  Berlin  comptait  onze  cents  élèves  et  quatre-vingt-un  professeurs  , 
dont  cinqnante-trois  en  titre  et  vingt-huit  sans  fonctions ,  mais  avec 
la  qualité  de  maîtres  particuliers ,  priuat-docent,  M.  Ozann ,  dont 
nous  avons  fait  connaître  les  travaux  (  Tom.  VIII ,  pag.  624)  ■,  passe 
k  l'université  de  Jéna  comme  professeur  de  philosophie.  C'est  lui 
qai  vient  de  publier  le  Lexicon  technologicum  de  Philémon  ;  il 
promet  à  l'Allemagne  un  philologue  consommé. 

McNicH.  —  Publication  nouvelle.  —  Une  société  ,  dirigée  par 
M.  Œrtel,  professeur  à  Aiishach,  va  donner  de  nouuelles  traductions 
des  classiques  grecs  et  latins;  elle  publiera  toujours  à  la  fois  un 
auteur  grec  et  un  auteur  latin.  Voici  ce  que  promet  M.  Œrtel  dans 
un  prospectus  inséré  au  journal  de  Halle  :  1"  les  traductions  seront 
dégagées  de  toute  expression  étrangère  ou  commune  ;  2"  quand 
l'auteur  est  obscur  et  serré  en  grec  ou  en  latin ,  il  sera  obscur  et  serré 
en  allemand;  3"  on  n'estropiera  point  les  noms  propres,  etc.,  etc. 
M.  Œrtel  craint  néanmoins  qu'on  ne  l'accuse  de  moderniser  les  an- 
ciens {modernisireny,  mais  il  répond  d'avance  à  ce  reproche  qu'on 
ne  leur  fera  pas  voir  le  monde  à  travers  les  lunettes  du  préjugé ,  et 
qu'on  ne  les  fera  pas  errer  sur  l'océan  de  la  vie,  un  compas  à  la 
main.  D'ailleurs,  ajoute-t-il ,  on  ne  coi  fTdra  point  Paris  d'une  per- 
ruque, et  Marcellus  n'aura ,  pour  assiéger  Syracuse  ,  7ii  canons  ni 

mortiers Le  tutoiement  sera  généralement  supprimé;  mais  on 

ne  traduira  point  le  k^s  a-u  texvsv  de  César  par  auch  sie  herr  sohn 
(et  vous  aussi,  monsieur  mon  fils).  On  volt  que  M.  Œrtel  est  ca- 
pable d'égayer  ses  lecteurs  dans  l'occasion, 

Beelix. — Nouveau  journal. — Il  paraît,  depuis  le  commencement 
de  l'année,  un  journal  intitulé  :  der  Zuschauer  (le  .Spectateur).  On 
en  attribue  la  rédaction  à  M.  Symanscky,  qui  publiait  autrefois  le 
Preimiithige  (le  Sincère)  ,  et  plus  anciennement  encore  die  Leuchte 
(la  Lanterne) ,  recueils  périodiques  qui  n'ont  pas  eu  de  durée. 

Ph.  GoLBÉav. 

ITALIE. 

Brescia. — Athénée. — Biographie  littéraire. — M.  Camillo  Ugoni. 
connu  dans  la  république  des  lettres  par  son  zèle  et  par  ses  ouvrages, 
et  nommé  président  de  l'athénée  de  cette  ville  ,  a  proposé  à  ses  col- 
lègues une  entreprise  littéraire  qui  ferait  beaucoup  d'honneur  à 
Brescia   et  à  l'Italie   :   c'est   la   continuation  des  écrivains  italiens 


EUROl'E.  215 

'scntlori  d'italia)  ,  du  comte  Gianunaria  Mazzuchelli.  On  sait  qu'il 
ne  publia  de  ce  grand  dictionnaire  que  six  volumes  in-folio ,  conte- 
nant environ  trois  mille  articles,  et  qu'il  espérait  de  le  porter  lui 
seul  à  plus  de  cinquante  raille.  Surpris  par  la  mort,  il  a  laissé,  parmi 
ses  papiers,  une  inUrucùon  sur  la  mélhode  qu'il  avait  suivie  dans, 
sa  conij  ilulion ,  et  les  manuscrits  suivans  :  i"  2  vol.  des  Scril- 
tori  Italiani-y  3°  2  vol.  de  vies  d'hommes  de  lettres  alors  vivans; 
5",  il  vol.  de  lettres  de  divers  savans;  4°  S  vol.  de  mémoires  litté- 
raires; 5°  5  grands  vol.  de  répertoires  contenant  des  matériaux 
pour  la  continuation  de  son  dictionnaire.  M.  Ugoni  prouve  la  néces- 
sité d'achever  cet  important  ouvrage  par  l'imperfection  des  diction- 
naires étrangers  de  ce  genre  qui  circulent  dans  l'Italie.  Il  s'arrftt 
à  signaler  particulièrement  la  Biographie  universelle  et  la  Biogra- 
phie des  hommes  vii-ans.  Aous  ne  répétons  pas  ici  les  expressions  de 
la  noble  indignation  que  lui  inspire  la  justice  ;  mais  nous  croyons 
nécessaire  de  citer  ce  qu'il  dit  sur  la  première,  en  se  bornant  à  la 
partie  qui  regarde  les  auteurs  italiens.  «  Quel  long  catalogue  ,  dit-il , 
ne  pourrais-je  pas  présenter  d'inexactitudes,  d'omissions,  de  l'ait^ 
et  de  mots  altérés  ,  de  noms  et  de  vers  latins  et  italiens  estropiés, 
d'hommes  vivans  annoncés  comme  morts ,  et  ensuite  condamnés  à 
revivre  dans  la  Biographie  des  hommes  vivans,  lorsqu'ils  n'existent 
plus,  u  II  regarde  enfin  la  Biographie  universelle  comme  une  com- 
pilation indigeste ,  du  moins  pour  ce  qui  concerne  les  écrivains  de 
l'Italie.  M.  Ugoni  excepte,  dans  une  note  ,  les  articles  de  MM.  Gin- 
gucné,S...  et  Sismondi.  Il  ajoute  de  plus  que  la  vérité  et  même  l'hon- 
nêteté sont  outragées  dans  presque  tous  les  articles  signés  G.  A'. 
(Voy.  Covimentarj  deW  Aleneo  di  Brescia,  1820.) 

— Poésie  dramatique.  —On  a  donné  lecture  de  plusieurs  tragédies. 
à  cette  société  littéraire;  deux  sont  de  Giuseppe  ÎSicolini,  et  intitu 
lées  :  la  Clorinda  et  le  Conte  d'Essex.  Le  jeune  auteur  s'écarte  , 
dit-on,  de  l'école  d'Alfieri  ,  par  la  composition  et  par  le  choix  des 
sujets  :  l'amour  est  le  principal  ressort  de  ses  pièces;  mais  il  ne  lui 
conserve  pas  toujours  toute  la  dignité  qu'exige  la  tragédie.  L'avocat 
Euccelleni,  adoptant  un  genre  sévère,  a  traité  un  sujet  national.  C'est 
la  mort  de  Tebaldo,  citoyen  de  Brescia,  chef  de  cette  république  et  du 
parti  des  Guelfes,  au  tems  de  l'empereur  Henri,  comte  de  Luxem- 
bourg. Tebaldo,  prisonnier,  ne  peut  sauver  sa  vie  qu'en  engageant 
tes  concitoyens  à  ïçndre  la  ville.  Mais,  nouveau  Régulus  ,  il  leur  per- 


2lâ  EUROPE. 

suade  de  se  défendre,  et  il  est  condamné.  La  marche  de  cette  tragédie 
paraît  fort  simple  et  régulière.  —  Francesco  Gambara  a  tiré  de 
l'histoire  de  Machiavel ,  le  sujet  d'une  nouvelle  tragédie ,  Rosmonda 
à  Ravenne.  Le  même  auteur  a  fait  une  pièce  sur  la  mort  de  Co- 
riolan. 

Milan. — Archéologie . — M.  Bignoli  publie  ,  pour  l'usage  des  ar- 
tistes, une  collection  d'antiquités  grecques  et  romaines,  dessinées 
et  gravées  par  lui-même.  La  première  livraison  in-4°  a  paru  cette 
année.  L'auteur  espère  que  son  travail  sera  d'une  grande  utilité  à 
ceux  qui  ne  peuvent  ni  voir  ni  copier  les  modèles.  La  collection 
sera  divisée  en  plusieurs  classes  :  l'une ,  par  exemple  ,  contiendra 
les  vases,  l'autre  les  candélabres  ,  la  troisième  les  bustes  ,  etc.  etc. 
Il  paraît  qu'on  trouve  très-bons  le  choix ,  le  dessin  et  la  gravure  des 
objets  qui  composent  cet  ouvrage. 

Padoue. — Nécrologie. — Assemani. — L'abbé  Simeone  Assemani  est 
mort,  le  8  avril  dernier,  à  l'âge  de  soixante-neuf  ans.  Ce  célèbre  orien- 
taliste était  né  à  Tripoli  de  Syrie  le  20  février  1762  :  il  fut  élevé  à  Rome, 
où  sa  famille  avait  obtenu  le  droit  de  citoyen  et  l'honneur  du  patri- 
ciat.  Domicilié  à  Padoue,  il  fut  nommé  professeur  de  langues  orien- 
tales, d'abord  dans  le  séminaire ,  et  ensuite  dans  l'université.  Il  fut 
aussi  membre  de  I''académie  des  sciences  ,  lettres  et  arts  ,  et  de 
l'institut  royal.  Ses  nombreux  ouvrages  et  ses  vertus  le  firent  de  plus 
en  plus  estimer  et  par  les  nationaux  et  par  les  étrangers.  Infati- 
gable quand  il  s'agissait  de  remplir  ses  devoirs  littéraires,  il  avait 
annoncé  ,  trois  jours  avant  sa  mort ,  un  nouveau  mémoire  pour  la 
séance  de  l'institut.  F.  S. 

ESPAGNE. 

Madetd. — Publications  720«fe//e5.— L'ouvrage  de  M.  Bignon,  Du 
congrès  de  Troppau  ,  ou  Examen  des  prétentions  des  monarchies 
absolues  à  l'égard  de  la  monarchie  constitutionnelle  de  Naples,  à 
été  traduit  en  espagnol ,  ainsi  que  l'Essai ,  de  M.  Daunou ,  sur  les 
garanties  individuelles  que  réclame  l'état  actuel  de  la  société. 

— Nécrologie. — M.  Marchena ,  auteur  très-actif,  est  mort  au  com- 
mencement de  cette  année.  Il  était  né,  vers  1770,  à  Utrera,  en  An- 
dalousie ;  il  se  fit  prêtre  ;  mais  la  philosophie  française ,  qui  com- 
mençait à  pénétrer  en  Espagne  malgié  les  douanes  et  les  inquisiteurs, 
eut  plus  de  charme  pour  lui  que  la  théologie.  Persécuté  par  le  saint- 


EUROPE.  215 

office,  il  se  réfugia  en  France ,  où  la  révolution  venait  d'éclater. 
Marchena  en  embrassa  chaudement  les  principes  ;  il  coopéra  d'abord 
au  journal  de  Marat,  puis  il  entra  dans  le  parti  des  girondins.  Arrêté 
à  Moulins,  il  fut  conduit  à  Paris  et  y  resta  en  prison  jusqu'au  9  ther- 
midor. Sa  captivité,  loin  d'abattre  ce  caractère  ardent,  semblait  en 
augmenter  la  fougue.  Il  adressa  de  sa  prison  de  vives  représenta- 
tions au  gouvernement;  remis  en  liberté,  il  travailla  à  l'Ami 
des  lois ,  écrivit  contre  les  thermidoristes ,  et  fut  exilé  après  le 
iô  vendémiaire.  Cependant,  il  obtint  la  permission  de  rentrer  en 
France  ,  fut  placé  à  l'armée  du  lihin ,  et  devint  ensuite  secrétaire 
de  Moreau.  Après  le  procès  de  ce  général ,  JVIarchena  vécut  dans 
l'obscurité  à  Paris.  Il  écrivit ,  à  cette  époque,  une  bonne  description 
des  provinces  basques  pour  les  Annales  des  uoyages.  Lors  de  l'inva- 
sion des  Français  en  Espagne ,  on  vint  le  chercher  pour  l'employer 
comme  journaliste  et  agent.  11  partit  avec  l'armée,  rédigea  un 
journal  en  Espagne  ,  y  fit  jouer  sa  traduction  du  Tartuffe  et 
du  Misantrope  ;  et,  lorsque  les  armées  furent  obligées  d'évacuer, 
Marchena  revint  en  France  à  leur  suite.  11  s'établit  à  Nîmes  ,  et 
commença  de  traduire  en  espagnol  l'Emile  de  J.J. -Rousseau. 
Après  la  révolution  du  mois  de  mars  1820,  il  se  hâta  de  rentrer  en 
Espagne  ;  il  n'y  jouit  d'aucune  considération ,  et  mourut  dans  l'in- 
digence. Marchena  était  un  petit  homme  disgracié  parla  nature  , 
excessivement  remuant  et  flexible  ,  sans  principes  fixes  et  sans  beau- 
coup de  moralité.  Il  était  loin  de  manquer  de  talent,  et  cet  abbé  au- 
rait pu  se  faire  un  nom  dans  la  littérature ,  si ,  au  lieu  de  courir  les 
camps,  il  avait  voulu  s'occuper  de  travaux  solides.  D— g. 

PAYS-BAS. 

Médecine.  —  Proprièlcs  anli-iènéncuses  du  sucre. — A  diverses 
époques  de  l'année,  certaines  espèces  de  poissons,  des  ^enresperca, 
esox  ,  sparus,  scomber,  etc.,  compromettent  la  vie  de  ceux  qui  les 
mangent.  Le  docteur  Chisholm  indique  comme  remède  le  sucre  ou  le 
suc  de  la  canne  qui  le  fournit ,  ainsi  que  du  suc  de  batale.  On  avait 
déjà  proposé  le  sucre  comme  un  excellent  antidote  des  oxides  et  des 
sels  métalliques,  et  il  paraît  qu'il  a  été  employé  avec  succès  dans 
des  cas  désespérés.  (Extrait  de  l'excellent  recueil  publié  à  Bruxelles, 
et  que  nous  avons  annoncé  plusieurs  fois  :  Annales  générales  des 
sciences  physiques). 

liRvxELi.Es.— Beaux  arts. —Sculplurc— On  yknl  de  placer.,  dans 


21G  EUROPE. 

une  église  de  cette  ville,  !a  statue  de  l'amiral  hollandais  Van  Kins- 
Lcrger,  homme  bienfaisant  et  protecteur  éclairé  des  beaux  arts. 
C'est  l'ouvrao-e  de  M.  Gabriel ,  membre  de  l'institut  des  Pays-Bas. 

FHANCE. 

AcBE.  —  Troyes.  —  JEnscignement  mutuel.  —  M.  Baudouin  ,  pro- 
priétaire d'une  vaste  filature  de  cette  ville  ,  vient  de  donner  à  tous 
les  manufacturiers  du  royaume  un  bel  exemple  à  suivre.  Il  a  établi , 
en  faveur  de  ses  ouvriers ,  dans  l'enceinte  même  de  sa  fabrique,  une 
école  d'enseignement  mutuel,  qui  sera  ouverte  pendant  les  heures 
et  les  jours  de  repos,  et  qui  sera  dirigée  par  les  maîtres  de  l'école- 
modèle  du  département  de  l'Aube. 

DoiEs.  —  Maxdecrf..  —  Ruines  d'un  théâtre  romain.  —  En  an- 
nonçant les  fouilles  entreprises  au  mois  de  juin  1820 ,  pour  mettre  à 
découvert  les  restes  de  ce  beau  monument,  nous  nous  sommes  en- 
gagés à  en  faire  connaître  la  disposition  et  les  dimensions  principales. 
Des  détails  qui  nous  ont  été  transmis  dernièrement  nous  mettent  à 
même  de  remplir  cette  promesse. 

Ce  qu'on  aperçoit  déjà  du  théâtre  présente  un  aspect  imposant  ; 
il  est  adossé,  ou  plutôt  entaillé  dans  un  petit  coteau  au  midi  du 
Maudeure.  Les  restes  des  murs  de  l'étage  supérieur,  qui  sont  de 
vingt-quatre  mètres  au-dessus  du  niveau  de  la  plaine,  surpassent 
encore  la  crête  du  coteau,  où  se  trouve  un  plateau  assez  vaste,  à 
l'extrémité  duquel  s'élève  la  montagne  qui  le  couronne.  Le  choix  de 
cet  emplacement  aura  été  déterminé  par  la  concavité  du  coteau  en 
cet  endroit,  où  il  avait  naturellement  la  forme  demi-circulaire  d'un 
amphithéâtre  ;  ce  qui  aura  diminué  de  beaucoup  le  travail  pour  les 
excavations  et  l'assise  des  constructions. 

L'inégalité  et  la  grandeur  des  distances  qui  séparent  les  murs  con- 
centriques de  l'amphithéâtre  ,  ainsi  que  leur  épaisseur  et  l'élévation 
de  tous  les  degrés  qu'ils  forment ,  repoussent  l'idée  qu'on  avait  eue 
d'abord,  que  c'étaient  des  banquettes  pour  les  spectateurs.  L'éléva- 
tion de  ces  murs  demi-circulaires ,  dans  trois  endroits  où  ils  sont  le 
plus  rapprochés  entre  eux ,  fait  conjecturer  que  là  ils  formaient  des 
corridors  de  séparation  entre  les  divers  amphithéâtres;  partout  ail 
leurs,  ces  murs  sont  à  fleur  du  terrain  qu'ils  soutiennent,  et  dont 
ils  servent  à  adoucir  la  pente. 

Ainsi,  il  y  aurait  eu  quatre  ctngcs  de  loges  ou  d'amphitliéàtres  ; 


EIROPE.  217 

Je  premier  de  44  mètres  de  diamètre  ,  compris  entre  le  demi-cercle , 
au-dessous  ou  au-dedans  duquel  était  l'orchestre,  et  les  deux  pre- 
miers demi-cercles  saillans  formant  corridor;  le  second  s'élendant 
depuis  ce  corridor  jusqu'au  corridor  supérieur,  qui  en  est  éloigné  de 
treize  mètres;  le  troisiènte  comprenant  les  trois  murs  qui  sont  im- 
médiatement au-dessus^  et  qui  forment  trois  terrasses,  ayant  en- 
semble une  largeur  de  9  à  lo  mètres  ;  enfin ,  le  quatrième  composant 
les  deux  galeries  supérieures ,  dont  l'une  pouvait  servir  en  même 
tems  de  passage. 

D'après  la  surface  de  ces  divers  rangs  de  loges,  qui  était  pour  le 
premier  d'environ  8,5oo  pieds  carrés  ;  pour  le  deuxième  de  16,200; 
pour  le  troisième  de  i4,6oo;  et  pour  le  quatrième  de  5, 800,  on  peut 
évaluer  ce  que  chacun  devait  contenir  de  spectateurs,  suivant  qu'ils 
y  étaient  debout  ou  assis,  en  leur  assignant  l'espace  nécessaire 
dans  ces  difTérens  cas.  L'étage  supérieur  était-il  terminé  par  des  por- 
tiques où  les  femmes  pussent  se  trouver  à  couvert?  Rien  ne  l'indique 
encore. 

Excepté  quelques  fragmens  de  corniches,  on  ne  voit  point  dans 
les  ruines  de  gros  matériaux.  La  régularité  de  petites  pierres  de 
trois  ou  quatre  pouces  d'épaisseur  employées  à  cette  maçonnerie 
prouve  qu'elle  avait  été  faite  avec  le  plus  grand  soin.  Il  est  à  croire 
que  de  grandes  dalles  servaient  de  recouvrement  à  tous  les  murs 
concentriques  pour  en  empêcher  la  trop  grande  dégradation  ;  et  que 
les  escaliers  qui  conduisaient  aux  différens  étages  ,  mais  dont  aucun 
n'a  été  encore  découvert ,  étaient  également  en  giandes  pierres , 
probablement  enlevées  pour  des  constructions  modernes. 

Si  ce  théâtre  avait  été  construit  pour  les  habitans  d'une  ville  qui 
devait  être  considérable,  si  l'on  en  croit  la  tiadilion,  et  si  l'on  en  juge 
par  les  découvertes  antérieures  à  celles  dont  nous  nous  occupons , 
ainsi  que  par  les  ruines  éparses  dans  la  plaine  située  entre  le  théâtre 
et  la  rivière,  pourquoi  n'y  trouve-ton  pas  ces  matériaux  de  forte  di- 
mension qui  pouvaient  assurer  la  durée  de  cet  édifice?  Si  ce  monu- 
ment n'avait  été  élevé  qu'à  la  hâte  pour  occuper  des  troupes  en  sta- 
tion sur  ce  point,  dans  l'intervalle  des  opérations  militaires,  et  pour  le 
mieux  disposer  à  de  nouvelles  entreprises ,  en  leur  donnant  la  repré- 
sentation de  beaux  faits  d'armes  ,  pourquoi  l'aurait-on  décoré  de  ces 
corniches  et  de  ces  divers  ornemens  dont  il  se  trouve  des  fragmens  ? 
Combien  de  questions  on  pourrait  faire  sur  la  destination  des  diverses 


218  EUIlOrE. 

parties  de  ce  monumcnl,  qui  fournit  un  vaste  champ  aux  conjec- 
tures, et  attend  encore  les  explications  des  savans. 

Antiquités.  —  Un  autel  antique  a  été  découvert ,  dans  le  mois  de 
mai  dernier,  à  deux  lieues  de  Besançon ,  sur  le  bord  de  la  route  de 
Dôle.  11  était  debout,  engagé  en  entier  dans  la  route,  élevée  en  cet 
endroit  de  deux  ou  trois  mètres  au-dessus  des  champs.  La  carte  de 
Cassini  indique  qu'il  passait  en  cet  endroit  une  voie  romaine  ,  sur 
laquelle  la  route  actuelle  est  en  partie  établie. 

Malgré  les  soins  que  l'on  a  pris ,  l'autel  s'est  brisé  en  le  sortant  de 
terre.  La  personne  de  qui  nous  tenons  ces  détails  en  a  recueilli  les 
débris.  Voici  l'inscription  gravée  sur  une  des  faces  : 


MA.  TRA. 

BVS. 

SA 

CRVM. 

OXIA. 

MES. 

SOPI. 

V.  S. 

Q- 

M. 

Cette  dédicace  aux  déesses  mères,  mairabus ,  rend  ce  monument 
assez  remarquable. Gruttus,  dans  son  grand  ouvrage,  n'en  cite  que  deux 
ou.  trois  semblables.  On  trouve  dans  Dunod(Tom.  II  de  son  Histoire 
de  l'église  de  Besançon  )  une  petite  inscription  avec  matrahiis  pour 
matribus.  11  est  aisé  de  voir  que  cet  autel  est  l'ouvrage  d'un  ouvrier 
aussi  ignorant  que  peu  habile;  les  lettres  sont  d'un  travail  grossier, 
et  des  points  après  chaque  syllabe  du  mot  mairabus  en  feraient 
trois  au  lieu  d'un.  C'est  encore  à  l'ignorance  de  cet  ouvrier  que  l'on 
peut  attribuer  et  la  suppression  de  la  lettre  D  ou  des  lettres  DD  , 
abréviatrices  de  Deabus  ,  qui  devraient  commencer  l'inscription  ,  et 
le  changement  de  L  en  Q  dans  cette  formule  finale  V.  S.  L.  M. 
(  votum  soluit  labens  mérita  ) ,  qu'on  voit  sur  ces  sortes  de  monu- 
mens. 

Les  champs  cnvironnans  sont  couverts  de  débris  de  tuiles  ro- 
maines ;  on  y  avait  trouvé,  il  y  a  quelques  années,  beaucoup  de 
médailles,  depuis  le  Ilaul-Empire  jusqu'aux  Constantins  ;  une  petite 
meule  antique  conique;  dos  fragmens  d'autres  meubles,  de  vases 
et  de  petits  ustensiles  qui  ont  été  recueillis  par  la  personne 
qui  possède  l'autel.  Tout  récemment  encore  ,  à  loo  mèlics  de  dis- 


EUROPE.  219 

tance  de  ce  monument ,  on  a  trouvé  une  médaille  de  Trajan  en  ar- 
gent, parfaitement  conservée  ,  mais  commune,  et  un  poids  en  plomb 
très-Dxidé ,  ayant  la  forme  d'un  cylindre  qui  aurait  pour  base  deux 
droites  parallèles ,  terminées  par  deux  portions  de  cercles  ;  il  a  six 
pouces  de  long,  trois  de  large,  deux  trois  quarts  de  hauteur;  ses  angles 
sont  arrondis  ;  il  est  garni  d'un  anneau  et  d'une  boucle  en  fer;  il 
pèse  un  peu  moins  de  8  kilogrammes. 

SOCIÉTÉS   SAVANTES    ET   d'uTILITÉ    PUBLIQUE. 

CoBSE.  —  Bastia.  —  Société  d'instruction  publique  de  la  Corse  ; 
séante  à  Bastia.  —  Sujets  de  discours  proposés  :  i»  Des  avantages 
qu'on  peut  retirer  du  département  de  la  Corse ,  eu  égard  à  sa  posi- 
tion ,  à  son  sol ,  à  son  climat  et  à  ses  productions.  (  Prix ,  une  mé- 
daille d'or  de  ooo  fr.  )  ;  2°  Éloge  de  Pascal  Paoli.  (  Prix  ,  une  mé- 
daille d'or  de  200  fr.)  Les  ouvrages  devront  être  parvenus  à  la  société, 
avant  le  i"mai  1S22. 

Metz  (Moselle). — Société  des  lettres  ,  sciences  et  arts. — Prix  pro- 
posés pour  1822. — 1°  Pour  le  perfectionnement  des  machines  souf- 
flantes.—  On  sait  de  quelle  importance  sont  pour  les  arts  métallur- 
giques les  machines  qui  servent  à  alimenter  d'air  les  fourneaux ,  les 
forges  ,  et  quelquefois  aussi  à  renouveler  celui  des  mines  vicié  par 
les  gaz  délétères.  Ces  machines  se  subdivisent  en  plusieurs  espèces, 
mais  dans  toutes  on  distingue  deux  parties  essentielles  :  la  machine 
soujfflante  proprement  dite,  et  \eporte-vent.  L'expérience  a  depuis 
long-tems  appris  que,  pour  une  force  motrice  quelconque,  il 
existe  une  certaine  distance  ,  assez  rapprochée ,  au-delà  de  laquelle 
l'air  ne  peut  plus  se  transmettre  au  moyen  des  porte-vents  géné- 
ralement en  usage  ;  mais  il  ne  paraît  pas  que  l'on  ait  encore  bien 
approfondi  les  causes  de  ce  singulier  phénomène ,  ni  qu'on  ait  pro- 
posé des  dispositions  où  l'inconvénient  eût  été  évité  au  moins  en 
partie.  On  a  même  assez  généralement  accordé  fort  peu  d'influence 
à  la  manière  dont  les  porte-vents  peuvent  être  adaptés  à  la  machine. 
Cependant  une  expérience  faite  par  l'un  des  membres  de  la  société 
semble  prouver  que  cette  partie  est  susceptible  de  quelque  perfec- 
tionnement. Voici  cette  expérience  :  «  L'orifice  ou  buse  d'une  ma- 
chine soufflante  étant  placé  à  une  certaine  distance  de  celui  du 
porte-vent,  on  obtient  un  courant  d'air  beaucoup  plus  fort  que 
dans  le  cas  où  le  porte-vent  est  immédiatement  appliqué  à  la 
machine  ,  ainsi  que  cela  se  pratique  d'ordinaire.  »  Ou  sait  que  l'effet 


220  EUROPE. 

est  dû  à  plusieurs  causes,  telles  que  la  toianiuuicatioa  latérale,  U 
suppression  du  vide  à  l'endroit  de  la  buse  ,  etc. ,  causes  qui  tiennent 
pour  la  plupart  à  la  nature  élastique  du  fluide  en  mouvement  et  de 
celui  dans  lequel  tout  le  système  est  plongé.  La  société  voulant  en- 
courager les  arts  qui  tiennent  particulièrement  aux  besoins  de  la 
vie,  propose  un  prix  de  la  somme  de  5oo  Ir.  à  l'auteur  du  meil- 
leur mémoire  sur  la  question  suivante  :  «  Quels  sont  les  changemens 
à  appcrler  aux  porle-i.-ents  des  machines  soufflantes,  pour  y  mettre 
à  profit  soit  les  perfectionnemens  qui  viennent  d'être  indiqués,  soil 
toutes  les  autres  espèces  de  perfectionnemens  dont  pourraient  être 
susceptibles  les  procédés  jusqu'ici  en  usage  pour  transmettre  l'air 
à  des  distances  plus  ou  moins  considérables? 

Il  est  à  désirer  que  le  mémoire  contienne  une  explication  phy- 
sique des  divers  phénomènes  que  présentent  les  couraus  d'air  dans 
les  porte-vents,  et  qu'il  fasse  connaître  aussi,  d'après  des  expé- 
riences faites  ,  autant  qu'il  sera  possible  ,  en  grand,  le  rapport  néces- 
saire à  établir  entre  les  diamètres  des  orifices  de  la  buse  du  porte- 
vent  ,  et  la  quantité  de  leur  écartemcnt,  afin  d'obtenir  un  maximum 
d'effet  pour  une  distance  et  une  force  motrice  donnée ,  c'est-à-dire 
la  plus  grande  quantité  d'air  possible  dans  le  même  intervalle  de 
tems. 

2"  Pour  la  propagation  de  la  langue  française  dans  les  parties 
allemandes  du  déparlement  de  la  Moselle. -D^^ns  un  espace  d'assez 
peu  d'étendue  ,  le  département  de  la  Moselle  présente  deux  peuples 
séparés  et  par  leurs  mœurs  et  par  leur  idiome.  La  société  ,  pénétrée 
de  l'importance  qu'il  y  aurait  pour  ce  pays  d'opérer  une  fusion  entre 
la  partie  allemande  et  la  partie  française  du  département ,  et  de 
détruire  la  barrière  que  la  différence  de  langage  élève  entre  les 
enfans  d'une  même  patrie  ,  met  au  concours  la  question  suivante  : 
.  Quels  seraient  ks  moyens  à  employer  peur  généraliser  le  plus 
promptenient  l'usage  de  la  langue  française  dans  les  parties  du  dé- 
parlement de  la  Moselle  où  la  langue  allemande  est  seule  em- 
ployée? »  —  Le  prix  est  de  i5o  fr. 

La  société  décernera,  s'il  y  a  lieu,  ces  deux  prix  dans  sa  séance 
générale  d'avril  1822.  Les  mémoires  devront  être  adressés,  avant 
le  1"  janvier  1822,  à  M.  Herpin  ,  secrétaire  de  la  société,  à  Metz. 

Naktbs  {Seine -inférieure).  Société  académique,  séance  du  \"  fé- 
vrier 1821  ,  préiidéepar  M.  Teboyer,—U.  Thomas  BoUey  Grattan  a 


EUROPE.  221 

fait  remettre  à  la  société  un  exemplaire  de  son  poème  intitulé  Phi- 
libert. {FqyezT.  X,p.  i5o).  Voici  le  compte  qui  en  a  été  rendu 
par  M.  de  Tollenare ,  secrétaire  général  : 

«  S'il  ne  nous  appartient  pas  de  prononcer  sur  le  mérite  littéraire 
de  l'auteur,  puisque  son  ouvrage  est  écrit  en  anglais  ,  du  moins  pou- 
vons-nous apprécier  ses  intentions.  Le  poète  ne  fait  résonner  sa  lyre 
que  pour  célébrer  notre  belle  France. 

«  Les  aventures  de  Philibert  de  Valombar  et  d'Isabelle  sont  suppo- 
sées avoir  eu  lieu  vers  les  tems  malheureux  du  règne  de  Charles  VI, 
et  sont  imitées  de  celles  de  Martin  Guerre,  qui,  à  une  époque  plus 
rapprochée,  faillit  être  victime  d'une  célèbre  imposture.  Il  s'y  trouve 
des  citations  très-dramatiques.  Le  choix  de  l'époque  pouvait  effarou- 
cher la  délicatesse  française;  mais  l'auteur  a  évité  avec  une  touchante 
discrétion  tout  ce  qui  pourrait  offenser  nos  affections  nationales.  S'il 
s'est  placé  au  milieu  de  nos  troubles  civils  ,  dans  le  quatorzième 
siècle ,  c'est  pour  se  rapprocher  des  tems  chevaleresques ,  de  ceux 
de  nos  Dugucscîin  et  de  nos  Clisson,  dont  le  souvenir  glorieux  était 
alors,  comme  aujourd'hui,  dans  tous  les  esprits;  c'est  pour  se  rap- 
peler qu'un  capitaine  anglais ,  capitulant  dans  une  place  forte  ,  vient 
en  déposer  les  clefs  sur  le  cercueil  de  notre  illustre  compatriote,  qui 
avait  perdu  la  vie  en  l'assiégeant.  Aucun  mouvement  de  vanité  offen- 
sante ne  se  fait  remarquer  dans  tout  le  cours  du  poème.  Loin  de  là  , 
c'est  dans  nos  archives  les  plus  héroïques,  dans  la  Gaule  poétique , 
dans  Saintc-Palaye,  Dclarocque,  dans  nos  propres  historiens,  que  l'au- 
teur va  puiser  ses  inspirations:  aussi  l'ouvrage  est-il  tout-à-fait  fran- 
çais.  Les  exploits  de  nos  preux  ,  les  ballades  et  les  lays  de  nos  trou- 
badours ,  nos  mœurs  féodales,  nos  cours  d'amour,  nos  usages  pieux, 
galans  ou  bizarres,  fournissent  à  l'auteur  les  pluscharmans  tableaux.» 

PARIS. 

Ikstitkt.  — Académie  des  sciences.  —  Juin  1821. — Séance  du  4. 

Au  nom  d'une  commission,  M.  Arago  lit  un  rapport  sur  un  mémoire 
de  M.  Fresnel ,  relatif  à  la  polarisation  de  la  lumière.  Quelques  ré- 
clamations s'étant  élevées,  l'académie  ajourne  la  discussion. — M.  Blan- 
chard ,  de  Falaise ,  envoie  un  manuscrit  intitulé  :  Précis  de  la  philo- 
Sophie  nouvelle.  — M.  Vène  lit  un  mémoire  sur  les  gazomètres  de  pe- 
tites dimensions.  (Commissaires,  MM.  Girard  et  Ampère.) 

— Du  1 1. — Au  nom  d'une  commission  ,  IVI.  Thénard  lit  un  rapport 


222  EUROl'E. 

sur  un  mtmoiie  de  M.  Chevreul,  concernant  l'aclion  des  alcalis  sur 
les  corps  gras.  «  Ce  dernier  mémoire,  dit  le  rapporteur  en  terminant, 
mérite  les  éloges  que  nous  avons  dû  donner  à  ceux  qui  le  précèdent, 
et  nous  en  réclamons  également  l'impression  dans  les  mémoires  des 
savans étrangers.»  L'académie  approuve  le  rapport  elles  conclusions- 
^^  Cauchy  Ut  un  rapport  sur  le  compas  perfectionné  et  le  calcu- 
lateur de  M.  Laur.  «  La  levée  d'un  plan,  dit  M.  Cauchy,  exige  en 
général  trois  espèces  d'opérations  ;  savoir  :  des  mesures  d'angles ,  de 
mesures  de  distances  et  des  réductions  de  distances  inclinées  ,  en 
raison  de  la  pente.  AL  Laur  exécute  ces  trois  espèces  d'opérations  à 
l'aide  de  l'instrument  qu'il  nomme  le  compas  perfectionné.  C'est  ef- 
fectivement un  grand  compas  de  bois,  dont  les  deux  branches  recti- 
lignes  sont  assemblées  à  charnière  ;  lorsque  l'angle  qu'elles  forment 
entre  elles  est  de  loo  degrés,  la  distance  entre  leurs  extrémités  est  de 
2  mètres  exactement.  Ce  compas  est  tellement  construit ,  qu'on  peut 
ajuster  à  la  tète  un  cercle  en  cuivre  qui  fait  l'office  de  graphomètre  , 
et  porte  une  lunette  mobile.  Enûn ,  l'une  des  branches  du  compas 
porte  une  échelle  de  pente  construite  de  manière  que ,  l'inclinaison 
d'une  ligne  étant  donnée,  on  reconnaît,  à  la  seule  inspection,  la  diffé- 
rence de  cette  ligne  à  sa  projection  horizontale.  ». 

Le  calculateur  de  ISL  Laure  consiste  en  une  plaque  de  corne  rectan- 
gulaire ,  sur  laquelle  on  a  tracé  des  courbes  qui  ont  pour  objet  de 
mesurer  la  superficie  d'un  terrain  dont  on  a  le  plan. 

«  En  résumé,  nous  pensons,  ajoute  M.  le  rapporteur,  que  les  in- 
ventions de  M.  Laur  sont  d'ingénieuses  applications  de  moyens  déjà 
connus.  Elles  facilitent  les  opérations  trigonométriques  qui  embrassent 
un  terrain  peu  considérable.  Dans  le  même  cas,  elles  diminuent  no- 
tablement les  dépenses  et  permettent  à  un  seul  ingénieur  de  lever 
un  plan  sans  autre  secours  que  celui  de  deux  mires  verticales  et  du 
compas  perfectionné,  et  sans  endommager  aucunement  les  propriétés 
qu'il  est  obligé  de  parcourir.  L'académie  approuve  ces  inventions,  et 
donne  à  l'auteur  les  encouragemens  qu'il  mérite.  »  — M.  Biot  lit  un 
mémoire  relatif  aux  objections  qui  ont  été  faites  à  sa  théorie  de  la 
polarisation  mobile,  dans  la  séance 'précédente.  M.  Arago  répond  à 
plusieurs  aiticles  de  ce  mémoire  ,  et  reproduit ,  avec  quelques  mo- 
difications ,  des  conclusions  que  l'académie  approuve.  Le  mémoire 
de  M.  Fresnel  sera  imprimé  avec  ceux  des  savans  étrangers. 

2),n8.— M.  Kater.de  Londres,  écrit  pour  détromper  les  membres 


EUllOPt,  223 

de  l'académie  qui  l'ont  supposé  auteur  du  Commeutaire  sur  la  mèca  - 
nique  céleste  de  M.  Laplacc  :  cet  ouvrage  est  du  docteur  Youug.— 
M.  Dupin  rend  un  compte  verbal  de  l'ouvrage  de  M.  Knoutes  sur  la 
carie  sèche  ou  le  dry-rooc,  si  dangereuse  pour  les  vaisseaux. — M.  Am- 
père lit  un  mémoire  sur  quelques  nouvelles  propriétés  des  axes  prin- 
cipaux des  corps. — M.  Biot  lit  un  mémoire  sur  la  mesure  dupendule 
en  Angleterre  et  dans  les  îles  Shetland. — La  section  de  médecine  est 
invitée  à  présenter  une  liste  des  candidats  pour  la  place  de  corres- 
pondant ,  vacante  par  la  mort  de  M.  Gregory. — MM.  Biot  et  Mathieu 
sont  nommés  commissaires  pour  examiner  un  nouvel  instrument  pré- 
sente par  M.  Mongi ,  capitaine  d'artillerie. 

— Du  25. — M.  Geoffroy-Sain t-Hilaire  lit  un  mémoire  intitulé  :  De 
l'existence  de  tout  un  appareil  dentaire  chez  les  oiseaux ,  et  nommé- 
ment de  la  forme  et  de  l'arrangement  des  dents  chez  les  perroquets. — 
M.  Girard  lit  un  mémoire  sur  les  canaux  de  navigation,  sous  le  rap- 
port de  la  chute  et  de  la  distribution  de  leurs  écluses. — M.  Féburier 
réclame  contre  des  assertions  contenues  dans  le  dernier  mémoire  de 
M,  Dupetithouars;  sa  lettre  est  renvoyée  à  la  section  de  botanique. 
— M.  Pelletan  fils  présente  à  l'académie  un  œil  de  baleine  qui  lui  a 
été  adressé  par  M.  Ransone  ,  chirurgien  de  Manchester,  et  oii  se 
voient  les  muscles  particuliers  qui  ont  été  observés  dans  cet  œil  par 
l'anatomiste  anglais.  M — t. 

Académie  française. — Séance  du  o  juillet. — M.  Lémontey  lit  des 
notices  sur  le  cardinal  de  Retz  et  sur  madame  de  Longuei.-ille. 
M,  le  duc  de  Levis,  trois  actes  de  sa  tragédie  de  la  Mort  iV Henri IT^, 
composée  en  1812. 

—  Séance  publique   du    28    juin    1821  ,   pour  la    réception    de 

M.  ViLLEMAIN. 

On  a  entendu  successivement  le  discours  de  réception  de  M.  Vil- 
lemain;  la  réponse  de  M.  Roger,  directeur;  un  épisode  du  poème 
inédit  de  La  Grèce  sauuée ,  par  feu  M.  de  Fontanes  {Eschjle  au 
tombeau  d'Homère). 

Tous  les  journaux  ont  rendu  compte  de  cette  séance  remar- 
quable par  l'afïluence  extraordinaire  qu'elle  avait  attirée,  et  par 
l'empressement  qu'avaient  mis  à  s'y  rendre  une  brillante  société  et 
quelques  grands  personnages.  On  devait  y  parler  de  M.  de  Fontanes 
^\x\  fut  long-tems  compté  parmi  eux  ,  qui  appartient  sous  plusieurs 


an  ELiROP£. 

rapports  à  l'histoire  contemporaine,  et  l'un  des  hommes  qui,  dans 
les  diverses  fortunes  de  la  France ,  a  le  plus  constamment  conservé 
nn  des  premiers  rangs  dans  l'état.  Le  jeune  récipiendaire  lui  devait 
en  grande  partie  ses  succès,  parce  qu'il  avait  reçu  de  lui  ses  premiers 
encouragemens ,  et  rien  n'est  plus  propre  à  développer  le  talent  que 
le  sentiment  d'une  vive  reconnaissance.  M.  Villemain  a  montré 
beaucoup  de  l'un  et  de  l'autre  ;  mais  celle-ci  paraît  l'avoir  trop  sé- 
duit, et  nous  sommes  bien  éloignés  d'y  trouver  le  motif  d'un  re- 
proche ,  quoique  nous  ne  pensions  pas  que  son  éloge  de  M.  de 
Fontanes  en  soit  à  beaucoup  près  l'histoire  véritable;  mais  cet  éloge 
restera  toujours  comme  un  nouveau  titre  de  l'orateur  à  l'estime 
qu'on  accorde  au  talent  qui  puise  ses  inspirations  dans  les  plus  hono- 
rables sentimens.  M.  Roger  a  encore  parlé  de  M.  de  Fontanes,  après 
M.  Villemain  ;  il  a  raconté  des  anecdotes ,  sans  avoir  la  prétention 
d'être  ni  historien,  ni  impartial,  ni  vraisemblablement  de  donner  des 
préceptes  à  ceux  qui  veulent  écrire  l'histoire.  Le  fragment  en  vers, 
tiré  du  poème  inédit  de  M.  de  Fontanes ,  a  paru  froid  et  d'un  mé- 
diocre intérêt.  Le  sujet  de  la  Grèce  sauvée  exciterait  aujourd'hui 
plus  d'enthousiasme ,  et  déjà  M.  Viennet  a  commencé ,  dans  une 
première  épître  aux  monarques  européens,  à  le  traiter  avec  succès 
(vqy.  ci-dessus,  Tom.  X,  pag.  644).  C. 

Académie  des  isscbiptioks  et  belles-lettres.  —  M.  Chanipollion  le 
jeune  a  présenté  à  cette  académie  une  partie  de  son  travail  sur  les 
écritures  égyptiennes ,  destiné  à  faire  suite  aux  deux  premiers  vo- 
lumes, déjà  publiés ,  de  son  ouvrage  qui  a  pour  titre  :  l'Egypte  sous 
les  fharaons ,  etc. ,  ou  Recherches  sur  la  géographie ,  la  religion  , 
la  langue ,  les  caractères  et  V histoire  de  l' -Egypte  ,  avant  rinimsion 
de  Camhyse  ;  2  vol.  in-8"> ,  chez  Debure ,  libraire.  Cette  partie  est  re- 
lative aux  manuscrits  égyptiens  tracés  en  écriture  hiératique.  Pour 
faire  connaître  à  nos  lecteurs  en  quoi  consiste  l'importante  décou- 
verte exposée  dans  ce  travail ,  nous  allons  extraire  de  l'explication 
des  planches ,  présentée  à  l'académie  ,  le  passage  suivant  qui  en  con- 
tient l'énoncé. 

«  Les  manuscrits  égyptiens,  qu'un  heureux  hasard  a  fait  retrouver 
dans  les  hypogées  de  Thèbes  et  de  Memphis,  sont  écrits  sur  toile  ou 
sur  papyrus,  soit  avec  le  roseau  ,  soit  avec  le  pinceau.  Ces  volumes, 
d'une  antiquité  bien  plus  reculée  que  ceux  d'Hercuîanum  et  que 
tous  les  manuscrits  connus,  sont  de  deux  espèces.  • 


EUROPE.  5J5 

.  Les  uns ,  et  les  plus  rares ,  sont  couverts  de  signes  offrant  dt-s 
images  plus  ou  moins  exactes  d'objets  naturels  :  des  quadrupèdes 
des  oiseaux,  l'homme  et  ses  parties  diverses  y  paraissent  groupés 
avec  des  objets  d'art  ou  des  figures  géométriques.  Ces  signes  furent 
appelés  hiéroglyphes ,  et  l'espèce  d'écriture  dont  ils  sont  les  élémens 
constitutifs  porta,  chez  les  anciens,  le  nom  d'écriture  hiéroglyphique. 
Les  modernes  ont  généralement  adopté  ces  dénominations.  Les 
signes  hiéroglyphiques  étaient  disposés  en  colonnes  perpendiculaires 
du  haut  en  bas  de  la  page ,  ou  en  lignes  horizontales  de  gauche  à 
droite  ,  et  plus  souvent  encore  de  droite  à  gauche.  . 

•  Les  signes  de  la  seconde  espèce  de  manuscrits  égyptiens  affectent 
au  contraire  une  disposition  constante  ;  ils  sont  tracés  de  droite  à 
gauche ,  en  lignes  toujours  horizontales.  Ces  signes  consistent  en 
traits  variés,  enlacés  les  uns  dans  les  autres,  d'un  aspect  bizarre  et 
formés  de  lignes  droites  ou  de  courbes.  • 

«  Ces  manuscrits  ont  de  bonne  heure  attiré  l'attention  des  savans, 
Rigord,  Montfaucon,  le  comte  de  Caylus  ,  l'abbé  Barthélémy, 
Zoega,  M,  de  Humboldt  et  les  membres  de  la  commission  d'igypte, 
ayant  reconnu  que  l'écriture  de  ces  rouleaux  différait  essentiellement 
de  V hiéroglyphique,  la  considérèrent,  les  uns  comme  étant  l'écri- 
ture égyptienne  hiératique,  les  autres  comme  l'écriture  épistolcrra- 
phique  ou  populaire,  mentionnées  par  les  auteurs  grecs  ;  mais  tous 
s'accordent  sur  ce  point  important ,  que  l'écrilure  de  ces  manuscrits 
égyptiens  est  alphabétique,  c'est-à-dire  qu'elle  se  compose  de  signes 
destinés  à  rappeler  les  sons  de  la  langue  parlée.  > 

•  Une  longue  étude  ,  et  surtout  une  comparaison  attentive  des 
textes  hiéroglyphiques  avec  ceux  de  la  seconde  espèce  regardés 
comme  alphabétiques,  nous  ont  conduits  à  une  conclusion  contraire.» 

«  Il  résulte  en  effet  de  nos  rapprochemens  : 

1°  Que  l'écriture  des  manuscrits  égyptiens  de  la  seconde  espèce 
jiest  point  alphabétique  ^ 

2°  Que  ce  second  système  n'est  qu'une  simple  modification  du 
système  hiéroglyphique  et  n'en  diffère  uniquement  que  p'ar  la 
forme  des  signes; 

S»  Que  cette  seconde  espèce  d'écriture  est  l'hiératique  des  auteurs 
grecs  et  doit  être  regardée  comme  une  tachygraphie  hiérogly- 
phique-, 

4°  Enfin,  que  les  caractères  hiératiques  sont  des  signes  de  choses. 
et  non  des  signes  de  sons.  » 

TOMB   XI.  J5 


226  EUROPE. 

Comme  complément  de  ce  travail  sur  l'écriture  hiéraùque , 
M.  Champollion  le  jeune  a  cherché  les  signes  numériques  de  celte 
espèce  d'écriture.  Ce  n'est  pas  sans  quelque  surprise  qu'il  a  reconnu 
des  cyffres  ayant  les  mêmes  formes  que  les  chiffres  hindoux  et 
arabes,  et  devant  avoir  comme  eux  une  valeur  de  position.  On  se 
rappelle  d'ailleurs  le  travail  de  M.  Jomard  sur  les  chiffres  hiérogly- 
phiques, inséré  dans  notre  recueU.  Son  mémoire  a  jeté  les  premières 
lumières  sur  les  signes  numériques  hiéroglyphiques,  comme  celu. 
de  M.  Champollion  l'a  fait  sur  les  signes  hiératiques. 

Nous  reviendrons  sur  le  travail  de  M.  Champollion  .  lors  qu'il  aura 

reçu  plus  de  publicité. 
iLasoc^éiédepAarmacze  de  Pari,  a  proposé  pour  premier pr.x  : 

10  De  déterminer  quelle  est  la  manière  d'agir  du  charbon  dans  la 
décoloration,  et  par  conséquent  quels  sont  les  changemens  qu'il 
éprouve  dans  sa  composition  pendant  sa  réaction  ; 

\o   De  rechercher  quelle   est  l'influence  exercée  dans  cette  même 
opération  par  les  substances  étrangères  que  le  charbon  peut  contenir; 

30  Enfin,  de  s'assurer  si  l'état  physique  du  charbon  animal  n'est 
pas  une  des  causes  essentielles  de  son  action  plus  marquée  sur  les 
substances  colorantes.  ,     ^       e 

Ce  premier  prix  sera  une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  600  fr. 
Un  deuxième  prix ,  de  la  valeur  de  5oo  fr. ,  sera  décerné  à  l'auteur 
da  la  meUleure  analyse  végétale.  La  Société  désirerait  que  le  sujet 
de  l'analyse  fût  une  substance  médicamenteuse,  ou  au  moms  une 
substance  très-employée  dans  les  arts  ,  afin  qu'il  résultât  un  avan- 
tage plus  marqué  de  son  examen. 

Le  terme  du  concours  est  rigoureusement  fixé  au    1"  avril  .8^2. 
Les  mémoires  devront  être  adressés  à  M.  Robiquet ,  secrétaire  gé- 
néral de  la  Société  ,  rue  de  la  Monnaie  ,  n»  9. 

msmrenaturelle.-Botanique.-W  est  arrivé  de  Chandernagor 
à  Bordeaux,  pour  des  maisons  de  commerce ,  une  plante  célèbre  en 
Asie  sous  le  nom  de  Chirayita,  et  envoyée  sous  celui  AcClureita 
Ce  végétal ,  d'après  une  notice  de  M.  le  docteur  Virey  (  Journal  de 
pharmacie,mai  18a. ),paraît  devoir  entrerdans  l'usage  de  la  médecine 
française  :  son  amertume  est  très-forte,  sa  vertu  fébnfage  très-re- 
nommée  ,  et  il  peut  être  prescrit  ♦■n  Europe  contre  la  goutte  et 
l'inertie  des  organes  digestifs.  Il  n'y  a  point  encore  de  description 


EUROPE.  227 

botanique  complète  de  cette  plante.  M.  P^irey  ,  d'après  des  restes 
de  ileurs  et  de  fructincation  adhérens  aux  échantillons  qui  lui  ont 
été  remis  et  d'après  quelques  détails  de  Roxburgh  dans  les  transac- 
tions de  la  Société  du  Bengale  (  Asiatic  Researches,  etc.  Calcutta, 
i8io  )  ,  la  considère  comme  une  Gentiane  ,  et  l'appelle  Gentiana 
chirqyila. 

Agriculture.— Action  des  os  employés  comme  engrais.  —  On 
sait  généralement  que  les  os  peuvent  servir  d'engrais  ;  mais  nous 
croyons  que  M.  D'Arcet  est  le  premier  qui  ait  rendu  compte  de 
leur  action  dans  ce  cas.  Voici  l'extrait  d'une  note  de  cet  habile  chi- 
miste, publiée  t.  XVI,  p.  36i  des  Annales  de  chimie  et  dephysique. 
«  J'ai  vu  souvent  un  tas  considérable  d'os  exposés  à  l'air  ,  dans  le 
voisinage  d'une  fabrique  de  soude  factice,  se  couvrir,  toutes  les  fois 
que  les  vapeurs  acides  étaient  portées  de  son  côté  ,  d'un  nuage  blanc 
très-épais,  formé  de  sels  ammoniacaux  en  vapeurs  ou  suspendus  dans 
l'air.  Ayant  souvent  essayé  des  os  soumis  à  l'influence  de  l'air,  je  les 
ai  toujours  trouvés  légèrement  alcalins,  et  donnant,  avec  l'pau  dis- 
tillée ,  un  eau  de  lavage  contenant  de  la  matière  animale  en  disso- 
lution. J'ai  exposé  des  os  sur  un  pré  pendant  un  an  ,  ils  étaient  de- 
venus blancs  ;  toute  la  graisse  qu'ils  cootenaient  s'était  infiltrée  de 
proche  en  proche  ,  et  avait  été  absorbée  par  le  soi  ou  décomposée  : 
ces  os  n'avaient  perdu  que  2   pour  100  de  gélatine  environ. 

«  Je  pense  ,  d'après  ce  qui  précède,  que  lorsqu'on  emploie  les  os 
comme  engrais  ,  la  graisse  qu'ils  contiennent,  liquéfiée  par  la  chaleur 
du  soleil ,  est  en  partie  absorbée  par  la  terre  ;  que  les  os,  ainsi  dé- 
graissés mécaniquement,  deviennent  plus  facilement  attaquables 
par  l'action  combinée  de  l'air  et  de  l'eau  ;  qu'alors  les  réactions  chi- 
miques ont  lieu  ;  qu'une  partie  de  la  graisse  et  de  la  gélatine  conte- 
nues dans  les  os  se  convertit  en  ammoniaque  ;  que  cette  ammo- 
niaque saponifie  une  partie  de  la  gélatine  ,  la  rend  soluble  dans  l'eau 
de  pluie,  qui,  entraînant  cette  espèce  de  savon,  le  répand  sur  la 
terre,  où  il  agit  comme  engrais.  Les  mêmes  causes  ramènent  les 
mêmes  effets ,  tant  qu'il  reste  de  la  graisse  et  de  la  gélatine  dans 
les  os.  Mais  cette  action  devient  d'autant  plus  lente ,  qu'elle  a  lieu 
sur  des  os  plus  compacts,  plus  épais  ou  plus  vieux  :  c'est  parce  que 
les  os  n'éprouvent  ainsi  qu'une  décomposition  presque  insensible  , 
et  parce  qu'ils  contiennent ,  terme  moyen  ,  près  de  4o  pour  100  de 
matière  animale  ,  qu'ils  forment  un  engrais  si  durable  ,  et  dont  les 

15* 


2Î8  EUROPE. 

effets  sont  si  sùrs  tt  si  constans.  C'est  probablement  ainsi  qu'agis- 
sent une  foule  d'autres  engrais  ,tels  que  la  corne,  les  poils ,  les  vieux 
cuirs  ,  les  débris  d'animaux  ,  etc.  J'ai  mis ,  il  y  a  huit  mois  ,  au  pied 
d'un  oranger,  200  grammes  de  corne  en  petits  morceaux  ;  je  suivrai 
d'année  en  année  l'altération  de  cette  substance  animale  ,  et  je 
verrai  de  cette  manière  si  mon  idée  est  juste  ou  s'il  faut  la  rectifier,  » 

Économie.  —  Marasquin  mahaleh.  —  On  n'avait  pas  encore 
tiré  parti  du  fruit  de  l'arbre  de  Sainte-Lucie  (  Prunus  mahaleb  , 
Lin.  )  M.  Cadet  de  Vaux  a  reconnu  qu'elle  fermente  et  qu'elle  four- 
nit par  la  distillation  un  alcohol  prussique  ;  mais  la  mettant  d'abord 
infuser  dans  reau-de-vie,on  obtient  par  la  distillation  au  bain-marie, 
une  liqueur  qui,  sucrée  convenablement  ,  est  comparable  au  meil- 
leur marasquin  d'Italie.  Il  est  nécessaire  d'écraser  les  fruits  et  leurs 
noyaux  avant  de  les  mettre  infuser  dans  l'eau-de-vie.  Il  faut  aussi 
ramener  la  liqueur  à  21  degrés  avant  de  la  sucrer  ;  on  ajoute  alors 
367  grammes  (  1  a  onces  )  de  sucre  par  litre. 

Géographie. — Cartes  en  relief. — Réclamalion. —  «  Il  est  fait  men- 
tion (^Tom.  IX,  p.  585  de  la  Revue) ,  des  cartes  géographiques  exé- 
cutées en  relief  et  présentées  au  roi  de  Prusse,  par  un  artiste  prus- 
sien. L'intérêt  que  prend  la  Revue  à  tout  ce  qui  peut  con- 
tribuer à  la  gloire  des  Français,  comme  à  la  propagation  des  con- 
naissances utiles ,  me  fait  un  devoir  de  revendiquer,  au  nom  d'un  de 
nos  concitoyens,  l'honneur  de  la  priorité  dans  l'exécution  d'une 
semblable  entreprise  ;  priorité  qui ,  d'après  le  contexte  de  l'article  , 
semblerait  appartenir  à  l'artiste  étranger.  » 

M.  P.  Lartigue ,  ingénieur  hydrographe  de  la  marine ,  s'est 
adonné  depuis  très-long-tems  à  ce  genre  de  travail ,  et  l'on  peut  dire 
qu'i)  est  parvenu  à  atteindre  toute  la  perfection  désirable.  Dès 
l'année  1777,  M.  Lartigue  avait  eu  l'honneur  de  présenter  à 
Louis  XVI  un  globe  exécuté  en  relief,  du  diamètre  de  dix- 
huit  pouces.  Sur  ce  globe ,  les  grandes  chaînes  de  montagnes  sont 
parfaitement  indiquées,  et  le  cours  des  fleuves  très-bien  suivi. 
Louis  XVI ,  juste  appréciateur  des  sciences  géographiques ,  comme 
l'annonce  d'ailleurs  assez  les  belles  instructions  données  et  écrites 
de  sa  propre  main  à  M.  de  la  Peyrouse,  daigna  faire  transmettre  à 
l'auteur,  par  AI.  de  Sartines,  alors  ministre  de  la  marine,  les  paroles 
les  plus  obligeantes  et  les  plus  Qattcuseï ,  en  l'assurant  désormais 
de  sa  bienveillante  protection. 


EUROPE.  229 

Depuis  1780,  M.  Lartigue  eut  le  courage  d'exécuter,  d'abord  en 
cire  ,  puis  en  plâtre  et  à  l'échelle  de  dix-huit  lignes  au  degré,  une 
carte  de  France  en  relief,  avec  tous  ses  détails.  Chaque  bassin  de 
rivières  y  est  bien  distinct  ;  les  montagnes,  formant  des  chaînes  con- 
tinues ou  des  pics  séparés,  y  sont  tracées  avec  une  précision  rigou- 
reuse ,  elles  «'élèvent  ou  s'abaissent  graduellement  suivant  leur 
hauteur  naturelle  ;  c'est  ainsi  que  sont  figurées  les  Alpes,  où  l'on 
aperçoit  les  diverses  sommités  du  Mont-Blanc  et  des  autres  parties 
de  la  chaîne,  les  Pyrénées,  les  Cévennes,  les  Vosges  et  les  mon- 
tagnes-de  la  Forêt  -  Noire  ,  avec  toutes  leurs  ramifications.  Les  hau- 
teurs sous-marines  elles-mêmes ,  le  long  des  eûtes  de  France ,  ne 
sont  pas  marquées  avec  moins  de  soin.  De  semblables  et  de  si  péni- 
bles travaux  méritaient  assurément  d'attirer  l'attention  du  gou- 
vernement. Aussi,  à  l'exposition  publique  de  1806,  M.  Lartigue 
éprouva-t-il  une  satisfaction  bien  douce  ;  le  jury  d'exposition  lui 
décerna  à  l'unanimité  une  médaille  d'or.  A  peu  près  vers  le  même 
tems,  on  faisait  à  l'académie  des  sciences  un  rapport  extrêmement 
favorable  sur  ces  travaux.  Les  objets  exposés  au  musJe,  à  cette 
époque,  étaient:  i»  Un  tableau  du  Golfe  du  Mexique,  exécuté  en 
relief,  à  l'échelle  d'un  pouce  environ  au  degré  (ce  tableau  est  ren- 
fermé dans  un  cadre  de  deux  pieds  dix  pouces  de  large  sur  un  pied 
onze  pouces  de  haut);  2.»  un  tableau  de  Varchipel  de  la  Médiiei- 
ranée,  à  l'échelle  d'environ  deux  pouces  au  degré  (renfermé  dans  ua 
cadre  d'un  demi-pied  de  largeur,  et  de  deux  pieds  de  haut);  3»  un 
tableau  de  V Europe,  également  en  relief,  sur  le  diamètre  d'un  globe 
de  dix  huit  pouces;  4°  enfin  ,  un  tableau  coulé  en  étain  à'nne jjarti^ 
du  Golfe  du  Mexique,  depuis  la  baie  de  Honduras  jusqu'à  l'isthme 
de  Panama  ,  sur  la  même  échelle  que  le  grand  tableau  du  Golfe  du 
3Iexique.  L'auteur  s'est  livré  à  d'autres  travaux  du  même  genre  , 
qui  n'ont  point  encore  été  vus  du  public.  De  belles  cartes  (toujours 
en  relief)  représentent  V Amérique  septentrionale ,  l'Italie  et  la  mer 
Méditerranée-  i  cette  dernière  surtout  est  d'une  assez  grande  dimen- 
sion. Voulant  éviter  les  inconvéniens  qui  résultent  de  l'emploi  du 
plâtre,  il  a  cherché  à  y  suppléer  par  l'usage  du  carton;  il  a  fait  ea 
ce  genre  quelques  essais.  A  tous  les  suffrages  honorables  déjà  cités,  je 
dois  ajouter  celui  du  Roi ,  à  qui  tous  ces  objets  furent  présentés 
en  i8i4»  et  qui  applaudit  au  zèle  et  à  la  persévérance  de  M.  Lar- 
tigue.  C'est   là   assurément   pour  lui    une   bien  douce  rétompens* 


230  EUROPE. 

des  peines  qu'il  s'est  données  et  des  soins  qu'il  a  pris  pour  faire  des 
découvertes ,  dont  il  lui  serait  bien  pénible  de  voir  l'honneur  acquis 
à  un  étranger.  Son  regret  est  de  n'avoir  pu  trouver  de  moyens  assez 
peu  dispendieux  pour  rendre ,  à  l'aide  de  son  procédé ,  l'étude  de 
la  géographie  et  plus  facile  et  plus  commune.  Alex.  B.  du  B. 

Institution   de  M.    Morin.    —  Enseignement   du    latin  par  la 
méthode  de  M.  J.  J-  Ordinaire. 

En  annonçant  (  t.  X.  p.   aSô  )  que  plusieurs  institutions  de  Paris 
venaient  d'adopter  ,  pour  l'enseignement  du  latin  ,  la  méthode  de 
M.  J.  J.  Obdinaike  ,  recteur  de  l'académie  de  Besançon ,  nous  nous 
sommes  engagés  à  faire  connaître  leurs  travaux  et  leurs  succès.  Nous 
avons  assisté  aux  exercices  qui  ont  eu  lieu  ,  le  jeudi  19  juillet ,  dans 
le  bel  établissement  de  M.  Morin,  rue  Louis-le-Grand ,   le  seul  où 
M.  Ordinaire  dirige  lui-même  l'application  de  sa  méthode.  Voici  les 
résultats  qui  avaient  été  obtenus  à  cette  époque  :  La  classe  de  M.  Mo- 
rin a  été  ouverte  au  commencement  du  mois  de  juin  dernier.  Dans 
le  courant  de  la    première    semaine   ,   quatre  groupes  ,    composés 
chacun  de   sept  ou  huit  élèves  ,  se  sont  formés  successivement  et 
ont  été  exercés  par  les  procédés  de  la  nouvelle  méthode.  Ainsi  ,  le 
piemier   groupe ,    c'est-à-dire  celui   des  élèves  les    plus  avancés  , 
n'existait ,  le  19  juillet,  que  depuis  six  semaines,  desquelles  on  doit 
retrancher  les  dimanches  et  fêtes ,  ce  qui  réduit  à  trente-cinq  le  nom- 
bre des  jours  consacrés  au  travail.  Dans  ce  court  espace  de  tems,  les 
enfans  du   premier  cercle  ,  qui  avant  ne    savaient   pas  un   mot   de 
latin,  ont  appris  :  i"  les  vingt-six'tableaux  des  déclinaisons  latines  ré- 
gulières et  irrégulières  ,  de  manière  à  en  reproduire  imperturbable- 
ment les  cas  isolés  ou  réunis ,  dans  quelque  ordre  qu'on  les  leur  de- 
mande ;  2"  les  signiGcations  d'un  millier  de  substantifs  latins  ,  c'est- 
à  dire  de  tous  ceux  qui  se  trouvent  dans  le  texte  de  VEpitome  his- 
toriée sacrœ.    Ils  reproduisaient  non  seulement  la  signification  fran- 
çaise qui  se   rapporte  à  chacun  de  ces  mots ,    mais  encore  le  mot 
latin   lui-même   sur  chacune  des  significations  françaises,  en   ajou- 
tant à  chacun  des  mille  radicaux  latins  la  désinence  caractéristique 
dans  l'un  des  deux    nombres   du  cas  régulier  ou  irrégulier  ,  qui  leur 
était  arbitrairement  désigné.  5°  Ces  enfans  connaissaient  de  la  même 
manière  plus  de  deux  cents  adjectifs  latins,  desquels  ils  retranchaient 
la    désinence   adjcctiue  pour  y  substituer  à  volonté  la  terminaison 
suèslaniipe , lorsque  ces  adjectifs  étaient  formés  d'un  substantif,  ou 


EUROPE.  2S1 

te  terminaison  adverbiale ,  lorsque  ces  attributifs    étaient  suscep- 
tibles  de  la  recevoir. 

Les  enfans  des  cercles  inférieurs  suivaient  de  près  ceux  du  groupe 
dont  nous  venons  de  faire  connaître  les  travaux.  Tous  répondaient 
avec  facilité  aux  questions  qu'on  leur  adressait  sur  le  radical  et  la 
désinence  ,  sur  la  formation  des  cas  ,  sur  les  genres  et  les  nombres  , 
sur  la  valeur  de  l'accentuation  latine  ,  sur  l'orthographe  des  deux 
langues ,   etc.  etc. 

Nous  avons  remarqué,  parmi  ces  élèves,  cette  émulation  et  ce 
contentement  que  l'ancienne  méthode  avait  fait  regarder  comme 
incompatibles  avec  l'étude  des  langues  mortes.  L'ardeur  de  ces  en - 
fans  est  telle  ,  qu'on  est  obligé  de  la  modérer  ;  et  il  est  hors  de 
doute  qu'après  quatre  mois  de  travail ,  ils  seront  en  état  d'ex- 
pliquer VEpitome  historiée  sacrœ  ,  résultat  auquel  M.  Ordinaire  ne 
croyait  arriver  qu'en  huit  mois. 

Il  n'est  pas  un  père  de  famille  ,  pas  un  membre  de  l'université 
qui ,  après  avoir  assisté  aux  exercices  de  cette  école,  n'ait  joint  ses  vifs 
remercîmens  à  ceux  que  la  Société  pour  l'instruction  élémentaire  a 
votés  unanimement,  dans  sa  dernière  séance  publique,  au  respectable 
recteur  de  Besançon.  Nous  devons  nous  féliciter  d'avoir  donné  les 
premiers  une  analyse  de  son  excellente  Méthode  pour  l'enseignement 
des  langues  (  T.  VIII,  p.  554)  (0.  «»  «"^tout  de  voiries  succès  qu'elle 
obtient  aujourd'hui  surpasser  encore  ceux  que  nous  avions  prédits. 

Commerce.  —  Maison    de    banque     de   consignations    commer- 
ciales. —  L'industrie  et   le  commerce    français    demandaient  une 
institution  qui  eût  pour  objet  principal  de  faciliter  et  d'accélérer 
l'exécution  des  conceptions  utiles,  les  spéculations ,  les  échanges, 
notamment  des  matières  premières  ;  enfin,  de  modérer  les  intérêts  et 
les  frais  des  avances  sur  consignation.  M.  Pincepré,  après  vingt  ans 
de  travaux  honorables   chez  MM.  Lafitte  et  compagnie ,  et  chez  le 
chef  primitif  de  cette  respectable   maison,   vient  4e  fonder  cette 
institution    en  société   en  commandite  ,  sur  un  fonds    capital  de  4 
millions  ,  se  composant  de  4,ooo  actions  ,  sous  le  titre  de  Maison 
de  banque  de  consignations  commerciales,  et  sous  la  raison  Pince- 
pré  et  compagnie  ,  à  Paris ,  rue  du  Faubourg-Saint-Martin ,  n»  Sg  , 
et  à  la  ViUette,  Grande-Rue  ,  n°  loo;  le  prospectus  et  les  statuts  de 
cette  Société   nous  ont  été  adressés.  En  voici  un  extrait  : 


(0  Paris.  Colas ,  imprimeui-librairc  ,  rue  Dauphine 


2iZ  EUROPE. 

«  Ouvrir  un  entrepôt  général  de  marchandises  ,  les  affectera  une 
râleur  invariable  par  leur  estimation  que  garantit  un  expert  respon- 
sable ,  mettre  cette  valeur  en  circulation  sous  la  forme  d'effets  de 
commerce  ;  tel  est  le  mode  aussi  simple  que  neuf  qui  réalisera  le 
▼œu  formé  pour  la  création  de  ce  "^rand  établissement  ,  en  mon- 
noyant ,  pour  ainsi  dire ,  les  produits  industriels  et  les  marchandises. 
Par  cette  centralisation  et  cette  combinaison  ,  le  manufacturier  et 
le  commerçant  obtiendront  sur-le-champ  ,  de  cette  maison  ,  le  crédit 
le  plus  élevé,  le  plus  disponible  qu'ils  puissent  retirer  par  la  voie 
de  consignation  ;  des  occasions  de  ventes  particulières  ou  périodi- 
ques qui  se  succéderont  avec  rapidité  ;  de  l'économie  et  de  la  mo- 
dération dans  les  intérêts,  et  l'invariabilité  des  frais.  Le  consigna- 
teur  ne  sera  plus  intempestivement  dépossédé  de  sa  marchandise  ; 
les  chances  d'une  vente  opportune  ne  lui  seront  point  ravies  ;  il 
n'aura  plus  à  redouter  de  stagnation  d'écoulement  ,  ni  d'incertitude 
sur  les  renouvellemens  d'échéances ,  la  compagnie  pouvant  les  lui 
accorder  indéfiniment.  Avec  le  moyen  de  conversion  de  la  marchan- 
dise en  une  valeur  de  change  qui  la  frappe  d'un  privilège  spécial , 
(  art.  93  du  Code  de  commerce),  le  négociant  peut  multiplier  ses 
opérations  lointaines  ou  sur  place  ;  le  manufacturier,  ses  fabrications 
bien  avant  l'époque  des  saisons  ;  tous ,  des  escomptes  facilement 
réalisables,  non  seulement  à  la  Banque  de  France  {  dépositaire  d'un 
million  que  lui  versera  ,  dans  cette  vue,  la  Maison  de  banque  com- 
merciale) ,  mais  encore  en  tous  lieux,  parce  que  cette  valeur  est  le 
signe  représentatif  d'un  objet  inaltérable  ,  son  estimation  garantie , 
et  que  l'assurance  faite  contre  l'incendie  aux  frais  de  la  Société  ,  le 
transforme  en  une  sorte  de  lingot.  » 

Ce  nouvel  établissement  compte  déjà  au  nombre  de  ses  action- 
naires, des  capitalistes,  des  banquiers  et  des  négocians  expéri- 
mentés ;  il  paraît  susceptible  d'un  grand  développement  ,  et  doit 
fixer  l'attention  du  monde  commercial ,  par  l'essor  qu'il  peut  don- 
ner à  ses  combinaisons  ,  et  par  les  heureux  résultats  qu'on  doit 
attendre  de  la  loyauté  et  de  la  sagesse  des  opérations  de  son  chef, 
élève  de  l'une  des  plus  respectables  maisons  de  l'Europe. 

L'Histoire  du  droit  romain,  suiuie  de  l  Histoire  de  Cuj as ^  par 
M.  Beniat  Saint-Prix  ,  annoncée  dans  notre  T.  X,  pag.  419 ,  va  être 
traduite  en  allemand.  C'est  une  puissante  et  honorable  recommanda- 
tion en  faveur  de  cet  ouvrage. 


EUROPE.  253 

Bibliolhèque  du  Roi,-  On  trouve  dans  notre  cahier  de  juin  (T.  X, 
p.  65o  )  une  annonce  relative  à  la  magnifique  édition  de  la  version 
italienne  de  V Enéide  d'Annibal  Caro ,  exécutée  à  Rome ,  aux  frais 
de  madame  la  duchesse  de  Devonshire.  Nous  apprenons  aujourd'hui 
que  cette  duchesse  a  fait  présent  d'un  exemplaire  de  ce  bel  ouvrage 
à  la  Bibliothèque  du  Roi  à  Paris. 

Publications  «oovelles.  —  Histoire  naturelle. —  On  s'occupe  en  ce 
moment  de  la  publication  d'un  Dictionnaire  classique  d'histoire 
naturelle. 

La  rédaction  de  cet  important  ouvrage  est  confiée  à  MM.  Victor 
Audoin  ,  Adolphe  Brogniart ,  Edwarts,  d'Audebard ,  de  Ferussac, 
Drapiez,  Léon  Dufour,  Flourens,  Jussieu  fils  ,  Kunth  ,  Lamouroux  , 
Thiébaud  de  Berneaud ,  Lucas  ,  Achille  Richard ,  Serre  et  Borry  de 
Saint  Vincent.  —  MM.  deHumboldt ,  Arago  ,  de  Lacépède,  de  Can- 
dole  ,  Geoffroy  de  Saint-Hilaire  ,  Latreille  et  Beudant  ont  bien  voulu 
se  charger  de  la  rédaction  d'articles  généraux. 

M.  Borry  de  Saint  Vincent  est  chargé  de  la  direction  de  l'entre- 
prise. L'ouvrage  sera  composé  de  dix  volumes  in-S"  :  7  fr.  le  vol.  pour 
les  souscripteurs;  8  fr.  pour  les  non-souscripteurs.  La  souscription 
sera  fermée  le  premier  novembre  ,  jour  de  la  mise  en  vente  du  pre- 
mier volume  ;  tous  les  deux  mois ,  il  paraîtra  exactement  un  nouveau 
tome. 

L'atlas,  joint  au  texte  ,  sera  composé  de  100  planches  qui  paraî- 
tront en  lolivraisons.  Prix:  3  fr.  Soc.  chaque. 

On  souscrit  chez  Rey  et  Gravier,  libraires  éditeurs,  quai  des  Au- 
gustins ,  n"  55  ;  Baudouin  frères ,  libraires ,  rue  de  Vaugirard ,  n"  56  : 
Corréard ,  libraire  ,  au  Palais-Royal. 

—  Projet  d'un  Dictionnaire  des  sciences  morales  et  politiques. — 
Une  partie  des  rédacteurs  de  la  Reu-ue  encyclopédique,  auxquels  sont 
convenus  de  s'associer  d'autres  collaborateurs,  également  recomman- 
dables  par  leurs  connaissances,  leurs  talens  et  leur  caractère,  vont 
préparer  de  concert  un  ouvrage  qui  pourra  devenir  classique ,  et  qui 
parait  devoir  satisfaire  à  l'un  des  besoins  de  notre  époque.  C'est  un 
Dictionnaire  historique  et  raisonné  des  sciences  morales  etpolitiques, 
qui  sera  un  répertoire  et  un  dépôt  des  faits  les  plus  importans  ,  rela- 
tifs &  ces  sciences  qui  exercent  une  si  puissante  influence  sur  le  bien- 
être  de»  particuliers  et  sur  la  propriété  des  états.  Le  plan  ,  à  la  fois 


23A  EUROPE. 

simple,  vaste  cl  uiélhodique  de  ce  Dictionnaire  ,  doit  comprendre 
cinq  grandes  divisions  : 

I.  Idéologie  et  Physiologie  intellectuelle,  étude  de  l'homme  phy- 
sique et  de  riionnue  moral ,  auquel  se  rapportent  les  sciences  et  les 
institutions  sociales.  11  faut  étahlir  sa  base,  rechercher  de  bonne  foi 
la  nature  et  les  besoins  de  l'homme ,  d'où  l'on  déduit  la  nécessité  de 
la  morale ,  des  sciences  et  des  institutions  qui  en  découlent. 

II.  Éducation,  morale  religieuse  ,  et  philosophie  rationnelle. — 
Après  avoir  examiné  et  apprécié  la  nature  et  les  besoins  de  l'homme 
individu  et  de  l'espèce  humaine,  on  doit  traiter  de  l'éducation  ou  de 
la  culture  et  du  développement  des  facultés  humaines  dans  l'individu 
et  dans  l'espèce  ;  puis  ,  de  la  morale  appuyée  sur  la  religion  et  sur  la 
philosophie  ,  ou  de  la  connaissance  des  devoirs  qui  règlent  nos 
actions. 

III.  Législation  et  politique  générale.  —  Nous  avons  appris  à  con- 
naître l'homme  par  1'/ JéoZojq-fe  combinée  avec  Isl  physiologie  ;  puisa 
l'élever  ,  à  le  former  et  à  le  perfectionner,  par  l'éducation,  la  religion 
et  lamorale;  nous  sommes  naturellement  conduits  à  la  législation  et 
à  la  politique  générale ,  ou  à  la  science  des  commandemens  humains, 
des  droits  et  des  devoirs  ,  appliques  aux  divers  états  de  l'homme  en 
société. 

IV.  Economie  politique ,  statistique  et  administration  publique.— 
Les  sociétés  humaines  sont  instituées.  ïu'économie  publique  doit  nous 
révéler  les  secrets  de  leur  puissance,  de  leur  force  et  de  leur  prospé- 
rité ,  ou  nous  expliquer  la  nature  et  les  causes  de  la  richesse  des  na- 
tions ,  les  lois  de  la  production  ,  de  la  répartition ,  de  la  circulation 
et  de  la  consommation  des  richesses. 

V.  Géographie  cifile et  politique ,  et  Histoire.  —  Enfin,  quand 
nous  avons  étudié  l'origine  ,  les  causes  et  les  progrès  de  la  civilisation, 
qui  a  son  premier  germe  dans  la  nature  perfectible  de  l'homme,  et 
ses  trois  principaux  moyens  dans  Véducaiion ,  aidée  de  la  religion 
et  de  la  morale;  dans  la  légitlation  et  àaas  Y  économie  publique, 
nous  arrivons  à  la  géographie ,  à  la  chronologie  etàl'/iis/oire,  quinous 
donnent  la  triple  connaissance  des  lieux,  des  tems  et  des  faits,  con- 
sidérés par  rapport  à  la  morale  et  .i  la  politique  :  nous  rapprochons  et 
nous  comparons  les  différens  jieuples,  aux  différentes  époques  de 
leur  existence ,  pour  nous  rendre  compte  du  point  d'où  ils  sont  partis, 


ELllOPE.  23S 

de  celui  où  ils  sont  arrivés  ,  des  traits  caractéristiques  qui  distin- 
guent leur  état  social  actuel ,  et  pour  indiquer  peut-être  le  point  plus 
avancé  où  l'on  est  fondé  à  présumer  qu'ils  pourront  atteindre... 

Ce  n'est  point  ici  un  ouvrage  systématique,  ni  un  recueil  destiné  à 
faire  prévaloir  telle  ou  telle  doctrine.  C'est  un  dépôt  de  faits  ;  c'est 
un  inventaire  des  sciences  qui  intéressent  le  plus  l'homme  en  société; 
c'est  un  monument  consacré ,  comme  le  veut  Bacon ,  à  la  dignité  et 
à  l'utilité  de  l'homme  et  de  l'espèce  humaine.  Beaucoup  d'hommes  de 
mérite  qui  n'ont  pas  le  loisir  de  faire  de  longs  ouvrages,  mais  qui  pos- 
sèdent à  fond  un  sujet  sur  lequel  ils  ont  concentré  leur  attention  , 
ont  bien  voulu  promettre  d'enrichir  ce  Dictionnaire,  en  y  déposant 
les  résultats  de  leurs  méditations  et  de  leur  expérience.  — Le  pros- 
pectus de  cet  important  ouvrage ,  qui  comprendra  lés  noms  de  ses 
principaux  rédacteurs,  devant  (*tre  publié  dans  le  courant  du  mois 
prochain,  nous  nous  empresserons  de  le  communiquer  à  nos  lecteurs, 

M.  A.  J. 
— Biographie  Dauphinoise. —  De  toutes  nos  anciennes  provinces, 
le  Dauphiné  est ,  sans  contredit ,  une  de  celles  qui  ont  produit  le 
plus  de  magistrats  recommandables,  de  guerriers  illustres  ,  d'ingé- 
nieux et  de  savans  écrivains ,  de  jurisconsultes  profonds  ;  la  patrie  des 
Lesdiguières,  des  Bajard,  des  Condorcel,  des  Mablj',  des  Seruan  , 
offre  de  précieux  souvenirs  aux  amis  des  lettres  et  de  la  vertu ,  et 
aux  admirateurs  de  la  gloire  des  armes.  Nous  pensons  qu'on  doit 
accueillir  avec  bienveillance  l'ouvrage  dont  nous  annonçons  la  très- 
prochaine  publication ,  et  qui  se  composera  de  notices  historiques 
sur  les  hommes  les  plus  remarquables  par  leurs  vertus,  leurs  ta- 
lens,  leur  courage  ou  leur  industrie ,  qui  sont  nés  ou  qui  ont  figuré 
dans  le  Dauphiné ,  depuis  sa  réunion  à  la  France  jusqu'en  1821. 
Cette  Biographie  formera  un  volume  d'environ  quatre  cents  pages 
in-8"  ,  sur  beau  papier  vélin ,  et  avec  des  caractères  sortis  des  ma- 
trices de  Firmin  Didot.  Il  sera  accompagné  de  dix  portraits  dessinés 
par  M.  Jacquemain,  et  lithographies  chez  M.  Marc-Aurel,  éditeur 
de  cet  ouvrage ,  et  chez  lequel  on  souscrit ,  à  Valence.  Prix  ,  6  fr. 
M.  Eymery,  libraire ,  à  Paris  ,  est  aussi  chargé  de  recevoir  des  sous- 
criptions jusqu'au  5o  août  prochain. 

— Philologie.  — Nouveau  dictionnaire  général  commun  à  toutes 
les  langues.  —  L'auteur  des  Observations  sur  les  inconuéniens  du. 
système  actuel  d'instruction  publique  en  Europe  et  surtout  en 
France ,  et  sur  les  mojens  d'y  remédier  (brochure  dont  nous  avons 


ÎS6  EUROPE. 

rendu  compte  dans  notre  cahier  d'avril,  Toni.  X,  pag.  124),  dési- 
rant faciliter  les  moyens  de  mettre  en  pratique  le  nouveau  mode 
d'instruction  qu'il  propose  dans  la  troisième  partie  de  son  ouvrage  , 
a  conçu  le  plan  d'un  nouveau  dictionnaire  général  commun  à  toutes 
les  langues,  à  l'aide  duquel  il  serait  facile  d'apprendre  avec  méthode 
et  eu  très-peu  de  tems  les  langues  des  peuples  civilisés. 

Voici  les  principes  sur  lesquels  M.  Pottier  base  son  ouvrage ,  qui 
doit  paraître  sous  ce  titre  :  Hssai  sur  les  principes  généraux  de  la 
philosophie  du  langage,  ou  Analyse  raisonnée  de  la  marche  pro- 
bable de  l'esprit  humain  dans  la  formation  de  la  ualeur  des  signes, 
cuivrage  pouvant  seruir  de  tjype  à  la  rédaction  des  dictionnaires  des 
différentes  langues. 

Les  langues,  considérées  dans  la  valeur  des  mots^  ne  présentent 
qu'une  réunion  de  signes  destinés  à  exprimer  des  idées.  Les  idées 
sont  ou  directes  ou  réfléchies.  Les  idées  directes  sont  le  résultat  des 
impressions  que  les  objets  extérieurs  produisent  sur  les  sens.  Les 
idéîs  réfléchies  sont  l'aperçu  des  divers  rapports ,  sous  lesquels  l'es- 
prit peut  considérer  les  idées  directes  ou  les  objets  qui  les  occa- 
sionnent. Les  objets  extérieurs  ,  principe  des  idées  directes ,  sont 
nécessairement  limités  quant  à  leur  nombre  ;  et  dans  l'état  actuel  de 
la  civilisation ,  où ,  par  des  échanges  et  des  communications  conti- 
nuelles ,  les  productions  propres  à  un  pays  ont  été  transportées  et 
souvent  même  naturalisées  dans  tous  les  autres,  ces  objets  sont,  à 
très-peu  de  chose  près  ,  les  mêmes  chez  tous  les  autres  peuples. 
Quoique  les  difTérens  rapports  sous  lesquels  on  peut  considérer  les 
objets  soient  infiniment  plus  nombreux  que  les  objets  eux-mêmes , 
cependant  le  nombre  de  ces  rapports  est  lui-même  restreint  dans  de 
certaines  bornes;  et,  grâce  au  bienfait  de  l'imprimerie,  les  réflexions 
de  tous  les  hommes  susceptibles  de  penser,  confiées  à  ce  véhicule  , 
ont  été  transmises  chez  tous  les  peuples  civilisés  et  sont  devenues  en 
quelque  sorte  un  domaine  commun. 

Dans  cet  état  de  choses,  l'on  est  autorisé  à  dire  que  la  somme  des 
idées  directes  et  desidées  réfléchies,  qui,  dans  les  différentes  langues, 
sont  exprimées  par  des  signes  divers,  est,  sous  un  petit  nombre 
d'exceptions,  absolument  la  même  chez  tous  les  peuples  parvenus 
aa  même  degré  de  civilisation  et  de  connaissances.  D'un  autre  côté, 
l'esprit  humain  ,  dont  jusqu'à  préseat  l'on  n'a  peut-être  pas  observé 
avec  assez  d'attention  la  marche  dans  la  formation  du  langage,  pro- 
cède  avec  une  régularité  et  une  méthode  qui  ont  déjà  été  reconnue» 


EUROPE.  237 

par  un  petit  nombre  de  bons  esprits,  et  ses  moyens  dans  tous  ses 
procédés  sont  l'analyse  et  la  synthèse.  Quoique  la  marche  de  l'esppït 
humain,  fondée  sur  l'analyse  et  la  synthèse,  soit  absolument  la  même 
dans  toutes  les  langues ,  les  points  de  départ  ou  les  idées-mères  ne 
sont  pas  les  m?mes  pour  toutes;  et  peut-être,  lorsque  cette  nouvelle 
méthode  d^envisager  les  valeurs  des  signes  sera  devenue  plus  fami- 
lière, sera-t-il  possible  de  classer  les  langues  par  systèmes.  M.  Pottier 
se  propose  de  développer  ces  idées  dans  les  observations  préli- 
minaires du  traité  général  des  prépositions. 

D'après  ces  faits ,  toutes  les  idées  sont  susceptibles  d'être  réparties 
par  familles  distinctes,  dans  lesquelles  une  idée-mère  donne  nais- 
sance à  un  nombre  plus  ou  moins  grand  d'idées  spéciales  et  secon- 
daires. M.  Pottier  a  essayé  de  former  un  tableau  pour  chaque  famille; 
et  ce  tableau,  rédigé  sur  les  meilleurs  dictionnaires  des  principales 
langues ,  a  pour  but  de  donner  la  valeur  de  tous  les  signes  qui,  dans 
les  différentes  langues  d'un  même  système,  servent  à  exprimer  les 
idées  appartenant  à  une  famille.  Chaque  valeur,  déterminée  par 
les  faits  et  par  le  raisonnement,  est  distinguée  par  un  signe  destiné  à 
Paccompagner  dans  le  dictionnaire  particulier  à  chaque  langue  et  à 
faciliter  le  recours  au  dictionnaire  général. 

Avant  de  publier  la  totalité  de  son  travail,  M.  Pottier  a  cru  devoir 
en  soumettre  un  essai  au  public.  Les  prépositions  sont  sans  contredit, 
de  toutes  les  parties  du  discours,  la  plus  abstraite,  la  plus  difficile  , 
la  plus  inconnue  jusqu'ici,  et  peut-être  cependant  la  plus  importante. 
Le  Traité  général  des  prépositions  pour  les  langues  qui  rassortent 
du  système  de  la  langue  latine  doit  paraître  dans  le  courant  d'oc- 
tobre prochain  ;  les  valeurs  propres  à  chaque  idée-mère  seront 
expliquées  et  développées  par  des  figures  de  géométrie.  L'auteur  doit 
y  joindre  le  Dictionnaire  particulier  des  prépositions  de  la  langue 
latine  et  de  la  langue  française.  Il  espère  pouvoir  en  rédiger  un 
semblable  pour  les  langue»  anglaise  ,  italienne  et  espagnole.  La 
langue  grecque  et  la  langue  allemande  forment,  du  moins  pour  les 
prépositions,  un  système  tout  différent  de  celui  de  la  langue  latine.  Il  se 
propose  de  donner  successivement  les  autres  parties  du  discours.  Si  le 
travail  de  M.  Pottier  répond  aux  idées  qu'il  fait  concevoir,  l'on  ne 
peut  nier  que  son  dictionnaire  général  ne  rende  un  service  émi- 
nemment important  aux  lettres  et  à  l'instruction  publique. 

Beaux-arts,  —  Gravure.— Vl,     H.   Ch.    Muller  s'occupe  en    ce 


238  EUROPE. 

moment  de  graver  le  portrait  de  l'en  M.  Camille  Jordan  ,  membre 
de  la  chambre  des  députés,  d'après  un  tableau  très-ressemblant 
peint  par  mademoiselle  Godefroi  ,  sous  les  yeux  de  M.  Gi- 
rard. Cette  gravure,  exécutée  au  burin,  sera  d'une  dimen- 
sion de  7  pouces  et  demi  sur  6.  Prix,  pour  les  souscripteurs  ,  lo  fr. 
et  20  fr.  avant  la  lettre.  La  souscription  sera  fermée  le  3o  août 
prochain;  passé  ce  terme,  le  prix  sera  porté  à  12  fr.  et  24  fr.  avant  la 
lettre.  — Cette  gravure  paraîtra  dans  le  courant  du  mois  d'octobre 
prochain. 

On  souscrit  chez  l'auteur,  cloître  Saint-Benoît  ,  n»  1 ,  au  coin  de 
la  rue  des  Mathurins  ;  Benard ,  marchand  d'estampes,  boulevart 
des  Italiens;  Delaunay,  libraire,  Palais-Royal;  Eymery,  éditeur  des 
œuvres  de  Camille  Jordan,  rue  Mazarine  ;  et  chez  Treuttel  et 
W'ijrtz,  rue  de  Bourbon,  n»  17. 

THÉATaEs.—  Théâtre-Français.— La  Mère  riuale,  comédie  en  trois 
actes  et  en  vers  ,  par  M.  Casimir  Bonjour  (  4  juillet). — Cette  pièce  a 
obtenu  ,  à  la  première  représentation,  un  succès  qui  paraît  devoir  se 
soutenir.  C'est  à  tort  qu'on  a  reproché  à  l'auteur  d'avoir  mis  sur  la 
scène  un  caractère  dénué  de  vérité.  Il  ne  serait  malheureusement 
pas  impossible  de  trouver  une  mère  qui ,  tenant  sa  fille  dans  une 
espèce  d'exil  perpétuel ,  ne  l'a  vue  que  le  jour  de  sa  naissance  et  le 
jour  de  son  mariage.  L'auteur  a  réussi  à  rendre  la  comtesse  Dorval 
moins  odieuse  ,  en  fondant  sur  des  apparences  très-fortes  l'erreur  qui 
lui  fait  voir  une  rivale  dans  sa  fille  :  son  amour  qu'elle  croit  trahi  lui  fait 
prendre  en  haine  celle  que  sa  coquetterie  lui  avait  rendue  indifférente. 

Ce  n'est  pas  par  l'invention  que  M.  Bonjour  nous  semble  mériter 
les  éloges  qui  lui  ont  été  donnés  avec  justice.  Le  caractère  de  cette 
femme,  qui  est  à  la  fois  dame  de  charité  et  mauvaise  mère,  offre 
un  mélange  fait  avec  esprit  ,  des  caractères  de  la  Mère  jalouse  de 
Barthe ,  et  de  l'hypocrite  des  Deux  gendres.  Le  chevalier  Belcour 
est  plus  original  :  c'est  un  philosophe  de  salon ,  qui  rit  de  tout ,  et 
qui  prouve  son  amitié  par  des  épigrammes.  Cependant  il  nous  pa- 
raît manquer  de  vérité ,  lorsque ,  voulant  marier  Sophie  à  son  ami 
Germon ,  il  flétrit  en  quelque  sorte  dans  l'opinion  publique  la  com- 
tesse qu'il  doit  épouser ,  en  faisant  connaître  la  coupable  inimitié 
que  celle-ci  nourrit  contre  sa  fille.  La  pièce  est  sagement  conduite  ; 
mais  on  y  trouve  peu  de  situations  comiques.  Nous  louerons  avec 
moins  de  restrictions  le  style  qui,  selon  nous,  fait  le  principal  mé- 


EUROPE.  239 

rite  de  la  nouvelle  comédie  ,  et  que  nous  trouvons  ,  à  quelques  vers 
près  ,  élégant  sans  recherche,  et  spirituel  sans  alTectation.  Ce  coup 
d'essai  d'un  jeune  homme  est  fait  pour  donner  de  grandes  espé- 
rances. 

— Opéra-Comique. — Emma, ou  la  Promesse  imprudente,  opéra  en 
trois  actes,  paroles  de  M.  Planard,  musique  de  M.  AuberCj  juillet\  — 
Raymond,  riche  cultivateur  des  environs  de  Vienne,  a  deux  fils  : 
l'aîné  habite  la  ferme  avec  son  père;  l'ambition  a  décidé  Edmond 
le  plus  jeune  à  entrer  au  service.  Comme  il  aime  à  briller,  il  joue 
et  perd  l'argent  avec  lequel  il  devait,  suivant  l'usage  allemand, 
acheter  une  compagnie.  N'osant  avouer  sa  faute  à  son  père,  il  est  à 
Vienne  depuis  un  mois ,  sans  pouvoir  se  décider  à  retourner  à  la 
ferme.  Dans  ce  moment  critique ,  madame  Palmer  ,  riche  veuve  , 
qui  vient  de  se  brouiller  avec  un  baron  allemand,  dont  elle  recevait 
les  hommages,  offre  sa  main  à  Edmond.  La  vanité  et  le  besoin  d'ar- 
gent font  oublier  un  moment  à  celui-ci  qu'il  doit  épouser  Emma  , 
jeune  orpheline  recueillie  par  Raymond  ,  et  l'engagent  à  signer  une 
promesse  de  mariage  ,  que  la  prudente  veuve  exige  de  lui.  Il  se  dé- 
cide pourtant  à  se  présenter  chez  son  père  ,  et  arrive  au  moment  où 
l'on  va  marier  son  frère  avec  la  sœur  d'Emma.  Raymond  veut  célé- 
brer en  même  tems  la  noce  de  son  second  fi)s;  celui-ci  se  trouve 
alors  forcé  de  lui  avouer  ses  torts.  Sur  ces  entrefaites,  madame  Pal- 
mer  arrive  suivie  du  baron ,  qui  provoque  secrètement  en  duel  le 
jeune  oQlcier.  Edmond  a  retrouvé  toute  sa  passion  pour  la  jeune 
amie  de  son  enfance;  mais  il  craint,  en  l'épousant,  de  céder  aux 
menaces  du  baron ,  et  va  se  battre.  Emma ,  ignorant  le  courroux  de 
son  père  adoptif ,  prend  pour  sa  confidente  madame  Palmer,  qui  , 
revenue  à  de  plus  tendres  sentimens  pour  le  baron  blessé  par  son 
rival ,  charge  la  jeune  orpheline  de  remettre  à  Edmond  la  promesse 
de  mariage.  Tel  est  le  sujet  de  l'opéra  nouveau.  M.  Planard  a  fait 
de  nombreux  emprunts  à  Sédaine  ;  mais  il  a  choisi  avec  goût ,  et  sa 
pièce ,  disposée  avec  adresse  ,  offre  des  scènes  intéressantes  et  d'a- 
gréables détails.  La  musique  ,  qui  nous  a  paru  gracieuse  et  char- 
mante, a  beaucoup  contribué  au  succès. 


Néghologie. — Vanloo. — Carie  Vanloo  ,  dont  tous  les  amateurs 
connaissent  les  tableaux  de  neige,  est  mort,  au  commencement  de 
juillet,  à  l'âge  de  soixante-dix-neuf  ans ,  après  avoir  parcouru  avec 
honneur  sa  longue  carrièie. 


TABLE    DES    ARTICLES 

CONTENUS 

DANS    LE   TRENTE-UNIÈME   CAHIER, 

JUILLET  1821. 


I.    MÉMOIRES,  NOTICES  ET  MÉLANGES. 

j.     Notice  sur  les  chèvres  de  race  thibJtaine.  pag.       5 

3.     Biographie  de   Schakespeare.  /.  A-  Buchon.  i5 

3.  Notice  sur  les  sculptures  du  Parthenon.  P.  A,         29 

IL  ANALYSES  D'OUVRAGÉS. 

4.  Traité  complet  de  mécanique  appliquée  aux  arts ,   par 

M.  Borgnis.  Le  Normand.         4» 

5.  Observations  sur  plusieurs  points  iniportans  de  notre  légis- 

lation criminelle  ,  par  M.  Dupin ,  avocat.     Lanjuinais.         60 

6.  Premier  et  second  rapports  de  la  société  formée  à  New- 

Yorck ,  pour  prévenir  la  pauvreté. — Lafon  de  Ladéhat.         68 
-.     Histoire   d'Italie,  ancienne  et  moderne,  par  M.  Bossi. 

F.  SalJÎ.        76 

8.  Histoire   de   l'Assemblée  constituante ,   par   Lacretelle. 

A.  Mahul.         89 

9.  Histoire  de  la  vie  et  des  ouvrages  de  J.-J.  Rousseau ,  par 

M.  de  Musset,  JDepping.       lo» 

10.  Même  ouvrage.   {Autre  article.)  Léon  Thiessi.       m 

III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Annonces  de  1 1 1  ouvrages  ,  français  et  étrangers.  1 27 

IV.    NOUVELLES    SCIENTIFIQUES    ET   LITTÉRAIRES. 

Amérique. — États-Unis. — Philadelphie.  197 

AsiB. — Indes  Orientales. — Chine. — Calcutta. — Ile  de  Ceylan. 

Perse.  — Turquie  asiatique. — Iles  Philippines.  aoi 

Afhiqde. — Sierra-Leone.  20a 

Edeope.— Grande-Bretagne. —  Russie. — Suède.  — Danemarck. 
— Allemagne.  —  Italie.  —  Espagne.— Pays-Bas — France. — 
Paris.  ao4 


REVUE 

ENCYCLOPEDIQUE, 

ou 
ANALYSES  ET  ANNONCES  RAISONNÉES 

Des  productions  les  plus  remarquables  dans   la 
Littérature ,  les  Sciences  et  les   Arts. 

»V\VV\ViV\\»*VVVV**VVV^WV\VWWVVV4VfcV.«V-H»/W\1W,»^XVWV«V»»M\lW\VV\» 

f.  MÉMOIRES,  NOTICES, 

LETTRES    ET    MÉLANGES. 


OBSERVATIONS 

Sur  les  Revues  scientifiques  et  littéraires ,  anglaises. 

NoTJs  sommes  heureusement  arrivés  à  une  époque  où 
tout  ce  qui  peut  éclairer  la  marche  de  l'esprit  humain  et 
favoriser  les  progrès,  de  la  civilisation  est  recherché  avec 
avidité.  Comme  les  journaux  scientifiques,  philosophiques 
et  littéraires  sont  particulièrement  destinés  à  donner  une 
meilleure  direction  et  une  impulsion  plus  rapide  aux 
travaux  utiles  dans  tous  les  genres,  il  importe  d'examiner 
si  les  principaux  ouvrages  périodiques ,  qui  ont  cette  noble 
destination,  la  remplissent  avec  un  soin  religieux,  et  si, 
en  étalant,  aux  yeux  de  l'Europe  savante,  les  richesses 
littéraires  des  contrées  dont  elle  se  compose  ,  ils  les  appré- 
cient toujours  à  leur  juste  valeur. 

Tome  xi.    33^    Cahier.— Septembre    1821.       29 


A50  OBSERVATIONS 

11  faut  convenir  d'abord  qu'il  n'est  aucune  de  cesRei-'iies 
qui  ne  renferme,  presque  dans  chaque  cahier,  des  articles 
très-remarquables;  les  hommes  curieux  de  connaître  les 
progrès  des  lumières,  dans  les  différentes  parties  du 
monde,  ne  sauraient  lire  ces  recueils  avec  trop  d'attention. 
Parmi  ceux  qu'on  publie  en  Angleterre,  VEdimhurgh 
Rei'ieiv,  les  Quarterly  et  British  Heyiews ,  et  la  Literary 
Gazette,  tiennent  le  premier  rang. 

Le  plan  naturel  de  ces  Remues  est  l'examen  critique  des 
ouvrages  les  plus  intéressans  qui  paraissent  chez  les 
peuples  civilisés,  et  qui  méritent  d'appeler  l'attention,  soit 
par  le  sujet  qu'ils  traitent,  soit  par  les  vues  qu'ils  pré- 
sentent, soit  enfin  parce  qu'ils  signalent  des  erreurs  non 
encore  aperçues ,  et  des  vérités  que  l'ignorance  ou  le  pré- 
jugé avait  jusqu'alors  couvertes  d'un  voile.  Souvent  ce 
travail  est  confié,  en  Angleterre,  à  des  hommes  d'un  talent 
si  distingué ,  d'une  érudition  si  profonde  ,  que  les  extraits 
des  ouvrages  les  moins  susceptibles  d'intérêt  deviennent 
sous  leur  plume  des  dissertations  judicieuses  et  ins- 
tructives. 

Toutefois,  nous  craignons  que  la  plupart  des  lecteurs 
français  ,  qui  rechercheraient  les  Revues  Britanniques  sur 
la  foi  de  leur  réputation,  ne  soient  surpris,  peut-être 
même  indignés ,  à'y  trouver  des  censures  à  la  fois  amères 
et  partiales,  surtout  contre  les  productions  qui  ne  sont 
point  anglaises.  Une  fausse  direction,  donnée  à  ce  qu'ils, 
appellent  mal  à  propos  esprit  national,  les  rend  évidem- 
ment injustes.  Cette  disposition,  qui  dégénère  souvent  chez 
les  Anglais  en  esprit  de  parti,  intolérant  et  exclusif, 
obscurcit  le  jugement  des  hommes  les  plus  éclairés,  et_ 
leur  fait  envisager  les  objets  sous  le  point  de  vue  qui  flatte 
leur  passion.  Un  Anglais  trouve  que,  dans  sa  patrie,  tout 
est  le  mieux  possible;  il  est  intimement  persuadé  que  la. 


SUR  LES  REVUES  ANGLAISES.  A51 

nation  anglaise  est  supérieure  à  toutes  les  autres  nations 
non  seulement  sous  le  rapport  du  gouvernement,  des 
lois,  des  institutions,  des  mœurs,  du  commerce  et  de  la 
richesse,  mais  encore  sous  le  rapport  des  sciences,  des 
lettres  et  des  arts.  Cet  amour  de  la  patrie  est  un  sentiment 
si  noble,  qu'on  est  fâché  de  voir  sortir ^  d'une  source  aussi 
pure,  des  prétentions  injustes  et  ridicules;  mais  il  faut 
bien  avouer  que,  lorsque  le  sentiment  mal  entendu  de 
l'amour  du  pays  nous  rend  assez  injustes  pour  méconnaître 
ce  qu'il  y  a  de  bon  chez  les  étrangers,  pour  rabaisser  leur 
mérite  et  leur  gloire,  et  pour  caresser  un  puéril  orgueil, 
en  nous  donnant  à  nous-mêmes  la  palme  que  nous  leur 
ôtons,  il  cesse  d'être  honorable,  et  parait  devoir  nous  atti- 
rer plus  de  moquerie  que  d'admiration.  Ceux  qui  accordent 
le  plus  d'estime  aux  savantes  Rei-niefi  dont  nous  parlons , 
sont  particulièrement  choqués  d'y  trouver  aussi  souvent  des 
diatribes  injurieuses  contre  les  Français,  et  ils  ne  savent 
à  quoi  attribuer  tant  d'injustice  et  d'acrimonie.  Serait-ce 
une  suite  de  cette  ancienne  rivalité  de  force,  de  richesse, 
de  bravoure,  de  civilisation  et  d'industrie  entre  les  deux 
peuples  ?  Nou's  ne  pouvons  le  croire.  Des  sentimens  de 
jalousie  ne  peuvent  exister  sans  motifs,  et  les  auteurs  des 
articles  injurieux  que  nous  avons  en  vue  nous  assurent 
qu'ils  ne  trouvent  absolument  rien  en  France  qu'ils  puis- 
sent nous  envier.  Quoi  qu'il  en  soit,  l'iniquité  de  leurs 
jugemens  et  de  leurs  prétentions  n'en  est  pas  moins  dé- 
plorable. On  n'hésitera  pas  cependant  à  leur  pardonner, 
si  l'on  songe  combien  ces  petites  illusions  de  l'amour- 
propre,  et  ces  passions  qui  naissent  de  l'intérêt  personnel, 
ont  d'empire  sur  des  hommes  d'ailleurs  raisonnables  ;  et, 
dédaignant  les  faciles  représailles  que  nous  pourrions  exer- 
cer envers  des  censeurs  plus  chagrins  qu'irréprochables, 
nous  excuserons  chez  eux  celte  faibiesse. 

29* 


A52  OBSERVATIONS  SUR  LES  REVUES  ANGL. 

C'est  sans  doute  à  cette  réflexion  salutaire  et  toute  libé- 
rale, qu'il  faut  attribuer  le  silence  qu'ont  cru  devoir  garder, 
sur  les  articles  que  nous  venons  de  signaler  (i) ,  les  sayans 
distingués  dans  tous  les  genres,  que  possède  la  France. 
Ils  ont  pensé,  comme  nous,  que  notre  patrie  avait  d'autres 
ressources  que  la  récrimination  pour  répondre  aux  cen- 
sures de  ses  voisins.  Elle  y  répond  glorieusement,  selon 
nous,  lorsqu'elle  leur  présente  des  savans  et  des  littéra- 
teurs, qui  agrandissent  chaque  jour  la  réputation  non 
contestée  que  ses  grands  hommes  d'autrefois  lui  ont  ac- 
quise. 

Nous  revenons  donc  franchement  à  nos  éloges  des  Remues 
anglaises ,  et  naus  les  recommandons,  sans  craindre  qu'on 
nous  accuse  de  manquer  d'esprit  national.  Elles  sont  du 
plus  haut  intérêt ,  et  il  serait  malheureux  que  les  injustices 
que  nous  leur  reprochons  empêchassent  d'apprécier  ce 
qu'elles  contiennent  d'utile. 

Que  ceux  de  nos  jeunes  lecteurs,  et  ceux  de  nos  écri- 
vains, qu'irriteraient  ces  écarts  de  nos  voisins,  se  gardent 
donc  bien  de  les  relever.  Le  silence  est  plus  digne  du  ca- 
ractère français;  car,  pour  répondre ,  il  n'est  que  deux 
moyens:  i°  rendre  accusation  pour  accusation;  mais,  en 
prouvant  que  les  Anglais  ne  valent  pas  mieux  que  nous, 
nous  prouverions  fort  mal  que  nous  l'emportons  sur  eux; 
u°  les  réfuter,  en  nous  louant  nous-mêmes;  mais  ce  serait 
les  imiter,  et  nous  avons  déjà  remarqué  que  cet  excès 
d'amour-propre  pouvait  les  rendre  ridicules. 

Ainsi ,  lisons  leurs  bons  écrivains  ;  étudions  leurs  sages 
institutions;  louons  hautement  leurs  qualités  estimables; 
profitons  de  leurs  lumières;  applaudissons  à  leurs  progrès 


(i)  Edimburgh  Rei'iew ,   n*    64,    69,    etc.  Quarterlj  Reuiew , 
n  '»  45  et  49» 


SUR  LES  AVANT>GES  DE  L'INSTRUCTIOiS.  A5S 

dans  les  arts,  à  leur  zèle  pour  les  améliorations  socJales, 
à  leur  désir  d'introduire  la  civilisation  chez  les  peuples 
barbares  :  ce  sera- encore  une  vengeance ,  si  l'on  veut; 
mais  cette  manière  de  se  venger  ne  peut  blesser  per- 
sonne (i).  B — Y. 

Sl'R    LES    AVA>TAGES    DE     l'iKSTBUCTIOX    PUBLIQUE    CHEZ 

LES  Grecs  modernes  ,  par  Charles  Dupin  ,  ancien 
secrétaire  de  l'Académie  Ionienne ,  et  membre  de 
l'Institut  de  France. 

Au  moment  où  les  Grec?  sont  appelés  à  de  nouveaux  des- 
tins ,  peut-être  ne  verra-t-on  pas  sans  intérêt  les  efforts 
qu'avaient  tentés  quelques  Français  ,  à  l'époque  de  nos 
conquêtes,  pour  rappeler  un  peuple  malheureux  à  la  civi- 
lisation et  à  la  grandeur  d'ame  qui  firent  la  gloire  de  ses 
ancêti-es. 

Quand,  par  suite  des  conventions  de  Tilsitt,  nos  troupes 
occupèrent  les  îles  Ioniennes,  les  officiers  et  les  adminis- 
trateurs envoyés  dans  ces  belles  contrées  s'empressèrent 
d'unir  leurs  efforts  à  ceux  des  Grecs  les  plus  éclairés,  pour 
cultiver  de  concert  les  lettres  ,  les  sciences  et  les  arts.  Les 
Français  arrivèrent  dans  les  Sept-Iles,  vers  la  fin  de  1807; 
et,  dès  le  printems  de  1808,  ils  fondèrent  V Académie 
Ionienne.  Ils  firent  plus;  ils  ouvrirent,  dans  le  local  de  l'a- 
cadémie ,  des  cours  gratuits  où  l'on  professa  les  mathéma- 

(1)  Nous  avons  nommé,  au  commencement  de  cet  article,  la 
Gazelle  ou  Chronique  littéraire  j  elle  ne  mérite  pas  cependant,  au 
même  degré ,  les  reproches  que  nous  adressons  aux  Remues  anglaises. 
Elle  s'égaie  bien  parfois  aux  dépens  des  littérateurs  français  ;  mais 
il  y  a ,  dans  ses  observations  critiques  ,  plus  de  ce  que  les  Anglais 
appellent  humour,  gaîté  maligne  ,  que  de  spleen  scientifique  et  acri- 
monieux. Elle  est  polie,  quoiqu'elle  ne  soit  pas  française. 


A5A  SUR  LES  AVANTAGES  I>JÇ.  L'INSTRlJCTION, 

tiques  (i)  ,  la  physique  (2)  ,  la  méiîeciue  (3) ,  ia  jurispru- 
dence (4),  et  la  littérature  grecque  (5);  enfin,  pour  encou- 
rager la  jeunesse  ,  l'académie  offrit  des  prix  annuels  aux 
élèves  qui  se  distingueraient  le  plus  dans  leurs  études; 
elle  proposa  en  outre  des  prix  olympiadiques,  ainsi  nommés 
parce  qu'on  devait  les  décerner  au  commencement  de  chaque 
nouvelle  olympiade.  Les  prix  olympiadiques,  annoncés  ù 
l'Europe  entière ,  étaient  offerts  aux  littérateurs  tie  toutes 
les  tribus  grecques,  qui ,  dans  la  langue  hellénique  ou  dans 
la  langue  moderne  ,  auraient  composé  ou  traduit  les  plus 
beaux  ouvrages. 

Des  obstacles  sans  nombre  et  la  fatalité  des  événemens, 
qui  mit  un  terme  au  succès  de  nos  armes,  ont  traversé  les 
desseins  des  fondateurs  de  l'Académie  Ionienne ,  et  n'ont 
pas  permis  que  ces  desseins  obtinssent  tout  le  succès  qu'il 
était  juste  d'en  attendre. 

La  noblesse  gréco-vénitienne,  accoutumée  à  faire  élever 
ses  enfans  par  des  pédagogues  italiens,  ne  voulait  pas  en- 
voyer c^s  précieux  rejetons  d'une  race  orgueilleuse  dans 
nos  écoles  publiques ,  où  ils  eussent  éprouvé  l'affront  d'être 
assis  ,  sans  distinction,  à  côté  des  fils  du  simple  citoyen. 

C'est  pour  comballre  un  esprit  aussi  fatal  à  la  régéné- 
ration de  la  Grèce  ,  que  fut  composé  le  discours  soi  vaut. 
Il  ne  ressemble  guère  à  nos  compositions  académiques; 
mais  on  doit  se  rappeler  ,  en  lisant  celte  production  d'un 

(i)  M.  Augojal,  capitaine  du  génie  militaire,  aujourd'liui  pro- 
fesseur à  l'école  d'ét.Tt-major  de  France  ,  fut  chargé  de  ce  cours. 

(2)  AI.  Ch.  Dupin,  alors  capitaine  du  génie  maritime. 

(3)  l\\.  Gansçadi. 

(4)  M.  Deh-iniotli. 

(5)  M.  Mat'romali y  l'un  des  savans  et  des  littérateurs  les  plus 
distingués  qu'ait  possédés  la  Grèce  moderne,  et  qu'elle  a  mallicH- 
rcusement  perdu. 


SUK  LES  AVANTAGES  DE  L'INSTRUCTION.  A55 

auteur  bien  jeune  alors  ,  qu'elle  n'était  pas  destinée  pour 
des  auditeurs  dont  l'esprit  cultivé  n'eût  besoin,  pour  être 
séduit,  que  des  touches  gracieuses  elpures  d'un  atticisme 
depuis  long-tems  disparu  des  contrées  qui  furent  son  ber- 
ceau. 

On  aurait  tort  de  chercher  dans  ce  morceau  ce  que  l'on 
trouve  dans  les  productions  regardées  comme  les  mo- 
dèles du  genre  :  un  art  consommé,  un  poli  parfait, 
de  l'élégance  dans  le  style,  del'épigramme  dans  la  pensée, 
et  de  l'esprit  sous  la  forme  du  sentiment. 

Mais,  au  milieu  d'un  état-major  de  l'armée  française, 
campée  sur  les  confins  de  la  Grèce ,  en  présence  de  l'élite 
des  habitans  d'une  contrée  dont  la  volonté  dominante  est 
de  reconquérir  les  lumières,  l'indépendance  et  la  gloire  de 
ses  aïeux,  c'était  avec  de  plus  mâles  accens  et  des  mouve- 
mens  plus  hardis  qu'il  fallait  attaquer  ces  grandes  et  nobles 
passions. 

Si  le  lecteur  veut  partager  l'impression  produite  par  le 
discours  que  nous  publions  maintenant-,  il  doit  se  reporter 
à  l'époque  et  dans  la  contrée  où  il  fut  prononcé.  II  doit 
songer  que  c'est  dans  la  capitale  des  îles  Ioniennes ,  dans  la 
patrie  d'AlcinoiJs,  que  l'orateur  fit  entendre  ses  paroles.  Il 
doit  songer  que,  du  lieu  même  où  se  trouvaient  réunis  ses 
auditeurs,  on  découvre,  par-dessus  les  montagnes  de  l'É- 
pire  et  de  l'Acarnanie,  les  sommités  du  Pinde  et  les  lieux 
qu'ont  illustrés  les  plus  grands  événemens. 

Tel  est  le  site  majestueux,  tels  sont  les  souvenirs  et  les 
espérances  que  le  lecteur  doit  maintenant  retracer  à  son 
imagination. 


X^VÏXIV^W^»-. 


A56  SUR  LES  AVA:1TAGES  DE  L'L^STRIXTIOX. 

Discours  prononcé  dans  la  séance  publique  de  l'Aca- 
démie Ionienne,  le  i5  août  1809. 

Si  aut  acriiis  egero ,  aut  liberiiis  quàm  qui  ante  me 
dixerunt  :  peto  à  vobis ,  ut  tantiim  orationi  meae  con- 
cedatis,  quantum  et  pio  dolori  et  justae  iracundiae 
concedendum  putetis.  Cic.  pro  P.  Sextio. 

0  VOUS  ,  honneur  de  l'Hcllénic,  vous  qui  reçûtes  de  la 
nature  une  ame  au-dessus  du  yulgaire,  qui  l'avez  éleyée 
encore  par  vos  veilles  et  vos  méditations,  c'est  à  vous  que 
nous  nous  adressons.  C'est  par  vous  que  nous  pouvons  être 
de  quelque  utilité  pour  vos  concitoyens.  En  vain ,  nous 
chercherions  à  répandre  la  vérité  ;  portée  seulement  par 
notre  faible  voix,  la  vérité  ne  serait  point  entendue,  ou 
serait  négligée.  Vous  seuls,  dans  votre  propre  patrie,  pouvez 
détruire  cette  foule  de  préjugés  qui  s'opposent  en  secret  îi, 
ses  progrès.  Vous  seuls  pouvez  combattre  l'erreur,  maîtriser 
l'opinion,  la  diriger  au  grand,  au  beau,  à  l'utile;  la  rap- 
peler enfin  à  la  pensée  de  vos  pères.  Faites-nous  donc  con- 
naître ce  que  vous  pouvez  être,  à  la  manière  des  hommes 
illustres,  par  des  œuvres  plutôt  que  par  de  vaines  répu- 
tations. A  chaque  préjugé  que  vous  aurez  détruit,  à  chaque 
principe,  à  chaque  fait  important,  à  chaque  projet  utile  que 
vous  aurez  exposés,  propagés,  nous  nous  empresserons  de 
proclamer  vos  noms.  «Sur  les  murs  de  cette  enceinte,  dironâ- 
nous  à  nos  compatriotes,  vous  voyez  suspendu  le  tableau  des 
bienfaiteurs  des  lettres,  des  sciences  et  des  arts,  envers  l'aca- 
démie; nous  avons  à  vous  présenter  un  autre  tableau  non 
moins  précieux,c'eâtceluideshouimesquivousontconsacré 
leurs  travaux  et  leurs  veilles.  Les  largesses  de  leur  génie 
ne  méritent  pas  moins  votre  reconnaissance,  que  les  présens 
de  ces  premiers  donateurs  dont  l'académie  gardera  toujours 
le  souvenir  avec  les  plus  doux  sentimens  de  respect  et  de 


SUR  LES  AVANTAGES  DE  L  INSTRUCTION.   457 

gratitude;  »  A  ce  simple  récit,  les  acclamations  de  tout  un 
peuple  partageront  les  suffrages  de  la  gloire,  et  les  tiiljuts 
de  l'admiration  ,  entre  les  bienfaits  du  talent  et  les  hieufails 
de  la  vertu. 

Ioniens,  à  la  seule  pensée  de  ce  touchant  spectacle,  s'il 
est  parmi  vous  un  homme  qui  sente  son  cœur  palpiter  et 
brûler  du  désir  généreux  de  conquérir  cet  amour,  cette 
estime  de  tout  un  peuple ,  voilà  l'homme  que  nous  che^■- 
chons.  Qu'il  paraisse  ;  qu'il  imite  par  ses  travaux  ceux  qui, 
comme  lui,  furent  étrangers  à  l'académie;  nous  nous  em- 
presserons de  le  recevoir  comme  eux  parmi  nous,  et  nous  le 
placerons  aux  premiers  rangs  dans  la  carrière  où  nous  vou- 
lons marcher  à  la  prospérité  de  ces  contrées. 

Hommes  supérieurs,  c'est  à  cette  époque  heureuse,  où 
l'académie,  devenue  forte  par  votre  appui,  vous  comptera 
tous  dans  son  sein  ;  c'est  alors  qu'elle  pourra  remplir  ses 
promesses,  et  les  surpasser  encore.  Vous  nous  élèverez  au- 
dessus  de  nous-mêmes.  Une  noble  émulation  viendra  s'é- 
tablir entre  nos  collègues  nouveaux  et  ceux  qui  voudront 
devenir  nos  collègues.  Vous  rendrez,  en  ces  lieux,  aux  lu- 
mières du  savoir,  tout  l'éclat  dont  elles  brillèrent  autrefois. 
A  leur  chaleur  fécondante  germeront  pour  la  postérité 
mille  talcns  nouveaux.  Qu'il  nous  sera  doux  de  nous  ap- 
plaudir de  leur  développement,  comme  de  l'ouvrage  de  notre 
lèle  et  de  votre  génie  !  Peuples  de  la  Grèce ,  c'est  alors  que 
sera  détruite  dans  l'Europe  cette  opinion  injurieuse  qui 
pèse  encore  sur  vous.  On  ne  vous  croira  plus  les  fils  dégé- 
nérés du  plus  illustre  des  peuples;  vous  obtiendrez  justice 
dans  l'estime  des  hommes  ;  et  l'Europe  sera  fière  de  voir 
rendue  à  ses  antiques  destinées  celle  de  ses  nations  qui . 
la  premièredctoutes,a  déployé  ses  fastes  pourl'immortalité. 

Mais,  ne  vous  le  dissimulez  pas,  plus  ce  but  est  élevé, 
plus  il  est  glorieux  de  l'atteindre  ;  plus  il  est  difficile  aussi 


A58  SUR  LES  AVANTAGES  DE  L'IiNSTRUCTION. 

d'y  parvenir  :  ce  sera  l'ouvrage  du  tems,  et  de  celte  cons- 
tance qui  nous  tait  triompher  de  tous  les  obstacles.  O 
TOUS,  de  qui  lacadémie  ose  espérer  la  régénération  de 
vos  frères,  voici  les  vérités  qu'il  vous  faudra,  pour  la  pro- 
duire, l'ccevoir  et  propager.  Il  faut  que  vous  soyez  per- 
suadés que  les  hommes  n'acquièrent  de  supériorité  sur  les 
hommes,  que  par  l'éducation,  et  les  nations  sur  les  na- 
tions, que  par  l'éducation  publique.  Voulez-vous,  Ioniens, 
que  vos  fils  deviennent  dignes  de  vos  pères?  il  faut  tout 
faire  pour  leur  éducation.  Daignez  prêter  l'oreille  à  ma 
voix.  Si  vous  êtes  les  enfans  des  Grecs,  vous  êtes  faits 
pour  entendre  la  vérité  ;  et  moi ,  mon  cœur  me  dit  que 
je  suis  fait  pour  vous  la  dire.  Que  si  je  devais  même  en- 
courir vos  reproches  ou  votre  haine  ,  pour  pris  de  ma  fran- 
chise, je  vous  diluais,  comme  votre  Thémistocle,  parlant 
pour  le  salut  de  la  patrie  :  «  Frappe ,  mais  écoute.  »  Et  le 
bien  que  j'aurais  pu  faire,  me  paierait  du  mal  que  je  rece- 
vrais en  échange. 

Ce  n'est  ni  par  la  débauche,  ni  par  le  jeu,  ni  par  le 
luxe  et  par  ses  vices,  que  vos  fils  deviendront  jamais  des 
hommes  éminens  dans  l'ordre  social;  c'est  par  l'étude ,  et 
parle  travail  dont  l'apprentissage  austère  ne  deviendra  fruc- 
tueux que  dans-la  seule  éducation  publique.  Qui  pourrait 
causer  votre  aversion  pour  elle  ?  Serait-ce  un  va>a  orgueil? 
Mais  un  tel  sentiment  est  indigne  des  neveux  de  ces 
hommes  dont  les  généraux,  lesprytancs,  les  monarques 
même  ,  plaçaient  leurs  fils  à  l'école  des  plus  simples  ci- 
toyens. Je  ne  suppose  donc  pas  qu'un  motif  aussi  bas  ait 
pu  jamais  approcher  de  vos  coeurs. 

Penseriez-vous,  d'ailleurs,  que  l'instruction  particulière 
est,  -par  elle-même,  plus  propice  au  développement  de 
l'esprit  de  vos  fils?  Penseriez-vous  qu'elle  est,  plus  que 
l'inslruction  publique,  amie  des  vertus  sociales  ou  privées; 


SLR  LES  AVANTAGES  DE  L'INSTRUCTION.  A59 

et  que,  sous  les  yeux  de  la  patrie,  les  mœurs  de  vos  fils 
s'altéreraient  plus  qu'elles  ne  le  font  maintenant  dans  la 
maison  paternelle  (i)?  A  ces  doutes  spécieux,  je  répon- 
drai d'abord  que  Thomme  élevé  loin  de  ses  semblables 
n'apprend  ni  à  les  connaître  ni  à  les  aimer;  qu'il  reste 
ainsi  ignorant  de  leurs  passions  et  de  leurs  mérites;  qu'il 
devient  par-là  égoïste  et  superbe;  qu'il  reste  faible,  parce 
que  l'émulation  ne  vient  jamais  doubler  ses  forces;  etque, 
dans  sa  médiocrité  dédaigneuse  autant  que  méprisée,  il 
fait  son  propre  malheur,  en  se  rendant  à  charge  à  lui-même 
et  à  la  société  tout  entière.  Mais  laissons  là  les  preuves 
abstraites  fournies  par  le  seul  raisonnement,  et  consultons 
la  voix  irrécusable  de  l'expérience.  Je  vais  vous  parler  de 
vertus,  de  hauts  faits,  de  talens  immortels  ;  je  vais  prendre 
mes  exemples  chez  vos  pères. 

Parmi  les  villes  grecques  les  plus  illustres  par  les  choses 
qu'elles  ont  faites,  par  les  hommes  qu'elles  ont  produits; 
la  première  de  toutes ,  c'est  Athènes.  Son  nom  seul  nous 
rappelle  la  déesse  du  génie,  de  la  sagesse  et  de  la  valeur  (2). 
La  fille  du  maître  du  monde,  qui,  dans  les  cieux,  présidait 
à  ces  vertus ,  avait  sur  la  terre  son  temple  en  cette  ville  (3)  ; 
elle  l'animait  de  son  esprit  et  la  couvrait  de  son  égide  :  le 
nom  d'Athènes,  enfin,  est  l'emblème  des  beaux  siècles  de 
son  peuple.  Voyons  donc  ce  que  nous  apprendront  les 
fastes  et  les  lois  de  la  ville  du  génie ,  de  la  valeur  et  de  la 
sagesse.  L'Attique  entière  n'est  guère  plus  grande  que  Cor- 
cyre  ;  une  peuplade  se  forma  sur  son  sol  aride ,  et  la  peu- 
plade a  rempli  l'univers  de  son  nom.  Sous  les  plus  grands 

(i)  Les  mccuis  vénitiennes  oui  infesté  de  leur  corruption  la  [.'lus 
grande  partie  de  la  haute  classe  des  Scptinsulaires. 

(2)  La  Minerve  des  Grecs  porte  le  nom  d'Athènes. 
7))  Le  Parthenon.  C'est  le  heau  temple  dont  les  débris  majestueux 
sont  représentés  avec  tant  de  fidélité  dans  le  panorama  d'Athènes. 


Â(iO  SUR  LES  AVA?sTAGKS  DE  L'INSTRUCT10^^ 

des  mortels ,  elle  vainquit  les  barbares  à  Marathon ,  à  Pla- 
tée.  Elle  succombait  sous  le  poids  de  l'Asie,  elle  sacrifia 
ses  biens,  ses  palais,  ses  foyers  domestiques,  ses  temples 
même  ;  elle  s'embarqua  toute  pour  aller  vaincre  l'Asie  à 
Salaminc,  et  elle  la  vainquit  à  Salamine.  Elle  devint  maî- 
tresse des  Cyelades  ,  de  l'Archipel ,  des  côtes  de  l'Helles- 
pont  et  de  l'Asie-Minenre  ;  «lie  fut  l'arbitre  de  la  Grèce, 
de  la  Grèce  alors  triomphante  de  tout  l'Orient! ....  Savez- 
vous  commcnls'élevaient  des  hommes  qui  faisaientde  telles 
choses?  C'est  dans  le  sein  des  écoles  fondées  par  Solon  ; 
et  les  lois  de  Solon  parurent  si  belles  à  toute  la  Grèce  , 
qu'elles  lui  acquirent  un  rang  parmi  les  sept  sages  dont 
elle  s'honore.    Ce  grand  homme  n'avait  pas  dédaigné  de 
fixer  jusqu'aux  moindres  réglemens  des  écoles  publiques. 
Il   avait   défendu,    sous  peine  de  mort ,  que  des  maîtres 
non  autorisés  par  les  lois  frustrassent  les  écoles  publiques 
de  la  jeunesse  qui  leur  appartenait. — Que  croyez-vous  , 
Ioniens,  qu'ait  pensé   le  sage  Solon   sur  l'éducation  pu- 
blique et  sur  l'éducation  particulière  ?  Laquelle  des  deux 
croyez-vous  qu'il  ait  préférée?  Que  pensez-vous  enfin  de 
la  justesse  de  ses  vues  ? — Jugez-les  par  leurs  succès ,  et 
prononcez. — Dites,  que  croyez-vous  qui  fit  vaincre  les 
forces  de  l'Attique  à  Marathon  ,  à  Platée  ,  à  Mycale  ?  Est-ce 
la  valeur  innée  du  peuple  grec?  Mais  cette  valeur,  au- 
jourd'hui l'apanage  de  ma  patrie,  c'est  un  bien  qui  fait  le 
tour  de  la  terre,  et  passe  ,  d'époque  en  époque,  des  cœurs 
d'un  peuple  aux  cœurs  d'un  autre  peuple.  Quel  fut  donc 
l'auteur  de  ces  brillans  succès? — Quel  fut-il?  ...  Ce  fut 
Solon.   Quelles  furent  les  armes  qui  rendirent  dix  mille 
guerriers  d'Athènes  supérieurs  à  cent  mille  soldats  de  Da- 
rius? Ce  ne  furent  pas  les  cuirasses  qui  couvraient  leurs 
corps ,  mais  bien  celles  dont  l'éducation  de  Solon  avait  en- 
ceint  leurs  cœurs.  Enfin ,  quand  Xerxès  s'avance  à  la  tête 


SUR  LES  AVANTAGES  DE  LINS  ITIUCTION.  AGI 
(les  forces  de  l'Asie  ,  lorsqu'il  s'empare  de  l'Attique  et 
d'Athènes  même,  qui  ne  croirait  que  le  peuple  de  cette 
ville  est  vaincu  ?  Il  a  tout  perdu  ,  tout,  jusq.i'à  ses  foyers 
domestiques!  Soyons  tranquilles  sur  lui;  la  fortune  n'a  pu 
lui  ravir  cette  grandeur  d'ame  qu'il  doit  à  sa  mâle  éduca- 
tion, et  le  peuple  d'Athènes  est  encore.  Le  génie  de  Solon 
donne  encore  à  tous  les  cœurs  les  leçons  de  l'héroïsme,  et 
ce  peuple  va  les  suivre  :  il  est  en  armes,  il  est  tout  entier 
sur  les  eaux;  il  s'en  est  fait  une  patrie;  et  l'élément  des 
naufrages  l'a  conservé  pour  la  victoire.  Devant  les  faibles 
vaisseaux  d'Athènes  la  flotte  immense  de  Xerxès  s'est  dis- 
persée, et  leur  roi  fugitif  n'en  a  sauvé  que  les  débris  qui 
ont  eu  des  voiles  légères  et  des  rameurs  agiles.  Honneur, 
mille  fois  honneur  nu  créateur  des  héros  et  des  grands 
hommes  ! 

Voilà,  Corcyréens,  ce  que  fut  le  peuple,  élève  du  sage 
Solon  ,  ces  illustres  Athéniens  dont  vous  eûtes  jadis  la 
gloire  d'être  les  alliés. 

Que  si  vous  doutiez  encore  de  l'influence  des  lois  de 
Solon,  je  vous  dirais  qu'aux  jours  malheureux,  où  ces  lois 
perdirent  leur  vigueur,  où  l'orgueil  ignorant  crut  s'honorer 
en  substituant  l'éducation  particulière  à  l'éducation  pu- 
blique établie  par  ce  grand  homme  ,  les  courages  s'éner- 
vèrent, les  esprits  s'abaissèren  t,et  les  vainqueurs  de  l'Orient, 
qui  avaient  vu  dans  leur  sein  les  Aristide  ,  les  Miltiade  et 
lesThémistocle;  les  Eschile,  les  Euripide  et  les  Sophocle; 
les  Socrate,  les  Xénophon  et  les  Platon;  cette  ville,  qui 
semblait  être  comme  la  pépinière  des  grands  hommes  et 
des  talens  immortels,  lorsqu'elle  eut  altéré  l'éducation  de 
sa  jeunesse,  vit  à  la  fois  son  indépendance,  son  bonheur, 
et  ses  hommes  illustres  finir  avec  Phocion  et  Démosthènes' 
Elle  devint  le  rendez-vous  et  la  demeure  des  esclaves  et  des 
rétheurs,  et  mit  en  opprobre,  dans  tout  l'empire  des  Ro- 
mains, le  caractère  jadis  si  noble  et  si  révéré  des  Hellènes. 


h62  SUR  LES  AVANTAGES  DE  L'INSTRUCTION. 

Fils  des  Grecs ,  cette  faible  peinture  de  ce  que  furent  vos 
pères  en  leurs  beaux  jours  ,  a-t-elle  ftiit  naître  dans  vos 
cœurs  le  désir  de  vous  élever  jusqu'à  eux,  d'obtenir  une 
gloire  égale  ii  la  leur?  Employez  les  moyens  qui  la  leur 
ont  acquise  ,  et  vous  l'acquerrez  de  même  à  votre  tour. 
Honorez  les  vertus ,  admirez  le  génie  ,  fécondez-en  les 
germes  par  l'éducation  publique  de  vos  fils.  Que  vous 
manque-t-il  pour  vous  relever  jusqu'à  la  majesté  de  vos 
aïeux  ?  pensez-vous  que  ce  soient  les  richesses  ?  Mais  les 
vainquem-s  de  l'opulente  Asie  furent  des  hommes  dont  les 
généraux  même  étaient  des  pauvres  ,  comme  Aristide  et 
Miltiade.  Mais,  c'est  quand  leurs  fils  furent  devenus  les 
riches  marchands  d'Athènes,  que  les  soldats  pauvres  de  la 
Macédoine  leur  ont  donné  des  fers.  Mais,  c'est  quand  les 
Romains  étaient  pauvres  qu'ils  conquirent  la  terre,  et  c'est 
après  qu'ils  en  eurent  amassé  les  trésors,  que  les  hordes  des 
barbares  ,  avec  leurs  épées  pour  tous  trésors ,  les  ont 
vaincus.  Ah  !  j'appellerai  bienfaiteur  et  restaurateur  de  la 
Grèce,  non  pas  uniquement  l'artiste  industrieux  qui  rendra 
ses  villes  opulentes  et  son  commerce  fastueux,  c'est-à-dire,- 
peut-être  les  caractères  énervés  et  les  cœurs  corrompus;, 
mais  bien  le  sage  ,  qui  vous  fera  sentir  comment  on  est 
riche  encore  avec  les  seuls  trésors  de  l'ame  et  de  l'intelli- 
gence ,  et  pauvre  avec  les  seuls  trésors  de  la  terre  ;  mais 
bien  le  politique  profond  qui  saura  vous  convaincre  qu'on  est 
un  grand  peuple  par  la  seule  magnanimité,  et  jamais  par 
la  seule  richesse.  Songeons  d'abord  à  éclairer  les  esprits, 
pour  les  rendre  sensibles  à  la  honte  et  à  la  gloire;  montrons- 
leur  combien  est  belle  la  vertu ,  combien  elle  fait  le  bon- 
heur de  celui  qui  la  possède.  Abandonnons  à  ses  propres 
moyens  l'ardente  cupidité.  Elle  saura  se  servir  de  l'ins- 
truction même  que  nous  aurons  répandue;  et,  tout  en  ne  ' 
pensant  qu'à  la  sagesse ,  à  la  grandeur  des  âmes ,  nous 
aurons  cependant  agi  commepour  arriver  suivajit  lavoiela 


SUR  LES  AVANTAGi:s  Dii  L'INSTRUCTION.   46^ 

plus  courte  aux  moyens  qui  procurent,  par  le  travail  et 
l'industrie,  l'aisance  d'une  fortune  hmnête,  c'est-à-dire 
d'une  fortune  acquise  par  la  seule  voie  de  l'honneur. 

Tournez  donc  \os  espérances  et  vos  vues  du  côlé  de 
l'intelligence;  portez  un  regard  sévère  sur  vous-mêmes  ; 
vous  vous  direz  ce  qui  vous  manque,  et  vos  pères  viennent  de 
vous  dire  ce  qu'il  vous  faut  acquérir  pour  devenir,  coinme 
eux,  l'exemple  et  l'orgueil  de  la  terre. 

Observons  quel  est  ici  l'état  des  professions  les  plus  in- 
téressantes ,  et  jugeons  des  autres  par  elles.  Je  vois  parmi 
vous  des  hommes  qui  font  honneur  ù  toutes  les  professions 
utiles.  Je  rends  hommage  à  leurs  lumières,  et  j'admire 
d'autant  plus  leurs  talens ,  qu'il  était  plus  difficile  de  les 
acquérir  en  ces  lieux.  Mais  je  ne  m'arrête  point  à  ce  coup 
d'œil  superficiel  et  trompeur.  Je  tourne  mes  regards  vers 
le  peuple  de  vos  villes  et  de  vos  caiipagnes.  Je  le  vois 
porter,  sur  son  front  pâle  ou  d'un  vert  livide  (i),  la  preuve 
vivante  de  l'ignorance  profonde  d'empiriques  et  de  char- 
latans, qui  pour  tout  art  ont  celui  de  féconder  les  fléaux  du 
climat  par  les  fléaux  de  leur  impéritie.  Je  songe  ensuite  à 
quelle  foule  de  légistes  d'une  médiocrité  sans  pudeur,  les 
Septinsulaires  livrent   imprudemment  leurs  biens  ,  leur 
honneur  et  leur  existence.  Je  demande  partout  quelles  lois 
furent  portées  pour  empêcher  l'horrible  brigandage ,  qui 
fait,  de  la  jurisprudence,  un  commerce  sans  conscience  et 
sans  pitié.  Je  le  demande  à  la  nature;  et  la  nature,  en  rou- 
gissant, se  tait;  elle  me  montre  un  code,  et  elle  pleure. 
Que  contient  donc  ce  code,  qui  fait  pleurer  et  rougir  la 
nature?  Je  l'ouvre  au  hasard;  j'y  vois  un  acte  de  bienfai- 
sance pour  vous,  Ioniens;  mon  cœur  se  console!  Je  lis 
avidement.    Pour   faveur  singulière ,    tout   Septinsulaire 

(i)  La  décadence  de  l'agriculture  a  rendu   malsaine  une  grande 
partie  de  l'île  de  Corcyre. 


hU  SUR  LES  AVANTAGES  DE  L'INSTRUCTION. 

était  revêtu  du  cararctère  auguste  qui  le  rendait  capable  de 
défendre,  de  sauver  la  fortune  et  la  vie  de  ses  compatriotes , 
aussitôt  qu'il  faisait  acte  de  présence  à  l'université  de 
Padoue.  Pour  tout  le  reste  des  hommes ,  il  faut  être  plus 
instruit  qu'eux,  il  faut  savoir  leurs  lois  pour  les  défendre; 
mais  pour  des  Grecs  ,  aux  yeux  des  Italiens,  cela  n'est  pas 
nécessaire.  Des  Grecs  peuvent  être  ruinés,  déshonorés, 
suppliciés.  Qu'importe  ,  pourvu  que  les  Grecs  demeurent 
i  "-norans,  qu'ils  soient  esclaves  et  qu'ils  oublient  leurs  pères  ? 
Voilà  donc  ce  qu'a  fait  à  votre  égard  la  politique  de  Venise  ! 
Rou"-is,  humanité,  pleure;  le  machiavélisme  avait  atteint 
son  but,  et  le  machiavélisme  souriait  avec  satisfaction. 

Je  parcours  vos  campagnes,  je  les  vois  couvertes  de  vos 
temples;  mais  tous  ont  l'aspect  de  la  misère.  Je  vois  vos 
prêtres  bêchant  la  terre  et  touchant  les  bestiaux ,  et  les 
ministres  du  Seigneur  ne  disent  plus  qu'avec  peine  les 
hymnes  composés  par  leurs  savans  prédécesseurs.  Je  de- 
mande si,  dans  toutes  les  îles,  il  n'est  pas  une  école  où  les 
serviteurs  des  autels  aillent  apprendre  à  instruire ,  à  ^con- 
soler les  humains;  et  la  religion  rougit  aussi  en  cachant 
son  visage  baigné  de  pleurs.  Ah!  je  rends  grâces  au  ciel. 
Ioniens,  que  vous  soyez  enfin  les  frères  d'un  peuple,  qui 
veut  des  compatriotes  forts  comme  ses  propres  citoyens, 
et  qui  dédaigne  d'acquérir  des  sujets  pour  les  garder,  en  les 
rendant  faibles,   misérables  et  dégradés. 

Afiligé  par  le  triste  spectacle  de  vos  campagnes,  je  rentre 
au  sein  de  vos  cités,  au  sein  de  votre  capitale.  J'y  cherche 
la  langue  d'Homère,  que  je  n'avais  pas  encore  entièrement 
méconnue  dans  la  bouche  de  vos  paysans.  Je  demande  à 
l'enfant  du  riche  s'il  connaît  sa  langue  maternelle,  et  il  me 
répond  qu'il  l'ignore.  Je  demande  si,  detouttems,  des 
écoles  publiques  n'ont  pas  conservé  parmi  vous  ce  dépôt 
précieux  du    génie  do  vos  pères  ;   et  la  Grèce   indignée 


REVUE 

ENCYCLOPÉDIQUE, 

ou 
ANALYSES  ET  ANNOîNCES  RAISONNÉES 

Des  productions  les  plus  remarquables   dans   la 
Littérature ,  les  Sciences  et  les   Arts, 

I.  MÉMOIRES,  NOTICES, 

LETTRES    ET    MÉLANGES. 


DISSERTATION 

Sur  le  BYSsrs  des  anciens ,  et  sur  son  identité  avec  le 
duvet  des  chèvres  de-  Cacketnlre. 

Il  existe  parmi  quelques  savans  une  grande  controverse 
au  sujet  du  byssus  des  anciens.  C'est  aujourd'hui  que  la 
connaissance  des  tissus  faits  avec  le  duvet  des  chèvres  du 
Thibet  est  très-répandue,  qu'on  peut,  ce  me  semble, 
résoudre  le  problème,  et  fixer  invariablement  ses  idées  sur 
la  nature  du  byssus. 

Qu'est-ce  que  ce  byssus  si  précieux,  dont  parlent  avec 

une  sorte  d'admiration  les  historiens  sacrés  et  profanes, 

dont  étaient  revêtus  David  et  les  lévites,  que  Mardochée 

porte  dans  son  triomphe ,  dont  étaient  couverts  les  initiés 

ToMK  XI.    Sl^    Cahier. — Ao/lt  1821.  16 


I 


5^2  i>issj:iitati(!X 

aux  i!!}slères  d'Isis,  qui  faisait  pailie  des  sépultures  îe 
plus  magnifiques  chez  le?  Egyptieu,-',  et  qui  devint  plus 
tard  la  parure  favorite  des  dames  romaines?  Qu'est-ce  que 
cette  niaiièro  ,  sur  la  nature  de  laquelle  les  anciens  ne 
s'accordent  pas  plus  que  les  modeincs?  Est-il  permis  d'y 
voiraujourd'liui  autre  chose  que  lecélèbre  duvet  des  chèvres 
du  Boulan?  Pour  résoudre  celte  question,  il  suffit  de  se 
rappeler  ce  qu'en  ont  dit  les  anciens  ,  de  le  comparer  avec 
les  commentaires  des  nioderncs,  et  d'examiner  leurs  con- 
clusions. 

Piiilon  est  le  prejnier  des  écrivains  anciens  qui  ont  traité 
de  la  nature  du  byssus.  Suivant  lui ,  le  byssus  n'est  pas  le 
produit  d'un  être  animé,  mais  celui  de  la  terre. 

l'Une  vient  ensuite.  Après  avoir  dit  un  mot  de  la 
toile  faite  avec  l'amiante,  il  ajoute  que  ce  qui  s'en  rap- 
proche le  plus  et  qui  fait  les  plus  chères  délices  des  dames 
romaines,  c'est  le  byssus,  dont  l'origine  est  auprès  d'Elis  , 
dans  l'Achaïe ,  et  qu'on  obtient  au  prix  de  quatre  deniers 
le  scriptule  (i);  autrefois,  ajoute-t-il,  on  le  vendait  nw 
poids  de  l'or. 

Un  troisième  écrivain,  Philostrate ,  dans  la  vie  d'Apol- 
lonius de  ïyane,  avance  que  son  héros,  étant  aux  Indes  , 
observa  que  tout  le  byssus  qui  passe  en  Egypte  sort  de 
ces  contrées. 

PoUux,  contemporain  de  Philostrate,  dit  que  le  byssus 
est,  chez  les  Indiens,  une  espèce  de  lin.  En  Egypte,  on 
fait,  avec  la  laine  d'un  certain  arbre,  un  fil  qui  sert  à  faire 
des  vêtemens  qu'on  pourrait  regarder  comme  ressemblant 
beaucoup  à  ceux  de  lin,  si  ce  n'est  qu'ils  ont  plus  de 
densité. 

'i''  A  55  cent.  le  denier,  suivant  le  système  de  M.  le  comte 
Ga:nier,  c'était  20  fr.  ^n  cent,  l'once  romaine,  ou  53  -fr.  60  cent. 
notie  once  poids  de  marc. 


SUR  LE  BYSSUS  DES  ANCIENS.     UZ 

Enfin,  Isidore,  qui  ne  diile  que  du  tii"  siècle,  incertaiii 
de  ce  qu'est  le  byssus,  écrit  d'aljonl  que  c'est  quelque 
espèce  de  lin  assez  épais;  il  ajoute  que  plusieurs  personnes 
croient  que  c'est  une  qualité  de  lin. 

En  passant  aux  modernes  ,  nous  trouvons  Erasme  qui , 
dans  son  édition  de  Pline,  en  i525,  ne  sachant  ce  que 
c'est  que  le  hyssus,  on  fait  uniquement  une  couleur,  au 
lieu  d'un  tissu.  Dans  la  table  des  matières,  vous  trouvez: 
Byssini  tingendl  ratio ,  et  pour  désignation ,  le  cha- 
pitre 4i  du  IX"  Livre,  avec  ce  titre  :  De  tingendo  amethys- 
tino ;  dans  tout  le  cours  de  ce  chapitre,  le  mot  hyssus  ne 
se  trouve  pas  une  fois. 

Demsterius  j  dans  ses  Paralipomenes  ad  Rosinum  , 
vers.  3i,  confond  le  byssus  avec  la  soie,  et  emploie  ce  mol; 
comme  synonyme  de  serica ;  enlîn,  parmi  les  moins  an- 
ciens, Laicherj  dans  ses  notes  sur  ITérodote^  Reynold-- 
i^ors^<?7-j  dans  son  Liber  singularis  de  hysso  ^  ti  Rouelle  ^ 
dans  son  Mémoire  à  l'académie,  en  font  une  toile  de 
coton  ;  tandis  que  Greui-'es  ,  dans  ses  Miscellaneous 
M'^orhs,  veut  que  ce  soit  du  lin,  et  tandis  encore  que 
Jaucourt,  dans  VEncyclopédie  in-folio,  assure  que  le 
byssus  n'est  que  le  produit  de  l'espèce  de  suie  du  coquil- 
lage appelée  piane-marine. 

Au  milieu  de  tant  de  confusion,  comment  reconnaître 
une  origine?  Consultez  les  anciens;  ils  ne  sont  point  d'ac- 
cord entre  eux.  Si  l'un  vous  conduit,  l'autre  vous  égare 
aussitôt.  Voyez  les  modernes  ,  vous  trouverez  la  même 
divergence  d'opinions.  Qu'en  conclure,  sinon  que  les  uns 
ni  les  autres  n'ont  su  au  juste  ce  qu'était  le  bj'ssus.  Les 
anciens  ne  l'ont  pas  su  ,  parce  qu'ils  ne  connaissaient  pas 
ic  pays  qui  le  fournil,  et  qu'ils  ne  le  recevaient  que  des 
marchands  qui  trafiquaient  dans  lïnde;  les  modernes  l'ont 
ignoré,  parce  qu'iMi  effet  ils  ne  pouvaient  pas  le  deviner, 

16  * 


2k!v  DISSERTATION 

parce  qu'il  fallait  une  occasion ,  comme  celle  de  l'expéditiea 
d'Eg-ypte,  pour  nous  rendre  familiers  les  tissus  de  cache- 
mire ,  et  qu'il  fallait  en  outre  des  hommes  d'un  patriotisme 
éclairé,  comme  M.  Ternaux,  courageux  et  versés  dans  la 
connaissance  des  divers  idiomes  de  l'Asie,  comme  M.  Jau- 
bert,  pour  nous  en  montrer  l'élément  sur  l'animal  même, 
et  le  soumettre  à  nos  climats. 

Il  est  à  remarquer  que,  pour  faire  prévaloir  son  senti- 
ment, chacun  a  récusé  le  témoignage  de  tel  ou  tel  auteur, 
et  qu'il  a  plus  ou  moins  forcé  le  sens  de  tel  ou  tel  autre. 
Jaucourt  ne  compte  pour  rien  ce  que  dit  Philostrate  :  que 
tout  le  byssus  vient  de  l'Inde;  et  les  autres  alongent  ou 
délayent  dans  d'autres  citations  le  peu  de  mots  si  courts  et 
si  insignifians  que  nous  ont  laissés  les  anciens  sur  cette 
matière.  En  effet,  Larcher,  Forster,  AVilliams  Vincent, 
dans  son  estimable  Voyage  de  Nécuque ,  qui  veulent  que 
le  byssus  soit  le  coton,  opèrent,  dans  les  citations  des 
auteurs,  des  rapprochemens  évidemment  forcés.  Les  deux 
^oremicrs  citent  d'abord  Pollux,  comme  garant  de  ce  qu'ils 
avancent;  mais  que  dit  Pollux?  «  Le  byssus  est,  chez  les 
Indiens,  une  espèce  de  lin.  En  Egypte,  on  trouve  sur  un 
arbrisseau  une  espèce  de  lai'ne,  dont  on  fait  des  toiles 
qu'on  pourrait  regarder  comme  ressemblant  beaucoup  à 
celles  de  ce  lin.  »  Pourquoi,  dans  ce  passage,  joindre  la 
seconde  phrase  à  la  première,  comme  une  conséquence  ou 
une  conOrmation  de  ce  qu'elle  exprime?  Le  byssus,  dit 
Pollux,  est,  chez  les  Indiens,  une  espèce  <lelin.  Toutest 
dit  là  pour  le  byssus.  Si  le  grammairien  reprend  ensuite 
son  discours  et  qu'il  dise  :  Il  existe,  en  Egypte,  un  ar- 
brisseau qui  produit  une  espèce  de  laine  semblable  ù  ce 
lin,  ce  n'est  pas  qu'il  veuille  fixer  un  rapport  d'identité 
entre  ces  deux  objets;  ce  n'est  qu'une  comparaison  qu'il 
éldblitentre  eus.  Soyons,  en  effet,  dans  la  nécessité  de  corn- 


SUR  LE  BYSSLS  DES  A>'CIE>S.  2A5 

parer  le  fil  de  cachemire  à  un  autre  fil  :  nous  trouverons 
que  celui  qui  s'en  rapproche  le  plus  par  le  moelleux,  par 
le  duvet  qu'il  conserve  ,  c'est  le  colon;  le  fil  et  la  soie  sont 
trop  lisses  et  trop  unis  pour  en  donner  une  idée.  Au  reste , 
si  PoUux  se  sert  du  mot  Un,  ce  n'est  pas  qu'il  prétende 
parler  de  la  matière  que  nous  connaissmis  sous  ce  nom; 
mais,  dans  sa  phrase,  lin  est  l'équivalent  àefil.  Lajîreuve 
en  est  au  livre  V,  chapitre  4,  où,  parlant  des  instrumens 
des  chasseurs ,  pour  exprimer  le  nombre  de  fils  qui  doivent 
entrer  dans  la  composition  des  mailles  ou  des  cordons  des 
filets,  il  se  sert  des  mots  neuf  lins  ^  trois  lins  j  douze  linsj 
seize  lins,  etc. 

Le  naturaliste  romain  dit  seulement  quelques  mots  du 
byssus  ;  les  voici  :  «  Le  byssus,  qui  naît  aux  environs 
d'Elis,  dans  l'Achaïe,  coûte  quatre  deniers  le  scriptule.  » 
Voilà  le  prix  du  byssus  bien  déterminé.  Quant  à  la  cir- 
constance de  son  origine  en  Achaïe ,  c'est  ici  évidemment 
une  de  ces  fautes  qui  défigurent  le  texte  de  Pline,  une 
lacune  remplie  ptor  un  copiste  maladroit.  Si  le  byssus  était 
une  production  de  la  Grèce,  y  aurait-il  eu  tant  d'incerti- 
tudes à  son  égard  parmi  les  anciens,  et  Pline  lui-même 
n'en  eût-il  pas  fait  aussitôt  la  description,  comme  il  l'en- 
treprend de  tout  ce  qu'il  connaît,  souvent  avec  une  exacti- 
tude qui  sert  encore  aujourd'hui  de  guide  dans  bien  des 
circonstances? 

Ainsi  que  le  dit  Erasme,  il  n'est  pas  d'auteur  qui  ait  été 
plus  maltraité  que  Pline.  Il  faut  le  tirer  de  ses  ruines,  à 
travers  les  restitutions  qu^on  a  voulu  lui  faire  et  les  lacunes 
qu'on  a  prétendu  remplir.  Combien  de  sottises  ne  lui 
a-t-on  pas  fait  dire  en  le  restituant!  que  d'erreurs,  que 
d'inepties  insérées  dans  son  texte  !  et  combien  n'en  ont 
pas  signalé  déjà  les  savans  qui  se  sont  occupés  de  ces  cor- 
rections, depuis  Hermolaus  Barbarus,  Guillaume  Budée,. 


5^6  DISSERTATION 

Kicolas  Beraldu.'^  et  tant  d'autres,  jusqu'à  nos  jours?  C'fbt, 
comme  le  dit  encore  Érasn'ïe,!e  travail  de  Pénélope  .  qu'il 
f;iut  refaire  avec  bien  de  la  peine,  et  il  se  sert  à  cette  oc- 
casion d'une  comparaison  qui  fait  hien  reconnaître  l'auteur 
de  V  Eloge  de  la  folie  :  «  Plante,  dit-il ,  prétendit  autrefois 
que  qui  voudrait  trouver  un  rapport  entre  des  choses  qui 
donnent  beaucoup  de  tracas,  n'avait  qu'à  prendre  pour 
comparaison  un  vaisseau  et  nnc  femme;  car  rien  ne  donne 
plus  de  souci  que  ces  deux  choses.  Ainsi  pourrait-on  dire, 
plus  sérieusement,  qu'il  ne  manquera  pas  affaire  à  celui  qui 
Toudra  restituer  Pline.  » 

Ce  témoignage  d'un  écrivain  célèbre  suffirait  seul  pour 
faire  connaître  combien  on  doit  être  circonspect  en  prenant 
Pline  pour  appui,  si  d'ailleurs  on  ne  s'en  apercevait  pas 
soi-même  à  la  moindre  recherche.  Il  est  donc  évident  que 
l'article  de  la  patrie  du  bjssus  est  un  de  ceux  qui  sont 
tronqués,  et  que,  sur  la  ressemblance  de  quelques  lettres 
ou  d'après  la  conformité  de  quelques  noms  qu'il  n'a  pu 
lire,  le  copiste  a  écrit  Elidem  et  Achla. 

Laissons  de  côté,  comme  évidemment  suspect,  ce  qui  re- 
garde l'Achaïe,  puisque,  comme  je  l'ai  dit  plus  haut,  si  ta 
matière  du  byssus  avait  été  une  production  de  la  Grèce, 
elle  n'aurait  pas  été  l'objet  de  tant  de  controverses,  et  sur- 
tout que  les  grecs  Pollux  et  Philostrate,  qui  l'auraient  bien 
connue ,  n'auraient  pas  été  obligés  de  la  faire  venir  de 
l'Inde  ;  et  tenons-nous-en  à  l'estime  qu'en  faisaient  les 
dames  romaines,  pour  qui  c'était  un  grand  bonheur  d'en 
avoir  :  c'est  là  tout  ce  que  Pline  dit  de  ce  tissu.  Cependant, 
pour  donner  plus  de  poids  à  l'opinion  que  le  byssus  est  du 
coton,  on  a  accolé  à  ce  peu  de  mots ,  qui  se  trouvent  dans 
le  VIII'  Livre,  un  autre  passage  tiré  du  IX'  et  qui  n'ya 
aucun  rapport.  Si  Pline  avait  voulu  parler  du  byssus  dans 
cet  autre  passage,  ne  l'aurait-il  pas  noumic,  comme  il  r« 


SUR  LE  BYSSUS  DES  ANCIENS.  2A7 

vait  fait  dav.s  \c  Livre  piécédent?  Ce  n'est  pas  le  défaut  de 
cet  auteur  que  de  ne  pas  répéter  les  noms  ,  quand  il  s'agit 
de  donner  l'intolligence  d'une  chose,  et  il  ne  iait  jamais 
deviner  par  des  périphrases  ce  qu'il  peut  exprimer  par  le 
nom  technique.  Dans  le  chapitre  I"  du  IX*  Livre,  il  ne 
traite  que  du  Gossopio7i,que  quelques-uns  appellent X)'/w,-. 
Si  le  byssus  avait  été  l'objet  de  ce  chapitre,  il  en  aurait 
ajouté  le  nom  aux  deux  premiers;  il  l'aurait  nommé  là 
d'une  manière  aussi  expresse  qu'il  l'avait  fait  dans  le  Livre 
précédent. 

Le  rapprochement  de  ces  deux  passages,  si  étrangers  l'un 
;\  l'autre,  était  nécessaire  sans  doute,  et  j'en  conviens,  pour 
faire  du  byssus  une  toile  de  coton  ;  car,  en  les  séparant,  l'é- 
chafaudage s'écroule.  Il  est  bien  démontré  que  les  anciens 
ne  savaient  pas  plus  quelle  était  l'origine  du  byssus,  que 
nous  ne  le  savions  nous-mômes  il  y  a  quarante  ans. 

De  touttems,  les  Égyptiens  se  sont  habillés  avec  le  coton. 
Ces  robes' si  légères  qu'elles  accusent  le  nu,  comme  s'il  n'y 
avait  rien  sur  la  peau  ,  et  dont  on  ne  reconnaît  l'existence, 
sur  la  plupart  des  figures  des  monumens  de  l'ancienne 
Egypte,  qu'à  une  ligne  tracée  au  bas  des  jambes,  étaient 
de  toile  de  coton  très-fine  ,  peut-être  de  ce  que  nous  appe- 
lons mousseline.  Or,  comment  supposer  que  les  Hébreux, 
qui  avaient  demeuré  si  long-tems  en  Egypte,  ne  connussent 
pas  cette  plante  et  ses  produits?  Commentse  persuader  que 
le  roi  David  se  parât  d'une  robe  de  toile  de  coton,  quelque 
fine  qu'elle  fût,  comme  d'un  vêtement  d'un  grand  prix? 
Quand  le  Livre  des  Paralipomènes  dit,  I,  xv,  vers.  27,  que 
ce  prince  était  vêtu  d'une  robe  de  byssus;  quand  Ezechiel, 
XXYII,  16,  range  le  byssus  parmi  les  objets  du  plus  haut 
prix  que  les  marchands  syriens  devront  apporter,  et  qu'il  le 
place  entre  les  dianians,  ta  pourpre,  la  soie  et  celte  ma- 
tière précieuse  d<'iit  la  connaissance  était  déjà  perdue  dès 


2A8  DISSERTATION 

le  règne  des  Ptolomées,  et  qui,  pour  cette  raison,  a  conservé 
dans  la  version  grecque  son  nom  hébreu  chodchod,  il  n'est 
pas  possible  de  croire  qu'il  s'agisse  d'un  tissu  aussi  com- 
mun dans  le  pays  que  celui  du  coton.  Comment  concevoir 
encore  qu'un  roi  d  Assyrie ,  dans  les  états  duquel  le  coton 
est  indigène,  croie  faire  un  honneur  extraordinaire  à  ua 
homme  qu'il  voulait  récompenser  magnifiquement,  en  le 
revêtant  d'une  robe  de  cette  matière  ?  On  est  forcé  de  recon- 
naître d.ins  le  byssus  une  matière  beaucoup  plus  riche, 
de  voir  dans  ce  célèbre  tissu  un  objet  que  sa  rareté  et  son 
prix  rendaient  très-précieux  et  digne  de  faire  la  parure  des 
souverains  les  plus  puissans. 

On  fonde  encore  l'opinion  de  l'identité  du  coton  avec  le 
byssus  sur  ce  que  les  lambeaux  des  bandelettes  qui  en- 
tourent les  momies  ont  été  reconnus  pour  être  de  la  véri- 
table toile  de  coton.  Rouelle  l'assure  positivement,  Mém. 
de  ^académie,  année  1760,  et  il  en  dit  autant  des  linges 
qui  enveloppent  les  oiseaux  embaumés.  Mais  a-t-on  lu 
avec  attention  le  passage  d'Hérodote  qui  en  parle ,  et  n'a- 
t-on  pas  fait  à  son  égard  ce  qu'on  a  fait  à  l'égard  des  autres 
historiens  cités  ,  en  donnant  à  ce  qu'il  dit  une  extension 
qui  n'était  point  dans  sa  pensée  ?  C'est  en  décrivant  les  em- 
baumemens  les  plus  précieux ,  qu'Hérodote  cite  les  bande- 
lettes de  byssus  dont  on  enveloppait  les  cadavres  qui  en 
étaient  l'objet;  et  ces  mots  les  plus,  précieux ,  mis  en  tête 
de  sa  description,  annoncent  assez  que  peu  de  personnes 
pouvaient  y  prétendre.  Ce  même  avertissement  se  trouve 
encore  répété  à  la  fin  du  paragraphe,  sous  une  autre  forme  : 
«  Telle  est,  dit-il,  la  manière  la  plus  magnifique  d'em- 
baumer les  morts.  »  Après  ce  premier  embaumement  du 
plus  haut  prix,  cet  historien  décrit  deux  autres  manières 
d'embaumer  les  morts  des  autres  classes  de  citoyens. 
Je  le  demande  maintenant  à  tout  lecteur  impartial  :  Hé- 


SUR  LE  BYSSUS  DES  ANCIENS.     2.49 

rodote  reut-il  dire,  par  ce  que  je  viens  de  rapporter,  que 
tous  les  morts  sont  nécessairement  enveloppés  de  byssus? 
N'est-ce  pas  dire,  au  contraiie,  que  les  plus  riches  d'entre 
les  Égyptiens,  les  princes  ,  les  grands,  ceux  en  un  mot  que 
leur  rang  ou  leur  fortune  mettent  à  même  de  faire  une  dé- 
pense considérable,  jouissaient  seuls  du  privilège  de  ces 
emhsniraeinens  précieux  et  magnifique.^  ;  que  ceux-là  seuls 
étaient  enveloppés  dans  le  byssus;  et,  s'il  n'y  a  que  ceux-là 
qui  eussent  une  si  riche  sépulture,  n'est-ce  pas  annoncer 
que  l'enveloppe  des  autres  élait  plus  simple  et  plus  com- 
mune? Ne  s'ensuit -il  pas  que  les  bandelettes  de  ceux-ci 
ne  sont  en  effet  que  de  toile  de  coton?  Or,  quelles  sont  les 
momies  qu'on  déterre  aujourd'hui?  Ce  ne  sont  certainement 
pas  celles  de  ces  personnes  qui ,  pour  dérober  leur  sépul- 
ture à  la  profanation,  les  faisaient  cacher  sous  des  masses 
plus  ou  moins  considérables,  mais  aussi  impérissables  les 
unes  que  les  autres.  Ce  sont  celles  des  citoyens  des  autres 
classes,  qui  se  faisaient  enterrer  dans  les  caveaux  de  cer- 
tains temples,  dans  les  hyppogées  et  dans  les  autres  tom- 
beaux tant  de  fois  violés.  11  n'y  a  donc  pas  lieu  de  déduire 
cette  conséquence  :  «  que  le  byssus  fut  la  matière  de  tous 
les  suaires  et  que  ce  tissu  fut  consacré  pour  les  embau- 
memens.  » 

Le  Thibet,  patrie  des  chèvres  qui  fournissent  le  précieux 
duvet,  est  une  des  contrées  que  les  anciens  n'ont  jamais 
bien  connues.  Alors,  comme  aujourd'hui,  les  marchands 
allaient  en  caravane  faire  des  échanges,  recevoir  la  laine 
de  la  main  des  Indiens  et  la  rapporter  en  Egypte  ,  sans 
s'enquérir  peut-être  de  ce  qui  la  produisait.  Peut-être 
aussi  les  naturels  du  pays  les  trompaient-ils  sur  l'origine 
de  ce  produit,  pour  qu'on  ne  leur  enlevât  pas  cette  branche 
de  commerce  en  emportant  les  animaux  qui  le  fournissent. 

Que  les  caravanes  apportassent  ce  duvet  des  Indes,  il 


250  DISSERTATION 

n'y  a  iiucuii  doute;  i-zechiei  indirectement,  Philoslrale  et 
Pollux  directement,  nous  montrent  cette  roule.  PhifO-s- 
tiatefaitplus;  il  nous  dit  positivement  qu'Apolionius,  étant 
aux  Indes,  vit  que  tout  le  byssus  qu'on  portait  en  Egypte 
venait  de  ces  contrées.  Sans  doute  il  avait  été  témoin  du 
retour  de  quelque  caravane  venant  du  Boutan ,  et  il  avait 
vu  la  matière  première,  telle  qu'on  l'apportait  avant  d'être 
ouvrée. 

On  ne  peut  pas  avancer  que  l'art  de  tisser  le  duvet  de 
cachemire  soit  une  invention  moderne.  Ce  n'est  pas  sous 
la  domination  des  Turcs  qu'on  a  pu  faire  des  découvertes 
d'aucune  espèce  ;  l'islamisme  détruit,  mais  ne  crée  pas. 
On  peut  être  sûr  que  ce  qui  existe  aujourd'hui  existai* 
avant  l'invasion  des  musulmans.  Quand  l'Alcoran  parcourut 
l'Asie,  suivi  par  le  fer  et  la  flamme,  les  connaissances  se 
perdirent;  ce  qui  ne  se  perdit  pas  resta  et  est  toujours 
resté  dans  un  état  stationnaire.  On  peut  voir  la  preuve  de 
ce  que  j'avance  dans  le  magnifique  travail  des  membres  de 
la  commission  d'Egypte.  Ce  n'est  pas  depuis  que  les  belles 
contrées  de  la  Grèce ,  de  l'Asie-Mineure ,  de  la  Syrie,  sont 
tombées  sous  le  joug  des  Ottomans,  que  les  arts  et  le  luxe 
ont  pu  conquérir  le  précieux  tissu  qui  nous  occupe.  Ce 
tissu  était  connu  au  moment  de  l'irruption;  il  continua  ù 
l'être,  parce  que  sa  iinesse  plut  aussi  bleu  aux  farouches 
calijes  qu'elle  avait  n'u  aux  voluplui-ui^es  Romaines.  On  îe 
travaillait  avant  par  industiie;  on  le  travailla  depuis  par 
routine.  Les  palmes  qu'on  y  fait  sont  elles-mêmes  ,  n'eu 
douions  pas,  une  imitation,  je  dirais  presque  une  corrup- 
tion des  fleurs  qu'on  y  brochait  autrefois  et  qui  constituaivM-.t 
ces  robes  fleuries,  dont  Apulée  couvre  les  initiés  aux  m  vï-- 
lères  d'Isis ,  florid-è  depicici  veste  couspicuus.  Forster, 
l.aitlitr,  llouelle  n'ont  \n\  reconnaître  dans  le  byssus  le 
t.'uvel  des  chèvres  du  Tb.ibct,  parce  que  de  leur  tt-ius  on.  ne 


SUR  LE  lilSSlJS  DES  A>iCIENS.  251 

le  connaissait  pas;  et  ils  se  sont  rejetés  sur  le  coton, 
faute  de  mieux,  quoiqu'ils  eussent  bien  du  s'aperccToir 
que  ce  duvet,  originaire  des  contrées  où  le  byssus  était  si 
recherché,  ne  pouvait  pas  être  lui-même  l'élément  de  cette 
étoffe  si  précieuse.  Quant,  aux  contradictions  et  à  l'igno- 
rance des  anciens  sur  cette  matière ,  elle  ne  doit  pas  nous 
surprendre.  Aurions-nous  été  nous-mêmes  plus  instruits 
qu'eux,  sans  les  découvertes  de  la  géographie  moderne;  et 
savions-nous  au  juste,  il  n'y  a  pas  bien  long-tems  encore , 
si  ce  duvet  était  un  poil  de  chèvre  ,  de  mouton  ou  de 
chameau?  D.  J.  M.  Hesry, 

Membre  de  plusieurs  sociétés  littéraires. 


v^'V^w^t^^'\'^v\v*%'vv* 


Observation  sur  la  dissertation  gui  précède. 

Quelque    ingénieux    que    soient   les    raisonnemens   de 
M.  Henry,  son  opinion  semble  de  la  nature  de  celles  qui 
peuvent  être  controversées  avec  succès.  En  effet,  plusieurs 
d'entre  les  passages  qu'il  cite  paraissent  indiquer  que  ce 
hyssus  était  une  substance  végétale. 

Il  existe,  sur  les  bords  septentrionaux  de  la  mer  Cas- 
pienne, une  espèce  de  Clématite  ou  à^Asclépiade  pro- 
duisant un  duvet  fin,  soïeux,  d'une  éclatante  blancheur  et 
susceptible  d'être  filé.  On  a  récemment  tenté  de  le  mêler 
avec  du  coton ,  et  il  en  est  résulté  des  tissus  très-beaux , 
quoique  légers  et  peu  solides.  Sans  doute,  ce  n'est  point  là 
le  byssus;  mais  ne  serait-il  pas  possible  qu'une  matière 
d'une  nature  analogue  eût  autrefois  été  transportée  de 
l'Inde  en  Europe,  et  qu'on  l'eût  employée  à  fabriquer  les 
étoffes  dont  il  est  question  dans  la  dissertation  de  M.  Henry  ? 

Que  les  anciens  connussent  le  duvet  de  cachemire,  <t 
qu'ils  en  fissent  usage  pour  fabriquer  les  manteaux  et  h  s 
draperies  qui  ornent  et  accusent  si  bien  les  contours  du 


252         SUR  LE  CONSEIL  DE  SALUBRITÉ. 

corps  humain,  c'est  co  qu'il  est  difficile  de  réyoquer  en 
doute.  L'aspect  de  plusieurs  statues  antiques  concourt  ;i 
accréditer  cette  opinion.  Mais  quel  nom  donnait-on  à  cette 
précieuse  matière  ?  C'est  ce  qu"il  n'est  pas  aussi  aisé  de 
décider. 

Aujourd'hui,  les  Turcs  et  les  Persans  l'appellent ////iyt, 
c'est-à-dire,  très-probablement,  thibètique.  Chez  les  Kir- 
ghis,  les  Kalmoucks  et  les  Arméniens  de  Russie,  elle  porte  le 
nom  de  tibetj  nom  duquel  il  ne  serait  pas  impossible  (avec 
un  peu  de  goût  pour  les  étymologies  douteuses)  de  faire 
dériver  notre  mot  français  duueLj  attendu  la  fréquente  mu- 
tation du  t  en  d  et  du  b  en  v,  dans  les  langues  orientales, 
comme  dans  les  langues  européennes.  Il  serait  curieux, 
au  surplus,  d'examiner  si  le  mot  byssiis  lui-même  existe  dans 
la  langue  thibétaine ,  et,  dans  ce  cas,  ce  qu'il  signifie.  Des 
recherches  dirigées  dans  ce  sens  ajouteraient  peut-être 
un  nouveau  degré  de  vraisemblance  aux  conjectures  de 
M.  Henry,  et  tendraient  à  éclaircir  une  question  digne  f. 
sous  plusieurs  rapports,  d'exciter  l'attention  des  savans. 
{Note  communiquée paj- M.  JjirBERT. ) 


«A/W'\'V%'\X'V'\-><V1/V% 


NOTICE 

Sur  le  Conseil  DE  sALLURixi,  établi  près  la  Préfecture 
de  police  de  Paris. 

M.  **•  venait  d'être  promu  à  une  place  dont  il  senlait  toute 
l'importance  :«  Que  vous  êtes  heureux!  lui  dit  un  homme  de 
bien,  un  philosophe,  un  vrai  philantrope  enfin.  Que  vous 
êtes  heureux ,  et  que  j'envie  l'une  de  vos  attributions  !  Levée 
d'hommes,  levée  d'impôts,  exercice  de  la  justice  crimi- 
nelle; tous  ces  actes  du  gouvernement,  nécessaires  à  la 
vie  du  corps  social,  «ont  accompagnés  de  rigueurs  inévi- 
tables. Magistrat  chargé  de  la  sArcté  publique,  vous  n'avez.. 


SLR  LE  COÎ^SEIL  DE  SALUBRITE.  253 

vous,  que  du  bien  à  faire,  et  votre  seule  étude  doit  être, 
lie  le  faire  le  mieux  possible.» 

Le  magistrat,  nous  l'avons  dit,  connaissait  l'importance 
des  fonctions  qui  lui  étaient  confiées;  H  savait  donc  qu'on 
ne  peut  que  gagner  à  écouter  les  réflexions,  ou,  si  l'on 
veut,  les  rêveries  d'un  homme  bien  intentionné  et  pénétré 
àe  son  sujet.  «  Vous  m'obligeriez,  dit-il  à  son  ami,  si  tous 
vouliez  me  développer.... — Ce  que  vous  savez  mieux 
que  moi. — Je  a'ai  pas  cette  prétention  ;  mais  alors  même 
je  me  rappellerais  ce  que  je  vous  ai  entendu  dire  plus 
d'une  fois  :  que,  si  vous  pouviez  obtenir  d'un  ami  qu'il 
exposât  devant  vous,  avec  quelques  détails  et  comme  lui 
appartenant,  le  plan  et  les  idées  d'un  ouvrage  dont  vous 
lui  auriez  confié  le  manuscrit,  vous  seriez  sûr  de  recom- 
mencer votre  travail  avec  un  avantage  immense. 

— Je  vous  obéirai  donc,  et  ce  sera  avec  d'autant  plus  de 
satisfaction  que  nous  ne  pourrons  faire  un  pas  sans  recon- 
naître et  bénir  les  bienfaits  d'une  civilisation  perfectionnée. 
C'est  peu  que,  dans  une  carrière  si  vaste,  elle  vous  envi^- 
ronne  de  moyens  de  succès,  proportionnés  à  l'étendue  de 
vos  devoirs  :  c'est  elle  qui  vous  ouvre  la  carrière ,  puis- 
qu'elle seule  a  enfin  assigné  au  peuple,  dans  la  société,  une 
place  qu'il  n'avait  jamais  occupée  auparavant. 

Tenir  les  sujets  dans  une  soumission  muette,  en  tirer  le 
plus  d'argent  possible,  et,  pour  faire  la  part  de  la  gloire, 
les  instruire  à  aller,  au  profit  du  chef,  piller  et  égorger  leurs 
voisins  ;  voilà  ù  quoi  se  réduisent  les  combinaisons  du 
gouvernement,  sous  un  despote  asiatique  ou  sous  un  sei- 
gneur féodal  ,  combinaisons  d'autant  plus  simples  ,  que 
les  mêmes  individus  peuvent  au  besoin  servir  de  ministres, 
de  juges  et  de  bourreaux.  Ne  parlez  point  là,  pour  les 
sujets,  de  mesures  sanitaires.  Trop  heureux  de  servir  leur 
sublime  maître,  qu'importe  qu'il:?  meurent,  pourvu  ([i:i^ 


25A  SIR  Ll^  CONSEIL  DE  SALIBRITÉ. 

les  survivans  envoient  les  n'.C-mes  sommes  au  trésor,  le 
même  nombre  de  recrues  ù  l'aruiée  ?  Voilà  l'ordre  de 
(  ho^es  auquel  certains  hommes  ,  moins  éioignés  de  nous 
que  les  contrées  de  l'Asie  et  les  tems  féodaux,  ne  seraient 
pas  fâchés  de  nous  conduire. 

A  la  longue  cependant,  on  s'éclaire;  un  grand  politiqot; 
fmit  par  apercevoir  que  les  troupeaux  d'hommes,  comme 
les  autres  troupeaux,  ne  diminuent  jamais  sensiblement 
«ans  porter  préjudice  au  propriétaire.  11  n'a  pas  d'ailleurs 
partout,  comme  en  Turquie,  la  ressource  du  fatalisme 
pour  étouffer  les  plaintes  d'autrui  et  ses  propres  craintes. 
Alors  commencent  les  précautions  sanitaires ,  mais  toujours 
(iiri"-ées  dans  le  même  esprit  et  pour  l'intérêt  de  celui  qui 
les  ordonne.  La  conservation,  le  bien-être  du  peuple,  s'ils 
ue  sont  pas  tout-à-fait  oubliés ,  arrivent  en  troisième  ou 
quatrième  ligne;  l'intérêt  de  tous  les  intermédiaires  passe 
auparavant;  rien  de  plus  légitime. 

Le  premier  médecin  du  pacha  de  Innina^  qui  probable- 
ment (  ainsi  que  Petitjean  des  Plaideurs  )  compte  ijiiel- 
que.fois  avec  son  généreux  maître ,  a  mis  ù  ferme  la 
propagation  de  la  vaccine  (i).  En  payant,  du  moins  on 
jouit  de  cette  admirable  découverte:  l'avidité  pécuniaire 
est  moins  pernicieuse  que  la  vanité  !  On  laissa,  il  y  a  cent 
ans ,  se  développer  avec  toute  son  énergie  la  terri!)le 
peste  de  Marseille,  plutôt  que  de  compromettre  l'infailli- 
bilité de  M.  le  premier  médecin,  qui  avait  nié  hautement 
que  celte  maladie  fût  la  peste.  En  1M19.  S.  E.  le  général 
en  chef  menace  de  punir,  comme  coupable  de  haute  tra- 
liison,  un  médecin  qui  annonce  que  la  lièvre  jaune  existe 
vi:ms  l'île  de  Léon  (2);  et  le  neuvième  d'une  population  , 

;  1)   Vcjagedans  la  Cifve  y  par  M.  rotiqurville.  Tom.  T  ,  pa;»  5^3. 
^■x)   Voyez   ;i  Jh-i-itc  Eiitjdoitdique,  Tom.X,  pac.  5li  r>\. 


SUR  LE  CONSi;iL  DE  SALDliUTTE.  255 

aissée  volontairement  en  proie  au  fléiui ,  périt  victime  du 
i'espect  dû  à  S.  E.  le  général  en  chef. 

Rien  de  pareil  n'arrivera  sous  un  gouvernement  sage, 
et  tel  que  tous  aujourd'hui  doivent  Tètre  ou  le  devenir, 
sous  un  gouvernement  en  harmonie  avec  les  progrès 
do.  la  civilisation.  Entraîné  par  les  principes  de  cette  civili- 
sation ,  lors  même  qu'il  ne  le  serait  point  par  les  siens 
propres,  il  ne  voit  autour  de  lui  que  des  hoiumes,  des 
citoyens.  Dans  toutes  les  chances  de  la  vie  sociale,  il  doit 
compte  de  chacun  d'eux  à  l'état;  il  doit  à  clmcun  d'eux  de 
concilier  avec  la  sûreté  puhliqiie  la  plus  grande  liberié  in- 
dividuelle ,  le  plus  grand  développement  de  l'industrie 
particulière. 

Il  ne  doit  même  plus  attendre  que  le  mal  existe,  que 
le  danger  soit  imminent,  pour  réparer  l'un  ,  pour  com- 
battre l'autre  ;  un  mot  renferme  presque  toutes  les  obli- 
gations de  la  police  sanitaire  :  prévenir. 

Plus  vous  êtes  éclairé,  plus,  j'en  suis  sûr,  vous  sentirez 
le  besoin  d'appeler  à  votre  aide  les  conseils  de  la  science 
t't  les  leçons  de  l'expérience. 

— •  C'est  mon  dessein  ,  dit  le  magistrat  ;  c'est  mon 
devoir.  Le  teins  n'est  plus  où,  pour  combattre  le  fléau  qui 
a  fait  si  chèrement  expier  à  l'avide  Europe  le  piliagft  des 
trésors  de  l'Amérique,  on  prononçait  un  bannissement, 
so;is  peine  de  mort  (i) ,  contre  tous  les  malheureux  qr.i 
en  seraient  atteints  et  qui  n'auraient  p:is  l'avantage  d'être 
iHîiirgeois  de  Paris. 

— Le  tems  n'est  plus  où  un  arrêt  était  rendu  contre  l'é- 
metique  par  des  juges,  qui  eussent  trouvé  fort  mauvais 
que  l'on  eût  fait  décider  un  point  de  droit  par  une  assemblée 
de  médecins.   Le  tcms  n'est  plus  où  ces  législateurs  sans 

(i)    En   i^py. 


256  SUR  LE  CONSEIL  DE  SALIBRIÏE. 

mission  proscrivaient  l'inoculation  (i);  où  un  grand  sei- 
gneur, digne  du  titre  de  citoyen  (?,),  étit  puni  par  une 
lettre  de  cachet,  pour  avoir  établi  que  cette  pratique  salu- 
taire diminuait  la  nmortalité  dans  la  proportion  de  y 5  à  i 

Et  cela,  quand,  dans  la  Sicile  à  demi-barbare,  on  jouissait 
depuis  quatre  lustres  des  bienfaits  de  rinoculation  (3)  ! 

—  Pardonnons  au  passé  et  bénissons  le  présent  :  grâce 
au  ciel,  l'autorité  ne  croit  plus  qu'il  soit  de  son  honneur  de 
rester  en  arrière  de  plusieurs  siècles  sur  la  raison ,  l'huma- 
nité et  l'initruction  générale.  L'esprit  de  parti ,  d'ailleurs, 
qui,  au  xvin*,  siècle  influa,  plus  qu'on  ne  le  suppose,  sur 
une  opposition  si  contraire  au  bel  essor  qu'avaient  pris  en 
France  la  philosophie  et  les  sciences  naturelles  ;  l'esprit  de 
parti  sera  désormais  étranger  à  toutes  les  questions  de  sa- 
lubrité publique. 

— Je  n'en  jurerais  pas,  dit  le  philantr-ope ,  depuis  que 
j'ai  entendu  deux  personnes,  très-estimables  à  cela  près, 
implorer  pour  leur  patrie  les  bienfaits  de  la  peste.  L'une 
voulait  seulement  diriger  la  peste  dans  le  chois  de  ses  vic- 
times ;  je  crois  bien  que  je  me  serais  trouvé  sur  sa  liste  de 

visites j  et  vous  aussi  peut-être l'autre,   plus    large 

dans  ses  conceptions  charitables,  demandait  le  retour  de  la 
peste  noire  .f  qui,  au  xiv'  siècle,  dépeupla  le  quart  de 
l'Europe;  ajoutant,  comme  le  légat  du  pape,  au  massacre 
de  Béziers  :  Dieu  connaîtra  les  siens! 


(i)   Arrêt  du  parlement  de  Paris,  S  juin  i-6ô. 

(2)  M.  le  comte  de  Lauruguais,  aujourd'hui  duc  de  Brancas  , 
membre  de  la  chambre  des  pairs.  La  lettre  de  cachet  l'ut  expédiée 
contre  lui ,  le  i5  juillet  1763. 

(3j  Le  baron  Riedesel,  voyageant  en  Sicile,  en  ijtij,  remarqua 
que  l'inoculation  était  usitée  à  Catane ,  où  tUe  avait  été  apportée 
vinçt-cinq  ans  auparavant  par  des  voyageurs  grecs.  VoyezlA  traduc- 
tion anglaise  de  son  vojaije,  par  Forslcr,  pag.  120. 


SUR  LE   CONSEIL  DE  SALUliKITÉ.          257 

—  Saillies  extravagantes,  que  produit  une  opinioiî 
exaltée  et  que  le  cœur  désavoue!  Revenons  à  notre  sujet; 
ma  tâche ,  telle  que  vous  la  présentez ,  se  ramifie  en  des 
détails  innombrables  .... 

—  Mais  tous  importans:  tous  intéressent  l'existence  de 
l'homme  en  société.  Plaisirs,  besoins,  travaux,  industrie, 
accidens,  maladies,  désastres,  fléaux  de  la  nature,  tout 
ce  qui  remplit  les  diverses  scènes  de  la  vie  appelle,  sous 
le  rapport  de  la  salubrité,  votre  infatigable  surveillance. 

Quand  nous  allons  chercher  dans  une  salle  de  spectacle 
un  amusement  conforme  aux  goûts  nobles  d'un  peuple 
civilisé,  devons-nous  y  respirer,  pendant  plusieurs  heures, 
un  air  infect;  ou,  pour  n'être  point  suffoqués,  nous 
exposera  des  variations  de  température  subîtes,  et  dès-lors 
malsaines  .3  Vous  demanderez  à  la  science  comment  on 
peut  aérer  convenablement  les  salles  de  spectacle.  Après 
avoir  appris  d'elle  ce  que  l'on  peut  faire  de  mieux  pour  les 
édifices  existans  ,  pourquoi  ne  l'inviteriez-vous  point  à 
s'élever  plus  haut,  et  à  chercher,  pour  les  édifices  projetés, 
le  secret  de  se  passer  de  ces  moyens  secondaires,  et,  par 
le  mode  seul  de  leur  construction,  d'entretenir  la  pureté 
de  l'atmosphère,  sans  en  faire  brusquement  varier  la 
température  ? 

—Ne  bornons  point  nos  recherches  anx  salles  de  spec- 
tacles, dit  M.  ***;  rendons-les  applicables  à  tous  les  lieux 
où  beaucoup  d'hommes  sont  assemblés:  ateliers,  temples, 
tribunaux,  quel  que  soit  le  but  de  la  réunion,  le  problème 
reste  le  même.  Il  augmente  d'importance,  si  la  réunion  est 
durable  ,  s'il  s'agit  d'un  lieu  d'habitation  commune.  Le 
premier  exemple,  que  m'indique  sous  ce  rapport  l'intérêt 
public,  est  celui  des  casetmes.  Ne  laissons  pas  s'altérer 
dans  le  repos  une  santé  que  le  militaire  conserve  souvent 
Tome  xi.  j7 


258  Slil  LE  CONSKiL  DE  SALLBRITE. 

mieux  dans  l'activité  des  camps,  au  milieu  des  périls  et  des 
fatigues. 

—  L'humanité,  reprit  \e phi/antropp,  réclame  les  mêmes 
soins  pour  ces  asiles  de  douleur,  qù  la  nécessité  seule  a 
droit  de  retenir  l'homme  au  nom  de  la  loi.  II  faut  des 
dépôts  de  jnendicùé ,  puisque,  moins  heureux  qu'on  ne 
l'est  à  Munich  et  à  Duhlin  (i),  nous  ne  sommes  pas  encore 
parvenus  à  guérir  cette  plaie  honteuse  de  la  civilisation. 
Il  faut  des  priions  ; .  .  .  mais  n'y  torturons  point  l'indigent, 
l'accusé,  le  coupable,  par  une  humidité  funeste,  par  le 
manque  d'air  respirable  ,  par  l'émanation  de  miasmes 
meurtriers;  et,  quand  la  maladie  l'atteint,  que  les  secours 
dont  il  a  besoin  soient  d'autant  mieux  surveillés,  qu'il 
ne  peut  les  aller  chercher  au-dehors,  et  que,  par  un  triste 
effet  de  l'habitude,  il  inspire  plus  de  haine  et  de  mépris 
que  d'intérêt  et  de  compassion  aux  hommes  à  qui  la  loi 
confie  sa  garde  et  son  existence. 

— D'autres  organes  de  la  loi,  dit  le  magistrat,  établiront 


(i)  Des  propriétaires  et  des  négocians  de  Dublin,  réunis  en  société 
de  bienfaisance ,  ont  fait  les  fonds  nécessaires  pour  ouvrir  de  grands 
ateliers  aux  mendians  valides  ,  et  un  hospice  aux  nieadians  inva- 
lides. Quand  ces  établissemens  ont  été  prêts,  les  fondateurs  en  ont 
donné  avis,  par  des  affiches  et  des  circulaires,  à  tous  les  habitans  de 
Dublin,  en  les  conjurant,  au  nom  du  bien  public,  de  ne  plus  faire 
l'aumône  dans  les  rues,  mais  d'adresser  à  l'administration  de  la 
société  les  soeimes  qu'ils  voudraient  consacrer  au  soulagement  des 
malheureux.  Cet  avis  ,  revêtu  des  signatures  les  plus  respectables , 
et  appuyé  des  motifs  les  plus  convaincans,  a  fait  soudain  cesser  le» 
auniùnes  publiques.  Les  mendians  ne  recevant  plus  pour  réponse 
que  ces  mots  ,  Allez  à  la  maison  de  secours ,  se  sont  rendus  tous 
à  l'hospice  ou  aux  ateliers.  (Extrait  d'un  rapport  de  M.  i/Mzarrf fils, 
membre-adjoint  du  conseil  de  salubrité  ,  sur  im  voyage  qu'il  a  fait  ea 
Angleterre,  en  1818.  ) 


SUR  LE  CONSEIL  DE  SALUBRITÉ.  259 

des  différences  dans  le  sort  des  liabitans  de  ces  tristes  de- 
meures: moi,  je  ne  verrai  dans  tous  que  des  infortunés; 
rien  de  ce  qui  les  concerne  ne  doit  échapper  à  mes  soins. 
Pour  leur  intérêt  et  celui  de  la  chose  publique,  je  recher- 
cherai à  quels  travaux  utiles  et  salubres  on  peut  les  occuper. 
Pour  leur  intérêt  et  celui  de  l'humanité,  je  m'efforcerai  de 
les  préserver  de  la  négligence  des  gardiens  et  de  la  cupi- 
dité des  fournisseurs  pour  l'ameublement  des  lits,  l'habil- 
lement, le  chauffage,  l'éclairage.  Ma  sollicitude  journalière 
s'étendra  sur  leurs  alimens.   .   .  . 

— Et  sur  les  nôtres  aussi.  La  partie  plus  compliquée  que 
difficultueuse  des  approvisionnemens  n'entre  point  dans  vos 
attributions;  mais  par  combien  de  détails  s'y  rattache  la 
nourriture  quotidienne  d'une  grande  ville!  Le  choix  de  l'eau 
même  n'est  pas  indifférent  :  des  sources  qui  la  fournissent, 
des  moyens  employés  pour  la  porter  au  loin ,  des  procédés 
mis  en  œuvre  pour  l'épurer,  dépendent  ses  qualités  plus 
ou  moins  salubres. 

Vous  avez  voyagé;  vous  avez  vu  que,  dans  toutes  les 
villes ,  la  nécessité  de  se  nourrir  de  la  chair  des  animaux 
oxpose  un  ou  plui?ieurs  quartiers  à  devenir  des  foj^ers  d'in- 
fection. L'établissement  de  grands  abattoirs  doit  remédier 
à  ce  mai;  il  l'augmentera,  au  contraire,  si  la  science  ne 
préside  point  à  leur  construction  ,  aux  moyens  de  les  aérer 
et  d'y  entretenir  une  propreté  scrupuleuse  ,  et  si  votre  sé- 
vérité vigilante  ne  prévient  pas  la  négligence,  toujours  si 
prompte  à  laisser  le  bien  tomber  en  désuétude. 

La  même  sévérité  maintiendra  dans  les  marchés  l'exé- 
cution des  ordonnances  de  salubrité  qu'une  police  éclairée 
y  introduit.  Ce  n'est  pas  seulement  la  négligence  qu'il 
faut  ici  réprimer;  c'est  l'avidité  mercantile,  c'est  l'insou- 
ciance ignorante,  toujours  prêtes,  l'une  à  livrer,  l'autre  à 
a.'"cepter  des  aliniens  dangereux.  Je  ne  citerai  que  la  iVc- 

17  * 


560  SUR  LE  COSiiil.  DE  SALLBRITt:. 

quence  des  accidens  causés  par  l'usage  des  champignons, 
quand,  pour  satisfaire  une  misérable  gourmandise,  on  viole 
ou  l'on  élude  les  ordonnances  de  police.  Vous  ne  perdrez  point 
de  vue  non  plus  les  boissons,  si  faciles  à  altérer  d'une  manière 
dangereuse ,  ni  la  pureté  des  vases  et  des  mesures  métal- 
liques ,  où  le  séjour  d'une  liqueur  innocente  peut  développer 
en  quelques  heures  un  poison  redoutable.  Ce  qui,  dans  tout 
ceci,  rend  votre  tâche  plus  délicate,  c'est  le  danger  d'a- 
larmer les  imaginations  par  des  craintes  mal  fondées ,  ou 
d'entraver  par  des  précautions  superflues  un  commerce 
nécessaire,  de  tous  les  jours  et  de  toutes  les  heures. 

A  côté  du  besoin  de  se  nourrir,  vient  s'en  placer  un 
autre,  moins  souvent  renouvelé,  mais  non  moins  impérieux 
et  souvent  plus  aveugle  dans  ses  inspirations:  l'homme 
souffrant  ou  malade  veut  guérir.  Quand  un  gouvernement 
sage  donne  à  l'étude  des  diverses  sciences  médicales  les 
plus  grands  encouragemens ,  il  n'a  rempli  que  la  moitié  de 
sa  tâche.  Combien  de  malades ,  dont  la  santé  morale  est 
aussi  dérangée  que  la  santé  physique  !  Entraînés  par  le 
caprice,  l'ignorance,  la  sotte  crédulité,  ils  s'éloignent  du 
médecin  modeste  et  circonspect,  et  courent  chercher  l'au- 
dacieux empirique,  armé  de  ses  infaillibles  necrets.  Démas- 
quer et  livrer  à  la  vindicte  des  lois  ces  charlatans  qui 
escroquent  quand  ils  n'empoisonnent  pas,  faire  connaître 
la  vanité  ou  le  danger  de  leurs  remèdes  secrets,  c'est, 
dit-on  en  certains  pays,  se  placer  entre  le  risque  de  dé- 
plaire à  leurs  protecteurs  et  le  désir  de  sauver  chaque 
année  la  santé  et  la  vie  d'un  grand  nombre  de  citoyens. 

Une  discipline  hygiénique  doit  également  présider  à  la 
confection  des  remèdes  avoués  par  la  science,  à  l'adminis- 
tration des  bains  publics,  des  bains  médicinaux,  à  la  com- 
position et  au  débit  des  eaux  minérales.  L'abus  se  glisse 
dans  les  meilleures  choses. 


SUR  LE  CONSEIL  DE  SALUBRITE.  261' 

J'étendrai  cette  maxime  jusqu'au  zèle  que  portent  dans 
leurs  travaux  des  anatomistes  avides  d'instruction;  les  am- 
phithéâtres de  dissection  doivent  être  stirveillés.  Des  con- 
sidérations ,  puisées  dans  la  jurisprudence  ,  portent  à 
désirer  la  suppression  des  amphithéâtres  particuliers;  l'in- 
térêt de  la  salubrité,  surtout  dans  le  tems  des  chaleurs,  la. 
rend  indispensable. 

—  Une  nécessité,  aussi  bien  prouvée  que  celîe-ci  me 
paraît  l'être,  pourra  seule,  dit  le  magistrat,  me  dicter  des 
mesures  prohibitives.  II  faut  que  celui  qu'elles  atteignent 
soit  contraint,  à  la  réflexion,  d'avouer  que  lui-même  les. 
solliciterait  contre  une  autre  personne.  Les  progrès  des 
sciences,  les  intérêts  de  l'industrie,  les  droits  de  la  pro- 
priété sont  si  respectables! 

— Voilà  dans  quelle  disposition  d'ame  vous  devrez  jour- 
nellement procéder  à  l'examen  des  diverses  professions, 
dont  l'exercice,  incommode  ou  insalubre,  n'en  est  pas  moins, 
devenu  indispensable  pour  nos  plaisirs  ou  nos  besoins.  Il 
faut  préserver  de  leurs  efforts  pernicieux,  et  l'homme  qui 
s'y  livre  ,  et  les  hommes  dont  la  proximité  des  ateliers  peut 
altérer  la  santé  ,  compromettre  la  for^;une  ,  exposer  l'exis- 
tence habituelle  à  desdésagrémens  intolérables.  Ici  encore-, 
vous  voudrez,  j'en  suis  sAr,  aller  plus  loin  que  de  simples 
précautions  :  sans  relâche  et  sans  vous  rebuter  de  plusieurs 
essais  infructueux,  vous  demanderez. à  la  science  d'assainir  ' 
les  professions  insalubres. 

Il  est  des  objets  dont  un  dégoût  fondé  éloigne  nos  re- 
gards, dont  le  voisinage  afilige  nos  sens:  une  telle  délica- 
tesse vous  est  interdite.  Les  chantiers  d'équarrissage,  où 
l'on  retire  des  cadavres  des  animaux,  tout  ce  qui  peut  en- 
core servir  aux  arrs  ;  les  voiries,  où  s'entassent  et  pour-- 
'rissent  les  immondices  d'une  grande  ville;  les  égouts,  ks 
{>ui;ar(î.'^,  où  .«c  perdent  les  eavjx  qui  ont  nettoyé  nos  rue5.i 


262  SUR  LE  CONSEIL  DE    SALUBRITÉ. 

et  nos  cours;  les  fosses  d'aisance  publiques  ou  particulières, 
tous  ces  étabiissemens  dont  on  ne  peut  se  passer,  de- 
TÎennent  éminemment  malfaisans,  si  des  soins  bien  dirigés 
ne  président  à  leur  police,  à  leur  entretien,  à  leur  curage, 
à  leur  construction,  au  choix  de  leur  emplacement.  Les 
mêmes  soins  sont  nécessaires  pour  les  puits  ,  qui  se  gâtent 
si  facilement  par  des  infiltrations,  et  dont  le  curage,  néces- 
sité par  l'infection  qu'ils  répandent  et  par  la  qualité  délé- 
tère que  contractent  leurs  eaus,  est  une  opération  assez 
délicate  pour  compromettre  souvent  la  vie  des  ouvriers  qui 
l'entreprennent. 

Le  curage  des  canaux  et  des  rivières,  le  dessèchement 
des  marais,  sont  commandés  par  les  besoins  de  la  navi- 
gation et  la  prospérité  de  l'agriculture.  Ils  ne  peuvent 
s'effectuer  sans  que  l'atmosphère  ne  se  remplisse  d'exha- 
laisons méphitiques,  à  moins  que  des  précautions  sanitaires 
n'y  président  constamment. 

Si  l'on  néglige  ces  précautions ,  ou  si  l'on  ne  peut  les 
opposer  à  des  inondations  soudainement  suivies  de  fortes 
chaleurs,  on  verra  se  manifester  des  maladies  plus  ou 
moins  intenses,  plus  ou  moins  promptes  à  étendre  au  loin 
leur  contagieuse  influence.  C'est  là  une  cause  féconde  d'é- 
pidémies; malheureusement,  ce  n'est  pas  la  seule.  Trop 
souvent,  une  nature  marâtre  se  joue  de  notre  prévoyance, 
et  développant  à  l'improviste  une  épidémie  meurtrière, 
ne  nous  laisse  que  la  triste  ressource  de  combattre ,  avec 
des  moyens  incertains,  le  fléau  que  nulle  sagesse  humaine 
n'aurait  pu  conjurer. 

A  côté  des  épidémies,  figurent  les  épiiooties ,  dont  tes 
ravages  paralysent  l'agriculture,  portent  la  désolation  dans 
nos  fermes  et  la  famine  dans  nos  marches. 

On  voyait  jadis  dans  l'un  et  l'autre  fléau  des  effets  de  la 
sorcellerie  ou  des  signes  de  la  vengeance  divine.  A  ces 


SUR  LE  CONSEIL  DE  SALUBRITE.  26S 

opinions  décourageantes  ont  succédé  avec  avantage  les 
précautions  qui,  cernant  la  contagion,  en  préservent  les 
lieux  les  plus  voisins  de  son  centre,  et  les  moyens  curatil's 
avec  lesquels  des  médecins  courageux  viennent  l'attaquer 
de  front  et  lui  arracher  ses  victimes. 

Moins  meurtrière  qu'une  épidémie,  mais  plus  effrayante 
quand  ses  ravages  deviennent  fréquens  ,  l'hydrophobic 
prescrit  uae  police  presque  cruelle  contre  le  vagabondage 
des  animaux,  dont  la  morsure  la  fait  naître  le  plus  com- 
munément, et  l'emploi  de  secours  douloureux,  mais  effi- 
caces, s'ils  suivent  de  près  la  morsure. 

Nous  avons  rappelé  l'arrêt  qui  proscrivit  l'inoculation; 
l'autorité  n'a  point  proscrit  la  vaccine,  bien  au  contraire. 
Comment  donc   se  fait-il   que  vous   deviez   compter  au 
nombre  de  vos  devoirs  celui  de  lever  les  obstacles  qui  s'op- 
posent  à  ce   qu'elle   devienne   d'une  utilité   universelle  ? 
Pourquoi  sommes-nous  tentés  d'envier  pour  notre  pays 
Vappalto  (s)  d'Ali-Pacha,  chez  les  sujets  duquel  la  vacci- 
nation est  probablement  forcée,  comme  l'était  autrefois  la 
consommation  d'une  certaine  quantité  de  sel  dans  les  pays 
dits  à&  grande  gabelle?  Comment  la  petite  vérole  existe- 
l-el!e   encore  parmi  nous  ?  quels   hommes  ont  intérêt  à 
voir  leurs  semblables  victimes  de  cette  horrible  maladie?... 
—  Le  magistrat  parut  réfléchir  profondément  et  garda 
le  silence.    Le  pliiUuilrope  comprit  apparemment  sa  ré- 
ponse, car  il  continua  ainsi:  Mettons  tout  cela,  puisqu'il 
le  faut ,  sur  le  compte  de  scrupules  inexplicables.   Nous 
placerons  ces  scrupules  sur  la  même  ligne  que  la  sévérité 
peu  éclairée  et  souvent  peu  sincère  qui ,  dans  un  autre 
genre  de  maladies,  n'a  voulu  voir  long-tems  que  le  vice 
puni  par  lui-même.  Il  ne  nous  est  plus  permis  d'ignorer 

'■/;  La  mise  en  ferniu  de  !a  vncciiiîitioii. 


36A  SUR  Li-   CONSEIL  DE  SALLBRITÉ. 

combien  de  fois  le  fruit  d'un  moment  d'oubli  a  été  com- 
muniqué par  l'hymen  à  l'épouse  irréprochable,  à  l'enfanl 
qui  n'avait  pas  encore  vu  le  jour,  ou  qui,  attaché  au  sein 
nourricier,  y  a  puisé  avec  le  lait  un  abominable  poison.  Il 
ne  nous  est  plus  permis  d'ignorer  combien  de  maladie? 
constitutionnelles,  d'affections  meurtrières,  ne  sont  que 
des  dégénérescences  du  même  poison ,  modifié  et  masqué  .. 
dans  sa  transmission  par  deux  ou  trois  générations  succes- 
sives. Il  est  du  devoir,  et  il  n'est  pas  au-dessus  des  forces 
d'une  autorité  éclairée,  de  combattre  le  fléau  dans  son 
foyer  le  plus  actif  et  de  rendre  la  prostitution  moins  mal- 
faisante, en  attendant  que  le  progrès  des  mœurs  la  fasse 
un  jour  entièrement  disparaître. 

Je  me  fais  peu  de  scrupule,  vous  le  voyez,  d'arrêter 
votre  attention  sur  des  détails  toujours  tristes  et  quelquefois 
repoussans.  ,  .  . 

—Et  vous  avez  raison  :  l'aspect  des  maux  do  l'humanité 
devient  moins  pénible  ,  quand  on  s'en  occupe  pour  les 
soulager. 

—Les  accidens,  fréquens  dans  une  grande  ville,  réclament 
en  faveur  des  blessés  des  secours  prompts  et  sagement 
combinés:  des  secours  maladroits  peuvent  si  facilement 
aggraver  le  danger  et  la  souffrance!  Les  personnes  sub- 
mergées en  ont  souvent  fait  la  triste  épreuve.  Vous  multi- 
plierez d'abord,  sinon  les  prohibitions,  au  moins  les  pré- 
cautions pour  sauver  les  nageurs  et  les  baigneurs  de  leur 
propre  imprudence  :  mais  cette  imprudence  est  telle  que, 
partout  où  l'on  en  observera  les  effets,  on  n'hésitera  point 
à  les  assimiler  à  ceux  d'une  épidémie,  pour  peu  que  les 
moyens  de  secourir  les  noyés  et  les  asphyxiés  ne  soient 
pas  nombreux  et  tenus  toujours  en  état  de  servir. 

Au'terme  où  tous  arrivent  par  tant  de  sentiers  divers,, 
l'autorité  n'a  point  encore  achevé  sa  tâche;  s'il  convient 


SLR  LE  CONSEIL  DE  SALUBRITÉ.  265 

que  les  inhumations  soient  décentes  ,  il  est  nécessaire 
qu'elles  soient  salubres.  L'encombrement  des  cimetières 
exposait  autrefois  l'ouvrier  qui  creusait  une  fosse  nouvelle 
à  entr'ouvrir  avec  son  outil  une  ancienne  sépulture , 
d'où  s'élançait  une  vapeur  délétère  (i),  aussi  prompte  dans 
ses  effets  que  l'arme  la  plus  terrible.  On  a  reconnu  et 
éloigné  ce  danger;  mais  il  est  encore  des  mesures  de  sû- 
reté et  de  convenance  qu'on  doit  prendre  dans  les  exhu- 
mations commandées  par  les  recherches  de  la  justice  ou 
sollicitées  par  la  pieuse  affection  des  familles.  Enfin,  l'em- 
placement d'un  cimetière  n'est  point  une  chose  indifférente, 
non  plus  que  la  détermination  de  l'instant  où  l'on  doit 
cesser  d'en  faire  usage  ,  et  l'emploi  des  moyens  propres  à 
empêcher  qu'en  aucun  tems  il  ne  répande  au-dehors  de 
putrides  exhalaisons. 

L'économie  politique  réclame  la  publication  annuelle 
de  tableaux  de  mortalité.  La  comparaison  du  nombre  des 
décès  à  celui  des  naissances  sert  au  gouvernement  d'avis 
et  de  reproche,  ou  d'éloge  et  d'encouragement.  Le  tableau 
des  décès  de  chaque  âge  fournit  à  l'administrateur  l'élé- 
ment de  calculs  intéressans  sur  la  marche  rétrograde  ou 
progressive  de  la  population,  sur  la  durée  moyenne  de  la 
vie  humaine  dans  les  divers  pays,  sur  l'évaluation  probable 
des  jouissances  viagères,  etc.  Le  physiologiste,  à  son  tour, 
les  consulte;  mais  il  y  cherche  des  détails  plus  précis; 
elles  ne  seront  complètes  à  ses  yeux  que  lorsqu'elles  lui 
apprendront,  autant  que  la  chose  est  possible,  à  quel 
genre  de  maladie  chaque  victime  a  succombé. 

— Puisse-t  il,  dit  lemagistrat,  y  puiser  alors,  sinon  la 
certitude,  au  moins  l'espoir  de  diminuer  le  nombre  des 
décès,   en  prévenant,  par  le  régime  et  par  les   moyens 

(i)  Les  fossoyeurs  nomment  cette  vapeur  le  plomb. 


266  SIR  LE  CONSEIL   DE  SALUBRITE. 

prophylactiques,  les  maladies  dont  elles  Tauront  instiîiit 
à  prévoir  l'invasion. 

—  Je  ci'oirai  cet  espoir  fondé  ,  répondit  le  piiilantrope  y 
quand  la  petite  vérole  ne  figurera  plus  sur  les  tableaux  de 
mortalité. 

Une  autre  maladie  y  inscrira  aussi  ses  victimes  et  aflli- 
gera  le  moraliste  autant  que  l'homme  d'état  :  le  suicide. 

— Votre  idée  est  juste.  En  mettant  de  côté  les  accidens, 
dont  la  plupart  seraient  prévenus,  si  les  hommes  voulaient 
se  soumettre  aux  plus  simples  précautions;  une  disposition 
maniaque,  que  la  médecine  peut  reconnaître  et  combattre 
jusqu'à  un  certain  point ,  voilà  la  cause  principale  des 
suicides. 

—  Oui  ;  mais  quelquefois  aussi  une  volonté  indépen- 
dante de  l'organisation  peut  y  conduire.  Un  ancien  philo- 
sophe voulait  qu'on  punît  par  l'infamie  le  suicide  ;  je 
transporterais  volontiers  la  flétrissure  au  législateur  ou  au 
gouvernement  d'un  pays  dans  lequel  se  multiplieraient  loi 
suicides  réfléchis. 

— Vous  seriez  sévère.    .   .    . 

—  Je  ne  serais  pas  injuste.  On  reste  où  l'on  est  bien; 
l'homme  tient  naturellement  à  la  vie.  Si  une  disposition 
maladive  ne  vient  pas  détruire  en  lui  le  penchant  irrésis- 
tible qui  porte  tout  te  qui  a  reçu  rexisleuce  à  se  conserver, 
croyez  fermement  que,  dans  l'cùacation  ,  dans  les  lois, 
dans  l'administration,  se  cache  quelque  vice  secret,  dont 
les  suicides  vous  montrent  le  résultat.  Non,  certes,  qu'il 
ne  puisse  exister  des  douleurs  véritablement  intolérables, 
quand  nul  espoir  ne  les  soulage  :  telle  est  celle  de  voir 
tomber  sa  patrie  sous  le  joug  d'un  tyran  ou  sous  le  joug 
plus  humiliant  de  l'étranger.  Mais  ces  grands  désastres  ne 
sont  pas  communs ,  et  les  auîes  capables  de  les  sentir  dans 
toute  leur  étendue  sont  plus  rares  encore.  Hors  de  là,  les. 


SUR  LE  CONSEIL  DE  SALLBIVITE.  2G7 

consoîalioiib  et  le  tems  finissent  par  triompher  du  chagrin 
le  phis  juste  ;  le  travail  ou  la  bienfaisance  viennent  soulager 
la  misère;  la  mort  n'est  plus  regardée  que  comme  une 
nécessité  éloignée ,  et  non  comme  un  terme  désirable. 
J'apprécie,  ainsi  qu'ils  méritent  de  l'être,  les  argumens, 
les  exhortations,  les  dispositions  pénales  que  l'on  oppose 
au  suicide  ;  mais  je  penche  à  croire  que  le  plus  sûr  moyen 
d'empêcher  les  hommes  de  se  tuer,  c'est  de  les  laisser  êîic 
bons,  de  les  aider  à  devenir  raisonnables  et  de  les  i-endrc 
heureux.  .  .  Oh!  si  la  dernière  pensée  des  infortunés  qui 
renoncent  à  la  vie  se  pouvait  exhaler  avec  leur  dernier 
soupir,  combien  accuseraient  les  loteries!  combien  les 
maisons  de  jeu  !  combien  .... 

—  Ici  le  magistrat  interrompit  son  ami ,  parce  qu  il 
sortait  de  la  question;.  .  .  ou  plutôt,  par  la  même  raison, 
j'interromprai  une  conversation  imaginaire,  en  avouant 
que  toutes  les  idées  utiles  qu'elle  peut  renfermer  ont  été 
inspirées  par  l'étude  des  travaux  du  co/iseil  de  saluhrilè  , 
établi  près  de  la  pi'éfecture  de  police  de  Paris. 

Et  pour  prouver  à  l'ami  de  l'humanité  que  ces  idées  ne 
sont  point  des  rêves  philantropiques  ,  pour  lui  offrir  l'espé- 
rance de  voir  le  bien  s'opérer  chaque  jour  davantage,  en 
lui  montrant  par  quels  moyens  faciles  on  peut  y  parvenir, 
je  tracerai  l'histoire  de  cette  excellente  institution,  d'apiôs 
les  comptes  qu'elle-même  a  rendus  de  ses  travaux  à  l'au- 
torité qui  s'environne  de  ses  lumières. 

«  Avant  la  révolution  (i),  la  police  administrative  et 
judiciaire,  partagée  entre  plusieurs  autorités,  n'avait  ni 
cet  ensemble  ni  cette  unité  d'action  si  nécessaires  dans 
une  grande  cité.  Le  ministre  de  Paris,  le  lieutenant  de 
police,  le  prévôt  des  marchands,   avaient  chacun   d;ins 


(i)   Compte  rendu  des   travaux  du  conseil  dj  saluùràà  pend.int 
l'ann€^  ibi  7 ,  paj"»  2  et  5. 


268  SLR  LE  CONSEIL   DE  SALUBRITE. 

leurs  attribulions  une  partie  de  la  surveillance  qu'exige  lu 
salubrité  publique.  De  là,  l'impossibilité  d'avoir  sous  ce 
rapport  un  système  complet  et  une  jurisprudence  régu- 
lière, comme  celle  que  le  conseil  de  salubrité  s'efforce 
d'établir  depuis  quelques  années. 

«  La  police  cependant  était  fort  bien  faîte  sous  M.  de 
Sarline,  sous  M.  de  Breteuil,  sous  M.  Lenoir;  mais  il  faut 
convenir  qu'elle  était  beaucoup  plus  facile  à  faire.  Au 
commencement  de  la  révolution,  la  population  de  Paris, 
suivant  les  relevés  faits  par  ordre  de  l'assemblée  consti- 
tuante,  était  de  55o,8od  habitans  ;  tandis  que  le  dernier 
recensement,  fait  en  1817,  la  porte  à  713,765  individus. 
A  la  première  époque  ,  la  consommation  journalière  en 
farine  était  de  i,5oo  sacs  ;  elle  s'élève  aujourd'hui  à 
i,S6o  sacs.  Mais  ce  n'est  pas  seulement  parce  qu'il  y  a  162,966 
individus  de  plus  à  Paris  que  la  police  est  plus  difficile, 
c'est  parce  qu'il  y  a  un  mouvement  beaucoup  plus  grand 
d'affaires.  Le  blocus  continental,  en  suspendant  pendant 
plusieurs  années  tout  le  commerce  maritime,  a  éveille 
l'industrie  française,  qui  a  fait  les  plus  grands  efforts  pour 
suppléer  aux  objets  dont  le  peuple  était  privé.  Le  com- 
merce intérieur  a  pris  une  activité  incroyable  ;  Paris  en  est 
devenu  l'entrepôt  général Les  fabriques  et  les  manu- 
factures se  sont  multipliées;  pour  e.Tectuer  le  transport  des 
matières  premièFes  et  des  marchandises,  des  maisons  de 
roulage  se  sont  élevées  dans  tous  les  quartiers.  Les 
étrangers  abondent  de  toutes  [es  parties  du  globe  ;  ce 
concours  immense,  ce  mouvement  continuel,  ces  travaux  si 
divers  ont  dû  rendre  ks  accidens  beaucoup  plus  fréqucti> 
et  la  surveillance  plus  diflicile. 

«  En  1802  (i),  toutes  tes  fois  que  M.  le  préfet  do  police 

(i)  Compte  rendu  déjà  cil i: ,  page    i. 


SUR  LE  CONSEIL  DE  SALliBRITÉ.  i69 

avait  une  décision  à  donner  sur  un  objet  de  salubrité  il 
prenait  l'avis  d'un  médecin  ,  d'un  chimiste,  d'un  agronome 
ou  d'un  chirurgien  vétérinaire ,  suivant  l'objet  qui  fixait 
son  attention.  Cet  avis  n'était  pas  toujours  demandé  à  la 
même  personne  ;  il  n'était  pas  discuté;  quelquefois  les  con- 
sidérations que  présentait  une  affaire  exigeaient  la  réunion 
de  deux  ou  trois  artistes  ou  savans  ,  qui  formaient  une 
couîmission  temporaire. 

«  Cette  manière  de  procéder  avait  des  inconvéniens  qui 
furent  bientôt  sentis  ;  et  l'un  des  chimistes  habituellement 
consultés  (M.  Cadet  de  Gassicourt)  proposa  à  M.  le  préfet 
de  police  la  création  d'un  conseil  de  salubrité,  qui  serait 
chargé  de  discuter  et  de  résoudre  les  différentes  questions 
que  l'hygiène  publique  fournirait  à  l'administration  préfec- 
torale. » 

Ce  conseil  fut  institué  le  6  juillet  1802  (i).  Composé 
d'abord  de  quatre  membres ,  il  eut  pour  attributions  l'exa- 
men des  épizooties,  des  boissons  falsifiées,  des  manufac- 
tures ou  ateliers  insalubres  ,  puis  la  visite  des  prisons  et  la 
direction  des  secours  publics.  En  1807,  le  nombre  de  ses 
membres  fut  porté  à  sept;  il  fut  tenu  de  s'assembler  au 
moins  deux  fois  par  mois.  On  lui  confia  la  statistique  mé- 
dicale et  la  confection  des  tableaux  de  mortalité ,  l'analyse 
des  remèdes  saisis  et  des  vases  suspects  ,  l'examen  des 
marchés,  des  rivières,  des  tueries,  etc. 

Des  épidémies  se  manifestèrent  dans  les  environs  de 
Paris;  les  soins  assidus  qu'elles  nécessitaient  faisaient 
alors  partie  des  altributions  du  conseil  (2)  ;  on  y  adjoignit, 
en  conséquence  ,  deux  médecins.  Ses  attributions  prenant 


(ly  /è/'J.,  pages4  et  5. 

(a)   Les  soins   que  récbnient  les  épidémies    sont  aujourd'hui   du 
ressort  de  la  prérocture  du  H;''partpm<>nt  de  la  Seine. 


270  SLR  LE  CO>'SEIL  DE  SALUBRITE. 

succcPsiveiDent  plus  (.r^teiidiic  ,  0:1  ;i  clé  dans  le  cas 
d'auir'.nenter  encore  le  nombre  de  ses  rucmbrr'S  ;  il  est 
aujourd'hui  de  douze  (1).  Le  conseil  s'assemble  régulière- 
meiii  le  yendredi  de  chaque  semaine. 

A-t-il  répondu  aux  espérances  qu'on  avait  dû  concevoir 
de  son  institution  ?  Il  est  difficile  de  ne  pas  l'affirmer, 
«juar.d  on  voit  que  ses  travaux  n'ont  cessé  d'embrasser,  et 
toujours  avec  fruit,  le  cercle  immense  que  nous  avons 
tracé.  Nous  nous  bornerons  à  rappeler  les  plus  importans. 

Tels  sont  l'analyse  des  différentes  eaux  que  distribuent 
dans  Paris  la  pompe  ^'otre-Dame,  l'aquéduc  d'Arciieil  et 
le  canal  de  l'Ourcq  ;  la  visite  et  l'approbation  motivée 
du  grand  appareil  épuratoire  de  Smith  et  Guchet;  Iv  con- 
cours aux  expérienccb  faites  sur  les  moyens  de  secours 
dans  les  incendies  ,  ayeclcs  échelles  proposées  par  MM.  Ré- 
gnier et  Tréchard,  et  le  sac  sauveur  de  M.  Daujon;  des 
tableaux  statistiques  de  mortalité,  exécutés  tous  les  ans, 
et  la  rédaction  d'une  nomenclature  nosographiquc  des- 
tinée à  l'usage  des  médecins  d'hôpitaux  et  propre  à  don- 
ner plus  de  régularité  et  de  précision  aux  tableaux  par- 
tiels de  mortalité,  dont  le  tabhan  général  doit  se  composer  ; 
de  nombreuses  instilutiona  sur  les  champignons  véné- 
neux (2),  la  construction  des  paratonnerres,  les  précautions 


(1)  Sous  la  présidence  de  M.  le  prelet  de  police  :  ?.î.  Bérard, 
meure  dss  requêtes  ,  l'ke-prèsi'leni  ;  M.  Cadet  dr  Gassicocbt,  secré- 
taire-rapporteur; MM.  J.  .T.  Lkroux,  Deykcx,  Hczahd,  Dupuvtrkn, 
Petit,  Pabiset,  Dahcet,  Marc,  Girard;  et  Kuzard  fiis,  adjoint. 

(a)  Uu  botaniste  est  chargé,  par  la  préfecture  de  police  ,  d'ins- 
pecter tous  les  jours  les  champignons  qu'on  apporte  aux  marchés  de 
la  capitale.  On  n'y  admet  que  les  champignons  cultivés,  et  seulement 
quand  ils  sont  nouveaux  et  peu  développés.  Depuis  que  celte  me- 
sure est  en  vigueur,  il  n'y  a  pas  d'exemple  que  des  champignons 
achetés  à  la  halle  aient  causé  des  accid.ns. 


SLR  Lî-:  CONSEIL  J)î:  salubrité.  271 

.à  prendre  contre  I'liy<'i'ophobie  ,  le  eiirag-;;  des  nuits  et 
des  égouts,  les  procédés  de  désinfection  et  ceux  de  venti- 
lation. 

Une  occasion  s'est  offerte  pour  appliquer  en  grand  la 
théorie  de  la  ventilation.  Après  avoir  recueilli  ,  tant  en 
France  qu'en  Angleterre,  tous  les  documens  nécessaires 
sur  la  construction  la  plus  parfaite  des  théâtres,  le  conseil 
a  communiqué  son  système  à  l'architecte  qui  a  entrepris 
la  nouvelle  salle  do  Vopéra;  cet  artiste,  en  conséquence, 
a  tout  disposé  pour  que  l'air  se  renouvelle  dans  la  salle 
sans  abaisser  la  température,  et  pour  que  l'on  puisse 
même  régler  la  température  selon  la  saison  et  l'affluence 
des  spectateurs. 

Les  moyens  de  secours  publics  ,  les  brancards  méca- 
niques, les  appareils  et  bouées  de  sauvetage,  les  boîtes 
fumigatoires,  placés  sous  l'inspection  paiticulière  d'un 
des  membres  du  conseil  (  M.  le  docteur  ilJa/c)  ,  ont  été 
perfectionnés  chaque  année  ,  en  même  tems  qu'une  ins- 
truction précise  indiquait  la  marche  à  suivre  pour  rappe- 
ler à  la  vie  les  noyés  et  les  asphyxiés.  Le  conseil  a  pro- 
voqué et  obtenu  l'emploi  des  chiens  de  Terre-Neuve, 
qu'un  instinct  admirable  instruit  à  sauver  les  hommes 
submergés;  déjà,  l'on  possède  à  Paris  un  certain  nombre 
de  ces  utiles  animaux  ,  et  les  occasions  ne  manqueront 
malheureusement  pas  pour  réclamer  leurs  services. 

Le  régime  des  prisons  du  département  et  du  dépôt  de 
mendicité  devait  fixer  l'attention  du  conseil  de  salubrité. 
Tous  les  ans ,  a  des  époques  indéterminées,  plusieurs  de 
ses  membres  ont  visité  ces  établissemens  ;  ils  ont  mis 
chaque  fois  sous  les  yeux  de  M.  le  préfet  de  police  les 
observations  qu'avait  fournies  ou  confirmées  l'examen  le 
plus  scrupuleux.  Ils  ont  été  assez  heureux  pour  obtenir  de 
nombreux  changemens  en  bien.  Les  loo-emens  el  les  infir- 


272  SUR  LE  CONSEIL  DE  SALUÈRITÉ. 

meries  des  prisonniers  ont  été  assainis,  et  leur  nourri- 
ture et  leurs  vêtemens  améliorés;  on  a  supprimé  les  Ira- 
Taux  qui  altéraient  leur  santé,  et  aboli  l'usage  des  cachots 
souterrains  à  la  Force  et  au  dépôt  de  Saint-Denis. 

Un  dessèchement  considérable  ^  celui  de  l'étang  de 
Coquenard,  a  été  entrepris  sous  la  direction  du  conseil. 
Trois  cents  ouvriers  y  ont  été  occupés  dans  la  saison  la 
plus  malsaine;  pas  un  seul  n'est  tombé  malade.  Les  mêmes 
moyens  de  salubrité  ont  été  indiqués  pour  le  curage  an- 
nuel de  la  rivière  de  liièvre. 

Les  plaines  de  Créteil  et  de  Maisons  éprouvèrent  plu- 
sieurs inondations,  auxquelles  succédèrent  des  fièvres 
endémiques;  le  conseil  s'y  transporta,  deux  années  de 
suite,  pour  indiquer  les  moyens  d'assainissement;  et  les 
autorités  locales  peuvent  maintenant  prévenir  le  retour 
de  ces  accidens;  mais,  en  cette  occasion,  justement  frappé 
de  l'importance  dont  seront  toujours,  dans  les  épidémies, 
la  promptitude  des  secours  et  l'uniformité  de  leur  direc- 
tion, le  conseil  proposa  de  créer,  pour  atteindre  ce  but, 
une  ambulance  départementale ,  et  rédigea  le  plan  de 
son  organisation. 

Je  ne  dois  point  passer  sous  silence  la  suppression  des 
amphithéâtres  particuliers  de  dissection,  les  réglcmens 
faits  pour  les  bains  publics  et  médicinaux  et  la  vente  des 
eaux  minérales,  le  transport  des  voiries  hors  de  la  ville, 
la  poursuite  et  la  condamnation  d'une  foule  de  vendeurs 
de  remèdes  secrets,  espèce  d'hommes  qui ,  au  mépris  de 
la  loi,  ne  cesseront  de  se  reproduire  que  quand,  à  une 
sévérité  inflexible  pour  les  réprimer,  se  joindra,  pour  les 
laire  connaître  ,  une  telle  publicité  (i)  qu'ils  ne  pourront 
plus  désormais  abuser  personne. 

(i)  On  a  observé  que  les  journaux  ,  qui  rpudcnt  compte  si  volon- 
tiers des  actes   des  tribunaux  ,    se   taisent    presque   toujours  sur  les 


SUR  LE  CONSEIL  DE  SALUBRITÉ.  273 

De  ces  bienfaits,  obtenus  par  le  zèle  du  conseil  de  salu- 
brité, se  rapproche  naturellement  l'établissement,  à  Paris 
d'un  dispensaire.  Les  attributions  de  ce  bureau  de  consul- 
tation s'étendent  surtout  aux  maladies  des  femmes  pu- 
bliques. Le  nombre  des  malades  qui,  en  1800,  était  dans 
la  proportion  de  un  à  neuf,  a  graduellement  diminué. 
En  1816,  la  proportion  n'était  plus  que  de  un  à  vin°-t- 
sîx  ,  et,  en  1820  ,  de  un  à  quarante-trois. 

Il  est  des  professions  (1)  et  des  manufactures  dont  les 
ateliers  exhalent  des  vapeurs  incommodes  ,  souvent  même 
insalubres.  Les  personnes  que  le  voisinage  expose  à  en 
souffrir  adressent  leurs  phiinles  à  l'autorité,  qui  les  ac- 
cueille et  charge  le  conseil  d'examiner  jusqu'à  quel  point 
elles  sont  fondées.  Les  réclamations  de  ce  genre  ,  dans 
l'espace  de  dix-neuf  années,  sont  devenues  l'objet  de  plus 
de  deux  mille  rjpporis.  Le  conseil  a  conclu  à  l'éloigne- 
ment  et  à  l'isolement  des  ateliers  nuisibles  ;  et,  en  votant 
la  conservation  de  ceux  qui  ne  méritent  point  cette  rigueur, 
il  a  mis  leurs  propriétaires  sur  la  voie  d'améliorations 
propres  à  atténuer  leurs  inconvéniens  ou  à  les  faire  dispa- 
raître. Envisageant  ensuite,  dans  son  ensemble,  ce  vaste 
sujet,  il  a  présenté  au  gouvernement,  sur  la  classificatiou 
des  professions  insalubres  et  incommodes ,  un  travail  qui 
est  devenu  la  base  d'une  ordonnance  du  roi,  en  date  du 
1 A  janvier  181 5.  Ces  professions  y  sont  divisées  en  trois 
classes  :  x"  celles  dont  les  ateliers  doivent  être  isolés  de 
toutes  les  habitations;  :i°  celles  dont  l'établissement,  dans 


arrêts  de  ce  genre.  Ainsi,  «n  seu/ journal  a  annoncé  la  condamna- 
tion prononcée  successivement  par  deux  tribunaux,  contre  M.  ♦  ♦  ♦ 
pour  avoir  vendu,  sans  titre  ,  de  prétendus  grains  dj  santé. 

(i)  Les  vacheries  des  nourrisseurs  appellent  fréquemment  l'exa- 
men du  conseil  de  salubrité. 

Tome  xi.  18 


27A         SUR  LE  CONSEIL  DE  SALUBRITÉ. 

le  Toisinage  des  habitations,  ne  doit  être  permis  qu'autanî 
que  des  précautions  légales  seront  prises  pour  qu'il  n'en 
résulte  aucune  incommodité  ;  3°  celles  qui ,  sans  être 
assujéties  aux  restrictions  énoncées,  ont  besoin,  pour 
s'établu",  d'une  autorisation  que  les  localités  et  les  circons- 
tances peuvent  faire  accorder,  refuser  ou  modifier. 

Cette  ordonnance  nous  paraît  avoir  atteint  parfaitement 
son  but.  Ce  n'est  pas  seulement  le  magistrat  chargé  de 
son  exécution  qui  en  doit  étudier  les  détails,  c'est  aussi  le 
philosophe  politique,  s'il  veut  acquérir  une  idée  juste  de 
cette  partie  importante  et  peu  connue  de  l'administration. 

Le  tems  néanmoins  y  apportera  des  changemens ,  mais 
des  changemens  utiles  et  honorables  ;  ils  seront  le  fruit 
des  efforts  que  la  science  fait  chaque  jour  pour  diminuer 
le  nombre  des  professions  insalubres.  Déjà,  depuis  quatre 
ans,  l'opération  du  sècréiagey  qui  exposait  jadis  les  ou- 
Triers  chapeliers  à  des  maladies  graves,  a  été  heureuse- 
ment modifiée;  le  conseil  de  salubrité  s'est  assuré  qu'elle 
ne  compromet  plus  la  santé  de  ceux  qui  l'exécutent,  et 
qu'on  peut  dès-lors  autoriser,  dans  les  prisons,  la  forma- 
tion d'ateliers  de  chapellerie. 

Feu  M.  Ravrio  avait  fondé  un  prix  pour  celui  qui  trou- 
verait le  moyen  de  préserver  les  ouvriers  doreurs  de  la 
vapeur  pernicieuse  du  mercure  ,  sans  nuire  à  la  précision 
et  à  la  perfection  de  leur  travail.  Le  problème  a  été  com- 
plètement résolu  par  un  membre  du  conseil  de  salubrité, 
M.  Darcet. 

Dans  un  grand  nombre  d'ateliers,  le  conseil  a  introduit 
l'usage  salutaire  des  ïoumetun^  fumivores.  Il  a  indiqué 
aux  fabricans  de  bleu  de  Prusse  des  appareils  propres  à 
neutraliser  le  dégagement  du  gaz  hydrogène  sulfuré.  Il  a 
donné  aux  hongroyeurs  le  moyen  de  passer  leurs  cuirs  en 
ïuif,  sans  exposer  les  ouvriers  à  être  asphyxiés  par  la  va- 


SUR  LE  CONSEIL  DE  SALUBRITÉ.  S75 
peur  du  charbon.  Il  a  rectifié  les  appareils  employés  pour 
ia  carbonisation  du  bois  et  pour  la  distillation  des  eaux- 
d^-yie  de  pommes  de  terre.  Il  a  introduit  des  améliora- 
tions considérables  dans  les  fabriques  d'acides  et  de  pro- 
duits chimiques,  dans  les  raffineries  de  sucre,  les  fonde- 
ries de  suif,  les  amidonneries,  les  savonneries  elles  fa- 
briques de  soude  artificielle.  Enfin,  il  a  obtenu  de  la  mu- 
nificence de  M.  le  préfet  de  police  les  fonds  d'un  prix 
pour  le  perfectionnement  de  l'art  de  la  bojauderie.  Le 
concours  est  ouvert,  et  déjà  il  a  conduit  à  i'inventioo  du 
perfectionnement  demandé. 

Chacun  des  membres  qui  composent  le  conseil  de  salu- 
brité est  astreint,  par  les  places  qu'il  occupe  ou  la  pro- 
fession qu'il  exerce ,  à  des  occupations  qui  sembleraient 
devoir  l'absorber  tout  entier;  chacun  d'eux  consacre  les 
courts  instans  de  son  loisir  à  des  travaux  scientifiques  (i), 
que  plus  d'une  fois  le  public  a  été  dans  le  cas  d'apprécier. 
Comment  donc  ce  corps  peut-il  faire  autant  et  aussi  bien? 
Tel  est  le  fruit  d'une  organisation  sage.  Tel  est  surtout 
l'effet  de  cette  philantropie  qui  échauffe  toute  ame  hon- 
nête, et  que  développent  encore,  en  rendant  sa  marche 
plus  sûre,  l'accroissement  des  lumières  et  l'activité  morale 
qui  en  est  la  conséquence  :  noble  sentiment,  dont  jamais, 
en  France,  un  magistrat  ne  secondera  l'essor,  sans  être 
bientôt  récompensé  de  ses  soins  par  les  résultats  les  plus 
brillans  et  les  plus  avantageux. 

Pénétré   de  cet  espoir  légitime ,   et  bien  certain  que  le 


(ij  M.  Cadet  de  Gassicourt  doit  incessamment  publier  un  Traité 
de  police  hygiénique ,  ou  de  salubrité  publique.  On  ne  peut  qu'au- 
gurer favorabfcment  d'un  ouvrage  où  l'auteur  a  consigné  les  fruits 
de  dix-neuf  années  d'expérience  dans  la  place  laborieuse  de  secré- 
taire-rapporteur du  conseil  de  salubrité. 

18* 


576  SUR  LE  CONSEIL  DE  SALUBRITÉ, 

chef  du  conseil  de  salubrité  et  ses  membres  pensent 
comme  moi,  que  l'on  n'a  pas  lait  assez  de  bien  tant  qu'il  en 
reste  à  faire  ,  je  me  permettrai  d'offrir  à  leur  zèle  quel- 
ques problèmes  à  résoudre. 

1°  Après  aroir  assaini  les  boucheries  par  l'établissement 
des  abattoirs^  pourquoi  n'en  pas  faire  disparaître  les  scènes 
de  cruauté,  toujours  révoltantes,  et  quelquefois  accompa- 
gnées de  dangers?  Il  ne  s'agirait  que  de  substituer,  au 
procédé  habituellement  employé  pour  abattre  les  animaux, 
une  lésion  forte  et  subite  à  la  moelle  épinière.  On  a,  je  crois, 
tenté  en  ce  sens  quelques  essais  qui  n'ont  pas  réussi;  cela 
arrive  souvent  aux  méthodes  contraires  à  l'usage  reçu,  et 
ne  prouve  jamais  beaucoup  contre  leur  adoption.  Le  pro- 
cédé que  nous  recommandons  réussit  constamment  en 
Espagne,  où  l'on  n'en  connaît  point  d'autre. 

2°  La  police ,  qui  empêche  les   cimetières  existans  de 
devenir  insalubres  ,   ne  peut-elle  s'occuper,  une  dernière 
fois,    de  ceux  dont  elle  prescrit  la  clôture,   et   ordonner 
qu'on  y   répande  avec  profusion,  dans   la  saison  conve- 
nable, les  graines  d'arbres  les  plus  propres  à  y  prospérer  ? 
Leur  végétation  forte  et  prompte  assainirait  le  sol,  en  ab- 
sorbant ou  en  épurant  les  vapeurs  que  la  chaleur  et  l'hu- 
midité en  feraient  sortir  ;  elle  préserverait  pour  long-tems 
de   l'atteinte  de  la  bêche  ou  de  la  charrue  une  terre  que 
l'intérêt  de  la  salubrité ,  non  moins  que  celui  de  la  décence, 
proclament  inviolable.  Ces  arbres  enfln,    quand  l'homme 
pourrait  se  reposer  sous  leur  abri,  mêlant  une  douce  im- 
pression  de  mélancolie  i\  la  jouissance  de  leur  ombrage, 
lui   rappelleraient  le    souvenir  des  générations   éteintes, 
dont  ils  couvriraient  les  restes;  souvenir  qui  ne  serait  pas 
sans  avantage  ,  et  pour  les  sentimens  affectueux ,    et  pour 
les  inspirations  poétiques,  et  pour  les  hautes  leçons  de  In 
philosophie. 


SUR  LE  CONSEIL  DE  SALIBRITÉ.  277 

5°  Il  est  des  contrées  où  l'on  regarde  le  crime  et  les 
habitudes  perverses  comme  des  maladies  de  l'ame  ,  contre 
lesquelles  échoue  rarement  l'emploi  d'un  régime  à  la  fois 
physique  et  moral.  Comment  n'essaie-t-on  pas  de  natura- 
liser en  France  une  idée  si  bien  appropriée  à  la  douceur 
et  à  la  générosité  du  caractère  national  ?  On  a  plus  d'une 
fois  provoqué  l'abolition  de  la  peine  de  mort  :  ZQ,  serait, 
ce  me  semble ,  commencer  l'ouvrage  par  la  fin ,  aussi 
long-tems  que  le  système  des  lois  pénales  ne  tendra  pas 
visiblement  à  l'amendement  et  à  l'amélioration  du  cou- 
pable, aussi  long-tems  qu'on  n'aura  pas  supprimé  ces 
flétrissures  ,  ces  réclusions  à  perpétuité ,  ces  travaux  for- 
cés qui,  loin  de  corriger  un  condamné  ,  ne  servent  guère 
qu'à  le  rendre  plus  pervers  et  plus  habile  dans  sa  perver- 
sité. Un  seul  moyen  d'y  parvenir  se  présente  :  c'est  d'imi- 
ter en  France  V hygiène  des  prisons  de  Philadelphie  (i). 
Les  membres  du  conseil  de  salubrité,  qui  portent  fré- 
quemment dans  les  prisons  le  regard  observateur  du  phy- 
siologiste et  celui  du  philantrope  ,  peuvent  provoquer  à 
cet  égard  une  première  tentative  ;  elle  serait  peu  coûteuse; 
et,  en  supposant  qu'elle  ne  réussît  pas  immédiatemept , 
les  coupables  sur  qui  elle  aurait  échoué  n'en  sortiraient 
pas  plus  méchans  qu'ils  ne  le  sont,  après  une  année  de 

(i)  Des  prisons  de  Philadelphie,  par  M.  de  la  Rochefoucault- 
Liancourt  (  in-8°.  Paris  ,  an  IV.)  Turnbull ,  Visite  à  la  prison  de 
Philadelphie  ,  traduit  par  M.  Petit-Radel  ^in-S".  Paris  , 'an  VIII.  ) 
On  lira  aussi  avec  fruit  les  Notes  recueillies  en  visitant  les  prisons 
de  la  Suisse  ,  etc. ,  par  Francis  Cunningham  (  in-8°.  Genève ,  1820.) 
Enfin,  dans  la  cause  de  l'humanité,  on  nous  excusera  peut-être,  si 
nous  rappelons  que  l'idée  de  faire  du  régime  des  prisons  un  véritable 
traitement  moral  a  été  développée  avec  quelque  étendue  dans  un 
ouvrage  intitulé  :  Des  rapports  de  la  médecine  airec  la  politujue  ^ 
par  Eusèbe  Salverte  (^in-12.  Paris,  1806 J.  pag.  f\'[-%i. 


278         SUR  LE  CONSEIL  DE  SALUBRITE. 

séjour  à  Bicêtre  ou  aux  galères.  Et  si  elle  réussissait?  .  » 
Celui  qui,  d'un  ennemi  de  la  société,  parviendrait  ainsi 
à  faire  un  homme  bon  et  utile  ,  ne  mériterait-il  pas  bien' 
la  couronne  décernée,  dans  une  ancienne  république,  à 
celui  qui  avait  sauvé  la  vie  d'un  citoyen  ? 

En  formant  de  tels  vœux ,  je  ne  prononce  pas  sur   la 
facilité  de  les  réaliser.  Pour  hûter  ce  jugement,  pour  ac- 
croître cette  facilité,   puisse  le  conseil  de  salubrité  voir 
s'agrandrir  encore  le  cercle  de  sa  bienfaisante  influence! 
Depuis  1817,  il  a  publié  chaque  année  un  Rapport  général 
de  ses  travaux  (i) ,  et  M.  le  préfet  de  police  vient  de  l'au- 
toriser à  faire  insérer,  dans  les  Annales  de  V industrie  na- 
tionale et  étrangère  (2),  les  Rapports  particuliers,  dont  la 
publication  lui  paraîtrait  avantageuse.  C'est  un  pas  impor- 
tant :  la  publicité  est  amie    de  l'industrie    comme  de  la 
justice  et  de  la  vérité;  mais  l'institution  elle-même  pour- 
rait  être  conçue  dans  un  plan  plus    vaste.    La  véritable 
place  du  conseil  de  salubrité  ne   serait-elle  point  près  du 
ministre  de  l'intérieur,  d'où  il  correspondrait  avec  les  pré- 
fets qui,  dans  chaque  département ,   auraient  près  d'eux 
une  institution  analogue  ?  Alors  les  travaux  faits  pour  la 
capitale  serviraient  pour  toutes  les  parties  du  royaume; 
alors,    en  épargnant  le  tems  et  l'argent  que  la  divergence 
des  diverses  autorités  force  à  dépenser,  on  ferait  tout  plus 

(1)  Notre  exposé  des  travaux  du  conseil  de  salubrité  est  extrait 
presque  textuellement  de  ses  quatre  Rapports ,  et  de  renseignemens 
sur  les  années  antérieures  à  1817,  que  nous  devons  à  la  complaisance 
de  M.  le  secrétaire-rapporteur. 

(2)  Annales  de  l'industrie  nationale  et  étrangère^  ou  Mercure 
technologique ,  par  MM.  Lenormand  et  De  Moléon.  (  Paris,  Bache- 
lier, libraire  ,  quai  des  Augustins ,  n"  55.  )  Ce  recueil ,  annonce 
avec  éloge  dans  la  Rei-iie  Enyclopèdique .  se  compose  déjà  de 
quatre  volumes  in-8". 


SUR  LE  CONSEIL  DE  SALUBRITÉ.  279 

vile,  ù  moins  de  frais,  et  avec  cet  enseuible  précieux  qui 
double  la  valeur  des  opérations  administratives. 

Le  Conseil  de  salubrité  compte  dix-neuf  années  d'exis- 
tence :  il  n'est  donc  pas  difficile  de  prononcer  si  l'amélio- 
ration proposée  ne  serait  point,  de  la  part  du  gouverne- 
ment, un  véritable  bienfait. 

Peut-être  se  décidera-t-on  quelque  part  pour  l'affirma- 
tive, si,  comme  il  est  permis  de  l'espérer,  cette  estimable 
institution  compte  un  jour,  en  Europe,  de  nombreuses 
rivales  (i).  Exjsèbe  Sal-verte. 

N.  B.  Les  attributions  du  Conseil  de  salubrité  embrassent  dans 
leur  ensemble  les  objets  qui  intéressent  le  plus  la  santé  et  la  sûreté 
publiques ,  la  civilisation  et  l'bumanité.  Tout  fait  espérer  que  des  ins- 
titutions analofi^ues  seront  successivement  naturalisées  dans  toutes  les 
contrées  de  l'Europe.  Si  les  bommes  éclairés  et  pbilantropes  ,  qui 
doivent  être  appelés  à  former  de  semblables  conseils,  établissent  entre 
eux,  sur  quelque  point  du  globe  qu'ils  soient  placés  ,  des  échanges 
mutuels  de  leurs  observations ,  de  leurs  v  riences  et  des  amélio- 
rations qu'ils  auront  pu  introduire  dans  les  différentes  parties  de  la 
police  sanitaii-e  et  de  l'hygiène  publique,  ces  communications  ne 
tarderont  pas  à  faire  jouir  chaque  grande  ville  et  chaque  nation  des 
avantages  qu'une  seule  ville  ou  une  seule  nation  aura  d'abord  obtenus. 
La  Reloue  Encyclopédique ,  dont  l'un  des  principaux  objets  est  d'of- 
frir un  moyen  régulier  et  centi  al  de  communications  et  d'échanges 
entre  les  hommes  qui  s'occupent  de  vues  utiles,  recevra  avec  recon- 
naissance et  s'empressera  de  publier  tout  ce  qui  concerne  les  moyens 
d'améliorer  la  sûreté  et  la  santé  publiques,  dans  tous  les  pays  où  s'é- 
tendent ses  relations  ;  et  ses  correspondans  sont  invités  à  rechercher 
particulièrement  et  à  lui  transmettre  les  détails  de  ce  genre  qui  leur 
paraîtront  d'un  intérêt  général,  dans  les  lieux  qu'ils  habitent  ou  qu'ils 
ont  l'occasion  de  visiter,  (^o/.  ci  dessus,  Tom.  Il,  pag  062,  Tom.  IV, 
pag.  286  et  suiv.)  M.  A.  J. 

(1)  La  Société  d'humanité  de  Londres  (  The  royal  humane  So- 
cietj  )  a  le  même  hiit  que  le  Conseil  de  salubrité.  Elle  vient  de  pro- 
poser à  celui-ci  une  communication  réciproque  des  travaux  des  deux 
institutions  ;  son  offre  a  été  acceptée  avec  empressement. 


»,V\VVV\VVl\»iV\\l\*\VV^\\VVi%.VVVVV%'\l\.%\%,VV%*VVVfcV\"VVV\*V\%\\'»%\V\l\»%'fc'\*VV» 

II.  ANALYSES  D'OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

Mémoire  sur  la  digie  de  Cherbourg  ,  comparée  au, 
Breahvater,  ou  jette  de  Pljmoutk ,  par  J.  M.  F.  Ca- 
CHiN ,  inspecteur  général  des  ponts-et- chaussées , 
officier  de  la  Légion- d'Honneur,  etc.   (i). 

C'est  avec  bien  de  la  raison  que  Pline  le  jeune  a  dit  : 
major  è  longinquo  reverentia.  Au  physique  comme  au 
moral,  cette  maxime  trouye  chaque  jour  de  nombreuses 
applications,  et  j'en  apporterai  pour  nouvelle  preuve 
l'ouvrage  que  je  vais  examiner.  Quelle  célébrité  n'a-t-on 
pas  donnée  à  ces  inutiles  pyramides,  à  ces  fastueux  et 
gigantesques  monumens  de  l'orgueil  d'un  despote,  qui, 
suivant  l'énergique  expression  du  malheureux  Legouvé , 

D'un  vain  poids  apris  lui  fatigue  encor  la  terre  ? 
Et  cependant,  sous  nos  yeux,  pour  ainsi  dire,  un  monument 
plus  utile,  presque  aussi  vaste  et  non  moins  étonnant, 
a  été  construit  dans  les  immenses  profondeurs  d'une  mer 
orageuse,  et  pendant  les  tempêtes  plus  terribles  encore 
peiit-être  des  guerres  civiles  et  étrangères  !  A  peine  dai- 
gnons-nous jeter  un  regard  sur  les  résultats  d'une  aussi 
prodigieuse  entreprise  ,  quand  ils  nous  sont  offerts  par  le 
savant  ingénieur  même  qui  a  eu  l'audace  de  l'exécuter! 
Et  l'homme  aussi  a  dit  à  l'Océan  :  Tu  viendras  jusqu'ici 
et   tu  niras   pas  plus  loin;  il  a    posé,   à    une    lieue  du 

(i)  Paris,  1820.— In  4"  àv.  85  pages  avec  planches.  Imprimerie  de 
Firmin-Didot. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  281 

rivage,  une  vaste  et  immuable  barrière,  contre  laquelle 
vient  mugir,  se  briser  et  s'éteindre  toute  la  rage  des  flots 
impuissans. 

Depuis  long-tems ,  le  gouvernement  avait  senti  la  né- 
cessité de  créer  un  port  militaire  dans  le  canal  de  la 
Manche.  Les  débris  des  vaisseaux  qui  périrent  dans  le  fu- 
neste combat  de  la  Hougue  (1692),  s'élèvent  encore  pour 
accuser  la  négligence  de  ceux  qui  n'avaient  pas  songé  à 
leur  assurer  une  retraite  (i).  «  La  baie  de  Cherbourg, 
dit  M.  Cachin,  parut  la  position  la  plus  favorable  à  cette 
destination.  En  elïet,  sa  situation  très-avancée  sur  la  route 
des  vaisseaux  offre  toutes  les  facilités  désirables,  soit  pour 
surveiller  les  mouvemens  de  l'ennemi,  soit  pour  inquiéter 
ses  convois,  soit  enfin  pour  rassembler  tous  les  détails 
nécessaires  à  une  grande  expédition  maritime.  » 

Celte  rade,  d'une  excellente  tenue,  est  également  favo- 
rable à  l'arrivée  et  au  départ  des  vaisseaux  de  presque  tous 
les  airs  de  vent  et  dans  tout  état  de  marée.  Elle  comprend 
un  mouillage  d'une  vaste  étendue;  elle  est  susceptible  de 
toutes  sortes  de  moyens  d'attaque  ,  de  protection  et  de 
défense;  elle  réunit  enfin,  sous  les  rapports  militaires  et 
maritimes,  tous  les  avantages  qui  peuvent  influer  sur  le  sort 
de  nos  forces  navales  et  de  nos  relations  commerciales. 

Divers  projets  furent  successivement  formés  et  aban- 
donnés presque  aussitôt.  Cependant,  on  proposa  d'échouer 
quatre-vingt-dix  caisses  de  forme  conique,  tronquée  de 
i4o  pieds  (45  mètres  5o  centimètres)  de  diamètre  à  la 
base,  sur  60  pieds  (  19  mètres  00  centimètres)  de  hauteur 
verticale.  On  devait  ensuite  les  combler  en  pierres  sèches, 
etj  les  liant  avec  des  chaînes  de  fer,  clorre  ainsi  la  partie 

(i)  On  voit  encore  au  Cap  la  Ilougue  des  carcasses  des  bàtimens 
coulés  pendant  et  après  le  combat. 


282  SCIENCES  PHYSIQUES. 

ouverle  de  la  rade.  Ce  système,  séduisant  par  l'économie 
qu'il  présentait  et  par  la  simplicité  de  son  exécution  ,  fut 
bientôt  reconnu  impraticable. 

On  convint  alors  qu'il  follait  verser,  dans  toute  l'étendue 
de  la  partie  que  l'on  devait  fermer,  des  masses  de  pierres 
considérables ,  et  l'activité  des  travaux  fut  telle ,  qu'à  la 
un  de  1790,  le  volume  des  matériaux  versés  s'élevait  à 
deux  millions  six  cent  soixante  -  cinq  mille  quatre 
cents  mètres  cubes,  et  occupait  une  étendue  de  3,898  mè- 
tres, sur  uhe  largeur  de  quatre-vingt-dix  pieds  (29  mètres 
25  centimètres);  mais  l'expérience  fît  connaître  bientôt 
que  les  dimensions  des  pierres  employées  à  ce  travail 
n'offraient  aux  efforts  continuels  de  la  mer  qu'une  faible 
et  inutile  résistance.  Il  fallut  employer  des  blocs  de  i5 
à  20  pieds  (5i  à  69  centimètres)  cubes  ,  que  l'on  arrachait 
des  flancs  de  la  montagne  du  Roule,  et  qu'une  multitude 
de  bateaux  construits  pour  ce  travail  allait  porter  à  leur 
destination.  Il  faut  lire,  dans  le  mémoire  même,  les  dé- 
tails de  cette  opération  dont  on  conçoit  toute  la  difficulté  ; 
nous  nous  bornerons  à  dire  qu'en  peu  de  tems ,  la  digue  , 
revêtue  de  ces  masses  de  rochers ,  opposa  une  force  suf- 
fisante aux  coups  de  mer  qu'elle  devait  arrêter. 

Lorsque  la  digue,  vers  la  fin  de  i8o3,  eut  été  élevée 
à  9  pieds  (2  mètres  92  centimètres)  au-dessus  des  plus 
hautes  marées  d'équinoxe,  le  gouvernement  résolut  d'y 
établir  une  batterie  dont  on  avait  depuis  long-tems  re- 
connu la  nécessité  pour  protéger  les  passes  est  et  ouest  de 
la  rade. 

En  i8o4,  les  travaux  furent  continués  avec  beaucoup 
d'activité.  Soixante  bâtimens  furent  employés  journelle- 
ment au  transport  des  matériaux  ,  et  seize  bouches  à  feu 
furent  ajoutées  à  celles  qui  se  trouvaient  déjà  sur  le  fort. 
Les   années    suivantes,  quelques  orages    occasionnèrent 


SCIENCES  PHYSIQUES.  283 

de  légers  dégâts;  mais,  le  12  février  1808,  une  tempête 
effroyable  s'éleva,  renversa  les  épaulemens  de  la  batterie, 
enleva  les  canons  pom-  les  porter  à  une  grande  distance 
de  leur  place  et  causa  de  grands  malheurs.  Si  les  effets  de 
cet  ouragan  furent  déplorables  sous  beaucoup  de  rapports, 
ils  eurent  du  moins  l'avantage  de  donner  à  la  digue  la  forme 
plus  convenable  à  sa  solidité;  les  blocs  énormes  qui  en 
formaient  le  recouvrement  furent  bouleversés,  pressés  et 
disposés  sur  de  nouvelles  pentes  avec  une  telle  régularité , 
qu'ils  semblèrent  avoir  été  cimentés  par  la  main  des 
hommes. 

«  Le  principal  effet  de  cette  tempête ,  la  plus  violente 
dont  on  ait  conservé  le  souvenir,  fut  de  consolider  l'ou- 
vrage, en  mettant  un  dernier  terme  au  déplacement  des 
matériaux  dont  il  avait  été  formé.  Ces  enrochemens  ont  offert 
depuis  ce  tems  l'aspect  d'une  plage  naturelle  de  rochers , 
sur  lesquels  les  varechs  croissent  et  se  multiplient ,  de 
manière  à  offrir  la  preuve  incontestable  d'une  stabilité  par- 
faite ,  et  qui  ne  pouvait  être  que  le  résultat  d'un  ébranle- 
ment général  et  tout-à-fait  extraordinaire. 

«  La  reconnaissance  qui  fut  faite  à  cette  époque  de  la 
nouvelle  configuration  que  la  mer  avait  attribuée  aux  en- 
rochemens ,  confirmée  par  toutes  les  vérifications  ulté- 
rieures, a  fait  connaître  que /es  digues,  aiitsi  construites  et 
exposées  à  l'action  de  la  mer,  affectent,  entre  leur  sommet 
et  le  sol  sur  lequel  elles  reposent,  quatre  talus  entièrement 
diffèrens  ,  dont  l'inclinaison  parie  en  raison  de  la  violence 
des  flots  et  de  la  durée  de  leur  action ,  aux  divers  degrés 
d'ascension  et  d'abaissement  des  marées.  » 

M.  Cachin  donne  les  résultats  des  observations  qui  ont 
conduit  à  cette  règle  générale  ,  inconnue  jusqu'à  ce  jour, 
et  qui  sera  du  plus  haut  inléièt  pour  les  ingénieurs  qui 


28A  SCIENCES  PHYSIQUES. 

auraient  désormais  ù  entreprendre  des  constructions  sous- 
marines. 

Après  avoir  présenté  le  tableau  des  matériaux  employés 
et  des  sommes  dépensées  (elles  s'élèvent  à  20,968,936  fr.), 
des  matériaux  à  employer  et  des  sommes  à  dépenser 
encore  pour  que  l'ouvrage  soit  entièrement  terminé ,  le  sa- 
vant auteur  du  mémoire  fait  connaître  les  plans  qui  restent 
à  exécuter,  et  il  passe  à  une  seconde  partie  qui  intéresse 
éminemment  l'honneur  national,  puisqu'il  s'agit  de  la 
comparaison  de  la  digue  française  avec  un  ouvrage  du 
même  genre  construit  à  Plymoulh,  par  les  Anglais,  Nous 
donnerons  d'autant  plus  d'étendue  à  l'analyse  de  ce  second 
chapitre,  que  les  rédacteurs  de  V Encyclopédie  Britannique, 
trompés  par  les  renseignemens  erronés  sans  doute  qu'ils 
ont  recueillis  sur  les  travaux  de  Cherbourg,  n'ont  pas 
craint  de  comparer  les  entreprises  des  deux  nations,  et 
d'avancer  que  la  manière  simple  etexpéditive  avec  laquelle 
le  breakwater  (jetée  de  Plymoulh)  avait  été  construit, 
offrait  un  contraste  curieux  avec  la  multitude  d'employés, 
le  tems  et  l'ostentation  que  l'on  a  mis  à  la  conduite  des 
travaux  de  Cherbourg.  Citons  leurs  propres  expressions  : 
«  The  small  establishment  and  quick  vianner  ivith  which 
this  great  work  has  heen  carried  on,form  a  curious  con- 
trast  with  ihe  multitudes  employed  on  ihe  hreakvvater  of 
Cherbourg,  the  time  occupied  by  that  undertaking  and 
the parade  and  ostentation  with  which  itwas  conducted.yt 
(Année  1817,  pag.  A58. — ^r/zV/?.)  — Les  mêmes  rédacteurs 
ne  craignent  pas  d'ajouter:  «^  very  considérable  part  of 
expence  might  haçe  been  saved  by  dispensing  altogether 
u-ith  the  cônes,  ail  of  which  bursfj  as  might  hai'e  been  ex- 
pecied^froni  the  superincumbent  weight  ofa  deep  coloumn 
of  water pressing  the  stcnes  within  against  their  sides.  » 


SCIENCES  PHYSIQUES.  285 

a  Une  partie  tiès-considérable  de  la  dépense  aurait  été 
épargnée,  si  l'on  s'était  abstenu  de  construire  des  cônes 
qui  crevèrent  tous,  comme  on  devait  s'y  attendre,  à  cause 
du  poids  énorme  de  la  colonne  d'eau  qui  pressait  les  pierres 
sur  les  parois,  dans  l'intérieur.» 

Quoi  !  c'est  dans  le  pays  qui  a  donné  naissance  à  Newton 
et  qui  possède  encore  ses  Davy,  ses  Rennie,  ses  Tedford 
et  tant  d'autres  hommes  célèbres;  c'est  dans  un  des  prin- 
cipaux recueils  scientifiques,  c'est  sur  la  terre  classique  de 
l'Ecosse ,  qu'un  écrivain  ,  ignorant  les  premiers  principes 
de  l'hydrostatique,  en  jugeant  et  en  critiquant  avec  beau- 
coup de  sévérité  un  des  plus  beaux  monumens  qui  soient 
dus  au  génie  de  l'homme,  ne  craint  pas  d'avancer  que  la 
pression  exercée  verticalement  par  une  colonne  d'eau  est 
plus  forte  que  la  résistance  latérale  opposée  par  une  co- 
lonne d'un  plus  grand  volume!  ...  Ce  fait  suffirait  seul 
pour  donner  une  idée  de  l'article  que  nous  réfutons  ;  mais 
comme  chaque  jour  les  découvertes  françaises  sont  en 
butte  à  des  attaques  aussi  peu  fondées,  nous  allons  suivre 
le  savant  Anglais  dans  ses  calculs.  Nous  venons  de  voir  que 
d'après  lui  le  break water  de  Plymouth  a  été  exécuté  d'une 
manière  plus  économique  que  la  digue  de  Cherbourg.  Eh 
bien!  M.  Cachin  prouve  jusqu'à  l'évidence  que  l'ouvrage 
anglais  a  coûté  16,491  fr.  le  mètre  courant,  tandis  que 
l'ouvi'age  français,  pour  le  même  volume  ,  n'a  coûté  que 
8,717  fr.,  c'est-à-dire  à  peu  près  moitié  moins.  Cependant, 
les  difficultés  qu'on  avait  à  surmonter  de  part  et  d'autre 
n'étaient  nullement  comparables.  A  Cherbourg,  on  créait 
un  monument  entièrement  nouveau  ;  à  Plymouth,  on 
imitait  un  ouvrage  déjà  fait,  et  l'on  profitait  deà  leçons  inap- 
préciables de  l'expérience:  à  Cherbourg,  il  fallait  travailler 
sur  une  côte  qui  n'était  presque  pas  abritée;  à  Plymouth, 
on  élevait  dans  une  rade  déià  très-bonne  dans  son  état  na- 


286  SCIENCES  PHYSIQUES, 

turc  1  :  A  Plymouth,  il  ne  fallait  qu'une  digue  de  peu  d'é- 
tendue; à  Cherbourg,  on  avait  à  fermer  un  espace  quatre 
fois  plus  grand  :  enfin,  à  Plymouth,  le  rocher  d'où  l'on  tirait 
des  matériaux  très-commodes  touchait  au  rivage,  tandis 
qu'à  Cherbourg  la  montagne  du  Roule,  d'où  il  fallait  arra- 
cher avec  peine  des  blocs  de  grès  très-durs  et  quartzeux, 
est  à  une  certaine  distance  de  la  mer. 

Que  devient  donc  maintenant,  je  vous  le  demande,  cet 
or"-ueil  britannique  que  vous  vous  complaisez  à  étaler  avec 
si  peu  de  ménagement  ?  que  deviennent  surtout  ces  plai- 
santeries amères  et  insultantes  que  vous  prodiguez  aux 
Français  avec  tant  d'arrogance  ?  Vous  le  voyez,  nous  n'a- 
vions pas  cherché  à  tirer  avantage  de  l'immense  supériorité 
de  nos  travaux  sur  ceux  de  vos  ingénieurs,  et  vous  voulez 
nous  forcer  à  le  faire.  Nous  n'avions  pas  parlé  de  cette  fré- 
gate si  peu  digne  du  nom  qu'elle  portait,  qui  vint  inso- 
lemment troubler  nos  travailleurs  et  fut  prise  par  deux  de 
nos  petites  barques  canonnières  (i);  mais,  puisque  vous  vous 
éo-ayez  si  bien  à  l'occasion  des  fêtes  dont  notre  digue  a  été 
l'objet,  vous  nous  obligez  à  vous  rappeler  que  cette  fête-là 
nefutpas  la  moins  agréable,  et  que,  cette  fois,  ce  ne  fut  pas 
la  France  qui  en  paya  les  frais.  «  Cessez  donc,  vous  dirai-je 
avec  M.  Cachin ,  cessez  ces  rapprochemens  envieux  ,  ces 
comparaisons  chagrines  que  le  vrai  talent  ne  saurait  avouer 
et  qui  ne  peuvent  ajouter  au  mérite  des  uns,  ni  rabaisser 
le  mérite  des  autres.  Si  l'Angleterre  a  des  ingénieurs  ha- 
biles, la  France  a  aussi  les  siens.  »  Partout  vous  trouverez 
cette  France,  non  votre  jalouse  rivale,  mais  toujours  votre 
émule,  et  quelquefois  même  votre  modèle.  Ses  malheurs 


(i)  La  frégate  anglaise  la  Minerue  fut  prise  sur  la  rade  de  Cher- 
bourg par  les  deux  canonnières,  la  Chiffone  et  la  Terrible,  capit. 
l,écolier  et  Petrée. 


SCIE^'CES  PHYSIQUES.  287 

n'ont  pas  abattu  sa  fierté  ;  elle  vous  propose  Je  marcher  de 
concert  à  la  tête  de  la  civilisation  européenne,  mais  elle 
fera  tous  ses  efforts  pour  ne  jamais  vous  laisser  prendre 
le  premier  pas.  Pourquoi  donc  ces  insultes  journalières  à 
nos  découvertes,  à  nos  arts,  à  notre  agriculture?  pourquoi 
chercher  à  entretenir  de  basses  rivalités  et  d'odieuses 
haines  entre  deux  peuples  faits  pour  s'estimer  ? 

Il  ne  me  reste  qu'un  mot  i\  dire  sur  le  travail  de 
M.  Cachin,  c'est  que  son  intéressant  ouvrage  n'est  qu'une 
partie  de  celui  qu'il  nous  promet  sur  les  travaux  de  Cher- 
bourg. «Quelque  considérables  que  soient  ceux  dont  nous 
venons  de  rendre  compte,  ils  ne  forment,  dit  ce  savant 
ingénieur,  qu'une  partie  tout-à-fait  accessoire  et  distincte 
de  ceux  qui  ont  été  projetés,  et  dont  l'exécution  est  déjà 
très-avancée ,  pour  créer  sur  cette  partie  de  nos  côtes  le 
plus  vaste  et  le  plus  complet  des  établissemens  de  marine 
militaire.  Cette  importante  création  devait  être  tout  en- 
tière l'ouvrage  de  l'art  ;  elle  offrait  des  difficultés  dont  on 
aurait  vainement  cherché  des  exemples  dans  les  monumens 
des  anciens  et  dans  les  travaux  des  peuples  modernes.  La 
difficulté  de  les  surmonter  fut  long-tems  l'objet  du  doute 
et  de  l'incertitude  ;  mais  elle  a  cessé  d'être  problématique. 
Ce  nouveau  port  existe;  il  a  été  ouvert  à  l'océan  dès  le 
mois  d'août  i8i3,  et  depuis  ce  tems  la  marine  royale  est 
en  possession  des  principaux  avantages  que  l'on  s'en  était 
promis. 

«  Les  procédés  nouveaux,  les  moyens  extraordinaires 
dont  l'heureuse  application  a  assuré  le  succès  de  ces  tra- 
vaux, ont  entièrement  disparu;  il  n'en  reste  plus  de  traces 
que  dans  le  souvenir  de  ceux  qui  en  ont  été  les  témoins. 
S'il  peut  paraître  utile  aux  progrès  de  l'art  d'en  conserver 
la  tradition,  nous  considérerons  comme  une  obligation  de 
faire  connaître  l'ensemble  et  les  détails  de  cette  immense 
entreprise ,  de  décrire  la   configuration ,  l'étendue  ,   les 


288  SCIENCES  PHYSIQUES. 

moyens  d'extcution  de  ces  constructions  hydrauliques,  éle- 
vées en  granit,  du  sein  d'une  mer  orageuse,  avec  tous  les 
caractères  de  la  plus  rare  magnificence  ,  de  la  plus  parfaite 
solidité,  et  dont  les  fondemens  reposent  sur  des  masses  de 
rochers  qui  offraient  naguère  le  spectacle  des  écueils  les 
plus  dangereux  ,  là  où  l'on  voit  maintenant  un  port  vaste 
et  profond,  également  propre  à  la  construction  et  au  ra- 
doub, à  l'armement  et  ù  l'expédition;  un  port,  où  les 
vaisseaux  du  plus  haut  rang  accèdent  dans  tous  les  tems 
sans  nul  obstacle, et  stationnent  avec  sûreté,  constamment 
à  flot  dans  tout  état  de  marée;  un  port  enfin  qui,  par  sa  si- 
tuation, par  la  facilité  de  ses  abords,  par  la  régularité  et 
la  convenance  de  ses  dispositions,  offre  toutes  les  pro- 
priétés que  l'on  peut  désirer  et  que  l'on  ne  trouve  réunies 
dans  aucun  des  établissemens  du  même  genre,  que  le  génie 
des  arts  a  consacrés  à  la  gloire  des  souverains  et  à  la  sûreté 
de  leurs  sujets.  » 

Le  monde  savant  attend  avec  une  vive  impatience  ce 
nouveau  travail  de  M.  Cachin,  qui  décrit  avec  autant  d'art 
et  d'habileté  qu'il  exécute.  C'est  l'éloge  le  plus  complet  et 
le  plus  juste  que  nous  puissions  foire  du  mémoire  que  nous 
venons  d'analyser  (i).  Edouard  G xvt'siz^. 

(i)  Depuis  la  rédaction  de  cet  article,  quelques  Reuues  anglaises 
ont  publié ,  contre  les  ouvrages  français ,  des  critiques  où  règne  la 
plus  insigne  mauvaise  foi.  Nous  citerons  notamment  les  jugemens 
portés  sur  l'ouvrage  de  M.  Chaptalj  et  une  diatribe  violente  contre 
nos  littérateurs  et  contre  nos  sa  vans  les  plus  distingués.  Si  ces  déplo- 
rables excès  continuent ,  quelques  écrivains  français  s'empresseront 
de  relever  l'inexactitude  d'une  foule  d'assertions  erronées  qui  pour- 
ront encore  faire  quelques  dupes  en  Angleterre ,  mais  que  les  gens 
sensés  apprécieront  à  leur  juste  valeur.  Espérons  pourtant  que  nos 
confrères  d'outre -mer,  au  nombre  desquels  se  trouvent  d'ailleurs 
beaucoup  d'hommes  très-recommandables  ,  nous  épargneront  cette 
tâche  pénible,  en  nes'écartant  plus  des  convenances  que  tout  homme 
doit  respecter,  mais  qui  doivent  être  sacrées  pour  celui  qui  s'est  voué 
au  cullMe  la  science  et  de  la  vérité. 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 

Principes  de  la  science  siorale  et  politique  ,  ou  Ré- 
sumé DES  LEÇONS   DONNÉES   AU    COLLÈGE  D^ÉdIHBOURG  , 

par  Adam   Ferguson  ,   professeur  de  philosophie 
morale;  traduit  de  l'anglais  par  A.  D.  (i). 

Une  tendance  impossible  à  méconnaître  porte  aujour- 
d'hui les  esprits  vers  l'étude  des  sciences  morales  et  poli- 
tiques. Ceux  qui  ont  réfléchi  sur  la  marche  des  choses 
humaines  ne  voient  pas  sans  espérance  la  prédilection  des 
hommes  de  notre  âge  pour  les  études  sérieuses.  En  effet, 
tout  ce  qui  tient  au  domaine  de  la  philosophie  doit  exercer 
l'influence  la  plus  heureuse  sur  nos  facultés  intellectuelles. 
Ces  études  trouvent  beaucoup  de  partisans  dans  la  jeunesse 
contemporaine,  dont  le  caractère  est  essentiellement  grave 
et  méditatif.  Aussi  Montesquieu,  Burlamaqui,  Vatel  sont- 
ils  entre  les  mains  de  tous  les  jeunes  gens,  qui  pourront 
maintenant,  grâce  aux  travaux  d'un  nouveau  traducteur, 
profiter  aussi  des  leçons  d'un  des  plus  illustres  professeurs 
de  l'université  d'Edimbourg. 

Ferguson  appartient  à  cette  célèbre  école  écossaise  qui 
s'honore  des  noms  de  Blair,  de  Robertson,  de  Hume  et  de 
tant  d'autres  hommes  distingués,  dignes  successeurs  des 
philosophes  français  du  dernier  siècle.  C'est  dans  les  écrits 
de  Bacon,  de  Descartes,  de  Hobbes,  de  Mallebranche, 
qu'ils  puisèrent  des  connaissances  qu'ils  ont  contribué  à 
répandre,  et  qui  se  sont  perpétuées  jusqu'à  nous  par  les 
heureux  efforts  de  quelques  élèves  de  ces  grands  hommes. 


(0  Paris,  1831.  2  vol.  iQ-8<=.  Kleffer,  libraire,  rue  d'Enfer-Saint- 
Michel,  n»  3  (  première  livraison  composée  de  la  première  partie 
du  i"  volume).  ' 

Tome  xi.  19 


290  SCIENCES  MORALES 

Les  Principes  de  la  science  morale  et  politique  de  Fer- 
guson  deviendront  un  ouvrage  classique  pour  ceux  qui 
étudient  le  droit  naturel  .^  c'est-à-dire  la  science  de  la  mo- 
rale. Les  connaissances  morales  forment  une  série  de 
règles  à  suivre  dans  la  conduite  de  la  vie;  elles  tendent  à 
nous  enseigner  les  préceptes  tracés  dans  le  code  des  lois 
primitives  que  la  nature  nous  impose  ;  et  le  meilleur  moyen 
pour  parvenir  à  les  bien  connaître  est  de  s'appliquer  à  étu- 
dier l'homme,  en  ce  qui  le  distingue  des  autres  êtres 
animés.  Aussi  Ferguson  a-t-il  commencé  son  livre  par  la 
description  de  l'homme  et  par  l'indication  de  la  place  qu'il 
occupe  dans  l'échelle  des  êtres. 

Une  différence  manifeste  existe  entre  la  matière  inerte 
et  la  nature  animale.  Les  corps  doués  d'un  principe  de  vie 
sont  composés  de  parties  diverses ,  dont  les  substances 
dures,  molles,  fluides,  nerveuses,  servent  toutes  à  la  vie; 
aucune  d'elles  n'est  inutile  dans  l'organisation  animale. 
Mais  il  existe  aussi  de  nombreuses  difiërences  dans  les  corps 
doués  de  la  vie  ;  s'ils  partagent  tous  la  volonté  et  la  faculté 
d'errer  librement  dans  l'espace,  tous  n'agissent  pas  d'après 
les  mêmes  principes.  Chaque  être  animé  a  sa  nature  par- 
ticulière, possède  ses  organes  propres,  nécessaires  pour 
son  existence  dans  l'élément  où  doit  s'écouler  sa  vie.  Doués 
de  l'instinct  de  leur  conservation,  les  animaux  apprennent 
par  la  douleur  ce  qui  leur  est  nuisible,  et  par  le  plaisir  ce 
qui  leur  est  salutaire;  car  la  sagesse  de  leur  auteur  a  voulu 
qu'ils  ne  trouvassent  de  vrai  plaisir  que  dans  ce  qui  tend  à 
prolonger  leur  existence. 

Toutes  les  espèces  si  variées  du  règne  animal  ne  sont  pas 
également  destinées  à  vivre  en  société;  si  l'essence  des 
unes  est  de  partager  ensemble  les  courts  momens  qu'elles 
ont  à  passer  sur  la  terre,  d'autres  sont  naturellement  portées 
ii  rechercher  un  genre  de  vie  solitaire  et  sauvage. 


ET  POLITIQUES.  291 

La  nature  de  l'homme  Tappelle-t-elle  A  vivre  en  société? 
doit-ii  être  rangé  dans  la  classe  des  animaux  sociables 
{gregarii),  ou  bien  laut-il  le  rejeter  parmi  les  êtres  créés 
pour  tramer  une  existence  sauvage  et  solitaire  ?  Cette 
question  a  partagé  les  philosophes,  qui  en  ont  fait  l'objet 
d'un  grand  nombre  de  discussions  souvent  contradictoires. 
La  société  est  un  fait,  on  ne  peut  la  nier;  mais  les  hommes 
ont-ils  primitivement  vécu  en  communauté?  Voilùou  réside 
réellement  la  question.  Nous  citerons  le  passage  même  de 
Ferguson  qui  traite  de  la  destination  naturelle  de  l'homme  : 
«  Les  uns  prétendent,  dit-il ,  que  l'espèce  humaine, 
quoique  maintenant  unie  en  société  et  souvent  en  paix , 
garde  encore  les  marques  d'une  condition  originaire  diffé- 
rente ,  sinon  contraire.  Pourquoi,  dans  les  états  les  plus 
pacifiques,  les  citoyens  croient-ils  nécessaire  de  se  forti- 
fier? contre  qui  emploient-ils  ces  portes,  ces  murs  ?  pour- 
quoi le  riche  cache-t-il  ses  trésors  ?  les  hommes  doivent-ils 
craindre  le  voisinage  d'alliés  ou  d'amis?  ou  plutôt  ne 
montrent-ils  pas  un  instinct  de  ravage  et  d'hostilité,  en 
redoutant  dans  chacun  de  leurs  semblables  un  voleur  ou 
un  espion  ,  prêt  à  les  dépouiller  ou  à  les  dénoncer  ? 

«  Pourquoi  le  magistrat  est-il  armé  d'une  épée,  instru- 
ment de  violence  et  objet  de  terreur  ?  d'où  vient  qu'il  faut 
se  donner  tant  de  soins  pour  conserver  la  paix  intérieure  et 
repousser  les  invasions?  pourquoi  ces  prisons,  cet  appareil 
de  fers,  de  torture?  le  bourreau  est-il  l'anneau  principal 
de  la  chaîne  sociale  ?  est-ce  pour  recevoir  des  amis  que  les 
frontières  sont  hérissées  de  forteresses  ?  Toutes  ces  précau- 
tions nous  donnent  plutôt  la  conviction,  qu'au-delà  du 
cercle  où  l'homme  établit  In  paix  par  des  moyens  factices 
il  n'y  a  plus  rien  à  attendre  que  la  guerre.  » 

«  Pour  répondre  à  ces  assertions ,  continue  Ferguson , 
admettons  que,  dans  beaucoup  de  circonstances,  la  paix  de 

19* 


292  SCIENCES  aiORALES 

la  société  soit  évidemment  forcée,  et  ne  soit  maintenue  que 

par  une  variété  infinie  de  moyens  artificiels. 

t(  Quand  nous  jetons  un  regard  sur  l'histoire  ,  nous 
voyons  les  faibles  devenir  la  proie  du  plus  fort;  ils  ont  donc 
dû  se  liguer  pour  la  défense  commune.  La  durée  de  la 
confédération  ne  garantit  pas  sa  tranquillité  ;  car  les  parties 
sont  toujours  prêtes  à  entrer  en  dispute.  La  guerre  étran- 
gère servait,  dit-on,  à  calmer  les  Romains,  en  les  forçant 
à  se  réunir.  Sans  cette  cause,  la  hache  du  licteur  eût  été 
trop  faible  pour  réunir  ces  esprits  inquiets. 

«  De  tout  ceci,  nous  pouvons  conclure  que  les  hommes, 
quoique  naturellement  en  société,  ont  le  choix  du  bien  et 
du  mal  attachés  à  leur  état  ;  que  les  individus  sont  souvent 
disposés  à  abuser  des  avantages  du  voisinage  pour  troubler 
la  paix.  De  là  dérivent  la  nécessité  d'un  gouvernement  et 
l'application  d'une  loi  pénale;  et,  quoique  l'homme  soit 
destiné  à  vivre  avec  ses  semblables  et  qu'on  puisse  ,  sous 
ce  point  de  vue,  le  ranger  parmi  les  animaux  sociables,  il 
est  cependant  permis  d'avoir  une  opinion  différente.  L'in- 
dividu ,  pouvant  être  un  bon  ou  un  mauvais  membre  de  la 
société  dont  il  fait  partie,  doit  encourir  toutes  les  consé- 
quences d'un  choix  bien  ou  mal  fait.  » 

Ferguson  examine  ensuite  quels  sont  les  effets  immé- 
diats de  la  société.  Ils  découlent  de  deux  sources  princi- 
pales, la  faculté  de  l'homme  pour  la  parole  et  cette  propension 
qui  l'entraîne  vers  ses  semblables,  que  l'on  appelle  socia- 
bilité. Mais  ces  différences  ne  sont  pas  les  seules  qui 
existent  entre  l'être  doué  de  l'intelligence  et  les  autres  ani- 
maux; les  causes  morales  les  éloignent  encore  plus  que  les 
causes  physiques. 

L'étude  des  facultés  intellectuelles  de  l'homme  doit  donc 
occuper  le  philosophe  qui  veut  s'initier  dans  la  connais- 
sance des  sciences  morales,  c'est-à-dire  des  règles  imposées 


ET  POLITIQUES.  293 

à  toul  être  pensant  par  sa  propre  nature,  et  que  pour  ceLa 
on  doit  appeler  di^oit  naturel. 

La  première  observation  qui  s'offre  à  la  pensée  de  celui 
qui  recherche  quelles  sont  les  sources  primitives  de  l'incli- 
nation dans  la  nature  humaine ,  c'est  que  l'homme  n'est 
pas  guidé  dans  ses  actions  par  un  mobile  instinctif  et  indé- 
pendant de  sa  propre  volonté.  Il  est  évident  qu'on  lui  a 
laissé ,  comme  ses  privilèges  ,  l'observation  et  le  choix. 
Cependant  il  est  dirigé  aussi  par  des  instincts  qui  pré- 
cèdent la  connaissance  des  fins.  Ferguson  donne  pour 
exemple  de  ces  impulsions  instinctives,  communes  aux 
hommes  et  aux  animaux,  l'effort  qui  fait  servir  les  muscles 
à  la  respiration  et  celui  qui  nous  fait  appliquer  nos  lèvres 
sur  le  sein  pour  sucer  le  lait.  Le  philosophe  explique  cette 
apparente  contradiction  de  notre  nature,  et  il  est  amené  à 
dire  que  le  caractère  le  plus  général  des  inclinations  de 
l'homme  n'est  pas  celui  d'un  penchant  aveugle  à  se  servir 
de  ses  moyens,  mais  une  vue  instinctive  du  but;  et,  poury 
arriver,  il  lui  est  libre  de  découvrir  et  de  choisir,  d'après 
ses  observations  et  ses  expériences,  les  moyens  qu'il  croit 
les  plus  efficaces. 

Les  sources  du  caprice  et  l'affection  accidentelle  ou  la  pas- 
sion offrent  à  Ferguson  les  matières  de  sages  observations 
sur  la  nature  du  bien  et  du  mal  moral.  Cette  partie  de 
l'ouvrage,  composée  de  tout  le  deuxième  chapitre,  forme 
un  traité  complet  de  psycologie.  C'est  là  que  se  termine 
la  première  livraison  des  Principes  de  la  science  morale 
et  politique.  Lorsque  le  second  volume  aura  été  publié, 
nous  examinerons  en  détail  ce  que  l'auteur  entend  au  juste 
par  droit  naturel.  Tout  ce  qui  touche  à  cette  matière 
contient,  dans  l'ouvrage  original,  deux  chapitres  :  l'un 
pose  les  principes  des  règles  de  la  morale  ;  l'autre  indique 
les  moyens  de  maintenir  les  droits  sur  lesquels  elles  sont 


29A  SCIENCES  MORALES 

fondées;  savoir,  les  lois  et  l'aulorité  dans  i'élat  social,  et 
la  guerre  de  nation  à  nation.  Cette  dernière  partie  tient 
plus  spécialement  au  droit  des  gens. 

Il  ne  sera  pas  inutile  de  terminer  cette  analyse  de  l'ou- 
vrage de  Ferguson  par  une  courte  notice   sur  la  vie  et  les 
principes  philosophiques  de  cet  homme  célèbre.  Adam  Fer- 
guson naquit  dans  un  bourg  d'Ecosse ,  en  172A.  Son  père 
y  exerçait  les  fonctions  de  ministre.  Après  avoir  fait  ses 
études  dans  les  universités  de  Saint-André  et  d'Edimbourg, 
il  fut  lui-même  attaché  à  un  régiment  écossais,   en  qua- 
lité d'aumônier.  En  1769,  Ferguson  obtint  Une  chaire  de 
philosophie  naturelle    à   Edimbourg  ;  mais  il   la   quitta  , 
en  176A,  pour  occuper  celle  de  philosophie  morale  dans 
la  même  université.  Il  publia,  quelques  années  après,  son 
premier  ouvrage,  intitulé   :  Essai  sur  la   société  civile. 
Il  fit  paraître  ensuite  ses  Institutions  de  -philosopliie  mo- 
rale ,  qui  n'étaient  que  la   substance  de  ses  leçons.  Fer- 
guson a  composé  un  ourrage  fort  important,  intitulé  :  His- 
toire des  progrès  et  de  la  chute  de  la  république  romaine; 
on  le  place  sur  la  même  ligne  que  celui  de  Gibbon.  II 
quitta  sa  chaire  en  lyS'i,  et  fut   remplacé  par  Ch.  Du- 
gald  Stewart.  Ce  fut  quelques  années  après  qu'il  publia 
l'analyse  de  ses  leçons,  sous  ce  titre  :  Principes  de  la  science 
morale  et  politique.  Cet  ouvrage  n'avait  pas  été  ,   jusqu'à 
présent,   traduit  en  français.  Il  n'était  connu  que  par  les 
extraits  qu'on  en  donna  dans  les  T.  III  et  IV  de  la  Biblio- 
thèque Britannique ,  aujourd'hui  Bibliothèque  universelle j 
excellent  recueil  publié   à  Genève   par    M.    Pictel.   On 
s'accorde  à  dire  que  le  caractère  d'Adam  Ferguson  était 
modeste,  généreux,  et  son  extérieur  noble  et  prévenant. 
Il  prit  fort  peu  de  part  aux  discussions  politiques  de  son 
tems. 

Pour  bien  connaitrc  la  philosophie  de  Ferguson ,  il  faut 


KT  POLITIQUES.  295 

lire  une  partie  de  l'introduction  des  Princijjes  de  la  science 
morale  et  politique,  dans  laquelle  l'auteur  apprend  qu'il 
penchait  pour  le  système  des  Stoïciens.  «  Les  Stoïciens , 
dit-il,  considèrent  la  vie  humaine  comme  un  jeu  ;  l'intérêt 
et  le  mérite  des  joueurs  consistent  à  bien  jouer,  quel  que 
soit  le  gain  (  i  ) .  L'auteur  a  vu  jouer  ce  jeu  dans  les  camps , 
en  face  de  l'ennemi,  avec  cette  facilité  que  l'on  doit  tou- 
jours trouver  dans  les  situations  avantageuses;  et,  avant 
d'avoir  fait  attention  aux  éclaircissemens  donnés  par  Epic- 
tète ,  sur  la  comparaison  précédente  de  la  vie ,  avec  un 
jeu  de  hasard  et  d'adresse  ,  il  fut  long-tems  sans  pouvoir 
se  rendre  compte  de  ce  fait. 

«  Si  ces  recherches  le  conduisent  à  suivre  les  doctrines 
philosophiques,  professées  par  une  secte,  il  y  a  deux 
mille  ans ,  il  s'y  conformera ,  quoique  cette  école  soit  re- 
gardée de  nos  jours  comme  insensée. 

«  Cicéi'on  professait  le  scepticisme;  mais,  quand  il  ins- 
truisit son  fils  des  devoirs  de  la  morale ,  il  eut  recours  aux 
principes  de  la  philosophie  stoïcienne ,  comme  étant  plus 
applicable  à  la  conduite  de  la  vie.  Les  meilleures  lois  ro- 
maines y  prirent  naissance,  et  la  jurisprudence  a  toujours 
eu  pour  base  la  grande  distinction  du  bien  et  du  mal  moral , 
parce  qu'en  établissant  ses  règles  ,  on  ne  doit  faire  attention 
qu'à  la  justice,  et  non  à  l'importance  du  cas. 

«  Chez  les  modernes  même ,  cette  secte  fut  respectée 

(i)  Discours  d'Epictète  conservé  par  Arrien.  (L.  II  ,  ch.  V).  Nous 
n'avons  pas  le  texte  anglais  sous  les  yeux ,  et  nous  ne  savons  pas 
comment  Ferguson  a  entendu  la  phrase  d'Epictète  qu'il  rapporte  ; 
mais  la  traduction  de  la  Bibliothèque  Britannique  nous  semble 
meilleure.  La  voici  :  «  Les  Stoïciens  comparaient  la  vie  humaine  à 
une  table  de  jeu  :  le  mérite  et  l'amusement  du  joueur  consistent  à 
user  avec  habileté  et  avec  attention  des  chances  qui  lui  viennent,  et 
ils  ne  dépendent  nullement  de  la  force  de  son  enjeu.  » 


296  SCIENCES  MORALES 

par  ceux  qui  en  out  connu  le  véritable  esprit,  tels  que  lord 
Schaftesbury ,  Montesquieu,  Harris,  Hutchinson  et  beau- 
coup d'autres;  et  certes,  l'une  des  piemières  leçons  à 
donner  à  la  jeunesse,  et  même  à  ceux  qui  ont  dépassé  l'âge 
où  l'on  peut  apprendre,  c'est  de  leur  interdire  l'admiration 
ou  le  mépris  pour  des  choses  qu'ils  ne  connaissent  pas.  » 

Nous  ne  prétendons  nullement  prendre  la  défense  de  la 
philosophie  stoïcienne,  qui  a  été  attaquée  avec  beaucoup 
de  force  dans  les  tems  modernes  ;  mais  certes ,  il  est  tou- 
jours glorieux  de  se  tromper  avec  des  hommes  tels  que 
Zenon,  Caton,  Epictète,  Marc-Aurèle  et  Antonin. 

Alphonse  Taillandier. 


*W*V».'V\VVV\VV'W 


Histoire  générale  de  France  ,  depuis  le  règne  de 
Charles  VII  jusqu'à  la  paix  générale^  en  1 8 1 5  ,  par 
M'  DuFAu  ;  ornée  de  plus  de  deux  cents  portraits.  — 
Règnes  d'Henri  111  et  d'Henri  IV  (i). 

Il  serait  à  désirer  que  l'on  pût  toujours  étudier  l'histoire 
dans  des  sources  aussi  pures  que  celles  où  M.  Dufau  a 
puisé  les  grands  développemens  qu'il  vient  de  nous  donner 
sur  les  règnes  d'Henri  III  et  d'Henri  IV.  Cet  écrivain  a 
porté  la  critique  la  plus  sévère  et  la  plus  éclairée  dans  le 
récit  des  guerres  civiles,  dont  la  religion  a  constamment 
été  la  cause  ou  le  prétexte,  et  qui  ont  déchiré  la  France, 
depuis  le  règne  de  François  I"  jusqu'à  l'édit  de  Nantes  et 
à  la  paix  de  Vervins.  Les  faits  qu'il  rapporte  sont  toujours 
vrais ,  les  circonstances  qui  les  accompagnent  toujours 
exactes;  ses  observations  sont  profondes;  ses  réflexions , 
justes;  ses  jugemens ,  sûrs.  Il  ne  cesse  jamais  d'être  l'or- 

(0  Paris,  i8ai.  4  vol.  in-ia,  Desiay,  libraire,  rue  Haulçfeuille, 
n»  4. 


ET  POLITIQUES.  297 

gane  d'une  religion  pure  ,  de  donner  les  leçons  d'une  phi- 
losophie douce,  et  il  n'admet  d'autre  politique  que  celle 
qui  est  toujours  en  harmonie  avec  les  intérêts  du  peuple  et 
des  rois.  Il  n'est  jamais  au-dessous  du  sujet  qu'il  traite,  et 
il  n'attache  pas  moins  par  la  force  de  la  pensée  que  par  la 
chaleur  de  l'expression. 

Le  règne  d'Henri  III  n'offre  qu'une  suite  obscure  de 
désordres,  de  crimes,  d'assassinats;  et  la  plume  se  refuse 
à  mettre  en  lumière  de  si  tristes  atrocités.  Lorsque  le 
second  fils  de  Catherine  de  Médicis  monta  sur  le  trône 
sanglant  de  Charles  IX,  il  n'eut  ni  l'habileté  convenable 
pour  réunir  les  factions,  ni  l'énergie  nécessaire  pour  les 
enchaîner  ou  les  anéantir.  Il  ne  sut  que  fléchir  sous  la  vo- 
lonté ferme  et  impétueuse  du  prince  lorrain,  qui  devint 
d'autant  plus  audacieux  que  le  monarque  fut  de  jour  en 
jour  plus  faible,  jusqu'à  la  catastrophe  qui  termina  succes- 
sivement la  vie  de  tous  les  deux. 

Livré  à  ses  courtisans,  énervé  par  la  débauche,  quel- 
quefois couvert  du  sac  de  la  pénitence  et  fatiguant  les 
autels  d'un  hypocrite  repentir,  Henri  ne  sut  jamais  sou- 
tenir de  sa  puissance  un  parti  qui  ne  combattait  pas  seule- 
ment pour  la  foi,  mais  pour  le  trône,  pour  l'hérédité  de  la 
couronne  menacée  par  une  famille  ambitieuse,  que  secon- 
dait un  peuple  fanatique.  Mettant  toujours  une  volonté 
impuissante  qui  multiplie  les  diflicultés  à  la  place  de  la 
véritable  énergie  qui  les  surmonte ,  le  successeur  de 
Charles  IX  fut  digne  de  son  modèle,  et  prouva  que  la  tyran- 
nie accompagne  presque  toujours  la  faiblesse  sur  le  trône. 

Les  profusions  du  roi  exigeaient  sans  cesse  de  nouveaux 
édits,  qui  excitaient  le  peuple  à  la  révolte.  Il  tentait  d'ap- 
paiser  les  murmures,  tantôt  en  s'entourant  d'un  cortège 
menaçant ,  tantôt  en  cherchant  à  obtenir  une  popularité 
qui  n'est  sûre  que  pour  les  bons  princes.  Aussi  le  manifeste 


298  SCIENCES  MORALES 

de  la  ligue  n'eul  pas  plus  tôt  paru,  que  tous  ceux  qui  jusque-là 
avaient  été  indécis,  désertèrent  la  cause  d'un  trône,  que  l'on 
regardait  déjà  comme  renversé.  En  vain,  Henri  se  flattait 
de  maintenir  son  autorité  entre  les  deux  partis  qui  déchi- 
raient son  ï'oyaume;  en  vain,  il  nourrissait  l'espoir  de  les 
détruire  l'un  par  l'autre.  «C'est  en  suivant  cette  marche,  dit 
M.  Dufau,  qu'un  gouvernement  faible  se  perd;  chaque 
faction  gagne  alors  de  jour  en  jour  des  forces  aux  dépens 
du  pouvoir  qui  s'écroule  bientôt,  pour  ne  laisser  après  lui 
que  l'anarchie.  » 

La  fermentation  fut  bientôt  à  son  comble  ;  rien  n'arrêta 
plus  le  duc  de  Guise  ;  il  osa  attaquer  Henri  jusque  dans  les 
murs  de  Paris.  La  journée  des  barricades  en  chassa  le  faible 
monarque,  qui  se  réfugia  à  Chartres.  Là,  le  roi  conclut 
enfin  un  traité  avec  la  ligue  ;  mais  ce  n'était  qu  un  simu- 
lacre de  paix.  La  mort  des  chefs  de  cette  grande  conspiration 
était  arrêtée;  Henri  n'osa  leur  donner  des  juges  ,  il  leur 
envoya  des  assassins.  Ce  fut  aux  états  de  Blois  que  les  sa- 
tellites du  tyran  massacrèrent  le  duc  de  Guise  et  le  car- 
dinal. La  froide  atrocité  avec  laquelle  ce  dernier  crime  fut 
commis  dispose ,  dit  l'auteur  de  cette  histoire ,  à  regarder 
comme  un  juste  retour  de  l'équité  divine  l'attentat  qui 
frappa  le  roi  lui-même,  un  an  après.  Catherine  de  Médicis 
ne  survécut  pas  long-tems  aux  deux  chefs  de  la  ligue  :  «  en 
descendant  dans  la  tombe,  ajoute  M.  Dufau,  elle  dut 
prévoir  que  le  nom  de  Valois  s'éteindrait  couvert  d'un  op- 
probre qui  devait  en  grande  partie  retomber  sur  elle.  » 

Cependant  une  révolte  générale  éclata  dans  toutes  les 
provinces;  une  vaste  arène  de  combats,  de  spoliations  e 
de  crimes  s'ouvrit  dans  toute  la  France.  Les  magistrats 
furent  chassés,  les  prêtres  égorgés,  les  temples  détruits, 
le  commerce  anéanti,  toutes  les  lois  violées;  et  l'on  ne  vit 
partout  que  les  horreurs  de  l'intolérance  religieuse  et  poli- 


ET  POLITIQUES.  299 

Uquc,  jusqu'au  fatal  moment  où  le  fanatisme  enfonça  le 
couteau  sacré  de  la  religion  dans  le  sein  de  l'infortuné 
monarque  ,  par  les  mains  forcenées  de  l'infâme  Jacques 
Clément.  On  a  besoin  de  se  reposer  de  tant  de  crimes  et  de 
tant  d'atrocités,  et  l'on  éprouve  quelque  soulagement  en 
apprenant  que  le  roi  mourant  a  nommé  Henri  de  Bourbon 
pour  son  successeur. 

Sous  le  règne  désastreux  d'Henri  III ,  les  différens  corps 
de  l'état  subirent  quelques  modifications.  La  pairie  déchut 
de  sa  première  splendeur;  la  noblesse,  forte  de  son  in- 
fluence ,  fit  revivre  tous  les  abus  du  régime  féodal.  Le 
parlement  de  Paris  acquit  au  milieu  des  troubles  civils  un 
pouvoir  dont  il  n'avait  jamais  osé  s'emparer;  la  justice 
devint  un  véritable  trafic  et  se  vendit  avec  une  scandaleuse 
effronterie  ;  les  finances  furent  livrées  à  l'avidité  des  trai- 
tans  que  l'Italie  avait  vomis  sur  le  sol  de  la  France  ;  les 
mœurs  nationales  furent  portées  au  dernier  degré  de  cor- 
ruption; les  Italiens,  vils  instrumens  d'une  foule  de  com- 
plots et  de  crimes,  introduisirent  la  magie  en  France,  et 
cette  nouveauté  devint  une  folie  générale ,  contre  laquelle 
devaient  bientôt  se  dresser  les  échafauds  et  les  bûchers  de 
l'inquisition.  Chaque  page  des  annales  de  ces  tems  mal- 
heureux offre  des  traits  qui  font  frémir. 

Les  désastres  publics,  qui  précipitaient  chaque  jour  tant 
de  victimes  dans  la  tombe ,  n'empêchèrent  pas  Henri  de 
songer  au  faste  du  trône.  Il  institua  l'ordre  du  St.-Esprit, 
créa  la  charge  de  grand-maître  des  cérémonies ,  nomma 
vingt-quatre  gentilshommes  ordinaires  de  sa  chambre  et 
plusieurs  autres  officiers,  et,  au  milieu  de  toutes  ces  créa- 
tions de  l'orgueil,  fonda  l'ordre  plus  utile  des  frères  de  la 
charité. 

Les  changemens  pour  le  costume  furent  plus  remar- 
quables. La  toquô  italienne  remplaça  le  chapeau  de  Fran- 


300  SCIENCES  MORALES 

çois  I";  on  laissa  croître  sa  barbe;  les  femmes  se  servaient 
de  paniers  et  portaient  encore  le  masque  en  ville.  C'est 
sous  Henri  III,  qu'on  introduisit  à  la  cour  l'usage  du  fau- 
teuil pour  le  roi  et  des  plians  pour  sa  suite.  On  croit  que 
les  premiers  éventails  parurent  ù  cette  époque. 

Sous  ce  règne,  Grégoire  XIII  rendit  célèbres,  par  la  ré- 
forme du  calendrier,  son  nom  et  son  pontificat;  mais  son 
délire  fanatique,  son  caractère  faible  et  pusillanime  n'ont 
point  échappé  à  la  sévérité  de  l'histoire.  La  protection 
éclairée  que  François  I"  avait  accordée  aux  lettres  se  soutint 
au  sein  des  discordes  civiles.  Ronsard  fit  de  mauvais  vers  et 
ne  fut  pas  même  égalé  par  ses  imitateurs  ;  Jodelle  créa  la 
tragédie  et  la  comédie;  Garnier  commença  à  régulariser  la 
scène,  et  les  comédiens  italiens  se  fixèrent  i\  cette  époque 
dans  le  royaume.  Henri  III  aima  les  savans  et  les  gens  de 
lettres;  il  accorda  ses  faveurs  aux  plus  distingués  d'entre 
eux.  Plusieurs  ouvrages  remarquables  furent  publiés  sous 
son  règne;  les  Essais  de  Montaigne -parurent,  et  ce  premier 
monument  du  génie  fut  l'heureux  présage  de  la  gloire  lit- 
téraire de  la  France. 

Nous  n'avons  eu  à  retracer  jusqu'ici  que  des  fautes  ou 
des  crimes;  un  grand  homme  paraît  enfin  sur  la  scène  du 
monde  pour  consoler  la  terre ,  pour  fermer  cette  longue 
carrière  de  calamités.  «  La  France,  en  proie  à  tous  les  fléaux 
de  la  guerre  civile,  dit  M.  Dufau,  jouit  enfin  d'une  paix 
dont  les  souvenirs  s'étaient  presque  effacés  au  milieu  des 
troubles.  La  bravoure,  la  bonté  et  le  génie  se  trouvent, 
par  un  rare  et  précieux  bienfait  de  la  providence ,  réunis 
dans  le  même  homme  ;  les  dissentions  religieuses  sont 
éteintes ,  et  les  étrangers  bannis  de  ce  sol  qu'ils  ensanglan- 
tent depuis  trente  ans.  La  France  riche, heureuse  et  forte 
est  replacée  au  premier  rang  entre  les  puissances  de  l'Eu- 
rope, et  l'Espagne  descend  de  celui  où  l'ayaient  fait  monter 


ET  POLITIQUES.  501 

le  génie  de  Charles-Quint,  l'or  de  Philippe  II  et  les  fautes 
des  Valois.  Tel  est  le  tableau  que  présente  le  beau  rè"-ne 
d'Henri  IV;  il  se  compose  de  deux  parties  distinctes,  qui 
sont  l'une  et  l'autre  du  plus  haut  intérêt.  La  première  nous 
qui  offrira  ce  prince  arrachant,  pourainsi  dire,  pièce  à  pièce 
à  la  ligue  et  aux  étrangers  son  malheureux  royaume;  nous 
suivrons  dans  la  seconde  ses  travaux,  ses  soins  et  ses  efforts 
pour  faire  disparaître  jusqu'aux  traces  des  malheurs  publics. 
Le  règne  d'un  prince,  dont  tous  les  instans  furent  dévoués 
à  son  pays  et  dont  presque  toutes  les  actions  sont  des  titres 
de  gloire  pour  la  nation  qui  l'a  produit,  ne  demande  que 
des  couleurs  simples  et  naturelles  et  repousse  tout  faste 
d'expression.  Ici,  c'est  l'homme  qu'on  veut  voir  et  non 
l'art  de  l'écrivain  ;  il  s'agit  de  faire  comprendre  une  grande 
aine,  et  tout  l'art  ne  consiste  presque  qu'à  la  comprendre 
soi-même.  » 

On  ne  peut  s'exprimer  avec  plus  de  noblesse.  L'hommage 
que  M.  Dufau  rend  ici  au  meilleur  des  monarques  est 
d'autant  plus  pur  et  plus  touchant,  qu'il  est  dans  tous  les 
cœurs,  que  le  prince  qui  en  est  l'objet  vivra  éternellement 
dans  la  mémoire  des  Français,  et  que  l'Europe  entière  ne 
cessera  de  l'offrir  pour  modèle  aux  rois  qui  voudront  faire 
le  bonheur  de  leurs  peuples. 

Les  montagnes  du  Béarn  avaient  vu  Henri  de  Bourbon 
croître  et  se  fortifier  à  la  cour  de  Jeanne  d'AIbret;  formé 
dans  l'art  de  la  guerre  par  le  vertueux  et  habile  Coligni,  le 
jeune  prince  lui  avait  succédé  après  le  massacre  de  la  Saint- 
Barthélemi;  il  avait  vengé  les  calvinistes  dans  les  plaines 
de  Coutras.  La  France  ne  retentissait  pas  moins  de  la  re- 
nommée de  ses  vertus  que  du  bruit  de  ses  exploits.  Il  s'é- 
tait enfin  réuni  à  Henri  III  pour  lui  ouvrir  les  portes  d'une 
cité  rebelle,  lui  rendre  son  autorité  et  le  rétablir  dans  toute 
sa  puissance,  lorsque  l'attentat  de  Jacques  Clément  ouvrit 


302  SCIENCES  MORALES 

une  canièi'c  nouvelle  à  son  heureuse  audace  et  lui  imposa 
d'autres  devoirs  en  changeant  sa  destinée.  Il  ne  s'agissait 
plus  de  combattre  pour  conserver  le  sceptre  dans  la  main 
des  Valois  j  il  fallait  remonter  sur  son  propre  trône  et  re- 
conquérir son  royaume  presque  tout  entier. 

Ces  détails  sont  écrits  par  M.  Dufau  avec  ce  talent  qui 
caractérise  un  véritable  historien.  Ici,  comme  dans  tout  le 
cours  de  son  excellent  ouvrage,  il  ne  marche  qu'à  la  lueur 
du  flambeau  de  la  critique  la  plus  éclairée.  Il  puise  à  toutes 
les  sources,  mais  il  écarte  avec  art  les  prestiges  de  l'erreur 
ou  des  passions  ;  les  diflicultés  ne  l'arrêtent  point ,  mais  il 
ne  marche  qu'à  pas  lents  dans  les  routes  semées  d'écueils  , 
et  il  porte  l'examen  le  plus  sévère  dans  la  discussion  des 
faits,  que  le  tems  ou  la  mauvaise  foi  auraient  pu  altérer  ou 
dénaturer.  II  montre  à  ses  lecteurs  le  roi  aux  prises  avec 
Mayenne  ;  fait  un  parallèle  frappant  entre  le  monarque 
français  et  le  chef  de  la  ligue  ;  peint  avec  force  les  troubles 
du  royaume ,  les  excès  du  fanatisme  de  la  cour  de  Rome , 
qui  met  au  rang  des  martyrs  l'assassin  de  Henri  III;  l'élé- 
vation du  cardinal  de  Bourbon  au  trône,  dont  le  pape  sanc- 
tionne l'usurpation  ;  la  désertion  d'une  partie  des  plus 
fidèles  sujets  du  prince  légitime  ;  la  défaite  de  Mayenne  à 
Arques  ;  le  bon  Henri  couvert  de  gloire,  triomphant  de  ses 
ennemis  et  ramenant  autour  de  lui  des  cœurs  plus  égarés 
que  corrompus;  enfin,  la  fameuse  bataille  d'Ivry,  où  les 
ligueurs  taillés  en  pièces  sont  forcés  de  fuir  et  de  livrer, 
pour  ainsi  dire,  Paris  au  vainqueur. 

C'est  dans  l'ouvrage  même  qu'il  faut  prendre  une  juste 
idée  de  la  situation  de  cette  malheureuse  capitaFe ,  lors- 
qu'elle fut  réduite  à  tous  les  tourmens  de  la  plus  affreuse 
famine.  Les  processions  de  la  ligue,  les  séditions  sans  cesse 
renaissantes,  des  conférences  toujours  inutiles,  n'ap- 
portaient aucun  remède  à  tant  de  maux.  Les  herbes  que 


ET  POLITIQUES.  303 

Ton  trouvait  dans  les  rues  désertes,  les  animaux  les  plus 
repoussans,  les  osseinens  humains  convertis  en  farine  ne 
faisaient  que  prolonger  l'agonie  de  ses  infortunés  hahitans. 
La  population  entière  allait  périr,  si  le  roi ,  plus  touché  de 
sa  misère  qu'irrité  de  son  ingratitude  ,  n'eût  sauvé  ce 
peuple  de  sa  propre  fureur  en  faisant  distribuer  des  vivres 
dans  la  ville  qui  refusait  si  obstinément  de  lui  ouvrir  ses 
portes. 

Cependant  le  duc  de  Parme,  à  la  tête  d'une  armée  es- 
pagnole ,  arriva  au  secours  de  Paris  ,  et  força  le  roi  d'en 
lever  le  siège.  Quelle  était  alors  la  situation  de  la  France  ? 
La  guerre  étendait  ses  ravages  dans  toutes  les  provinces  ; 
le  roi  entendait  gronder  et  les  murmures  de  son  armée  et 
les  foudres  du  Vatican  ;  les  villes  ne  rentraient  que  lente- 
ment sous  son  autorité,  et  ses  finances  étaient  épuisées.  Il 
fallait  sa  grande  ame  pour  lutter  contre  tant  d'obstacles. 
La  ligue  n'était  pas  plus  heureuse  ;  le  despotisme  des  seize 
avait  soulevé  tous  les  esprits,  la  bonté  de  Henri  avait  touché 
tous  les  cœurs;  le  parlement  ne  voulait  sur  le  trône  ni  de 
Mayenne  ni  de  l'infante  d'Espagne  ,  lorsque  le  combat 
d'Auniale  changea  la  face  des  affaires.  Le  roi  y  fut  blessé; 
mais  il  y  remporta  une  victoire  qu'il  ne  dut  pas  moins  à 
son  intrépidité  et  à  son  imprudente  mais  heureuse  audace, 
qu'à  ses  habiles  dispositions  et  à  son  génie.  Dès-lors,  tous 
les  vœux  furent  pour  la  paix;  et  l'ambition  des  puissances 
alliées ,  les  vues  secrètes  de  l'Angleterre  et  de  l'Allemagne 
la  faisaient  désirer  plus  vivement  encore. 

L'auteur  expose  avec  autant  de  clarté  que  de  précision 
tout  ce  que  firent  Mayenne,  l'Espagne  et  Rome,  pour  re- 
tarder cette  paix  tant^'désirée  ;  et  lorsque  l'abjuration  du 
roi  rallie  autour  du  trône  la  plus  grande  partie  de  ses  en- 
nemis, c'est  avec  la  même  impartialité  qu'il  juge  les  inten- 
tions du  monarque.  M.  Dufau  pense  que  ce  grand  acte  du 


30A  SCIENCES  âlORALES 

meilleur  de  nos  rois  fut  l'effet  de  sa  conviction  plus  encore 
que  de  son  amour  pour  le  peuple.  La  fureur  des  ligueurs 
et  la  joie  publique ,  lorsqu'on  apprit  que  le  roi  était  rentré 
dans  le  sein  de  l'église  et  que  l'intérêt  et  le  devoir  appelaient 
tous  les  Français  autour  de  ses  étendards,  ne  peuvent  être 
peintes  avec  plus  de  chaleur  et  de  sensibilité. 

L'entrée  d'Henri  IV  dans  Paris,  la  vive  émotion  dont  il 
ne  put  se  défendre,  le  pardon  généreux  qu'il  accorda  à  ses 
ennemis,  et  qu'il  trouva  bien  plus  encore  dans  son  cœur 
quedanssapolitique,  l'ivresse  de  toutun  peuple, la  confiance 
qui  dès  le  soir  même  régnait  entre  les  bourgeois  et  l'armée, 
sont  peints  par  l'auteur  avec  les  traits  les  plus  touchans,  et 
toute  cette  partie  de  l'ouvrage  se  lit  avec  un  intérêt  toujours 
croissant.  On  croit  voir  les  factions  disparaître  devant  le 
roi,  et  les  Français  tous  égaux  à  ses  yeux,  dès  qu'ils  riva- 
liseront de  dévouement  pour  sa  personne  et  pour  la  patrie. 
Combien  on  regrette  de  voir  un  si  touchant  tableau  se 
noircir  des  attentats  de  Barrière  et  de  Jean  Châtel,  que  les 
ennemis  éternels  des  rois,  les  jésuites,  armèrent  d'un  fer 
parricide  contre  le  meilleur  des  princes  !  Après  ces  tenta- 
tives contre  la  personne  du  monarque,  les  jésuites  furent 
bannis  du  royaume.  Cet  institut,  qui  s'éleva  si  rapidement 
contre  les  gouvernemens  et  contre  les  peuples,  avec  autant 
d'adresse  que  de  constance,  par  ses  trésors,  sa  puissance, 
ses  travaux  dans  l'apostolat  et  ses  talens  distingués  dans 
les  sciences  et  dans  les  lettres,  porta  les  caractères  d'une 
civilisation  éminemment  avancée,  dit  notre  historien,  et 
semble  n'avoir  été  créé  que  pour  mettre  des  bornes  aux 
hardiesses  de  l'investigation  humaine  et  aux  progrès  des 
lumières. 

Il  ne  suffisait  pas  à  Mayenne  et  aux  fougueux  partisans 
de  la  ligue  que  le  roi  fût  rentré  dans  le  sein  de  l'église ,  il 
fallait  encore  qu'il  fût  absous  par  le  pontife  romain;  et  le 


ET  POLITIQUES.  SO5 

refus  que  faisait  constamment  le  saint  père  servait  de  pré- 
texte à  la  continuation  de  la  guerre  et  aux  tentatives  les 
plus  criminelles.  Enfin,  le  pape  prononça  l'absolution  des 
censures  ecclésiastiques;  et,  six  mois  après,  le  duc  de 
Mayenne  se  soumit,  et  comprit  dans  son  traité  tous  ceux 
qui  avaient  porté  les  armes  contre  le  roi.  Ainsi  finit  cette 
grande  et  malheureuse  époque  de  notre  histoire ,  cette 
longue  période  de  calamités  publiques,  où  les  ministres 
d'un  Dieu  de  paix  violèrent  tous  les  principes  de  la  justice 
et  de  la  morale,  où  les  passions  populaires  se  mirent  à  la 
place  de  l'ordre  établi ,  où  le  couteau  sacré  de  la  religion 
fut  levé  pendant  trente  années  sur  le  sein  des  femmes,  des 
enfans,  des  vieillards,  et  où  l'on  ne  connut  d'autre  politique 
que  la  perfidie  et  les  supplices. 

La  sagesse,  la  bonté,  la  constance  et  le  génie  d'Henri  IV 
mirent  un  terme  aux  malheurs  de  la  France.  L'édit  de 
Nantes  réunit  tous  les  partis  ;  les  Français  surent  qu'ils 
pouvaientadorer  Dieu  d'une  manière  différente,  sans  cesser 
d'être  les  fils  de  la  même  patrie,  et  la  paix  de  Vervins  leur 
rendit  parmi  les  nations  la  prééminence  dont  les  avait 
privés  la  conspiration  d'Amboise.  C'est  ici  que  commence 
le  beau  règne  du  plus  grand  de  nos  rois,  et  c'est  le  moment 
de  faire  connaître  le  ministre  immortel  qui  doit  être  associé 
à  sa  gloire,  comme  il  le  fut  à  ses  dangers  et  à  ses  travaux. 
Nous  rendrons  compte  de  cette  seconde  partie  de  l'ouvrage 
de  M.  Dufau,  lorsqu'elle  aura  paru;  nous  espérons  qu'elle 
ne  sera  pas  inférieure  à  la  première,  et  que  la  France  aura 
enfin  une  histoire  digne  du  monarque  qui  en  est  le  héros. 

M. 


ToMF  XI.  20 


soc  SCIENCES  MORALES 


fv%y*'\%x^'»'*w»^vv»%,vi,v 


Mémoires  HISTORIQUES,  politiques  et  littéraires  sur 
LE  ROYAUME  DE  Naples  ,  par  M.  le  comte  Grégoire 
Orloff,  sénateur  de  l'empire  de  Russie,  ouvrage 
orné  de  deux  cartes  géographiques  ,  publié  avec  des 
notes  et  additions  ,  par  M.  Amaury  Duval  ,  membre 
de  l'Institut  de  France  (i). 

NousaYonsrenducompte(T.  I,  p.  io4  etT.III ,  p.  292) 
des  deux  premiers  volumes  ou  de  la  première  partie  de  cet 
ouvrage,  contenant  V Histoire  civile  du  royaume  de  Naples. 
Nous  allons  faire  connaître  les  trois  volumes  suivans,  qui 
viennent  de  paraître;  ils  complètent  l'ouvrage  ,  et  com^» 
prennent  l'histoire  de  l'administration  et  l'histoire  litté- 
raire du  même  pays. 

L'histoire  de  l'administration  devrait  être  une  partie 
intégrante  de  l'histoire  proprement  dite,  c'est-à-dire  du 
récit  des  faits  ou  des  événemens,  des  révolutions  et  de 
leurs  causes  ;  car  elle  nous  apprend  à  mieux  connaître  le 
caractère  des  gouvernans  et  l'état  des  gouvernés.  C'est 
donc  avec  raison  que  M.  le  comte  Orloff  a  cr»  nous  inté- 
resser en  nous  présentant  un  tableau  de  l'administration 
du  royaume  de  Naples,  pendant  les  époques  les  plus  re- 
marquables de  l'histoire  ancienne  et  moderne  de  ce 
royaume. 

Après  avoir  rappelé  ce  qu'était  le  gouvernement  de  cette 
partie  de  la  péninsule ,  sous  les  Romains ,  sous  les  Goths 
et  sous  quelques  empereurs  d'Orient,  il  retrace,  d'après 
des  données  plus  certaines ,  ce  qu'il  a  été  sous  les  Lom- 


(i)  Paris,  1831.  5  vol.  in-S».  Chassériau  ,  libraire,  au  dépôt  biblio- 
graphique, rue  NeuTe-des-Petits-Champs  ,  n»  5, 


ET  POLITIQUES.  307 

bards,  les  Normands,  les  Suabes,  les  Ano^evius,  les  Ara- 
gonais,  les  Espagnols  et  les  Français.  Mais,  ce  qu'il  exa- 
mine plus  soigneusement  encore,  c'est  l'administration 
des  derniers  tems,  celle  qu'établirent  les  Bourbons,  et 
celle  que  cherchèrent  à  y  naturaliser  les  Français ,  pendant 
leur  dernière  et  courte  invasion. 

Dans  tout  le  cours  de  cette  histoire  ,  ce  qui  nous  a  sur- 
tout frappés,  c'est  l'esprit  de  philantropie  qui  se  manifeste 
à  chaque  page  ,  et  qui  devrait  caractériser  tous  les  histo- 
riens. Dès  le  commencement  de  son  livre ,  l'auteur  dé- 
plore ,  dans  la  nation  dont  il  écrit  l'histoire,  la  perte  de 
cet  ancien  esprit  d'indépendance  ,  de  cet  amour  de  la  pa- 
trie, de  ces  vertus  qui  avaient  précédemment  produit 
tant  d'actions  éclatantes. 

Dans  ces  tems  de  dépravation  morale,  les  Barbares, 
plus  forts  et  moins  corrompus  que  les  Romains,  parvin- 
rent, presque  sans  peine  ,  à  leur  ravir  toutes  leurs  con- 
quêtes. Ici  l'auteur,  toujours  attentif  aux  progrès  delà 
civilisation,  semble  se  féliciter  qu'après  avoir  emprunté 
aux  Romains  les  restes  de  culture  que  tant  de  vicissitudes 
«'avaient  pas  encore  détruits,  les  Barbares,  à  leur  tour, 
leur  aient  communiqué  une  partie  de  leur  énergie.  Il 
signale  les  institutions  et  les  habitudes  nouvelles  que  l'es-- 
prit  étranger  d'indépendance  introduisit  chez  les  Italiens, 
€t  il  s'arrête  particulièrement  sur  cette  diète  nationale  des 
Lombards,  ou  réunion  de  la  nation  armée,  qui  seule  jouis- 
sait de  l'autorité  suprême  et  du  pouvoir  législatif.  Mais  il 
a  soin  de  remarquer  aussi  que  les  véritables  vertus  sociales 
étaient  ignorées  de  ces  peuples  qui,  n'appréciant  que  l'in- 
dépendance et  la  guerre ,  ne  connaissaient  d'autre  droit 
que  celui  de  la  force.  Les  Italiens  indigènes,  exclus  de 
l'honneur  de  pouvoir  porteries  armes  et  d'obtenir  des- em- 

20* 


308  SCIENCES   MORALES 

plois  dans  le  gouvernement,  n'étaient  que  tributaires,  co- 
lons, ou  tout  au  plus  centeniers. 

L'ignorance  des  véritables  droits  des  hommes  et  des  na- 
tions donna  naissance  à  une  multitude  de  droits  prétendus» 
ou  plutôt  de  privilèges  créés  en  faveur  de  quelques  hommes 
contre  tous  les  autres,  et  dont  la  réunion  forme  ce  que 
l'on  nomme  encore  droit  féodal  et  droit  canon.  Ainsi  fu- 
rent consacrés  deux  genres  d'usurpation,  l'un  parl'épée  , 
l'autre  par  la  croix  ,  et  l'esclavage  civil  et  spirituel  fut 
réduit  en  système.  Au  milieu  de  cette  dégradation  géné- 
rale, Roger,  un  de  ces  héros  aventuriers  qui  finirent  par 
subjuguer  des  peuples  qu'ils  avaient  d'abord  défendus  , 
fonda  la  monarchie  des  Deux-Siciles,  et,  à  l'exemple  des 
rois  lombards ,  donna  ses  lois  dans  des  assemblées  natio- 
nales, composées  de  barons,  d'évêques  et  d'abbés,  usage 
observé  dans  la  suite  par  les  Normands,  les  Suabes  et 
leurs  successeurs. 

Le  tableau  que  trace  l'auteur,  du  règne  de  l'empereur 
.  Frédéric,  fait  ressortir  toute  l'atrocité  de  la  cour  de  Rome  , 
qui  ne  cessa  de  persécuter  ce  grand  et  digne  souverain ,  ce 
prince  vraiment  philosophe.  Son  crime  était  d'avoir  essayé 
d'abaisser  la  puissance  de  l'église  et  l'aristocratie  féodale  ; 
d'avoir  procuré  la  liberté  civile  à  un  grand  nombre  de 
cités  qu'il  déclara  domaniales  ;  d'avoir  appelé  enfin  ^aux 
assemblées  nationales  les  députés  des  communes.  Frédéric 
était  convaincu  que,  pour  que  les  lois  soient  justes  et  utiles, 
elles  doivent  être  l'expression  du  vœu  général.  Aussi,  fai- 
sant entrevoir  à  ses  peuples  l'aurore  de  la  liberté,  il  s'étu- 
diait à  ranimer  en  eux  les  talens,  les  vertus  qui  peuvent 
rendre  les  nations  grandes  et  puissantes,  et  que  la  tyrannie 
féodale  avait  jusqu'alors  étouffées. 

Mais  que  pouvaient  produire  ses  généreux  efforts,  puis- 


ET  POLITIQUES.  SOî> 

qu'il  devait  avoir  pour  successeurs  des  rois  imbus  de  prin- 
cipes tout  ditîérens?  Les  rois  angevins  et  aragonais  ,  qui 
vinrent  successivement  occuper  son  trône  ,  loin  de  le 
prendre  pour  modèle,  tâchèrent  de  détruire  toutes  ses  ins- 
titutions. L'auteur  ne  se  laisse  pas  éblouir  par  les  éloges 
qu'ont  prodigués  à  Alphonse  d'Aragon  ,  surnommé  le 
magnanime j  les  gens  de  lettres  qu'il  protégeait,  et  les 
gens  d'église  aux  controverses  et  aux  disputes  desquels  il 
prenait  trop  de  part.  A  mesure  qu'il  avance  dans  l'histoire 
de  ce  malheureux  pays ,  le  comte  Orloff  ne  peut  étouffer 
un  sentiment  de  douleur  et  d'indignation  ,  en  voyant  ces 
belles  contrées  toujours  gouvernées,  ou  plutôt  opprimées 
par  des  étrangers,  et  condamnées  .à  être  le  théâtre  des 
plus  désastreuses  révolutions.  On  peut  déjà  compter  les 
Piomains  ,  les  Grecs  ,  les  Lombards  ,  les  Bulgares  ,  les 
Normands,  les  Allemands,  les  Provençaux,  les  Aragonais, 
les  Albanais,  les  Sarrasins!  Après  ces  continuelles  vicissi- 
tudes, comment  ces  peuples,  habitués  à  un  aussi  long 
joug,  n'auraient-ils  pas  perdu  tout  sentiment  d'indépen- 
dance et  de  vie  politique?  On  ne  doit  pas  s'étonner  non 
plus  de  ne  trouver,  dans  le  royaume  de  Naples  ,  pour  code 
civil ,  qu'un  amas  de  lois  contradictoires ,  source  d'inter- 
minables procès.  Delà,  cette  foule  innombrable  d'avocats, 
qui ,  profitant  du  vice  des  lois  ,  jouissaient  seuls  de  quelque 
aisance,  quand  le  reste  de  la  nation  vivait  dans  l'ignorance 
et  la  misère  ,  et  n'avait  nulle  notion  du  juste  et  de  l'hon- 
nête ;  mais  il  ne  faut  imputer  cette  démoralisation  com- 
plète d'un  peuple  qu'aux  princes  qui  le  gouvernaient. 

Enfin,  nous  arrivons  au  règne  de  Charles  III  de  Bour- 
bon ,  et  l'auteur  s'arrête  avec  intérêt  sur  cette  mémorable 
époque.  Il  décrit  plus  en  détail  l'administration  politique, 
militaire  et  ecclésiastique,  qu'établit  le  savant  et  sage 
ministre  Tanucci.  Ce  qui  doit  paraître  bien  singulier,  c'est 


310  SCIENCES  MORALES 

qije,  malgré  les  heureuses  réformes  et  les  efforts  de  ce  mi- 
nistre et  de  quelques  autres ,  le  nombre  des  juges ,  des  avo- 
cats, des  procureurs,  des  notaires  et  des  employés  éubal- 
ternes  de  la  justice,  s'élevait  encore,  selon  l'auteur,  jus- 
qu'à a6,ooo,  et  le  nombre  des  ecclésiastiques  ù  environ 
100,000  ;  et  pourtant  la  population  de  tout  le  royaume  était 
au  plus  de  A,8oo,ooo  âmes.  Par  là,  on  peut  juger  de  ce 
qu'il  restait  encore  à  entreprendre  pour  la  prospérité  pu- 
blique, malgré  tout  ce  qu'on  avait  fait  d'utile. 

Le  tableau  du  gouvernement  des  Bourbons  est  suivi  du 
tableau  du  gouvernement  des  Français  ,  sous  Joseph  Bona- 
parte et  sous  Joachim  Murât.  C'est  ici  que  l'auteur,  avec 
non  moins  de  franchise  que  d'impartialité,  comparant  l'un 
et  l'autre  système ,  fait  sentir  l'avantage  de  celui  des  Fran- 
çais, qu'il  juge  plus  conforme  aux  lumières  du  siècle,  et 
plus  adapté  aux  besoins  de  la  nation.  Mais  il  n'oublie  pas 
en  même  tems  de  signaler  les  abus  qui  se  glissèrent  dans 
l'exécution  des  plans  adoptés  par  les  nouveaux  monarques, 
et  il  remarque  avec  raison  que  l'esprit  militaire,  répandu 
par  Napoléon  dans  tous  les  états  qui  dépendaient  plus  ou 
moins  de  sa  volonté,  arrêtait  ou  altérait  les  effets  salutaires 
des  institutions  politiques. 

M.  le  comte  Orloff  tâche  d'apprécier  avec  la  même  jus- 
tice les  effets  de  la  restauration ,  qui  pouvait  et  devait  cor- 
riger les  imperfections  de  l'administration  précédente.  H 
indique  les  causes  qui  ont  sensiblement  augmenté  la  mi- 
sère publique  et  la  masse  des  impôts.  La  seule  inspection  du 
budjet  de  l'état,  à  deux  époques  très-rapprochées,  prouve 
que,  si  le  royaume  de  Naples  eut  à  s'applaudir  d'avoir  re- 
couvré son  ancien  souverain,  il  lui  fallut  acheter  ce  bonheur 
par  de  nouveaux  sacriGces.  En  effet,  on  voit,  dans  l'an- 
née i8i5,  que  Joachim  Murât  ne  prélevait  sur  le  peuple 
que  16,000,000  de  ducats,  et  le  roi  Ferdinand  a  prélevé, 


ET  POLITIQUES.  311 

dans  l'année  suivante,  i8,iA3,65o  ducats,  etde  plus,  une 
contribution  extraordinaire  du  sixième  de  l'impôt  foncier, 
c'est-à-dire  1,162,276  ducats.  Le  budget  de  1817  porte 
les  revenus  nécessaires  à  20,062,000  ducats  :  dans  le  même 
budget,  l'état  des  dépenses  de  chacun  des  ministères  forme 
on  total  de  28,609,231  ducats.  Nous  avons  dû  porter  l'at- 
tention des  lecteurs  sur  ces  calculs ,  que  nous  tirons  de 
l'ouvrage  de  M.  le  comte  Orloff;  car  on  sait  que  le  véri- 
table état  économique  des  nations  est  un  sûr  indice  de  leur 
prospérité  plus  ou  moins  grande ,  et  que  c'est  le  meilleur 
moyen  de  juger  si  elles  ont  de  justes  motifs  de  méconten- 
temens  et  de  plaintes. 

Les  derniers  événemens  arrivés  dans  le  royaume  de  Na- 
ples  ont  fait  sentir  à  l'auteur  la  nécessité  d'ajouter  un  Sup- 
plément à  ses  mémoires  historiques.  Il  a  tâché  de  choisir, 
dans  le  grand  nombre  de  récits  souvent  dictés  par  l'exagé- 
ration, tant  d'un  parti  que  de  l'autre,  les  faits  authenti- 
ques et  confirmés  par  des  actes  notoires,  que  tout  écrivain, 
ami  de  la  vérité,  doit  s'empresser  de  recueillir.  Il  résulte 
delalecture  de  ce  Supplément,  que  dans  le  commencement 
on  a  trop  exalté  peut-être  des  hommes  et  des  événe- 
mens, qu'on  cherche  trop  à  déprimer  aujourd'hui.  Nous 
nous  rangeons  à  l'avis  de  l'auteur  :  pour  bien  apprécier  les 
événemens  de  la  dernière  révolution,  il  faut  attendre  qu'ils 
aient,  pour  ainsi  dire,  subi  une  épuration  dans  le  creuset 
du  tems.  La  postérité  impartiale  jugera  mieux  que  nous, 
et  le  peuple  qui  a  voulu  changer  ses  lois,  et  les  princes  qui 
l'ont  replacé  sous  le  joug. 

Il  est  tems  de  nous  dédommager  de  ces  tristes  souvenirs, 
en  passant  à  des  objets  moins  impertans,  sans  doute,  mais 
plus  agréables.  La  troisième  partie  des  Mémoires  de  M.  le 
comte  Orloff  comprend  V Histoire  littéraire  du  royaume  de 
Naples.  Il  la  commence,  à  cette  époque  reculée  où  la  Grande- 


312  SCIENCES  MOllALES 

Grèce  jetait  tant  d'éclat  dans  les  sciences  et  dans  les  arts, 
et  il  s'arrête  surtout  à  l'école  de  Pythagore.  Suivant  Cicé- 
ron,  Timée  avait  nié  l'existence  de  ce  philosophe.  Un  tel 
paradoxe,  dit  notre  auteur,  a  été  renouvelé  chez  les  mo- 
dernes par  Bentley  ;  mais  Vico,  avant  ou  en  même  tems  que 
Bentley,  et  sans  rien  savoir  de  l'opinion  de  celui-ci,  avait 
soutenu  une  hypothèse  encore  plus  singulière  :  il  donnait 
une  existence  plus  ancienne  et  même  plus  réelle  à  l'école 
des  pythagoriciens  qu'à  son  fondateur.  Le  nom  de  Pythagore 
désignait,  selon  lui,  le  titre  ou  le  caractère  des  chefs  de 
cette  école,  plutôt  qu'un  individu  auquel  on  attribue  des 
opinions  et  des  vicissitudes  qui  ne  peuvent  guère  appar- 
tenir qu'à  plusieurs  hommes  et  à  plusieurs  âges. 

Quoi  qu'il  en  soit,  c'est  de  cette  association  mystérieuse 
que  tire  son  origine  la  secte  italique ,  qui ,  pendant  deux 
siècles,  fut  si  utile  aux  peuples,  et  qui  fut  si  long-tems 
persécutée  par  la  tyrannie.  L'auteur  parle  ensui-te  de  l'école 
héléatique,  fondée  par  Xénophon,  et  qui  se  distinguait  par 
les  vertus  civiques  de  ses  disciples.  Parménide,  Zenon  , 
Leucippe,  dont  le  système  fut  développé  par  Démocrite  el 
Épicure,  étaient  tous  d'Elia  ou  Velia.  Zenon  eut  à  suppor- 
ter les  tourmens  les  plus  horribles,  pour  avoir  osé  rétablir 
la  liberté  de  sa  patrie ,  opprimée  par  le  tyran  Néarque.  Si 
l'on  en  croit  Platon  lui-même,  ce  fut  dans  ces  deux  écoles 
qu'il  reçut  d'Architas ,  de  Timée  et  de  Parménide  la  plu- 
part des  doctrines  qu'il  porta  dans  la  Grèce.  On  assure  que 
les  Calabrois  s'enorgueillissent  encore  aujourd'hui  de  ce 
que  leur  pays  a  été  le  berceau  des  pythagoriciens,  et  de  ce 
que  plusieurs  d'entre  eux  n'ont  jamais  cessé  de  les  imiter. 

En  passant  de  la  littérature  grecque  à  la  littérature  des 
Romains,  l'auteur  nous  fait  remarquer  que  les  premiers 
écrivains  qui  répandirent  à  Home  la  langue  et  les  connais- 
sances des  Grecs,  étaient  tous  nés  dans  les  provinces  qui 


ET  POLITIQUES.  313 

composent  maintenant  le  royaume  de  Naples.  Tels  furent 
Livius  Andronicus,  Naevius,  Pacuvius,  Quintus  Ennius, 
Lucilius,  Salluste,  Vltruve,  Horace,  Ovide,  Cicéron,  etc. 

Il  est  pénible  de  quitter  ces  époques  classiques  pour  ar- 
river à  celles  du  moyen  âge,  de  cet  âge  que  couvrent  les 
épaisses  ténèbres  de  l'ignorance  et  de  la  superstition.  Après 
la  translation  du  siège  de  l'empire  à  Bysance,  les  sciences 
et  les  arts  vont  déclinant  sans  cesse,  sous  les  Goths,  les 
Lombards,  les  Sarrasins,  les  Normands.  Dans  le  cours  de 
plusieurs  siècles,  on  ne  rencontre  guère,  au  temsdeThéo- 
doric  et  d'Athalaric,  que  Cassiodore  de  Squillace,  en  Ca- 
labre ,  à  qui  nous  devons  divers  ouvrages  et  la  conservation 
de  plusieurs  anciens  manuscrits.  Depuis  Cassiodore,  les 
lettres,  ou  les  études  qu'on  appelait  alors  de  ce  nom,  se 
réfugièrent  dans  les  couvens,  qui  recueillirent  aussi  les 
monumens  les  plus  précieux  de  l'antiquité.  C'est  dans  le 
couvent  du  Mont-Cassin  qu'on  trouve  Paul  diacre,  auteur 
^^V  Histoire  des  Lombards  ;  Erchembert,  qui  écrivit  les 
Faits  des  princes  de  Bênépent;  Constantin  deCarthage, 
Pierre  diacre,  et  autres  historiens  ou  chroniqueurs. 

Par  les  soins  de  ce  Constantin  de  Carthage^  que  nous 
venons  de  citer,  et  de  quelques  autres  professeurs  de  mé- 
decine, fleurit  l'école  de  Salerne,  qui  jouissait,  au  onzième 
siècle,  du  plus  grand  crédit ,  et  à  laquelle  on  doit  cet  ou- 
vrage célèbre  qui  porte  le  titre  de  Medicina  Salernitana  ^ 
ou  de  Fias  medicinœ.  Dans  le  siècle  suivant,  la  découverte 
des  Pandectes ,  enlevées  aux  Amalphitains  par  les  Pisans, 
et  ensuite  aux  Pisans  par  les  Florentins,  opère  en  Italie 
une  révolution  dans  l'étude  des  lois.  Ainsi ,  puisque  la  re- 
naissance des  lettres  ,  et  surtout  celle  de  l'histoire  ,  de  la 
médecine  et  de  la  jurisprudence  datent  de  cette  époque , 
on  ne  peut  contester  au  royaume  de  Naples  la  gloire  d\n 
avoir  préparé  le  berceau  et  d'avoir  recueilli,  pour  ainsi 


31A  SCIENCES  MORALES 

dire,  le  premier  souffle  de  vie  qui  devaitranimer  les  sciences 
et  les  arts  dans  le  reste  de  l'Europe.  «  Ce  pays,  dit  l'au- 
teur, semblait  être  destiné  à  faire  renaître  et  briller  pour 
la  seconde  fois  les  lumières;  et  c'est  ainsi  qu'il  payait, 
par  des  bienfaits,  tous  les  maux  qu'il  avait  repus  des  peu- 
ples du  Nord  (i).  »  Il  serait  ù  désirer  que  les  Napolitains 
vengeassent,  par  des  bienfaits  semblables,  les  humilia- 
tions qu'on  ne  cesse  de  leur  faire  essuyer. 

Ce  fut  à  l'époque  de  Frédéric  que  les  sciences  et  les 
lettres  furent  véritablement  protégées  dans  le  royaume  de 
Naples.  Il  y  fonda  l'université  ;  il  donna  un  nouveau  lustre 
à  l'école  de  Salerne  ;  il  en  ouvrit  plusieurs  autres  sur  di- 
vers points  du  royaume;  il  appela  de  toutes  parts  et  entre- 
tint généreusement  les  plus  célèbres  professeurs.  Il  était 
philosophe  et  littérateur  lui-même,  et  il  avait  composé 
divers  écrits  d'histoire  naturelle.  Il  eut  pour  coopérateur, 
dans  ses  travaux  littéraires  et  politiques,  l'homme  le  plus 
savant  de  son  tems  ,  Pietro  délie  Vigne  ,  dont  l'infortune 
et  la  mort  ont  inspiré  au  Dante  un  de  ses  meilleurs  épisodes. 
Les  Constitutions à.e  Frédéric,  qu'il  compila,  et  les  Lettres 
qu'il  écrivit  au  nom  de  ce  souverain,  sont  les  monumens 
les  plus  précieux  du  treizième  siècle. 

Tant  de  mérite  dans  ces  deux  hommes  supérieurs  devait 
naturellement  armer  contre  eux  les  suppôts  de  la  supersti- 
tion. On  attribua  à  l'un  ou  à  l'autre  le  Livre  fameux  intitulé  : 
De  tribus  impostoribus ,  qui,  sans  doute,  n'existait  pas  en- 
core, et  que  bien  plus  tard  on  a  attribué  à  d'autres  écri- 
vains qui  n'en  étaient  pas  non  plus  les  auteurs.  M.  le 
comte  Orloff  indique  ,  à  cette  occasion  ,  un  ouvrage  portant 
lemêmetitre,  qu'on  croit  avoir  été  publiéàVienne,  en  lySS, 
sous  la  date  de  1698,  pour  accréditer,  je    pense,  l'impu- 

(1}  T.  IV,  pag.  io3. 


ET  POLITIQIJES.  815 

tation  qu'on  a  faite  de  cet  ouvrage  au  P.  Canipanella.  On 
sait  que  celui-ci,  qui)  par  une  singularité  assez  remar- 
quable, était  dominicain  et  philosophe,  fut  poursuivi, 
au  comrtiencement  du  dix  -  septième  siècle,  comme 
incrédule  et  comme  conspirateur.  Il  fut  accusé  d'avoir 
écrit  ce  Livre,  qui,  à  ce  qu'on  disait,  circulait  en  secret 
parmi  les  savans,  ses  contemporains.  Mais  Campanella  se 
défendit  de  cette  calomnie ,  en  prouvant  que  l'ouvrage 
dont  il  était  question  existait  déjà  trente  ans  avant  sa  nais- 
sance, c'est-à-dire  en  lô.^S,  date  qui  pourrait  donner 
quelque  consistance  à  l'opinion  qui  avait  attribué  cette 
production  à  Pierre  Aretin. 

Les  lettres  firent  encore  des  progrès  au  quatorzième 
siècle,  surtout  sous  Robert  d'Anjou,  surnommé  le  Salo- 
mon  de  ce  tems.  Ce  fut  alors  que  Barlaam  et  Leontius  , 
son  disciple,  tous  deuxcalabrois,  répandirent  les  premiers 
la  littérature  grecque  en  Italie,  à  peu  près  un  siècle  avant 
que  les  Grecs  émigrés  y  cherchassent  un  refuge.  Leontius 
fut  surtout  connu  et  estimé  de  Pétrarque  et  de  Boccace. 
Cette  période  de  l'histoire  littéraire  du  royaume  de  Naples 
s'étend  jusqu'à  la  fin  du  quinzième  siècle,  époque  où  fleurit 
cette  académie,  fondée  par  le  Panormita  et  par  le  Pontano, 
et  que  rendirent  célèbre  Sannazaro,Galateo,  et  entre  autres 
ce  Leto ,  qui  alla  à  Rome  en  fonder  une  autre  encore  plus 
fameuse  par  les  membres  qui  la  composaient ,  et  par  les 
malheurs  qu'ils  éprouvèrent. 

Arrêtons-nous  un  instant  sur  Girolamo  Tagliavia  qui, 
au  dire  de  notre  auteur  ,  disputa  à  Copernic  le  mérite  d'a- 
voir rétabli  le  système  de  Philolaus  sur  le  mouvement  de 
la  terre  autour  du  soleil  (i).  Nous  devons  d'autant  moins  le 
passer  sous  silence  que  Tiraboschi  et  Ginguené  semblent 

(.)  T.  IV,  pag.  18.. 


316  SCIENCES  MORALES 

l'avoir  oublié.  Celui-ci  se  borne  à  dire,  d'après  rhistorio» 
graphe  italien ,  que  Dominique-Marie  Novara  donna  au 
monde  le  grand  Copernic,  son  élève,  qui  peut-être  avait 
appris  de  son  maître  le  système  qu'il  développa  dans  la 
suite  (i).  Mais  ce  système  était  celui  de  Tagliavia,  qui 
florissait  vers  la  fin  du  xv*  siècle,  et  par  conséquent  avant 
Copernic.  Tommaso  Cornelio  nous  assure  que  de  son  tems 
le  bruit  courait  que  Tagliavia ,  calabrois ,  avait  beaucoup 
médité  et  écrit  sur  le  système  de  l'univers,  et  que  ses  ma- 
nuscrits étaient  tombés  entre  les  mains. de  Copernic,  pen- 
dant qu'il  professait  à  Rome  (2).  Si  cette  tradition  est  cou- 
forme  à  la  vérité,  le  système  du  mouvement  de  la  terre 
aurait  été  ressuscité  dans  cette  même  Calabre,  où  Pythagore 
l'avait  jadis  enseigné.  On  sait  cependant  que  le  cardinal  de 
Cusa,  mort  en  \A6A,  avait  déjà  essayé  de  mettre  en  vogue 
la  même  hypothèse ,  qui  fut  depuis  renouvelée  par  Celio 
Calcagnini,  peut-être  encore  avant  que  Copernic  eût  publié 
sa  doctrine  et  ses  écrits.  Ce  qu'il  serait  fort  curieux  d'exa- 
miner ici,  ce  serait  pourquoi  Galilée  a  été  persécuté  au 
XYii*  siècle  avec  tant  de  fureur,  pour  avoir  presque  démontré 
le  même  système,  tandis  que,  plus  d'un  siècle  auparavant, 
on  avait  respecté  et  même  favorisé  plusieurs  autres  savans 
qui  avaient  professé  la  même  opinion. 

Nous  voici  arrivés  au  xvi'  siècle  ,  que  l'on  regarde 
comme  l'âge  d'or  de  la  littérature  italienne  ,  à  ce  siècle 
dans  lequel  les  productions  de  l'esprit  sont  si  abondantes 
elles  écrivains  en  si  grand  nombre,  qu'il  est  difficile  de 
citer  tous  ceux  même  qui  se  sont  distingués  par  la  supério- 
rité de  leur  génie. 

Tiraboschi  sentit  le  premier  la  nécessité  de  considérer  la 

(1)  Histoire  littéraire  de  l'Italie,  T.  III ,  pag,  687. 

(2)  Voy.  ses  Problèmes  p/iysiques ,  etc. 


ET  POLITIQUES.  317 

littérature  italienne  dans  ses  genres  principaux  et  de  les 
classer  de  la  manière  la  plus  convenable,  Ginguené  a 
suivi  à  peu  près  la  même  méthode;  et  cependant,  quoi- 
qu'il ait  donné  à  son  plan  plus  de  subdivisions  et  de  détails, 
il  n'est  pas  encore  parvenu  à  les  arranger  dans  l'ordre  le 
plus  satisfaisant.  31ais ,  d'après  de  tels  essais  et  d'autres 
que  l'on  a  faits  jusqu'à  présent,  quelle  serait  la  classifi- 
cation que  devrait  adopter  l'auteur  d'une  histoire  littéraire 
pour  atteindre  son  but  ?  Nous  pensons  qu'il  faudrait  com- 
biner l'ordre  encyclopédique  avec  l'ordre  chronologique, 
de  sorte  que  les  genres  qui  se  succèdent  les  uns  aux  autres 
se  trouvassent  liés  entre  eux  par  une  chaîne  qui  permît 
d'en  suivre  tous  les  développemens  progressifs.  Je  ne  fais 
qu'indiquer  ma  pensée  ,  ce  n'est  pas  ici  le  lieu  de  la 
développer. 

Il  me  semble  que  M.  le  C.  Orloff  s'est  approché  de 
cette  méthode  plus  que  ses  devanciers;  il  range  les  divers 
genres  des  sciences  et  de  la  littérature  dans  un  ordre  tel 
que  l'on  peut  facilement  les  suivre  dans  leur  marche  pro- 
gressive. Tous  sont  compris  dans  deux  classes  principales, 
\&.  philo  Sophie  et  la  philologie.  Dans  la  première,  il  place  la 
jurisprudence  ,  la  théologie,  la  philosophie  scolastique,  les 
mathématiques,  la  physique  générale,  l'histoire  naturelle, 
la  médecine;  et,  dans  la  seconde,  la  grammaire,  les  anti- 
quités, l'érudition,  l'histoire  particulière,  générale  et  lit- 
téraire, la  rhétorique,  l'éloquence  et  la  poésie.  L'auteur 
assigne  en  même  tems  aux  écrivains  la  place  qui  lui  paraît 
la  plus  convenable,  en  raison  de  leurs  ouvrages  et  de  leur 
caractère.  Ainsi  plusieurs  auteurs,  qu'on  avait  regardés 
comme  des  théologiens,  sont  présentés  par  lui  comme  des 
philosophes,  parce  qu'il  a  cru  plus  juste  de  les  ranger  dans 
cette  catégorie. 

Tel  est  à  peu  près  le  plan  général  et  particulier  de  l'his- 


318  SCIENCES  MORALES 

loire  lilléraire  de  M.  le  C.  Orloff.  Il  la  pailageen  plusieurs 
périodes,  et  dans  chacune  il  commence  par  des  observa- 
tions préliminaires  sur  l'état  de  l'instruction  publique. 
C'est  là  que  l'auteur  décrit  l'influence  que  le  gouvernement 
a  exercée  sur  les  lettres  et  la  philosophie,  souvent  obligées 
de  lutter  contre  le  despotisme  et  la  superstition,  et  qui  plus 
souvent  encore  gémissent  sous  leur  double  inquisition.  On 
est  étonné  que  la  philosophie  ait  pu  faire  tant  de  progrès, 
au  milieu  des  persécutions  dont  elle  était  l'objet  et  des 
bûchers  dont  ses  apôtres  étaient  toujours  menacés. 

L'auteur  divise  le  xviii*  siècle  en  trois  époques  assez 
distinctes.  La  première  s'étend  jusqu'à  l'année  lyHa,  où 
l'état  de  Naples,  cessant  d'être  une  province,  prit,  sous 
Charles  III  de  Bourbon,  l'attitude  d'une  monarchie  indé- 
pendante; la  seconde,  jusqu'à  l'avènement  de  Ferdinand, 
son  fils;  la  troisième,  commençant  avec  ce  prince,  finit 
avec  le  siècle.  C'est  dans  cette  troisième  époque  que  la  lit- 
térature et  surtout  la  philosophie  prennent  chez  les  Napo- 
litains un  nouvel  essor;  elles  auraient  fait  de  plus  grands 
progrès,  si,  vers  la  fin  du  siècle,  la  persécution  la  plus 
féroce  ne  les  eût  arrêtés  dans  leur  magnanime  élan.  «  Les 
muses,  dit  l'historien,  se  turent  devant  la  hache  des  bour- 
reaux; leur  temple,  à  l'érection  duquel  deux  générations 
avaient  travaillé,  fut  renversé  de  fond  en  comble.  Là  où 
l'on  s'était  efforcé  d'élever  des  autels,  on  ne  vit  plus  que 
des  ruines ,  sur  lesquelles  il  ne  fut  pas  même  permis  de 
répandre  une  larme  (i).» 

Nous  nous  taisons  entièrement  sur  les  dernières  pages 
des  Mémoires  de  M.  le  C.  OrlofF;  il  les  consacre  aux 
hommes  de  lettres  vivans  qu'il  a  connus  pendant  son  sé- 
jour à  Naples.  Comme  ils  n'ont  pas  terminé  leur  carrière 
littéraire,  nous  devons  laisser  à   la  postérité  le  soin  de 

(.)  T.V,pag.  72. 


ET  POLITIQUES.  S19 

porter  sur  leurs  ouvrages  un  jugement  complet  et  définitif. 
Mais ,  pour  mieux  faire  sentir  l'importance  des  Mémoires 
que  nous  venons  d'analyser,  et  la  confiance  qu'ils  doivent 
inspirer  aux  lecteurs,  n'omettons  pas  d'observer  que  leur 
auteur  n'a  négligé  aucun  moyen  pour  se  procurer  les  ren- 
seignemens  les  plus  sûrs.  Bien  différent  de  ces  étrangers 
suffisans  ou  prévenus,  q.ui  semblent  ne  voyager  que  pour 
méconnaître  ou  calomnier  les  nations  qu'ils  visitent,  il  a 
consulté  les  meilleurs  ouvrages  et  les  savans  les  plus  dis- 
tingués. Ce  n'est  qu'après  qu'il  s'est  vu  en  état  de  bien 
apprécier  le  pays  dont  il  avait  entrepris  d'écrire  l'histoire , 
après  avoir  puisé  les  faits  dans  les  sources  les  plus  sûres, 
qu'il  y  a  joint  ses  remarques  et  ses  réflexions;  et  nous  pou- 
vons assurer  que,  si  ces  Mémoires  ne  sont  pas,  comme  le 
dit  l'auteur  lui-même  trop  modestement ,  une  histoire 
complète  de  Naples,  du  moins  ils  seront  d'un  grand  secours 
pour  les  historiens  futurs  de  ce  pays.  Quant  au  caractère 
personnel  de  l'auteur,  pourrais-je  le  faire  mieux  connaître 
qu'en  répétant  ici  les  dernières  lignes  de  son  ouvrage  ? 
u  Naples ,  pendant  plusieurs  années ,  a  été  pour  moi  un 
séjour  de  paix  et  de  bonheur.  J'ai  vu  une  foule  de  magis- 
trats éclairés,  de  nobles  sans  orgueil ,  de  savans  modestes, 
d'hommes  de  lettres  sans  prétention  et  sans  jalousie.  Tous 
se  sont  empressés  à  l'envi  de  me  communiquer  leurs  obser- 
vations, de  m'cntourer  de  leurs  lumières;  je  jouis  de  l'a- 
mitié de  plusieurs,  de  l'affection  de  tous.  Qu'ils  reçoivent 
le  tribut  de  ma  reconnaissance,  ils  vivront  dans  mes  sou- 
venirs. Leur  patrie  n'était  pas  aussi  bien  connue  qu'elle 
méritait  de  l'être  ;  j'ai  voulu  en  donner  une  idée  plus 
avantageuse  et  plus  juste.  J'espère  qu'ils  me  sauront  gré 
du  moins  de  l'intention  (i).  » 

(ij  T.  V,pag.  \hj. 


320  SCIENCES  MORALES 

M.  AmauryDuvalj  qui  avait  enrichi  dénotes  la  première 
partie  des  Mémoires  de  M.  le  C.  Orloff,  en  a  réservé  de 
plus  intéressantes  encore  pour  la  troisième.  Il  y  entretient 
le  lecteur  de  diverses  questions  de  littérature  ancienne  et 
moderne.  Dans  une  de  ses  notes  (i),  par  exemple,  il  s'é- 
tudie à  prouver  qu'après  le  siècle  de  Lucain  et  de  Stace, 
le  goût  des  lettres  en  Italie  ne  s'éteignit  point,  mais  que 
seulement  le  génie  prit  une  direction  nouvelle.  Vers  la  fin 
du  v' siècle,  les  lettres,  suivant  lui,  continuaient  d'être 
cultivées  et  honorées  ;  les  ténèbres  de  l'ignorance  et  de  la 
barbarie  ne  s'étendirent  réellement  sur  l'Italie  qu'à  l'époque 
de  l'invasion  des  Lombards.  Il  observe  aussi  que,  si  l'Eu- 
rope ne  sortit  pas  plus  tôt  de  la  profonde  nuit  dans  laquelle 
elle  se  trouva  plongée  pendant  plusieurs  siècles,  il  ne  faut 
en  accuser  que  l'ambition  des  papes ,  qui  concentraient 
toutes  les  lumières  dans  les  églises  et  les  couvens.  Ils 
avaient  senti  que,  pour  conserver  et  étendre  leur  domi- 
nation, il  importait  que  les  ecclésiastiques  fussent  les  seuls 
hommes  éclairés  au  milieu  des  nations. 

Dans  une  autre  note,  ou  plutôt  dans  une  autre  disser- 
tation (i),  M.  A.  Duval  se  plaît  à  revendiquer  en  faveur 
des  Italiens  l'originalité  de  leur  littérature,  originalité  qui 
leur  a  été  contestée  par  des  auteurs  dont  l'opinion  est  d'un 
grand  poids.  A  en  croire  ces  auteurs,  c'est  aux  Provençaux 
que  l'Italie  est  redevable  de  sa  littérature;  mais  M.  A.  Duval 
ne  se  rend  point  aux  raisons  qu'ils  allèguent.  Il  lui  répugne 
de  croire  que  la  divine  Comédie  du  Dante ,  que  le  Dèca- 
méron  de  Boccace,  etc.,  soient  des  productions,  pour  ainsi 
dire ,  exotiques  ;  que  leurs  auteurs  aient  puisé  leurs  inspi- 
rations dans  les  poésies  légères  et  les  canzones  provençales, 
seule  littérature  des  troubadours. 

(i)  T.V,  png.  i55. 
(2)  Tbi(].,  pag.  174. 


ET  POLITIQUES.  ^^. 

Ailleurs  (i),  M.  A.  Duval  jette  un  coup  d'œil  sur  les 
dialectes  italiens;  il  leur  trouve,  ainsi  qu'auxdialectes  de  la 
France,  une  origine  et  une  base  communes,  le  latin,  et  il 
s'efforce  de  prouver  qu'ils  ne  diffèrent  guère  entre  eux  qu'e 
par  la  prononciation  :  on  a  ,  dans  les  uns  ,  multiplié  les 
voyelles;  dans  les  autres,  les  consonnes;  ici,  l'on  a  totalement 
supprimé  les  désinences  latines  ;  là,  on  en  a  conservé  une 
partie.  En  rétablissant  ces  désinences,  en  supprimant  les 
articles,  etc. ,  on  retrouve  les  mots  latins  dans  leur  pureté 
primitive.  Pour  preuve  de  son  système  ,  il  cite  plusieurs 
morceaux,  tant  en  prose  qu'en  vers,  écrits  en  dialecte  na 
politain,  dialecte  qui,  selon  lui ,  semble  s'éloigner  de  l'o 
rigine  commune  plus  que  les  autres  dialectes  d'Italie 
Quoique  je  ne  sois  pas  de  son  avis  sur  ce  dernier  point  * 
je  ne  puis  m'empêcher  de  remarquer  que  ses  recherches 
philologiques  ont  de  l'intérêt. 

Dans  ses  observations  sur  les  diverses  révolutions  de  la 
littérature  en  Italie  ,  M.  A.  Duval  dit  (2),  en  parlant  de 
l'école  dont  le  poète  Marini  fut  le  chef:  «  Son  école,  appelée 
de  son  nom  Marinesca,  a  été  en  honneur  pendant  tout  le 
siècle  dernier  ,  et  je  n'assurerais  pas  qu'elle  n'eût  encore 
aujourd'hui  bon  nombre  de  partisans.  »  Voilà  ce  que  les 
Italiens  auront  peine  à  lui  accorder.  Pour  moi,  je  puis  ré- 
pondre au  sévère  critique  et  à  tous  les  étrangers  qui  pense- 
raient comme  lui ,  que  l'école  de  Marini  est  maintenant'  si 
décréditée  chez  les  Italiens ,  qu'ils  se  servent  généralement 
du  mot  marinesco  pour  marquer  le  plus  grand  abus 
que  l'on  puisse  faire  de  l'esprit  en  littérature.  D'ailleurs , 
les  préceptes  et  l'exemple  de  Caroprese  et  de  Gravina  au 
dix-septième  siècle;  desZanotti,  de  G.  Gozzi,  deParini,  de 


(a)  T.V,  pag.  189. 
(5)  I3.,pag.  a  18. 

TOMK  XI.  21 


322  SCIENCES  MORALES 

Cesarotti,  d'AIfieri,au  dix-huilième;  de  Monti,  de  Pinde- 
monte ,  de  Foscolo,  d' Arici,  etc. ,  de  nos  jours,  prouven  l  assez 
que  cette  espèce  de  peste  littéraire  a  disparu  à  jamais  du 
parnasse  italien. 

Je  me  crois  encore  obligé  de  répondre  à  une  observation 
de  M.  A.  Duval,  d'autant  plus  que,  sous  quelque  rapport, 
elle  me  regarde  personnellement.  L'auteur,  dans  ses  notes, 
s'arrête  long  -  tems  sur  la  TÎe  et  les  ouvrages  de  Sannazar, 
parce  que,  dit-il,  l'auteur  de  V Histoire  littè7-aire{Gm^\iGnë), 
n  'en  parléque  dansune  seule  phrase.  «  C'est,  ajoute-t-il(i) 
une  injustice  ouun  oubli  que  j'ai  dû  réparer,  une  lacune 
qu'il  me  restait  à  remplir.  »  Il  observe  plus  bas  (2)  que  Gin- 
guené  n'a  rien  dit  aussi  du  Vendemmiatore ,  poème  célèbre 
de  Luigi  Tansillo,  et  il  prend  de  là  occasion  d'en  citer  plu- 
sieurs strophes.  Mais ,  si  M.  A.  Duval  s'est  cru  obligé  de 
rendre  justice  à  Sannazar  et  à  Tansillo,  mes  concitoyens, 
qu'il  me  soit  permis  de  la  rendre  aussi  à  Ginguené,  notre 
commun  ami,  d'autant  plus  qu'en  ma  qualité  de  continua- 
teur de  son  ouvrage,  je  pourrais  mériter  le  même  reproche 
que  lui. 

M.  Ginguené,  d'après  le  plan  qu'il  avait  adopté,  devait 
encore  consacrer  à  divers  genres  de  poésie  plusieurs  cha- 
pitres que  la  mort  l'a  empêché  de  rédiger.  Il  en  destinait  un 
au  genre  pastoral,  et  c'est  là  qu'il  aurait  parlé ,  comme  il 
l'avait  lui-même  annoncé,  de  Muzio,  de  Rota ,  de  Baldi,  et 
surtout  du  célèbre  auteur  AeVArcadiej  Sannazar.  Un  autre 
chapitre  était  réservé  pour  les  Poemettij  mot  qui  n'exprime 
pas  ce  qu'on  entend  en  français  par  petits  poèmes  ;  et  c'est 
alors  que  Ginguené  aurait  parlé  du  Vendemmiatore  deTan- 
sillo,ainsi  que  d'unautrepoème,  connu  sousletitrede>t«7-/7z^s 

(i)  T.  V,  pag.  ao5. 
(a)  /cf. ,  pag.  207. 


ET  POLITIQUES.  22S 

de  saint  Pierre j  que  le  même  poète  composa  pour  réparer  le 
scandale  occasionné  parle  premier.  II  n'aurait  pas  manqué 
non  plus  de  parler  des  poètes  latins  ,  ainsi  qu'il  l'avait  fait 
pour  les  siècles  précédens;  et  Sannazar,  comme  auteur  du 
poème  si  renommé  départit  Virginis ^  aurait  reparu  parmi 
les  Flaminio,  les  Paleario,  les  Vida,-  les  Fracastoro  et  autres, 
qui  réclament  encore  la  mention  qui  leur  est  due. 

Ces  chapitres  et  quelques  autres,  pour  la  rédaction  des- 
quels je  me  suis  confoi'mé  au  plan  adopté  par  mon  illustre 
devancier,  formeront  un  dixième  volume,  que  je  me  pro- 
pose d'ajouter  aux  neuf  volumes  à&V  Histoire  li  ttéraire  d"  I~ 
iîa/ie  déjà  publiés;  et  ce  n'est  qu'alors  qu'on  pourra  regarder 
comme  vraiment  complète  l'histoire  du  seizième  siècle. 

Je  ne  m'arrêterai  pas  plus  long-tems  sur  les  savantes 
additions  de  M.  A.  Duval,  dans  la  crainte  de  trop  étendre 
cet  article.  Qu'il  me  suffise  de  remarquer  que  toutes  sont 
importantes,  et  qu'il  fait  preuve  à  chaque  page  d'esprit  et 
d'érudition. 

A  ces  notes ,  l'auteur  a  cru  devoir  joindre  un  ouvrage  qui 
u'ofifre  pas  moins  d'intérêt.  Ce  sont  des  Tableaux  de  Naples 
et  de  ses  environs  j  que  ^  jeune  encore,  il  avait  tracés, 
comme  il  le  dit  lui-même,  en  présence  des  modèles.  Ceux 
qui  ont  visité  ces  contrées  célèbres ,  aimeront  à  se  les  rap- 
peler avec  l'auteur;  et  ceux  qui  ne  les  ont  point  encore  vues, 
désireront  les  parcourir.  Ses  descriptions  sont  d'une  vérité 
frappante.  Bien  qu'il  me  reste  peu  d'espace  pour  des  cita- 
tions ,  je  rapporterai  du  moins  ici  le  tableau  que  l'auteur 
fait  d'une  éruption  du  Vésuve. 

«  Tout  -  à -coup,  et  sans  que  rien  ait  annoncé  la  crise, 
une  colonne  de  fumée  s'élance  de  la  cime  du  Vésuve  à  une 
hauteur  prodigieuse,  où  elle  forme  ensuite  un  large  nuage 
noir  ,  qui  ressemble  à  la  tête  d'un  haut  pin  :  des  éclairs 
brillans  et  multipliés  sillonnent  ce  nuage ,  qui  va  toujours 

21  * 


32A  SCIENCES  MORALES 

s'agrandissant.,  et  l'on  entend,  dans  les  profondeurs  de  la 
montagne,  de  sourds  mugissemens,  d'effrayantes  déton- 
nations.  Bientôt,  au  milieu  de  la  colonne  de  fumée,  on  voit 
s'élancer,  à  des  intervalles  presque  égaux  ,  des  flammes 
rougeâtres  ,  et  le  nuage  noir  qui  termine  la  colonne  pa- 
raît parsemé  d'étincelles.  Ces  flammes  indiquent  des  jets 
de  matières  fondues;  ces  étincelles  sont  autant  de  pierres 
embrasées,  dont  quelques-unes  sont  d'une  énorme  grosseur. 
C'est  alors  que,  pendant  la  nuit,  on  voit  couler  sur  les  flancs 
de  la  montagne  de  longs  torrens  de  feu;  ils  sont  quelquefois 
en  si  grand  nombre  et  si  rapprochés,  que,  vus  de  Naples, 
ils  semblent  ne  former  qu'une  large  nappe  de  feu,  étendue 
sur  toute  lamontagne.  La  mer,  qui  en  répète  l'image,  paraît 
aussi  toute  de  feu;  et  Naples  est  au  milieu,  comme  un  grand 
vaisseau  voguant  sur  un  fleuve  de  l'enfer  (i).  » 

L'auteur  termine  son  intéressante  promenade  par  quel- 
ques phrases,  où  l'on  trouve  des  sentimens  que  tout  voya- 
geur impartial  devrait  partager  avec  lui. 

«  Adieu ,  rives  chéries  du  Sebeto.  Pour  prix  de  la  douce 
hospitalité  que  vous  m'avez  offerte ,  mon  cœur  reconnais- 
sant souhaite  que  la  paix  dont  vous  jouissez  ne  soit  jamais 
troublée  ni  par  la  folle  exaltation  des  peuples,  ni  par  l'im- 
placable colère  des  rois.  Moi,  je  retrouverai  ma  patrie  glo- 
rieuse, triomphante,  mais  agitée,  malheureuse,  ensan- 
glantée.... Parthénope  !  et  toi,  tu  voudras  peut-être  un 
jour,  à  l'exemple  des  Français,  te  donner  de  justes  lois  et 
la  liberté!  Oh!  puisse  la  providence  te  réserver  un  meilleur 
sort  !  » 

Tels  étaient,  au  tems  où  il  écrivait,  les  vœux  du  voyageur 
philantrope.  Malheureurement  ,  ils  n'ont  pas  encore  été 
exaucés!  ?•  Salfi. 

(0  T.V,pag.  59.. 


ET  POLITIQUES.  52» 


'W\'\\'V*'%  \'W\1'W1* 


Biographie  nouvelle  des  contemporains,  ou  Diction- 
naire historique  et  raisonné  de  tous  les  hommes  qui , 
depuis  la  révolution  française ,  ont  acquis  de  la 
célébrité  par  leurs  actions ,  leurs  écrits  ,  leurs 
erreurs  ou  leurs  crimes ,  soit  en  France ,  soit  dans 
les  pays  étrangers;  par  MM.  Arnault,  Jay,  Jouy, 
NoRviNS ,  etc.  Ornée  de  240  portraits  au  burin  ,  d'a- 
près les  plus  célèbres  artistes  (1). 

Qui  s'imaginerait  que  les  Turcs  soient  le  peuple  qui  a 
fouillé  le  plus  avant  les  mines  fécondes  de  Ja  biographie  ? 
Si  l'on  en  croit  le  témoignage  du  célèbre  lord  Byron ,  leurs 
mémoires  historiques  ne  remontent  pas  seulement,  comme 
les  nôtres ,  à  la  création  du  monde  :  ils  possèdent  une 
biographie  des  Préadamites.  Un  tel  ouvrage  a  cela  d'a- 
gréable, que  les  erreurs  y  sont  difficiles  à  yérifier,  et  qu'on 
peut  s'y  permettre  un  peu  de  calomnie ,  sans  s'attirer  de 
fâcheuses  affaires  avec  les  particuliers  ou  avec  les  tri- 
bunaux. 

Mais  il  s'est  trouvé  parmi  nous  des  entrepreneurs  de 
livres  qui ,  bien  moins  avides  de  sécurité  que  de  scandale 
et  d'argent,  ne  se  sont  avisés  d'exploiter  ni  la  vie  des  de- 
vanciers de  Mathusalem,  ni  les  anecdotes  voisines  du  dé- 
luge; ce  sont  les  hommes  pipans  qu'ils  ont  cités  à  leur 
tribunal  ignorant  et  partial  (2);  c'est  contre  eux  qu'ils  ont 

(1)  Paris,  1821.  In-8».  A  la  librairie  historique,  rue  Saint-Ho- 
noré,  n"  125.  Prix  de  chaque  volume  iD-8°,  6  fr.  Les  T.  I  et  II  sont 
en  vente. 

(2)  Voyez,  sur  ce  libelle,  dans  le  1"  cahier  de  la  Revue  (jan- 
vier 1819  ,  T.  I,  p.  142)  une  note  très-détaillée ,  au  bas  d'un  article 
de  M.  Barbier,  ayant  pour  titre  :  Examen  des  dictionnaires  histo 
riques  modernes  lesplus  répandus. 


$26  SCIENCES  MORALES 

prononcé  des  arrêts,  iniques  au  fond,  indécens  dans  la 
forme,  et  qui  ne  pouvaient  flétrir  que  les  juges  eux- 
mêmes.  Mais  les  juges  ne  les  ont  pas  signés  ;  ces  diffa- 
mateurs à  tant  la  page  se  couvrent  lâchement  du  voile  de 
l'anonyme ,  voile  soulevé  quelquefois  sans  qu'ils  le  sachent. 
Je  connais  un  d'entre  eux  dont  la  bassesse  s'est  acharnée 
sur  un  homme  qui  naguère  lui  avait  procuré  du  pain. 

Et  c'est  au  nom  de  la  morale  et  de  la  religion  que  s'exerce 
un  tel  brigandage  littéraire  !  c'est  pour  venger  l'ancien  ré- 
gime ,  cette  arche  sainte  de  toutes  les  vertus,  comme 
chacun  sait,  que  ces  Messieurs  foulent  aux  pieds  la  jus- 
tice et  la  décence!  Pourquoi  ne  pas  mettre  mieux  leurs 
procédés  d'accord  avec  leurs  paroles  ?  Sied-il  aux  pré- 
tendus champions  de  l'autel  et  du  trône  d'imiter  les  satur- 
nales de  la  révolution? 

Ce  qui  me  fait  penser  qu'au  fond.  Grecs  ou  ïroyens 
leur  sont  indifïérens,  et  qu'un  sordide  amour  du  gain  dicte 
seul  ces  méprisables  écrits,  c'est  que  j'ai  vu  paraître  der- 
nièrement ^  sous  le  titre  de  Cours  du  Nord j  une  biogra- 
phie de  princes  et  de  princesses ,  non  pas  de  nouvelle  fa- 
brique, mais  des  plus  antiques  dynasties,  et  que,  dans 
cette  rapsodie  grossière ,  des  notes  et  une  préface  tout-à- 
fait  monarchiques  forment  le  contraste  le  plus  ridicule 
avec  les  honteuses  anecdotes  dont  l'ouvrage  est  rempli. 
Plaisante  manière  de  rendre  la  légitimité  respectable  aux 
yeux  des  peuples,  que  de  vouer  à  l'exécration  les  derniers 
rejetons  de  plusieurs  branches  de  cet  arbre  auguste,  et  de 
présenter,  comme  un  ramas  d'ivrognes  et  de  crapuleux 
débauchés,  de  messalines  et  d'empoisonneuses,  tout  un 
collège  de  rois  et  de  reines  dont  les  cendres  sont  à  peine 
refroidies  ! 

L'irruption  de  ces  biographies  d'antichambre  nous  ren- 
dait nécessaire  un  livre  de  salon  et  de  bibliothèque,  où  les 


ET  POLITIQUES.  327 

contemporains  fussent  appréciés  avec  justice  et  enthou- 
siasme, lorsque  la  gloire  les  avoue;  avec  justice  et  poli- 
tesse ,  lorsque  le  seul  esprit  de  faction  les  réclame  ;  et  tel 
est  l'ouvrage  qu'ont  entrepris  les  hommes  les  plus  capables 
de  le  bien  faire  :  MM.  Arnault,  Jay,  Jouy  et  Norvins.  Les 
deux  volumes  déjà  publiés  ont  obtenu  un  succès  général. 
Le  mérite  de  l'exactitude  dans  les  faits  et  de  la  décence 
dans  les  réflexions  distingue  éminemment  l'un  et  l'autre; 
le  soin  des  particularités  curieuses  m'a  paru  se  faire  sentir 
encore  plus  dans  le  second  que  dans  le  premier,  soit  qu'un 
plus  grand  nombre  de  noms  éclatans  y  ait  été  appelé  par 
l'ordre  alphabétique ,  soit  que  les  habiles  auteurs  aient 
voulu  redoubler  d'efforts  pour  justifier  les  suffrages  du 
public.  De  mon  côté,  j'ai  à  justifier  mon  éloge,  et  je  vais 
le  faire  par  quelques  citations. 

J'ouvre  le  livre  à  l'article  d'un  homme  qui ,  par  son  mé- 
rite et  son  élévation  ,  par  la  noblesse  de  son  caractère,  par 
les  positions  délicates  où  il  s'est  trouvé ,  par  celles  où  il 
peut  se  trouver  encore,  fixe  les  regards  de  l'Europe,  et 
surtout  de  la  France  qui  s'honore  de  l'avoir  vu  naître,  quoi- 
qu'il se  soit  cru  obligé  de  porter  les  armes  contre  elle.  On 
voit  que  je  veux  parler  du  général  Bernadotte,  passé  roi, 
comme  disent  les  soldats,  mais  sans  cesser  d'être  général. 
Plusieurs  circonstances  importantes  de  sa  vie  glorieuse  et 
agitée  sont  présentées  par  les  biographes,  d'une  manière 
aussi  neuve  qu'intéressante.  Voici  comment  ils  le  peignent 
à  la  fameuse  bataille  de  Wagram ,  ayant  en  tête  le  redou- 
table prince  Charles,  et,  dans  ses  propres  rangs,  des 
ennemis  cachés,  plus  redoutables  encore  :  «  L'attaque  fut 
des  plus  vives  ;  les  Saxons  se  battirent  avec  un  courage 
admirable.  Wagram  fut  pris  et  repris  par  eux.  Fendant 
deux  heures,  ils  arrêtèrent  les  Autrichiens  au  milieu  du 
village  enflammé.  Leur  perte  était  considérable.  Une  di- 


328  SCIENCES  MORALES 

rision  française,  couimandôe  par  le  général  Dupas,  faisait 
partie  du  9*  corps.  Le  prince  de  Ponte-Corvo  lui  ordonna 
d'avancer  pour  soutenir  les  Saxons.  Le  général  Dupas  ré- 
pondit qu'il  avait  ordre  de  garder  sa  position.  Cette  réponse 
inattendue,  de  la  part  d'un  général  qui 'appartenait  au 
corps  d'armée  à  sa  disposition  ,  le  frappa  de  surprise  et 
d'indignation.  Il  s'occupa  d'abord  à  sauver  ce  qui  restait 
de  Saxons;  et,  après  avoir  acquis  la  certitude  que  le  gé- 
néral Dupas  avait  en  effet  reçu  des  ordres  supérieurs,  con- 
traires aux  siens,  il  se  rendit  en  hûte  au  quartier-général 
pour  informer  l'Empereur  de  ce  qui  venait  de  se  passer.  II 
se  plaignit  énergiquemeut  de  cette  violation  des  règles 
militaires,  et  dit,  entre  autres  choses,  que,  si  c'était  dans 
la  vue  de  le  faire  périr,  on  avait  des  moyens  moins  odieux 
que  de  sacrifier  avec  lui  tant  de  braves  gens.  Ce  n'était  ni 
de  l'Empej^eur  ni  de  son  armée  qu'il  se  plaignait,  mais  de 
celui  ou  de  ceux  qui,  par  haine  ou  par  jalousie,  s'étaient 
portés  à  ce  qu'il  considérait  comme  un  véritable  guet- 
apens.  L'Empereur  le  jugea  ainsi,  et  chercha  à  le  calmer, 
en  lui  disant  que  c'était  une  de  ces  erreurs  ou  de  ces  mé- 
prises inévitables  dans  un  si  grand  mouvement.  Mais 
B-ernadoîîe,ne  voulantplus  s'exposera  dépareilles  chances, 
demanda  et  obtint  son  congé.  Cette  anecdote,  poursuivent 
les  auteurs,  a  été  dénaturée  dans  plusieurs  biographies  : 
nous  la  tenons,  telle  qu'elle  vient  d'être  racontée,  d'un 
témoin  oculaire.  » 

Ils  citent  aussi  des  faits  curieux  et  positifs  sur  ce  qui  se 
passa  entre  Napoléon  et  le  maréchal  Bernadotte,  lorsque 
l'élection  libre  et  la  confiance  des  peuples  conduisi- 
rent ce  dernier  sur  les  marches  du  trône  de  Suède.  Mais 
je  suis  forcé  de  négliger  ces  détails  pour  arriver  à  la  partie 
la  plus  délicate  de  l'histoire  du  général  Bernadotte ,  à  sa 
conduite  envers  la  France,  dans  la  coalition  de  i8i4;  con- 


ET  POLITIQUES.  S29 

duite  qui,  selon  les  intérêts  ou  les  passions,  a  été  diverse- 
ment envisagée.  «  Nous  allons  ,  disent  à  cette  occasion  les 
biographes,  rapporter  des  faits  qu'on  ne  peut  contester,  et 
qui  peuvent  servir  de  base  à  l'opinion  des  contemporains, 
comme  au  jugement  de  l'avenir.  Les  relations  entre  la 
Suéde  et  la  France,  après  l'élection  du  nouveau  prince 
royal,  lurent  d'abord  très-amicales.  Les  demandes  réité- 
rées de  Napoléon  n'éprouvèrent  aucun  refus.  Le  prince 
royal  alla  même  jusqu'à  obtenir  que  la  Suède,  contre  ses 
intérêts  les  plus  manifestes ,  déclarât  la  guerre  à  la  Grande- 
Bretagne.  Napoléon  commença  bientôt  à  traiter  le  prince 
royal  de  Suède  avec  aussi  peu  déménagement,  que  les 
rois  qu'il  qvait  placés  lui-même  sur  divers  trônes  et  qu'il 
considérait  comme  ses  lieutenans.  Mai^s  Bernadotte  n'était 
pas  dans  la  même  position  que  le  roi  Murât  ou  le  roi  Jérôme  : 
il  tenait  son  rang  de  la  volonté  librement  exprimée  de  la 
nation  suédoise,  et  les  intérêts  de  cette  nation  devaient 
l'emporter  chez  lui  sur  les  intérêts  de  Napoléon,  même 
sur  ses  propres  affections.  Les  Suédois  se  plaignaient  des 
corsaires  français  qui  saisissaient  leurs  bâtimens  ;  les  dé- 
cisions même  du  conseil  des  prises  n'avaient  plus  d'auto- 
rité, lorsqu'elles  se  trouvaient  favorables  aux  Suédois.  L'oc- 
cupation imprévue  de  la  Poméranie,  sans  que  Napoléon 
daignât  s'expliquer  sur  les  motifs  de  cette  agression,  exalta 
le  mécontentement  delà  Suède....  Ces  circonstances  ame- 
nèrent l'entrevue  du  prince  royal  avec  l'empereur  Alexan- 
dre dans  la  ville  d'Abo,  en  mars  1812,  et  le  traité  qui  en 
fut  la  suite.  Ainsi  tombe  le  reproche  que  quelques  biogra- 
phes ont  fait  au  prince  royal,  de  ne  s'être  déclaré  contre 
Napoléon  qu'après  les  revers  de  la  campagne  de  Russie. 
La  correspondance  entre  le  prince  et  Napoléon,  qui  a  été 
publiée  en  i8i3,  et  divers  documens  authentiques  que 
nous  ayons  sous  les  yeux,  prouvent  que  ce  n'était  point 


330  SCIENCES  MORALES 

contre  la  France,  mais  seulement  contre  le  despotisme  de 
Napoléon  que  le  prince  royal  de  Suède  croyait  avoir  pris 
les  armes On  assure  que,  pendant  la  désastreuse  cam- 
pagne de  18 13,  il  engagea  l'Empereur  à  conclure  la  paix. 
Ce  n'était  pas  un  motif  pour  l'y  décider.  Bernadotte  au- 
rait-il été  trompé  par  les  alliés,  dans  tous  les  événemens 
postérieurs,  au  passage  du  Rhin?  On  l'ignore  jusqu'à  pré- 
sent. Quoi  qu'il  en  soit,  ce  prince  a  été  jugé  avec  une 
grande  sévérité,  et  a  dû  s'attendre  à  l'être  ainsi  par  les 
Français.  Peut-être  a-t-on  trop  oublié  qu'il  avait  une  nou- 
velle patrie,  et  qu'une  nation  généreuse  et  indépendante 
lui  avait  confié  sa  défense  et  le  soin  de  son  honneur.  Rien 
n'avait  plus  mécontenté  la  Suède  que  la  perte  de  la  Fin- 
lande ,  que  Napoléon  avait  abandonnée  à  l'empereur 
Alexandre',  sans  compensation.  Peut-être  aussi  le  prince 
royal  de  Suède°s'était-il  trop  pressé  de  faire  cause  com- 
mune avec  les  nouveaux  garans  de  sa  future  royauté  :  il  le 
fit  avec  éclat,  on  ne  peut  en  disconvenir.  » 

J'ai  cité  tout  ce  morceau  ,  parce  qu'il  rectifie  des  faits 
importans,  et  que  la  manière  dont  il  les  présente  est  un 
modèle  de  bienséance  et  d'impartialité.  Ce  même  mérite 
se  retrouve  dans  tous  les  articles  de  l'ouvrage;  graves  et 
approfondis ,  lorsque  le  sujet  l'exige  ;  légèrement  malicieux , 
quand  la  matière  le  permet.  L'impression  qu'il  m'a  laissée , 
c'est  que  les  Français  y  sont  jugés  par  des  patriotes  enne- 
mis de  tout  désordre ,  de  tout  excès ,  de  quelque  nature 
qu'il  puisse  être  ;  les  étrangers,  nés  en  France  ou  ailleurs, 
par  des  hommes  équitables  et  de  bonne  compagnie  ;  les 
uns  et  les  autres,  par  des  écrivains  aussi  spirituels  qu'exer- 
cés. AlGNAN. 


ET  POLITIQUES.  331 


W'V'X  «.v^^vvw^wx vwv 


Voyage  dans  la  Grèce  ,  comprenant  la  description 
ancienne  et  moderne  de  L'Epire ,  de  i'IUyrie  grecque, 
de  la  Tkessalie,  de  l' Acai'nanie ,  de  l'Etolie  an- 
cienne, delà  Locride  Hespérienne,  de  la  Doride 
et  du  Péloponcse  ;  avec  des  Considérations  sur  l'ar- 
chéologie g  la  numismatique ,  les  mœurs ,  les  arts  ^ 
l'industrie  et  lecomm.erce  des  habitans  de  ces  pro- 
vinces; par  F.  G.  H.  L.  Pouqueville;  ouvrage  orné 
de  figures  et  eurichi  de  cartes  géographiques  dressées 
par  M.  Barbie  du  Bocage  ,  de  l'Institut  de  France  (i) . 

On  peut  dire  que  la  Grèce  antique  était  de  nos  jours 
mieux  connue  que  la  Grèce  moderne,  grâce  au  savant 
Barthélémy,  qui  employa  plus  de  vingt  années  de  sa  vie 
à  réunir,  dans  son  J^oyage  d* Anacharsis ,  tout  ce  que  les 
anciens  avaient  écrit  de  plus  remarquable  sur  cette  terre 
illustre  et  à  jamais  classique,  sous  le  rapport  des  arts,  de  la 
poésie,  de  l'éloquence,  des  sciences  philosophiques  et  de 
la  dignité  morale  de  l'homme.  Un  grand  nombre  de  livres 
ont  été  publiés  sur  la  Grèce ,  depuis  le  seizième  siècle 
jusqu'à  Tépoquc  présente;  et  celui  qui  pourrait  en  lire  et 
en  méditer  la  compilation  entière,  n'aurait  encore  que  des 
notions  imparfaites  et  souvent  contradictoires  snr  l'état 
actuel  de  ce  même  pays,  dont  les  souvenirs  glorieux  sont 
présens  à  chacun  de  nous,  dès  l'âge  de  nos  premières 
études,  et  dans  l'histoire  duquel,  auxpériodes  ultérieures 
de  leur  vie,  le  législateur,  l'artiste,  l'homme  de  lettres,  le 
guerrier ,  vont  chercher  et  retrouvent  sans  cesse  le  type 
de  tout  ce  qui  est  juste,  beau,  harmonieux,  héroïque. 


(i)  Paris,  1821.  Firmin-Didot ,  père  et  fils,  libraires,  rue  Jacob  , 
n"  24.  Les  quatre  premiers  vohimes  ont  paru. 


Ui  SCIENCES  MORALES 

Un  ouvrage  enfin  a  paru  ,  qui  semble  destiné  à  soutenir 
en  quelque  sorte  le  parallèle  avec  celui  de  Barthélémy,  et 
à  devenir  classique  à  son  tour,  considéré  sous  le  rapport 
de  l'état  moderne  et  de  la  situation  sociale  de  la  Grèce.  Il 
est  aussi  le  fruit  de  longues  années  de  travail,  d'observa- 
tions et  de  séjour  dans  ce  pays.  «  C'est  l'œuvre  de  ma  vie,  » 
dit  M.  Pouqueville.  L'auteur  venait  de  publier,  en  i8o5, 
un  voyage  en  Morée,  qu'avec  une  rare  modestie  il  qua- 
lifie, dans  celui-ci,  de  tâche  à  peine  ébauchée,  quand  il 
fut  nommé  consul  général  de  France  auprès  d'Ali,  pacha 
de  Janina.  Malgré  la  cruauté  connue  du  satrape  de  l'Epire, 
malgré  le  souvenir  d'une  captivité  récente  de  trois  ans  , 
aux  sept  tours,  M.  Pouqueville  partit  pour  sa  destination, 
entraîne  par  l'a-mour  de  la  science  ,  par  son  zèle  ,  et  sans 
doute  aussi  par  cette  conscience  de  ses  forces,  qui  lui  pro- 
mettait et  qui  nous  a  valu  l'important  ouvrage  que  nous 
annonçons. 

En  débarquant  en  Épire,  M.  Pouqueville,  comme  Bias, 
dont  il  allait  visiter  la  patrie,  emportait  avec  lui  toutes  les 
richesses  morales  qui  pouvaient  servir  à  élever  un  monu- 
ment durable.  Il  avait  appris  le  grec  vulgaire,  pour  pouvoir 
se  mettre  en  rapport  direct  avec  les  habitans,  et  il  était 
assez  helléniste  pour  avoir  la  clef  du  style  des  inscriptions; 
initié  dans  sa  jeunesse  aux  secrets  de  la  science  médicale, 
la  physique  et  l'histoire  naturelle  lui  étaient  connues;  il 
s'était  rendu  familiers  les  auteurs  anciens;  son  séjour  for- 
cément prolongé  à  Constantinople  l'avait  instruit  des  mœurs 
privées  et  des  institutions  politiques  du  peuple  ottoman  ; 
mais,  par-dessus  tout,  il  était  doué  de  toute  la  candeur  né- 
cessaire à  l'historien,  et  de  cet  ardent  amour  du  vrai,  si 
peu  commun  au  voyageur. 

Ces  deux  qualités,  jointes  à  la  vertueuse  indignation  que 
lui  inspirent  le  crime  et  la  tyrannie ,  ont  dicté  à  l'auteur  sa 


ET  POLITIQUES.  333 

notice  biographique  sur  Ali-Pacha.  Pendant  douze  années, 
observant  avec  constance  la  physionomie  atroce  du  visir, 
souvent  spectateur  obligé  de  ses  actes  de  cruauté,  qu'il 
désapprouvait  hautement,  parfois  arrachant  quelques  rares 
victimes  aux  hécatombes  d'un  despote,  qui  s'étonnait  de 
l'ascendant  de  l'homme  juste,  mais  qui  n'était  pas  moins 
dangereux  quand  il  feignait  de  caresser  que  lorsqu'il  me- 
naçait, M.  Pouqueville,  entouré  de  délateurs  et  d'assassins, 
semble  de  son  burin  vengeur  avoir  ajouté  chaque  jour,  et 
avec  l'impassibilité  sévère  de  l'histoire,  quelque  trait  ca- 
ractéristique à  une  peinture  hideuse  de  ressemblance.  Ce 
morceau,  rejeté  à  la  fin  du  troisième  volume,  suffirait  seul 
à  la  réputation  d'un  écrivain  ;  c'est  la  manière  de  Tacite 
unie  à  celle  du  Dante. 

L'Épire  dut  être  naturellement  le  premier  objet  des  in- 
vestigations littéraires  et  géographiques  de  l'auteur.  Ce 
pays ,  dévasté  de  tout  tems  par  le  brigandage  des  émirs  et 
des  beys,  petits  tyrans  féodaux,  comme  il  l'est  encore  par 
l'administration  sanglante  d'Ali-Pacha,  n'avait  jamais  été 
exploré  en  détail  par  les  voyageurs  européens ,  qui  pou- 
vaient à  peine  y  aborder  ou  le  traverser  rapidement.  Il 
était  moins  connu ,  suivant  l'expression  d'un  savant 
(M.  Gossellin  ) ,  que  la  majeure  partie  du  nouveau  monde. 
Plus  heureux  par  sa  position  diplomatique,  déjà  au  bout 
de  trois  ans  de  courses  et  de  travaux  assidus,  M.  Pouque- 
ville était  parvenu  à  pouvoir  décrire  exactement  la  topo- 
graphie de  cette  contrée.  Sur  les  soixante-dix  villes  qui  y 
furent  détruites  par  Paul  Emile,  il  en  avait  retrouvé  cin- 
quante-cinq. D'après  un  système  fort  sage ,  dans  la  clas- 
sification de  ses  découvertes,  il  plaçait  au  premier  rang  les 
acropoles  en  architecture  cyclopéenne  pure,  et  qui,  par 
conséquent,  n'ont  pas  été  relevées  depuis  une  haute  anti- 
quité ;  il  rangeait  en  seconde  ligne  les  constructions  pélas- 
giques,  restaurées  partiellement  en  maçonnerie  hellénique. 


râh  SCIENCES  MORALES 

ainsi  que  les  villes  entièrement  de  fabrique  grecque;  des- 
cendant delà  à  travers  les  siècles  qui  suivirent  la  conquête 
des  Romains ,  il  distribuait  également  par  classes  les  en- 
ceintes à  bases  cyclopéennes,  restaurées  par  les  hellènes 
et  surchargées  de  réparations  romaines;  les  places  unique- 
ment bâties  en  briques  et  moellons,  telles  que  Nicopolis 
sous  Auguste;  les  fabriques  mesquines  du  Bas-Empire,  et 
le  plâtrage  même  des  Turcs,  qu'on  trouve  appliqué  à  cer- 
taines forteresses  des  premiers  âges.  C'est  ainsi  que  notre 
savant  voyageur  se  plaisait  à  lire  dans  les  murs  à  polygones 
irréguliers ,  en  belles  pierres  de  taille ,  en  brique  ou  en 
blocage,  l'histoire  des  siècles  écoulés,  depuis  les  indigènes 
le  plus  anciennement  connus  jusqu'à  l'invasion  des  maho- 

métans. 

A  celte  époque  des  recherches  de  M.  Pouqueville  ,  quel- 
ques ingénieurs  géographes  et  officiers  du  génie  français, 
appelés  à  Corfou  par  le  général  Donzelot,  avaient  établi 
des  bases  fixes  etpris  des  triangulations  sur  plusieurspoints 
des  côtes  de  la  Chaonie  et  de  la  Thesprotie.  Ce  fut  une 
donnée  invariable  qui  servit  à  coordonner  le  plan  de  l'au- 
teur. Dès-lors,  il  s'occupa  de  classer  les  villes  les  plus  rap- 
prochées de  la  mer,  en  remontant  d'étages  en  étages  jusqu'au 
pied  du  Pinde.  Il  ne  dédaigna  pas  de  s'instruire ,  pour  ce 
vaste  travail,  des  traditions  populaires,  qui,  employées  avec 
discernement ,  peuvent  être  de  bons  guides  ;  il  mit  à  con- 
tribution les  cartulaires  des  abbayes  ,  les  archives  métropo- 
litaines ;  sut  tirer  de  justes  inductions  des  étymologies  lo- 
cales; se  servit  à  propos  des  compilations  de  dom  Vaissette 
et  du  père  Lequien  ,  et  consulta  tous  les  ouvrages  qui  ont 
traité  des  guerres  et  des  conquêtes  des  Turcs.  Il  remonta 
ainsi  aux  tems  du  Bas -Empire,  où  les  chroniques  des  By- 
zantins s'offrirent  à  lui  comme  un  pont  jeté  entre  la  barbarie 
et  les  siècles  historiques.  Ici,  se  présentaient  de  nombreux 
signaux  de  reconnaissance,  fournis  par  les  c&iivMns  de 


ET  POLITIQUES.  335 

ranliquité,  tels  que  Thucydide,  Polybe ,  Tite-Live,  PIu- 
tarque ,  et  les  indications  précieuses  de  l'astronomie  et  de 
la  géographie  anciennes  chez  Strabon,  Marin  de  Tyr,  Pto- 
lémée  et  Pausanias.  Pour  l'intelligence  de  ces  auteurs  , 
M.  Pouqueville  préfère  la  critique  judicieuse  de  Paulmier 
de  Grentemesnil  aux  discussionsde  Cellariusetde  d'Anville. 

Une  découverte  importante  vint  se  joindre  encore  à  tant 
de  moyens  de  succès  :  ce  fut  celle  du  véritable  emplacement 
de  Dodone.  L'auteur  avoue  que  c'est  aux  instructions  et 
aux  dessins  que  lui  fit  parvenir  le  savant  M.  Petit-Radel, 
qu'il  a  dû  l'éclaircissement  de  ce  problème,  dont  la  solution 
jette  la  plus  grande  lumière  sur  la  géographie  ancienne. 
Dodone^  qu'il  avait  cherché  bien  loin,  d'après  les  faux  er- 
remens  de  Cyriaque  d'Ancône  ,  se  trouvait  aux  portes  de 
Janina,  ainsi  que  la  demeure  sacrée  des  Celles  et  le  Hiéron 
de  Jupiter  Pelasge.  Dès-lors,  tout  s'orienta  sans  peine  au- 
tour de  lui  ;  la  plus  haute  antiquité  lui  parut  dévoilée ,  et  il 
put  facilement  appliquer  aux  lieux  qu'il  visita  les  détails 
transmis  par  les  historiens  et  les  géographes  grecs  et  latins. 

Si  la  position  de  Dodone,  incontestablement  fixée, 
devint  le  point  central  des  opérations  topographiques  de 
l'auteur,  la  ville  de  Janina  fut,  pendant  son  séjour  en 
Epire,  le  quartier  général  d'où  il  se  mettait  en  marche 
pour  ses  invasions  scientifiques,  et  où  il  rapportait  le  fruit 
de  ses  conquêtes.  Après  un  grand  nombre  de  courses,  qui 
n'étaient  pas  toujours  sans  dangers,  il  fut  en  état  de  dresser 
avec  exactitude  un  tableau  des  quatorze  divisions  de  l'É- 
pire  ancienne,  comparées  à  ses  cantons  modernes.  L'ex- 
ploration de  ces  provinces  et  celle  de  l'IIlyrie  macédo- 
nienne remplissent  le  i"  et  une  partie  du  2°  Tom.  de 
l'ouvrage.  Viennent  ensuite  les  détails  d'un  voyage  exécuté 
à  travers  la  Bosnie,  par  M.  H.  Pouqueville,  frère  de  l'au- 
teur, lequel,  en  nous  faisant  connaître  encore  la  Macé- 
doine septentrionale,   ses  montagnes,   continuation  des 


336  SCIENCES  MORALES 

Alpes  tyroliennes,  et  les  sources  de  l'Axius  ou  Vardar, 
complète  ainsi  pour  nous  la  description  de  l'ancien 
royaume  d'Alexandre.  On  doit  aussi ,  à  ce  digne  col- 
laborateur, la  reconnaissance  de  FEtolie,  proyince  ignorée 
de  nos  jours,  autant  qu'elle  avait  été  célèbre  dans  les  fastes 
de  la  Grèce  ;  il  y  a  retrouvé  Thermus  et  le  lac  Trichon , 
l'emplacement  de  plusieurs  villes,  le  vaste  pont  qui  ouvre 
une  communication  entre  l'Ophie  et  le  mont  Aracynthe; 
la  décharge  des  lacs  dans  l'Achelous  et  non  dans  l'Evenus, 
comme  le  prétendait  d'Anville. 

Après  avoir  déterminé  l'emplacement  des  provinces  et 
des  villes  anciennes  de  l'Epire  ;  après  avoir  dessiné  les 
montagnes  et  leurs  points  culminans,  les  fleuves  et  les 
courans  d'eaux,  ces  grands  et  éternels  linéamens  de  la 
physionomie  du  globe,  31.  Pouqueville  offre  une  série 
d'observations  sur  la  nature  du  sol,  de  l'air  et  des  lieux  : 
il  rend  compte  des  phénomènes  particuliers  aux  tremble- 
mens  de  terre ,  fréquens  dans  cette  contrée  ;  de  la  tempé- 
rature, des  maladies  et  de  la  condition  des  agriculteurs. 
Il  trace  des  indications  générales  sur  les  règnes  de  la  na- 
ture, et  termine  le  2"  volume  de  son  voyage  par  une 
histoire  abrégée  des  Schypetars,  vulgairement  connus  sous 
le  nom  d'Albanais.  Cette  nation  populeuse  et  remar- 
quable par  son  courage,  son  industrie  et  son  activité, 
changera  un  jour  la  face  de  la  Grèce,  si  l'on  en  croit 
.M.  Pouqueville,  qui  a  étudié  avec  persévérance  les  mœurs 
des  Albanais,  et  même  leur  langue,  dont  il  donne  aux  phi- 
lologues un  vocabulaire  assez  étendu  pour  qu'ils  puissent 
y  rechercher  l'origine  de  ces  intrépides  peuplades  cauca- 
siennes, transplantées  en  Albanie  par  d'antiques  migrations. 

Le  4*  volume  contient  la  description  de  la  Thessalie , 
de  l'Acarnanie,  des  deux  Étoiles^  de  la  Locride,  de  la 
Doride  ;  l'introduction  à  la  topographie  du  Péloponèse  et 
du  voyage  dans  l'Achaïe;  enfin,  cette  vie  d'Ali-Pacha,  dont 


ET  POLITIQUES.  337 

piesque  tous  les  chapitres  de  cet  ouvrage   retracent  les 
fureurs  et  l'odieuse  politique. 

Parmi  ces  provinces,  la  Thessalie  méritait  les  recherches 
et  les  développemens  que  lui  accorde  l'auteur.  Cette  ré- 
gion fut  le  berceau  des  principaux  peuples  de  la  Grèce,  et 
les  faits  historiques  s'y  rattachent  aux  traditions  de  la  my- 
thologie. Ainsi,  près  du  séjour  des  Centaures  et  des  La- 
pithes,  près  de  ce  golfe  Pagasétique,  d'où  s'élança  le  vaisseau 
des  Argonautes  chanté  par  tous  les  poètes  de  l'antiquité, 
on  retrouve  cette  vallée  délicieuse  de  Tempe  toujours 
émaillée  de  fleurs,  et  où  semblent  bourdonner  encore  les 
nombreux  essaims  d'Aristée,  colonie  plus  constante  sur  ce 
sol  que  les  races  d'hommes  qui  en  ont  disparu.  Là  sont  les 
Cynocéphales  fameuses  par  la  défaite  de  Philippe,  dernier 
théâtre  de  la  gloire  macédonienne  expirante  devant  les 
aigles  du  peuple-roi;  et  ces  champs  de  Pharsale,  où  la 
force  mit  aux  pieds  de  l'usurpation  les  libertés  romaines, 
et  qui  rappellent  cette  journée  des  grandes  démarcations 
politiques  :  époque  surtout  mémorable  en  ce  que  dès-lors 
s'éteignirent,  au  milieu  du  monde  civilisé,  les  institutions 
du  républicanisme  si  anciennement  et  si  universellement 
répandues,  pour  faire  place  au  système  des  monarchies 
qui,  diversement  modifié,  règne  encore  depuis  cette  Ion"-ue 
suite  de  siècles. 

Fidèle  à  la  méthode  qu'il  a  adoptée ,  M.  Pouqueville , 
avant  d'entrer  dans  le  détail  de  ses  excursions  en  Morée, 
présente  quelques  rapprochemens  entre  les  mesures  géné- 
rales que  Strabon  a  publiées  sur  cette  presqu'île  et  celles 
de  nos  astronomes.  Lu  longitude  et  la  latitude  du  cap  Té- 
iiare,  que  donne  ce  géographe,  sont  parfaitement  exactes. 
Il  en  résulte,  aux  yeux  de  l'auteur,  que  les  anciens,  ayant 
beaucoup  vu  et  calculé ,  savaient-,  depuis  un  tems  proba- 
blement bien  antérieur  à  Strabon,  évaluer  les  mesures  de 
Tome  xi.  22 


338  SCIENCES  MORALES 

la  terre  autrement  que  par  la  réduction  approximative  des 
périples  et  des  itinéraires. 

M.  Pouqueville  parle  ensuite  des  malheurs  qui  ont 
désolé  le  Péloponèse  ;  il  donne  un  tableau  comparatif  de 
ses  provinces  anciennes  et  de  ses  divisions  actuelles  ,  ainsi 
que  la  topographie  de  l'Achaïe. 

Dans  le  Tom.  IV,  il  décrit  la  Sicyonie  ,  Corinthe  et  son 
golfe,  Salamine  et  cette  célèbre  Athènes,  dont  les  voya- 
geurs nous  parlent  sans  cesse  et  sur  laquelle  notx'e  curiosité 
est  toujcvurs  insatiable.  En  revenant  sur  ses  pas,  il  visite 
Eleusis,  Mégare,  Mycènes  ,  la  Corinthie  et  l'isthme  de 
Corinthe.  M.  W.  Gell,  qui  s'est  acquis  quelque  gloire  par 
son  voyage  en  Grèce,  dans  lequel  il  a  publié  la  description 
des  monumens  de  Mycènes ,  avait  cru ,  comme  d'autres 
voyageurs,  y  reconnaître  des  œrarium.  M.  Pouqueville 
pense,  avec  plus  de  fondement,  que  ce  sont  les  tombeaux 
des  Atrides ,  et  non  des  caveaux  destinés  à  renfermer  les 
richesses  de  ces  princes.  Il  restitue  les  prétendues  décou- 
vertes du  voyageur  anglais  à  leurs  véritables  auteurs, 
Fourmont,  dont  la  véracité  fut  trop  long-tems  contestée, 
et  M.  Fauvel,  notre  vice-consul  à  Athènes. 

Tout  en  rendant  hommage  au  beau  talent  de  M.  de 
Chateaubriand  ,  M.  Pouqueville  ne  peut  lui  accorder  la 
double  gloire  qu'il  s'attribue  d'avoir  retrouvé  les  tombeaux 
d'Égisthe  et  de  Clitemnestre  dans  deux  sépulcres  mo- 
dernes, précédemment  vus  et  dessinés  par  Foucherot,  et 
les  ruines  de  Sparte  que  le  même  Fourmont  avait  dé- 
crites (i).  Il  regrette  qu'un  itinéraire  si  rapidement  es- 
quissé n'ait  pas  laissé  le  tems  au  noble  voyageur  de  se 

(i)  M.  de  Chateaubriand  avait  dit  •.Singulière  destinée  qui  me 
fait  sortir  de  Paris  pour  fixer  l'emplacement  de  Sparte,  et  découvrir 
les  cendres  de  Clitemnestre.  Il  est  bien  reconnu  que  ces  sépultures 
appartiennent,  l'une  à  Halil,  aga  d'Argon,  assassiné  en  1771  par 
des  brigands,  et  l'autre  à  son  domestique  qui  eut  le  même  sort. 


ET  POLITIQUES.  ,^39 

reconnaître.  Déjà  le  savant  M.  Ouvaroff  avait  fait  au  chantre 
des  Martyrs  un  reproclie  pareil,  au  sujet  des  ruines  d'E- 
leusis ()). 

L'Argolide,  l'antique  Cjnurie,  la  Phliasie  et  les  restes 
inconnus  jusqu'alors  de  Phlionte,  le  gouffre  de  Stymphale, 
celui  de  Phenéon,  Caphys  que  fonda  Dardanus,  le  bassin 
du  Ladon,  le  mont  Cyllène  et  le  vallon  du  Cérynite  sont 
tour  à  tour  l'objet  des  observations  que  l'auteur  rattache  à 
Patras. 

Nommé  consul  dans  cette  ville,  eu  1816,  il  en  part  au 
printems  pour  entrer  dans  la  vaste  Élide,  et  il  expose  la 
topographie  entière  de  cette  province,  plutôt  indiquée  que 
décrite  par  les  voyageurs.  Il  revivifie  Olympie,  son  stade, 
son  hippodrome  et  le  territoire  consacré  par  Hercule  à 
Jupiter. 

Passant  ensuite  à  la  Potamographie  de  l'Alphée  et  de 
l'Erymanthe,  il  en  indique  les  sources,  le  cours  et  l'embou- 
chure ;  il  décrit  la  montagne  poétique  de  Ladon ,  le 
Lampée ,  l'Olènos,  le  Cyllène  cher  à  Mercure  ;  et  dans  une 
excursion  au  monastère  de  Mégaspilion ,  il  fait  connaître  le 
régime  et  les  œuvres  charitables  des  pythagoriciens  du 
christianisme ,  dont  l'exemple  et  les  vertus  soutiennent  le 
courage  des  fidèles  au  milieu  de  la  Grèce  asservie. 

Le  cinquième  volume  de  l'ouvrage  n'a  point  encore 
paru  :  il  doit  présenter  le  tableau  des  revenus,  des  charges, 
des  productions  de  la  Morée,  et  une  statistique  de  cette 
province,  à  laquelle  seront  joints  des  aperçus  sur  le  com- 
merce français  dans  le  levant,  aujourd'hui  presque  envahi 
par  celui  des  Grecs ,  dont  l'auteur  montrera  les  richesses  et 
la  puissance  navale. 

Il  nous  promet  aussi  des  épisodes  qui  ne  seront  pas  sans 
intérêt  et  les  détails  de  son  voyage  dans  la  Triphylie ,  la 

f  I )  -Essai  sur  les  mystères  d'Eleusis.  Saint-Pétersbourg ,    i S 1  2. 

22  * 


3A0  SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 

Messénie  et  le  territoire  de  Gérennius,  dont  Nestor  portait 
le  surnom.  Il  annonce  une  notice  sur  Sparte,  les  inscriptions 
qu'il  a  recueillies  dans  l'Eleuthero-Laconie,  et  une  carte 
générale  dressée  par  M.  Barbié-Dubocage,  qui  fera  juger 
combien  la  géographie  de  la  Grèce  a  gagné  par  les  sa- 
vantes explorations  de  JM.  Pouqueville  (i).  L'archéologie, 
la  numismatique ,  l'histoire  comparée  et  la  science  des 
inscriptions  ne  devront  pas  moins  de  développement  aux 
recherches  de  l'auteur  que  la  statistique  et  la  géographie 
spéciale. 

Dans  cette  rapide  analyse  des  quatre  volumes  que  nous 
avons  lus  avec  un  intérêt  vif  et  soutenu  ,  circonscrits  à 
regret  dans  un  cadre  resserré  et  ne  pouvant  nous  étendre 
avec  quelque  détail  sur  ce  Voyage,  uniquement  entrepris 
dans  l'intérêt  de  la  science  et  exécuté  de  manière  à  en 
élargir  le  domaine ,  nous  avons  dû  nous  borner  à  indiquer 
les  sommités,  les  parties  saillantes  de  l'édifice;  nous  nous 
sommes  d'abord  occupés  de  ce  qu'on  pourrait  nommer  en 
quelque  sorte  le  matériel  delà  Grèce  moderne.  Il  noussuffisait 
pour  le  moment  d'annoncer  un  ouvrage  où  d'immenses  re- 
cherches, une  érudition  profonde  et  un  beau  talent  s'u- 
nissent aux  plus  pures  intentions  ;  un  ouvrage  que  les 
circonstances  actuelles  doivent  faire  rechercher  avec  em- 
pressement et  qui  restera,  (juelle  que  soit  leur  issue.  Quant 
à  sa  partie  morale,  c'est-à-dire  la  description  des  moeurs 
publiques  et  privées  des  Turcs  et  des  Grecs ,  l'esprit  du 
gouvernement ,  les  institutions  civiles  et  religieuses  des 
uns,  l'état  social,  les  intérêts  et  les  dispositions  politiques 
des  autres,  enfin  tout  ce  qui  constitue,  modifie,  altère  le 
principe  de  vie  dans  la  cité  ;  nous  en  ferons  le  sujet  d'un 
second  article.  D.  de  Gavedell  Geannt. 

(i)  Il  esta  désirer  que  l'on  se  serve  de   ces  documens  pour  les 
tartes  de  la  nouvelle  édition  du  Vojage  d' jînacharsis. 


LITTERATURE. 

Philibert,  roman  poétique  ensix  chants;  par  Thomas 
Collej  Grattan  (i). 

L'action  principale  de  ce  poème  est  empruntée  au  fameux 
procès  du  faux  Martin  Guerre ,  recueilli  dans  les  Causes 
célèbres  de  Gatot  de  Pitaval.  Né  dans  la  province  de  Biscaye, 
Martin  Guerre  épousa,  au  mois  de  janvier  i53g,  Bertrande 
de  Rois,  de  la  ville  d'Antigues,  qui  unissait  un  jugement 
droit  à  une  grande  beauté.  Ils  vécurent  environ  dis  années 
ensemble ,  jouissant  d'une  honnête  aisance ,  et  ils  eurent  un 
fils  de  leur  union.  Vers  celte  époque ,  Martin  désira  voyager; 
il  quitta  sa  femme  et  sa  famille,  et  ne  leur  donna  point  de 
ses  nouvelles,  durant  un  laps  de  tems  considérable.  Ber- 
trande continua  cependant  à  mener  une  vie  irréprochable. 
Huit  ans  s'étaient  écoulés  depuis  le  départ  de  son  mari, 
lorsqu'un  imposteur,  Arnaud  duTilh,  se  présenta  devant 
elle ,  sous  le  nom  de  Martin  Guerre.  Sa  prodigieuse  ressem- 
blance avec  ce  dernier  le  fit  recevoir  sans  hésitation;  il  fut 
également  reconnu  par  les  quatre  soeurs  de  Martin ,  par  son 
oncle  et  par  plusieurs  autres  parens.  11  remplit  son  rôle  avec 
autant  d'adresse  que  d'audace  :  ayant  connu  Martin  Guerre 
dans  ses  voyages  ,  il  avait  appris  de  lui  et  de  quelques-uns 
de  ses  amis  les  détails  les  plus  minutieux  sur  sa  vie  passée, 
et  mille  circonstances  secrètes ,  uniquement  connues  des 
deux  époux. 

Cet  imposteur  usurpa ,  pendant  trois  ans ,  tous  les  droits 
de  Martin  Guerre  ;  mais  à  la  fin  ,  ayant  été  soupçonné  de 
fourberie  par  l'oncle  et  par  quelques  autres  personnes,  Ber- 

(i)  Londres,  1S21,  ua  vol.  in-S°  de  209  pag.  et  notes ,  XLVIII. 
Longman  hurst  Rees ,  etc.  Prix  ,  12  scbellings. 


8A2  litïeratlrï;. 

trande  se  joignit  à  ses  accusateurs,  et  il  fut  livré  à  la  justice. 
Il  se  défendit  avec  intrépidité  :  cent  cinquante  témoins  fu- 
rent entendus,  parmi  lesquels  il  y  en  eut  trente  ou  quarante 
qui  déposèrent  qu'il  était  le  véritable  Martin  Guerre;  un 
plus  grand  nombre  jura  que  c'était  Arnaud  du  Tilh,  et  plus 
de  soixante  refusèrent  de  prêter  serment  pour  ou  contre , 
tant  la  vérité  leur  paraissait  douteuse  des  deux  côtés.  Le 
prisonnier  répondit  avec  la  plus  grande  exactitude  aux  ques- 
tions particulières  qui  lui  furent  faites  ,  sur  le  lieu  de  nais- 
sance de  Martin  Guerre ,  sur  son  père,  sa  mère,  ses  frères,  etc. 
Il  donna  les  renseignemens  les  plus  positifs  sur  le  jour  de 
son  mariage,  sur  le  prêtre  qui  avait  célébré  la  cérémonie  , 
sur  les  personnes  qui  étaient  présentes  ,  la  manière  dont 
elles  étaient  vêtues,  etc.  Cependant,  après  un  long  procès, 
il  fut  jugé  coupable  et  condamné  à  perdre  la  tête  sur  l'é- 
chafaud  et  à  être  écartelé.  Il  en  appela  au  parlement  de 
Toulouse  :  la  cause  fut  plaidée  de  nouveau  ,  et  il  était  sur 
le  point  de  la  gagner,  lorsque  le  vrai  Martin  Guerre  parut. 
Arnaud  du  Tilh  fut  aîors  condamné  à  mort  et  exécuté  sur 
un  gibet,  en  face  de  la  maison  de  Martin  Guerre. 

M.  Grattan ,  auteur  de  Philibert,  ne  s'est  pas  astreint  à 
suivre  servilement  la  version  que  nous  venons  de  citer.  Il 
a  d'abord  placé  ses  personnages  dans  un  rang  beaucoup  plus 
élevé.  Remontant  aux  siècles  de  la  chevalerie,  il  a  fait  re- 
vivre les  anciennes  coutumes  des  preux.  Aidé  par  de  sa- 
vantes recherches,  il  a  tracé  un  tableau  animé  de  ces  tems 
de  factions  et  de  troubles ,  où  les  droits  sacrés  de  l'homme 
étaient  perdus  et  comme  ensevelis  au  milieu  des  épaisses 
ténèbres  de  la  féodalité;  où  le  flambeau  pâlissant  de  la  li- 
berté ne  lançait  plus  qu'un  feu  mourant,  près  de  s'éteindre 
sous  le  souffle  corrompu  de  la  tyrannie.  Mais,  revenant  à 
des  sujets  plus  gracieux,  M.  Grattan  peint  en  vers  charmans 
la  paix  et  l'union  qui  régnent  entre  les  familles  de  deux 


LITTÉRATURE.  5A3 

vaillans  guerriers.  Amis  et  voisins,  ils  se  délassent  des  fa- 
tigues de  la  guerre,  en  partageant  les  jeux  de  deux  jeunes 
enfans,  l'espoir  de  leur  avenir.  Philibert  et  Isabelle  gran- 
dissent sous  les  yeux  de  leurs  parens  :  ils  s'aiment,  et  bientôt 
l'hymen  vient  couronner  leurs  feux  :  la  peinture  de  leurs 
amours,  des  joies  de  leur  union ,  est  remplie  de  charmes  et 
termine  bien  le  premier  chant. 

Le  début  du  second  forme  un  contraste  frappant  avec  ces 
tableaux  de  calme  et  de  bonheur.  Le  traducteur  de  cet  in- 
téressant poème  ayant  bien  voulu  nous  communiquer  quel- 
ques passages  de  sa  traduction,  qui  doit  paraître  incessam- 
ment, nous  lui  empruntons  ce  morceau  : 

«  Les  chants  tristes  et  cadencés  de  la  messe  des  morts  se 
succèdent  lentement,  et  les  gémissemens  long-tems  com- 
primés éclatent  de  toutes  parts.  Tristes,  rangés  autour  de  la 
tombe ,  les  moines  entonnent  l'hymne  funèbre.  La  lumière 
faible  et  vacillante  des  flauibleaux  presque  éteints  lance 
son  dernier  éclat  sur  les  sombres  voûtes  sépulcrales,  dont 
les  pierres  humides  semblent  aussi  répandre  de  froides 
larmes  sur  le  cercueil  de  celui  qui  n'est  plus.  Ces  tristes 
murs  réfléchissent ,  à  travers  l'épaisse  obscurité  de  la  nuit, 
les  rayons  vacillans  des  torches  funéraires.  De  tems  en  tems, 
les  moines  affligés  se  taisent  pour  se  recueillir  dans  laprière; 
l'orgue  sonore  fait  alors  entendre  l'air  de  l'antienne  solen- 
nelle; mais,  lorsque  le  chœur  reprend  ses  chants  lugubres, 
le  vent  du  soir  semble  porter  vers  les  cieux  les  pieux  ac- 
cens  des  fidèles ,  et  les  échos  d'alentour  font  retentir  au  loin 
les  saints  cantiques. 

HYMNE  FUNÈBRE. 

«  Repose  en  paix ,  noble  héros  , 
Illustre  fils ,  d'un  illustre  lignage  : 
Vainqueur  des  sens,  brisant  leur  esclavage, 


Zkk  LITTERATUllE. 

Dans  la  nuit  des  tombeaux. 

Que  la  gloire  devienne  à  jamais  ton  partage  ! 

«  Repose  en  paix,  jusqu'au  jour  solennel 

Où  dans  les  airs  la  trompette  dernière , 

Du  sépulcre  en  éclat  évoquant  la  poussière  ^ 

Au  tribunal  de  l'éternel 

Appellera  les  enf'ans  de  la  terre  ; 

lit  jusqu'à  ce  jour  glorieux  , 

Où  dans  le  ciel  ton  ame  rappelée 

S'élancera  vers  la  voûte  étoilée  , 

Repose  en  paix  au  sein  de  tes  aïeux. 

«  Quel  est  celui  que  la  mort  a  recouvert  de  son  froîd  lin- 
ceul? A  qui  cette  cloche  funèbre  adressc-t-elle  maintenant 
le  dernier  adieu  des  hommes  ?  pour  qui  brûlent  ces  cierges? 
pour  qui  célèbre-t-on  ce  service  pompeux?  Regarde  cette 
femme  si  pâle  et  si  touchante  ,  dont  les  larmes  trahissent 
la  muette  douleur;  vois  ce  vieillard  courbé ,  dont  le  regard 
inquiet  voudrait  pénétrer  jusqu'au  sein  du  froid  domaine  de 
la  tombe  ;  contemple  encore  ce  jeune  guerrier  plein  de  cou- 
rage ,  qui  s'efforce  à  la  fois  de  consoler  les  chagrins  de  sa 
fille,  et  de  réprimer  les  douleurs  de  l'ami  ;  et  cesse  alors  de 
demander  quel  est  l'infortuné  que  l'impitoyable  mort  a 
réduit  en  poussière » 

A  peine  le  père  d'Isabelle  repose-t-il  auprès  de  ses  ancêtres, 
qu'une  nouvelle  douleur  se  prépare.  Sommé  par  le  roi 
Charles  VI  de  se  joindre  à  lui  avec  ses  vassaux,  Philibert 
s'éloigne;  il  laisse  à  Isabelle  une  fille,  fruit  de  leurs  amours. 
Les  regrets  de  la  jeune  épouse,  l'empressement  des  vas- 
saux à  suivre  leur  seigneur,  la  confusion  des  apprêts  d'un 
départ  précipité,  forment  un  tableau  rapide  et  très-animé. 
Le  silence  qui  succède  à  tant  de  bruit,  le  vide  du  château 
devenu  désert  en  un  instant,  le  calme  d'une  douleur  qu'une 
espérance  trop  éloignée  ne  peut  adoucir,  sont  parfaitement 
décrits  et  produisent  un  effet  très-poétique  ;  mais ,  laissant 


LIÏTEllATURE.  3A5 

.Isabelle  en  proie  à  ses  ennuis,  le  poète  nous  conduit  sur 
les  traces  de  son  héros.  Nous  le  voyons  franchir,  à  la  tête 
de  ses  soldats,  la  cime  escarpée  des  montagnes  qui  avoisi- 
nent  le  Jura.  Prêt  à  s'éloigner  de  sa  belle  patrie  ,  il  jette 
sur  elle  un  dernier  regard  d'amour  etde  regret ,  et  lui 
adresse  un  chant  d'adieu  : 

CHANT  DU  GUERRIER. 

«  Terre  qui  m'as  vu  naître  ,  ù  France  tant  chérie  1 

Reçois  mes  adieux  ; 
Mais  toujours  tu  seras  ,    ô  ma  belle  patrie  ! 

Présente  à  mes  yeux. 
Quittant  avec  regret  son  nid  héréditaire, 
Ainsi  l'oiseau  du  Ndtd  ,   chassé  par  les  frimats , 
Maudit,  en  s'élançant  vers  la  rive  étrangère  , 
L'aquilon  qui  le  porte  en  de  plus  doux  climats. 
Et  bénit  le  printems  qui  vient  flnir  sa  peine. 
Bien  plus  cruel  encore  est  le  sort  qui  m'entraîne; 
Car  je  pourrais  en  vain  parcourir  l'univers; 
En  vain  tous  ses  trésors  seraient  en  ma  puissance  , 
Les  charmes  réunis  des  royaumes  divers. 
Hélas!  ne  valent  pas  un  seul  jour  de  la  France.  » 

Philibert  rejoint  l'armée  du  roi ,  campée  sur  les  bords  du 
Danube.  Parmi  la  foule  de  guerriers  enrôlés  sous  la  ban- 
nière royale,  on  remarque  Pierre  de  Rouvergne.  Dévoré 
par  une  ambition  sombre  et  farouche ,  un  profond  mystère 
enveloppe  ses  actions;  les  chefs  et  les  soldats  ignorent  éga- 
lement sa  naissance  et  le  rang  qu'il  occupait  jusqu'au  jour 
où  son  glaive  lui  ouvrit  le  chemin  des  honneurs.  La  pein- 
ture du  caractère  de  ce  guerrier  rappelle  les  héros  gigan- 
tesques de  lord  Byron ,  dont  les  vertus  ou  les  vices  les  élè- 
vent, même  par  leurs  excès,  au-dessus  de  l'humanité.  Une 
ressemblance  frappante  existe  entre  Philibert  et  Pierre  de 
Rouvergne.  C'est  ici  qu'on  retrouve  la  version  où  l'auteur 


3A6  LITTERATURE. 

a  puisé  son  sujet.  C'est  Arnaud  du  Tilh  ennobli;  il  gagne 
la  confiance  de  Philibert,  voit  le  portrait  d'Isabelle,  en 
devient  amoureux,  s'insinue  dans  les  bonnes  grâces  de  son 
rival,  s'empare  de  tous  ses  secrets;  et,  dans  le  tumulte 
d'une  bataille,  il  tourne  contre  lui  son  arme  meurtrière. 

Les  jours,  les  mois,  les  années  se  sont  écoulés,  et  au- 
cune nouvelle  du  retour  de  son  époux  n'est  venu  réjouir 
le  triste  cœur  d'Isabelle  et  animer  la  solitude  du  château. 
Sa  fille  essaie  vainement  d'adoucir,  par  ses  caresses,  la 
douleur  dont  elle  est  consumée.  Mais  un  guerrier  apparaît 
devant  elle  :  c'est  Philibert;  ce  sont  ses  traits  et  jusqu'au 
son  de  sa  voix;  elle  ne  peut  plus  méconnaître  l'époux  chéri 
qu'elle  a  tant  pleuré.  Cependant,  de  sombres  présages  trou- 
blent la  joie  de  son  arrivée  ;  un  rêve  funeste  agite  le  sommeil 
du  guerrier;  il  tressaille,  il  semble  lutter  contre  un  puissant 
ennemi.  Isabelle  lui  demande  en  vain  l'explication  de  son 
trouble.  Les  vassaux  rassemblés  sont  venus  olTrir  à  leur 
seigneur  leurs  hommages  et  leurs  vœux.  Mais  un  parent, 
qui  devait  hériter  de  ses  richesses,  ne  peut  lui  pardonner 
de  lui  avoir  enlevé,  par  son  retour,  l'espoir  qu'il  avait 
nourri  si  long-tems.  Il  l'accuse  d'imposture  et  le  poursuit 
devant  les  tribunaux:  le  guerrier  l'emporte;  il  ne  jouit 
pas  long-tems  de  sa  sécurité.  Un  autre  Philibert  reparaît, 
comme  l'assassin  de  "Walderne ,  père  de  Philibert ,  qui 
tombe  sous  les  coups  d'un  meurtrier,  la  veille  même  du 
jour  où  ce  vieillard  avait  annoncé  qu'il  révélerait  à  ses 
enfans  la  cause  de  l'inexplicable  ressemblance  qui  existait 
entre  son  fils  et  Pierre  de  Rouvergne.  La  jeune  fille,  té- 
moin du  meurtre,  accuse  son  père,  qu'elle  croit  avoir  re- 
connu. Il  est  jugé  et  condamné;  mais  un  complice  de  Pierre 
dévoile  le  véritable  imposteur.  Fils  naturel  de  Walderne, 
Pierre  a  conçu  le  projet  de  supplanter  son  frère  ;  arrivé 
trop  tard,  il  veut  au  moins  cacher  le  secret  de  sa  naissance, 


LITTERATURE.  3A7 

et  assassine  le  vieillard,  au  moment  où  celui-ci  s'apprête  à 
tout  révéler. 

On  découvre  alors  que  celui  qu'on  avait  soupçonné 
de  trahison  est  le  véritable  Philibert,  rentré  dans  ses 
foyers  après  une  longue  captivité.  Je  ne  sais  si  ce.  moyen 
d'étonner  le  lecteur  est  heureusement  choisi  :  peut-être 
eût-il  mieux  valu  suivre  en  cela  le  récit  historique.  Au 
reste,  ce  poème  est  plutôt  remarquable  par  des  beautés 
de  détail  que  par  la  perfeclion  du  plan.  L'ouvrage  de 
M.  Grattan  est  une  suite  d'images  tour  à  tour  sombres  et 
gracieuses.  Des  situations  fortes,  une  poésie  harmonieuse 
et  souvent  inspirée,  lui  donnent  l'intérêt  d'un  roman  et  le 
charme  d'un  poème.  Nous  terminerons  cet  article  par  le 
passage  suivant,  où  l'auteur  gémit  sur  l'Irlande  ,  sa  patrie , 
et  rappelle  le  poète  célèbre  qui  l'a  illustrée  dans  ses  vers. 

«  Hûtons-nous  d'arriver  au  dénouement  de  cette  his- 
toire, où  les  accens  de  la  joie  se  font  entendre,  pendant 
les  courts  intervalles  de  repos  accordés  au  malheur  :  ainsi 
qu'on  distingue  parfois,  dans  les  sombres  mélodies 
d'Érin  (i),  quelques  notes  joyeuses,  mêlées  aux  tristes 
accords  consacrés  à  la  douleur  et  au  désespoir.  Et  moi 
aussi,  ô  ma  patrie,  je  veux  élever,  ma  voix  jusqu'à  toi  ! 
Mon  entreprise  est  téméraire ,  je  le  sens,  et  mes  vers  sont 
peu  dignes  d'un  si  noble  essor.  Je  vois  déjà  le  front  de  la 
critique  s'armer  de  sévérité,  et  menacer,  de  punir  ma  folle 
présomption;  et  cependant,  ô  Erin,  je  veux  mêler  mes 
chants  à  tes  chants  de  douleur.  Ton  nom  a  fait  vibrer  une 
corde  qui  réveille  de  fortes  émotions  dans  mon  ame  :  il 
fait  revivre ,  par  son  pouvoir  magique ,  un  sentiment  que 
je  croyais  éteint.  Ce  sentiment,  dans  le  tems  de  mes 
jeunes  espérances,  me  faisait  tirer  des  sons  plus  hardis  de 

(0    Les  Mélodies  Irlandaises ,  par  Moore. 


MS  LITTERATURE. 

ma  lyre  sauvage,  lorsque,  couché  sur  l'aride  fougère  de 
Carraghinore  ,  ou  près  des  bords  du  lac  de  la  montagne  de 
Moonvalla  ;  ou  lorsqu'étendu  sur  la  pelouse  desséchée  , 
livrée  tous  les  rêves  de  la  poésie,  je  plongeais  mes  regards 
avides  sur  la  plaine  qui  s'étendait  à  mes  pieds,  alors  mon 
imagination  s'enflammait  du  feu  de  la  liberté  :  les  ombres 
sacrées  des  héros  de  la  Grèce  m'apparaissaient  en  foule  , 
et  répaudaient  leurs  prestiges  glorieux  autour  de  moi 

«  Hélas!  les  illusions  ont  disparu  !  je  parcours  une  plage 
étrangère,  et  d'autres  mains  que  les  miennes  ont  tressé, 
ô  ma  patrie,  la  triste  couronne  qui  ceint  ton  front. 

«  Tes  malheurs  offrent  un  sujet  difficile  à  retracer  :  ils 
réclament  la  voix  de  ce  chantre  habile  (i) ,  dont  les  accens 
audacieux,  redits-paria  renommée,  respirent  une  harmo- 
nieuse mélancolie,  dont  les  douces  plaintes  allègent  les 
rudes  travaux  de  l'habitant  de  tes  solitudes  marécageuses, 
et  font  briller,  sur  le  sentier  solitaire  qu'il  parcourt,  l'éclat 
de  la  gloire  des  tems  passés  et  un  rayon  d'espérance.  Je 
ne  Teux  pas  demander,  ô  Erin  ,  le  sujet  de  tes  douleurs 
et  de  tes  gémisscmens  :  que  d'autres  plaident  la  cause  de 
tes  chaumières  violées,  de  tes  lois  outragées;  pour  moi, 
je  dirigerai  mes  yeux  humides  vers  les  lieux  où  pleurent 
mes  compatriotes (2).  L.  S.  R> 

(l)  MOOBK. 

fa)  f^qy.  ci-dessus,  pag.  220,  le  rapport  fait  à  la  société  acadé- 
mique de  Nantes,  sur  le  poème  de  Philibert ,  dont  M.  Grattan  lui 
avait  fait  hommage. 


*VV\.\VWVWV»VV*\V*V:WVV*V»i.VVV.VW,«.V\.VVV.\.VV,v\Vl'»,»V.VXV.-V'WVV»V„VWVW» 

III.  BULLETflN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

LIVRES    ÉTRANGERS  (i). 


AMERIQUE. 

ÉTATS-UNIS. 

112.  —  American  médical  Uolanj  ,    beinga  collection,   etc. 

Botanique  médicale  de  l'Amérique,  composée  d'une  collection  de 
plantes  médicinales  indigènes  aux  Etats-Unis,  avec  leur  histoire  bo- 
tanique et  leur  analyse  chimique,  ainsi  que  leurs  propriétés  et  leurs 
usages  dans  la  médecine  et  dans  les  arts,  ornée  de  gravures  coloriées. 
N<"  V  et  VI  ,  par  Jacob  Bigelovv,  et  Rdmfoed,  professeur  de  matière 
médicale  et  de  botanique  à  l'université  d'Harvard.  Boston,  1821. 

ii5.  —  Remarks,  etc. — Remarques  sur  l'emploi  des  femmes  en 
chirurgie,  comme  sages-femmes;  par  un  médecin.  Boston,  1820;' 
brochure  in-8''  de  22  pages. 

i\i.-—Address  delivered  before  the  Hampshire ,  etc. — Rapport 
fait  à  la  société  d'agriculture  de  Hampshire,  de  Franklin  et  de 
Hampden,  lors  de  l'assemblée  annuelle  tenue  à  IS'orthampton ;  par 
J.  H.  LyuoN.  Northampton,  1820;  1  vol.  in-8"». 

1 15. — A  Treatise  on  inland  navigation. — Traité  sur  la  navigation 
intérieure,  avec  une  carte  ;  par  Robert  Mills.  Baltimore,  i  vol.  in-S". 

116. — Annual  Report,  etc.  — Rapport  annuel  du  conseil  des  com- 
missaires américains  nommés  pour  les  missions  étrangères.  Boston, 
1S20  ;  brochure  in-8°  de  34  pages. 

Il"- — Fifth  annual  Report,  etc. — Cinquième  rapport  annuel  de 
la  société  de  paix  de  Massachusets.  Cambridge,  1820. 

118. — American  éducation  society  ,  fifih  Report. — Cinquième 
Rapport  de  la  société  d'éducation  américaine  ;  4  octobre  1820. 

119. —  Third  Report  of  the  american  colonization  society. 


(1}  Nous  indiquerons ,  par  un  astérisque  (*)  placé  à  côté  du  titre 
de  chaque  ouvrage,  ceux  des  livres  étrangers  ou  français  qui 
paraîtront  dignes  d'une  attention  particulière  ,  et  dont  nous 
rendrons  quelquefois  compte   dans  la  section  des  analyses. 


350  AMERIQUE. 

Troisième  Rapport  de  la  société  de  colonisation  américaine.  Wa- 
shington, 1820. 

120. — Thoughts  on  polilical  economy.  — Pensées  sur  l'économie 
politique ,  en  deux  parties  ;  par  Daniel  Raymond,  avocat,  Raltimore, 
1820;  1  vol.  in-S». 

121. — Sketches  ofuniversal  historj  ,  etc.— Esquisses  sur  l'histoire 
universelle,  sacrée  et  profane,  depuis  la  création  du  monde  jusqu'à 
l'année  i8i8;  par  Frédéric  Bdtleb.  Hartford,  1820;  1  vol.  in-12  ; 
prix ,  1  louis  5o. 

122.—  Ilistory  oflhe  war  ofthe  independence  ofthe  United  States. 
—  Histoire  de  la  guerre  de  l'indépendance  des  Etats-Unis ,  par 
Charles  Botta,  traduite  de  l'italien  par  Georges  Otis.  Philadelphie, 
1820;  2  vol.  in-S°. 

1 23  (*). — Memoirs  ofthe  Mexican  révolution,  etc. — Mémoires  sur  la 
révolution  da  Mexique  ;  suivis  de  la  Relation  de  l'expédition  du  gé- 
néral Xavier  IMina,  avec  quelques  observations  sur  la  possibilité 
d'ouvrir  un  commerce  entre  la  mer  Pacifique  et  l'Océan  Atlantique, 
par  l'isthme  du  Mexique  dans  la  province  d'Oaxaca,  et  par  le  lac  de 
Nicaragua  ;  et  sur  l'importance  future  de  ce  commerce  pour  le  monde 
civilisé  ,•  particulièrement  pour  les  Etats-Unis  ;  par  TVilliam 
BoBiRSOK.  Philadelphie,  1820,  \  vol.  in-8°  ;  prix,  2  louis  5o. 

124- — History  ofthe  United  States,  etc. — Histoire  des  Etals- 
Unis,  avec  un  court  aperçu  de  quelques-uns  des  principaux  empires 
et  royaumes  des  tems  anciens  et  modernes  ,  à  l'usage  des  écoles  pu- 
bliques; par  un  citoyen  de  Massachusets.  Keene,  1820;  1  vol.  in-8» 
de  25 1  pages. 

125. — North  American Reuiew. — Revue  de  l'Amérique  du  Nord, 
et  journal  de  mélanges  ,  publié  par  Olivier  Eveebtt.  Boston  ,  1821. 
Hilliard  et  Metcalf ,  n"  xxx.  x  vol.  in-8''. 

Ce  journal,  dont  nous  avons  déjà  parlé(^  i'oy.  Tom.  VIII ,  p.  108 
et  343  ) ,  est  un  des  plus  intéressans  recueils  de  l'Amérique.  On  y 
suit  les  progrès  des  sciences ,  des  arts  et  de  la  littérature  dans  les 
Etats-Unis.  Lesprincipaux  articles  de  ce  trentième  cahier  sont  :  1°  Un 
Examen  des  universités  anglaises  comparées  aux  universités  nais- 
santes de  l'Amérique  ;  1°  un  Tableau  des  améliorations  et  des  per- 
fectionnemens  intérieurs  opérés  dans  la  Caroline  du  Nord.  La  plu- 
part des  faits  et  des  matériaux  de  cet  article  sont  puisés  dans  trois 
ouvrages  américains  qui  traitent  du  même  sujet;  5»  une  Analysa 


ASIE.  351 

des  Lettres  de  madame  de  Grafigny ,  publiées  sous  le  titre  de  T^ie 
privée  de  Voltaire  et  de  madame  du  Chaielet ,  pendant  un  séjour 
de  six  mois  à  Cirey,  avec  un  rapide  examen  des  œuvres  de  Vol- 
taire ,  et  quelques  détails  sur  le  caractère  et  la  fortune  de  ce  poète. 
L'article  est  généralement  bien,  quoiqu'on  y  pût  relever  quelques 
"erreurs;  4°  Nouveau  tarif,  proposé  d'après  le  rapport  du  comité  des 
nègocians  de  Boston  et  autres  ,  sur  le  tarif;  5»  Examen  critique 
d'un  ouvrage  qui  a  pour  titre  :  Doctrine  céleste  de  la  Noupelle 
Jérusalem,  révélée  par  le  ciel,  et  traduite  du  latin  d'Enimanuel 
Swedenborg.  On  sait  que  Swedenborg  a  fondé  et  propagé  une 
secte  qui  porte  son  nom.  Il  se  dit  inspiré  ,  et  révèle  dans  ses 
écrits  les  visions  que  le  ciel  lui  envoie.  Plusieurs  de  ses  disciples  ont 
écrit  pour  soutenir  la  vérité  de  ses  prédictions  ,  et  paraissent  croire 
sincèrement  à  sa  mission  divine  ;  6»  Notice  et  remarques  sur  Hïati 
et  sur  ses  habitons,  tirées  en  partie  de  neuf  ouvrages  publiés  par 
des  Haïtiens  :  deux  sont  de  M.  le  baron  de  Vastey  ;  7»  sur  les  essais 
géologiques  de  Hayden;  8»  Jnalyse  de  l'histoire  de  l'astronomie  an- 
cienne et  moderne,  par  Bailly;  9»  une  Lettre  sur  la  fièvre  jaune 
quia  désolé  les  Indes  occidentales;  suivie  d'observations  sur  les 
moyens  de  prévenir  la  contagion  ;  par  Daniel  Osgood  ,  médecin  ; 
10°  Histoire  de  la  sculpture  chez  les  Grecs,  ou  examen  d'un  ouvrage 
allemand  sur  les  principales  époques  de  l'art  de  la  sculpture  chez 
les  Grecs;  par  Frédénc  Thikesh ;  ii"  Examen  de  l'ouvrage  de 
Théodore  Lvman  ,  sur  Vétat  politique  de  l'Italie.  L.  S.  B. 

ASIE. 

126. — Asiatic  Researches,  etc.  —  Recherches  asiatiques,  ou 
Mémoires  de  la  société  établie  au  Bengale.  Calcutta,  1821. 
Tom.  XIIIs  in-8». 

Voici  les  titres  des  articles  contenus  dans  ce  volume  :  Mémoire  sur 
la  mesure  d'un  arc  du  méridien,  depuis  le  iS»  jusqu'au  iS*  degré 
de  latitude ,  par  le  lieutenant-colonel  W.  Lambton;  sur  l'existence 
de  la  religion  des  Hindous  dans  l'île  de  Bali ,  par  J.  Crawfurd; 
voyage  aux  sources  de  la  Djemna ,  par  Fraser;  sur  les  meurtriers 
appelés  j^^aTzsmgaT-s ,  par  le  docteur  5Ae/-«'ooi;  sur  la  carte  du 
Kimôn,  parle  capitaine  JFebb;  cérémonies  du  couronnement  d'un 
radjale  hindou,  par  M.  firowra  ,•  analyse  chimique,  par  J.  Dav\; 
des  serpens  venimeux  qui  se  trouvent  sur  la  côte  de  Madras  ,   parle 


352  EUROPE. 

docteur  Mackensie  ;  les  ruines  de  Prambanon  dans  l'ile  de  Java , 
par  /.  Crawfurd ;  description  de  quelques  plantes  rares  de  l'Inde, 
par  N-  Vallich,  D.  M.;  mémoire  sur  une  nouvelle  espèce  de  tapir  , 
trouvée  dans  la  presqu'île  deMalacca,  parle  maj.  Forquhar.  (Voy. 
la  Refue  Encyclopédique ,  Tom.  X,  pag.  200  ,  art.  Calcutta,  j  Sur 
une  nouvelle  espèce  de  camellia  sauvage  ;  Beydjapour  en  1811,  par 
le  capitaine  Sjdenham)  le  Binôme  connu  des  Arabes ,  par  /.  Tytller. 

E.  G. 

EUROPE. 

GRANDE-BRETAGNE. 

127.  —  Kindiciœ  geologicœ,  ov  the  Connexion,  etc.  —  Assertions 
géologiques ,  ou  la  géologie  conciliée  avec  la  religion  ;  leçon  pro- 
noncée devant  l'université  d'Oxford,  le  i5  mai  1819  ,  par  M.  le 
docteur  Guillaume  Bccklakd,  lorsqu'il  fut  installé  dans  la  cbaire  de 
géologie  de  cette  université.  Oxford  ,  1820.  in-4°  de  4o  pages. 

La  géologie  est  cultivée  et  très  en  honneur  chez  les  Anglais  ,  de- 
puis plus  d'un  siècle.  Il  existe  à  Londres  une  société  libre  de  géo- 
logie ,  qui  a  déjà  publié ,  sur  l'objet  de  ses  recherches  ,  d'utiles  mé- 
moires. M.  Buckland  et  un  autre  avant  lui  ont  enseigné  cette 
science  à  l'université  d'Oxford  ,  mais  il  n'y  avait  point  alors  de  chaire 
fondée  à  Oxford  pour  cet  enseignement  ;  celle  qui  existe  n'a  été  do- 
tée qu'en  1819. 

Dans  la  première  partie  de  cette  leçon  ,  M.  Buckland  a  établi  les 
rapports  très-remarquables  de  cette  science,  encore  assez  nouvelle , 
avec  les  autres  sciences  p'hysiques  ;  dans  la  seconde ,  il  considère  la 
géologie  dans  les  preuves  qu'elle  fournit  de  l'existence  de  Dieu;  et 
dans  la  troisième ,  il  montre  que  les  deux  grandes  traditions  de 
Moyse,  sur  la  nouveauté  relative  de  l'espèce  humaine  et  sur  l'uni- 
versalité d'un  déluge  arrivé  il  y  a  environ  6000  ans,  n'ont  rien  qui  ne 
se  concilie  avec  les  observations  sur  l'état  présent  de  la  surface  de 
notre  globe. 

Sur  tous  ces  points,  il  est  d'accord  avec  MM.  de  Buffon  ,  de  Luc 
Dolomieu  et  Cuvier,  et  il  a  soin  de  les  citer  avec  de  justes  éloges , 
particulièrement  M.  Cuvier,  qui,  par  ses  admirables  travaux  sur 
la  théorie  de  la  terre  ,  sur  les  fossiles  dernièrement  découverts  ^ 
s'est  placé  pour  long-tems  à  la  tête  de  tous  les  géologues ,  lorsqu'il 
était  déjà  l'un  des  premiers  anatomistes  et  naturalistes  du  monde 
savant.  Lasjiisais,  de  l'Institut. 


LIVRES  ETRANGERS.  355 

îîS.  —  Essaj's  on  /lypochondrias ,  etc. — Essai  sot  l'hypocondrie 
tit  sur  d'autres  affections  nerveuses  ;  par  John  Reid  ,  d.  m.  Londres  , 
1S2 1.  Longman  ,  i  vol.  in-8°. 

La  bizarre  maladie  qu'on  a  nommée  hypocondrie,  et  dont  l'exis- 
tence a  paru  long-tcms  problématique  aux  gens  du  monde,  et  même 
aux  médecins,  est  maintenant  comptée  au  nombre  des  maladies 
ncrveiises  les  mieux  connues.  Le  docteur  Reid  s'en  est  occupé  avec 
succès  ,  et  les  moyens  qu'il  a  employés  pour  guérir  l'imagination 
frappée  de  ses  malades  sont  aussi  singuliers  que  plaisans.  Il  les 
raconte  avec  esprit  et  facilité,  et  son  livre  doit  commencer  la  mé- 
tamorphose que  son  art  achève  sur  les  esprits  livrés  à  la  mélan- 
colie. 

129.  —  Skelches  of  the  domestic  manners ,  etc.  —  Esquisses  des 
mœurs  domestiques  et  des  institutions  des  anciens  Romains,  Lon- 
dres, 1821.  Murray  ,    1  vol.  in-12,  347  pages. 

Ce  petit  volume  bflïe  une  peinture  fidèle  des  habitudes  du  peuple 
romain,  telles  qu'elles  existaient  sous  la  république  et  sous  l'empire. 
Pline,  Juvénal,  Perse,  et  quelques  anciens  auteurs,  ont  fourni  les 
principaux  traits  de  ce  tableau.  L'auteur  a  eu  aussi  recours  à  plu- 
sieurs savans  commentateurs  ;  il  a  réuni  leurs  recherches  et  en  a 
fait  un  ouvrage  d'un  égal  intérêt  pour  le  jeune  étudiant  et  pour 
l'homme  du  monde.  Le  style,  simple  et  concis,  n'est  point  hérissé 
de  ces  mots  barbares ,  et  quelquefois  trop  savans  ,  pour  être  compris 
par  toutes  les  classes  de  lecteurs. 

i5o.  —  On  the  liberlj  ofthepress.  —  De  la  liberté  de  la  presse  et 
de  la  discussion  publique,  par  Jérémie  Bentham.  Londres,  1S21. 
Hone;  in  8°  de  58  pages. 

Ce  nouvel  ouvrage,  d'un  des  plus  habiles  publicistes  de  notre 
tems,  est  en  quatre  chapitres  :  le  premier  est  consacré  à  défendre 
et  à  justifier  l'entière  liberté  de  la  presse  sur  les  questions  d'intérêt 
public;  les  trois  autres  concernent  les  réunions  où  les  particuliers 
s'occupent  de  ces  mômes  questions. 

lui.  (') — A  chronologicat  Reirospect,  etc. — Revue  chronologique, 
ou  Mémoires  sur  les  principaux  événemens  de  l'histoire  mahomé- 
tane,  depuis  la  mort  du  législateur  arabe  jusqu'à  l'avènement  au 
trône  de  l'empei-eur  Akbor  et  l'établissement  de  l'empire  du  Mogo, 
dans  l'Indoustan  ,  d'après  les  manuscrits  originaux  persans;  par 
ToMK  xt.  23 


2U  LIYRES  ÉTRANGERS. 

Z?afidPaiCE,major  au  service  de  la  compagnie  des  Indes  orientales. 
Londres,  1821  ,  Colburn  ;  3  vol.  in-4°  ;  prix,  7  guinées  17  schellings 

6  pences. 

iS^.-Charles  the  finst  pourtrajed. -'Peinture  du  caractère  de 
Charles  I",  par  G.  Coode,   d'Exeter.  Londres,  1821,  Longman  ; 

brochure  in-8". 

Ce  petit  ouvrage  a  été  réimprimé  d'après  l'édition  de  1747  et  con- 
tient la  relation  de  plusieurs  faits  authentiques,  relatifs  à  la  conduite 
de  Charles  I"  et  tendant  à  faire  tomber  sur  ce  monarque  plusieurs 
graves  accusations. 

-ila.  —  The  Lives  of  eminent  Scotsmen ,  etc.— Vies  des  Ecossais 
célèbres,  publiées  par  la  société  des  anciens  Écossais.  Edimbourg, 
1821  ;  1  vol.  in-8». 

Ce  petit  ouvrage  contient  de  courtes  notices  sur  la  vie  et  les 
œuvres  des  hommes  de  lettres  les  plus  distingués  de  TÉcosse.  Ces 
notices  sont  écrites  d'une  manière  agréable  et  variée.  Parmi  les  ar- 
ticles les  plus  intéressans  consacrés  aux  poètes ,  on  remarque  la  vie 
de  Jacques  I"  d'Ecosse  ,  de  Ramsay ,  de  Beattie  et  de  Burns. 

134.—^  Tour  ihrough  llie  soulhem  prouinces  of  the  klngdom  of 
Naples,  etc.  — Voyage  dans  les  provinces  méridionales  du  royaume 
de  Naples,  auquel  on  a  joint  une  esquisse  des  circonstances  qui  ont 
précédé  la  dernière  révolution  ;  par  Richard  Keppel  Chaven.  Londres , 
1821  ;  1  vol.  in-4°  de  449  pages. 

Un  peuple  turbulent  et  vindicatif,  prompt  à  se  révolter,  mais  dé- 
pourvu de  l'énergie  qui  conduit  au  succès ,  offre ,  à  la  veille  d'une 
révolution ,  un  spectacle  curieux  pour  l'observateur  impartial  et  at- 
tentif; mais  peu  d'hommes  savent  se  placer  au-dessus  des  événemens 
et  contempler  avec  calme  les  querelles  des  factions,  dont  il  serait 
facile  de  prévoir  les  résultats.  La  révolution  de  Naples,  comprimée 
à  sa  naissance,  n'inspire  plus  l'intérêt  qu'elle  avait  d'abord  excité; 
cependant,  on  aime  encore  à  examiner  les  causes  et  les  circonstances 
de  cet  événement.  M.  Craven  ne  les  a  pas  présentées  avec  autant  de 
clarté  qu'on  pourrait  le  désirer  ;  il  a  plutôt  décrit  l'aspect  de  Naples 
et  les  mœurs  de  la  haute  classe  que  les  mouvemens  populaires.  Aussi 
ne  trouve-t  on  pas  dans  son  ouvrage  le  genre  d'intérêt  que,  d'après 
le  titre ,  on  serait  tenté  d'y  chercher. 

liS.—RecoUeclions  of  a  classical  tour,  etc.  — «onveniis  d'un 


LIVRES  ETRANGERS.  355 

voyage  classique  dans  différentes  parties  de  la  Grèce,  de  la  Turquie 
et  de  l'Italie,  fait  pendant  les  années  1818  et  1819;  par  Pierre 
EdrnondhAvnEUT  ;  orné  de  gravures  coloriées.  Londres,  1821  ;  1  vol. 
in^"  de  317  pages. 

M.  Laurent  quitta  Oxford  en  i8i8,  accompagné  de  deux  membres 
de  l'université.  Ils  passèrent  les  Alpes  par  la  route  du  Mont-Cenis, 
traversèrent  le  Piémont  et  les  fertiles  vallées  de  la  Lombardie,  et 
s'arrêtèrent  quelque  tems  à  Turin,  à  Milan,  à  Mantoue ,  à  Vérone, 
à  Vienne  et  à  Venise.  De  cette  dernière  ville  ils  se  rendirent  à 
Trieste ,  d'où  ils  s'embarquèrent  pour  Gonstantinople ,  après  avoir 
fait  une  excursion  aux  ruines  de  Pola.  Dans  le  cours  de  leur  voyage, 
ils  virent  la  plaine  de  Troie  et  le  lieu  où  l'on  croit  qu'Ilion  était 
située.  Redoutant  la  peste  qui  ravageait  alors  les  provinces  du  nord  de 
la  Grèce  ,  ils  se  rembarquèrent  à  Gonstantinople  pour  aller  à 
Athènes  ;  passèrent  ensuite  dans  le  Péloponèse ,  visitèrent  les  ruines 
de  Corintbe ,  de  Sicyone,  de  Némée,  d'Argos,  de  Mantinée ,  de 
Sparte,  de  Messène,  de  Pbigalie ,  d'Olympie ,  de  Patr3e,etc.  Nos 
voyageurs  s'embarquèrent  pour  les  îles  Ioniennes  ;  revinrent  de  là  en 
Italie  ;  toucbèrent  à  Otrante ,  à  Brindes  et  à  Barletta ,  et  retour- 
nèrent en  Angleterre  par  Naples ,  Rome  et  Florence.  L'ouvrage  de 
M.  Laurent  est  agréablement  écrit  ;  on  y  trouve  des  peintures  ani- 
mées des  lieux  qu'il  a  vus;  les  mœurs  et  les  coutumes  des  Athéniens 
modernes  y  sont  décrites  avec  esprit  et  discernement. 

i36. —  T/ie  Pamphleteer.  — Recueil  des  meilleures  brochures  du 
jour.  Londres,  1821,  Valpy  ;  prix,  6  shellings  6  pences,  chaque 
livraison. 

Le  35«  N"  de  ce  Recueil  vient  de  paraître;  on  y  remarque  les 
articles  suivans  :  1°  la  Déclaration  de  l'Angleterre  contre  les  actes  de 
la  Sainte- Alliance,  avec  des  documens  officiels  ,  etc.  ;  2"  Réflexions 
sur  la  conduite  des  alliés  ;  5°  sur  la  jurisprudence  criminelle ,  plan 
d'un  nouveau  code  pénal  ;  4°  sur  la  dissolution  de  la  cbambie  des 
députés,  par  M.  B.  Constant;  5°  Portraits  historiques  :  Octavius 
César  et  William  Pitt  (réimprimés),  Rienzi  et  Bonaparte,  par 
G.  Me  ADi.E  V  ;  6»  sur  le  système  des  prisons  destinées  aux  criminels  en 
Angleterre  ;  7"  l'exclusion  de  la  reine  de  la  Liturgie ,  considérée 
sous  un  point  de  vue  historique  et  légal  ;  8"  sur  le  caractère  de  Pope, 
comme  poète,  etc.  Ce  recueil  est  remarquable  par  l'esprit  d'impartia- 

23  * 


S^  LIVRES  ÉTRANGERS. 

lité  qui  préside  à   sa  rédaction  et  par  le   choix  des  morceaux  qui 
y   sont  insérés. 

iSj.-TAe  rétrospective  Rei^iew.  —  Rewue  rétrograde  ou  des  tems 
passés.  Vol.  III,  partie  2%  n°  vi  ;  i"  mai.  Londres,  1821  ,  in-S»  de 
deux  feuilles  d'impression  ;  prix,  5  shellings. 

Ce  journal ,  dont  le  but  est  de  sauver  de  l'oubli  les  anciennes  pro- 
ductions de  quelques  écrivains  distingués ,  renferme  des  critiques , 
des  analyses  et  des  extraits  d'ouvrages  curieux,  utiles  et  estimés, 
publiés  dans  toutes  les  langues,  depuis  la  renaissance  des  lettres 
jusqu'au  commencement  de  ce  siècle.  Un  article  très-remarquable 
du  cahier  que  nous  annonçons,  c'est  un  tableau  de  la  littérature  poé- 
tique de  l'Espagne  par  M.  Bowring,  auteur  de  V Anthologie  russe 
{yoy. notre  Tom.  X,  pag.  355).  On  y  trouve  de  l'érud.tion ,  une  juste 
appréciation  du  mérite  des  dilTérens  poètes  dont  les  œuvres  sont 
citées,  traduites  en  vers  anglais  très-purs  et  très-èlégans.  M.  Bowring 
s'est  borné  à  présenter  l'histoire  littéraire  de  l'Espagne  jusqu'au 
XIV»  siècle  ;  il  compte  faire  paraître  la  suite  dans  le  même  recueil. 
Passant  en  revue  la  poésie  des  Maures,  celle  des  troubadours,  et  enfin 
la  poésie  castillane,  il  remontera  jusqu'à  l'âge  d'or  de  la  littérature 

espagnole. 

•    xô^.—Miscellanies.  —  Mélanges  ;  par  Richard  Wabkeb.  Londres , 

1821.  Longman,  2  vol.  in-12.  Prix,  10  shellings. 

La  lecture  des  journaux  périodiques,  qui  se  composent  pour  la 
plupart  d'articles  détachés,  de  critiques  littéraires,d'anecdotes,  de  bons 
mots,  a  dû  contribuer  au  succès  des  compilations  intitulées  Malanges. 
Il  se  publie  en  Angleterre  un  grand  nombre  d'ouvrages  de  ce  genre  , 
^ui  trouvent  des  acheteurs  et  des  lecteurs,  bien  qu'ils  ne  renferment 
souvent  que  des  productions  médiocres.  Le  peuple  anglais  aime  à 
passer  du  sérieux  au  plaisant ,  et  le  manque  de  suite  et  de  liaison  qui 
nuirait  en  France  à  ces  recueils  est  un  mérite  de  plus  en  Angleterre, 
où  néanmoins  l'on  accuse  les  Français  de  frivolité.  On  y  traite  tour  ^ 
tour  de  politique,  de  philosophie  ,  de  littérature,-  et  l'esprit  de  bouf- 
fonnerie n'en  est  point  exclu.  Les  Mélanges  de  M.  Warner 
renferment  des  anecdotes  nouvelles  racontées  avec  talent,  quelques 
chapitres  bien  écrits  et  beaucoup  de  choses  communes.  On  peut 
citer  au  nombre  des  articles  remarquables  ceux  qui  sont  intitulés  : 
Raison  et  Folie  ;  le  Sceptique  roni-erli  ;  Remarques  sur  la  décadence 
et  la  perle  de  la  raison.  ^-  '  •  "■ 


LIVRES  ETRANGERS.  357 

RUSSIE. 

■  iJg  — Finnische Sprachlèhre  fur  Fmnen  und  niclil  Finnen  ,  etc. 
—  Grammaire  finlandaise,  à  l'usage  des  Finlandais  et  des  étrangers, 
avec  des  considérations  sur  les  rapports  qui  existent  entre  la  langue 
de  la  Finlande  et  la  langue  hongroise ,  et  un  appendice  des  mots 
semblables  dans  l'une  et  dans  l'autre  ;  par  Jean  Sirahlmann.  Saint- 
Pétersbourg,  i8ao. 

La  langue  des  Finlandais  se  distingue  non  seulement  par  son  eu- 
phonie ,  mais  encore  par  sa  richesse.  Outre  les  six  cas  usités  dans 
presque  toutes  les  autres  langues,  elle  parvient,  au  moyen  de  pré- 
positions ajoutées  aux  mots,  à  désigner  les  différentes  destinations 
données  à  la  chose  ;  elle  distingue  aussi  dans  les  verbes  les  formes 
causatives  ,  fréquentatives  ,  diminutives  ,  etc.  L'auteur  de  cette 
grammaire  s'est  acquis  un  titre  à  la  reconnaissance  des  infatigables 
Allemands,  en  les  mettant  à  même  d'étudier  une  langue  qui,  jusqu'ici, 
n'a  été  connue  que  des  Suédois.  11  a  pris  pour  base  de  son  travail  le 
dialecte  usité  dans  la  prévôté  de  Sudkerholm,  et  principalement  à 
Walkjxrwi,  où  il  est  pasteur,  parce  que  ce  dialecte  est  le  plus  pur. 
Voici  maintenant  les  reproches  que  l'on  fait  i^  son  ouvrage.  On  pré- 
tend qu'il  n'a  point  fait  usage  des  travaux  de  ses  devanciers,  et  qu'à 
peine  il  paraît  les  avoir  connus.  Il  aurait,  dit-on  ,  tiré  un  grand  parti 
des  ouvrages  intitulés  :  Mariini  Hodegus  finnicus  ■,  1689,  Gt  jinuisn 
til  FÎTiske  sprogel,  Stokolrn,  1772;  et  c'est  à  tort  qu'il  s'en  est  tenu 
à  Vhaels  [Grammatica  finnica ,  Abo,  1755).  En  second  lieu,  on 
reproche  «»  M.  Strahlmann  de  n'avoir  pas  ^is  à  la  fin  de  son  livre 
des  exercices  de  lecture  ;  les  proverbes  qu'il  a  donnés  ne  pouvant  les 
remplacer,  et  la  traduction  eu  étant  d'ailleurs  inintelligible.  Mais  ce 
qui  rachète  tous  ces  défauts ,  c'est  la  comparaison  du  hongrois  avec 
le  finlandais,  qui  est  suivie  avec  art  et  avec  profondeur ,  tant  dans 
le  corps  de  la  grammaire  que  dans  un  appendice  spécialement  des- 
tiné à  ces  rapprocbemens,  que  l'on  avait  aperçus  avant  M.  Strahl- 
mann ,  sans  cependant  que  personne  les  eût  encore  traités  comme  il 
convient  de  le  faire.  Ph.  GotBiiEy. 

DANEMARCK. 

i4o.  — Hisloria  Cy  renés ,  indè  à  {empare  quo  condita  urbs  est 
usque  ad  œlalein  qud  in  prouinciœ  forinam  à  Romanis  est 
redacta  .  etc.;  par  iS.  Pelr,  ïhrige.  Copenhague,   1820;  in-S"» 


358  LIVRES  ETRANGERS. 

Cyrène  était  un  des  étabiissemens  grecs  les  plus  imporlans,  el 
iournellement  encore  on  découvre  dans  ses  environs  des  vestiges  de 
son  antique  splendeur  :  plus  on  approche  de  son  enceinte ,  plus  ces 
restes  sont  marquans.  Le  volume  publié  par  M.  Thrige  est  divisé  en 
deux  sections;  dans  la  première  ,  il  s'occupe  des  événemens  qui  ont 
accompagné  la  fondation  de  cette  colonie  et  donne  sa  description 
topographique  ;  dans  la  seconde,  il  en  présente  l'histoire,  et  dans  une 
partie  supplémentaire,  il  traite  de  la  constitution  de  Cyrène,  de  son 
commerce  et  de  ses  rapports  avec  la  Grèce.  Les  traditions  sont  fort 
amplement  développées;  mais  l'auteur  n'en  embrasse  pas  assez  la 
cohérence  :  par  exemple ,  il  néglige  d'indiquer  que  la  race  royale  des 
Euphémides  descendait  des  Minyens  d'Orchomène ,  circonstance  à 
l'aide  de  laquelle  tant  de  choses  peuvent  s'expliquer.  L'auteur  a  de 
plus  omis  de  rapporter  la  meution  qu'Hésiode  fait  d'Euphémus. 
Quant  à  la  fable  de  Cyrène  ,  mère  d'Aristée  ,  elle  est  fort  ingénieu- 
sement traitée  ;  mais  on  ne  trouve  pas  un  mot  sur  celle  d'Aristée  et 
d'Hercule ,  qui  est  également  cyrénaïque  et  qui  représente  si  bien  la 
lutte  des  colons  grecs  contre  les  indigènes ,  qui ,  toujours  chassés 
par  eux,  reviennent  toujours  du  fond  de  leurs  déserts.  M.  Thrige 
classe  les  rois  de  Cyrène  avec  une  grande  exactitude  chronologique. 
Scion  son  calcul,  Battus  II  est  celui  qui  fut  surnommé  l'Heureux  ; 
après  lui  vient  Arcesilatis  II  ;  puis  Battus  III ,  sous  lequel  Cyrène 
reçut  des  lois  plus  favorables  à  sa  liberté.  Arcesilaùs  III  est  celui 
qui  se  soumet  à  Cambyse  ;  Battus  IV,  moins  connu  que  les  autres, 
lui  succède  ;  enfin,  Arcesilaùs  IV  est  celui  que  chanta  Pindare.  L'ou- 
vrage est  terminé  par  un  examen  du  culte  d'Ammon  ,  que  les  habi- 
tans  de  Cyrène  communiquèrent  à  leurs  métropoles  ,  Thèbes  et 
Sparte.  On  regrette  de  ne  rien  trouver  de  relatif  au  temple  d'Escu- 
lape,  à  Balanagra ,  où  il  y  avait  une  école  de  médecine.  En  revanche, 
tout  ce  qui  regarde  le  commerce  ne  laisse  rien  à   désirer. 

Ph.  GoLBÉBy. 

ALLEMAGNE. 

i4i- — Einrichtungder  medizinischen Klinik ,  etc.  —  Organisation 
de  la  clinique  médicale  dans  l'hôpital  de  l'université  de  Heidelberg, 
avec  quelques  réflexions  sur  les  maladies  qu'on  y  a  traitées;  par 
M.  L.  W.  H.  CoNRADi,  conseiller  privé  du  grand -duc  de  Bade,  et 
professeur  de  médecine  de  l'université  ,  etc. ,  avec  la  vue  et  le  plan 


LIVRES  ETIUJSGERS.  359 

de   l'hôpital,   graves.  Hcidtlbcrg,    1830.     In-S",  y6    2>ag.   Mohr   et 
Winter. 

Cette  brochure  donne  la  description  de  l'établissement,  accom- 
pagné d'un  plan  lithographie  de  l'hôpital,  qui  contient  vingt-huit  lits 
pour  les  maladies  internes ,  et  plusieurs  salles  pour  les  personnes 
affectées  de  maladies  contagieuses  ou  chirurgicales .  Les  ouvriers , 
les  domestiques  et  les  pauvres  du  pays ,  y  sont  admis  de  préférence  ; 
les  premiers  contribuent  à  l'entretien  de  cet  hôpital  par  une  légère 
rétribution.  On  y  trouve  aussi  une  salle  de  dissection  et  un  amphi- 
théâtre pour  les  leçons  de  professeur.  Plusieurs  paragraphes  de  cette 
brochure  contiennent  des  préceptes  très  utiles  sur  la  manière  d'exa- 
miner les  malades,  sur  les  devoirs  du  médecin,  sur  la  manière  de 
prendre  des  notes  pour  faire  l'histoire  des  maladies ,  et  surtout  sur 
la  facilité  qu'on  procure  au  jeune  médecin  ,  de  s'exercer  en  traitant 
les  malades  ,  sous  la  direction  du  professeur.  Cette  méthode  mérite- 
rait d'être  imitée  à  Paris  ,  pour  former  un  plus  grand  nombre  de 
bons  praticiens.  Les  soins  assidus  sont  sans  doute  l'objet  principal 
de  tout  traitement,  auquel  un  professeur,  qui  veut  tout  embrasser, 
ne  pourra  jamais, à  la  longue,  suffire. — Cette  petite  brochure  contient 
aussi  quelques  réflexions  sur  les  maladies  qui  ont  été  traitées  dans  la 
clinique ,  et  fait  honneur  à  M.  Conradi ,  qui  est  déjà  connu  par 
d'autres  ouvrages  infiniment  estimables.  Feiedlandeh. 

142  (*). — Darstellunp;  der  fabriken  ,  etc. — Tableau  technologique 
de  l'industrie  nationale  dans  les  états  autrichiens,  par  Etienne  de 
Kerss.  Vienne,  1820.  Strass;  3  vol.  ia-S". 

i43. — Commentationes  Ilej-odoteœ. — Commentaires  sur  Hérodote, 
par  le  professeur  Frider.  Creuzbh.  Première  partie.  Leipzig,  1820. 
Chez  Hahn. 

Il  y  a  déjà  quinze  ans,  dans  la  préface  de  VArt  historique  chez  les 
Grecs,  M.  le  professeur  Creuzer  promit  au  public  savant  des  com-. 
mentaires  étendus  sur  le  père  de  l'histoire.  L'habile  critique  remplit 
sa  promesse  ;  la  première  partie  des  commentaires  vient  de  paraître. 
Elle  traite  de  l'Egypte  et  de  la  Grèce ,  ces  deux  matières  inépui- 
sables de  voyages,  de  recherches  et  de  dissertations  de  tout  genre. 
Le  professeur  allemand  rend  un  juste  hommage  aux  savans  anglais 
et  français  qui ,  depuis  la  glorieuse  expédition  française  en  Egypte  , 
ont  consacré  leurs  veilles  à  l'explication  des  monamens  divers  qui 
ronticnnent  tout  ce  qti'il  nous  est  permis  de  savoir  de  l'histoire  pa- 


360  LIVRES  ETRAiNGERS. 

litique  ,  religieuse  et  privée  de  ces  deux  grands  peuples.  On  ne  penl 
méconnaître,  dans  l'ouvrage  de  M.  Creuzer,  une  vaste  lecture  ,  des 
observations  ingénieuses  et  des  idées  philosophiques.  Mais  on  ne 
voudrait  pas  souscrire  à  toutes  les  hypothèses  qu'il  admet  comme 
démontrées  ;  on  regrette  surtout  que  son  livre  ne  soit  pas  composé 
plus  méthodiquement.  Malgré  ce  défaut  grave,  qui  se  fait  sentira 
chaque  pas ,  le  lecteur  qui  aura  le  courage  d'étudier  ces  commen- 
taires ,  y  trouvera  autant  d'intérêt  que  d'utilité.  Voici  les  points  sur 
lesquels  nous  appelons  surtout  son  attention  :  i°  Dans  le  chapitre 
second ,  l'article  sur  les  filles  consacrées  à  la  sépulture ,  sur  les  ca- 
ractères de  la  religion  populaire ,  en  explication  du  chapitre  2  du 
Livre  11  d'Hérodote.  2»  Même  chapitre.  Se  la  Vénus  égyptienne  ; 
3"  Même  chapitre.  De  V Immortalité  de  l'am.e  ^  et  de  la  Métempsy- 
cose chez  les  Egyptiens.  Hérodote  ,  Livre  \\ ,  chapitre  i23.  4°  Des 
Hiéroglyphes  que  l'on  trou ue  sur  les  cercuezVs.  Hérodote ,  Livre  i , 
chapitre  i4o;  Livre  11,  chapitre  36;  Livré  m,  chapitre  16.  5°  Des- 
cription d'une  Momie,  conservée  aujourd'hui  à  Darmstadt.  Héro- 
dote, Livre  11,  chapitre  169.  H  faut  examiner  la  planche  qui  repré- 
sente ce  morceau  d'antiquité  jusqu'alors  inconnu.  La  partie  grecque 
est  moins  étendue  que  la  partie  égyptienne  ,  et  ne  contient  rien 
d'important.  II  faut  pourtant  consulter  le  passage  où  M.  Creuzer 
explique  pourquoi  les  Lacédémoniens  regardaient  le  salut  de  leur 
empire  attaché  à  la  possession  du  corps  d'Oreste.  Hérodote,  Livré  1, 
chapitre  67 ,  68.  V.  C. 

i44' —  De  Thesmophoriis disseruil  Auguslus^^ ^LLk\:t.v..  Wrates- 
ïaviae ,   1820. 

La  philologie  n'est  pas  uniquement  consacrée  aux  discussions  de 
mots  ;  souvent  elle  est  une  partie  essentielle  de  l'histoire  ,  en  ce 
qu'elle  nous  éclaire  par  de  savantes  dissertations  sur  les  mœurs  , 
sur  les  usages  ,  sur  la  religion  des  peuples  de  l'antiquité.  M.  Wel- 
lauer  vient  d'en  donner  une  nouvelle  preuve  ,  par  la  disserta- 
tion que  nous  annonçons.  Aristophane  nous  a  laissé  une  comédie 
intitulée  0£!r/y.o(pc^jaÇcu5-a« ,  que  l'on  ne  pourrait  comprendre  à 
l'aide  de  recherches  purement  grammaticales;  c'est  le  sujet  lui- 
même  qu'il  faut  expliquer.  Mais,  où  le  lecteur  puisera-t-il  des  ren- 
seignemens  sur  les  fêtes  appelées  Thesmophories?  Rien  de  ce  que  ïc 
tems  a  respecté  n'est  spécialement  consacré  à  éclaircir  ces  mystères  ; 
c'est  tout  au  plus  si  l'hymne  de  Callimaquc  i\  Gérés  peut  faire  naître 


LIVRES  EÏRAINGEHS.  361 

quelques  conjectures.  D'ailleurs,  il  n'est  pas  sur  que  les  usages  d'A- 
lexandrie soient  les  mêmes  que  ceux  d'Athènes  :  il  faut  faire  la  part 
de  l'intervalle  et  du  tems  qui  les  sépare.  Malheureusement  encore, 
les  livres  de  Mélanthus ,  de  Ménandre,  de  Philochorus  et  d'Arignote 
ne  nous  sont  point  parvenus.  Ils  contenaient  des  traités  importans 
sur  ces  matières ,  qui  paraissent  devoir  nous  rester  éternellement  ca- 
chées ;  car ,  outre  l'obscurité    du  tems ,   il   faut  encore    percer  le 
voile  épais  jeté  sur  les  mystères  par  la  superstition.   Aristophane, 
toujours  occupé  à  faire  rire  aux  dépens  des  choses  sacrées  ,  n'est  pas 
un  guide  bien  sûr.  Si  nous  voulion<  connaître  une  tragédie  impo- 
sante,   ce  n'est  point  dans  la  parodie  que  nous  irions  en   étudier  la 
disposition.  Il  faut  donc  prendre  son  parti ,  et  se  résoudre  à  ne  voir 
les  choses  que  par  leur  côté  extérieur  ;  cela  posé,  on  doit  beaucoup 
à  la  sagacité  de  M.  Wellauer.   Il  s'est  appuyé  sur  des  bases  solides , 
en  faisant  usage  des  travaux  de  Meursius,  de  Corsinus  ,  de  Sainte- 
Croix  ,   de  M.  Creuzer.   Il  regrette  ,  avec  raison  ^de  n'avoir  pu  se 
procurer  la  dissertation  insérée  par  M.  Laporte  du  Theil  au  treizième 
volume  des  Mémoires  de  l'Académie  des  inscriptions,  M.  Wellauer 
pense  que  jamais ,    quels  que  soient  nos  efforts ,    nous  ne  fixerons 
notre  choix  entre  les  différentes   versions  qui  existent  sur  l'origine 
des  Thesmophories.  Il  examine  ensuite  quels  jours  du  mois  de  Pua- 
nepsion  étaient  consacrés  à  ces  fêtes,  et  concilie,  à  ce  sujet,  Pho- 
tius  et  Alciphron  avec  Aristophane.   L'espace  ne  nous  permet  pas  de 
faire  connaître  à  nos  lecteurs  l'usage  qu'il  fait  d'un  passage  d'Hesy- 
chius  et  d'un  autre  de  Plutarque ,  pour  déterminer  le  nombre  de 
jours  assignés  aux  Thesmophories,  la  dénomination  et  les  rites  de 
chacun.  L'auteur  ne   se  borne  pas  aux  seuls  usages  d'Athènes  ;  il 
recherche  ce  qu'étaient  les  fêtes  de  Cérès  chez  les  autres  peuples,  et 
notamment  chez  les  Romains;    puis,  dans  un  chapitre  intitulé  Cor- 
rolarium,  il  discute  plusieurs  endroits  du  texte   d'Aristophane.  Ce 
qu'il  y  a  de  plus  remarquable  dans  cette  partie  de  l'ouvrage ,  c'est 
la  manière  ingénieuse  avec  laquelle ,   sans  aucune  transposition  ,   il 
change  absolument  le  chœur  qui  commence  au  vers  gSg.  Nous  re- 
commandons la  dissertation  de  M.  Wellauer  à  ceux  qui  aiment  l'an- 
tiquité. Ph.  GOLBKBY. 

\!^S.—Dionysù  Halicarnensis  de  compositione  verhoram  liher ,  è 
copiis  bibliothecœ  regiœMonacensisedidil  F.G^llee;  acccdiinl  i--aria; 


362  LIVRES  ÉTRANGERS. 

lectionco  in  T/iemtstii  arutioniùus  quibusduin  ex  codice  Monacensi 
excerptce.  Jena ,  in-8'. 

Denys  d'Halicarnasse  est  généralement  connu  comme  historien  > 
peu  de  personnes  savent  qu'il  a  écrit  un  traité  de  grammaire  sur  la 
composition  des  mots ,  et  que  ce  traité  est  d'une  grande  importance 
pour  l'étude  de  la  philologie.  M.  Gœller,  qui  a  trouvé  dans  la  bi- 
bliothèque royale  de  Munich  un  exemplaire  de  l'édition  des  Aides  , 
enrichi  de  notes  et  de  variantes  de  la  main  de  Victorius ,  a  conçu 
l'heureuse  idée  de  faire  jouir  le  public  de  cette  découverte.  L'on 
Toit  avec  plaisir  que  ces  variantes  confirment ,  en  beaucoup  d'en- 
droits ,  les  conjectures  de  Sylburg ,  de  Reiske  et  de  Schaefer  :  son- 
vent  aussi,  elles  fournissent  un  sens  tout  nouveau.  Un  philologue  est 
heureux  de  pouvoir,  le  premier,  ramener  un  passage  à  son  état 
primitif;  mais  il  ne  faut  pas  que  le  désir  immodéré  de  restituer  les 
mots  l'éloigné  de  la  Vulgatc  sans  discernement  ;  et  c'est  ce  qui  ar- 
rive quelquefois  à  M.  Gaeller.  Cependant,  il  est  d'autres  passages  où 
il  l'a  respectée  mal  à  propos;  par  exemple,  à  la  section  pre- 
mière ,  page  2  ,  i^àijfov  Tot  iyai  Tê'xvoy  cpixe ,  tcuIo  SiSa-fxi.  Les  va- 
riantes de  M.  Gœller  devaient  ici  loi  faire  adopter  one  conjecture 
ingénieuse  de  Sylburg,  puisqu'elles  la  confirment.  Ce  savant  pensait 
que  Denys  d'Halycarnasse  ne  parle  pas  ici  lui-même,  mais  qu'il  cite 
Homère.  En  effet,  en  ajoutant  après  râla  conjonction  xa/ ,  on  re- 
trouve en  entier  le  vers  i25  du  quinzième  livre  de  l'Odyssée.  Il 
fallait  donc  se  rendre  à  l'évidence  et  imprimer  ce  vers  comme  ci- 
tation. En  général,  on  reproche  à  l'éditeur  de  s'être  borné  à  ras- 
sembler des  variantes  sans  en  discuter  la  valeur.        Ph.  Golbéey. 

i46.  —  Die  Stufen  der  Bildung.  —  Les  degrés  de  la  civilisation , 
poème,  par  G.  Schwbighceijseb ,  professeur  de  littérature  grecque  k 
la  faculté  des  lettres  de  Strasbourg.  Brùnn,  1821  ;  in-8». 

Placé  sur  les  frontières  de  deux  nations  également  éclairées ,  ap- 
partenant à  l'une  comme  à  l'autre  par  la  connaissance  approfondie 
qu'il  a  de  leur  langue  et  de  leur  littérature ,  M.  Schweighœuser  fils 
vient  de  cueillir  un  double  laurier.  Dans  le  tems  même  où  l'Institut 
de  France  lui  décernait  la  première  des  médailles  destinées  par  le 
ministre  de  l'intérieur  aux  auteurs  des  meilleurs  mémoires  sur  les 
antiquités  nationales,  il  publiait  à  Briinn  un  poème,  que  les  rédac- 
teurs des  Feyerslunden  se  sont  empressés  d'insérer  dans  leur  recueil; 
et,   d'un  autre  cûté,  cet  infatigable  savant  lisait,  à  la  société  des 


LIVRES  ETRANGERS.  363 

sciences  de  Strasbourg,  un  discours  sur  ce  que  la  civilisation  de 
V Europe  doit  à  V ancienne  Grèce.  Nous  n'occuperons  aujourd'hui 
nos  lecteurs  que  du  poème  allemand.  Le  premier  chant  seul  a  paru; 
il  traite  de  la  création.  Voici  la  division  des  autres  :  le  second  sera 
consacré  au  monde  primitif;  le  troisième  aux  mystères;  le  quatrième 
à  la  civilisation  ancienne;  le  cinquième  au  christianisme;  enfin,  le 
sixième  à  la  civilisation  nouvelle.  Dans  le  premier,  l'histoire  an- 
cienne est  considérée  tout  à  la  fois  sous  le  rapport  des  traditions  sa- 
crées et  sous  celui  des  sciences,  et  de  ce  qu'elles  nous  ont  appris 
sur  les  premiers  jours  du  monde.  L'auteur  pense  que  ces  sciences  , 
loin  de  renverser  les  traditions  ,  n'en  sont  au  contraire  qne  le  com- 
plément naturel  et  la  véritable  explication  ;  que  c'est  donc  à  tort  que 
des  âmes  timorées  ont  cru  que  leurs  progrès  nuiraient  à  l'objet  de 
leur  vénération.  La  concordance  des  traditions  chez  les  différent 
peuples,  dont  chacun  les  a  enveloppées  d'idées  qui  lui  étaient  pro- 
pres, est  pour  M.  Schweighauser  une  grande  preuve  que  la  divinité 
s'est  manifestée  aux  hommes.  Les  notes  sont  remplies  de  savantes 
recherches;  on  y  rappelle  une  civilisation  antérieure  à  celle  des 
peuples  connus;  et,  pour  l'établir  avec  certitude,  M.  Schweighœuser 
se  sert  de  différens  textes  de  l'antiquité ,  et  surtout  de  Diodore  de 
Sicile  ,  qui  parle  d^un  vaste  empire  atlantique.  «  Quelques  récits , 
que  peut-être  nous  avons  mal  compris,  dit  l'auteur  du  nouveau, 
poème  j  donnent  des  origines  asiatiques  à  tout  ce  que  nous  connais- 
sons. Mais  les  anciens  ,  pour  lesquels  se  déroulaient  encore  les  tra- 
ditions d'un  monde  primitif,  n'ont  pas  vu  les  choses  ainsi  :  ils  indi- 
quent le  plus  souvent  l'Afrique  comme  le  berceau  de  la  civilisation; 
ils  désignent  des  peuples  qui,  de  l'occident  de  cette  partie  du  monde, 
auraient  porté  leurs  lumières  dans  les  pays  de  l'Europe  qui,  dans  ses 
premiers  tems,  n'en  étaient  point  séparés  par  la  mer.  Nous  ne 
savons  pas  bien  si  M.  Schweighœuser  fera  triompher  ses  opinions  sur 
cette  antique  civilisation  occidentale  ;  mais  nous  pouvons  assurer 
qu'elles  sont  tellement  ingénieuses  et  tellement  suivies,  qu'il  ne 
peut  manquer  d'avoir  pour  lui  tous  ceux  que  la  lecture  agréable 
d'un  ouvrage  attache  ordinairement  à  l'auteur.  On  se  tromperait  si 
l'on  ne  cherchait ,  dans  celui-ci ,  que  l'agréable  ;  le  savoir  le  plus 
profond ,  les  idées  les  plus  philosophiques ,  doivent  engager  les  éru- 
dits  eux-mêmes  à  lire  le  po^ic  des  Slufen  der  Bildung,  que  j'ap- 
pellerais volontiers  le  poème  de  la  perfectibilité,  si  l'on  n'était  accoiv- 


36A  LIVRES  ETRAiNGEllS! 

tumé  à  entendre  ,  mal  à  propos,  par  ce  mot ,  quelque  eliose  d'opposé 
aux  idées  religieuses.  I'h.  Golbkby. 

SUISSE. 

147. — Les  Leçons  de  la  parole  de  Dieu  sur  l'étendue  et  l'origine  du 
mal  dans  l'homme;  par  G.  E.  F.  MonnNii ,  pasteur  de  l'église 
xle  Genève  ,  et  membre  de  l'académie  de  Besançon,  GenèTc  , 
1821,  chez  les  principaux  libraires;  Paris,  Treuttel  et  Wurlz  , 
rue  de  Bourbon,  n"  i-.  Un  volume  iu-S"  de  5iS  pages.  Prix, 
5  fr.  5o  c. 

Cet  ouvrage  est  spécialement  consacré  à  la  théologie  ;  l'auteur,  en 
le  composant,  a  eu  surtout  en  vue  les  candidats  au  ministère  évan- 
légique  ;  il  le  déclare ,  dès  les  premières  lignes  :  «  Jeunes  serviteurs 
de  J.-C.,  dit-il,  vous  qui  avez  mis  le  pied  sur  les  premiers  degrés  de 
l'autel,  c'est  à  vous  particulièrement  que  je  consacre  ces  leçons.  » 
Nous  nous  bornerons  à  dire  quelques  mots  de  leur  objet.  L'auteur 
considère  d'abord  l'excellence  de  l'homme  et  sa  dignité  première  au 
milieu  de  la  création ,  dont  il  est  le  roi  ;  puis  il  nous  le  montre 
souillé  de  la  tache  originelle ,  et  il  développe  à  nos  yeux  cet  état  de 
faiblesse  et  de  misère  intellectuelle  et  physique  ,  où  la  chute  du  pre- 
mier homme  a  jeté  toutes  les  générations.  Passant  ensuite  à  cette 
grande  question  ,  si  souvent  débattue  parmi  les  philosophes  : 
L'homme  nail-il  bon?  il  s'attache  d'abord  à  combattre  les  prin- 
cipes de  J.-J.-Bousseau  et  des  autres  écrivains  qui  ont  voulu  décider 
la  question  avec  les  seules  lumières  de  la  raison;  puis,  déclarant 
qu'on  ne  peut  reconnaître  l'origine*  du  mal  qu'au  moyen  de  la  révé- 
lation, il  trouve  cette  origine  dans  la  séduction  des  mauvais  anges  et  le 
péché  du  premier  homme.  Après  avoir  consacré  plusieurs  chapitres  à 
l'examen  des  textes  sacrés  dont  il  s'appuie  ,  l'auteur  cherche  de  nou- 
velles preuves  dans  les  traditions  antérieures  au  christianisme  ,  sur 
l'état  primitif  de  l'homme  et  sur  sa  chute.  Les  Chinois,  les  Égyp- 
tiens, les  Perses,  le  Phénicien  Sanchoniaton ,  le  Chaldéen  Bérose  , 
les  auteurs  grecs  sont  tour  à  tour  invoqués  par  M.  Moulinic. 
Nous  avons  indiqué ,  le  plus  brièvement  possible ,  l'objet  de  cet 
ouvrage  ;  nous  n'avons  ni  approuvé  ni  combattu  Jes  doctrines  de 
l'auteur  ;  nous  laissons  ce  soin  aux  théologiens  ;  nous  donnerons 
cependant  de  justes  éloges  à  la  purett  de  la  morale  qu'il  professe; 
elle  est  digne  d'un  homme  que  l'église  de  Genève  regarde  comme 
un  de  ses  pasleur:>  les  plus  instruits  cl  les  plus  icspcclablcs.  M.  A. 


LIVRES  ÉTRANGERS.  3G5 

ITALIE. 

ï^S.—La  Vila  di  Gesà-Chnsto ,  etc.— La  Vie  de  Josus-Christ  et 
sa  religion;  par  le  P.  Antonio  Cesaki.  Vérone,  1820,  5  vol.  in-4°. 

Cet  ouvrage  se  fait  remarquer  par  le  sujet  et  par  le  style.  L'auteur, 
très-connu  par  son  dictionnaire  italien  et  non  moins  zélé  pour  sa 
langue  que  pour  sa  religion,  semble  s'être  proposé  pour  but,  en 
écrivant  la  vie  de  Jésus-Christ,  de  faire  sentir  combien  la  plupart 
des  chrétiens  s'éloignent  de  leur  modèle,  soit  dans  leurs  pratiques, 
soit  dans  leurs  maximes. 

.  i^g.—L'Oracolo  di  Delfo ,  etc. —  L'Oracle  de  Delphes,  ou  Consi- 
dérations de  Francesco  Torrtceni,  sur  l'Oracle  de  Delphes  du  comte 
Prancesco Mengotti ,  etc.  Milan,  1821  ;  Gio.  Silvestri. 

Nous  avons  annoncé  l'ouvrage  de  M.  Mengotti  sur  l'oracle  de 
Delphes ,  qu'il  regarde  comme  une  institution  politique  dirigée  par 
le  congrès  des  amphictions.  M.  Torriceni  prouve  d'une  manière 
assez  convaincante  que  les  amphictions  n'étalent  pas  une  institution 
politique  fédérative  ;  qu'il  n'y  eut  jamais  chez  les  Grecs  de  sem- 
blables réunions  avant  la  fédération  des  Achéens,  et  que  l'oracle  de 
Delphes,  comme  tous  les  autres,  ne  fut  qu'une  institution  entière- 
ment religieuse  _,  qui  ne  dut  ses  succès  qu'à  la  superstition  des 
peuples,  à  l'obscurité  des  oracles  et  à  l'imposture  des  prêtres.  L'au- 
teur fait  aussi  quelques  rapprochemens  entre  la  pythie  et  les  partisans 
du  magnétisme  et  du  mesmérisme. 

i5o.  — Famii{lie  celeùri italiane.— Familles  célèbres  d'Italie^  par 
PoTJipéo  LiTTA  ,  3«  et4«  livraisons.  Milan  ,  1S20,  Paolo-Emilio  Giustl. 

L'auteur  de  cet  ouvrage  patriotique  le  continue  avec  beaucoup 
de  soin.  La  première  de  ces  deux  livraisons  traite  des  Simo- 
netta  de  Calabre  et  des  Gallio  de  Corne  ;  la  seconde ,  de  la 
famille  Trivulzio  de  Milan ,  et  surtout  de  Giangiacomo  Trivulzio  , 
surnommé  le  Grand,  dont,  il  est  souvent  question  dans  l'his- 
toire de  France.  Cet  ouvrage  est  intéressant  par  l'exactitude  et 
la  rapidité  des  récits  ,  par  le  choix  des  monumens  et  par  les 
réflexions  qui  les  accompagnent. 

ïSi.—Della  Letteratura  ilaliana,  etc.  —  De  la  Littérature  ita- 
lienne, dans  la  seconde  moitié  du  xviu'  siècle  ;  par  Camille  Ugoni. 
Brescia,  1820;  i«' volume. 

Le  comte  .T.  B,  Corniani  avait  conduit  les  ?.ecoli  délia  letleraluru 


366  LIVRES  ETRANGERS. 

ilaliana  jusqu'à  la  moitié  du  xvm*  siècle.  M.  Camille  Ugoni  a  eatre» 
pris  de  contiuuer  l'ouvrage ,  à  partir  de  cette  époque  ;  mais  il  lui  a 
donné,  avec  un  nouveau  titre  et  plus  d'étendue,  un  caractère  tout 
diËFérent  dans  les  analyses  et  dans  le  style.  Le  premier  volume  que 
nous  annonçons  contient  dix  articles,  consacrés  à  Giuseppe  Tartinî, 
Ruggero  Giuseppe  Boscovich ,  Francesco  Algarotti ,  Antonio  Geno- 
vesi ,  Gasparo  Gozzi,  Gian-Carlo  Passeroni,  Giuseppe  Baretti,  Ap- 
piano  Buonafede ,  Prospère  Manara  et  Paolo  Gagliardi.  Lorsque  de 
nouvelles  publications  nous  fourniront  l'occasion  de  revenir  sur  cet 
ouvrage  ,  nous  rectifierons  quelques  erreurs  où  tombent  souvent 
les  biographes  étrangers  ,  qui  écrivent  pour  l'ordinaire  avec  trop 
d'assurance  ou  trop  peu  de  soin  sur  la  littérature  et  les  écrivains  de 
l'Italie. 

i52.  —  Sul  merito  traglco,  etc.  —  Sur  le  mérite  tragique  de  Vit- 
torio  Alfieri;  mémoire  de  l'avocat  Gaelano  Marbè,  professeur  à 
l'université  de  Gènes.  Milan  ,  1821 ,  Gio.  Silvestri;  in-S". 

Ce  mémoire  a  été  couronné  par  l'académie  royale  des  sciences  de 
Turin ,  qui  a  donné  à  l'auteur  une  médaille  d'or ,  prix  proposé  par 
M.  le  marquis  Lodovico-Arborio  Gattinara.  M.  Marré  s'est  cru  d'a- 
bord obligé  d'attaquer  la  doctrine  romantique  d'A.  W.  Schlegel  sur 
le  genre  tragique.  Il  s'étudie  à  en  relever  l'incohérence  et  la  singu- 
larité ,  et  souvent  il  se  sert  des  principes  même  employés  par 
l'auteur  allemand  pour  le  réfuter  complètement.  Il  présente  les 
tableaux  de  Shakespeare  ,  cités  par  M.  Schlegel  à  l'appui  de  son  sys- 
tème ,  et  il  en  montre  la  confusion ,  la  contradiction  et  le  ridicule. 
Mais  ce  n'est  pas  là,  d'après  notre  auteur,  ce  qui  constitue  le  génie 
du  poète  anglais  ;  ces  défauts  appartiennent  à  l'époque  dans  laquelle 
il  a  vécu.  Tous  les  efforts  de  son  génie  ne  purent  le  faire  triompher  des 
imperfections  de  l'art  encore  dans  l'enfance.  M.  Marrè  détermine  en- 
suite le  caractère  du  système  tragique  d' Alfieri,  fondé,  à  l'exemple  des 
Grecs  et  plus  encore  d'après  l'autorité  de  la  raison  et  de  l'expérience, 
sur  la  plijs  grande  simplicité.  Il  le  justifie  des  imputations  injustes  ou 
exagérées  qu'on  lui  a  faites  à  l'égard  des  plans,  des  personnes  et  de 
son  style.  11  prouve  enfin  que ,  sans  s'éloigner  des  maximes  fonda- 
mentales des  Grecs  ou  des  auteurs  classiques  ,  il  a  su  donner  à  ses 
pièces  cette  originalité  qui ,  le  faisant  distinguer  de  la  foule  des 
imitateurs  serviles,  lui  assure  un  rang  immortel  parmi  les  véritables 
génies  du  pâmasse  italien. 


LIVRES  ÉTRANGERS.  SG7 

i5^.-^Tril>ulo  alla  mcrnoria ,  etc.  —  Hommage  rendu  à  la  mé- 
moire du  célèbre  astronome  le  chevalier  Antonio  Cagnoli  de  Vérone. 
Vérone,  i8ii  ,  à  la  société  typographique. 

Cet  opuscule  est  un  recueil  de  douze  sonnets;  ils  méritent  d'être 
mentionnés  ,  soit  à  cause  du  savant  astronome  auquel  ils  sont 
adressés,  soit  à  cause  du  talent  du  poète.  C'est  le  chevalier  Ippolito 
PiNDKMORTB ,  qui  a  consacré  ces  vers  ,  pleins  de  sentiment  et  de  mé- 
lancolie ,  à  son  concitoyen  et  son  ami.  F.  S. 

154. — Iliadis  fragmenta  anliquissima  cutu  picturis ;  item  srholia 
vêlera  ad  Odysseam  ;  edente  Angelo  Maio,  etc.  Madiolani,  regiis  typis, 
1819.  1  vol.  in-folio,  avec  58  planches. 

Nous  avons  fait  mention  ,  dans  une  notice  sur  les  découvertes  de 
M. l'abbé  Maï,  de  ces  fragmens  de  l'Iliade,  dus  aux  recherches  de 
ce  savant  antiquaire ,  si  avantageusement  connu  par  la  publication 
d'autres  anciens  manuscrits.  Les  peintures  occupent  avec  le  texte 
du  sujet  de  chaque  tableau  la  moitié  de  ce  précieux  volume.  Elles 
ne  se  rapportent  qu'à  dix-huit  des  vingt-quatre  chants  de  l'Iliade  ; 
il  y  a  donc  lieu  de  croire,  avec  M.  l'abbé  Maï ,  qu'elles  sont  du  qua- 
trième, cinquième  ou  sixième  siècle  de  notre  ère,  ou  même  d'une 
époque  plus  reculée.  L. 

ESPAGNE. 

i55. — Metodo  de  cuentaj  razon  ,  etc. — Méthode  à  suivre  dans  les 
comptes,  pour  les  livres  à  partie  double;  par  dom  TZaz/zon  Valdès. 
Madrid,  1820.  Perei  et  Brun. 

Cet  ouvrage,  très-estimé,  a  été  choisi  comme  livre  élémentaire 
dans  les  écoles  de  commerce  de  Malaga  et  dans  quelques  autres. 

i56. — Memoria  presentada  a  las  cartes,  etc.  — Mémoire  sur  le 
crédit  du  papier-monnaie  ;  par  dom  Firmin  Nafabroxdo.  Madrid , 
1821.  Bailo. 

Le  but  de  l'auteur  est  de  prouver  que ,  si  l'on  adoptait  les  moyens 
qu'il  propose,  le  crédit  deviendrait  chaque  jour  plus  florissant,  et 
la  dette  nationale  se  trouverait  bientôt  éteinte. 

iSj. — Observaciones  ,  etc. — Observations  sur  le  plan  du  crédit 
public,  présenté  aux  cortès ,  sur  l'emprunt,  sur  la  loi  concernant  la 
liberté  de  la  presse  ,  et  particulièrement  sur  les  jurés  qui  sont  créés 
par  cette  loi  pour  être  juges  du  fait  ;  par  dom  Thomas  Moorb  d' Al- 
canfe.  Madrid,  1821.  Sanz.  1  vol.  in-8°. 


SG8  LIVRES  ETRANGERS. 

Nous  ne  lerons  sur  cet  ouvrage  qu'une  seule  observation  ,  c'est  que 
tous  ceux  qui  connaissent  l'état  actuel  des  lumières  en  Espagne  , 
doivent  être  convaincus  que  des  jurés  élus  par  le  sort,  entre  ceux  qui 
sont  compris  dans  la  liste  faite  par  la  municipalité  d'une  ville,  chef- 
lieu  de  province  ,  ne  seront  que  très-rarement  capables  de  juger  si  un 
ouvrage,  concernant  les  dogmes,  le  culte,  la  discipline  et  la 
morale  religieuse ,  est  criminel  ou  non,  Nous  n'avons  pas  besoin 
de  faire  observer  que  cette  remarque  ne  se  rapporte  qu'à  un  fait 
particulier  et  à  la  situation  actuelle  de  l'Espagne,  et  que  nous 
n'entendons  point  en  faire  l'application  au  système  général  du  juge- 
ment par  jury. 

i58  (*)  —  Memorias ,  etc.  —  Mémoires  de  l'Académie  de  l'his- 
toire d'Espagne ,  établie  à  Madrid.  Cinq  volumes  in-4° ,  contenant 
plusieurs  mémoires  particuliers,  écrits  par  les  membres  de  ladite 
académie,  sur  divers  sujets  concernant  l'histoire,  la  chronologie 
et  la  géographie  d'Espagne.  Madrid,  1821 ,  à  l'académie, 

159. —  Coleclion,  etc.  —  Collection  des  lois  castillannes,  faite 
dans  le  Code  des  sept  parties ,  par  le  roi  Alphonse  le  Savant,  h  l'aca- 
démie de  l'histoire.  5  vol,  in-4°. 

Le  texte  de  cet  ouvrage  a  été  corrigé  d'après  un  grand  nombre 
d'exemplaires  manuscrits  très-anciens  dont  on  donne  une  notice 
exacte. 

i6o, — Demonslracion  histonca,  etc.  —  Démonstration  historique 
de  la  valeur  des  monnaies  dont  on  faisait  usage  en  Castille  sous  le  roi 
Henri  IVet  de  leur  rapport  avec  les  monnaies  du  règne  de  Charles  IV; 
par  don  Liciniano  Saez  ;  à  l'académie  de  l'histoire  ;  1  vol.  in-f". 

ï6i.  —  £nsajo,  etc.—  Essai  d'interprétation  des  alphabets  in- 
connus dont  on  a  fait  usage  pour  les  légendes  des  monnaies  anciennes 
d'Espagne  ;  par  don  Louis-Joseph  Velasqcez  ;  à  l'académie  de  l'his- 
toire ;  1  vol.  in-4°. 

162.— Memoria  /mior/ca,etc.— Mémoire  historique,  dans  lequel  on 
recherche  quelle  a  été  en  Espagne  l'opinion  nationale  à  l'égard  de 
l'établissement ,  et  de  la  conservation  du  tribunal  de  l'inquisition  ; 
pardon  Jean-y4  n  toine  ï^hOREyTE  ;  à  l'académie  de  l'histoire  ;  1  vol. 

in-S". 

i65.  —  Diserlacion  histonca  ,  etc.  —  Dissertation  historique  sur 
la  question  de  savoir  quel  parti  prirent  les  Espagnols  dans  les  an- 
ciennes guerres  des  croisade^  contre  les  mahomctans  de  l'Orient; 


LIVRES  ÉTRANGERS.  569 

pai-  don  Martin  Ferxandez  deNauarrete  ;  à  l'académie  de  l'histoire; 
brochure  in^"' 

164.  —Eloprio  academico  ,  etc.  —  Eloge  académique  de  la  reine 
Isabelle  de  Castille,  dite  la  Catholique,  par  don  Diègue  Clemknciît, 
membre  des  cortès  d'Espagne  ;  à  l'académie  de  l'histoire  ;  brochure 
in-4". 

i65 Memoria,  etc.  —  Mémoire  sur  les  divertissemens  publics; 

par  don  Gaspar  de  Tovbilanos  ;  à  l'académie  de  l'histoire  ;  brochure 
^"■^°'  Llobente. 

ROYAUME    DES    PAYS-BAS. 

166.  —  De  la  nécessité  de  réformer  l'enseignement  médical  dans  la 
Belgique;  par  D.  De  la  Haye,  docteur  en  médecine,  avec  cette 
épigraphe  :  «  La  société  entière  est  intéressée  à  ce  que  l'homme  de 
l'art  ait  fait  de  bonnes  études,  et  que  sa  capacité  soit  bien  et  dûment 
reconnue  :  c'est  un  malheur  bien  grand  pour  l'humanité,  quand  celui 
qui  est  destiné  pour  la  secourir  dans  ses  souffrances  est  plus  dange- 
reux que  la  maladie.  »  Kluysens,  discours  prononcé  à  l'ouverture 
de  son  cours.  Bruges,  1821,  Imprimerie  de  la  veuve  de  Moor  et  fils. 
Brochure  de  33  pages. 

Le  titre  de  cet  écrit  pourrait  faire  croire  qu'il  existe  un  enseigne- 
ment médical  en  Belgique;  mais  on  sera  bientôt  détrompé,  si  l'on 
veut  se  donner  la  peine  d'en  parcourir  quelques  pages.  On  compte , 
dans  une  étendue  de  trente  lieues,  trois  universités,  et  chacune 
d'elles  est  composée  de  trois  professeurs  qui  sont  chargés  de  l'ensei- 
gnement de  toutes  les  branches  de  la  médecine.  M.  De  la  Haye 
prouve  qu'il  est  impossible  à  ces  professeurs  de  remplir  les  devoirs 
qui  leur  sont  imposés ,  et  que  toutes  les  sciences  qui  composent  l'en- 
semble de  l'art  ne  sont  point  ou  sont  mal  enseignées.  Il  voudrait  que 
les  trois  universités  fussent  supprimécs,etqu'on  établît  une  seule  école 
de  médecine  sur  le  modèle  de  celle  de  Paris ,  en  n'assignant  toute- 
fois qu'un  seul  professeur  par  chaire ,  ce  qui  est  presque  toujours  suf- 
fisant. Il  répond  victorieusement  aux  objections  qui  ont  été  faites 
et  dont  quelques-unes  sont  vraiment  puériles ,  telles  que  celle-ci,  par 
exemple  -.«On  a  dit  qu'en  n'établissant  qu'une  seule  école  de  méde- 
cine pour  toute  la  Belgique,  on  y  réunirait  un  trop  grand  nombre 
d'élèves;  le  grand  nombre  détruisant  toute  émulation  ,  parce  qu'a- 
lors les  élèves  ne  peuvent  plus  se  connaître  ni  s'estimer.  »  L'auteur 

Tome  xi.  2A 


370  LIVRES  ETRAiSGERS. 

démontre  également  la  nécessité  d'établir  l'école  de  médecine  dan» 
une  grande  ville ,  parce  qu'alors  seulement  on  est  à  portée  d'avoir 
des  hôpitaux  où  l'on  peut  faire  devant  les  élèves  l'application  des 
différentes  théories  qui  leur  ont  été  enseignées.  Il  ne  doute  pas 
qu'un  établissement  de  cette  nature  ne  pût  un  jour  rivaliser  avec  les 
écoles  françaises  ,  qu'il  prend  toujours  pour  terme  de  comparai- 
son. Cette  brochure,  inspirée  par  des  sentimens  d'honneur  national 
et  d'amour  de  l'humanité,  doit  Cxer  l'attention  du  gouvernements 

Damirox  ,  D.  M. 

167. —  Verliandelingen  ,  etc. —  Mémoires  de  la  première  classe  de 
l'institut  royal  des  Pays-Bas,  tome  V.  Amsterdam,  1820.  Pieper  et 
Ipenbuur  ,  in-4°  de  3i2  pag. 

Les  huit  mémoires  contenus  dans  ce  volume  ,  sont  relatifs  à  la  mé- 
decine et  à  l'art  vétérinaiie. 

168.  —  Bydra^en  ,  etc  —  Recueil  de  pièces  concernant  l'écono- 
mie politique  du  royaume  des  Pays-Bas,  par  Gisbert  Charles  Van 
HoGENDOHP.  Tom.  IV ,  1"  partie.  La  Haye,  1820  ;  in-S"  de  129  pag. 

M.  le  comte  de  Hogendorp,  quia  joué  un  rôle  trés-honorable  dans 
la  régénération  politique  de  la  Hollande,  continue  à  bien  mériter  de 
la  chose  publique  par  le  recueil  que  nous  annonçons  ,  et  où  il  fait 
preuve  d'un  excellent  esprit  dans  des  discussions  lumineuses,  remplies 
d'intérêt  et  d'utilité. 

169.  —  Algemeene  Geschiedenis ,  etc.  —  Histoire  universelle,  en 
34  livres ,  par  Jean  Vajj  Muller,  continuée  après  son  décès ,  par 
Jean-George  Muller,  son  frère  ,  traduite  sur  la  5<=  édition  de  l'origi- 
nal allemand  et  enrichie  de  supplémens  et  de  notes  par  N.  G.  Van 
Kampen.  Tom.  1",  Harlem,  1820.  Bohn,  in-8»  de  610  pag. 

Cette  traduction  est  enrichie  de  notes  très-intéressantes. 

170. —  Carlhago,  etc.  —  Carthage,  considérée  dans  ses  relations 
politiques  et  commerciales,  par  A.  H.  L.  Hekren  ;  trad.  del'allem. 
et  enrichi  d'observations,  par  G.  Dorkseiffek.  Amsterdam  ,  1820.  Hé- 
ritiers Gartman ,  ia-8°  de  309  pag. 

Le  nom  de  Heeren  suffit  pour  recommander  un  ouvrage  de  la  na- 
ture de  celui-ci.  La  traduction  ne  pouvait  être  confiée  à  un  écrivain 
plus  capable  de  la  bien  faire.  M.  D.  S.  a  détaché  ce  tableau  de  Car- 
thage d'un  plus  grand  ouvrage  de  M.  Heeren,  consacré  aux  princi- 
pales nations  de  l'ancien  monde. 

171  (*).  —Beknoplegesc/iiedenis,ctc, — Histoire  succincte  des  lettres 


LIVRES  Él'RANGKRS.  37j 

*>l  des  sciences  dans  les  Pays-Bas,  par  N.  G.  Van  Kampen.  Tome  I". 
Amsterdam,  1S21  ,  veuve  Allart  et  compagnie  ;  in-S». 

Cette  histoire  manquait  ;  riiomme  de  lettres  qui  l'annonce  était 
digne  de  l'entreprendre.  Elle  ne  formera  que  deux  volumes  ;  ce  qui 
nous  fait  craindre  qu'elle  ne  soit  un  peu  trop  succincte. 

iji.—Gedachien ,  etc.— Pensées  de  Jean  Paul,  par  J.  A.  Wei- 
i-ASD.  Eotterdani ,  1S20,  Immerzeel  ;  2  vol.  in-8°. 

Jean- Paul-Frédéric  Rivhler ,  beaucoup  plus  connu  sous  les  noms 
Aq  Jean-Paul,  e?t  un  des  beaux  esprits  du  xviii*  siècle  en  Alle- 
magne. Ce  qui  le  caractérise,  c'est  cette  bizarrerie,  cette  causticité, 
que  les  Anglais  appellent  humour  et  qui  distingua  Rabelais  et  Vol- 
taire en  France  ,  Cervantes  chez  les  Espagnols  ,  Switït  et  Sterne  chez 
les  Anglais,  Wieland  et  Nicolaïchez  les  Allemands,  Francklin  chez 
les  Américains.  Les  Hollandais  sont  descendus  au-dessous  du  genre, 
en  se  jetant  dans  le  bas  comique  :  leur  littérature  a  aussi  ses  Ténier, 
ses  Ostade,  et  même  s€s  Jean  Steen.  M.  f-FeUand,  qui  a  fait  lui- 
même  ses  preuves  dans  le  genre  dont  nous  parlons  par  son  Scrible- 
riana,  a  imaginé  d'extraire  des  nombreux  écrits  de  Jean-Paul  ses 
pensées  les  plus  piquantes  et  les  plus  originales.  Il  fera  penser,  il 
fera  rire  ,  parfois  même  il  laissera  quelque  chose  à  deviner,  et  son 
but  sera  rempli. 

\-jo.~Mengelingen,  etc.— Mélanges  de  la  société  littéraire  établie 
à  Bruxelles,  sous  le  titre  de  Concordia.  I"  recueil  ;  Bruxelles  ,  1820, 
Stapleaux  ;  mS°  de  286  pages. 

Quatorze  articles  (dont  deux  seulement  écrits  en  français)  com- 
posent ce  premier  cahier.  Nous  y -avons  distingué,  i«  un  mémoire 
sur  la  clironologie  mathématique  ,  par  H.  Somerhausen  ;  2»  un 
discours  sur  le  caractère  et  la  mort  de  Caton  le  jeune ,  par 
G.  T.  Baumhauer;  5"  un  discours  de  X.  G.  Van  Katnpan ,  où  l'on 
trouve  un  tableau  du  siècle  de  Frédéric-Henri ,  stadhouder  des  pro- 
vinces-unies des  Pays-Bas.  L'auteur  a  considéré  cette  époque  princi- 
palement sous  le  rapport  de  l'administration  de  l'excellent  prince 
que  nous  venons  de  nommer. 

174.— Gedi'cA/eTz.  — Poésies  de  A.  C.  W.  Stakisg.  Zutphen,  1820, 
Thiemen;  in-S"  de  556  pages. 

M.  Slaring  est  déjà  compté  parmi  les  vétérans  du  pâmasse  hollan- 
dais ;  mais  sa  muse  ne  se  ressent  point  de  son  âge.  Ses  premiers  essais 
parurent  en  1789.  Il  a  une  manière  à  lui,  et  le  caractère  de  son 

2i* 


S72  LIVRES  ETRANGERS. 

talent  est  la  facilité  ,  la  bonhomie  ,  la  naïveté.  Le  recueil  que  nous 
annonçons  se  compose  de  cantates,  de  cantiques  sacrés,  de  poésies 
mêlées,  de  contes,  d'épigrammes  et  de  deux  épîtres  en  prose  et  en 
Ters.  ^I- 

ijS. — Algemeen  zamenv attend  maandwerk  Irène ^  etc. — Irène, 
ouvrage  mensuel  contenant ,  outre  les  articles  originaux ,  un  choix 
d'articles  tirés  des  journaux  étrangers  ;  par  T.  O.  Schilperoobt. 
N*  I,  juillet  1821.  Amsterdam,  veuve  Djederichs  et  fils;  in-8°  de 
io4  pages. 

Ce  nouveau  recueil  pourra  devenir  intéressant ,  si  le  choix  des  ar- 
ticles est  toujours  fait  avec  soin,  et  si,  indépendamment  des  traduc- 
tions de  journaux  étrangers ,  le  rédacteur  fournit  aussi  de  bons 
articles  sur  la  littérature  hollandaise  moderne ,  qui  n'est  pas  assez 
connue  hors  des  Pays-Bas.  Dans  le  premier  numéro  qui  vient  de  pa- 
raître ,  il  n'y  a  qu'un  seul  article  original  :  Pensées  sur  la  souverai- 
neté et  la  représentation  nationale  ;  tout  le  reste  a  été  choisi  dans  les 
recueils  périodiques  français  ,  anglais  et  allemands.  La  Bibliothèque 
universelle  a  fourni  un  article  sur  Vètat  ecclésiastique  de  l'Angle- 
terre; la  Revue  encyclopédique  a  été  mise  à  contribution  pour  les 
recherches  d histoire  naturelle  faites  au  cap  de  Bonne-Espérance. 
Dans  le  Quarlerly  Review^  le  rédacteur  a  pris  un  exposé  de  la  situa- 
tion actuelle  des  Grecs;  les  principaux  journaux  allemands,  l'Hermès, 
leMorgenblatt,  le  Conversalionshlatt  de  Leipzig,  les Bphémérides géo- 
graphiques de  TFeimar  ont  également  donné  un  choix  d'articles  inté- 
ressans.  L'Irène  de  M.  Schilperoort  est  destinée  à  embrasser  toutes 
les  branches  des  sciences  et  des  lettres.  Le  premier  numéro  est  ter- 
miné par  une  revue  des  derniers  ouvrages  littéraires  de  l'étranger,  et 
par  un  choix  de  petites  pièces  de  vers,  d'anecdotes,  traits  de  carac- 
tère, pensées,  etc.  D — g. 

LIVRES   FRANÇAIS. 

1-6  (♦]. — Dictionnaire  des  s^eraces  Tza^ureZZes^  dans  lequel  on  traite 
méthodiquement  des  difiPérens  êtres  de  la  nature ,  considérés  soit  en 
eux-mêmes,  d'après  l'état  actuel  de  nos  connaissances ,  soit  relative- 
ment à  l'utilité  qu'en  peuvent  retirer  la  médecine,  l'agriculture,  le 
commerce  et  les  arts;  par  plusieurs  professeurs  du  Jardin  du  Roi  et 
des  principales  écoles  de  Paris.  (  1821 ,  T.  XIX,  gla-gbz.  )— On  sous- 
crit à  Paris ,  chez  Lenormand  ,  rue  de  Seine ,  n"  8. 


LIVRES  FRANÇAIS.  373 

On  nomme  sciences  naturelles  l'ensemble  de  toutes  les  connais- 
sances acquises  et  comparées  sur  les  productions  et  les  phénomènes 
de  la  nature.  Sous  ce  titre,  sont  comprises  non  seulement  l'A/s/o/z-e 
naturelle,  mais  celle  des  météores,  de  l'électricité,  du  magnétisme, 
le  cours  des  astres ,  les  propriétés  de  l'air  et  des  eaux ,  la  chimie  , 
l'anatomie,  etc.  ;  tel  est,  dans  l'état  actuel  des  progrès  de  l'esprit 
humain  j  la  connexion  qui  lie  les  différentes  branches  des  connais- 
sances naturelles,  qu'il  n'est  plus  permis  à  celui  qui  veut  les  acquérir 
d'ignorer  leurs  affinités  et  les  rapports  intimes  qui  existent  entre 
elles.  Sans  ce  rapprochement,  on  n'apprend  rien  de  positif;  on  ne 
sait  rien  d'exact  ;  on  ne  conçoit  rien  clairement.  C'est  à  exécuter  ce 
vaste  plan  que  s'attachent  constamment  les  professeurs  distingués , 
les  hommes  supérieurs  qui  concourent  à  la  rédaction  du  Dictionnaire 
que  nous  annonçons.  Aucune  spéculation  de  librairie ,  aucune  vue 
d'intérêt  ne  paraît  mêlée  à  cette  imposante  entreprise  ;  point  de  pré- 
cipitation dans  la  publication  de  l'ouvrage  ;  les  articles  qui  le  rem- 
plissent semblent  être  élaborés ,  comme  les  objets  de  la  nature  dont 
ils  offrent  la  description.  Les  découvertes  nouvelles  y  sont  scrupu- 
leusement présentées  et  appréciées  au  flambeau  d'une  saine  critique. 
Le  tome  dix-neuvième  ,  qui  paraît  depuis  peu ,  contient  les  produc- 
tions et  les  phénomènes  de  la  nature,  commençant  parles  syllabes 
GLA  à  GHZ.  Nous  regrcttous  de  ne  pouvoir  citer  tous  les  articles  remar- 
quables de  cette  livraison  ;  mais  nous  sommes  persuadés  que 
l'homme  du  monde,  comme  le  naturaliste  ,  lira  avec  beaucoup  d'in- 
térêt ceux  de  M.  Brard  sur  les  glaciers,  les  globes  de  feu,  la  roche 
primitive  appelée  gneiss ,  sur  le  grenat  et  les  grès.  Le  zoologiste  sera 
satisfait  de  la  description  nouvelle  ,  très-exacte  et  très-détaillée  ,  que 
M.  DB  Blainville  donne  d'un  très-joli  petit  mollusque,  de  la  longueur 
d'un  pouce,  de  couleur  bleue,  argenté  sous  le  ventre,  qu'on  nomme 
Glaucus  et  qui  se  trouve  dans  les  mers  des  pays  chauds  et  dans  la 
Méditerranée.  —  Nous  citerons  aussi,  comme  très-instructif  en  zoo- 
logie, l'article  Grenouille  de  M.  Cloquet;  ces  reptiles,  de  la  famille 
des  batraciens,  sont  examinés  sous  le  rapport  de  leur  organisation, 
de  leurs  mœurs  et  de  leurs  habitudes  ;  les  organes  de  la  locomotion , 
des  sensations ,  de  la  digestion ,  de  la  circulation ,  de  la  respiration , 
de  la  voix,  des  sécrétions  et  de  la  génération ,  sont  analysés  séparé- 
ment et  expliqués  avec  précision  et  clarté.  L'exposé  de  leurs  mœurs 
et  de  leurs  habitudes  est  extrêmement  curieux  et  d'un  grand  intérêt 


37A  LHRES  FKANÇAIS. 

pour  ceux  q„i  habitent  la  campagne.  En  chimie,  les  articles  Gluctne 
(base  salifiable  découverte  dans  Vémeraud,),  Gluten  (t\.  Gommes, 
sont  traités  par  M.  Chevrecl  de  la  manière  la  plus  satisfaisante  et  la 
plus  détaillée.  De  nombreux  articles  de  botanique  de  M.  Poibet, 
parmi  lesquels  on  distingue  le  Grenadier  et  la  Grenadille,  inté- 
ressent les  amateurs  de  la  plus  aimable  des  sciences.  M.  de  Jussibu  a 
traité  l'article  Gramtnée  avec  cette  étendue  de  vue,  celte  précision 
et  cette  perspicacité  qui  le  distinguent.  Un  nouveau  genre  de  la 
famille  des  algues  marines  articulées,  le  Griffitsia  du  professeur 
suédois  Ayabdh  ,  a  fourni  à  M.  Léman  l'occasion  d'un  article  qui  doit 
fixer  l'attention  des  amateurs  de  crjptogamie. 

Nous  terminerons  en  rappelant  que  le  Dictionnaire  des  sciences 
naturelles,  vaste  tableau  de  la  nature,  est  sous  la  direction  générale 
de  M.  CnvTEn,et  qu'il  est  accompagûé d'un  ^i^/a^  représentant  avec 
la  plus  parfaite  exactitude  les  plantes,  les  oiseaux,  les  poissons ,  les 
insectes  et    les    reptiles.   L'exécution    de    cet  atlas  est    confiée   à 

M.  TuRPIS.  g       Q 

^77  (*)•  —  Regni  vegetabilis  Sysfema  naturale ,  sife  ordines , 
gênera  et  speciesplantarum,  secundùm  melhodi  naiuralis  normas  di- 
gestarum  et descriptarum  ;  auctore  A.  Pyramo  Dec a^dolle  ;  volumen 
secundùm  sistens  ordines  ses ,  ncmpè  Berberideas ,  Podophylleas  , 
^Vmphacaceas ,  Papaveraceas  ,  Fumariaceas  et  Cruciferas.  Paris, 
j82U  Treuttel  etWiirtz,  rue  de  Bourbon,  n».  17;  Strasbourg  et 
Londres  .  même  maison  de  commerce.  Un  fort  volume  grand  in-S» 
de  745  pages  ;  prix  i5  fr. ,  etfranc  de  port  17  fr.  5o.  (  Voy.  le  Compte 
rendu  du  premier  volume  ci-dessus  ,  tom.  V,  pag.  83f)7\ 

Les  découvertes  botaniques  se  sont  succédées  depuis  trente  ans  , 
aiTec  une  si  grande  rapidité ,  dans  tous  les  pays  ,  que,  depuis  la  publi- 
cation des  ouvrages  de  Wildenow  et  de  Vahl  qui,  par  la  mort  de  leurs 
illustres  auteurs,  sont  restés  incomplets), on  a  généralement  senti  le 
besoin  d'un  nouveau  catalogue  des  végétaux.  M.  Decandolle  a  en- 
trepris cette  grande  tâche  ,  aidé  des  secours  qu'il  a  puisés  ,  non  seule- 
ment dans  son  propre  herbier  (  l'un  des  plus  considérables  qui 
existent),  mais  encore  dans  les  plus  riches  collections  botaniques  de 
l'Europe  ,  qu'il  a  visitées  ,  et  dans  les  communications  des  décou- 
vertes de  plusieurs  voyageurs  célèbres.  Il  a  eu  le  rare  avantage  de 
décrire  presque  toutes  les  espèces  sur  des  échantillons  authentiques. 
Son  ouvrage  contiendra  au  moins  le  double  des  espèces  consignées 


LIVRES  FRANÇAIS.  375 

dans  ceux  de  Wildenow  et  de  Peisoon  ;  il  offre  ,  de  plus,  le  mérite 
d'être  disposé  d'après  les  principes  de  la  méthode  naturelle  ,  méthode 
qui  a  déjà  rendu  tant  de  services  à  la  science.  C'est  le  premier  ou- 
vrage général  de  botanique  ,  où  les  espèces  se  trouvent  classées  en 
familles  naturelles.  Cet  important  ouvrage,  imprimé  en  petits  carac- 
tères ,  grande  justification ,  se  publie  par  volumes  ;  le  premier  ,  en 
tête  duquel  est  placé  une  bibliothèque  botanique,  a  paru  en  1818  ; 
le  second  vient  de  paraître,  et  deviendra,  comme  le  premier,  un 
manuel  presque  indispensable  à  tous  ceux  qui  cultivent  la  science  de 
la  botanique.  Les  volumes  suivans  seront  publiés  sans  interruption. 
178  (*,\ — Icônes  seleclœ planlarum  quas  in  systemate  uniuersali , 
ex  herhariis  parisiensibus ,  prœsertiiii  ex  Lessertiano  descripsit 
Aug.  Pjr.  Decandolle  ,  ex  archetypis  speciminibus  a  f.  J.  F.  Tur- 
pin  delineatœ,  eteditœà  Benj.  de  Lessert ,  /4cademiœ  scientiaruni 
sovio  honorario ,  etc. ,  Vol.  /,  exhibens  Ranunculaceas  ,  Dillenia- 
ceas,  Magnoliaceas ,  Anonaceas  ,  et  Menispermeas.Farïs,  1821. 
Treuttel  et  Wùrtz,  rue  de  Bourbon ,  n"  17  ;  Strasbourg  et  Londres  , 
même  maison  de  commerce.  In-fol. ,  papier  vélin,  70  fr.  ;  in-4'', 
même  papier,  00  fr. ,  et  papier  fin  55  fr. 

Tel  est  le  titre  d'une  collection  de  cent  planches  exécutées  au 
burin,  d'après  les  dessins  de  M.  Turpin;  elle  présente  les  espèces 
nouvelles  existantes  dans  les  divers  herbiers  de  Paris,  décrites  dans 
le  !'■"■  volume  de  M.  DecandoIIe ,  et  que  M.  de  Lesserl  vient  de 
faire  paraître;  il  se  propose  de  donner,  pour  les  autres  volumes, 
une  suite  à  cette  collection  de  planches  qui,  rendant  plus  sensibles 
les  caractères  des  plantes  décrites  par  M.  DecandoUe  ,  ajouteront  un 
nouveau  prix  à  son  travail. 

179.  —  Botanique  des  dames,  par  M.  Boitaed.  Paris,  1821  ; 
Audot,  rue  des  Maçons-Sorbonne ,  n°  11,  3  vol.  in-18. — Prix, 
9  f.  et  10  f.  5o  c.  franc  de  port. 

Ces  trois  volumes  forment  la  deuxième  livraison  de  V Encyclopédie 
des  Dames ,  ouvrage  que  nous  avons  déjà  annoncé  (  Voy.  Tom  IX  , 
pag.  63o,  etTom.  X,  pag.  189),  et  sur  lequel  nous  nousproposons  de 
revenir  quelquefois  pour  faire  connaître  le  mérite  de  son  exécution. 

i8o.  —  (*)  Flore  médicale  des  Antilles ,  ou  Histoire  naturelle  des 
plantes  usuelles  des  colonies  françaises ,  anglaises,  espagnoles  et 
portugaises;,  par  M.  E.  Descoueticz  ,  D.  M.,  peinte,  d'après  les 
dessins  faits  sur  les  lieux  par  M.  Théodore  Descourtiiz.  Paris,  1821. 


^76  LIVRES  FRAJSÇAIS. 

Chez  l'auteui  ,  rue  Saint-Louis,  au  Marais,  n.  16.  8  volumes  in-S"  , 
avec  planches  coloriées  au  pinceau. 

Z,a  Flore  médicale  des  Antilles  se  composera  de  cent  cinquante 
livraisons ,  qui  formeront  8  volumes  in-S».  Chaque  livraison  aura 
4  planches  et  une  feuille  de  texte.  Les  i"<'et  2'  ont  déjà  paru,  et  les 
autres  paraîtront  successivement,  chaque  mois,  par  deux  livraisons  et 
plus,  si  les  souscripteurs  le  désirent.  Le  prix  de  chaque  livraison  ,  en 
papier  6n ,  est  de  3  fr. ,  et  de  3  fr.  5o  c.  par  la  poste.  On  souscrit 
chez  l'auteur,  à  l'adresse  ci-dessus,  et  au  cabinet  littéraire  de  la 
Tente,  Palais-Royal,  galerie  de  bois,  n.  197. 

La  Flore  médicale  des  Antilles  est  un  ouvrage  absolument  neuf, 
qui  intéressera  les  médecins  ,  les  peintres ,  les  amateurs  ,  et 
plus  particulièrement  encore  les  propriétaires  des  colonies  fran- 
çaises,  anglaises,  espagnoles  et  portugaises.  L'auteur  est  un  ancien 
médecin  naturaliste  du  gouvernement  de  Saint-Domingue,  et  ce  titre 
seul  répond  des  ressources  dont  il  a  pu  faire  usage  pour  l'exécution 
de  son  ouvrage,  et  surtout  pour  l'exactitude  et  la  fidélité  du  dessin, 

181. C')— Photographie  médicale,  ornée  de  figures  coloriées  de 
grandeur  naturelle ,  où  l'on  expose  l'histoire  des  poisons  tirés  du 
règne  végétal ,  et  les  moyens  de  remédier  à  leurs  efiFets  délétères  , 
avec  des  observations  sur  les  propriétés  et  les  usages  des  plantes  hé- 
roïques; fat  Joseph  RoQVEs ,  D.  M.  Prix  de  chaque  livraison ,  papier 
fin  grand  raisin ,  in-4» ,  8  fr.  ;  papier  nom  de  J  ésus  vélin  satiné ,  petit 
in-folio,  3o  fr.  Chez  l'auteur,  rue  de  Louvois ,  n»  5  ;  chez  Hocquart 
jeune,  rue  des  Maçons-Sorbonne  ,  n»  i3. 

En  1809,  M.  J.  Roques  publia,  sur  les  plantes  usuelles,  un  traité 
qui  fut  fort  bien  accueilli  du  monde  savant.  Jusqu'ici ,  aucun  mé- 
decin naturaliste  n'avait  considéré,  avec  toute  l'importance  qu'elle 
mérite,  l'application  de  la  botanique  à  la  médecine.  Le  docteur 
J.  Roques  s'est  proposé  de  remplir  cette  lacune,  par  l'ouvrage 
qu'il  nous  donne  aujourd'hui.  Il  indique  d'abord  quelles  sont  les 
plantes  vénéneuses,  afin  de  prévenir  les  dangers  qui  peuvent  ré- 
sulter de  leur  emploi  dans  les  besoins  domestiques  ;  il  donne  un  des- 
sin si  exact  de  ces  plantes  ,  qu'on  peut  à  l'instant  les  reconnaître 
en  nature,  après  avoir  consulté  son  livre;  enfin,  il  dit  dans  quels 
cas  et  par  quels  moyens  ces  substances  vénéneuses  peuvent  être 
employées  pour  combattre  l'efiTet  de  certaines  maladies  et  procurer 
une  guérison  efficace.  Ces  différens  points  de  vue  sont  exposés  avec 


LIVRES  FRANÇAIS.  377 

beaucoup  de  méthode  dans  le  discours  préliminaire  et  dans  l'intro- 
duction de  la  phytographie  médicale.  Ces  deux  morceaux,  écrits 
d'un  style  élégant  et  facile,  donnent  la  plus  favorable  idée  du  travail 
de  l'auteur.  Mais  de  semblables  ouvrages  ne  peuvent  être  jugés  sur 
un  premier  coup  d'œil  ;  une  critique  basardée  serait  inconvenante 
pour  un  travail  qui  a  dû  exiger  tant  d'années  d'études ,  de  même 
qu'une  approbation  irréfléchie  pourrait  sanctionner  des  procédés 
médicaux  dangereux.  Nous  reviendrons  plus  tard  sur  cet  ouvrage  , 
quand  un  examen  approfondi  nous  aura  mis  en  état  de  prononcer 
sur  son  mérite  réel.  Il  est  toutefois  une  justice  qu'on  doit  rendre  sur- 
le-champ  au  docteur  Roques.  Ses  dessins ,  de  grandeur  naturelle  , 
sont  d'une  perfection  remarquable  ,  même  aujourd'hui  ;  et  le  texte  , 
sorti  des  presses  de  M.  Didot  jeune,  est  imprimé  d'une  manière 
aussi  correcte  qu'élégante.  Les  trois  livraisons  qui  viennent  de  pa- 
raître offrent  l'histoire  complète  des  champignons;  la  quatrième  li- 
vraison paraîtra  vers  le  i5  septembre.  L'ouvrage  sera  terminé  en 
trente-six  livraisons.  B. 

182  (*).  —  Exposition  méthodique  des  genres  de  l'ordre  des  poly- 
piers ,  avec  leur  description  et  celle  des  principales  espèces  figurées 
dans  84  planches;  les  65  premières  appartiennent  à  l'histoire  natu- 
relle des  zoophytes  d'ELLis  et  Solaxder;  par  J.  Lamochocx,  D.  E.  S., 
professeur  d'histoire  naturelle  à  l'académie  royale  de  Caen,  corres- 
pondant de  l'Institut  de  France,  etc.  Paris,  1820.  Imp.  de  v«  Agasse. 
1  vol.  in-4°  de  1 15  pag. 

Depuis  1786,  époque  où  Solander  publia  l'Histoire  naturelle  des 
zoophytes,  de  J.  Ellis,  les  sciences  naturelles  ont  fait  de  grands 
progrès  ;  il  était  à  désirer  que  les  beaux  dessins  d'Ellis  el  Solander  , 
dont  l'exécution  est  parfaite,  fussent  reproduits  dans  une  nouvelle 
édition  de  cet  ouvrage ,  mise  au  courant  de  la  science  pour  la  clas- 
sification ,  et  augmentée  des  principales  figures-  de  tous  les  genres 
de  polypiers  que  nos  modernes  zoologistes  nous  ont  fait  connaître  , 
et  que  renferment  les  riches  collections  de  la  capitale.  M.  Lamou- 
roux ,  avantageusement  connu  dans  les  sciences  naturelles,  par  ses 
utiles  el  nombreuses  recherches  sur  les  plantes  marines  (  Thalas- 
siophytes  ),  et  par  son  histoire  des  polypiers  coraligènes  flexibles , 
s'est  chargé  d'exécuter  cet  important  travail.  On  peut  considérer 
comme  un  gênera  polypabiorum,  aussi  complet  que  les  connaissances 
actuelles  le  comportent,  cette  nouvelle  édition,  entièrement  re- 


378  LIVRES  FRANÇAIS. 

fondue  et  tiès-augmentée ,  de  l'histoire  naturelle  des  zoophytes 
d'Ellis  et  Solander.  Toutes  les  descriptions  sont  en  français  ;  on  a 
ajouté ,  comme  synonyme ,  une  phrase  latine ,  soit  de  Lamarck  , 
d'Ellis,  de  Pallas,  etc.  Une  phrase  courte  et  précise  donne  les  ca- 
ractères propres  à  chaque  genre  ;  elle  est  suivie  de  la  description 
d'une  ou  de  plusieurs  espèces  ,  choisies  parmi  les  inédites  parfaite- 
ment caractérisées  ,  ou  parmi  celles  qui  sont  décrites  dans  les  ou- 
vrages les  plus  répandus.  La  classification  de  ces  productions  ani- 
males est  faite  d'après  la  méthode  de  Lamarck,  pour  les  polypiers 
pierreux  ,  et  d'après  celle  de  Lamouroux ,  pour  les  polypiers  flexi- 
bles ;  elle  est  le  moins  systématique  possible  ,  mais  elle  n'est  pas 
encore  naturelle.  Elle  se  compose  de  trois  divisions  :  polypiers  Jlexi- 
bles  ou  non  entièrement  pierreux^  polypiers  entièrement  pierreux  et 
non  flexibles  ;  polypiers  sarcoïdes  plus  ou  moins  irritables  et  sans 
axe  central.  La  première  se  subdivise  en  trois  sections  :  polypiers 
cellulifères ,  calcifères ,  corticifères ;  la  seconde,  en  polypiers yb /-a - 
minés,  lamellifèies,  lubulés ;  la  troisième  n'est  point  partagée  en 
sections;  elle  se  compose  de  trois  ordres  :  le  nombre  total  des  ordres 
est  de  vingt,  celui  des  genres  est  de  soixante-douze.  Les  figures  nou- 
vellement ajoutées  ne  le  cèdent  point  en  exactitude  à  celles  d'Ellis 
et  Solander.  Les  amateurs  d'histoire  naturelle,  les  curieux  croiront 
toucher  les  coraux  et  les  masses  poreuses  ,  blanchâtres  et  striées,  qui 
ornent  leurs  cabinets ,  tant  la  ressemblance  est  parfaite.     B.  G. 

iS5  (*) .  Traité  général  des  eaux  et  forêts,  chasses  etpéches,  com- 
posé d'un  recueil  chronologique  des  réglcmens  forestiers,  d'un  dic- 
tionnaire des  eaux  et  forêts  et  d'un  dictionnaire  des  chasses  et  pêches; 
avec  un  atlas  contenant  un  grand  nombre  de  tableaux  et  de  figures; 
par  M.  Batjdbillart,  chef  de  division  adjoint  à  l'administration  gé- 
nérale des  forets,  membre  de  la  société  royale  et  centrale  d'agri- 
culture,   et  de  plusieurs  autres  sociétés  savantes. 

Cet  ouvrage  formera  cinq  volumes  in-4'' ,  imprimés  sur  beau  pa- 
pier, à  deux  colonnes,  en  caractères  neufs  petit-romain,  avec  les 
notes  en  petit-texte.  11  sera  publié  par  demi-volumes  ,  chacun  de  45 
à  46  feuilles  d'impression  (  56o  à  568  pages  ),  qui  paraîtront  très- 
régulièrement  de  trois  mois  en  trois  mois.  Le  RecueildcS  Réglemens 
paraîtra  le  premier  ,  parce  qu'il  forme  la  base  de  tout  le  travail  sur 
la  partie  réglementaire  ;  viendra  ensuite  le  dictionnaire  des  forêts  , 
puis  le  dictionnaire  des  chasses  et  pêches.  h'.JiUis  formera  trois  ca- 


LIVRES  FRANÇAIS.  379 

hiers ,  qui  contiendront  ensemble  plus  de  5oo  figures  ,  et  tous  les 
modèles  de  tableaux  et  d'actes  concernant  les  forêts.  Le  premier 
cahier  paraîtra  avec  le  dictionnaire  des  forets,  et  les  deux  autres 
accompagneront  le  dictionnaire  des  chasses  et  pêches.  On  ne  pro- 
pose la  souscription  que  pour  le  recueil  des  réglemens  et  le  diction- 
naire des  forêts.  Quant  au  Dictionnaire  des  chasses  et  pêches  ■,  il  ne 
sera  annoncé  que  lorsqu'il  paraîtra.  Le  prix  de  la  souscription  est 
lixé  par  livraison  :  à  S  fr.  pour  le  recueil ,  et  à  lo  fr.  pour  le  diction- 
naire des  forêts ,  y  compris  les  tableaux ,  formules  et  figures  ;  et  , 
comme  le  nombre  présumé  des  livraisons  est  de  quatre  pour  chacun 
de  ces  ouvrages,  le  prix  total  sera  d'environ  02  fr.  pour  le  recueil  , 
et  de  4o  fr.  pour  le  dictionnaire.  Le  paiement  aura  lieu  au  fur  et  à 
mesure  de  chaque  livraison.  La  souscription  sera  fermée  fin  de 
septembre,  époque  où  la  liste  de  MM.  les  souscripteurs  sera 
imprimée  et  jointe  au  dernier  volume  du  recueil.  Le  prix  pour  les 
non-souscripteurs  sera  ,  par  livraison,  de  10  fr.  pour  le  recueil,  et 
de  i5  fr.  pour  le  dictionnaire.  Les  frais  de  port  ne  sont  point  com- 
pris dans  le  prix  de  l'ouvrage.  Les  deux  premières  livraisons,  for- 
mant le  premier  volume  du  recueil,  sont  en  vente  en  ce  moment 
(  1"^'  juillet  1821  ].  Cn  souscrit  chez  madame  Iluzard ,  rue  de  l'Epe- 
ron ,  n°  7. 

184  (*)■  —  Recherches  sur  les  osseniens  fossiles ,  où  l'on  rétablit  les 
caractères  de  jjlusieurs  animaux  dont  les  révolutions  du  globe  ont  dé- 
truit les  espèces;  par  M.  le  baron  G.  Cuvier,  conseiller  d'état,  etc. 
Nouvelle  édition  ,  entièrement  refondue  et  considérablement  aug- 
mentée. Tome  premier  ,  contenant  le  discours  préliminaire  et  l'his- 
toire des  éléphans ,  des  mastodontes  et  des  hippopotames  fossiles.  A 
Paris,  1821.  G.  Dufour  et  Edmond  d'Ocagne ,  libraires,  quai  Vol- 
taire, n.»  i3.  In-4."  de  64  feuilles  et  demie,  plus  55  planches  gravées.. 
Prix,  cartonné ,  4o  fr. ,  et  45  fr.  par  la  poste,  franc  de  port. 

i85.  —  Exposé  des  expériences  sur  le  magnétis/ne  animal ,  faites  à 
VIIôtel-Dicu  de  Paris,  en  octobre ,  nouernùre  et  décembre  1820  ;  par 
J.  DO  PoTET.  Paris  1821,  chez  l'auteur  et  chez  Béchetle  jeune.  In-8." 
de  78  pages.  Prix,  1  fr.  76  c. 

Ces  expériences  paraissent  très-favorables  à  la  doctrine  qui  admet, 
comme  réels  et  utiles  à  la  médecine ,  les  phénomènes  du  somnam- 
bulisme excité  par  ce  qu'on  appelle  magnélcsation  animale.  Vingt- 
six  médecins  et  une  ancienne  religieuse  ont  été  présens  à  ces  expé- 


380  LIVRES  FRANÇAIS. 

riences  ;  M.  du  Potel  s'y  est  montré  aussi  étonnant  magnétiseur  qu'il 
est  habile  défenseur  des  procédés  magnétiques  ,  qui  semble- 
raient ici  avoir  opéré  une  cure  assez  remarquable  ,  sous  l'inspection 
en  chef  de  M.  le  docteur  Husson,  depuis  long-tems  adversaire  connu 
delà  théorie  et  de  la  pratique  du  magnétisme.  On  peut  consulter  à  ce 
sujet  un  Mémoire ,  peu  connu,  sur  le  magnétisme  animal,  présenté 
à  l'académie  de  Berlin  en  1818,  et  qui  porte  pour  épigraphe  :  «  Les 
lois  de  la  nature  sont  la  volonté  de  Dieu,  manifestée  par  l'ordre  de 
la  création.  »Ce  mémoire,  imprimé  à  Paris  chez  Baudoin,  se  trouve 
chez  Bossange.  L. 

186. — Gymnastique  médicale  ,  ou  l'exercice  appliqué  aux  organes 
de  l'homme ,  d'après  les  lois  de  l'hygiène ,  de  la  physiologie  et  de  la 
thérapeutique;  par  CAar/iïsLoNDE,  docteur  médecin,  etc.  Paris,  1821, 
Croullebois^  rue  des  Mathurins-Saint- Jacques j  Prix,  4  fr.»  et  5  fr. 
par  la  poste. 

Versé  dans  l'étude  des  anciens,  et  riche  de  sa  propre  expérience, 
M.  Londe  avait  des  titres  pour  composer  l'ouvrage  que  nous  annon- 
çons. Le  rapport  qu'en  ont  fait  MM.  Esquirol  et  Chaussier ,  commis- 
saires de  la  société  de  la  faculté  de  médecine  de  Paris ,  à  laquelle 
l'auteur  avait  présenté  son  manuscrit ,  est  une  autorité  d'un  grand 
poids,  et  qui  offre  une  garantie  aux  lecteurs.  Les  personnes  qui  s'inté- 
ressent aux  progrès  de  l'éducation,  au  perfectionnement  de  l'homme, 
à  l'amélioration  des  sociétés,  liront  cet  ouvrage  avec  plaisir  et  profit. 
Les  hommes  de  lettres  y  trouveront  des  conseils  judicieux  pour  pré- 
venir les  effets  souvent  nuisibles  de  leur  genre  de  vie.  Dans  son  intro- 
duction ,  l'auteur  trace- à  grands  traits  l'histoire  de  la  gymnastique 
dont  il  démontre  les  avantages  ;  il  expose  le  plan  de  son  travail ,  qu'il 
divise  en  deux  parties  :  dans  l'une ,  la  gymnastique  est  appliquée  à 
l'homme  sain  ;  dans  l'autre ,  à  l'homme  malade.  C'est  la  première 
partie  que  nous  avons  sous  les  yeux  ;  la  seconde  doit  faire  le  sujet 
d'un  second  volume.  Dans  cette  première  partie,  l'auteur  traite  suc- 
cessivement :  1."  du  mouvement  en  général,  de  la  classification  des 
exercices,  etc.;  2."  des  effets  généraux  déterminés  par  les  exercices 
actifs  sur  toutes  les  fonctions  de  l'économie  ,  et  de  l'examen  parti- 
culier de  ces  différens  exercices;  3."  des  exercices  passifs  et  de  leur 
influence  générale  et  particulière;  4-°  des  exercices  mixtes;  5.°  des 
gymnases  modernes  ;  6."  des  frictions  ,  des  onctions  et  du  massage  ; 
7.°  de  quelques  considérations  relatives  à  l'âge,  aux  tcmpéramens, 


LIVRES  FRANÇAIS,  381 

aux  sexes,  aux  habitudes  ,  etc.,  et  de  quelques  précautions  à  mettre 
en  usage  dans  l'emploi  hygiénique  de  l'exercice;  8."  enfin,  de  l'in- 
fluence du  mouvement  musculaire  sur  le  céphale  en  général  et  des 
effets  déterminés  par  l'exercice  de  l'organe  intellectuel  en  par- 
ticulier, sur  le  reste  de  l'économie,  et  sur  quelques-unes  des 
facultés  de  cet  organe.  Il  est  difficile  de  traiter  ce  sujet  d'une  ma- 
nière plus  complète ,  plus  agréable  et  plus  philosophique  que  ne  l'a 
fait  M.  Londe.  Des  recherches  historiques  précèdent  ordinairement 
la  description  de  chaque  exercice,  et  le  tableau  de  l'influence  de 
chacun  d'eux  sur  l'économie  animale.  Souvent  l'auteur  emprunte, 
aux  monumens  de  la  sculpture  antique ,  ce  que  les  traités  ne  peu- 
vent lui  fournir,  relativement  à  l'histoire  des  pratiques  gymnastiques. 
Nous  indiquerons  la  réfutation  qu'il  a  faite  des  opinions  de  Bichat 
sur  le  siège  des  passions,  et  ce  qu'il  dit  sur  le  mobile  des  phénomènes 
attribués  au  tempérament  nerueux  ,  et  sur  le  siège  des  désordres 
appelés  nerueux.  L'auteur  paraît  avoir  aussi  très-bien  observé  l'a- 
liénation mentale  ,  le'  mode  -d'action  de  ses  causes  ,  la  manière  de 
diriger  le  traitement  moral  des  aliénés.  Ailleurs ,  nous  avons  trouvé 
quelques  idées  générales  sur  les  principes  qui  peuvent  contribuer  au 
perfectionnement  de  l'homme;  principes  toujours  déduits  de  son  or- 
ganisation et  des  circonstances  extérieures  qui  peuvent  la  modifier. 
Nous  avons  vu  avec  un  vif  plaisir  M.  Londe  payer  un  juste  tribut 
d'hommage  aux  hommes  qui  se  sont  occupés  avec  le  plus  de  succès 
de  l'éducation,  tant  en  France  que  chez  les  nations  étrangères.  Parmi 
les  noms  de  ces  phiiantropes  ,  nous  avons  distingué  ceux  du  vertueux 
Helvétien  Pestalozzi,  et  de  M.  Jullien,  dont  on  ne  saurait  trop  appré- 
cier les  tableaux  d'éducation  pratique.  Nous  ne  pouvons  que  nous 
joindre  à  MM.  les  commissaires ,  pour  engager  le  docteur  Londe  à 
donner  promptement  la  seconde  partie  de  son  ouvrage. Nous  ajouterons 
toutefois  que  la  première  forme,  à  elle  seule,  un  travail  complet,  qui 
convient  à  toutes  les  classes  de  la  société.  G.  D.  M. 

187. — Entretiens  sur  la  pluralité  des  mondes,  augmentés  des 
Dialogues  des  morts;  par  Fostbkelle.  Paris,  1821,  Jules  Bossange 
et  Tenon,  rue  des  Poitevins,  n»  10,  et  à  Londres,  chez  Martin 
Bossange  et  compagnie,  i4,  Great  Malborough-street.  In-12. 

a  J'ai  voulu ,  dit  Fontenelle  dans  sa  préface  ,  traiter  la  philosophie 
d'une  manière  qui  ne  fût  point  philosophique  ;  j'ai  tâché  de  l'amener 
à  un  point  où  elle 'ne  fût  ni  trop  sèche  pour  les  gens  du  monde,  ni 


;^82  LIVRES  FRANÇAIS. 

trop  badine  pour  les  savaDS.  »  Tout  le  luonde  sait  jusqu'à  quel  point 
ce  philosophe  aimable  a  réussi  dans  son  projet,  et  avec  quel  art  il  a 
répandu  des  grâces  sur  une  matière  qui  en  paraissait  peu  suscep- 
tible. Quelques  critiques  ont  trouvé  que  cet  exemple  était  dange- 
reux ;  ils  ont  dit  que  «  la  véritable  parure  de  la  philosophie  est 
l'ordre,  la  clarté,  et  surtout  la  vérité.  »  Nous  ne  prétendons  point  ap- 
peler de  ce  jugement  ;  mais  nous  croyons  que  l'on  doit  savoir  gré  à 
Fontenelle  d'avoir  réussi  par  un  moyen  ingénieux  à  faire  naître  chez 
les  gens  du  monde  du  goût  pour  l'étude  d'une  science  qui,  jusqu'à 
lui,  avait  paru  devoir  faire  partie  du  domaine  exclusif  de  quelques 
esprits  privilégiés.  Les  éditeurs  ont  joint  à  cette  nouvelle  édition  les 
Dialogues  des  morts  du  même  auteur,  et  les  soins  qu'ils  ont  apportés 
dans  l'exécution  de  cet  ouvrage  doivent  leur  mériter  également  les 
suffrages  des  gens  de  lettres  et  des  bibliophiles.  E.  H. 

i88. — Rapport  de  M.  le  chevalier  Delambbe  ,  secrétaire  perpétuel 
de  l'académie  des  sciences-,  sur  les  mémoires  lus  à  cette  académie 
par  M.  DE  Pahavey  ,  membre  du  corps  du  génie  des  ponts  et 
chaussées;  mémoires  où  l'auteur  établit  que  les  sphères  de  tous  les 
anciens  peuples  ont  une  origine  commune,  et  que  les  époques  re- 
tracées par  les  zodiaques  découverts  en  Egypte  ,  spécialement  ceux 
de  Dendera,  ne  sont  que  voisines  du  commencement  de  l'ère  chré- 
tienne. Paris,  1821  ,  Belin  ;  in^S"  de  88  pages. 

Tous  les  hommes  lettrés  connaissent  la  grande  question  de  l'origine 
des  zodiaques,  liée  à  celle  de  l'origine  et  de  l'histoire  du  genre 
humain  ;  question  sur  laquelle  on  trouve  d'un  côté  la  Bible ,  Pline  . 
Newton,  Leibnitz,  Bossuet ,  l'abbé  Testa,  Lalande,  Larcher,  Vis- 
conti ,  Delambre,  Cuvier,  etc.  ;  et,  de  l'autre,  Dupuis ,  Volnev, 
Fourier,  Grobert,  Francœur,  Remi-Raiges,  Joniard ,  etc.  Les  mé- 
moires de  M.  de  Paravey  sont  à  l'appui  de  la  chronologie  religieuse 
adoptée  jusqu'à  présent.  L'auteur  en  a  lu  des  fragmens  à  l'académie 
des  sciences  et  à  l'académie  des  belles-lettres  ;  ces  deux  compagnies 
ont  applaudi  à  ses  recherches  laboi'ieuses  et  l'ont  encouragé  dans  son 
entreprise.  La  brochure  que  nous  annonçons  ,  et  par  laquelle 
ftL  de  Paravey  prélude  à  la  publication  de  ses  important  mémoires,  a 
trois  parties  :  l'introduction  ,  un  aperçu  des  mémoires,  et  le  rapport 
fait  sur  ces  mémoires ,  en  février  dernier,  à  l'académie  des  sciences, 
par  MM.  Delambre,  Cuvier  et  Ampère.  Dans  V introduction.,  M.  de  Pa- 
ravey expose  l'état  de  la  question  relative  à  l'antiquité  des  monumens 


LIVRES  FRANÇAIS.  383 

astronomiques  découverts  en  Egypte.  Dans  ['aperçu,  il  fait  connaître 
les  rapports  singuliers  qui  existent  entre  ces  monumens  et  les  cons- 
tellations de  la  haute  axe  ;  il  prouve  que  les  constellations  de  tous 
les  peuples  dérivent  d'une  seule  et  même  sphère,  et  soutient,  d'après 
une  multitude  de  rapprochemens  nouveaux  et  remarquables ,  que 
les  zodiaques  apportés  d'Egypte  ne  marquent  pas  une  époque  anté- 
rieure à  celle  des  Ptolémées.  Cette  brochure  est  d'un  grand  intérêt 
et  fera  désirer  à  toutes  les  personnes  éclairées  la  continuation  des 
mémoires  de  M.  de  Paravey.  Lakjuinais,  de  l'Institut. 

189. — Précis  de  la  uie  de  Jésus-Christ,  extrait  de  l'évangile  et  des 
meilleurs  auteurs  qui  ont  écrit  sur  cette  matière ,  avec  des  notes 
historiques,  géographiques  et  chronologiques,  à  l'usage  de  la  jeu- 
nesse, et  particulièrement  destiné  aux  établissemens  d'instruction 
publique;  par  M.  Peigné,  ancien  professeur  et  pensionnaire  de  l'uni- 
versité. Ouvrage  orné  d'un  beau  portrait  de  Jésus-Christ,  d'après  Léo- 
nard deVinci,  etde  5ogravures.Paris,iS2i  ;  J.  L.  Chanson, imprimeur- 
libraire,  rue  des  Grands- Augustins ,  n°  10  ;  1  vol.  in-8»  de  572  pages. 

190.  —  Ds  l'inamoi^ibilité  des  pasteurs  du  second  ordre,  par 
l'auteur  du  traité  de  l'Appel  comme  d'abus.  Baudouin  frères,  rue 
de  Vaugirard,  56  ;  in-S"  de  120  pages  ;  pris  ,  1  fr.  5o  c. 

il  y  a  vingt  ans  que  la  question  de  l'inamovibilité  des  curés  eût  été 
regardée  comme  une  question  oiseuse;  personne  ne  la  révoquait  en 
doute.  Mais,  depuis  qu'on  a  voulu  transformer  en  simples  desservans 
les  sept  huitièmes  des  curés  de  France  ,  et  les  rendre  amovibles  à  la 
volonté  des  évêques  ,  il  est  devenu  nécessaire  de  démontrer  que 
cette  innovation  dans  la  discipline  de  l'église  de  France  est  con- 
traire aux  saints  canons  et  à  l'intérêt  même  de  la  religion.  Peu  de 
personnes  en  France  étaient  plus  en  état  de  discuter  cette  importante 
question  que  le  savant  et  profond  canoniste ,  auteur  de  cet  ouvrage. 
C'est  armé  de  l'autorité  de  l'écriture  ,  des  pères  de  l'église  ,  des  con- 
ciles ,  qu'il  défend  les  droits  des  pasteurs  du  second  ordre  ;  "comme , 
dans  ses  autres  écrits ,  il  avait  défendu  les  droits  inaliénables  des 
évêques  français  et  les  libertés  de  l'église  gallicane,  contre  les  usur- 
pations et  les  prétentions  des  papes  et  de  la  cour  de  Rome.    Babky. 

191.  —  Aratus  et  Kicoclès  aux  enfers;  dialogues  par  Charles 
d'Odtbepont.  Paris,  1821;  Ladvocat,  Palais-Royal ,  galerie  de  bois , 
n"  195  ;  brochure  in-8"  de  02  pages  d'impression. 

Montesquieu  ,  dans  son  admirable  dialogue  de  Sylla  et  d'Eucrate, 


88A  LIVRES  FRANÇAIS. 

a  mis  à  nu  l'ame  d'un  tyran  ;  ce  profond  philosophe  a  révélé  par  la 
bouche  même  de  Sy lia  les  turpitudes  d'un  cœur  corrompu;  il  a  pé" 
nétré  tous  les  secrets  qui  le  firent  agir,  et  tracé ,  en  les  dévoilant ,  le 
plus  beau  tableau  d'histoire  qui  soit  peut-être  parvenu  jusqu'à  nous. 
La  forme  du  dialogue  se  prêtait  favorablement  à  l'intention  de  l'his- 
torien. Par  ce  moyen  ,  c'était  Sylla  lui-même  qui  expliquait  à  Eucrate 
ses  abominables  principes;  et,  en  lisant  le  peu  de  pages  qui  les  ren- 
ferment, on  serait  tenté  de  croire  qu'elles  ont  été  tracées  par  le  cé- 
lèbre proscripteur.  L'auteur  du  nouveau  dialogue ,  yjratus  et  Ni- 
coclès,3  fait  usage  du  même  cadre;  il  lui  était  plus  indispensable 
encore  qu'à  Montesquieu;  car  il  ne  s'est  pas  contenté  de  mettre  dans 
la  bouche  de  Nicoclès  les  principes  qui  ont  guidé  et  guideront  tou  - 
jours  les  tyrans,  illes  combat  avec  une  énergie  vigoureuse  parl'organe 
d'Aratus.  Ces  deux  champions  se  pressent  l'un  l'autre  par  des  argu- 
mens  solides,  qui  prouvent  quelVÏ.  d'Outrepont  a  médité  sur  les  ques- 
tions les  plus  importantes  de  la  morale  et  de  la  politique.      A.  T. 

192  (*). — Les  Fastes  universels,  ou  Tableaux  historiques,  chrono- 
logiques et  géographiques ^  contenant,  siècle  par  siècle,  et  dans  des 
colonnes  distinctes,  depuis  les  tems  les  plus  reculés  jusqu'à  nos 
jours  :  1°  l'origine,  les  progrès,  la  gloire  et  la  décadence  de  tous  les 
peuples ,  leurs  migrations  ,  leurs  colonies  ,  l'ordre  de  succession  de 
leurs  princes ,  etc.  ;  2°  le  précis  des  époques  et  des  événemens  po- 
litiques ;  5"  l'histoire  générale  des  religions  et  de  leurs  différentes 
sectes  ;  4°  l'histoire  de  la  philosophie  et  de  la  législation  chez  tous 
les  peuples  anciens  et  modernes  ;  5»  les  découvertes  et  progrès  dans 
les  sciences  et  dans  les  arts;  6°  enfin,  une  notice  sur  tous  les 
hommes  célèbres  ,  rappelant  leurs  ouvrages  et  leurs  actions  :  ^ré- 
cédés  de  trois  grands  tableaux  synoptiques ,  servant  de  sommaire 
à  l'ouvrage  ,  et  suivis  de  dt-ux  tables  alphabétiques  comprenant , 
l'une  les  noms  d'hommes,  l'autre  les  noms  de  choses  ,  et  présentant 
toutes  deux,  par  leur  ensemble  et  par  la  manière  dont  elles  sont 
conçues ,  un  nouvel  art  de  vérifier  les  dates  ;  ouvrage  dédié  au  Roi  , 
par  M.  BuEET  de  Longchamps.  Paris,  1S21  ;  un  gros  vol.  in-f°.  format 
grand  colombier.  Prix,  i5o  fr.  en  feuilles,  et  i56  fr.  en  demi-re- 
liure. —  Cet  ouvrage  ,  exécuté  en  caractères  neufs  et  fondus  exprès, 
sera  publié  en  six  livraisons  qui  paraîtront  de  mois  en  mois.  La  pre- 
mière a  paru  le  i5  août.  On  souscrit,  à  Paris,  chez  M.  Dondey- 
Dupré,  père  et  fils ,  éditeurs  de  l'ouvrage  ,  rue  Saint-Louis ,  n.  4*1  > 


LIVRES  FRANÇAIS.  385 

9a  Marais;  chez  Treuttel  et  Wiutz ,  rue  de  Bourbon ,  n.  17  ,  et  chez 
Chaisériau,  au  dépôt  bibliographique,  rue  Neuve-des-Petits-Champs, 
n.  5. 

igS.  —  Tableaux  chronométriques ,  divisés  par  siècles,  pour 
servir  à  l'étude  de  l'histoire  de  France  ,  avec  la  carte  des  agrandis- 
semens  successifs  du  royaume ,  et  un  précis  borné  aux  faits  ;  par 
F.  GoFFAux ,  auteur  du  Tableau  chronométrique  des  époques  prin- 
cipales de  l'histoire.  Paris,  1821;  Didot  le  jeune,  rue  des  Maçons- 
Sorbonne  ,  n.  î5.  in-S»  de  85  pages. 

Ces  tableaux,  au  nombre  da  dix-huit,  offrent,  sur  des  lignes 
perpendiculaires,  divisant  chaque  siècle  par  dix  années ,  la  chrono- 
logie des  rois  de  France ,  avec  les  principaux  événemens  civils  et 
militaires.  Chaque  siècle  est  distingué  par  un  titre  qui  le  caractérise, 
ou  par  les  noms  des  rois  auxquels  se  rattachent  de  grands  souvenirs. 
L'idée  première  de  cet  ouvrage  est  bonne,-  mais  nous  craignons  que 
les  détails  d'exécution  n'offrent  à  l'œil,  et  par  conséquent  à  l'esprit, 
un  peu  de  confusion,  ce  qui  devait  être  évité  avec  d'autant  plus 
de  soin  que  l'ouvrage  est  destiné  à  un  âge  dont  l'attention  se  fatigue 
aisément.  Un  cahier  de  questions,  correspondant  au  texte,  accom- 
pagne  ces  tableaux.  j;.  H. 

i^i-{*)— Annuaire  historique  universel , pour  1820  ,  auec  un  ap- 
pendice contenant  les  actes  publics  ,  traités  ,  notes  diplomatiques  , 
papiers  d'états  ,  et  tableaux  statistiques ,  financiers ,  administratifs 
et  nécrologiques;  —  Une  chronique  offrant  les  événemens  les  plus 
piquans  ,  les  causes  les  plus  célèbres  ,  etc.— Des  extraits  de  i.-oyages 
ou  de  mémoires  intéressans,  et  des  notices  sur  les  productions  les 
plus  remarquables  de  Vannée ,  dans  les  sciences ,  dans  les  lettres  et 
dans  les  <zm.  Par  C.  L.  Lesuk.  Paris,  1821.  A  la  librairie  grecque- 
latine,  rue  de  Seine-Saint-Germain,  n.  12.  in-8»  de  824  pages. 
Prix,  10  fr. ,  et,  par  la  poste ,  la  fr.  5o  c. 

Nous  rendrons  un  compte  détaillé  de  ce  volume ,  comme  nous 
l'avons  déjà  fait  des  deux  volumes  du  même  ouvrage  ,  publiés  pour 
1817  et  1819. 

ïgS.  —  Dictionnaire  historique  ,  ou  Histoire  abrégée  des  hommes 
qui  se  sont  fait  un  nom  par  leur  génie,   leurs  talens,  leurs    ver- 
tus,  etc.,  etc.;  par  l'abbé  F.  X.  de  Felleb;   cinquième  édition 
enrichie    d'un  grand    nombre   d'articles   nouveaux,    intercalés  par 
ordre  alphabétique,  et  corrigée  parles  observations  de  nos  meil- 

TOME  XI.  25 


386  LIVRES  FRANÇAIS. 

leurs  biographes.  Tome  II,  Paris,  1821.  in-S".  Méquignon  ûls  aîné. 
Prix ,   5  fr.  ,  et  6  fr.  jS  c.  par  la  poste. 

On  trouve ,  dans  ce  second  volume  ,  les  mêmes  omissions  ,  les 
mêmes  fautes  et  les  mêmes  négligences  que  dans  le  premier.  A  l'ar- 
ticle Olivier  Basseîin,  Feller  avait  présenté  les  chansons  à  boire  de 
ce  poète  normand,  composées  dans  les  vallées  ou  vaux  de  vire, 
comme  les  modèles  de  celles  qui  ,  depuis,  ont  été ,  par  corruption  , 
nommées  vaudevilles.  (  Voy.  la  Revue ,  Tom.  X,  pag.  425.  )  Les 
nouveaux  éditeurs  ont  bien  reproduit  cette  opinion  de  Feller ,  qui 
est  celle  de  la  plupart  des  hommes  instruits  ;  mais,  à  l'article  Charles 
de  Beys  ,  ils  insinuent  que  le  mot  vaudeville  tire  son  étymologie  de 
voix  de  ville;  ce  qui  ne  se  trouve  pas  dans  l'ancien  Feller,  et  ce  qui 
met  le  bon  jésuite  un  peu  en  contradiction  avec  lui-même.  Les 
jeunes  éditeurs  ont  dénaturé  le  nom  de  monseigneur  Bechetti , 
mort  en  i8i4  j  évêque  de  Citta  dalla  Piera;  ils  le  nomment  Bechalii; 
et,  par  une  méprise  encore  plus  forte,  ils  le  présentent  comme  le 
continuateur  de  l'Histoire  ecclésiastique  d'Oroi ,  au  lieu  de  dire  du 
cardinal  Orsi.  Ces  négligences  portent  à  croire  qu'ils  ignorent  que 
cette  continuation  se  compose  de  29  vol.  in-4°  »  imprimés  à  Rome  , 
depuis  1770  jusqu'en  1797.  Elle  ne  va  que  jusqu'en  1587.  L'autenr 
avait  annoncé  qu'elle  s'étendrait  jusqu'au  pontificat  de  Pie  VI.  L'ar- 
ticle Behaim,  de  Feller,  était  à  refaire,  puisqu'il  y  a  inséré  la 
prétendue  découverte  de  l'île  de  Fayal,  parce  célèbre  voyageur. 
M.  Jans  en  a  traduit  en  français  les  nouvelles  et  curieuses  recher- 
ches, publiées  en  allemand  par  M.  de  Murr,  sur  la  vie  et  les  tra- 
vaux de  Martin  Behaim.  Cette  traduction  se  trouve  ,  soit  dans  les 
deux  premiers  volumes  du  Recueil  de  pièces  intéressantes  sur  les 
antiquités.  Paris,  1787,  in-8"  ;  soit  à  la  fin  du  premier  voyage  au- 
tour du  monde  ,  par  le  chevalier  Pigafetta  ,  traduit  en  français  par 
l'abbé  Amoretti.  Paris,  1S21  ,  in-8°.  Reproduire  un  article  de  cette 
importance,  avec  ses  anciennes  méprises,  n'est-ce  pas  manquer  au 
public ,  à  qui  l'on  a  promis  de  présenter  un  ouvrage  corrigé  sur  les 
observations  de  nos  meilleurs  biographes? 

Dans  l'édition  du  dictionnaire  de  Feller,  de  Liège  1797,  on  dit 
qu'il  y  a  une  Vie  du  cardinal  de  Berulle  ,  par  l'abbé  Goujet,  impri- 
mée en  1767  ,  qui  se  ressent  de  l'esprit  du  parti  auquel  l'auteur  s'é- 
tait voué.  Le  fait  est  que  l'ouvrage  de  Goujet  n'a  jamais  vu  le  jour; 
M.  Tabaraud  en  conserve   le  manuscrit   autographe.   On  a  ajouté , 


LIVRES  FRANÇAIS.  337 

dans  le  Feller  de  1821,   que  l'histoire  du  cardinal  de  BeruUe,  pu- 
bliée par  M.  Tabaraud ,   se  ressent  du  même  esprit;    et,  pour  le 
prouver,  on  renvoie  à  l'Ami  de  la  Religion.  Comme  l'article  parait 
être  de  la  même  main  que  le  journal,  c'est  ce  qui  s'appelle  prouver 
idemper  idem.  Du  reste,  le  journaliste  s'était  empressé  de  décrier 
l'ouvrage  sur  la  simple  annonce  ,   près  de  six  mois  avant  qu'il  fût 
rendu  public  ;  il  fallait  bien  ensuite  qu'il  soutînt  son  dire.  Trop  de 
confiance  dans  la  Biographie  universelle  a  égaré  nos  éditeurs  ;  ils 
en  ont  abrégé   l'article   du    médecin   Thomas-Bernard  Bertrand, 
mort  en  1761,  bien  plus  connu  par  les  manuscrits  qu'il  a  laissés, 
que  par  ses  ouvrages  imprimés.    Dans  la  Biographie  universelle. 
ainsi  que  dans  le  nouveau  Feller  ^  on  présente  la  plupart  de  ces  der- 
niers comme  ayant  vu  le  jour  du  vivant  de  l'auteur,  tandis  que  leur 
impression  ne  remonte  qu'aux  années  1773  et  1778.  En  effet,    nous 
en  devons  la  connaissance  à  M.  Hazon ,   dans  son  Éloge  historique 
de  la  faculté  <le  médecine  de  Paris  (lyjT)) ,  et  dans  sa  Notice  des 
hommes  les  plus  célèbres  de  la  même  faculté  {lyjS) ,  in-4°.  Des  addi- 
tions, rédigées  avec  autant  de  négligence,  gâtent  plutôt  un  ouvrage 
qu'elles  ne  l'améliorent.  On  lit  à  la  fin  de  l'article  de  Jean-Paul 
Bignon,  bibliothécaire  du  Roi  et  auteur  du  roman  intitulé  :  Aven- 
tures d' Abdalla ,  fils  d'Hanif,   qu'un  nouvel  éditeur  vient  d'ache- 
ver ce  roman  ,  et  de  le  publier  en  deux  volumes.  Il  s'agit  de  l'édition 
donnée  en  1770  par  M.  Colson  ;  l'article  Blache  est  défiguré  par  une 
méprise  bien  plus  forte  ,  puisqu'on  y  assure  que  cet  abbé  a  publié  , 
en    1699,   une  histoire  intitulée:  Anecdotes,  ou  Histoire  secrète, 
qui  découvre  les  menées  sourdes  du  cardinal  de  Retz  et  de  ses  adhé- 
rens  ,  pour  ôter  la  vie  au  roi  et  au  dauphin.  Cet  ouvrage  eat  resté 
manuscrit.  Le  vol.  4  du  Supplément  de  Feller  ,  que  nos  jeunes  édi- 
teurs ont  copié ,  porte  f  p.  543  }  que  l'abbé  Blache  avait  composé  ces 
anecdotes  en  1699.  11  faut  être  bien  novice  en  bibliographie  ,  pour 
croire  que  le  mot  composer  est  synonyme  de  publier.   Dans  l'article 
Blavet^  on  lit  Eidam  au  lieu  d'Eidous,  et  Boucher,  deux  fois  ,   au 
lieu  de  Roucher.    Des  fautes  aussi  multipliées  prouvent  que  les  édi- 
teurs sont  tout-à-fait  étrangers  à  l'histoire  littéraire;  aussi,  nous  par- 
lent-ils encore,  à  l'article  du  comte  de  Bonneval,  des  Mémoires  vé- 
ritables de  cet  homme  extraordinaire.  Il  est  généralement  reconnu 
aujourd'hui  que  ces  mémoires    n'ont   pas  plus   d'authenticité    que 
ceux  qui  ont  paru  sous  le  nom  de  M.  de  Mironc.  Voyez  le  i"  vol.  de 

25" 


388  LIVRES  FRANÇAIS. 

mon  Examen  critique  des  Dictionnaires  historigues.  Je  pourrais  mul- 
tiplier ces  remarques;mais  je  me  contenterai  aujourd'hui  de  faire  obser- 
ver aux  jeunes  ecclésiastiques  qui  se  sont  chargés  du  soin  de  complé- 
ter le  dictionnaire  de  Feller,  qu'il  faut  a  voir  étudié  l'histoire  littéraire 
pendant  une  trentaine  d'années  ,  au  moins,  pour  entreprendre  un 
travail  de  cette  nature.  Ils  seraient  convaincus  de  la  vérité  de  cette 
assertion  ,  s'ils  avaient  lu  attentivement  les  écrits  des  abbés  Goujet, 
Saas,  Rive  et  Mercier  Saint-Léger,  qui  ont  rendu  tant  de  services 
à  la  bibliographie  ,  dans  le  cours  du  dix-huitième  siècle. 

Babbier. 

196.  —  (Euvres  de  Rabaci-Saist-Étienne. — Précis  de  l'histoire  de 
la  révolution  française.  — Paris  ,  1821.  Kleffer  ,  rue  d'Enfer,  n."  2. 
Un  vol.  in- 18. 

Rabaut-Saint-Etienne ,  témoin  oculaire  et  même  acteur  dans  le 
drame  célèbre  de  la  révolution  française ,  voulut  écrire  l'histoire  de 
notre  première  assemblée  nationale,  comme  on  décrit  un  combat, 
le  lendemain  du  jour  où  il  a  été  donné  ;  ce  sont  ses  propres  expres- 
sions. L'ame  de  l'historien ,  pleine  de  patriotisme  et  du  plus  pur 
amour  de  la  liberté ,  se  peint  tout  entière  dans  le  récit  des  premiers 
événemens  de  la  révolution.  Aussi ,  ne  saurait-on  trop  recommander 
le  Précis  qu'il  nous  en  a  laissé.  Des  pensées  nobles,  un  stj'le  ferme  et 
soutenu ,  des  faits  racontés  avec  une  grande  bonne  foi  et  une  sincérité 
peu  commune ,  font  de  l'ouvrage  de  Rabaut  la  meilleure  histoire  que 
nousaj'ons  de  l'assemblée  constituante.  On  n'y  aperçoit  pas,  comme 
dans  d'autres  récits  plus  modernes  ,  des  événemens  de  la  même 
époque ,  la  haine  des  grandes  vérités  proclamées  par  la  voix  de  tous 
les  siècles  ,  entendues  et  comprises  par  les  hommes  du  dix-huitième. 
Kous  en  avons  assez  dit  pour  faire  connaître  combien  il  était  à  désirer 
qu'on  réimprimât  l'ouvrage  de  Rabaut ,  qui  était  devenu  très -rare  ; 
le  nouvel  éditeur  joindra  au  volume  qui  est  publié  d'autres  volumes 
qui  contiendront  les  discours  et  les  autres  œuvres  du  même  écrivain; 
chaque  ouvrage  se  vend  séparément.  A.  T. 

ig-.  —  Lettres  sur  l'Angleterre .,  ou  Deux  années  à  Londres,  par 
madame  D'Avot;  deuxième  édition,  revue  et  corrigée.  Paris,  1821. 
Painparré,  au  Palais-Royal,  galerie  de  bois,  n  "  2S0.  In-S."  de  294  p. 
Prix  ,  5  fr.  et  6fr.  {  Voyez  l'annonce  de  la  première  édition  ,  T.  V  , 
page  255). 

«  La  nation  anglaise  est  une  société  rassemblée  sous  Jes  mêmes 


LIVRES  FRANÇAIS.  38d 

lois.  Elle  est  foite  de  son  union  relative  au  bien  général  ;  mais  ses 
membres  restent  isolés,  famille  par  famille,  selon  leur  principe  d'é- 
goïsme.  On  pourrait  la  comparer  à  une  société  de  castors,  qui  cons- 
truisent leurs  digues  en  commun  ,  et  se  réunissent  partout  où  cette 
société  a  besoin  de  toutes  ses  forces.  Hors  de  là  ,  chacun  rentre  chez 
soi ,  élève  ses  enfans ,  et  avise  aux  moyens  d'empêcher  que  son  voisin 
ne  puisse  surprendre  le  secret  de  son  commerce  pour  en  profiter.» 
Ce  trait  de  pinceau,  seul,  peint  parfaitement  la  nation  chez  laquelle 
l'auteur  a  séjourné  pendant  deux  années.  On  ne  peutcontester  à  ma- 
dame D'Avot  une  qualité  précieuse,  indispensable,  et  cependant  bien 
rare  dans  un  voyageur,  l'esprit  d'impartialité.  Tout  en  restant  Fran- 
çaise, elle  n'a  point  cherché  à  faire  le  panégyrique  de  ses  compa- 
triotes, aux   dépens  du  peuple   qu'elle  visitait;   elle  n'a  point  non 
plus  voulu  flatter  ses  hùtes  :  elle  fait,  avec  justice  et  discernement,  la 
part  du  blâme  et  de  la  louange.  Il  faut  plaindre  avec  elle  les  Anglais 
d'avoir  chez  eux  des  agens provocateurs  «  excitant  au  désordre ,  puis 
dénonçant  les  hommes  qu'ils  ont  séduits  et  entraînés;  »  il  faut  les 
plaindre  de  cette  étrange  prodigalité  «  qui  leur  fait  dépenser,  dans 
une  seule  fête ,  des  mille  livres  sterling,  en  planchers  peints  au  pastel 
et  représentant  les  plus  riches  dessins,  dont  le  pied  des  danseurs  em- 
porte un  morceau  à  chaque  pas  ;  »  il  faut  les  plaindre  de  voir  les  im- 
pôts peser  également  chez  eux  sur  les  caprices  du  luxe  et  sur  les  besoins 
du  pauvre,  «  qui,  s'il  gagne  vingt  sous  par  jour,  en  doit  donner  six  au 
gouvernement  ,  et  peut  à  peine  ,  avec  ce  qui  lui  reste,  suffire  à  ses 
premiers  besoins  et  à  ceux  de  .ses  enfans  ;  «  il  faut  les  plaindre  d'avoir 
à  Londres  un  quartier  {Sainte- Jailes^ ,  «servant  pour  les  malfaiteurs 
de   repaire   inaccessible  à  l'œil  de  la  pohce  et  aux  poursuites  de  la 
justice;  »   il  faut  les  plaindre  des  démarches  humiliantes  que  fait 
souvent ,  auprès  du  plus  grossier  artisan  ,  un  candidat  au  parlement , 
pour  obtenir  une  voix  ;  »    il  faut  les    plaindre  encore  ,    avec    ma- 
dame D'Avot,  qui,  femme,  Française,  et  sans  doute  accoutumée  aux 
hommages  dont  nous  entourons  en  France  la  beauté,  les  grâces  et 
l'amabilité  ,  a  dû  être  révoltée  en  voyant  un  matelot  amener  s^femme 
au  marché,  «la  tenant  par  l'extrémité  d'un  licou,  qui  servait  à  la 
conduire  ;»   en  le  voyant,  dis-je,  «la  vendre  publiquement  pour  la 
somme  de  trois  schelings  ,  en  présence  d'une  multitude  immense  ac- 
courue i  ce  spectacle  ,  et  malgré  l'intervention  des  magistrats,  venus 
trop  tard  pour  l'empêcher.  »  Mais  aussi  il  faut  féliciter  les  Anglais 


390  LIVRES  FRANÇAIS. 

de  leur  respect  po^ir  la  propriété,  la  justice  et  les  lois;  il  faut  les  féli- 
citer d'aroh  des  Juges  «qui  libèrent  ou  condamnent  un  individu 
quelconque  ,  sans  distinction  de  rang  ni  de  fortune;»  il  faut  les  féli- 
citer de  cette  générosité  ingénieuse, si  digne  de  trouver  des  irnitateurs 
en  France,  «  qui,  chaque  année,  à  une  époque  fixe,  fait  de  la  rue 
d'Arg^'le ,  â  Londres,  une  espèce  de  bazar,  où  les  femmes  les  plus 
élégantes  ne  dédaignent  pas  de  venir  vendre  ,  au  profit  des  pauvres  , 
les  bagatelles  qu'elles  s'amusent  à  faire  pendant  l'année  ,  et  que  les 
Anglais ,  en  galans  chevaliers  ,  croient  ne  pouvoir  jamais  payer  assez 
cher;»  il  faut  les  féliciter  o  de  ne  voir  chez  eux  aucun  soldât  a~mè  venir 
porter  la  crainte  et  la  terreur  au  sein  même  des  plaisirs,  et  d'avoir  une 
police  qui  n'emploie  que  des  officiers  civils  ;  »  il  faut  les  féliciter 
enfin  de  voir  aux  élections  o  l'exemple  de|  la  modération  donné  par 
les  premières  classes  de  la  société,  et  suivi  bientôt  par  la  dernière, 
qui  finit  par  faire  des  choix  respectables,  et  par  élire  des  hommes 
tels  que  sir  Robert  Wilson,  dont  le  titre  de  libérateur  de  Lavalette  a 
semblé  le  plus  honorable  aux  yeux  de  ses  compatriotes,  et  M.  Wood, 
ami  du  fameux  lord  Erskine ,  auquel  le  roi  a  permis  de  prendre  pour 
légende  ces  mots,  qui  rappellent  le  bienfait  dont  son  pays  lui  est 
redevable  :  The  trial  hj  jurjy  (c'est-à-dire  le  jugement  par  jurés).  » 
Madame  D'Avot,  qui  avait  promis  à  son  amie  o  de  s'approcher  de 
tout,  afin  de  pouvoir  lui  rendre  compte  de  tout,  »  parle  aussi  du 
théâtre  anglais.  «Ses  pièces,  dit-elle,  ne  sont  point  en  vers;  on  y  chante 
parfois  ,  et  les  idées  les  plus  bouffonnes  sont  à  côté  des  passions  les 
plus  violentes.  Ce  genre  est  le  plus  rapproché  de  la  nature,  j'en 
conviens ,  et  doit  plaire  au  peuple.  Cela  se  rattache  encore  à  la 
prévoyance  du  gouvernement  et  à  l'esprit  qui  régit  cette  nation.  On 
fait  beaucoup  pour  le  peuple  ;  c'est  une  espèce  de  souverain  qui 
laisse  régner  les  autres,  pourvu  que  les  droits  qu'il  sait  avoir  par  sa 
force  lui  soient  assurés  sans  contestation,  o  Que  l'on  réfléchisse 
maintenant  pour  quelle  classe  de  la  société  principalement  ont 
écrit  chez  nous  les  Corneille  et  les  Racine  ,  et  peut-être  on  aura 
trouvé  le  secret  de  la  différence  qui  existe  entre  le  théâtre  français 
et  le  théâtre  anglais.  Du  reste ,  la  haute  société ,  en  Angleterre ,  rend 
parfaitement  justice  au  mérite  de  nos  chefs-d'œuvre  ;  elle  l'a  prouvé 
récemment  par  l'accueil  flatteur  et  empressé  qu'elle  a  fait  à  Talma, 
et  par  la  galanterie  dont  madame  D'Avot  elle-même  a  été  l'objet  au 
théâtre  de  Surroy,  où  le  directeur  fit  répéter  exprès  pour  elle  le  God 


LIVRES  FRANÇAIS.  391 

sat^ethe  King ,  qu'elle  regrettait  de  n'avoir  pu  entendre,  étant 
arrivée  trop  tard  au  spectacle.  Voilà  une  galanterie  toute  française 
et  à  laquelle  je  ne  connais  rien  de  comparable,  si  ce  n'est  la  po- 
litesse et  l'urbanité  des  jugemens  de  madame  D'Avot,  qui  tendent 
à  faire  des  deux  nations  rivales  deux  nations  amies.     E.  Hébeau. 

igS.-Naufrage  de  la  frégate  la  .Méduse ,  faisant  partie  de  Vex- 
pèdition  du  Sénégal  en  1816;  par  Coehbabd  et  Savigny;  5»  édition 
ornée  de  8  gravures.  Paris,  1821  ;  Corréard,  au  Palais-Royal;  i  vol. 
in-8»  de  5o8  pages.  Prix,  7  fr.,  ou  avec  deux  gravures  seulement, 

6  francs. 

Les  aventures  des  naufragés  de  la  Méduse  sont  au  nombre  des 
plus  extraordinaires  qui  soient  arrivées  dans  les  tems  modernes  ,  et 
surpassent  en  horreur  celles  de  VOswego^l  du  brick  Ze  Commerce, 
dont  le  naufrage  eut  lieu  vers  le  même  tems  et  presque  sur  les 
mêmes  côtes.  Il  était  facile  de  prévoir  que  le  public  liïait  avec  un 
vif  intérêt  le  récit  de  ces  malheurs  inouis,  et  que  cette  relation  aurait 
plus  d'une  édition.  La  troisième  qui  vient  de  paraître  est  beaucoup 
plus  volumineuse  que  les  précédentes  et  ornée  de  huit  gravures; 
mais  peut-être  les  auteurs  n'ont-ils  pas  assez  consulté  leur  intérêt  en 
grossissant  ainsi  leur  ouvrage.  Ce  sont  les  aventures  du  naufrage  de 
la  Méduse  et  les  événemens  déplorables  arrivés  sur  le  radeau  que  le 
public  a  voulu  connaître,  et  non  pas  tout  ce  que  les  auteurs  ont  pu 
imprimer.  11  était  inutile  de  joindre  à   l'histoire  du  naufrage  les 
détails  minutieux  des  procès  que  l'un  des  auteurs  a  eu  à  soutenir, 
comme  libraire  ,  devant  les  tribunaux  de  Paris  ;  il  était  encore  plus 
inutile  d'enfler  le  volume  en  y  ajoutant ,  par  forme  de  supplément , 
l'aventure  de  GotUn  dans  la  houillière  de  Beaujonc.    Cette  histoire  , 
d'ailleurs  très-connue ,  n'a  pas  le  moindre  rapport  au  naufrage  de  la 
Méduse;  et  diviser  l'intérêt ,  n'est  pas  le  moyen  de  l'augmenter.  11 
est  vrai  que  les  auteurs,  en  rapprochant  les  deux  événemens,  ont 
voulu  faire  voir  comment,  sous  un  autre  gouvernement,  le  courage 
dans  le  malheur  reçut  d'éclatantes  récompenses,  tandis  que  depuis, 
des  hommes  non  moins  courageux  et   plus  infortunés  ont  été  dé- 
laissés ,  et  n'ont  reçu  que  du  public  quelque  dédommagement  de 
leurs  souffrances  inouies.  Mais  les  deux  cas  ne  sont  pas  les  mêmes. 
GoEQn  fut  récompensé  pour  avoir  contribué  au  salut  de  ses  cama- 
rades, et  peut-être  aussi  parce  que  le  chef  de  l'état  avait  l'habitude 
de  tout  rapporter  à  sa  personne.  Les  naufragés  de  la  Méduse,  loin  de 


392  LIVRES  FRANÇAIS. 

.auver  quelqu'un,  avaient  jeté  les  blessés  à  la  mer  pour  conserver 
leur  propre  vie.  Cependant,  une  autre  considération  aurait  dû  attirer 
sur  ces  malheureux  la  pitié  du  gouvernement;  c'est  de  l'ineptie  de. 
chefs ,  choisi,  par  le  ministère  de  la  marine  pour  commander  l'expé- 
dition ,  que  sont  venues  toutes  les  calamités  qui  ont  accablé  les  nau- 
fragés. La  haute  administration  aurait  dû  réparer  partons  les  moyens 
possibles  les  suites  effroyables  de  cette  grande  faute.  Voilà  ce  qu'elle 
n'a  pas  fait,  et  voilà  ce  qu'on  lui  reprochera,  tant  qu'on  lira  la 
relation  de  MM.  Corréard  et  Savigny.  Parmi  les  gravures  qui  accom- 
pagnent leur  relation,  il  y  en  a  quelques-unes  qui  sont  bien  exécutées. 

Depping. 
i99'-Mémoires  de  Napoléon  Bonaparte.  Paris,  1821  ;  Baudouin, 
rue  de  Vaugirard,  36.  _  Ce  livre  est  la  réimpression  du  fameux  ma- 
nuscrit dit  de  Sainte-Hélène. 

0.00.- (Euvres  de  Napoléon  Bomapabte;  Tom.  II  et  III.  Paris, 
183 1  ;  Panckoucke ,  rue  des  Poitevins  ,  .4  ;  in-80  de  5o2  pages. 

Nous  reviendrons  sur  cette  collection,  lorsqu'on  en  publiera  le 
premiervolume.  On  retrouve,  dans  les  deux  que  nous  annonçons,  une 
partie  de  la  correspondance  militaire  et  politique  de  Bonaparte,  alors 
général  en  chef  des  armées  d'Italie  et  d'Egypte;  et  cette  correspon- 
dance renferme  des  matériaux  importans  pour  l'histoire. 

^ou-Documens  historiques,  suivis  de  pièces  justificatit^es ,  sur  la 
maladie  et  la  mort  de  Napoléon  Bonaparte,  par  le  docteur  O'  Méab* 
son  médecin  pendant  trois  ans  à  Sainte-Hélène.  Paris,  1821  ;  Mongie 
aine,  boulevart  Poissonnière ,  n«  ,8;  brochure  in-S»  de  7  pages. 

■^oi.—Appel  aux  Grecs  ,  traduit  du  grec  moderne  d'AiEOMixE , 
natif  de  Marathon,  avec  la  proclamation  d' Vpsilanti  aux  Français 
Pans,iS2.;  Baudouin,  rue  de  Vaugirard,  56;  brochure  in-S»  de 
60  pages  ,  avec  une  gravure. 

Une  préface  nous  apprend  que  ce  petit  écrit  fut  publié  dans  les  trois 
premiers  mois  de  i8oi,  à  l'époque  où  les  Français  occupaient  encore 
l'Egypte,  et  où  cette  puissante  diversion  semblait  offrir  aux  malheu- 
reux Grecs  une  chance  favorable.  C'est  une  peinture  éloquente  des 
fruits  amers  qu'ont  produits  les  dissentions  entre  les  Grecs  ,  et  de  l'é- 
tat d'abaissement  de  misère  et  de  servitude  dans  lequel  ils  sont  tom- 
bes. C'est  une  invocation  à  la  fois  religieuse  et  politique,  en  faveur  de 
l'affranchissement  et  de  la  renaissance  de  la  Grèce,  dont  la  cause  est 
-."jourd'hui  celle  du  cluislianismc,  de  h.  civilisation  et  de  l'humanité. 


LIVRES  FRANÇAIS.  393 

30J. —  (Sucres  de  Rabaut-Saint-Etienne. — Le  vieux  Cévenol,  ou 
Anecdotes  de  la  vie  d'Amhroise  Borèly,néà  Londres,  âgé  de  cent 
trois  ans  sept  mois  et  quatre  jours;  précédées  d'une  notice  historique 
sur  la  vie  de  l'auteur  ,  par  M.  le  comte  Boissj-d' Anglas,  pair  de 
France.  Nouvelle  édition ,  revue  ,  corrigée  et  augmentée ,  ornée  du 
portrait  de  Rabaut  et  de  celui  de  M.  le  comte  Boissy-d'Anglas. 
Paris,  1821;  Kleffer,  rue  d'Enfer,  n°  2  ;  i  vol.  in-S".  Prix,  1  fr.  yS  c. 
204.  —  (Euvres  complètes  de  madame  de  Ghafigny  ;  nouvelle  édi- 
tion ,  ornée  de  9  gravures  et  du  portrait  de  l'auteur.  Paris  1821  ;  Le- 
long,  au  Palais-Royal,  galerie  de  bois,  n"  253.  i  vol.  in-S"  pap.  fin 
d'Auvergne.  Prix  ,  9  fr. ,  et  par  la  poste  10  fr.  5o  c. 

Cette  édition  se  compose  des  Lettres  péruviennes  avec  une  intro- 
duction historique  ,  de  Cénie ,  drame  en  cinq  actes ,  de  la  Fille  d'A- 
ristide ,  également  en  cinq  actes ,  et  d'une  Nouvelle  espagnole. 
Cette  dernière  production  est  celle  par  laquelle  M"'  de  Grafigny 
débuta  dans  la  carrière  des  lettres.  Elle  fut  insérée  dans  le  Recueil 
de  ces  Messieurs^  volume  in-12  qui  parut  en  1745,  et  pour  lequel  elle 
lui  avait  été  demandée.  «  Cette  bagatelle,  dit  l'auteur  de  la  Notice ■, 
n'ayant  pas  été  goûtée  par  quelques-uns  des  associés  ,  ]M°"  de  Grafi- 
gny ,  piquée  des  plaisanteries  de  ces  messieurs,  composa  ,  sans  rien 
dire  à  la  société,  les  Lettres  d'une  Péruvienne ,  qui  eurent  le  plus 
grand  succès.  »  Il  serait  à  désirer  que  la  critique  ,  excitant  l'amour 
propre  des  auteurs  ,  produisît  souvent  un  aussi  heureux  effet  que  dans 
cette  circonstance.  Il  y  a  bien  loin  de  sa  Nouvelle  Espagnole ,  pro- 
duction très-ordinaire ,  aux  Lettres  péruviennes  qui  la  suivirent  im- 
médiatement. Ce  dernier  ouvrage  est  un  modèle  d'invention  ,  de  bon 
goût,  de  naturel,  de  grâce,  de  fine  plaisanterie,  et  en  même  tems 
de  style.  Le  voile  ingénieux  sous  lequel  l'auteur  se  cache  pour  faire 
la  critique  des  moeurs  du  tems,  est  d'autant  plus  heureux,  qu'il  lui 
permet  de  hasarder  les  vérités  les  plus  fortes,  vérités  qui  cessaient 
d'être  offensantes  en  passant  par  la  bouche  d'une  jeune  fille  sauvage , 
dont  la  simplicité  et  la  candeur  amusaient  le  lecteur,  tandis  qu'il  ne 
les  aurait  point  voulu  souffrir  d'un  compatriote ,  de  son  égal  enfin. 
C'est  là  tout  le  secret  de  l'allégorie ,  et  c'est  ce  qui  fait  tout  le  charme 
de  l'apologue.  Les  Lettres  péruviennes  plairont  tant  que  Ion  conser- 
vera du  goût  pour  la  bonne  littérature  :  je  n'en  dirai  pas  autant  de 
Cénie  ;  c'est  un  drame  qui  a  le  mérite  d'être  bien  écrit  ;  mais  on  y 
trouve  trop  de  sentences,  trop  de  ces  lieux  communs  de  morale  vul- 


.39A  LIVRES  FllANÇAIS. 

gaire.  11  faut  moins  de  paroles  et  plus  de  mouvement  à  la  scène.  Un 
autre  défaut  me  paraît  nuire  essentiellement  à  cette  pièce  ;  on  y  ren- 
contre trop  de  gens  sages,  et  les  gens  sages  ,  comme  on  sait ,  ne  sont 
pas  ceux  qui  amusent  le  plus  au  théâtre.  Tout  l'intérêt  repose  sur  ces 
suppositions  romanesques  dont  on  nous  a  lassés  depuis.  C'est  le  secret 
de  la  naissance  de  Génie  et  le  charme  répandu  par  le  style  sur  tout  le 
sujet  qui  fit ,  dans  la  nouveauté ,  le  succès  de  ce  drame  ;  il  serait  reçu 
avec  indifférence ,  s'il  paraissait  aujourd'hui  j)0ur  la  première  fois. 
L'éditeur  n'a  rien  négligé  pour  rendre  cette  édition  ,  confiée  aux 
presses  de  Didot  jeune  et  ornée  de  gravures  dessinées  par  Le  Barbier 
aîné  et  Chasselat ,  la  plus  belle  et  la  plus  complète  de  toutes  celles 
publiées  dans  le  même  format  ;  on  regrette  cependant  de  ne  pas  y 
trouver  les  lettres  de  M°>«  de  Grafigny  sur  Voltaire.  E.  Héhbau. 

2o5. —  As^nès  de  France ,  ou  le  Douzième  Siècle;  roman  historique, 
par  M""<^  Simons-Gandeille.  Seconde  édition.  Paris  ,  1821.  Maradan  , 
rue  des  JMarais,  n°  ;6.  5  vol.  in-12. 

Ce  roman  a  un  grand  tort  à  nos  yeux ,  c'est  d'être  un  roman  ;  quel- 
ques efforts,  quelques  recherches  de  plus,  et  ÎM"»^  Candtille  avait 
écrit  l'histoire  d'un  siècle  dont  elle  a  tracé  le  tableau  d'une  main 
habile  et  d'un  pinceau  vigoureux,  mais  malheureusement,  si  l'on 
peut  s'exprimer  ainsi,  sur  un  fond  qui  donne  une  fausse  teinte  aux 
couleurs  les  plus  vraies.  A  part  ce  défaut ,  commun  à  tous  les  romans 
historiques ,  on  conviendra  que  cet  ouvrage  ,  remarquable  sous  le 
rapport  du  style  ,  plein  de  pensées  profondes  et  rempli  d'intérêt,  est 
une  des  meilleures  productions  de  ce  genre ,  et  mérite  les  éloges  qui 
lui  ont  été  donnés.  ISous  regrettons  vivement  que  la  nature  de  ce 
Recueil  ne  nous  permette  pas  de  les  justifier  par  des  citations;  mais, 
en  renvoyant  le  lecteur  à  l'intéressante  Agnès,  nous  n'avons  point  à 
craindre  de  voir  notre  jugement  infirmé.  IVous  devons  pourtant 
adresser  un  reproche  à  madame  Candeille.  Pourquoi  a-t-elle  sup- 
primé les  pronoms  dans  les  discours  de  ses  personnages?  Je  ne 
pense  pas  qu'elle  ait  voulu  imiter  par  là  le  langage  du  tems,  qui  ferait 
actuellement  un  assez  singulier  effet  dans  un  roman.  En  empruntant 
le  langage  d'un  siècle  de  beaucoup  postérieur,  elle  a  fait  à  peu  près 
comme  l'historien  de  Rome  ancienne  qui  ferait  parler  l'italien  à  ses 
héros.  Nous  devons  dire  néanmoins  que  cette  suppression  de  parti- 
cules donne  au  discours  une  concision  ri  une  npïvclé  qui  seront  à 
jegrettcr  lorsqu'il  faudra  se  conformer  aux  règles  ordinaires.  Nous 


LIVRES  FRANÇAIS.  395 

voudrions  bien  critiquer  aussi  quelques-unes  des  notes  ;  mais  l'auteur 
n'a  voulu  écrire  qu'un  roman  historique.  E.  G. 

206.  —  Voyage  aux  Alpes  et  en  Italie,  ou  Lettres  en  prose  et  en 
vers,  contenant  la  description  de  ces  contrées ,  avec  des  détails  sur 
les  curiosités  naturelles  et  industrielles  ,  les  mœurs  et  coutumes  des 
hahitans ,  les  ètahlissemens ,  etc.  ;  par  Albert  Momémokt.  Paris, 
1821.  Lelong,  libraire,  Palais-Royal,  galerie  de  bois,  n"  233.  2  vol. 
in-18,  avec  deux  gravures  et  une  carte  des  Alpes  et  pays  circon- 
voisins.  Prix ,  6  fr. ,  et  7  fr.  5o  c. 

On  pourrait  former  une  bibliothèque  uniquement  composée  de 
Voyages  en  Suisse  et  en  Italie.  Cette  richesse  n'empêche  pas  cepen- 
dant qu'on  ne  puisse  écrire  encore  sur  ces  contrées  où  les  arts  et  la 
nature  ont  réuni  toutes  leurs  merveilles.  Ordinairement,  les  voyages 
de  ce  genre  sont  une  source  de  belles  pensées  ;  et  l'aspect  de  tant 
d'objets  dignes  d'admiration,  élève  le  style  de  l'écrivain.  Le  Voyage 
aux  Alpes  et  en  Italie  est  d'une  lecture  d'autant  plus  agréable  ,  qu'il 
offre  une  grande  variété,  et  que  des  récits  pleins  d'images  gracieuses 
s'y  mêlent  à  des  compositions  fortes  et  poétiques.  L'auteur  se  dirige 
d'abord  vers  Genève,  et  traverse  les  plaines  de  la  Bourgogne,  dont 
l'aspect  monotone  a  désespéré  son  génie  poétique.  Arrivé  à  Ferney  , 
il  s'est  empressé  de  faire  le  pèlerinage  de  rigueur  au  château  de  Vol- 
taire ,  dont  il  nous  donne  une  description  en  vers  faciles  et  élégans  ; 
il  parcourt  ensuite  la  vallée  de  Chamouni,  dont  la  découverte  ne  re- 
monte pas  à  plus  de  quatre-vingts  ans  ,  et  dont  les  habitans  ont  vécu 
jusqu'alors  ignorés  du  reste  du  monde,  au  pied  du  Mont-Blanc;  il 
trace  un  tableau  piquant  des  mœurs,  simples  encore,  des  habitans 
de  Chamouni.  Ce  petit  village,  situé  sur  la  lisière  de  la  mer  de  glace, 
sert  de  point  de  départ  à  toutes  les  excursions  sur  le  ]\Iont-Blanc  ;  il 
est,  chaque  année,  peuplé  d'une   foule  d'étrangers,   ce  qui  a  sans 
doute  contribué  à  donner  aux  habitans  cette  ardeur  pour  le  gain  que 
leur  reproche  M.   Montémont.  L'auteur  consacre  quelques  lignes  à 
la  mémoire  du  jeune  Eschen,  qui  fut  englouti  dans  une  des  crevasses 
du  glacier;   ce   morceau  est  écrit  avec    sensibilité.   Sa  lettre  sur  le 
Mont-Blanc  renferme  des  détails  curieux  sur  la  formation  et  les  pro- 
grès des  glaciers ,  et  sur  les  avalanches  ;  il  donne  le  précis  des  princi- 
pales tentatives   qu'on  a  faites  pour  en  atteindre  le   sommet ,  et   il 
signale   les    dangers  de    ces  ascensions,    entièrement  stériles  pour 
les  sciences,  depuis  que  Saussure  a  fait  sur  la  cime  même  toute?  le' 


396  LIVRES  FRANÇAIS. 

expériences  qu'il  est  possible  d'exécuter  dans  une  situation  aussi  péril- 
leuse et  après  les  fatigues  de  cette  excursion.  M.  Montéuiont,  en 
traversant  le  Simplon,  ne  manque  pas  de  rappeler  les  noms  des  ingé- 
nieurs français  et  italiens  qui  dirigèrent  l'exécution  de  ce  beau  monu- 
ment, dont  on  peut  dire  avec  lui  o  que  si  les  puissans  de  la  terre  ne 
concevaient  jamais  que  de  semblables  projets,  il  faudrait  se  prosterner 
devant  leurs  pas.  »  Il  nous  apprend  en  peu  de  mots  quels  efforts  l'art 
a  dû  surmonter  pour  suspendre  la  route  du  Simplon  aux  flancs  des 
montagnes,  pour  percer  en  galerie  d'énormes  rochers ,  pour  jeter  des 
ponts  sur  des  abîmes  où  la  vue  n'ose  descendre.  La  onzième  lettre 
est  la  plus  intéressante  de  tout  l'ouvrage.  La  description  que  l'auteur 
donne  de  Milan  est  complète.  On  lit  avec  plaisir  le  récit  de  ses  vi- 
sites au  palais  de  Brera  ,  enrichi  des  peintures  à  fresque  du  célèbre 
Appiani;  au  -paXaLis  des  sciences  et  des  arts,  dont  le  rez  de-chaussde 
contient  des  écoles  d'architecture,  de  peinture  ,  d'anatomie  ;  le  se- 
cond étage  ,  la  magnifique  galerie  de  peinture,  dans  laquelle  on  re- 
marque le  viariage  de  la  J^ierge,  de  Raphaël;  et  le  troisième,  un 
observatoire,  garni  d'instrumens  astronomiques  des  premiers  artistes 
de  la  France  et  de  l'Angleterre.  On  ne  sera  point  étonné  de  l'admi- 
ration de  M.  Montéraont  pour  les  goûts  littéraires  des  Milanais  , 
quand  on  aura  parcouru  avec  lui  la  belle  bibliothèque  Ambroisienne, 
enrichie  de  tant  de  livres  et  de  manuscrits  précieux.  Les  amans  des 
beaux  arts  partageront  son  enthousiasme  pour  les  monumens  qui  dé- 
corent Milan;  mais  lorsque,  entraîné  par  son  imagination  poétique, 
il  semble  prévoir  l'indépendance  de  cette  belle  Italie  ,  l'ami  de  la 
liberté  reconnaît  avec  tristesse  que  ce  morceau  a  été  écrit  quelques 
mois  trop  tôt.  Vers  la  fin  de  sa  lettre  sur  Gênes,  est  placé  un  chant 
lyrique  sur  l'OcéûfT? ,  que  l'auteur  a  composé  en  contemplant  la  Mé- 
diterranée du  haut  du  phare  :  cette  ode  offre  plusieurs  strophes  où 
l'on  trouve  beaucoup  de  verve  et  de  majesté.  La  lecture  de  cette 
pièce  doit  faire  désirer  vivement  la  publication  promise  par  M.  Mon- 
témont  du  recueil  de  ses  poésies.  L'auteur  est  rentré  en  France  par 
Grenoble  et  Lyon  ;  il  a  visité  ,  en  passant,  la  grande  Chartreuse  ,  dont 
il  donne  une  description  fort  piquante.  En  résumé,  ce  Vvjyage  aux 
Alpes  et  en  Italie  se  fait  lire  avec  un  vif  intérêt ,  par  la  diversité  des 
observations  qu'il  renferme  sur  les  moeurs  ,  la  littérature  et  les  arts. 
Après  avoir  tracé  ,  avec  l'enthousiasme  d'un  poète  ,  le  tableau  de  ces 
montagnes  et  de  leurs  imposans  phènomèues ,  il  décrit  ,  en  homme 


LIVRES  FRANÇAIS.  397 

fie  goût ,   les  iostitutions  de  la  classique  Italie ,  ces   monumens  de 
l'esprit  humain  ,  impérissables  comme  ceux  de  la  nature. 

C.    COQUEBEL. 

\o-.{*)— Théâtre  de  Marie- Joseph  Chénier,  précédé  d'une  ana- 
lyse ,  par  M.  N.  L.  Lemercieh  ,  de  l'Académie  française.  Nouvelle 
édition  revue  sur  les  manuscrits.  Paris,  1821.  Baudouin  frères  ,  rue 
de  Vaugirard  ,  n"  56.  5  vol.  in-18,  ensemble  11S9  pages. 

On  a  oublié  de  rappeler  que  l'analyse  qui  précède  cette  nouvelle 
édition  est  entièrement  composée  des  trois  comptes  rendus  de  ce 
théâtre  par  M.  Lemercier ,  rédigés  pour  notre  Rei^ue  Encyclopé- 
dique, et  insérés  dans  le  tom.  i" ,  pag.  110,298  ,  4S7,  et  qui  nous 
dispensent  de  revenir  sur  le  même  ouvrage ,  dont  l'estimable  auteur 
du  cours  de  Littérature  analytique  a  si  habilement  fait  ressortir 
les  beautés  et  indiqué  les  défauts. 

208  (*)  .^Description  de  F  Egypte  ,  ou  Recueil  des  observations  et 
des  recherches  qui  ont  été  faites  en  Égjpte,  pendant  l'expédition  de 
tarmée  française,  seconde  édition  dédiée  au  Roi.  Tom.  I  du 
texte.  {Antiquilés.-Descriptions.)  Paris,  1821.  Panckoucte.  in-8» 
de  860  pages.  Prix ,  7  fr.  —  Le  texte  ne  se  vend  pas  séparément. 

Ce  volume,  imprimé  en  caractères  neufs  avec  le  plus  grand  soin, 
sur  papier  fin  des  belles  fabriques  d'Arches,  est  consacré  aux  des- 
criptions des  villes  antiques  dePhilœ,de  Syène,  des  Cataractes, 
de  l'île  d'Éléphantine,  d'Ombos,  de  Selseleh  ,  d'Edfou,  d'Elethyia  , 
d'Esné  et  d'Erment.  Il  est  précédé  de  la  Préface  historique  par 
M.  Fourrier.  Nous  rendrons  un  compte  détaillé  de  cette  publi- 
cation attendue  avec  impatience  par  les  souscripteurs,  et  qui  doit 
remplir  leur  attente. 

—  Douzième  livraison.  Antiquités.  J>'ol.  I ,  pi.  9.  L'objet  prin- 
cipal de  cette  planche  est  de  faire  voir  l'intérieur  des  grandes  cons- 
tructions qui  précèdent  les  temples  d  Egypte  et  qu'on  appelle 
j>ylônes.— Antiquités.  Vol.  I,  pi.  91.  Cette  planche  représente  le 
temple  d'Hermonthis  qui  se  distingue  de  tous  les  temples  d'Egypte 
par  des  colonnes  d'une  proportion  plus  élancée  et  qui  approche  de  celle 
de  l'ordre  ionique.  Les  ruines  de  ce  temple  sont  très-pittoresques  ;  il 
renferme  des  sculptures  astronomiques  et  mythologiques  pleines 
d'intérêt  pour  les  savans  et  les  antiquaires.  On  trouve  dans  cette 
ville,  voisine  de  Thèbes ,  les  restes  d'un  nilomètre  antique. — Etat 
moderne.  Fol.  T,pl.  1.  Les  villes  modernes  deSyène,  Esné  et  Syout 


398  LIVRES  FRANÇAIS. 

ont  fourni  les  détails  qui  composent  cette  planche. — Histoire  natu- 
relle.— Zoologie. -Poissons  du  NiL  PL  5.  Deux  espèces  de  poissons 
du  Nil  appelés  characin  nefasch  et  serrasalme  citharine. — Histoire 
naturelle. — Botanique.  PI.  5.  Deux  plantes  rampantes ,  nommées 
Boerhaai'ia  repens  et  salicornia  slrobilacea. 

Tbeizièmh  livraison.  Antiquités.  Vol.  I,  pi.  72.  Fig.  i ,  2.  Em- 
placement du  grand  temple  de  Latopolis  et  de  deux  autres  temples 
des  environs.  Fig.  3  et  4-  Plan  et  coupe  du  portique  du  grand  tem- 
ple.— Antiquités.  Vol.  \ ,  pi  8.  On  a  représenté  dans  cette  planche 
quinze  chapiteaux  de  l'île  de  Phila;. — Etat  moderne.  Vol- 1,  pi.  11. 
On  connaît  le  projet  de  réunir  l'Océan  et  la  Méditerranée  par  un 
canal  tracé  à  travers  l'isthme  de  Soueys.  Ce  travail  a  été  effectué 
dans  les  tems  anciens  ;  mais  une  foule  de  causes  ont  fait  abandonner 
le  canal  antique  ,  dont  il  reste  aujourd'hui  peu  de  vestiges.  Le  même 
dessein  a  été  tenté  pendant  l'expédition  française;  les  ingénieurs  ont 
exécuté,  de  1798  a  iSoi  ,  toutes  les  opérations  préliminaires  pour 
cette  grande  entreprise  :  plans,  nivellement,  recherches ,  devis,  etc.  ; 
le  résultat  de  leurs  travaux  est  consigné  dans  un  écrit  fort  étendu  in- 
titulé :  Mémoire  sur  le  canal  des  deux  mers  (Voyez  Etat  moderne  , 
vol.  1  ).  La  planche  2  représente  le  plan  de  l'extrémité  de  la  mer 
Rouge,  les  environs  de  Soueys,  les  traces  du  canal  antique,  enfln 
les  plans  et  profils  du  nouveau  canal  qu'on  se  proposait  d'exécuter. 
—  État  moderne. — Arts  et  métiers.  PI.  20.  On  fait  en  Egypte  une 
grande  quantité  de  nattes  ,  dont  une  partie  est  destinée  au  com- 
merce du  Levant  ;  elles  se  préparent  avec  une  espèce  de  jonc  qui 
vient  des  lacs  de  Natroun.  La  planche  représente  l'art  de  les  fabri- 
quer; elle  représente  aussi  l'art  de  faire  les  couffes,  espèce  de  pa- 
niers flexibles  et  très-commodes,  tissés  avec  la  feuille  du  dattier. — 
Histoire  naturelle. — Poissons  du  NiL  PL  5.  Poisson  appelé  polyp- 
tères  bichîr  ,  avec  les  détails  anatomiqucs.  (Voyez  les  Mémoires  sur 
les  poissons  du  Nil.  ) 

—  QuATORZiiiME  LIVRAISON. — Antiquités.  Vol.  I ,  pi.  60.  Détails 
d'architecture  et  de  sculpture  du  grand  temple  d'Apollinopolis 
magna. — Antiquités.  Vol.  I,  pi.  67.  Vues  pittoresques  des  envi- 
rons d'El-Kâbj  l'ancienne  Elethyia. — Etat  moderne. — Arts  et  métiers. 
Pi.  11.  Les  arts  mécaniques  et  chimiques  sont  aussi  en  arrière  chez 
les  Egyptiens  actuels  qu'ils  étaient  avancés  parmi  leurs  ancêtres.  On 
voit  dans  la  presse  du  vinaigrier,  que  représente  cette  planche ,  une 
simple  vis  d'un  travail  grossier;  la  meule  est  un  tronçon  de  colonne 


LIVRES  FRANÇAIS.  S99 

de  granit.  L'appareil  du  distillateur  pour  la  fabrication  de  l'cau-de- 
vie  est  formé  d'alambies  de  l'espèce  la  plus  simple  ;  à  défaut  de 
tubes  de  verre,  il  fait  usage  de  roseaux,  luttes  convenablement.  On 
sait  que  la  loi  musulmane  interdit  l'usage  des  liqueurs  fermentées; 
c'est  donc  pour  les  cbrétiens  que  l'on  pratique  la  distillation  de 
l'eau-de-vie  ;  cependant  il  n'est  pas  très-rare  de  voir  les  Musulmans 
braver  la  défense  de  Mabomet. — Etat  moderne,  Vol.  I ,  pi.  22.  La 
plancbe  représente  une  mosquée  ruinée  qui  a  été  convertie  en  pou- 
drière pendant  la  durée  de  l'expédition, — Botanique ,  pi.  6.  Plu- 
sieurs graminées ,  analogues  aux  plantes  appelées  scirpus. 

—  QoiNZiÈME  L\\B.\ison.— Antiquités.  Vol.  1 ,  pi.  70.  On  a  donné, 
dans  la  treizième  livraison  ,  le  plan  et  la  coupe  du  portique  d'Esné 
ou  Latopolis.  La  planche  70  représente  l'élévation  de  ce  beau 
temple ,  avec  la  multitude  de  sculptures  dont  le  frontispice  est 
chargé. — Antiquités.  Vol.  I,  pi.  74.  Cette  coupe  présente  un  côté 
du  portique  du  même  temple ,  avec  tous  ses  bas-reliefs ,  sauf  les  ins- 
criptions hiéroglyphiques. — Etat  moderne.  Vol.  I,  pi.  4o.  Cette 
planche  représente  des  parties  extérieures  de  la  ville  du  Kairc ,  près 
de  la  porte  la  plus  voisine  du  quartier  qui  était  habité  par  l'Institut 
d'Egypte. — Étal  moderne ,  pL  FF.  Plusieurs  planches  de  l'ouvrage 
sont  consacrées  aux  vases  des  Egyptiens  modernes  et  à  ceux  des 
anciens  Egyptiens ,  qui  ont  servi  de  modèle  aux  premiers. — His- 
toire naturelle. — Reptiles.  PL  i.  Détail  en  grand  de  la  tortue  du 
Nil,  vue  en  dessus  et  en  dessous. 

2090. —  Choix  de  tableaux  et  statues  des  plus  célèhr.s  musées 
et  cabinets  étrangers  ,  ou  Recueil  de  gravures  au  trait ,  d'après  les 
tableaux  des  grands  maîtres  de  tontes  les  écoles,  et  les  monumens 
de  sculpture  ancienne  et  moderne  les  plus  remarquables  ,  sous  le 
rapport  de  l'art ,  conservés  dans  les  divers  musées  étrangers  ,  et 
les  plus  célèbres  collections  particulières,  avec  des  notices  histo- 
riques et  critiques.  Paris,  1821.  Treuttel  et  Wùrlz ,  rue  de  Cour- 
bon,  n°  17. 

Cet  ouvrage  formera  douze  vol.  in-8°,  distribués  c'uacun  en  deux 
livraisons  de  36  planches  ,  et  d'environ  80  pages  de  texte  historique 
et  critique.  Le  prix  de  chaque  livraison  est  de  9  fr. — Nous  donne- 
rons quelques  détails  sur  cet  ouvrage  dont  il  a  déjà  paru  cinq 
livraisons. 


AÔO  LIVRES  FRANÇAIS. 

Ouvrages  périodiques. 

2\o.— Chronique  religieuse.  1821.6  vol.  in-S".  Paris,  Baudouin 
frères  ,   libraires  ,  rue  de  Vaugirard ,  n»  56. 

Une  société  d'ecclésiastiques  et  de  magistrats  ,  convaincus 
des  dangers  que  couraient  les  véritables  principes  de  l'église  de 
France  ,  a  entrepris,  depuis  deux  années,  cet  estimable  ouvrage, 
dans  lequel  on  retrouve  la  doctrine  la  plus  pure  du  christianisme. 
Ces  savans  zélés  ont  eu  à  combattre  sans  cesse  les  erreurs  du  fana- 
tisme et  de  l'ignorance.  Leurs  courageuses  remontrances  finiront- 
elles  par  triompher?  Le  clergé,  plus  éclairé  sur  les  véritables 
intérêts  de  l'église,  reviendra-t-il  enfin  aux  principes  pour  lesquels 
nos  grands  docteurs  ,  les  Arnaud,  les  Bossuet,  les  Fénélon  ont  si 
souvent  pris  la  plume  ?  On  assure  que  les  rédacteurs  de  la  Chro- 
nique religieuse  ont  pris  le  parti  de  suspendre  la  publication  de  ce 
recueil.  Les  sincères  amis  de  la  religion  regretteront  qu'ils  n'aient 
pas  montré  plus  de  persévérance  ,  et  feront  des  vœux  pour  que  cette 
interruption  soit  de  courte  durée.  A.  T. 

2 11.— Christliche  Mitlheilungen.— Communications  chrétiennes. 
Strasbourg,   1821.  Tom.  I,  cahier  4- 

Ce  recueil  est  destiné  à  des  articles  en  vers  et  en  prose  sur  des 
sujets  religieux  et  moraux.  Dans  le  4^  cahier,  qui  a  paru  récem- 
ment, nous  trouvons,  entre  autres,  un  exposé  de  ce  que  la  confession 
d'Augsbourg  a  fait  de  plus  utile  à  Paris,  dans  les  dernières  années 

pour  le  culte  et  pour  l'instruction  de  la  jeunesse.  D. g. 

212.   —    Journal  des  savans',  un  cahier  in  -  4° ,  pour  les  sept 
premiers  mois  de  l'année  1821.  On  s'abonne  rue  de  Ménilmontant 
n"  22. 

Le  Journal  des  savans  est  l'un  des  plus  anciens  ouvrages  de  ce 
genre ,  qui  aient  été  publiés  en  Europe.  Interrompu  pendant  vingt- 
cinq  ans,  il  a  été  repris  par  ordre  du  gouvernement ,  qui  a  nommé 
pour  ses  rédacteurs  plusieurs  membres  de  l'académie  des  inscriptions 
et  belles-lettres  et  de  l'Académie  française.  Le  savant  et  judicieux 
M.  Daunou  en  est  le  principal  rédacteur,  et  l'enrichit  de  fort  bons 
articles  sur  l'histoire.  On  y  remarque  aussi  de  nombreux  articles  sur 
la  littérature  orientale,  de  MM.  Sylvestre  de  Sacy,  Abel  Rémusat, 
de  Chézy ,  et  autres  savans  orientalistes.  Le  genre  un  peu  sévère  de 


LIVRES  FRANÇAIS.  AOi 

ce  journal  n'est  pas  toujours  à  la  portée  d'un  trèis-graad  nombre  de 
lecteurs;  ruais  il  n'en  fait  pas  moins  honneur  à  la  France,  par  les 
travaux  des  hommes  distingués  qui  prennent  part  à  sa  rédaction. 

21 3.  — Nouveau  Journal  des  Dames ,  oupelit  Courrier  des  modes, 
des  théâtres,  de  la  liilérature  et  des  arts.  In-S°.-  Ce  journal,  com- 
mencé au  mois  de  juillet  dernier,  paraît  tous  les  cinq  jours  ;  on  s'a- 
bonne à  Paris,  au  bureau  ,  rue  Meslée,  n°  5o. 

Dans  un  pays  où  la  mode  exerce  un  si  grand  empire  ,  ce  n'est  pas 
trop  que  deux  ou  trois  journaux  qui  tiennent  le  public,  et  surtout 
la  plus  belle  partie  du  public,  au  courant  de  toutes  les  vicissitudes 
et  de  toutes  les  révolutions  qui  arrivent  dans  cet  empire ,  ainsi  que 
de  toutes  les  nouvelles  qui  peuvent  intéresser  les  gens  à  la  mode, 
ou  ce  qu'on  appelle  vulgairement  le  beau  monde.  Le  nouveau  jour- 
nal a  l'avantage  d'être  rédigé  par  des  dames ,  comme  totis  les  jour- 
naux des  modes  devraient  l'être.  Quoiqu'il  ne  fasse  que  commencer, 
on  voit  qu'il  sera  varié  et  piquant  :  il  l'est  peut-être  un  peu  trop 
dans  un  article  sur  V Italie ,  de  lady  Morgan  ,  qui  aurait  dû  être  un 
peu  plus  ménagée  par  des  personnes  du  même  sexe.  Lady  Morgan  , 
qui  n'a  pas  autant  d'instruction  que  d'esprit,  et  qui  est  plus  caus- 
tique qu'il  ne  convient  à  une  dame ,  fait  quelquefois  des  quiproquo 
singuliers,  et  on  peut  lui  reprocher  des  jugemens  hasardés. 
Mais  il  faut  rendre  justice  à  son  esprit  observateur  et  à  sou 
grand  talent  de  présenter  ,  sous  leur  véritable  jour,  des  prétentions 
absurdes  et  des  caractères  ridicules.  Sa  plume  est  redoutable  pour 
le  parti  qui  favorise  en  Europe  le  règne  des  usages  surannés.  Les 
gravures  qui  accompagnent  le  nouveau  Journal  des  Dames  ne  sont 
pas  toutes  employées  à  faire  connaître  les  formes  nouvelles  des  cha- 
peaux et  des  robes  ;  elles  retracent  aussi  quelquefois  des  portraits 
de  femmes  célèbres  :  c'est  ainsi  que  ,  dans  trois  des  derniers  numé- 
ros, on  voit  des  portraits  bien  exécutés  de  Clémence  Isaure,  de 
madame  de  Sta<;l  et  de  lady  Morgan.  D.-g. 

Livres  étrangers  imprimés  en  France. 

a i4. — Apologia  calolica  delprojecto  de  Coiistitucion  religiosa,  etc. 
—  Apologie  catholique  du  Projet  de  Conslilulion  religieuse  , 
écrite  par  un  Américain;  par  D.  J.  Ant.  Llorente,  docteur  en  droit 
canon,  avocat  aux  tribunaux  nationaux,  éditeur  du  projet  susdit; 
«ouvrage  qu'on  peut  considérer  comme  ua  traité  sur  difierens  points 

Tome  xi.  -^ 


ji02  LIVRES  FRANÇAIS. 

d'histoire  et  de  discipline  ecclésiastique.  Paris,    1821.  Moreau ,  rue 
Coquillière,  n"  27.  2  vol.  in-8°. 

L'ouvrage  original  a  été  poursuivi  par  l'officialité  de  Barcelone  ;  la 
Société  patriotique  de  cette  ville  lui  choisit  dans  son  sein  des  défen- 
seurs. Depuis,  l'évèque  et  son  grand  vicaire,  obligés  de  s'exiler 
pour  des  motifs  politiques,  ont  laissé  les  poursuites  suspendues; 
mais  l'auteur,  jaloux  de  se  justifier  de  l'imputation  d'hérésie  aux 
yeux  de  ses  concitoyens ,  plaide  lui-même  sa  cause  ,  et  son  plaidoyer 
est  encore  uq  savant  ouvrage  ;  seulement ,  tout  en  rendant  justice 
aux  vues  droites  et  à  la  science  de  l'auteur ,  nous  n'entendons  pas 
adopter  sans  réserve  ses  opinions  sur  les  questions  très  -  délicates 

qu'il  agite. 

ai5.  —  Obseruations  on  the  political,  moral  and  religious  state 
vfthe  civilised  worUU  etc.  -  Observations  sur  l'état  politique,  civil 
et  religieux  du  inonde  civilisé,  au  commencement  du  dis-neuvième 
siècle;  par  M.  H.  G.  Macnab,  etc.  Paris,  1820.  Nouzou,  rue  de 
Cléry,  n»  9  ;  in-4»  de  28  pages. 

Les  observations  de  M.  Macnab  sont  celles  d'un  philantrope 
éclairé,  d'un  ami  sincère  de  la  religion  et  de  la  liberté  civile  et  po- 
litique. Les  principes  qui  leur  servent  de  base  sont  avoués  par  la 
raison,  la  morale  et  l'intérêt  public.  On  pourrait  peut-être  contester 
quelques-unes  des  conséquences  qu'il  en  déduit  ;  mais  on  doit  rendre 
justics  aux  nobles  sentimens  qui  les  lui  ont  dictées. 

.  L'unité  de  principes ,  de  vues  ,  de  moyens  et  de  but  ,  dit  l'au- 
teur, est  le  caractère  d'une  bonne  administration;  sans  cet  accord 
indispensable,  un  gouvernement  libre  ne  peut  long-tems  se  main- 
tenir. La  mobilité  des  mesures  qu'il  ne  peut  manquer  d'adopter 
affaiblit,  par  degrés,  les  rapports  du  chef  du  corps  politique  avec  ses 
membres,  et  de  là  naissent  des  germes  de  révolution.  Pour  jo«ir 
des  bienfaits  d'un  gouvernement  libre  ,  la  fidélité  du  peuple  doit 
être  fondée  sur  l'opinion  qu'il  est  bien  gouverné.  Je  regarde  cette 
maxime  comme  incontestable.  Les  ministres  d'état  dans  un  gouver- 
nement libre,  qui,  soit  directement ,  soit  indirectement  et  à  dessein, 
affaiblissent,  par  des  mesures  anti-sociales ,  les  relations  delà  cou- 
ronne avec  le  peuple,  sont,  de  tous  les  révolutionnaires  ,  les  plus 
coupables  et  les  plus  dangereux.  ■>  B— y. 

216.  —  Ze5  oiseaux  et  les  fleurs  ,  allégories  morales  d'Jzz-Eddin 
El  Mocadessi,  en  arabe,  avec  une  traduction  et  des  notes;  par 
M.  Garcin.  Paris,  1821.  Imprimerie  royale,  i  vol  in  8°. 


Vl*»V»MV*'VWVWVV\»(lWV\\'\'\VVVVV»*'VX\'4\\^/VVV*'VWV\VV\1A\\'V»VVV\VWVVW»\V»» 

TV.  NOUVELLES  SCIENTIFIQUES 

ET  LITTÉRAIRES. 


AMERIQUE. 

États-Unis. — Nkw-Yorck.  —  Collège  de  médecine  el  de  chirurgie. 
Les  cours  de  ce  collège  commencent ,  tous  les  ans ,  au  premier  lundi 
de  novembre  et  finissent  au  premier  mars.  Les  élèves  doivent  se 
faire  inscrire  à  chaque  session  ;  mais  ils  ne  paient  que  la  première 
inscription,   qui  est   de  cinq  dollars  (27  francs}.  Ceux   qui  désirent 
prendre  un  grade  doivent  être  Sgés  de   vingt-un  ans ,  et  avoir  suivi 
tous  les  cours  du  collège ,    au  moins  pendant  un  hiver  entier.   Le 
président  et  les  professeurs  leur  font  subir  le  premier  examen ,  qui 
est  toujours  secret;  le  second  est  passé,  le  1 5  mars,  devant  les  agrégés 
du  collège.  Le  20  du  même  mois,  le  candidat  est  obligé  de  remettre 
au  doyen  une  thèse  sur  un  sujet  quelconque  de   médecine  ou  de 
chirurgie ,  écrite  en  latin ,  en  anglais  ,  en  français  ou  en  espagnol. 
Le  troisième  examen,  qui  se  fait  publiquement,  le  premier  lundi 
<l'avril ,  dans  la  grande  salle  du  collège ,  roule  sur  cette  thèse.  Il  en 
coûte  j  pour  ces  divers  examens ,  trente  dollars.   Il  y  a  des  cours 
1»  de  médecine,  d'accouchement  théorique  et  pratique,  et  de  ma- 
ladies des  femmes  ;  2°  de  chimie  et  de  matière  médicale;  5"  d'ana- 
tomie,  de  physiologie  et   de  chirurgie;  4°   d'histoire  naturelle,  y 
compris  la  botanique ,  la  zoologie  et  la  géologie  ;  5»  de  principes  et 
de  pratique  de  chirurgie  ;  6°  de  clinique  ;  7°  de  médecine  légale  ;S"  de 
minéralogie.  Le  collège  possède  une  bibliothèque  ,  un  musée  d'ana- 
tomie,  des  cabinets  de  physique  ,  d'histoire  naturelle  et  de  minéra- 
logie ;  et,  en  vertu  d'un  acte  de  la  législature  de  l'état ,  il  jouit  du  droit 
de  se  procurer  des  sujets  dans  la  prison  d'état  de  la  ville.  B — r. 

Iles  SkTinysicu.— Missions. — Progrès  du  christianisme. — La  mort 
du  roi  Tamahama,  arrivée  au  commencement  de  l'année  1820,  a 
occasionné  dans  ces  îles  une  révolution  générale  en  faveur  du  chris- 
tianisme. Les  idoles  ont  été  brûlées,  les  morea/w  (  lieux  consacrés 
aux  prières  )  détruits  ,  la  prêtrise  abolie  ;  enfin ,  les  travaux  de  la 
mission  ont  été  couronnés  du  plus  brillant  succès.  Les  missionnaires 
sont  très-aimés  et  soutenus  en  partie  par  la  charité  publique.  Des 
écoles  ont  été  fondées,  et  l'étude  de  la  langue  anglaise  s'étend  chaque 

26" 


AOA  ASIE. 

jour  davantage.  Parmi  les  élèves,  sont  le  roi  et  la  reine  d'Atooi,  qui 
ont  dicté  eux-mêmes  des  lettres  adressées  à  des  amis  que  les  mission- 
naires ont  en  Amérique.  L.  S.  B. 

États-Unis. — Newfoundland. — Colonne  antique.— On.  a  fait  ici, 
l'été  dernier,  une  découverte  qui  a  exercé  la  sagacité  des  antiquaires. 
A  environ  un  mille  des  rivages  de  la  baie  de  Gander  ,  on  a  trouvé  un 
fragment  d'une  petite  colonne  de  marbre  blanc,  de  forme  octogone  , 
d'environ  dix-huit  pouces  de  long,  et  de  douze  de  diamètre.  La  sur- 
face en  est  altérée  par  l'air;  il  est  probable  qu'elle  a  demeuré  fort 
long-tems  dans  le  même  lieu.  Elle  ne  peut  avoir  été  apportée , 
comme  lest,  abord  d'un  vaisseau,  puisque  l'endroit  où  elle  était 
est  éloigné  de  la  mer  de  plus  d'un  demi-mille ,  et  que  les  vaisseaux 
ne  peuvent  approcher  de  cette  rive  de  plus  de  trois  quarts  de  mille. 
Cette  partie  du  pays  n'est  point  habitée,  et  l'on  n'a  trouvé  daasle  voi- 
sinage aucune  pierre  semblable,  ni  aucun  ouvrage  de  l'art.  Le  marbre 
diffère  de  ceux  qu'on  emploie  dans  l'architecture  ou  dans  la  sculp- 
ture :  il  est  d'un  blanc  jaunâtre ,  d'un  gros  grain,  et  plein  de  petites 
cavités ,  qui  permettent  de  le  séparer  en  feuilles  aussi  minces  que  du 
papier.  L.  S.  B. 

État  de  New-Yohck. — Whitehall. — Longéuilé. — Nécrologie. — Le 
•vénérable  Henri  Francisco ,  âgé  de  cent  trente-quatre  ans ,  est  mort 
près  de  cette  ville,  après  une  maladie  de  quarante-cinq  jours.  Né 
en  Angleterre ,  il  avait  émigré  en  Amérique,  il  y  a  environ  quatre- 
Tingt-dix  ans.  Il  assista,  comme  tambour,  au  couronnement  de  la 
reine  Anne,   et  servit  depuis  dans  la  guerre  de  l'indépendance. 

ASIE. 

Ile  de  Ceylan. — La  Société  littéraire, philosophique  et  scientifique 
a  arrêté  ses  réglemens,  dans  la  séance  du  ii  décembre  1820.  M.  h&s- 
chenaux  de  la  Tour,  naturaliste  français ,  est  nommé  membre  corres- 
pondant de  cette  société. 

Perse.  —  Distinction  honorifique  accordée  à  un  Européen,  —  Le 
shah  de  Perse  a  envoyé  à  M.  de  Hammer,  célèbre  orientaliste  alle- 
mand ,  les  ordres  du  Soleil  et  du  Lion.  Tous  les  ministres  du  shah 
ont  signé  cette  décision ,  qui  fera  époque  dans  les  annales  des  rela- 
tions diplomatiques  de  l'Autriche  avec  l'orient. 

TuBQuiE  ASIATIQUE.  — SuyaNE.  —  Joumal  frauçui S.  — Oii' ^nhViti 
de  uis  quelque  tems,  dans  cette  ville  ,  un  journal  français,  intitulé 


ASIE.  A05 

le  Spectateur  oriental.  Dans  le  n°  du  ai  avril,  on  remarque  la  pièce 
de  vers  suivante,  sous  le  titre  du  Départ. 

Adieu ,  dil-il ,  arbre  chéri  : 
Triste  jouet  de  la  fortune , 
Je  dois  aux  chances  de  Neptune 
Sacrifier  ton  doux  abri  ; 
Va  ,  va ,  balance  au  loin  ta  cime , 
Couvre  la  pente  du  coteau. 
J'irai,  fendant  l'immense  abîme. 
Pleurer  ton  ombre  et  mon  berceau. 

Adieu,  soleil  de  la  patrie  1 
Le  souille  paisible  d'Eurus 
Blanchit  au  loin  les  flots  émus  ; 
L'onde  recule  vers  l'Asie  ; 
L'instant  fatal  ne  peut  tarder. 
Jusqu'au  berceau  du  vieil  Homère , 
O  puisses-tu  nous  seconder. 
Brise  propice  et  tutèlaire  1 

Une  tendre  mélancolie 
Vient  succéder  à  sa  douleur; 
Et  si  les  accens  du  malheur 
Interrompent  sa  rêverie , 
Le  nom  chéri  de  son  amie 
Parfois  échappe  de  son  cœur, 
Avec  le  nom  de  sa  patrie. 

ÏLEsPniuPPiNES.  —  Manille.  — Nécrologie.  —  Godefrov. — Mas- 
sacre des  étrangers,  —^l.  Godefroy,  naturaliste  français  ,  à  peine 
ûgé  de  trente  ans  ,  a  été  massacré  dans  cette  capitale  des  Philip- 
pines, le  9  octobre  dernier  (  le  lo  du  calendrier  grégorien  )  ,  avec 
plusieurs  de  ses  compatriotes  et  d'autres  étrangers,  contre  lesquels 
on  avait  excité  le  fanatisme  et  la  cupidité  des  Indiens.  Voici ,  sur  cet 
horrible  événement  et  sur  ses  causes  présumées ,  un  extrait  des  dé- 
tails que  nous  tenons  d'un  Français  sauvé  du  massacre  par  un  res- 
pectable vieillard.  Don  Vincente  de  los  Pveyes,  qui  l'a  recueilli  dans 
sa  maison  avec  une  famille  française  tout  entière. 

«  Dans  la  nuit  du  i"  au  2  octobre  (  a  au  5  )  ,  il  se  déclara  un  vent 
dn  S.O.  d'une  violence   cxtrOme  ,  qui  souffla  pendant  trente  heurte 


À06  ASIE. 

consécutives  ,  et  fut  immédiatement  suivi  d'uu  léger  tremblement 
de  terre.  Trois  jours  après,  \e.  cholera-morbus  se  manifesta,  et  bientôt 
les  cimetières  ne  suffirent  plus  aux  enterremens.  La  désolation  était 
à  son  comble  parmi  les  Indiens,  qui,  dans  le  principe  de  la  mala- 
die, en  étaient  seuls  attaqués  ,  et  parmi  les  blancs,  qui  ne  tardèrent 
pas  à  en  être  victimes  à  leur  tour.  Jamais  fléau  semblable  n'avait 
ravagé  les  îles  Philippines,  renommées  par  leur  salubrité  :  les  per- 
sonnes les  plus  éclairées  crurent  que  le  germe  en  existait  dans  l'air. 
.Tandis  que  chacun  ne  semblait  être  occupé  que  du  soin  de  sa  con- 
servation ,  quelques  misérables  méditaient  en  silence  les  moyens 
défaire  naître,  de  ces  circonstances  déjà  si  funestes,  un  lualheurd'un 
autre  genre. 

«  Dès  le  6  octobre  (le  j),  les  Indiens  accusèrent  les  Français  d'avoir 
empoisonné  la  rivière  Passig  ,  en  y  versant  plusieurs  barriques  de 
poison  ,  lesquelles  barriques  avaient  été  retrouvées  vides  non  loin 
de  Manille.  Cespropos  étaient  trop  absurdes  pour  que  nous  y  Bssions 
attention;  mais,  le  7,  un  jeune  homme  qui  suivait  une  voiture  où 
j'étais  avec  un  de  mes  amis  ,  entendit  distinctement  des  Indiens  qui 
disaient ,  en  nous  désignant  :  t  Voilàles  misérables  que  nous  dei-'ons 
tuer.  »  Frappés  de  ces  paroles,  nous  en  informâmes  le  chargé  d'affaires 
britannique ,  M.  Stevenson  ,  qui,  le  8  au  matin,  fit  part  au  gouverneur 
des  bruits  inquiétans  qui  circulaient  à  l'égard  des  étrangers.  Celui- 
ci  lui  dit  qu'on  ne  devait  pas  s'en  alarmer,  et  que,  dans  tous  les 
cas  ,  les  étrangers  pouvaient  compter  sur  sa  protection.  Peu  rassuré 
par  cette  réponse  ,  M.  Stevenson  se  détermina  ,  le  9,  à  faire  circuler 
une  adresse  à  tous  les  étrangers  des  faubourgs  et  des  environs  de 
Manille  ,  où  il  les  invitait  à  se  réunir  pour  se  consulter  sur  les  moyen» 
de  sûreté  à  prendre.  Il  n'était  plus  tems  1 

<■  Le  premier  attroupement  eut  lieu  dans  le  village  de  Santa-Cruz, 
séparé  de  Manille  par  la  rivière  Passig  ;  et  voici  quel  en  fut  le 
prétexte  :  M.  Godefroy ,  médecin  ,  frère  du  naturaliste,  parcourait  ce 
quartier  ,  dans  la  matinée  du  9  (  10  ) ,  portant  les  secours  gratuits 
de  son  art  dans  les  chaumières  des  Indiens ,  dont  plusieurs  avaient 
été  sauvés  par  ses  soins.  L'un  d'eux  ,  qui ,  négligeant  ses  conseils  , 
avait  repris  son  genre  de  vie  ordinaire,  succomba,  malgré  l'assis- 
tance de  M.  Godefroy.  Aussitôt,  quelques-uns  des  parens  et  des  amis 
du  mort  s'assemblent  autour  du  médecin,  l'attaquent,  s'emparent  de 
deux  fioles  remplies  de  laudanum  qu'il  portait  sur  lui  pour  le  soulage- 


ASIE.  A07 

ment  immédiat  de  ses  malades,  et  les  fout  avalei  à  un  chien,  qui  meurt 
sur-le-champ. Cette  race  stupide  crie  aussitùtà  l'empoisonneur  ;  toute 
la  populace  des  environs  s'ameute  ;  M.  Godefroy  est  accablé  de  mau- 
vais traitemens  ;  et,  après  avoir  reçu  plusieurs  blessures  ,  il  est  remis 
entre  les  mains  du  corrégidor  (  chef  de  la  police  )  ,  qui  le  fait  con- 
duire dans  un  des  plus  noirs  cachots  ,  et  le  laisse  outrager  sous  ses 
propres  yeux.  M.  Godefroy,  le  naturaliste  ,  accouru  au  bruit  de  cette 
scène  pour  faire  sortir  son  frère  de  prison,  n'obtient  pas  même  la 
permission  de  rester  avec  lui ,  et  se  voit  obligé  de  retourner  seul 
à  son  logement ,  qui  se  trouvait  dans  la  maison  occupée  par 
M.  Guillot,  subrécargue  du  navire  l'Églanline  de  Bordeaux.  A  peine 
y  est  il  entré,  que  les  Indiens,  faisant  entendre  un  cri  de  rage 
contre  tous  les  Français ,  passent  un  petit  pont  qui  les  séparait  des 
fauboui-gs  et  courent  assaillir  la  maison  de  M.  Guillot.  Ils  en  for- 
cent l'entrée  ;  et,  conjointement  avec  un  sergent  et  quatre  soldats- 
que  l'autorité  y  avait  envoyés  pour  protéger  ces  étrangers  ,  ils  mas- 
sacrent MM.  Godefroy,  Guillot,  ainsi  qu'un  capitaine  anglais  et 
un  officier  de  la  marine  américaine,  réfugiés   dans  la  maison. 

«  Enhardis  par  ce  premier  succès  ,  les  Indiens  ,  dont  le  nombre 
augmentait  toujours ,  attaquèrent  successivement  la  plupart  des 
maisons  des  faubourgs  habitées  par  des  étrangers  ,  égorgèrent  tous 
ceux  qu'ils  purent  trouver,  et  finirent  par  piller  et  dévaster  entière- 
ment leurs  demeures.  Cette  dernière  circonstance  prouve  que  ces 
brigands  étaient  guidés  bien  plus  encore  par  le  désir  du  pillage  que 
par  la  vengeance.  Ayant  trouvé  dans  deux  maisons  ,  où  demeuraient 
des  jeunes  gens  qui  s'occupaient  d'histoire  naturelle  ,  divers  reptiles 
conservés  dans  des  bocaux  d'eau  de-vie  ,  les  Indiens  s'imaginèrent 
que  cette  eau-de-vie  avait  servi  à  leur  faire  des  remèdes  empoisson- 
nés ,  et  que  le  venin  trouvé  dans  les  serpens  avait  été  jeté  dans  la 
livière.  Mais,  ce  qui  est  encore  plus  surprenant  ,  c'est  que  le  cor- 
régidor et  même  des  ecclésiastiques  aient  cru  ou  paru  croire  à  de 
telles  absili-dités. 

«Après  s'être  impunément  livrés,  pendant  six  heures  entières,  aux 
excès  les  plus  affreux  ,  les  brigands  se  retirèrent  fort  tranquille- 
ment ,  à  cinq  heures  et  demie  du  soir ,  pour  aller  partager  les  dé- 
pouilles de  leurs  victimes.  Il  est  affreux  de  penser  que  le  gouver- 
neur espagnol  ,  Don  Mariano  de  Folgueras  ,  bien  loin  de  chercher 
à  prévenir  d'abord  ou  à  réprimer  ensuite  de  pareils  excès,  ait  tenu 


A08  ASIE. 

dans  l'inaclion  trois  mille  hommes  armés  ,  el  l'arlillerie  qui  garnis- 
sait les  remparts  de  Manille ,  sous  lesquels  se  passait  cette  scène 
offreuse. 

«  Quel  contraste  entre  la  pusillanimité  de  celui  qui  devait  mon- 
trer le  plus  d'énergie  ,  et  la  belle  conduite  que  tinrent  plusieurs  per- 
sopnes,  que  nous  regrettons  de  ne  pouvoir  nommer  toutes  ?  Madame 
Scarella ,  femme  d'un  négociant,  sauva  quatre  Français  qui  s'étaient 
réfugiés  chez  elle  ,  et  que  la  populace  réclamait  à  grands  cris,  en 
assaillant  à  coups  de  pierres  un  observatoire  où  elle  les  avait  cachés. 
MM.  d'Olea  et  de  Lemon  , officiers  des  troupes,  se  firent  remarquer 
par  l'énergie  avec  laquelle  ils  demandèrent,  quoique  inutilement,  au 
gouverneur  l'ordre  de  faire  feu  sur  les  Indiens  ,  en  lui  répondant  sur 
leur  tête  d'arrêter  le  désordre  avec  cinquante  hommes  seulement. 

«  Le  curé  de  Santa-Cruz  fit  inhumer  dans  le  cimetière  de  sa  pa- 
roisse les  quatre  personnes  assassinées  dans  la  maison  GuiUot.   Un 
autre  curé  arrêta,  par  ses  prières,  les  Indiens  qui  allaient  pénétrer 
dans  une  maison  habitée  par  trois  Français.  Quelques  particuliers 
espagnols  offrirent  leurs  maisons  pour  asile  à  plusieurs  étrangers,  dans 
le  moment  du  plus  grand  danger;  d'autres  se  précipitèrent  au  mi- 
lieu de  ces  barbares ,  pour  leur  arracher  quelques  victimes.  On  cite 
aussi  quelques  Indiens  des  habitations  françaises  qui  se  dévouèrent 
pour  sauver  la  vie  de  leurs  maîtres.  On  doit  des  hommages  particu- 
l.ersà  Don  Alesandro  Parreno,  commandant  du  fort  de  San  Jago, 
à  Manille  ,  et  à  Don  Vincente  Posada,  premier  juge  au  tribunal  de 
1  Audiencia  :  au  premier,  pour  avoir  reçu  et  nourri  chez  lui ,  de  ses 
propres  deniers,  plus  de  trente  étrangers,  qui  se  trouvèrent  sans  de- 
meure après  la  funeste  journée  du  9  octobre  (le  10)  ;  et  au  second  , 
pour  avoir  également  mis  sa  table  et  sa  maison  à  l'entière  disposi- 
tion des  étrangers,  après  leur  sortie  du  fort.  C'est  Don  Posada  qui 
fit   des  représentations  énergiques   dans  l'assemblée   des    notables 
pour  qu'on  rendît  les  honneurs  funèbres  aux  malheureuses  victimes 
de  cette  journée,  dont  les  cadavres  avaient  été  jetés  pêle-oiêle  dans 
une  fosse  creusée  sur  le  rivage.  Il  demanda  aussi,  mais  en  vain,  que 
prompte  justice  fût  faite  des  coupables. 

•Le  10  octobre  (le  11)  les  Chinois  furent  attaqués  à  leur  tour, 
poursuivis  et  massacrés,  au  nombre  de  seize  environ ,  jusque  dans 
les  murs  de  Manille.  Au  moment  où  les  Indiens  étaient  à  la  pour- 
Mule  des  Chinois  et  pillaient  leurs  magasins,  l'archevêque  de  Ma- 


ASIE.  A09 

nille  se  rcudit  sur  le  champ  du  carnage,  escorté  par  un  grand 
nombre  de  religieux.  A  son  aspect,  tous  les  Indiens  se  prosternèrent; 
mais  à  peine  fut-il  retourné  à  la  ville ,  que  le  désordre  recommença. 
»  Les  deux  journées  du  9  et  du  lo  (10  et  11)  eurent  pour  afireux 
résultat  la  mort  de  plus  de  cinquante  individus  de  toutes  nations,  et 
une  perte  d'environ  5oo,ooo  piastres.  Lorsque  les  Indiens  eurent 
dévasté  les  magasins  chinois,  ils  donnèrent  à  entendre,  parleurs 
cris,  qu'ils  en  voulaient  à  tous  les  blancs.  Alors,  les  membres  du 
gouvernement  espagnol,  craignant  pour  eux  mêmes ,  commencè- 
rent à  prendre  des  mesures  vigoureuses  ,  et  firent  rentrer  facilement 
dans  l'ordre  des  brigands  rassasiés  de  carnage.  Trois  Espagnols,  ap- 
partenant à  de  bonnes  familles  du  pays ,  furent  saisis ,  comme  pré- 
venus d'avoir  été  à  la  tête  du  complot.  Huit  jours  après,  ils  furent 
relâchés  ,  sans  avoir  été  confrontés  avec  leurs  accusateurs.  Les  pri- 
sons se  remplirent  d'Indiens  soupçonnés  d'avoir  pris  part  aux  jour- 
nées des  9  et  10  ;  plusieurs  furent  reconnus  coupables  à  la  suite  d'une 
longue  procédure  ;  mais,  le  27  novembre  ,  jour  de  notre  départ  de 
Manille  ,  c'est-à-dire  plus  de  six  semaines  après  le  massacre ,  au- 
cun de  ces  misérables  n'avait  encore  été  exécuté.  Quant  aux  objets 
volés  ,  il  n'en  avait  été  restitué  jusqu'alors  que  de  nulle  valeur. 

«  Nous  adressâmes  une  pétition  au  gouverneur  pour  réclamer  des 
indemnités  ;  il  y  répondit  négativement ,  comme  nous  nous  y  étions 
attendus  ;  mais  notre  but  était  de  nous  mettre  en  règle.  Nous  nous 
fîmes  donner,  en  outre,  un  procès-verbal  du  pillage  de  nos  maisons. 
Le  27  novembre  1820,  nous  appareillâmes,  en  même  tems  que  VEs- 
péranccy  de  Bordeaux.  Pour  rendre  les  derniers  honneurs  aux  Fran- 
çais morts  dans  la  journée  du  9  octobre,  tous  les  navires  de  cette 
nation  rangèrent  leurs  vergues  en  bataille  ,  en  signe  de  deuil ,  et  sa- 
luèrent de  cinq  coups  de  canon  chacun  la  plage  où  les  cadavres  de 
ces  infortunés  avaient  été  jetés.  A  la  sortie  des  détroits ,  nous  ap- 
prîmes, par  le  Cultivateur,  de  Nantes,  parti  deux  jours  après  nous, 
que  le  gouverneur  avait  envoyé  à  son  bord  pour  s'informer  du  motif 
de  ce  salut,  et  que,  l'ayant  connu  ,  il  avait  déclaré  aux  capitaine! 
et  subrécargues  des  navires  français  restant  en  rade ,  qu'il  avait 
donné  les  ordres  nécessaires  pour  qu'un  service  divin  fût  célébré  en 
l'honneur  de  leurs  malheureux  compatriotes  ;  triste  et  tardive  répa- 
ration de  son  indigne  conduite  !»  A.  M— x 


AlO  EUROPE. 

Cap  DE  BoNNE-EspiBAKCE. —  f^qyage. — Le  missionnaire  Campbell, 
qui  a  donné  au  public  la  relation  de  ses  premiers  voyages  dans  le 
sud  de  l'Afrique  ,  est  de  retour  d'une  seconde  expédition  également 
intéressante.  Il  dit  avoir  pénétré  à  buit  cents  milles  au-delà  de  la 
ville  du  Cap,  distance  qu'aucun  voyageur  européen  n'avait  encore 
franchie  ,  et  avoir  découvert  plusieurs  nouvelles  villes  fort  grandes  , 
dont  la  population  s'élève  ,  pour  la  plupart ,  à  dix  ou  douze  mille 
personnes.  Les  habitans  se  montraient  partout  affables  et  dociles  , 
habiles  à  fabriquer  la  poterie,  à  fondre  le  fer,  et  à  exercer  plusieurs 
autres  arts  utiles.  Ils  semblaient  connaître  le  prix  des  talens  ,  sou- 
haitaient beaucoup  de  voir  arriver  parmi  eux  quelques  habiles  arti- 
sans ,  et  désiraient  aussi  avoir  des  missionnaires.  En  général ,  selon 
M.  Campbell ,  on  trouve  chez  ces  Africains  un  degré  de  civilisation 
inconnu  aux  peuplades  barbares  qui  avoisinent  le  nord  de  l'A- 
frique. 

Dans  ce  voyage,  le  missionnaire  anglais  a  trouvé  le  rhinocéros 
unicorne,  qu'il  suppose  devoir  être  l'animal  décrit  par  Job(chap.  Sg, 
verset  9  ).  On  a  fait  des  recherches  dans  le  Thibet,  pour  retrouver 
quelques  individus  de  la  même  espèce;  mais  deux  jeunes  natura- 
listes  français  ,  MM.  Diard  et  Duvaucel  ,  l'avaient  déjà  découvert  à 
Java,  (  Vqy.  Tom.  X,  pag.  473.  )  L.  S.  B. 

Egtptb. — Voyage  scientifique. — On  assure  que  MM.  Waddington 
et  Hanburg,  voyageurs  anglais,  ont  découvert  l'ancienne  ville  de 
Meroe ,  dont  parlent  i/érot/oie,  liv.  11,  chap.  29;  Diodore  de  Si- 
cile, i^Zd;  Slrahon  ,  xvii  ;  Josephe^u,  10.  Suivant  ces  trois  der- 
niers auteurs,  la  ville  de  Meroe  était  située  dans  une  île  formée  par 
le  Nil,  l'Astapus,  et  l'Astaboras,  maintenant  Bahrel  Abiâd,  Abavriet 
Taccaza.  E.  G. 

EUROPE. 

ILES    BRITANKIQUES. 

LoKDRES.  —  Dispensaire  royal  pour  les  maladies  de  l'oreille.  — 
A  la  dernière  séance  annuelle  des  gouverneurs  de  cette  institution 
bienfaisante  ,  il  a  été  prouvé  ,  par  les  rapports  de  chaque  médecin, 
que  plus  de  deux  mille  deux  cent  dix  personnes  affligées  de  surdité  , 
et  d'autres  maladies  attaquant  l'organe  de  l'ouïe,  ont  été  guéries  ou 
soulagées.  Ces  heureux  résultais  feront  apprécier  davantage  encore 


EUROPE.  Ail 

l'utilité  de  cet  établissement,  dont  les  fondateurs  rivalisent  de  zèle 
pour  soulager  les  malheureux  :  l'un  d'eux  vient  encore  dernièrement 
de  verser  entre  les  mains  du  trésorier  une  somme  de  cent  louis. 

L.  S.  B. 
Publications  prochaines.  —  i"  M.  Valpy  se  propose  de  publier  , 
par  souscription  ,  la  Collection  des  (Euvres  des  poètes  les  plus  célè- 
bres de  l'Italie ,  depuis  la  fin  du  douzième  jusqu'au  commencement 
du  dix-neufième  siècle ,  classées  par  ordre  chronologique ,  et  accom- 
pagnées de  notices  biographiques  et  critiques  sur  leurs  vies  et  sur 
leurs  écrits  ,  extraits  des  meilleurs  auteurs  qui  ont  écrit  sur  l'histoire 
littéraire  de  l'Italie.  Cette  utile  compilation  sera  faite  sous  la  direction 
de  William  Roscœ,  auteur  delà  Fie  de  Lorenzo  de  Medici ,  appelé 
te  magnifique  t  et  de  la  f^ie  et  du  Pontificat  de  Léon  X;  et  paraîtra  en 
48  parties  in-8° ,  de  4oo  pages  chacune ,  avec  plusieurs  portraits  ; 
2°  M.  Lowe,  auteur  des  Articles  statistiques  sur  la  France  et  sur 
r Angleterre  ^  imprimés  dans  le  supplément  de  l'Encyclopédie  Bri- 
tannique, doit  faire  paraître  bientôt  un  \o\ume  iuv  \dL  situation  et 
les  ressources  de  la  Grande-Bretagne  en  agriculture  ,  en  commerce 
et  en  finances.  Les  plus  hautes  questions  d'économie  politique  se- 
ront discutées  et  approfondies  dans  cet  ouvrage  ,  qui  contiendra, un 
tableau  comparatif  de  la  situation  de  l'Angleterre  avec  celle  de  la 
France;  5°  M.  A.  Maxwell ,  auteur  de  la  Pluralité  des  mondes-,  ou 
lettres ,  notes  et  memoranda  philosophiques  et  critiques ,  en  ré- 
ponse au  révérend  docteur  Chalmers  ,  prépare  une  traduction  de 
l'ouvrage  latin  Conamen  recuperandi  notitiam  principiorum  veteris 
et  uerœ  philosophiœ.,  etc.,  par  A.  S.  Catcott;  ou  Essai  pour  retrouver 
les  principes  de  l'ancienne  philosophie,  tiré  des  écrits  sacrés  et  der- 
nièrement expliqué  par  John  Hdtchimson,  avec  une  nouvelle  pré- 
face et  des  notes  additionnelles  ;  5»  Recherches  zoologiques  dans 
l'île  de  Java  ,  avec  des  gravures  représentant  les  quadrupèdes  et  les 
oiseaux  du  pays,  par  Thomas  Harsfield  ,  publié  en  huit  livraisons. 
Les  matériaux  d'après  lesquels  seront  faits  ces  ouvrages,  sont  dé- 
posés au  musée  des  Indes  orientales,  où  ils  sont  exposés  au  public 
certains  jours  de  la  semaine.  Ils  ont  été  presque  tous  rassemblés 
depuis  iSii  jusqu'à  1S17  ,  époque  pendant  laquelle  Java  était  sous  la 
protection  de  la  Grande-Bretagne.  L.  S.  B. 

Nécrologie.  —  Arthur  Young  ,    secrétaire  du  conseil  d'agricul- 
ture, etc.  etc.M.  naquit  à  Bradfield-Combust,  dans  le  comté  de 


Ai2  EIROPE. 

Sufiblk  ,  lo  7  septembre  ijli.  C'est  lui  qui,  le  premier,  posa  ,  en 
Angleterre,  les  fondemens  de  l'agriculture;  science  qui,  jusqu'alors, 
y  avait  été  livrée  au  hasard  ,  ou  soumise  à  des  pratiques  routinières , 
que  les  préjugés  et  l'ignorance  rendaient  fort  difficiles  à  déraciner. 
Les  voyages  de  cet  homme  éclairé  et  les  détails  intéressans  qu'il 
publia  créèrent,  parmi  ses  compatriotes  ,  un  esprit  de  recherche  et 
de  perfectionnement.  M.  Young  fit  lui-même  plusieurs  essais  dans 
l'agriculture  pratique.  Il  échoua  d'abord,  faute  d'expérience  et  des 
fonds  nécessaires  ;  mais  il  avait  trop  de  zèle  pour  se  laisser  découra- 
ger, et  ses  succès  le  récompensèrent  amplement  de  ses  peines.  Ce 
fut  en  17765  1777»  1778  et  1779  qu'il  visita  l'Irlande.  Les  princi- 
paux propriétaires  de  cette  île ,  attirés  par  sa  réputation  ,  vinrent  en 
corps  lui  demander  ses  conseils.  Il  publia,  vers  cette  époque,  la 
première  édition  du  Manuel  du  fermier,  ouvrage  généralement  ap- 
précié et  qui  produisit  les  plus  heureux  résultats.  En  1784,  il  com- 
mença les  Annales  d'agriculture ,  qu'il  fit  paraître ,  tous  les  mois  , 
par  livraisons  ,  pendant  plusieurs  années.  Il  y  donnait  ses  propres 
opinions  et  les  exemples  tirés  d'une  pratique  journalière ,  joints  à 
ceux  que  lui  fournissaient  les  plus  habiles  cultivateurs  du  pays.  Il  y 
traitait  aussi  les  sujets  relatifs  à  l'économie  politique ,  au  commerce, 
aux  finances  et  à  tout  ce  qui  s'y  rattache.  Ses  correspondans  étaient 
pour  la  plupart  des  hommes  d'un  rang  fort  distingué ,  et  le  dernier 
roi  d'Angleterre  ,  Georges  III ,  lui  envoya  plusieurs  articles  sous  le 
nom  de  Rîflph  Robiason  de  Windsor.  M.  Young  nourrissait  depuis 
long-tems  l'idée  de  passer  en  France ,  afin  d'en  examiner  le  terri- 
toire, lorsque  MM.  Lazowski  et  le  duc  de  La  Rochefoucauld  lui 
proposèrent  de  les  accompagner  dans  un  voyage  aux  Pyrénées.  11 
s'y  décida  et  partit.  Cette  excursion  eut  lieu  en  1787,  et  M.  Young 
revint  à  Londres,  dans  l'hiver  de  la  même  année  ,  pour  assister  à 
une  discussion  du  parlement  sur  une  question  commerciale  d'un 
grand  intérêt.  Il  fit  sa  seconde  tournée  en  France  en  1789,  et  les 
détails  qu'il  a  publiés  sur  ce  pays  prouvent  autant  d'instruction  que  de 
jugement.  Comme  secrétaire  du  conseil  d'agricîiiture  ,  il  s'appliqua 
sans  relâche  à  étendre  et  à  faciliter  l'instruction  de  l'art  auquel  il 
s'était  dévoué.  On  lui  doit  un  grand  nombre  d'ouvrages  importans. 
Depuis  long-tems,  il  en  préparait  un  sur  les  élémens pratiques  d''a- 
gricuUure ,  contenant  ses  expériences  et  ses  observalions  pendant 
une  période  de  cinquante  années.  En  iSii  ,  il  devint  lout-à-fait 
aveuglcj  et  fut  languissant  jusqu'au  moment  de  sa  mort.     L.  S,  B. 


EUROPE.  A13 

SUÈDE. 

Stockholm. — Académie  des  sciences. — L'un  des  membres  de  cette 
académie  ,  M.  le  comte  de  Schwerin  (  petit  -  fils  du  général 
Schwerin ,  qui  mourut  au  champ  d'honneur  sous  les  drapeaux  de 
Frédéric  II) ,  s'est  déclaré  avec  énergie  contre  les  nouveaux  statuts 
qui  viennent  d'être  rédigés  pour  cette  société  savante.  II  a  remis  au 
Roi  un  mémoire  ,  dans  lequel  il  lui  fait  observer  respectueusement 
que  les  nouveaux  statuts  font  dévier  l'académie  de  l'esprit  dans 
lequel  elle  a  été  fondée  en  i~ii.  11  ajoute  qu'avec  l'organisation 
qu'on  veut  lui  donner ,  cette  société  ne  serait  plus  qu'un  tribunal 
imposé  aux  sciences  et  aux  lettres ,  et  qui  s'arrogerait  le  droit  de 
prononcer  tous  les  ans  un  jugement,  par  lequel  il  déclarerait  que 
les  productions  littéraires  de  la  Suède  sont  dignes  ou  sont  indignes 
de  son  approbation.  IM.  le  comte  de  Schwerin  se  prononce  surtout 
hautement  contre  l'article  2  des  statuts  en  question,  par  lequel  le 
nombre  des  académiciens  est  fixé  à  cent  :  selon  lui,  une  telle  dis- 
position fait  manquer  totalement  à  l'académie  le  but  de  son  insti- 
tution primitive  ,  celui  de  recevoir  dans  son  sein  tout  homme  qui  a 
bien  mérité  des  sciences  et  des  lettres. 

ALLEMAGNE. 

ViENNB. — Botanique. — Un  journal  de  Vienne  contient  d'intéres- 
sans  détails  sur  les  plantes  de  la  Martinique.  Ils  ont  été  donnés  par 
un  jardinier-botaniste,  que  M.  Sieber,  savant  distingué,  a  envoyé 
dans  cette  île  ,  à  ses  frais.  Il  a  déjà  fait  passer  en  Europe  une  grande 
quantité  de  plantes  ,  de  semences ,  d'arbrisseaux  rares ,  avec  lesquels 
il  espère  composer  une  flore  de  trois  ou  quatre  cents  espèces.  Il  a 
parcouru  les  montagnes  bleues  de  la  Martinique ,  qu'aucun  bota" 
niste  n'avait  encore  visitées  ;  mais  il  a  eu  beaucoup  de  peine  à  obte- 
nir d'y  être  accompagné  dans  ses  excursions,  par  des  habitans  de 
l'île ,  qui  redoutaient  les  serpens  qu'on  y  trouve  en  grand  nombre. 
Les  naturels  ont  une  singulière  manière  de  se  garantir  de  ce  danger  ; 
ils  placent  sur  la  route  un  vase  de  terre  rempli  de  sang  de  poulet ,  et 
prétendent  que  ce  breuvage  empêche  les  serpens  d'être  venimeux. 
Arrivé  sur  les  sommets  des  montagnes ,  le  voyageur  se  trouva  en- 
touré d'une  végétation  si  riche  et  si  variée,  qu'à  peine  savait-il  par 
où  commencer  sa  collection.  Les  bords  d'un  lac  situé  à  mi-côte 
d'une  colliaç  étaient  couverts  de  plantes  et  d'arbustes  de  différentes 


k\h  KUROPE. 

espèces  ,  de  vignes,  etc.  Plus  haut,  il  cueillit  des  plantes  et  des 
fleurs  d'un  genre  particulier,  qui  n'avaient  point  encore  été  dé- 
crites. Ce  botaniste  devait  quitter  la  Martinique  pour  aller  faire  les 
mêmes  recherches  à  la  Jamaïque.  L.  S.  B. 

Stuttgard. — Société  royale  d'économie  rurale.  —  L'activité  de 
cette  société  ne  se  dément  pas  et  continue  à  être  couronnée  des 
plus  heureux  succès.  Cette  réunion  d'hommes  distingués  par  leur 
savoir  et  leur  philantropie  est  un  excellent  comité  consultatif  pour 
les  ministères  du  royaume.  Elle  examine  avec  soin  les  découvertes 
utiles  à  l'agriculture  ;  et,  lorsqu'elles  sont  sujettes  à  des  expériences 
préalables,  la  société  fait  elle-même  les  premiers  essais  et  propage 
ainsi,  sans  aucun  danger  pour  le  cultivateur,  tout  ce  qui  peut  amé- 
liorer sa  position ,  en  même  tems  que  sa  prudence  étouffe,  dès  leur 
naissance ,  les  indications  qui  pourraient  égarer  ceux  qui  seraient 
tentés  de  les  suivre.  Le  roi  accorde  une  attention  particulière  aux 
travaux  de  cette  bienfaisante  société  et  se  fait  rapporter  tous  les 
procès-verbaux.  On  regrette  beaucoup  en  Allemagne  qu'il  n'y  ait  pas 
un  rédacteur  salarié  ,  chargé  de  publier  dans  un  journal  les  résultats 
de  tant  d'utiles  observations. 

Phcsse. — Erfurt. — L'académie  royale  des  sciences  usuelles  avait 
proposé,  en  1817,  un  prix  de  la  valeur  de  cent  écus  à  l'auteur  du 
meilleur  mémoire  sur  la  question  suivante  :  Quelle  influence  la 
guerre  de  la  liberté,  de  i8i3  à  i8i5,  a-t-elle  exercée  sur  les  déve- 
loppemens  de  l'esprit  humain  ?  Plusieurs  écrits  sont  parvenus  à 
l'académie  ;  mais  elle  n'a  point  jugé  que  leurs  auteurs  eussent  traité 
le  sujet  sous  son  véritable  point  de  vue.  Elle  a  donc  retiré  la  question 
proposée,  à  laquelle  elle  en  a  substitué  une  beaucoup  moins  élevée, 
que  voici  ;  Quelle  substance  pourrait  remplacer  le  tan  ?  celles  qui 
ont  été  découvertes  par  Hatchet  en  tiennent-elles  réellement  lieu,  et 
peut-on  les  employer  dans  la  grande  fabrication?  L'académie  ne 
veut  point  de  théories  ni  de  raisonnemens;  elle  demande  des  expé- 
riences et  des  résultats.  Les  auteurs  des  mémoires  devront  même  y 
joindre  des  échantillons  du  cuir  qu'ils  auront  obtenu.  Ces  mémoires 
seront  reçus  jusqu'au  1*'  mai  1822  et  devront  être  adressés  à 
M.  Schorchj  secrétaire  de  l'académie. 

— Bheslaw. — Université. — Le  savant  et  respectable  bibliothécaire 
de  notre  université ,  M,  Schneider ,  a  reçu  l'ordre  de  l' Aigle-Rouge 
!«  jour  même  où  il  venait  d'atteindre  sa  71'  année. — Nous  ayons  dans 


PUROPE.  AÏS 

ce  moment  quarante  cours  de  théologie  ,  dont  dix-sept  protestans  et 
vingt-trois  catholiques  ,  quinze  cours  de  droit ,  trente-trois  de  méde- 
.cine,huit  de  philosophie,  deux  de  pédagogie,  neuf  de  mathématiques, 
quatorze  d'histoire  naturelle,  six  d'économie  politique,  dix-sept  d'his- 
toire; enfin,  dix-huit  de  philologie.  Parmi  les  noms  des  professeurs,  le 
public  distingue  avec  plaisir  celui  du  célèbre  helléniste  Schneider, 
de  M.  Kruse  (les  travaux  de  ce  dernier  sur  les  antiquités  de  la  Silésie 
ont  été  annoncés  dans  notre  cahier  du  mois  d'août,  pag.  225)  ;  enfin, 
de  M.  Wellauer  ,  auteur  d'une  ingénieuse  dissertation  sur  les  Thes- 
mophores. 

Stdttgaed.  • — Lia  bibliothèque  royale  est,  depuis  quelques  mois, 
placée  dans  un  local  plus  commode  pour  le  public  ;  les  salles  sont 
vastes  et  bien  éclairées.  L'édifice  est  isolé  de  tous  côtés,  et  se  trouve 
ainsi  à  l'abri  du  feu, 

— Statistique. — Il  vient  de  paraître  à  la  fois  plusieurs  écrits  sur  la 
statistique  et  sur  la  topographie  de  notre  royaume.  Voici  les  principaux 
résultats  qu'ils  présentent  :  La  surface  totale  du  Wurtemberg  est  de 
555  milles  carrés  d'Allemagne,  sur  lesquels  vivent  1,397,564  ha- 
bitans.  La  valeur  des  produits  est,  en  froment,  de  02  millions  de 
florins;  en  fourrages,  de  9  millions;  en  vins,  de  3  millions;  en 
fruits,  d'un  million  et  demi.  La  valeur  générale  des  biens-fonds, 
maisons,  capitaux,  bestiaux,  etc.,  est  de  1,000,662,800  florins; 
€t  le  revenu  net  de  l'état  est  de  19,570,000  florins.  L'un  des  écrits 
dans  lesquels  nous  puisons  ces  renseignemens  est  de  M.  Meminger, 
•qui  a  beaucoup  augmenté  l'intérêt  de  son  ouvrage  par  des  obser- 
vations de  géologie  et  d'histoire  naturelle.  Il  a  même  étendu  ses 
recherches  en  ce  genre  au-delà  des  frontières  du  royaume  ;  il  fixe  la 
hauteur  de  quelques  montagnes  qui  ne  sont  pas  sur  notre  territoire , 
par  exemple  du  Feldberg  élevé  au-dessus  du  niveau  de  la  mer  de 
4,610  pieds,  et  du  BeLken  qui  a  1^,'SSS  pieds  au-dessus  du  même 
niveau.  L'auteur  décrit  avec  un  soin  particulier  tout  ce  qui  a  rapport 
aux  montagnes  et  à  leurs  divers  embranchemens  ;  il  ne  néglige  pas 
les  antiquités,  qui  pour  l'ordinaire  sont  assez  mal  examinées  dans 
ces  sortes  d'ouvrages.  L'agriculture  l'emporte  ici  sur  toutes  les 
autres  parties ,  et  l'auteur  ne  nomme  aucun  produit  de  la  terre ,  sans 
indiquer  combien  d'arpens  sont  consacrés  à  le  cultiver.  M.  Rœder  a 
aussi  publié  un  ouvrage ,  dont  la  lecture  sera  très-utile  à  tous  ceux 
qui  étudient  la  statistique. 


416  EL'ROPE. 

Gotha. — Publication  noin>elle. — Philologie.  — M.  Bretschneidei' 
se  dispose  à  donner  au  public  un  Lexicon  Noui  Testamenù  grœco- 
latinum  manuale.  Déjà  l'Europe  savante  possédait  un  ouvrage  sem- 
blable ,  dont  l'auteur  était  M.  Scbleussner  et  qui  a  eu  trois  éditions. 
M.  Bretscbneider  annonce  qu'il  n'entend  pas  que  son  livre  remplace 
celui-là;  il  dit  avec  raison  qu'il  y  aura  toujours  une  grande  différence 
entre  un  Thésaurus philologicus  complet  et  un  simple  manuel  des- 
tiné surtout  aux  théologiens ,  pour  lesquels  le  premier  est  trop  cher. 
L'ouvrage  de  M.  Bretscbneider  n'aura  donc  qu'un  seul  volume 
in-8°  de  74  feuilles  ;  il  sera  rédigé  d'après  le  texte  de  Griesbach  ; 
mais  les  leçons  vulgaires,  que  l'édition  de  ce  savant  rejette,  seront 
données  entre  parenthèses. 

Vienne.  — Nouueau  Recueil  périodique.  —  Quand  nous  avons  in- 
diqué à  nos  lecteurs  les  journaux  et  recueils  périodiques  de  l'Autriche, 
(T.  X,  p.  642  ),  nous  ne  connaissions  pas  celui  qui  s'imprime  depuis 
peu  à  Brunn ,  en  Moravie  ,  sous  le  titre  de  Feyer-Stunden  (heures  de 
fête  ou  de  délassemens).  Ce  journal  est  rédigé,  à  Vienne ,  par  M.  le 
baron  de  Biedenfeld,  auteur  de  plusieurs  élégantes  productions,  et 
par  M.  Kaffner,  qui  s'est  distingué  par  plus  d'un  ouvrage  dramatique. 
Outre  ces  deux  littérateurs,  les  Fejer-Stunden  ont  pour  rédacteurs 
les  hommes  les  plus  marquans  de  l'Allemagne,  tels  que  MM.  La- 
motte- Fouqué,  Fr.  Laun,Fr.  Kind,  MuUer  Brentano ,  de  Hammer, 
Hang,  Théod.  Hell,  Kuhn  ;  le  célèbre  Goethe  également  y  fera  in- 
sérerdes  articles.  On  trouve  dans  ce  recueil  des  contes  en  prose  et  des 
poésies  fort  agréables.  Le  premier  cahier,  que  nous  avons  sous  les 
yeux ,  contient  le  premier  extrait  d'un  poème  intitulé  die  Stufen  der 
bildung,  ou  les  degrés  de  la  civilisation ,  par  M.  Schweighauser  fils, 
de  Strasbourg.  {Voy.  ci-dessus,  p.  562.)  L'étendue  et  l'objet  de  ce 
poème  méritent  spécialement  l'attention.  Les  Fejer-SLunden  paraî- 
tront de  deux  mois  en  deux  mois;  l'exécution  typographique  ne  laisse 
rien  à  désirer ,  et  de  jolis  portraits  ajoutent  encore  à  son  élégance  : 
la  première  livraison  contient  ceux  de  M.  Kind  et  du  célèbre  orien- 
taliste M.  de  Hammer. 

Grand-Duché  dd  Rhin. —  Ceeutznach. — Journal.  —  Il  paraît,  de- 
puis quelque  tems,  un  écrit  périodique  intitulé  :  Darstellungen  eus 
dem  preussischen  Rhein  und  Mosel  Lande  (  ou  Tableaux  choisis 
dans  les  pajs  prussiens  du  Rhin  et  de  la  Moselle').  M.  Storck,  de 
Creutznacb,  éditeur  et  traducteur  d'Ausoae,  est  l'auteur  de  ce  nou- 


EUROPE.  Al  7 

veau  recueil,  qu'il  ne  pouvait  miens  ouvrir  que  par  l'idylle  de  la  Mo- 
selle :  c'est  en  effet  la  pièce  de  vers  la  plus  ancienne  de  toutes  celles 
qui  sont  consacrées  à  ces  belles  contrées.  Le  premier  volurne  de 
M.  Storck  contient  des  détails  très-curioux  sur  le  moyen  âge;  on  y 
trouve  une'généalogie  du  vin  du  Rhin,  qui  ne  déplaira  pas  aux  gour- 
mets. Il  y  a  beaucoup  de  franchise  et  de  hardiesse  dans  la  manière 
dont  l'auteur  émet  ses  opinions  :  il  dit  nettement  qu'avant  l'arrivée 
des  Français  ,  la  dîme  ,  les  corvées,  les  droits  de  chasse,  etc.  etc.  ne 
permettaient  point  à  ce  pays  d'espérer  une  prospérité  réelle  ;  tandis 
que ,  pendant  la  réunion  de  sa  patrie  à  la  France ,  on  vit  s'établir  l'é- 
galité des  droits;  les  biens  de  l'église  ,  vendus  comme  biens  natio- 
naux, allèrent  augmenter  l'aisance  delà  classe  moyenne  de  la  société. 
Les  rigueurs  de  la  conscription  étaient  quelquefois  excessives  ,  mais 
M.  Storck  y  trouve  encore  un  bon  côté  :  la  cherté  des  remplacemens, 
dit-il,  faisait  tout-à-coup  passer  un  capital  dans  une  famille  pauvre, 
et  lui  permettait  d'acquéiir  des  terres.  Enfin  tout,  jusqu'au  système 
continental  lui-même,  tout,  selon  lui,  présentait  des  avantages.  L'au- 
teur rappelle  aussi  les  belles  routes  construites  par  les  Français  ;  puis 
il  paye  un  juste  tribut  d'éloges  aux  hommes  vertueux  qui  ont  admi- 
nistré le  département  de  Rhin -et -Moselle.  Les  noms  de  MM.  de 
Chaban ,  de  Lameth  et  de  Leza  -  Marnezia  y  sont  toujours  pro- 
noncés avec  la  même  vénération. L'on  n'oubliera  jamais,  dit  M.  Storck, 
ce  qu'ils  ont  fait  pour  l'instruction  publique  et  pour  l'agriculture  ;  le 
respect  qu'ils  inspiraient  a  survécu  à  leur  pouvoir.  Nous  ajouterons 
avec  douleur  que  deux  de  ces  excellens  administrateurs,  MM.  de 
Chaban  et  de  Marnezia  ,  sont  déjà  descendus  dans  la  tombe. 

,Gass^l.  — Recueil  périodique  intitulé  Die  T'o/zeit  {le  tems  passé). 
Ce  recueil ,  qui  est  à  sa  seconde  année,  se  distingue  par  une  gravité 
que  n'ont  point  les  autres  Taschenbiicher  de  l'Allemagne.  M.  Jusli  , 
connu  déjà  par  une  vie  de  Sainte -Elisabeth  et  par  d'excellentes 
poésies ,  réunit  dans  le  Korzeit  divers  matériaux  historiques.  Ce 
sont  des  documens  puisés  aux  bonnes  sources  ,  et  classés  de  manière 
à  plaire  aux  gens  du  monde.  Le  numéro  de  1821  contient  :  1°  une  dis- 
sertation sur  Henri  I ,  landgrave  de  liesse  ;  2°  des  recherches  sur  la 
sépulture  du  landgrave  Guillaume  III  ;  5°  un  récit  du  pèlerinage  fait 
en  Palestine  parPhillppe,  derniercomte  de  Katzenellenbogen;  4-°  une 
liste  chronologique  de  tous  les  grands-maîtres  de  l'ordre  Teutonique; 
5°  une  dissertation  sur  les  Templiers;  6"  enfin,  des  mélanges. 
Tome  xi.  27 


Ain  EUROPE. 

SitneA&T).— Lithographie. — MM.  Boiserée  et  Bertrara  fontlitho- 
graphier  par  l'habile  M.  Strixner  leur  belle  collection  de  tableauic  de 
l'ancienne  école  allemande.  A  en  juger  par  ce  qu'ils  ont  déjà  fait 
paraître ,  leurs  cahiers  ne  laisseront  rien  à  désirer.  On  peut  les 
acheter  sans  souscrire  pour  le  tout ,  et  même  on  peut  se  procurer  sé- 
parément chacun  des  dessins  qui  les  composent.  Le  texte  est  rédigé 
avec  le  soin  qu'on  devait  attendre  des  rédacteurs.  Les  tableaux  que 
MM.  Boiserée  etBertram  possèdent  en  originaux  continuent  toujours 
à  attirer  un  grand  nombre  de  curieux.  Parmi  les  étrangers  de  marque 
qui  les  ont  visités  en  i8îo,  on  cite  M.  Gau,  architecte  voyageur, 
lord  Elgin  ,  le  professeur  Ileeren  de  Gcettingen  ,  MM.  Wolf  et 
Savigny  de  Berlin,  Daub ,  Creutzer,  Thibaut  et  Léonard  de  Heidel- 
berg ,  enfin  M.  Thorvvaldsen  ,  qui  a  donné  l'idée  de  faire  litho- 
graphier  la  collection  que  nous  annonçons.  Le  roi  en  a  accepté  la 
dédicace. 

Munster. — Nécrologie. — M.  Charles-Louis  Buch  ,  ancien  avoué 
au  tribunal  de  cette  ville,  est  mort  le  17  janvier  dernier.  Il  était 
auteur  de  plusieurs  écrits  politiques,  parmi  lesquels  il  y  en  avait  un 
sur  cette  question:  Les  jmj'sans  des  contrées  où  les  lois  françaises 
ont  détruit  la  seri^itude  peuvenl-ils ,  dej  uis  le  retour  de  l'ancien, 
ordre  de  choses,  compter  auec  quelque  fondement  sur  la  continuation 
de  leur  liberté?  M.  Buch  publiait  ce  mémoire  en  i8i4  ;  et,  comme 
on  peut  le  penser,  son  ouvrage  produisit  une  vive  sensation.  M.  Buch 
était  né  à  Burgsteinfurdt ,  le  29  décembre  1753. 

— Prusse. —  Veber. — Le  23  mars,  la  Prusse  a  perdu  un  compositeur 
distingué,  le  chevalier  Anselme  Veber,  maître  de  chapelle  du  roi, 
né  à  Manbeim  en  1766.  Destiné  par  ses  parens  à  l'état  ecclésiastique, 
Veber  faisait  à  Heidelberg  ses  études  en  théologie,  lorsqu'un  pen- 
chant irrésistible  l'entraîna  vers  la  musique.  Il  obtint  bientôt  des 
succès  marquans  dans  la  nouvelle  carrière  qu'il  avait  choisie ,  et  fut 
le  compagnon  de  voyage  du  célèbre  abbé  Vogel  ,  avec  lequel  il 
parcourut  la  Hollande,  l'Allemagne,  le  Danemarck,  la  Norvège  et 
la  Suède.  En  i8o3,  Veber  fit  à  Paris  une  excursion,  à  la  suite  de 
laquelle  le  roi  de  Prusse  le  nomma  son  maître  de  chapelle.  Il  avait 
été  jusqu'alors  directeur  de  l'orchestre  du  premier  théâtre  de  Berlin. 
Dans  ses  compositions,  Veber  eut  le  bonheur  d'associer  son  nom  aux 
noms  les  plus  illustres  dé  l'Allemagne,  tels  que  ceux  de  Schiller  et  de 
Goethe.  Il  fit   pour  ce  dernier  la    mnsiqtie   de   TTennann  et  Thiis- 


EUROPE.  /^|() 

telda.  Lés  opéras  de  Veber  sont  toujours  représentés  avec  un  o^iand 


ucces. 


—  M.  Achard,  directeur  de  la  classe  des  sciences  physiques  da 
lotre  académie,  est  mort  à  Cunern  le  22  avril  dernier,  à  rà"-e  de 
oixante-neuf  ans.  Ce  savant ,  connu  par  d'utiles  travaux  ,  était 
uembre  de  plusieurs  sociétés  et  académies  étranjires.Pu.  GoLciiar. 

SUISSE. 

Genève.  —  Bibliothèque  nationale.  —  Obsert/atoirc.  —  Muséum 
"histoire  naturelle — Buste  de  J.-J.-Rousseau.-Var  une  heureuse 
mtatioa  de  ce  qui  se  pratique  en  France ,  notre  Biùlioihè-jue  na- 
ionale  va  être  ouverte  au  public  plusieurs  fois  dans  la  semaine 
t  pendant  plusieurs  heures  de  suite.  On  y  trouvera  toutes  les  Jaci- 
tés  désirables  ,  soit  pour  lire  ,  soit  pour  emprunter  les  eicellens 
uvrages  qu'elle  renferme.  Des  fonds  seront  assignés  aux  direc- 
surs  pour  la  mettre  insensiblement  au  niveau  de  l'état  actuel 
es  sciences  et  des  lettres.  Ce  monu.ment  de  la  libéralité  pat.io- 
que  de  r.os  ancêtres ,  négligé  depuis  une  trentaine  d'années  , 
'était  plus  qu'un  objet  de  stérile  curiosité.— Notre  observatoire 
ient  d'être  reconstruit  à  neuf,  et  orné  d'une  rotonde  à  toit  mobile  , 
our  faciliter  les  observations  télescopiques.— L'administialion  ne 
églige  rien  pour  favoriser  l'étude  des  sciences  naturelles.  Nous 
vons  un  muséum  d'histoire  naturelle  et  un  jardin  des  plantes ,  di- 
igépar  le  célèbre  botaniste  Decandolle,  qui  compte  déjà  parmi 
Ds  élèves  des  collaborateurs  dignes  de  le  remplacer— Le  bulte  de 
ousseau  doit  être  placé  incessamment  au  Jardin  des  Plantes 
armi  ceux  des  naturalistes  qui  ont  illustré  Genève.  Le  projet  de 
li  élever  une  statue  en  pied  a  été  abandonné,  pour  le  moment  , 
amme  trop  dispendieux. 

ITALIE. 
PiSB.  -Zoologie.  -  Ncurelle  espèce  de  salamandre.  -  Le  docteur 
aoIoSavi,  adjoint  au  professeur  de  botanique  de  l'université  de 
ise,  a  trouvé,  dans  divers  endroits  des  Apennins  de  Toscane,  et 
>écialement  à  Mngdlo  ,  une  nouvelle  espèce  de  salamandre 
rreslre,  très-remarquable  par  sa  figure  et  par  ses  couleurs  ,  et 
ouée  de  caractères  si  particuliers  qu'elle  lui  semble  incon'nue 
isq..'ici.   Il    l'appelle  sa'cmandra  pcrsjiriHala   quinque   judmi. 

27* 


A'iO  EUROPE. 

plantisque  teiradactylis.  Elle  a  une  tache  dans  la  partie  siipérieuie 
(le  la  tête,  laquelle  représente  à  peu  près  une  paire  de  lunettes. 
Mais  ce  qui  la  caractérise  encore  davantage  ,  c'est  d'avoir  quatre 
doigts  à  chaque  pied  ;  ainsi ,  elle  ne  peut  être  confondue  avec  la  sala- 
mandre à  trois  doigts,  dont  a  parlé  M.  Lacépède  {Histoire  natu- 
relle des  quadrupèdes  ovipares  et  des  serpens,  Tom.  VI ,  pag.  49^5 
tab.  56).  La  description  détaillée  de  cette  nouvelle  salamandre  se 
trouve  dans  la  Bibliothèque  italienne,  K»  LXV ,  pag.  22S. 

JîoDÎcAE.  —  Optique.  —  Microscope.  —  M.  Amici ,  professeur  d( 
mathématiques  à  l'université  de  IModène,  vient  d'inventer  un  appa- 
reil optique,  qui  réunit  à  une  grande  force  d'amplification  une 
disposition  de  ses  parties  telle,  qu'on  peut  lui  soumettre  commo- 
dément toutes  sortes  d'objets  liquides  ou  solides  ,  transparens  01 
opaques,  sans  qu'il  soit  nécessaire  de  les  trop  diviser,  et  en  leu 
laissant  même  toute  leur  intégrité.  Cet  instrument,  que  l'auteu: 
appelle  jnicroscope  caladioplrique ,  est  formé  d'un  tube  horizonta 
comme  un  télescope  ;  la  vision  s'y  fait  dans  le  même  sens  et  non  d' 
haut  en  bas,  comme  dans  les  microscopes  dioptriques.  A  l'une  de 
extrémités  de  ce  tube ,  celle  qui  est  opposée  au  verre  oculaire  ,  si 
trouve  une  combinaison  de  miroirs  métalliques,  sur  lesquels  la  ré 
flexion  se  fait,  au  moyen  d'une  petite  ouverture  pratiquée  sous  1 
tube  et  correspondant  perpendiculairement  au  porte  -  objet  qu'oi 
élève  ou  qu'on  abaisse  au  moyen  d'une  vis;  un  grand  miroir  éclai 
rant  est  placé  sous  le  porte-objet,  comme  dans  tous  les  microscope 
composés.  Les  divers  degrés  d'amplification  s'obtiennent  en  chan 
géant  seulement  les  verres  oculaires  ;  ce  qui  permet  de  faire  passe 
un  objet  très-promptement  par  tous  les  degrés  de  grossissement 
en  le  conservant  toujours  dans  le  champ  de  vision.  On  peut,  avei 
ce  microscope,  observer  les  corps  plongés  dans  un  liquide,  à  ui 
demi-pouce  de  profondeur  ;  ce  qui  est  impraticable  avec  les  autre 
microscopes.  L'auteur  ajoute  à  cet  appareil,  déjà  si  supérieur  aa: 
autres,  une  sorte  de  chambre  claire,  au  moyen  de  laquelle  on  des 
sine  et  mesure  les  objets  avec  les  dimensions  qu'on  leur  voit  dan 
l'instrument,  et  qui  peuvent  devenir  un  million  de  fois  aussi  grande 
qu'elles  le  sont  naturellement,  [l'ojyez,  pour  plus  de  détails,  !■ 
Tom.  XVIII  des  Actes  de  la  société  italienne  des  sciences  de  Mo- 
dène ,  et  le  Tom.  XVII  de  la  Bjblothèque  universelle  de  Genève.] 

B.  G. 


EtROPi:.  A21 

.  Ilriiv.  —Académie  rojale.  — Manuscrit.  — L'ahbii  Pcyron  a  derniè- 
rement annoncé  à  cette  société  savante  qu'il  existe,  dans  la  bibliothè- 
que de  l'université  royale  de  cette  ville,  un  manuscrit  palimpseste  du 
VII''  siècle  contenant  plusieurs  fragmens  du  code  théodosien.  Il  y  a 
déjà  découvert  plusieurs  lois  ou  inconnues  ou  mutilées  par  Tribonien , 
dans  le  code  de  Justinien.  On  y  distingue  surtout  deux  décrets  de 
riiéodose,  qui  ordonnent  la  compilation  du  code,  désignent  les  ju- 
risconsultes auxquels  ce  travail  devait  être  confié,  et  leur  prescrivent 
la  méthode  à  suivre  pour  l'exécution  de  cette  difficile  entreprise. 

Rome.  —  La  bibliothèque  4u  Vatican  vient  d'ajouter  aux  richesses 
littéraires  qu'elle  possédait  déjà,  par  l'acquisition  d'environ  une  cen- 
taine d'ouvrages  tant  manuscrits  qu'imprimés,  appartenant  à  la  bi- 
bliothèque Colonna  :  ce  sont  presque  tous  des  ouvrages  d'auteurs 
^recs  sacrés  ou  profanes. 

Milan.  — Publication  prochaine,  —  Une  traduction  italienne 
des  voyages  de  Belzoni  en  Egypte  doit  paraître  sous  peu.  Elle 
contiendra  quelques  changemeos  faits  par  l'auteur,  et  sera  publiée  en 
deux  volumes  in -8",  avec  six  cahiers  de  gravures.  L'éditeur  est 
M.  Bettoni. 

Rome.  —  Beaux  arts. — Le  5o  mai,  la  commission  générale  consul- 
tative des  beaux-arts  s'est  assemblée  pour  statuer  sur  les  mesures 
propres  à  faciliter  le  déblaiement  et  les  excavations  du  forum.  Le 
gouvernement  pontifical  a  résolu  de  mettre  beaucoup  d'activité  dans 
ces  travaux. 

Gè>es. — Nécrologie- — Le  comte  Louis- Emmanuel  Corfetlo  ,  né  à 
Gènes,  leiajuillet  ijSG,  est  mort  dans  cette  ville  à  l'âge  de  soixante- 
quatre  ans.  Plusieurs  journaux  italiens  et  français  ont  parlé  de  ses 
qualités  privées  et  publiques  ;  ils  ont  remarqué  surtout  qu'après  avoir 
été  d'abord  un  des  premiers  magistrats  à  Gènes,  et  ensuite  conseiller 
d'état  et  ministre  des  finances  en  France ,  sa  patrie  adoptive ,  il  est 
mort  sans  laisser  de  fortune.  Nous  nous  bornerons  ici  à  montjer  en  lui 
l'ami  des  lettres  et  de  ceux  qui  les  cultivent;  l'exercicede  ses  fonctions 
politiques  ne  lui  a  pas  permis  de  prouver  les  connaissances  littéraires 
dont  son  esprit  était  orné.  Il  brilla  d'abord  dans  la  carrière  du  bar- 
reau ;  malgré  l'aridité  des  premières  études  du  droit ,  son  éloquence 
prit  de  bonne  heure  un  heureux  développement;  il  raisonnait  av-ec 
une  force  ,  une  facilité  et  une  douceur  persuasive  qui  entraînait  les 
adversaires  les  plus  prévenus.  Au  milieu  de  ses  importantes  occupa- 


A22  EUROPE. 

lions,  il  n'avait  >amaisoublié  ces  études  plus  paisibles  pour  lesquelles 
il  avait  un  penchant  décidé.  Il  avait  d'abord  cultivé  les  muses  :  on  a 
de  lui  quelques  poésies;  quoiqu'elles  aient  été  composées  dans  sa 
première  jeunesse ,  elles  annoncent  ce  que  le  jeune  auteur  pouvait 
devenir,  s'il  eût  suivi  sa  vocation.  Il  conserva  du  moins  ce  goût  exquis 
et  sévère  qu'il  avait  puisé  et  formé  à  l'école  des  écrivains  classiques. 
Doué  d'une  mémoire  toujours  soumise  aux  besoins  de  son  esprit,  il 
répandait  dans  ses  conversations  particulières  benucoup  d'instruction, 
soit  par  ses  jugemens ,  soit  par  les  autorités  dont  il  les  appuyait.  On 
I.'a  entendu  souvent,  au  milieu  des  souffrances  que  lui  causait  sa  pé- 
nible maladie ,  réciter  des  chants  entiers  de  la  Jérusalem  ou  de  la 
Divine  Comédie  et  de  longues  scènes  d'Alfieri;  il  les  analysait  et  en 
faisait  sentir  les  beautés  avec  beaucoup  d'intérêt.  Il  semblait  oublier 
ses  douleurs  dans  ces  entretiens,  et  c'était  le  seul  repos  qu'il  trouvât 
au  milieu  de  ses  sérieuses  occupations.  Il  rivalisait  avec  les  Français 
pour  ces  vertus  hospitalières  dont  ils  aiment  à  user  envers  les  étran- 
gers, et  surtout  envers  les  hommes  distingués  dans  les  sciences  et 
dans  les  arts.  E.  Q.  Visconti  fut  toujours  son  intime  ami;  C.  Botta 
et  d'autres  savans  italiens,  qui  s'honorent  de  vivre  en  France,  recher- 
chaient avec  empressement  ses  entretiens  ;  son  amitié  leur  a  laissé  de 
touchans  souvenirs,  et  ils  lui  ont  voué  de  longs  regrets. 

—  'RoiiK.—Fdippo-Luigi  Gilii  est  mort  d'une  attaque  d'apoplexie 
le  i5  mai  de  cette  année,-  il  était  né  à  Corneto  le  4  mars  ijSô. 
L'histoire  naturelle,  la  botanique,  et  surtout  l'astronomie  ont  été 
ses  études  favorites.  Il  était  chanoine  de  la  basilique  du  Vatican  et 
directeur  de  l'observatoire  fondé  par  Grégoire  XIII.  Il  avait  formé 
un  musée  d'histoire  naturelle ,  dans  lequel  il  recueillit  les  richesses 
que  renfermait  celui  du  père  Tommaso  Gabrini ,  et  qu'il  a  donné 
avant  de  mourir  à  la  bibliothèque  Lancisiana.  On  a  trouvé  de  lui 
divers  manuscrits,  parmi  lesquels  on  distingue  un  traité  sur  \ts pa- 
ratonnerres et  la  Vie  du  célèbre  Zabaglia.  Les  ouvrages  qu'il  a 
fait  imprimer  sont  :  i"  Dissertazione suUe  macchine  igrometrichcy 
Kome  ,  1775  ;  2»  Agri  romani  historia  naturalis ,  etc. ,  ibid.,  1781  ; 
3"  Memoria  sopra  un  fulmine  caduto  in  Roma ,  etc. ,  1782  ;  4»  Fi- 
siogenografia ,  o  sia  delineazione  de'  generi  naturali  divisi  in  sei 
<:lassi,  etc.,  1785;  5»  Osseri>azioni  fitologiche  sopra  aie  une  pianle 
tsotiche  introdolte  in  Rorffa,  17S9  et  1792;  6»  plusieurs  mémoires 
«ur  divers  objets  de   physique  ,  particulièrement  des  observations 


EUROPE.  ,45g 

nittléorologiqucs  faites  à  Rome,  avec  des  notes  sur  quelques  instru- 
mens  employés  à  cet  objet.  ;«  Il  a  fait  réimprimer,  en  1812,  arec 
des  éclaircissemens  ,  VArchiteliura  de  la  basilicadi  santo  Pieiro  in 
Vadcano,  expliquée  en  02  planches  par  Martino  Ferraboschi.    F.  S. 

TURQUIE. 

Statistique. — Population. -l\  tsi  sans  doute  difficile  d'arriver  à 
une  exactitude  parfaite  sur  la  statistique  et  la  population  d'un  pays 
administré  d'une  manière  aussi  irrégulière.  Nous  présentons  donc 
le  tableau  suivant,  non  comme  parfaitement  exact,  mais  comme 
approchant  de  la  vérité. 

Chrétiens,  Grecs,  etc.     Turcs. 

Thrace  Cavec  Constant! nople)..     589,000        343,000 

Macédoine -1/!  f,f^r>         -// 

7245000         244,000 

Thessalie *;_„  „„_  0 

■'/  9'Ooo  89,000 

Albanie  (Haute  et  Basse-) 6-91,000  565,ooo 

^^^■■•'^ 000,000  35,000 

^"'&^"« 620,000  ,70,000 

^^^^^^''^ 060,000  18,000 

^'^^^^^^'^^ 225,000  3o,ooo 

^^'"^'*' 780,000        160,000 

Bosnie  et  dépendances 420,000         i4o,ooo 

T°*^l 5,288,000     1,592,000 

Ainsi ,  la  population  grecque  excède  la  population  des  anciens 
conquérans  turcs  de  4,696,000  hommes. 

ESPAGNE. 

UxT,KM>.~Projet  d'une  école  des  arts  et  ??ie//e«.— Dans  la  séance 
extraordinaire  des  cortès  espagnoles  du  26  juin ,  les  commissions 
réunies  des  arts,  de  l'industrie  et  du  commerce  ont  fait  un  rapport 
trèsdétaillé  sur  le  plan  présenté  par  D.  L.  Voidet ,  et  qui  a  pour 
objet  VélabUssement  d'une  école  nationale  desarts  et  /«é^/er^dans  la 
péninsule  et  dans  les  provinces  espagnoles  d'outre-mer.  Les  com- 
missions, après  avoir  fait  un  grand  éloge  de  ce  plan,  qu'elles  ont 
considéré  comme  susceptible  de  donner  aux  arts  et  à  l'indu;trie 
nationale  les  plus  prompts  et  les  plus  heureux  développemens  ,  ont 
conclu  à    ce  qu'il  soit  renvoyé  au  gouvernement  pour  en  proléger 


kU  EUROrE. 

l'exécution  par  tous  les  moyens  qui  sont  en  sou  pouvoir,  à  tliarge  de 
réclamer  l'autorité  des  cortès,  dans  tous  les  cas  où  il  le  jugera 
nécessaire  pour  assurer  l'existence  et  la  prospérité  de  l'établisse- 
ment dont  il  s'agit.  Ces  conclusions  ont  été  adoptées  sans  discussion 
et  à  la  presque  unanimité. 

—  Un  cours  de  droit  naturel  a  été  ouvert ,  le  7  mars  dernier,  à 
l'athénée  de  cette  ville ,  en  présence   d'une   société  nombreuse  et 
choisie.  Cette  chaire  importante  a  été  confiée  au  zèle  ,  aux  talens  et 
au  patriotisme  de  don  José  Joaquin  de  Mora ,  savant  distingué  par 
ses  vertus  autant  que  par  ses  profondes  connaissances.  Le  discours 
d'ouverture ,  que    nous   avons   sous  les  yeux ,  nous  paraît  à  la  fois 
remarquable  par  la  force  des  pensées  et  l'énergie  de  l'expression  :  le 
style  en  est  pur,   correct  et  ne  manque  pas  d'élégance  ;   quelques 
passages  même    semblent    écrits  d'inspiration  ;    l'auteur  redouble 
d'ardeur  et  trouve  une  force  nouvelle  lorsqu'il  trace  le  tableau  de 
l'arbitraire  aux  prises  avec  la  faiblesse  ,  et  lorsqu'il  peint  les  nations 
courbées  sous  le  joug  du  despotisme  et  de  l'intolérance  :  dobladas 
bajo  elyugo  del  deapotbmo ,  dominador  j)or  unaferoz  intolerancia. 
On  doit  beaucoup    attendre  d'un  professeur  dont  le  vaste  coup 
d'œil  a  pu  embrasser  sans  efiFort  toutes   les  relations  des  hommes 
entre  euix ,  et    dont  la  main  sûre  a  pu  fixer  la  ligne   au-delà  de 
laquelle  le  pouvoir  n'est  plus  que  tyrannie  et  la  liberté  qu'une  hor- 
rible licence.  Â.  T. 

PORTUGAL. 

LisBOîiRE. — L'académie  royale  des  sciences  a  tenu  sa  séance  pu- 
blique annuelle  le  24  juin  1821,  sous  la  présidence  de  don  Joseph 
Joachim  de  Cunba  de  Azeredo  Coutinho,  évêque  de  Fernanibouc 
et  d'Elvas,  associé  honoraire.  La  séance  a  été  ouverte  par  la  lec- 
ture d'un  rapport  fait  par  le  vice-secrétaire  Francisco  Villela  Bar- 
boza ,  sur  les  travaux  de  l'académie  depuis  la  dernière  séance 
de  1820.  Le  secrétaire  delà  société  de  vaccine,  Francisco  Elias 
Eodrigues  da  Silveira,  a  lu  ensuite  un  rapport  sur  les  travaux  de, 
cette  société  depuis  la  même  époque.  y 

Les  morceaux  suivans  ont  été  successivement  entendus:  1°  mé- 
moire sur  la  botanique  et  sur  la  meilleure  méthode  pour  l'étudier,, 
par  le  marquis  de  Ponte  de  Lima;  2°  exposition  d'un  traité  de  na-.- 
vigation ,  par  Math.  Yalcnle   do  Couto;  5"  mémoire  historique  sur 


EUROPE.  A25 

la  ville  de  Ceo,  par  Aiig.  de  Mendoça  Falcaon;  4°  sur  une  nou- 
velle machine  propre  à  fouler  les  raisins ,  par  Ant.  Lobo  de  Barbosa 
Ferreira  Teixeira  Giraon  ;  5"  extrait  d'un  mémoire  du  Fr.  Fortuné 
de  S.  Bonaventure,  sur  les  commencemens,  les  progrès  et  la  déca- 
dence de  la  littérature  grecque  en  Portugal,  par  Manuel- Joseph 
Pirez  ;  6°  description  géognostique  de  la  montagne  d'Arassociaba 
dans  la  province  de  Saint-Paul,  avec  l'histoire  du  premier  établisse- 
ment des  fabriques  de  fer  en  cet  endroit,  faite  par  Fréd.-Louis-Guill. 
Van  Hagen  ,  et  lue  par  Joseph  Villela  de  Barros. 

Les  ouvrages  suivans  ont  été  présentés  cette  année  à  l'académie  : 
Le  tome  VII  des  mémoires  de  l'académie  royale  des  sciences  de 
Lisbonne; — Essai  dermosographique  ou  description  systématique  et 
succincte  des  maladies  de  la  peau,  par  Bernardino  Antonio  Gomes;  — 
Essai  sur  quelques  synonymes  de  la  langue  portugaise  ,  par  Fr. 
Frêne  de  Saint- Louis,  moine  de  Saint-Benoît;  —  mémoire  pour 
servir  à  l'histoire  de  la  médecine  portugaise  ,  par  Jos.  IMarie  Svarez  ; 
— éphéméiides  nautiques  pour  l'année  1822  ,  par  Antoine-Denis  do 
Contro  Vaiente. — L'académie  a  publié ,  dans  le  cours  de  cette 
année,  la  carte  du  Brésil  de  M.  Beauchamp ,  corrigée  et  augmentée 
par  les  correspondaus  Marino  Miguel  Franzini  et  Francisco  Villela 
Barboza. 

Légiàlatîon  ■ — Extrait  du  Diario  do  gouerno ,  du  7  juillet  1821. — 
Cartes.  —  Séance  du  6.  —  M.  le  président  annonce  qu'il  y  a  sur  le 
bureau  une  lettre  de  M.  Bonnin ,  publiciste  français  ,  avec  l'offre 
d'un  de  ses  ouvrages  intitulé  :  Principes  de  la  législation  de  tous 
les peujAes  {i).  Le  président  donne  lecture  de  la  lettre,  dans  laquelle 
M.  Bonnin  prodigue  aux  représentans  de  la  nation  portugaise  les  plus 
grands  éloges  des  résolutions  judicieuses  qu'ils  ont  prises.  M.  Alues 
do  Rio  propose  que  l'ordre  soit  donné  pour  la  traduction  et  l'im- 
pression de  l'ouvrage,  et  que  la  lettre  soit  consignée  de  suite  sur  le 
Journal  du  gouvernement ,  avec  déclaration  de  la  satisfaction  que  sa 
lecture  a  causée.  Cette  motion  est  approuvée  :  M.  le  président 
nomme  une  commission  composée  de  MM.  de  Fernandes  Thomas , 
Caslello  Branco  et  Borgez  Carneiro,  pour  examiner  l'ouvrage. 

(  i  )  Doctrine  sociale  ou  Principes  universels  des  lois  et  rapports  de 
peuple  à  peuple ,  déduits  de  la  nature  de  l^ homme  et  des  droits 
du  genrs  humain.  1  vol.  in-S".  Paris,  chez  Brissot-Thivars,  rue  Cha- 
bannais,  n"  2,  et  Klcfler,  rue  d'Enfer,  n"  2.   Prix,  2  fr.  5o  cent. 


A26  EUROPE. 

FRANCE. 

Abdècbb.^-Cohmdke  de  Jcvikas  {canton  d'Entraigues).  —  Aéro- 
lithe  remarquable, — Il  est  tombé  dans  cette  commune ,  le  i5  juin 
dernier,  une  aérolithe  du  poids  de  220  livres  (no kilogrammes).  Les 
habitans  de  Juvinas,  ainsi  que  tous  ceux  de  cette  partie  du  dépar- 
tement ,  furent  frappés  d'une  telle  terreur  par  le  bruit  épouvantable 
qui  accompagna  la  chute  de  cette  pierre  météorique  ,  que  ce  ne  fut 
que  le  28  juin  qu'ils  osèrent  tenter  d'aller  à  la  découverte  de  l'objet 
qu'ils  avaient  aperçu  tombant  à  quelque  distance  de  leurs  habi- 
tations. A  l'époque  où  nous  écrivons ,  le  préfet  n'avait  pas  encore 
pu  satisfaire  au  vœu  de  l'académie  des  sciences,  en  lui  envoyant  un 
fragment  de  cette  aérolithe  ,  parce  que  les  habitans  ,  espérant  en 
tirer  un  grand  parti ,  l'ont  cassée  pour  se  la  partager.  On  sait  seu- 
lement qu'un  fragment,  soumis  à  la  balance  hydrostatique  ,  a  pesé 
2,80  et  qu'il  n'avait  aucune  action  sur  le  barreau  aimanté. 

HiuTB-ViBUNE, — Limoges. — Fabriques  de  porcelaine, — Le  dépar- 
tement de  la  Haute-Vienne  fournit  depuis  long-tems  les  matières 
premières  pour  la  fabrication  de  la  porcelaine  aux  principales 
manufactures  du  royaume,  et  même  de  l'Europe.  La  ville  de  Limoges 
est  le  berceau  de  cette  fabrication  :  sur  dix  fabriques,  dont  huit 
dans  cette  ville,  cinq  sont  exploitées  par  des  ouvriers  réunis  en 
société  ,  qui  font  tout  par  eux-mêmes ,  et  qui  ont  le  bois  et  la  main- 
d'œuvre  à  beaucoup  meilleur  marché  qu'à  Paris.  Les  pâtes  employées 
dans  les  fabriques  de  Limoges  sont  d'une  qualité  supérieure  à  celles 
mises  dans  le  commerce ,  attendu  que  chaque  fabricant  fait  lui- 
même  ses  compositions.  Les  fabriques  de  Paris,  qui  ne  poiu-raient 
soutenir  la  concurrence  avec  celles  de  Limoges  pour  le  blanc  et  le 
blanc  et  or,  l'emportent  seulement  par  la  beauté,  l'élégance  et  le 
fini  des  peintures.  D'autres  fabriques  du  même  genre  existent  dans 
la  Haute-Vienne,  à  Magnac  et  à  Saint-Yrieix  ;  dans  les  départemens 
du  Nord,  à  Lille;  de  la  Nièvre,  à  Four;  de  l'Indre;  du  Cher,  à 
Foiscy,  près  Bourges. —  ISI.  Martin,  ancien  receveur  de  l'enregis- 
trement à  Limoges,  qui  suit,  depuis  trente  ans,  les  travaux  de  ces 
fabriques,  comme  naturaliste,  chimiste  et  amateur  des  arts,  quia 
fourni  une  grande  partie  des  matériaux  de  l'ouvrage  sur  les  anti- 
quités de  la  II  aute- Vienne ,  demandé  parle  ministre  de  l'intérieur, 
au  nom  de  l'académie  des  inscriptions  et  belles-lettres ,  entre  autres 


EUROPE.  A27 

les  dessins  et  la  partie  historique  de  plus  de  deux  cents  monument 
romains,  gaulois  et  du  moyen  âge,  vient  d'établir  à  Limoges,  comme 
amateur  des  arts  et  commissionnaire,  un  grand  dépôt  de  produits 
choisis  des  fabriques  de  porcelaine  du  département  qu'il  habite.  Il 
y  joint  plusieurs  autres  genres  de  fabrications  analogues,  dont  le  se- 
cret lui  appartient;  des  creusets,  des  capsules  ou  autres  vases  chi- 
miques, sur  lesquels  le  savant  M.  Vauquelin  a  fait  un  rapport 
très-avantageux ,  et  dont  il  vient  d'être  envoyé  des  échantillons  à  la 
société  d'encouragement ,  à  Paris. 

AvEyBON.  —  Rodez.  —  Sourds-muets,  —  M.  Périer  ,  directeur  de 
l'institution  des  sourds-muets  de  cette  ville  ,  vient  d'adresser,  â 
MM.  les  présidens  et  membres  des  conseils  généraux  des  départe» 
mens  du  midi  de  la  France,  un  projet  pour  l'établissement  d'une 
institution  de  sourds-muets  dans  la  ville  de  Toulouse ,  telle  qu'elle 
existe  à  Bordeaux,  Angers,  Auray,  Rouen,  Caen,  Arras,  Lyon  et 
Marseille.  M.  Périer  désigne  Toulouse  comme  le  point  le  plus  cen- 
tral et  celui  qui  offre  le  plus  de  ressources.  Il  faut  espérer  qu'il  trou- 
vera ,  dans  les  propriétaires  des  départemens  méridionaux,  des 
hommes  dignes  d'encourager  une  entreprise  aussi  utile  à  l'humanité. 

Skiae-inféeiecre.  —  RoDKiV.  —  Encouragement  aux  beaux-arts. — 
Le  conseil  municipal  de  cette  ville  vient  de  voter  la  somme  de 
1,000  francs  en  faveur  de  M.  Joseph  Court ,  de  cette  ville,  qui  a 
Temporté  le  grand  prix  de  peinture  (to^.  l'art.  Paris). 

SOCIÉTÉS   SAVAKTES    ET    d'dTILITÉ    PTÎBLIQTJE. 

Strasbourg  (  Bas-Rhin  ). — La  société  des  sciences  et  Qrlt  s'est 
réunie  le  3o  juillet  en  séance  publique  ,  sous  la  présidence  de 
M.  Malouet ,  préfet  du  département  du  Bas-Rhin.  Dans  un  dis- 
cours écrit  avec  élégance  ,  M.  Malouet  a  parlé  des  titres  que 
Strasbourg  s'est  acquis  dans  la  république  des  lettres.  Cette  tâche  a 
été  dignement  remplie  par  un  administrateur  fait  pour  apprécier 
tous  les  genres  de  mérite  ;  et  la  manière  dont  il  s'est  exprimé  sur  la 
gloire  des  Brunck ,  des  Schôpflin ,  des  Oberlin  ,  des  Koch  et  des 
Schweighduser  ,  a  prouvé  à  ses  auditeurs  que  ,  s'il  n'était  tout 
entier  aux  soins  de  sa  place ,  il  laisserait  peut-être  un  nom  de  plus  à 
ajouter  à  ceux  qu'il  a  loués.  ISI.  Hugot  a  lu  ensuite  un  rapport  très- 
intéressant  sur  les  travaux  de  la  société  ;  il  l'a  terminé  en  accordant 
un  souvenir  à  quelques  membres  que  la  mort  a  frappés  dans  le  cou- 


A28  EUROPE. 

rant  de  l'année.  Le  nom  de  M.  Lcvrault ,  recteur  de  l'académie  ,  quî 
s'est  fait  entendre  parmi  les  derniers  ,  a  réveillé  de  nouveau  la  dou- 
leur et  la  reconnaissance  publiques.  M.  Matter,  déjà  connu  par  son 
excelleate  histoire  de  l'école  d'Alexandrie  (ouvrage  couronné  par 
l'académie  royale  des  inscriptions^  a  entretenu  l'assemblée  de  l'état 
du  christianisme  sous  Constantin  et  sous  Julien.  Ce  traité  se  fait 
remarquer  par  une  érudition  vaste  et  profonde  ;  mais  ne  pourrait  on 
pas  demander  une  justice  plus  sévère  pour  Constantin  ?  Je  sais 
qu'Eusèbe  de  Césarée  a  osé  dire  que  Dieu  seul  pourrait  se  faire  le 
panégyriste  de  ce  prince,  et  Crévierl'a  beaucoup  blâmé  de  ce  mot; 
mais  il  nous  semblerait  susceptible  d'interprétation,  s'il  appartenait 
à  tout  autre  qu'à  Eusèbe.  Il  faudrait  en  effet  la  plénitude  de  la  puis- 
sance divine,  pour  faire  supporter  l'éloge  d'un  homme  auquel  on 
peut  reprocher  autant  de  crimes  et  de  cruautés.  Quoi  qu'il  en  soit , 
M.  Matter  combat  l'opinion  reçue ,  selon  laquelle  la  politique  aurait 
opéré  le  changement  de  religion  de  cet  empereur.  11  pense  au  con- 
traire qu'en  désertant  le  paganisme,  il  s'exposait  aux  plus  grands 
dangers,  et  que  la  justice  seule  de  son  règne  a  pu  le  sauver.  Julien 
n'a  pas  obtenu  de  M.  Matter  plus  d'impartialité  ;  et ,  quoiqu'il  ne 
partage  point  le  fanatisme  de  ceux  qui  accablent  cet  empereur  des 
plus  grossières  injures  et  des  imputations  les  plus  absurdes  ,  il  n'a  vu 
en  lui  que  l'adversaire  du  christianisme,  et  il  a  trop  oublié  le  philo- 
sophe et  le  guerrier. 

M.  Matter  descendait  de  la  tribune,  lorsque  M.  Schweighaeuser 
fils  y  a  prononcé  les  mots  Grice  et  liberté.  Il  a  fortement  enchaîné 
l'attention  de  l'assemblée  ;  sans  doute  il  appartenait  à  un  helléniste 
de  rappeler  les  services  que  les  Grecs  ont  rendus  à  la  civilisation. 
M.  Schweighscuser  nous  montre  les  sciences  et  les  arts  passant  de 
l'Egypte  en  Grèce  et  y  recevant  des  développemens  rapides  ;  il  suit 
les  idées  religieuses  dans  leurs  progrès  et  dans  leur  influence  sur  la 
poésie;  puis  il  prouve  que  tout  ce  qui,  dans  les  arts,  est  réellement 
beau  est  dû  aux  Grecs,  sans  en  excepter  même  la  poésie  légère.  «Les 
«  fleurs  que  cueillit  ylnacrèon  ne  se  sont  point  fanées  dans  le  cours 
a  des  siècles;  nos  Chaulieu  et  nos  Parny  les  ont  trouvées  toutes 
«  fraîches j  pour  en  tresser  aux  grâces  et  aux  amours  des  guirlandes 
«  nouvelles. — Le  christianisme  doit,  selon  M.  Schweighxuser ,  tout 
autant  à  l'universalité  de  la  langue  grecque ,  dans  laquelle  furent 
écrits  ses  premiers  traités ,  qu'à  la  puissance  de  l'empire  romain.. 


EUROPE.  U29 

EnQiî,  ({astndlcs  4bassides  voulurent  allier  les  sciences  et  les  arts  avec 
la  cr-qyance  de  Mahomet ,  ils  en  trouvèrent  les  mojens  dans  la  tra- 
duction des  auteurs  grecs;  les  vastes  états  soumis  à  la  domination  des 
Arabes  brillèrent  quelque  tems  des  restes  de  la  civilisation  d' Athènes. 
M.  Schweighœuser  fils  a  terminé ,  en  exprimant  le  désir  fortement 
prononcé  de  voir  renaître  les  jours  libérateurs  de  Maralhonet  de 
Salamine ,  etces  jours  fortunés  oii  Platon  écoutait  Socrate ,  oiiles 
chants  d'Homère  et  les  chœurs  de  Sophocle  retentissaient  auprès  de 
la  tribune  de  Périclès  et  des  temples  de  Phidias.  Qui  pourrait  s'op- 
poser à  ce  noble  élan  !  qui  pourrait  faire  des  vœux  pour  ces  barbares, 
qui,  insultant  aux  débris  des  plus  beaux  monumens  de  la  civilisation, 
profanent  en  même  tems  le  tombeau  du  divin  fondateur  de  la  reli- 
gion des  cbrétiens  1— La  séance  a  été  terminée  par  une  distribution 
de  prix.  Les  mémoires  avaient  pour  objet  une  question  d'hippjatrique. 

Ph.  GoLBÉay. 

—  Dans  la  séance  du  i4  août,  la  société  a  nommé  membres  cor- 
rcspondans  MINL  Golbéry^  conseillera  Colmar,  l'un  des  collaborateurs 
de  la  Revue  Encyclopédique  ;  John,  professeur  de  chimie  à  Berlin; 
Haas  ,  directeur  des  forges  du  Bas  -  Rhin.  Et  membres  résidans  : 
M5L  Hepp,  professeur  de  la  faculté  de  droit  ;  Richard,  professeur  de 
la  faculté  de  théologie  ;  Engelhardt,  docteur  es  -  sciences  et  licencié 
en  droit. Dans  la  même  séance,  la  société  a  entendu,  avec  beaucoup 
d'intérêt ,  un  mémoire  sur  la  civilisation  des  cultes  ,  par  madame 
Saint  -  Julien.  Ce  mémoire  a  été  lu  par  M.  de  Laizer ,  frère  de 
l'auteur. 


Institut.  — Académie  des  sciences.  —  Juillet  1821.  —  Séance 
du  1.  —  M.  Brongniart  lit  un  mémoire  intitulé  :  Sur  les  Terrains 
calcaires  Trapéens  du  pied  méridional  des  Alpes  lombardes. — 
M.  Dupetit-Thouars  lit  une  première  réponse  à  la  lettre  de  M.  Fé- 
burier  ,  présentée  dans  la  séance  précédente.  —  M.  Garros  pré- 
sente un  bureau  à  répertoire  alphabétique,  que  M.  Prony  est  prié 
d'examiner.  —  M.  Moreau  de  Jonnès  lit  un  mémoire  intitulé  :  Mono- 
graphie  du  genre  anolis  1  reptile  de  l'ordre  des  Sauriens  (arpétalogie 
caraïbe). 

Du  g.  —  M.  le  directeur  des  ponts  et  chausssées  adresse  des  échan  - 


A30  EUROPE. 

tillone  du  mastic  résineux  de  M.  Vicat ,  et  un  mémoire  où  il  est  dé- 
crit (MM.  Prony,  Girard  et  Gay-Lussac,  commissaires).  — M.  de 
Férussac  adresse  un  exemplaire  de  son  Tableau  général  de  la  fa- 
mille des  imaçons  ;  M.  Duméril  en  fera  un  rapport  verbal. — M.  Halle 
rend  un  compte  verbal  de  l'ouvrage  de  M.  Charmeil,  intitulé  : 
Observations  sur  les  MétartaseSj  suii'ies  d'expériences  sur  la  géné- 
ration des  os. — M.  Cuvier  rend  un  compte  verbal  de  la  Description 
du  plateau  de  Saint- Pierre  de  Maestricht,iparM.  Bory  Saint-Vincent. 

— Du  i6, —  M.  Halle  rend  un  compte  verbal  de  l'ouvrage  anglais 
de  M.  Fusely  ,  intitulé  :  Leçons  sur  la  peinture.  —  M.  Dupetit- 
Thouars  lit  un  mémoire  intitulé  :  Notice  historique  sur  la  moelle. 

— Du  a3. — M.  Ch.  Dupin  fait  un  rapport  verbal  sur  les  annales  de 
l'industrie. — M.  Moreau  de  Jonnès  lit  un  mémoire  intitulé  :  iîecAer- 
ches  sur  les  Antropolithes  de  la  Guadeloupe. — M.  Duméril  fait  un 
rapport  verbal  sur  l'ouvrage  de  M.  de  Férussac  relatif  à  la  distribu- 
tion des  mollusques.  — La  section  d' anatomie  et  de  zoologie  présente 
la  liste  suivante  des  candidats  pour  la  place  vacante  dans  son  sein 
par  le  décès  de  M.  Richard  :  MM.  Savigay,  de  Blainville  et  Serres 
(  €x  œquo  )  ;  Desmarest ,  le  baron  de  Férussac ,  Audoin ,  Moreau 
de  Jonnès  et  Strauss;  ces  trois  derniers  ex  œquo.  M.  Geoffroy  Saint- 
Hilaire  annonce  que  cette  présentation  a  été  faite  seulement  par 
M.  Latrei  le  et  par  lui,  M.  deLacépède  étant  absent ,  et  MM.  Pinel 
et  Duméril  ayant  refusé  de  voter.  M  Duméril ,  en  son  nom  et  en 
celui  de  M.  Pinel,  déclare  qu'ils  ont  cru  ne  pas  devoir  prendre  part 
à  la  présentation  précédente  ,  parce  qu'ils  ont  voulu  conserver  le 
droit  de  présenter  une  liste  des  personnes  occupées  d'anatomie  hu- 
loaine,  en  déclarant  toutefois  que  le  vœu  de  cette  partie  de  la  sec- 
tion est  aussi  pour  cette  fois  en  faveur  de  M,  Savigny.  Voici  la  liste 
des  anatomistes:  MM.  Chaussier,  Serres,  Magendie  et  Edwards.  Après 
une  assez  longue  discussion,  l'académie  renvoie  l'élection  à  la 
séance  suivante, 

—  Du  5o.  —  L'académie  va  au  scrutin  pour  la  nomination  d'ua 
membre  de  la  section  d'anatomie  et  de  zoologie.  Le  nombre  des 
votans  est  de  48.  M.  Savigny  réunit  4i  suffrages;  M.  de  Blainville  4  ; 
M  Moreau  de  Jonnès  2  ;  M.  de  Férussac  i  :  en  conséquence,  M.  Sa- 
vigny est  proclamé. 

—  Académie  française.  —  Séance  du  8  août.—  '^l.  Laya  a  lu  une 
traduction  du  discours  latin,  où  Lebeau ,  traitant  de  la  nécessité  de 


EIROPK.  Aâl 

cacher  l'art  dan»  l'éloquence ,  dit  pourquoi  et  comment  on  doit  le 
cacher.  —  M.  Mollevaut,  de  l'académie  des  inscriptions  et  belles- 
lettres,  a  la  1°  le  chant  des  bardes  la  veille  de  la  défaite  de  Varus  ; 
2°  la  mort  de  Roland  ,  chant  guerrier. — M.  le  duc  de  Levis,  les  qua- 
trième et  cinquième  actes  de  sa  tragédie  de  Henri  IV,  composée 
en  i8i2. 

— L'académie  a  tenu  ,  le  25 ,  sa  séance  annuelle  ;  nous  en  rendrons 
compte  dans  notre  prochain  cahier. 

—  L^ académie  royale  des  inscriptions  et  belles-lettres  a  tenu  sa 
séance  publique  ,  le  vendredi  27  juillet  1821 ,  sous  la  présidence  de 
M.  Walckenaer.  La  gravité  des  matières  n'avait  pas  effrayé  le  public, 
et  rien  ne  prouve  mieux  l'heureux  changement  opéré  dans  les  mœurs 
françaises,  ou,  si  l'on  veut,  dans  le  caractère  de  la  nation,  que  l'atten- 
tion qu'elle  accorde  à  tout  ce  qui  honore  les  lettres  ou  peut  assurer 
leurs  progrès  :  elle  sent  qu'elle  sera  d'autant  plus  heureuse ,  qu'elle 
sera  plus  éclairée.  Le  jugement  des  mémoires  envoyés  aux  deux  con- 
cours pour  cette  année,  et  la  proclamation  des  prix,  ont  ouvert  la 
séance. 

L'un  des  prix,  remis  l'année  dernière  au  concours,  et  renvoyé 
à  celle-ci,  avait  pour  objet,  d'examiner  quel  était,  à  T  époque  de 
l'ai'énement  de  Saint-Louis  au  trône  ,  l'état  du  gouvernement  ei 
de  la  lég'slation  en  France  ,  et  de  montrer  quels  étaient ,  à  la  fin 
de  son  règne,  les  effets  des  institutions  de  ce  prince.  Le  prix  a  été 
partagé  entre  le  mémoire  n"  2  et  le  mémoire  n"  3  :  l'auteur  du 
premier  est  M.  Arthur  Beugnot ,  avocat  à  la  cour  royale  de  Paris , 
fils  de  M.  Beugnot ,  ministre  d'état  ;  l'auteur  du  second  est 
M.  P.  Mignet,  avocat  à  Aix. 

Le  sujet  du  second  prix  que  l'académie  avait  proposé  pour  la 
première  fois ,  était  :  Comparer  les  monumens  qui  nous  restent  de 
V ancien  empire  de  Perse  et  de  la  Chaldée ,  soit  édifices ,  bas-reliefi, 
statues',  soit  inscriptions  ,  amulettes,  monnaies,  pierres  gravées, 
cylindres,  etc.,  avec  les  doctrines  elles  allégories  religieuses  con- 
tenues dans  le  Zend-Avesta ,  et  avec  les  renseignemens  que  nous 
ont  conservés  les  écrivains  hébreux ,  grecs,  latins  et  orientaux,  sur 
les  opinions  et  les  usages  des  Perses  et  des  Chaldéens ,  et  les  éclair- 
cir,  autant  qu'il  sera  possible  ,  les  uns  par  les  autres.  Aucun  des 
mémoires  envoyés  au  concours  n'a  paru  à  l'académie  réunir  toutes 
les  conditions  nécessaires  pour  mériter  le  prix.   Elle  aurait  désiré 


A32  EIJROPE. 

que  les  auteurs  de  ces  mémoires  eussent  accordé  un  peu  moins  de 
confiance  aux  écrivains  modernes  de  l'Orient;  qu'ils  eussent  fait 
plus  souvent  usage  du  Zend-Avesta ,  et  qu'ils  se  fussent  attachés  à 
comparer,  autant  qu'il  est  possible,  la  doctrine  renfermée  dans  ce 
livre  et  les  renseignemens  que  nous  ont  transmis  les  auteurs  anciens 
sur  ce  même  objet,  avec  les  religions  professées  à  Babylone  et  dans 
d'autres  régions  de  l'empire  persan.  Elle  aurait  voulu  qu'ils  déter- 
minassent si  la  loi  de  Zoroastrc  fut  ou  ne  fut  pas  une  religion  nou- 
velle, à  quelle  époque  elle  s'établit,  l'influence  qu'elle  exerça 
sur  les  croyances  répandues  en  Asie  ,  et  les  révolutions  qu'elle  a 
éprouvées.  Enfin,  elle  aurait  désiré  qu'ils  eussent  essayé  de  sou- 
mettre à  la  critique  l'opinion  assez  accréditée  des  rapports  religieux 
de  l'Egypte  avec  Babylone  et  la  Perse.  L'académie  a  pourtant  jugé 
digne  d'une  mention  honorable  le  mémoire  qui  porte  une  épigraphe 
tirée  de  Jérémie,  xxiii,  29.  Elle  propose  le  même  sujet  pour  l'année 
1823. 

L'académie  renouvelle  l'annonce  qu'elle  fit ,  l'année  dernière  , 
du  sujet  du  prix  qu'elle  adjugera  dans  la  séance  publique  du  mois 
de  juillet  1822;  ce  sujet  est  :  Rechercher ,  d'après  les  monumens 
historiques ,  et  principalement  d'après  ceux  du  nord  de  V Europe  , 
quelles  ont  été  les  causes  des  nombreuses  émigrations  des  peuples 
connus  sous  le  nom,  général  de  Kohmakds,  dans  le  moyen  âge,  et 
tracer  l'histoire  abrégée  de  leurs  incursions  et  de  leurs  établissemens 
dans  toute  Vètendue  de  l'ancienne  Gaule. 

Elle  propose  pour  sujet  d'un  autre  prix,  qu'elle  adjugera  dans  sa 
séance  publique  du  mois  de  juillet  1823,  ^examiner  quel  fut  l'état 
des  Juifs  en  France  ,  en  Espagne  et  en  Italie ,  depuis  le  commence- 
ment du  cinquième  siècle  de  l'ère  vulgaire  jusqu'à  la  fin  du  sei- 
zième, sous  les  divers  rapports  du  droit  civil ,  du  commerce  et  delà 
littérature. 

Le  prix,  pour  chaque  sujet,  sera  une  médaille  d'or  de  la  valeur 
de  1 5oo  francs. 

Les  ouvrages  envoyés  au  concours  devront  être  écrits  en  français 
ou  en  latin,  et  ne  seront  reçus  que  jusqu'au  i""'  avril  de  chaque 
année.   Ce  terme  est  de  rigueur. 

Un  nouveau  sujet  de  concours  a  été  annoncé  cette  année  pour  la 
première  fois  ;  il  est  relatif  aux  antiquités  nationales.  Le  gouverne- 
ment a  ordonné   dans  chaque   département   des   rrohcrches   qui   se 


EUKOrK.  A.33 

poHisuivent  avec  un  zèle  et  une  activité  dignes  des  plus  grand» 
éloges.  Le  ministre  de  l'intérieur  ayant  jugé  à  propos  d'accorder 
trois  médailles  d'or,  de  cinq  cents  francs  chacune,  aux  trois  auteurs 
qui,  au  jugement  de  l'académie,  auront  envoyé  les  meilleurs  mé- 
moires sur  les  antiquités  de  la  France ,  l'académie  a  décerné  les 
trois  médailles  à  MM.  Schweighseuser  fils,  professeur  à  l'académie  de 
Strasbourg;  Delpon,  membre  du  conseil  général  du  Lot,  et  pro- 
cureur du  Roi  à  Figeac  ;  et  Alexandre  du  Mège ,  membre  de 
diverses  académies  et  de  la  commission  des  antiquités  des  départe- 
mens  de  la  Haute-Garonne,  de  l'Aude,  de  Tarn-et-Garonne,  etc. 
Parmi  les  nombreux  mémoires  qui  lui  sont  parvenus ,  l'académie 
a  encore  distingué  très-particulièrement  ceux  de  MM.  Girault,  pré- 
sident de  la  commission  des  antiquités  de  la  Cùte-d'Or  ;  le  baroa 
Chaudruc  de  Crazanes,  maître  des  requêtes  ^  inspecteur-conserva- 
teur des  antiquités  de  la  Charente-Inférieure;  de  Gerville,  membre 
de  la  commission  des  antiquités  de  la  Manche ,  et  de  quelques 
autres  savans  ;  et  elle  a  regretté  de  n'avoir  pas  un  plus  grand  nombre 
de  médailles  à  décerner  :  mais  le  mérite  de  ces  divers  mémoires  a 
été  exposé  dans  le  rapport  général  que  l'académie  a  adressé  au 
ministre  de  l'intérieur,  sur  l'état  actuel  des  recherches  relatives  aux 
antiquités  de  la  France.  Nous  ferons  connaître  ce  rapport,  dont  nous 
sommes  informés  que  S.  Ex.  a  ordonné  l'impression,  pour  être 
envoyé  à  MM.  les  préfets,  aux  savans  et  aux  commissions  qui,  par 
leurs  recherches ,  concourent  à  l'exécution  de  cet  utile  et  important 
projet, 

La  séance  a  été  remplie  par  la  lecture  des  morceaux  suivans  : 
Notice  historique  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  M.  Millin ,  par 
M.  Dacier,  secrétaire  perpétuel. — Mémoire  sur  l'origine  et  l'histoire 
des  Arsacides ,  par  M.  Saint-Martin.  —  Extrait  d'un  mémoire  sur 
l'état  des  personnes  pendant  la  première  race  de  nos  rois  ; — de 
l'état  des  serfs  ,  par  M.  Naudet. — Extrait  d'un  mémoire  sur  les 
plus  anciens  caractères  qui  ont  servi  de  base  à  l'écriture  chinoise  , 
par  M.  Abel  Rémusat.  L'heure  avancée  a  privé  le  public  d'un  mé  - 
moire  sur  l'art  du  monnoyage  chez  les  anciens  et  les  modernes, 
par  M.  Mongez. 

L'extrait  du  mémoire  de  M.  Naudet  a  dû  calmer  quelques-uns  de 
ces  regrets  irréfléchis  qu'excitent  encore  les  prétendus  beaux  jours 
du   moyen  âge,  et  ce  qu'a  dit  le  savant  académicien   sur  l'état  dts 

Tome  xi.  28 


4SA  EUROPE. 

personnes  durant  la  première  race  de  nos  rois  a  dû  confondre  cts 
imperturbables  laudalores  temporis  acti  qui  sembleraient  ne  regret- 
ter le  tems  du  servage  que  parce  que  la  liberté  est  aujourd'hui 
légalement  répartie  entre  tous  :  il  est  vrai  qu«  quelques-uns  y 
perdent  du  pouvoir,  mais  tout  le  monde  y  gagne  du  bonheur  :  il  y 
a  là  au  moins  compensation. 

Le  précis  du  mémoire  de  M.  Abel  Bémusat  sur  les  plus  anciens 
caractères  chinois  est  quelque  chose  de  plus  qu'une  dissertation 
sur  le  nombre  et  la  forme  des  traits  qui  les  composent  :  c'est  comme 
premier  moyen  de  peindre  la  pensée  que  M.  Rémusat  les  examine, 
et  ce  premier  pas  d'un  peuple  dans  la  grande  voie  de  la  civilisation 
excite  un  plus  noble  sentiment  que  celui  d'une  simple  curiosité , 
car  on  sait  aujourd'hui  qu'il  faut  étudier  l'histoire  ancienne  par  les 
langues,  les  croyances  et  les  institutions  des  peuples  anciens;  et  l'in- 
vention d'une  écriture  en  est  l'époque  et  le  fait  le  plus  important. 
Honneur  à  ceux  qui  préparent  ces  notions  nouvelles  encore  dans 
la  critique  historique,  qui,  bientôt  enCn,  préférera  les  monuniens 
aux  systèmes ,  et  la  vérité  à  tout  autre  intérêt  ! 

Dans  la  même  séance,  un  de  nos  plus  habiles  et  des  plus  labo- 
rieux archéologues,  M,  Millin  ,  devait  recevoir  cet  hommage  public 
qu'un  pieux  usage  décerne  à  la  mémoire  des  morts  :  M.  Dacier  a 
acquitté  cette  dette  académique  avec  ce  talent  supérieur  que  l'âge 
n'a  point  affaibli ,  et  que  semble  fortifier  encore  cette  douce  philo- 
sophie d'un  octogénaire,  qui  a  son  parti  pris  sur  bien  des  choses  de 
ce  monde ,  qui  en  juge  avec  toute  l'autorité  de  l'âge  et  toute  la 
liberté  d'un  esprit  fin  et  pénétrant,  qu'ont  mûri  l'habitude  de  la 
réflexion  et  l'étude  des  hommes.  Rien  ne  dispose  mieux  à  la  bien- 
veillance ;  ici ,  elle  était  une  justice ,  et  M.  Dacier  a  mis  beaucoup 
des  deux  dans  sa  notice  sur  M.  Millin  :  il  a  rappelé  «es  nombreux 
ouvrages,  et  surtout  ses  voyages,  de  manière  à  conciliera  la  mé- 
moire du  mort  l'estime  et  les  suffrages  du  public ,  comme  il  a  depuis 
long-tems  celle  des  savans  et  des  artistes  de  l'Europe.  En  indiquant 
son  voyage  dans  le  midi  de  la  France ,  M.  Dacier  a  réuni  dans 
quelques  lignes  un  tableau  exact  de  notre  patrie  ;  le  voici  :  «  II 
commença  ses  courses  savantes  par  la  France,  à  laquelle  il  crut  de- 
voir consacrer  ses  premières  recherches  et  offrir  les  prémices  de 
leurs  résultats.  Il  ne  borna  point  ses  investigations  aux  objets  qui 
«ont  du  domaine   de  l'archéologie  ;    il  observa  tout  à  la  fois  les 


EUROPE.  A35 

hommes  et  les  raonumens,  l'agriculture,  l'industrie  et  leurs  innom- 
brables productions  ;  il  trouva  partout  des  richesses  et  des  espé- 
rances, les  arts  en  honneur,  les  sciences  cultivées  et  leurs  plus  utile» 
applications  favorisant  la  salubrité  publique  et  améliorant  les  usages 
de  la  vie  privée,  les  lettres  éclairant  le  goût  et  le  jugement;  enfin  , 
dans  quelques  cantons ,  des  mœurs  singulières  produites  par  la 
stérilité  du  sol,  et  montrant  à  la  fjis  une  cause  et  un  efTet  de  la 
marche  inégale  de  la  civilisation.» 

Un  autre  passage  de  ce  discours  a  surtout  intéressé  l'assemblée  et 
excité  ses  vifs  applaudissemens  ;  c'est  celui  où  l'Italie  et  la  France  , 
visitées  l'une  et  l'antre  par  M.  Millin  ,  sont  ensuite  comparées  dans 
ce  qui  les  caractérise  particulièrement.   Pour  ne  pas  affaiblir  ce  mor- 
ceau, nous  le  donnerons   tout  entier,  oïl  méditait   encore,    entre 
autres  travaux ,  un  grand  chapitre  qu'il  devait  placer  à  la  fin  de  sa 
relation  de  l'Italie ,  dans  lequel  il  se  proposait  de  comparer  cette 
contrée  et  la  France,  qu'il  avait  successivement  étudiées  et  trouvées 
très-différentes,   quoique  très-voisineset  parvenues  l'une  et  l'autre 
à  un  haut  degré  de  civilisation.  Il  avait    été  étonné  plus  d'une  fois 
en  considérant  combien    de   règles   générales  en  Italie  ne  sont  ea 
France  que  de  rares  exceptions  ,  en  voj'ant ,  dans  l'une  ,  presque  tous 
les  dons  de  l'esprit  abandonnés  aux  caprices  de  l'imagination  ;  dans 
l'autre  ,  l'imagination  dirigée  par  la  science  et  par  la  réflexion  ;  la 
première  toujours  passionnée  et  ne  rêvant  que  le  beau,  la  seconde 
le  recherchant  avec    ardeur,  le  saisissant  avec  transport ,  mais  mé- 
ditant  et  perfectionnant    l'utile;    la  France  imposant  les  produits 
d'une  industrie  riche  et  savante  au  monde  civilisé,   l'Italie  l'instrui- 
sant aussi ,  le  polissant  encore  par  les  beaux-arts ,   et  lui  fournissant 
à  la  fois  les  maîtres  et  les  modèles.  Frappé  de  ces  dissemblances 
sociales,  M.    Millin  croyait  en  avoir  trouvé  la  cause  dans  celles  des 
lieux  et  des  mœurs,  et  surtout  dans  cette  perpétuelle  alliance,  par- 
ticulière à  l'Italie ,  du  sublime  de  la   religion  avec  le  sublime  des 
beaux-arts;  car  l'Italie,  savante  et  chrétienne  à  la  fois,  a  su,  peut- 
être  seule  ,   habilement  allier,  par  une  sorte  de  fusion ,  le  culte  de 
Dieu  au  culte  des  arts  et  des  muses,  la  religion  de  l'état  aux  hon- 
neurs et  à  la  gloire  de  la  patrie  ;  puisant  dans  l'une  et  dans  l'autre 
ses  plus  heureuses  inspirations;  honorant  toutes  les  vertus  civiles  et 
religieuses,  ses  saints  martys  et  ses  citoyens  illustres  ;  plaçant  la  sta- 
tue de  Pline  le  jeune  dans  le  temple  d'un  Dieu  que  Pline  ignora  ; 

2S* 


A36  EUROPE. 

prêchant  sans  cesse  par  la  niultiplicilé  des  monumens  funéraires, 
la  plus  persuasive  des  morales  ,  la  morale  des  tombeaux  ;  conservant, 
par  respect  pour  l'autorité  des  tems,res  riîes  et  les  pratiques  de  la 
primitive  église,  parce  que  ,  à  la  différence  des  contrées  moins  mé- 
ridionales, la  religion  est  restée  pour  l'Italie  une  grande  affaire  de 
ce  monde  fpeut-être  autant  que  de  l'autre)  ;  animant  toutes  ses  pen- 
sées rt  tous  ses  souvenirs,  créant  pour  tous  les  arts  une  poétique 
nouvelle ,  un  merveilleux  fortifié  par  les  merveilles  même  qu'elle 
nous  révèle,  et  leur  offrant  aussi,  avec  une  inépuisable  fécondité,  les 
tvpcs  de  leurs  plus  belles  créations  ;  comme  autrefois  le  génie  re- 
ligieux et  poétique  d'Homère  prêta  au  ciseau  de  Phidias  les  seules 
formes  dignes  du  maître  de  l'Olympe.  »  C.     F. 

Académie  rojale  des  heaux-arls.  —  Dans  sa  séance  du  i4  juillet, 
l'académie  a  prononcé  sur  le  concours  de  pajysage  historique  ,  dont 
voici  le  sujet  :  «Proserpine  étant  occupée  avec  ses  compagnes  à  cueillir 
des  fleurs  autour  d'un  lac  voisin  d'Enna  en  Sicile,  Plutoa  la  voit,  en 
devient  amoureux  et  l'enlève.  La  scène  se  passe  en  Sicile  ,  on  aperçoit 
dans  le  fond  la  ville  d'Enna  et  le  sommet  du  mont  Etna.»  Le  premier 
prixa  ététlécernéàM.  C/iar/e5  Rémoxd,  de  Paris,  âgé  de  vingt-six  ans, 
élève  de  MM.  Regnault  et  Bertin  ;  le  second  prix,  à  M.  Louis -Fré- 
déric ViLLEKEuvE  ,  âgé  dc  vingt-cinq  ans ,  aussi  élève  de  M.  Regnault; 
lé  2*  second  prix,  à  M.  Amédée  Bocrgeois,  de  Paris,  âgé  de  vingt- 
trois  ans,  élève  de  Ttl.  Regnault.  Une  mention  honorable  a  été  ac- 
cordée à  j\L  Alphonse  Perris,  âgé  de  vingt -trois  ans,  élève  de 
de  MM.  Guérin  et  Bertin. 

— Séance  du  7.1  juillet.  —  Grands  prix  de  peinture.  — Voici  le  pro- 
gramme donné  aux  concurrens  par  l'académie  :  oDalila,  ayant  su  que 
la  force  de  Samson  était  dans  ses  cheveux,  l'endormit  sur  ses  genoux, 
et  lui  fit ,  pendant  son  sommeil ,  couper  les  sept  touffes  dont  se  com- 
posait sa  chevelure  ;  ensuite  ,  le  repoussant  ,  elle  lui  cria  :  Samson  , 
voici  les  Philistins  I  Les  Philistins  se  précipitent  aussitôt  sur  lui  et 
s'en  emparent.»  L'académie  a  décerné  le  premier  prix  à  M.  Joseph- 
I>èsiré  Court,  de  Rouen  ,  âgé  de  vingt-quatre  ans,  élève  de  M.  Gros; 
le  second  prix,  à  M.  Jean-Étienne-Francklin  Dubois,  de  Paris,  âgé- 
de  vingt-sept  ans,  élève  de  j\L  Regnault. 

Dans  son  procès-verbal,  l'académie  a  consigné  le  regret  dc  ne  pou- 
voir décerner  un  autre  premier  prix  à  M.  Pierre-  Raymond-J acques 
MosvoisiiN  ,  de  Bordeaux,  âgé  de  vingt-sept  ans,  élève  de  M.  Guérin. 


EUROPE.  A37 

Son  tableau  avait  tté  désigné,  par  la  section  de  peinture,  comme 
méritant  le  premiçr  prix  ,  et ,  au  scrutin  général ,  il  ne  lui  a  manqué 
que  peu  de  suffrages  pour  l'obtenir.  Sur  la  demande  de  l'académie  , 
le  ministre  de  l'intérieur  a  accordé  à  ce  jeune  artiste  une  p.a-e  à  l'é- 
cole de  lîome. 

Economie. — Cui'es  en  plonih  pour  consert-'er  les  grains  et  les  fa- 
rines.—lious -avons  lait  connaître  (T.  VII,  pag.  402)  le  moyen  que 
M.  le  comte  Dejean  ,  pair  de  France  ,  a  proposé  et  mis  à  exécution 
en  iSig,  pour  la  conservation  illimitée  des  grains  et  des  farines, 
dans  les  bàtimens  de  la  manutention  des  vivres  de  la  guerre,  rue  du 
Cherche-Midi.  M.  Dejean  ,  ayant  joint  à  son  opinion ,  sur  le  projet  de 
loi  relatif  à  l'exportation  et  à  l'importation  des  grains,  les  résultats 
obtenus  au  bout  d'un  an  d'expérience  ,  nous  nous  empressons  de  les 
communiquer  à  no?  lecteurs. 

C'est  le  i5  novembre  1S19  que  les  récipicns  cylindriques  en 
piomb,  construits  d'après  les  ordres  de  M.  Dejean,  ont  été  remplis 
de  grains  ou  de  farines.  Le  20  novembre  1S20,  on  a  procédé  à  l'ou- 
verture d'un  des  trois  petits  récipiens  qui  accompagnent  chacun 
des  grands,  ainsi  que  des  six  récipiens  placés  dans  la  cave.  Le  réci- 
pient du  rez-de-chaussée  ,  contenant  un  hectolitre  de  froment , 
'deuxième  qualité  de  1819,  offrit  à  son  ouverture  le  métal  doué  du 
brillant  métallique ,  aussi  parfait  que  s'il  venait  d'être  coulé  ,  et  qu'il 
eût ,  comme  on  sait ,  promptement  perdu ,  s'il  eût  été  exposé  à  l'air. 
Le  grain  avait  l'aspect  de  la  plus  parfaite  conservation.  Il  avait 
seulement  à  sa  surface,  comme  à  son  intérieur,  une  légère  odeur 
laiteuse,  attribuée,  parles  experts,  à  la  mauvaise  qualité  des  blés 
de  1819,  et  à  ce  que  celui-ci  avait  été  renfermé  avant  d'être  com- 
plètement ressuyé  ;  au  reste,  cette  odeur  disparut  après  que  legraîn 
eut  été  aéré  pendant  quelques  heures.  Le  récipient  du  premier  étage 
présenta  dans  son  intérieur  le  métal  aussi  brillant  que  le  précédent; 
et ,  comme  il  en  fut  de  même  pour  tous  les  autres,  on  n'en  parlera 
plus.  Le  froment  qu'il  contenait,  et  qui  était  de  bonne  qualité 
de  iSiS,  n'avait  aucune  odeur  et  n'avait  subi  aucune  espèce  d'alté- 
ration. Celui  de  la  cave,  qui  contenait  du  froment  de  première 
qualité  de  1S19,  présenta  les  mêmes  résultats  observés  à  l'ouverture 
du  premier  récipient. 

Après  avoir  ainsi  constaté  (par  analogie  du  moins  )  l'état  intérieur 
des  trois  grands  récipiens  ,   on  procéda  à  l'examen  des  fai-ines  et  des- 


A38  EUROPE. 

blés  charançonnés.  Ceux-ci  étaient  renfermés  dans  trois  récipiens  sé- 
parés et  provenaient  des  magasins  de  l'approvisionnement  de  réserve 
de  la  ville  de  Paris.  Ils  ont  été  trouvés  exactement  dans  le  même  état 
apparent  où  ils  étaient  au  moment  de  la  clôture;  une  grande  partie 
des  charançons  n'existait  plus  ,  et  tout  porte  à  croire  que  ceux  qui 
ont  survécu  n'ont  pas  bougé  de  la  place  où  ils  se  sont  trouvés  lors- 
qu'ils ont  été  mis  dans  les  récipiens  ;  de  manière  qu'ils  ont  été  ,  pour 
ainsi  dire ,  suspendus  de  toutes  leurs  fonctions  pendant  tout  le  tems 
qu'a  duré  leur  incarcération.  On  sait  qu'il  en  est  tout  autrement 
dans  des  circonstances  différentes,  et  que  ces  insectes  se  portent 
toujours  en  masse  vers  l'endroit  où  ils  peuvent  espérer  de  se  mettre 
plus  ou  moins  en  communication  avec  l'air  atmosphérique.  L'un 
des  ouvriers  occupés  à  vérifier  la  mesure  et  le  poids  des  grains  re- 
marqua ,  au  fond  d'un  des  récipiens  contenantles  blés  charançonnés, 
une  boule  de  grains  agglomérés  ,  de  la  grosseur  d'une  pomme 
environ  ,  et  qui  avaient  tous  les  caractères  de  la  moisissure.  Aussitôt 
on  examina  attentivement  l'enveloppe  métallique,  et  l'on  aperçut 
près  du  fond  une  petite  ouverture  à  peu  près  du  diamètre  d'une 
grosse  épingle  ;  c'était  par  là  que  l'humidité  avait  eu  accès  pour 
gâter  une  petite  portion  de  grains,  qui  avait  ensuite,  en  quelque  sorte, 
cicatrisé  la  plaie  de  manière  à  empêcher  le  mal  de  gagner  plus 
loin.  Un  pareil  incident,  que  le  hasard  seul  fit  naître,  ne  pouvait 
venir  plus  à  propos  pour  confirmer  la  théorie. 

Plusieurs  faits  coostans  viennent  en  outre  à  l'apj  ui  de  cette  théo- 
rie, et  la  confirmeraient  s'il  en  était  besoin.  A  Metz,  des  tas  de 
bléSj  enfermés  à  l'époque  d'un  siège,  en  i5y8,  dans  un  souterrain  , 
se  sont  conservés  intacts  pendant  un  très-grand  nombre  d'années  , 
au  moyen  d'une  fermeture  hermétique  accidentelle,  produite  par  la 
moisissure  des  grains  à  la  surface  extérieure.  En  Suisse,  durant  les 
campagnes  de  Massi  na ,  on  a  trouvé  dans  plusieurs  villes  des  maga- 
sins de  blé,  conservés  par  une  semblable  méthode,  dont  la  partie 
intérieure  parfaitement  saine  a  servi  à  faire  de  très-bon  pain  pour 
notre  armée. 

Les  récipiens  qui  contenaient  les  farines  furent  enfin  ceux  qu'on 
ouvrit  en  dernier  lieu  ;  ils  présentèrent  les  résultats  les  plus  satisfai- 
sans.  L'un  d'eux  contenait  de  la  farine  de  seconde  qualité ,  uu 
autre  de  la  farine  de  gruau  ;  et  l'expertise  la  plus  minutieuse  ne  put 
découvrir  pour   l'une   et  pour   l'autre  le    moindre  indice  d'altéra- 


ElJROrE.  AJ9 

*ion.  Un  lioisième  renfermait  de  la  farine  brûle  provenant  de  blé 
de  1819  ;  elle  avait  une  odeur  analogue  à  celle  des  grains  de  cette 
année ,  ne  présentait  aucune  marque  d'altération  ,  et  s'était  sim- 
plement agglomérée  à  l'épaisseur  de  trois  ou  quatre  doigts  au  fond 
du  récipient,  sans  avoir  pris  pour  cela  le  moindre  échauffement.  Les 
experts  attribuèrent  cet  effet  à  ce  qu'elle  avait  été  enfermée  aussi- 
tôt sa  sortie  du  moulin,  et  déclarèrent  qu'elle  se  fût  infailliblement 
gâtée ,  avec  «ette  cause  d'altération ,  si  on  l'eût  placée  dans  toute 
autre  situation  que  celle  de  la  clôture  hermétique,  qui  l'avait  protégée 
contre  elle-même. 

On  vt)it  par  ces  résultats  combien  le  procédé  de  M.  le  comte 
Dejean  présente  d'avantages.  En  effet,  s'il  est  besoin  d'en  indiquer 
ici  plusieurs ,  quelle  utilité  de  pouvoir  faire  servir  à  la  conservation 
bien  efficace  d'une  grande  quantité  de  grains  et  de  farines  la  plus 
mauvaise  portion  des  casemates  d'une  ville  de  guerre ,  menacée 
d'un  siège  ;  de  pouvoir  renfermer ,  pour  un  tems  indéfini ,  dans  un 
local  très-restreint  et  sans  avoir  à  s'en  occuper  à  aucune  époque  ,  les 
approvisionnemens  de  réserve  des  grandes  villes,  et  surtout  delà 
ville  de  Paris;  de  rendre  inaltérables  les  farines  employées  dans  le 
service  de  la  marine ,  soit  pour  la  subsistance  des  équipages ,  soit 
pour  l'exportation  aux  colonies  les  plus  éloignées  ,  etc. ,  etc.  1 

Conseil  rov  al  da  r  instruction  publique.  —  Le  16  août  dernier,  la 
distribution  des  prix  aux  élèves  des  collèges  royaux  de  Paris  et  de 
Versailles  a  été  faite,  dans  la  salle  des  séances  publiques  de  l'Insti- 
tut, par  le  Conseil  royal  de  l'instruction  publique.  Le  président  du 
conseil  des   ministres,  le  ministre  de   l'intérieur,   le   corps    ensei- 
gnant,  ainsi  qu'un  grand  nombre  de  personnages  distingues,  assis- 
'  laient  à  cette  séance.  M.  Gaillard  ,    professeur  de  réthorique  au  col- 
4égc  de  Henri  IV,  a  prononcé  le  discours  latin  d'usage.   M.   l'abbé 
Nicolle,  membre  du  Conseil  royal  et  Recteur  de  l'académie  de  Paris, 
a   pris  ensuite    la  parole,  et  a   rendu  justice  à  la  conduite,  au  tra- 
vail et  aux   sentimens    des  élèves.  M.   Cuvier,    conseiller    d'état, 
membre  du  Conseil  royal ,  qu'il  [iréside  par  intérim  ,  lui  a  répondu  , 
au   nom  du  Conseil  royal,  par  un  discours   qui  se  termine  ainsi  : 
«  Jeunes  et  chers  amis,    cette  chaleur  avec  laquelle  vous  aspirez  à 
ces  palmes,  douces  et  justes  récompenses  de  vos  premiers  travaux  , 
promettez-nous  de  la  mettre  aussi  à  mériter  ces  palmes  bien  autre- 
ment nobles,  que  la  patrie  réserve  à  sescufans  fidèles. 
»   Et  même,   sachez-le  bien,  l'éclat  de  ce  jour,  cette  assemblée 


AAO  EUROPE. 

imposante,  cette  pompe,  ces  couronnes,  ne  sont  autre  chose  qu'une 
consécration  plus  solennelle  de  vos  talens  à  votre  pays  et  à  votre 
Roi.  » 

Le  prix  d'honneur,  ou  premier  prix  de  discours  latin  ,  a  été  dé- 
cerné à  M.  Gustave-Gabriel  de  Wailly  ,  de  Paris ,  âgé  de  dix-sept 
ans,  élève  du  collège  de  Henri  IV  ,  et  fils  de  l'ancien  proviseur  de 
ce  collège  ;  le  premier  prix  de  discours  français  ,  à  M.  Gabriel 
Chahlieh,  de  l'ile  de  France,  âgé  de  dix-sept  ans,  élève  du  col- 
lège de  Saint-Louis;  le  premier  prix  d'histoire  (en  réthorique),  à 
M.  Edouard- Joseph  Boita ed,  de  Paris,  âgé  de  dix-sept  ans,  élève 
du  collège  de  Louis-le-Grand;  les  deux  premiers  prix  de  philosophie 
(  dissertations  françaises  et  latines  ) ,  à  M.  Pierre-Auguste  Lemaihe  , 
de  Trancourt,  âgé  de  dix-neuf  ans,  élève  du  collège  de  Saint-Louis  ; 
le  premier  prix  de  phjsique,  à  M.  François-Marie-Esther  Bihot,  de 
Guinganys,  âgé  dedix-neaf  ans,  élève  du  collège  de  Louis-le-Grand  ; 
enfin,  le  premier  prix  de  mathématiques  spéciales,  à  M.  Philibert 
FiKÉOH,  de  CharoUes,  âgé  de  dix -neuf  ans,  élève  du  collège  de  Louis-le- 
Grand,  Le  jeune  IsaïeBerr,  fils  d'un  de  nos  collaborateurs,  M.  Michel 
Berr,  a  obtenu  le  deuxième  prix  d'histoire,  et,  au  collège  de  Charle- 
magne ,  le  premier  prix  de  cette  même  composition,  et  le  deuxième 
prix  de  version  latine.  Il  est  élève  de  l'institution  Bourdon. 

£cole  spéciale  de  commerce ,  rue  Saint-Antoine ,  n"  i>^'h.{  Voyez 
Tom.  VI,  pag.  402  ;  et  Tom.  VIII  ,  pag.  450.  )-Une  réunion,  dont 
l'objet  était  l'inauguration  des  bustes  du  Roi,  de  Sully  et  deColbert, 
a  en  lieu  ,  le  27  juin  dernier,  dans  cet  utile  établissement.  M.  Ter- 
naux ,  qui  présidait ,  a  ouvert  la  séance  par  un  discours ,  où  il  a  fait 
une  histoire  rapide  de  l'influence  du  commerce  sur  la  prospérité 
des  nations  ,  et  particulièrement  sur  celle  de  la  France  ;  il  a  montré 
ce  que  l'industrie  française  doit  au  ministre  d'Henri  IV,  à  celui  de 
Louis  XIV;  au  vertueux  Turgot  (1),  «  dont  la  réputation  s'agrandit 
à  mesure  que  les  lumières  ie  répandent:,  et  enfin,  à  l'Assemblée 
constituante.  M.  Ternaux  a  fait  sentir  ensuite  aux  élèves  l'avantage 
qu'ils  ont  de  vivre  dans  un  tems  où  le  commerce  jouit  de  cette  li- 
berté ,  sans  laquelle  il  ne  peuî  prospérer  ;  il  leur  a  montré  qu'avant 
la  fondation  de  l'École  de  commerce  ,  les  connaissances  nécessaires  à 
un  négociant,   à  un   manufacturier,  s'acquéraient  avec  autant  de 

(1)  Suliyct  Turgot  ont  demeuré  tous  deux  dans  l'hôtel  où  l'école  est 
établie. 


EUROPE.  kUl 

lenteur  que  de  diflSculté  ;  enfin ,  il  a  terminé  par  l'énumération  des 
principes  d'après  lesquels  le  vrai  négociant  doit  se  conduire  ,  prin- 
cipes qui  ont  d'autant  plus  de  force  dans  la  bouche  de  M.  Ternaux, 
que  sa  vie  en  offre  une  constante  application. 

M.  Francklin ,  professeur  de  législation  commerciale  ,  a  prononcé 
ensuite  un  discours  dont  nous  regrettons  de  ne  pouvoir  donner  une 
analyse. 

M.  Brodart ,  directeur  de  l'école  ,  prenant  ensuite  la  parole ,  fait 
voir  combien  ,  avant  la  restauration,  la  tendance  des  esprits  était 
peu  favorable  à  une  institution  du  genre  de  celle  qu'il  dirige  ,  et 
qui  n'a  pu  se  fonder  qu'à  la  paix;  il  admire,  avec  raison,  la  rapi- 
dité avec  laquelle  un  grand  nombre  de  militaires,  abandonnant  • 
leurs  illusions  de  gloire  ,  ont  su  se  créer  un  nouvel  avenir.  Il  trace 
ensuite  l'histoire  de  l'Ecole  de  commerce  ,  à  la  direction  de  laquelle 
il  n'a  pris  part  qu'en  1S19  ,  et  démontre  toute  l'utilité  de  ce  bel 
établissement.  Plus  loin  ,  il  fait  connaître  les  services  qui  ont  été 
rendus  à  l'école  par  M.  LafBttc,  dont  le  nom  se  rattache  à  tous  les 
projets  d'utilité  publique  ;  enfin ,  il  sollicite  la  bienveillance  de  tous 
les  négocians  français,  et  les  prie  de  choisir,  parmi  ses  jeunes 
élèves,  ou  plutôt  ses  jeunes  amis,  les  commis,  les  collaborateurs 
dont  ils  auront  besoin. 

M.  le  préfet  de  la  Seine  ,  auquel  M.  Brodart  a  envoyé  le  programme 
de  cette  cérémonie,  lui  a  écrit  une  lettre  très  flatteuse,  où  il  le  fé- 
licite sur  les  succès  de  son  école,  et  sur  la  bonne  direction  qu'il  a 
su  donner  aux  études  ,  ainsi  qu'aux  sentimens  de  ses  élèves. 

—  Le  1"='  août  dernier,  M.  A.  T.  Desquiron  de  Saint-Aignan,  avo- 
cat à  la  cour  royale  de  Paris ,  a  ouvert ,  dans  la  même  école ,  un  cours 
de  droit  naturel  et  de  droit  public.  Dans  le  discours  qu'il  a  pro- 
noncé à  cette  occasion  ,  il  a  tracé  le  plan  qu'il  se  propose  de  suivre , 
et  a  ensuite  adressé  de  sages  conseils  à  ses  jeunes  élèves.  Plusieurs 
parties  de  ce  discours  sont  écrites  avec  talent  ;  d'autres  nous  ont 
paru  obscures  ou  prétentieuses  ;  en  général ,  nous  aurions  désiré 
plus  de  simplicité  et  un  emploi  moins  fréquent  d'expressions  ambi- 
tieuses dans  un  écrit  destiné  à  la  jeunesse. 

Voyage  scientifique.  —  M.  Witte  fils  est  de  retour  d'un  voyage  dan  s 
l'intérieur  de  la  France  et  de  l'Angleterre.  Les  recherches  qu'il  a 
faites  dans  les  bibliothèques  de  ce  dernier  pays  ne  sont  pas  restées 
sans  succès.    Dans    un   manuscrit   de    la  bibliolhèqtie    Bodléienne 


U2  .  EUROPE. 

d'Oxford  ,  il  a  trouvé  les  constitutions  du  dernier  livre  du  Code 
Théodosien,  qu'on  ne  connaissait  jusqu'à  présent  que  par  les  collec- 
tions des  synodes.  Le  Musée  britannique  à  Londres  lui  a  présenté 
trois  coDStitutions  faisant  suite  aux  Nouuelles  de  Justinien  et  non 
comprises  dans  la  rédaction  dite  la  vulgate,  ainsi  que  des  vieux 
manuscrits  du  Digeste  et  du  Code  de  ce  même  empereur. 


PcBLicATiO-NS  50CTELLES.  —  Anatomie  de  l'Hcmme ,  ou  DeacripUon 
et  figures  lithographiées  de  toutes  les  parties  du  corps  humain  j  par 
MM.  Béclakd  et  Jules  Gloqcbt  ,  publiée  par  M.  de  Lasteyrie ,  éditeur. 
—  On  jpossède  déjà  plusieurs  ouvrages  d'anatomie  enrichis  de  plan- 
ches exécutées  avec  plus  ou  moins  de  perfection  ;  de  ces  ouvrages,  les 
uns  sont  des  traités  spéciaux  sur  telle  ou  telle  branche  de  la  science  . 
et  lie  sauraient  convenir  au  but  que  se  proposent  les  éditeurs  de  ce- 
lui-ci; les  autres  sont  des  traités  complets,  mais  ils  laissent  beaucoup 
de  choses  à  désirer  sous  le  rapport  de  l'exécution  des  figures ,  et  de 
plus  ils  sont  rares  et  fort  chers.  MM.  A.  Béclard  et  J.  Cloquet,  qui 
professent  l'anatomie  ,  dont  ils  ont  fait  l'objet  d'études  spéciales ,  se 
sont  réunis  pour  travailler  de  concert  au  grand  ouvrage  que  nous 
annonçons.  Ces  ana:omistes  donneront  pour  le  texte,  non  point  une 
explication  sèche  et  aride  de  figures ,  mais  une  description  exacte  et 
concise  des  organes  qu'elles  représenteront.  MM.  A.  Béclard  et  J.  Clo- 
quet traiteront  successivement,  i»  de  l'ostéologie  ou  des  os  et  des  li- 
gamens;  2"  de  la  myologie  ou  des  muscles  et  de  leurs  annexes  ;  5»  des 
organes  des  sens  ;  4°  de  la  névrologie  ou  des  nerfs;  5"  de  l'angiologie 
ou  des  vaisseaux  ;  6°  de  la  splanchnologie  ou  des  viscères  ;  y"  de  Tem- 
briologie  ou  du  fœtus  et  de  ses  dépendances. 

Avant  d'entreprendre  en  lithographie  l'exécution  d'un  ouvrage 
dont  les  planches  doivent  renfermer  des  préparations  anatomiques 
qui  demandent  à  être  rendues  avec  autant  de  vérité  que  de  délica- 
tesse, l'éditeur  s'est  assuré,  avec  MM.  Haincelin  aîné  et  Feilictc, 
que  les  gravures  auront  tout  le  degré  de  perfection  qu'on  peut  désirer. 
Ces  deux  artistes  se  soct  adonnés  spécialement  à  l'étude  de  l'anatomie; 
aussi  leurs  dessins  sont-ils  remarquables  par  la  vérité,  par  la  préci- 
sion ,  la  forme  et  la  netteté.  Ils  seront  tracés,  les  uns  d'après  les 
meilleures  planches  originales  que  nous  possédons  déjà;  les  autres 
seront  exécutés  sous  la  direction  de  MM.  Béclard  et  Cloquet,  et 
toujours  d'après  nature.  Quelques  planches  seront  à  demi-coloriée», 


EUROPE.  US 

afin   de  faciliter   l'intelligence  de  certaines  parties ,  telles    que  les 
artères  .  les  veines ,  les  nerfs. 

L'ouvrage  sera  composé  de  240  planches  et  de  120  feuilles  de 
texte  au  plus,  grand  in-fol. ,  papier  jésus  vélin  ,  pour  les  gravures. 
Il  paraîtra  régulièrement  chaque  mois  par  livraison  de  six  planches 
et  trois  feuilles  de  texte,  à  dater  du  i^"'  septembre  1821.  L'éditeur, 
voulant  faciliter  aux  élèves  en  médecine  l'acquisition  de  cet  ouvrage, 
n'a  porté  la  livraison  qu'à  9  fr.  On  fournira,  à  raison  de  i5  fr.  ,  des 
exemplaires  dont  les  gravures  et  le  texte  seront  tirés  sur  très-beau 
papier  vélin  ,  d'après  les  demandes  qui  en  seront  faites.  Comme  la 
lithographie  ne  permet  pas  de  conserver  des  planches,  et  que  le  ti- 
rage doit  être  subordonné  au  nombre  des  souscripteurs,  on  invite 
les  personnes  qui  voudraient  se  procurer  cet  ouvrage  de  se  faire  ins- 
crire avant  le  i*^'  décembre  1821.  Passé  cette  époque  ,  le  prix  en  sera 
considérablement  augmenté.  On  souscrit  à  Paris,  rue  du  Bac,  n"  58, 
à  la  lithographie  de  M.  de  Lasteyrie ,  et  ,  dans  les  départemens  , 
chez  les  principaux  libraires. 

—  (Eui^res  choisies  de  Camillb  Johdar,  contenant  ses  discours  au 
Conseil  des  cinq-cents  et  à  la  Chambre  des  députés;  ses  écrits  poli- 
tiques, littéraires  et  philosophiques  ;  ses  traductions,  pensées  ,  poé- 
sies ,  etc.  ;  enfin ,  sa  correspondance  avec  plusieurs  personnages 
célèbres  (ces  divers  écrits  pour  la  plupart  inédits  ^  ;  précédées  d'une 
notice  biographique  sur  sa  vie  ,  et  ornées  de  son  portrait  par  ]Mullcr, 
de  la  gravure  du  monument  qui  lui  est  élevé  par  les  membres  dos 
deux  Chambres  ,  et  d'un  fac  simile  de  son  écriture  ;  publiées  par 
M.  DK  Gébakdo,  de  l'Institut.  4  "^ol.  in-S*  d'environ  5oo  pag.  chacun. 
On  souscrit  à  Paris  ,  chez  Alexis  Eymery,  libraire,  rue  Mazarine , 
n°  3o.  Prix,  7  fr.  le  volume. 

— DescrijAion  historique  des  maisons  de  la  ville  de  Rouen  les 
plus  remarquables  jar  leur  décoration  extérieure  et  par  leur  en- 
ceirle;  précédée  d'une  introduction  où  l'on  traitera  d'une  manière 
succincte  des  variations  de  l'architecture  dans  le  moyen  âge  ,  consi- 
dérées particulièrement  dans  les  édifices  de  la  ville  de  Rouen.  L'ou- 
vrage sera  orné  de  vingt-sn  sujets  inédits ,  dessinés  et  gravés  par 
E.  H.  Lahglois  ,  du  Pont-de-Larche.  Un  vol.  in  8°  imprimé  sur  beau 
papier,  par  Firmin  Didot,  rue  Jacob. 


Beaux  -  abts.  —  Panorarna  d'Athènes.  —  Il  est  difficile  de  ne  pas 


hkb.  ELROPE. 

éprouver  une  vive  émotion  à  la  vue  du  panorama  d'Athènes.  Les  souve- 
nirs les  plus  glorieux  ,  mêlés  aux  regrets  qu'inspire  une  grande  infor- 
tune, retnuent  l'ame  d'une  manière  puissante,  La  Grèce  est,  pour  tous 
les  esprits  éclairés,  pour  tous  les  cœurs  généreux,  une  seconde  patrie  ; 
et  la  ville  de  Minerve  tient,  sans  contredit,  le  premier  rang  entre 
les  cités  de  ce  pays  célèbre.  Athènes  n'existe  plus,  la  Grèce  entière 
même  n'est  qu'un  vaste  champ  funéraire  où  les  nations  modernes 
vont,  depuis  des  siècles,  exhumer  des  débris  qui  attestent  le  haut 
degré  de  culture  de  l'esprit  de  ses  anciens  habitans.  Mais  écartons 
ces  souvenirs  ;  et ,  nous  attachant  à  la  triste  réalité ,  tâchons  de 
rendre  compte  du  tableau  que  le  peintre  a  mis  sous  nos  yeux, 

Athènes  est  bâtie  au  pied  d'un  monticule  élevé  ,  sur  lequel  a  été 
construite  la  citadelle  (Acropolis  .  Pour  entrer  dans  cette  citadelle  , 
on  traversait  des  propylées  ou  portiques  magnifiques  dont  il  ne 
reste  que  des  vestiges.  L'intérieur  de  l' Acropolis  était  couvert  de 
monumens,  parmi  lesquels  le  Parthénon  tenait  le  premier  rang;  il 
n'existe  plus  qu'une  partie  de  l'enceinte  de  ce  temple.  C'est  d'une 
tour  bâtie  dans  l'intérieur  de  la  citadelle  que  M.  Prévôt  a  pris  son 
point  de  vue.  II  m'a  paru  que  le  spectateur  pouvait  être  à  i5o  pieds 
au-dessus  de  la  ville.  De  cette  distance  ,  l'Athènes  moderne  ne  pré- 
sente pas  un  aspect  très-pittoresque  ;  mais  l'horizon  en"  est  d'une 
grande  beauté.  Le  mont  Hymette,  très-rapproché  de  la  ville,  borne 
la  vue  à  l'est  et  se  prolonge  vers  le  midi.  Du  côté  de  l'ouest  et  du 
nord,  l'a-il  embrasse  toute  la  plaine,  au-delà  de  laquelle  on  voit  à 
l'ouest  la  mer  d'Egine,  et,  dans  le  lointain,  les  côtes  du  Pélopo- 
nèse.  Au  nord  ,  l'œil  se  repose  sur  des  montagnes  d'une  belle  forme 
qui  se  dirigent  vers  l'ouest  et  l'est ,  et  dont  les  noms  sont ,  depuis 
notre  enfance,  gravés  dans  notre  mémoire.  C'est  le  CorjdaUus  (i), 
sur  la  pente  duquel  Xercès  était  assis  pendant  la  bataille  de  Sala- 
mine  ;  c'est  le  mont  Cithéron  ,  le  mont  Oëta  ,  le  Pentélique ,  etc. 
En  examinant  avec  attention  les  lieux  au  milieu  desquels  on  est 
placé,  on  doit  remarquer,  comme  un  caractère  distinctif  du  goût 
éclairé  des  Athéniens ,  qu'ils  avaient  élevé  des  monumens  sur 
presque  toutes  les  montagnes  et  les  collines  qui  entouraient  leur 
ville.    Tous    ces    monumens  sont    détruits;  et,    de   tous    ceux  qui 


(i)  M.  de  Chateaubriand,  dans  son  Ilinirain  -  le   nomme   Cor- 
dyalus ,  p.  2o5. 


EUROPE.  AA5 

existaient  dans  l'intérieur  delà  ville,  il^n'en  reste  que  deux  qui 
soient  à  peu  près  dans  leur  entier  :  le  temple  de  Thésée  et  la 
petite  tour  des  Vents. 

M.  Prévût  s'est  montré  grand  artiste  ,  dans  le  panorama  d'Athènes. 
Il  règne  dans  ce  tableau  une  vérité  d'effet  et  un  talent  d'exécution 
qui  portent  l'illusion  à  un  degré  qu'il  ne  semblait  pas  possible 
d'atteindre;  c'est  la  nature  même.  Sans  doute  les  circonstances 
sont  bien  propres  à  exciter  la  curiosité  publique,  et  le  nom  d'Athènes 
A  quelque  chose  de  magique  pour  toutes  les  imaginations  ;  cepen  - 
dant,  M.  Prévùt  peut ,  avec  raison,  s'attribuer  une  grande  partie  du 
charme  puissant  qui  s'attache  à  cette  nouvelle  production.         P.  A. 


T-aiATRES.  —  T/iédtre-Français.—Le  Retour  ou  l'Oncle  et  le  Tseveu 
comédie  en  deux  actes  et  en  vers,  par  M.  de  Raacé  (2  aoùtl.  Une 
intrigue  usée,  des  détails  insignifians  et  un  style  sans  couleur,  ont 
causé  la  cbute  de  cette  prétendue  comédie,  qui  n'a  eu  que  trois  re- 
présentations. 

—Second  Théâtre-Français. — Louis  IX en  Egypte,  tragédie  en 

cinq  actes,  par  M.  Lemebcier,  de  l'académie  française  (4  août}. 

L'auteur  a  une  manière  toujours  hardie  et  souvent  dramatique  de 
concevoir  les  sujets  qu'il  traite  ;  la  nouvelle  pièce  qu'il  vient  de 
donner  au  théâtre  est  un  de  ses  ouvrages  les  plus  remarquables. 
M.  Lemercier  s'est  attaché  à  peindre  avec  fidélité  les  mœurs  de  ses 
divers  personnages  ,  et  la  vérité  de  ses  tableaux  transporte  le  spec- 
tateur dans  le  lieu  même  où  se  passe  la  scène.  Malheureusement, 
l'intérêt  se  partage  entre  Octaïr  et  Louis  IX  :  le  premier  est  un  jeune 
chef  arabe,  musulman  fanatique,  dont  la  croyance  aveu-^le  au  fata- 
lisme contraste  parfaitement  avec  la  confiance  religieuse  ,  que  le 
Dieu  des  chrétiens  inspire  au  pieux  roi  des  Français.  Ces  deux  carac- 
tères sont  tracés  avec  une  égale  habileté;  mais  ils  se  développent 
dans  deux  actions  distinctes ,  dont  le  faible  lien  n'est  pas  toujours 
aperçu  :  la  première  est  une  intrigue  de  sérail  qui  met  Octaïr  sur  le 
trùne,  à  la  place  d'Almadan  ;  la  seconde  présente  la  captivité  de 
Louis  IX,  ses  dangers,  sa  résignation  et  sa  délivrance. 

L'Arabe  est  le  héros  des  deux  premiers  actes  ;  le  roi  captive  toute 
l'attention  pendant  le  troisième  ,  que  nous  regardons  comme  le  plus 
beau  de  l'ouvrage  ;  Octaïr  remplit  une  partie  du  quatrième ,  à  la  fin 
duquel  Louis  IX  ne  paraît  que  pour  sauver  la  vie  au  Soudan  ,  par  un 


AAG  EUROPE. 

coup  de  théâtre  un  peu  hasardé ,  qui  semble  terminer  la  pièce ,  et  qu  i 
cependant  est  le  point  où  les  deux  actions  commencent  seulement  à 
se  lier.  La  péripétie  du  cinquième  acte  produit  peu  d'effet,  parce 
qu'elle  remet  Saint-Louis  dans  la  situation  oîi  il  était  au  troisième  , 
et  qu'il  se  fait  dans  le  caractère  d'Octaïr  un  changement  inattendu  , 
nécessaire  au  dénouement,  mais  nuisible  à  l'intérêt  dramatique.  Nous 
n'ignorons  pas  que  M.  Lemercier  s'est  conformé  à  l'histoire  avec  une 
scrupuleuse  fidélité;  peut-être  même  faut-il  attribuer  à  cette  fidélité  , 
poussée  à  l'excès ,  une  partie  des  défauts  qui  jettent  quelque  froid  sur 
l'ouTrage.  L'imperfection  du  plan  est  d'autant  plus  fâcheuse  que  , 
parmi  les  ouvrages  de  M.  Lemercier.  il  n'en  est  pas  un^  et  c'est  beau- 
coup dire,  où  ily  aitplusde  bèllesscèncset  de  beaux  vers  que  dans  son 
Louis  IX.  Le  généreux  silence  des  prisonniers  sur  le  sort  de  leur  roi, 
caché  au  milieu  d'eus  ;  l'héroïque  dévouement  de  celui  ci ,  lorsqu'il 
se  découvre  au  Soudan  pour  sauver  ses  compagnons  d'infortune  ;  la 
discussion  qui  s'établit  entre  ces  deux  personnages  sur  le  christia- 
nisme et  le  mahométisnie  ;  le  monologue  de  Louis  IX,  celui  d'Oc- 
taïr près  du  Soudan  endormi,  offrent  des  beautés  du  premier  ordre. 
Il  en  est  beaucoup  d'autres  que  le  défaut  d'espace  nous  empêche  de 
citer,  et  qui  ont  contribué  au  succès  mérité  que  la  pièce  nouvelle  a 
obtenu  sans  contestation, 

^-Opéra  comique.  —  Le  Philosophe  en  voyage,  opéra  en  trois 
actes  et  en  prose ,  parole  de  M.  Dkkock  ,  musique  de  MM.  Frédéric 
KHECBi  et  Phadhee  (i6  août\— Un  colonel,  qui  se  croit  philosophe 
parce  qu'il  fuit  les  femmes,  s'apprête  à  partir  pour  la  Suisse,  lôrs- 
qu'im  jeune  officier,  poursuivi  par  suite  d'une  affaire  d'honneur,  ar- 
live  dans  l'auberge  où  se  trouve  le philosoj  he  ,  et  s'empare  de  son 
cheval,  afin  d'arriver  plus  promptement  au  château  d'une  sœur, 
chez  laquelle  il  veut  «e  cacher.  Cependant,  il  prie  celle-ci,  que  le 
hasard  a  conduite  dans  cette  même  auberge ,  d'offrir  une  place  dans 
sa  voiture  au  colonel ,  et  de  l'amener  au  château  où  son  clieval  lui 
sera  rendu.  Le  pi)ilosophe,  d'abord  fort  en  colère ,  finit  par  se  décider 
à  partir  avec  Amélie,  qui  se  trouve  être  une  jeune  et  jolie  veuve  que, 
sans  la  connaître,  il  a  refusé  de  voir  à  Paris.  Arrivé  avec  elle  dans 
une  autre  auberge ,  il  rencontre  un  capitaine  de  frégate ,  amoureux 
d'Amélie ,  qui  le  croit  son  rival  et  le  force  à  se  battre  pour  une 
femme  dont  il  ne  sait  pas  même  le  nom.  Manqué  par  le  capitaine ,  il 
tire  en  l'air  ;  la  jeune  veuve ,  touchée  de  son  dévouement,  en  même 


EUROPE.  J^l^J 

lenis  qu'elle  est  piquée  de  sa  froideur,  cherche  à  s'en  faire  aimer. 
Sur  ces  entrefaites  arrive  un  oncle  d'Amélie,  courant  après  le  frère 
de  celle-ci,  dont  il  a  appris  le  duel.  La  jeune  veuve  craint  sa  sévé- 
rité ;  et ,  pour  éviter  toute  explication ,  elle  lui  présente ,  comme  son 
mari,  le  colonel,  qui  se  prête  de  bonne  grâce  à  la  supercherie,  et 
suit  Amélie  à  son  château ,  en  formant  déjà  le  veeu  secret  de  conser- 
ver le  titre  supposé  qu'elle  vient  de  lui  donner.  Là ,  il  entend  du 
fond  d'un  bosquet  une  conversation  d'Amélie  avec  son  frère,  qui 
s'est  caché  dans  un  pavillon;  il  le  prend  pour  ua  amant  aimé,  'veut 
partir,  et  décèle  par  sa  jalousie  l'amour  qu'il  a  conçu  pour  sa  pré- 
tendue femme.  L'oncle  et  le  capitaine  de  frégate  reviennent  ,  l'af- 
faire du  neveu  s'arrange  ;  tout  se  découvre,  l'oncle  pardonne.'  et  le 
titre  de  mari  reste  définitivement  au  philosophe. 

Cette  pièce  a  réussi  sans  opposition  ;  d'abord  un  peu  froide  elle 
s'anime  par  degrés  et  finit  par  être  agréable,  A  défaut  de  situ'ations 
tres-dramatiques  et  de  traits  piquans  ,  on  y  remarque  quelques  in- 
tentions comiques  et  un  style  naturel.  Plusieurs  morceaux  de  la  mu- 
sique  ont  été  très-applaudis  ;  c'est  une  composition  qui  ne^eut  qu'a  - 
jouter  à  la  réputation  de  MM.  Frédéric  Kreubé  et  Pradher. 

NÉCEor.OG,E.-.T/.  Lefe.re    Boschard,  officier  de  l'université  et 
ancien  proviseur  d'un  lycée ,    est  mort  à  Saint-Quentin  le   aS   îuil 
let  dernler._Il  était  excellent  latiniste  ,  profond  helléniste ,  et  nos 
sedait  même  la  langue  hébraïque.  Élève  très-distingué  de  l'ancienne 
université  de  Paris ,  il  y  remplissait  une  place  importante-  et    au 
moment  où  elle  fut  supprimée,  il  était  désigné  pour  être  son  recteur 
Apres  cinquante-cinq  ans  de  travaux  ,  il  obtint  sa  retraite  ,  et  alla  en' 
jouir  à  Saint-Quentin ,  où  il  trouva  encore  le  moyen  d'être  utile  à  ses 
concitoyens  en  se    chargeant    des    fonctions    d'administrateur  du 
collège,  de  membre  du  comité  cantonal  pour  l'instruction  primaire 
et  de  président  du  comité  central  de  bienfaisance. 


TABLE    DES    ARTICLES 

CONTENUS 

DANS    LE  TRENTE-DEUXIÈME    CAHIER, 

AOUT  1821 


I.   MÉMOIRES,  NOTICES  ET  MÉLANGES. 

1.  Dissertation  sur  le  Byssus  des  anciens.  Henry,  pag.       241 

2.  Notice  sur  le  Conseil  de  salubrité  établi  près  la  préfec- 

ture de  police  de  Paris.  E.  Salverle.       262 

II.  ANALYSES  D'OUVRAGES. 

5,     Mémoire  sur   la    digue  de    Cberbourg,    par   Cacbin. 

E.  Gaultier.       2S0 

4.  Principes  de  la  science  morale  et  politique  ,  par  A.  Fer- 

guson.  •^-  Taillandier.       2S9 

5.  Histoire  générale  de  France,  par DuPau,  J^J-       296 

6.  Mémoires   bistoriqucs  ,     politiques   et    littéraires   sur  le 

royaume  dp,  Naples  ,  par  le  comte  Orloff.  F.  Salfi-  ôc6 

-.     BioTapbie  nouvelle  des  couicuipoiains.  Aignan.  025 

3.     Voyage  dans  la  Grèce  ,  par  Pouqueville.  D.  de  Gapedell- 

Geannj'.  35i 

9.     Philibert ,  roman  poétique,  par  Grattan.  L.  S.  B.  3'|i 

III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Annonces  de  io5  ouvrages ,  fiançais  et  étrangers.  549 

IV.    NOUVELLES    SCIENTIFIQUES    ET   LITTÉRAIRES. 

^^BIQ^;E.-Ne^T-Yo^ck.-lles  Sandwich— TVew-Foundland.       4o5 
isiE.-|ic  de  Ceylan.— Perse.— Turquie  asiatique.— Iles  Phi- 
lippine. '  ^^^ 

Afbiqce.— t,\ç  de BoUdé-Espérance.— Egypte.  4ïo 

Europe.— GranCH-Bretagne. —  Suède. — Allemagne.  —  Suisse. 
—  Italie.  — Turqu'v^. —Espagne.—  Portugal.  —  Pays-Bas — 
France.— Paris.  f^''^- 


SUR  LES  AVANTAGES  DE  L'INSTRUCTION.  A65 

m'apprend  que  le  peu  d'établissemens  déserts  qui  sub- 
sistent encore,  ne  sont  dus  qu'aux  fils  de  Pierre-Ie-Grand, 
qui  prolêgèrent  un  moment  ces  contrées. 

Comment  !  et  plus  heureux  que  le  reste  du  monde,  vous 
n'avez  subi  le  joug  ni  des  dévastateurs  du  nord ,  ni  des 
dévastateurs  du  midi!  Ni  l'Arabe,  nileSarmate,  ni  FOs- 
manli,  ni  le  Vandale,  n'ont  envahi  votre  contrée;  et  c'est 
à  des  peuples  que  nous  appelons  policés  que  vous  avez  ap- 
partenu. Mais  dans  le  reste  de  la  Grèce,  à  Pathmos,à  Thes- 
salonique,  à Joanina,  à  Cydonie  (i),  au  montAthos,  en  cent 
autres  endroits,  je  vois  des  écoles  publiques  où  vos  frères 
vont  apprendre  la  langue  et  les  hautes  pensées  de. vos 
pères.  Voilà  ce  que  permettent  des  peuples  que  nous  ca- 
ractérisons, en  les  appelant  barbares;  et  ce  sont  des  peuples 
policés  qui  vous  ont  dominés,  eux  qui  ne  vous  ont  pas 
permis  d'établir  une  école  dans  vos  îles!  Ils  ont  plus  fait,  ces 
propagateurs  de  la  servitude;  ils  ont  eu  l'art  de  mettre  en 
déshonneur  parmi  vous  le  seul  moyen  qui  pût  vous  rendre 
à  votre  élévation  première.  Calcul  du  faible  et  du  mar- 
chand! Ils  ont  eu  l'adresse  de  rendre  ridicule  dans  le  beau 
monde  le  majestueux  idiome  que  les  bouches  des  Platon 
et  des  Pindare  ont  consacré;  ils  vous  en  ont  presque  fait 
perdre  les  restes  précieux;  et  vos  femmes  elles-mêmes, 
avec  vos  petits-maîtres,  rougissent  de  parler  la  langue  de 
leurs  sublimes  aïeux;  et  les  mères  la  dédaignent  pour  leurs 
fils  et  la  rejettent  pour  leurs  filles  ;  et  c'est  le  patois  de 
Bergame,  c'est  le  jargon  de  Sganarelle,  de  Pantalon  et  de 
Bisognoso,  qu'on  lui  préfère  (2).  Ah!  quen'ai-je  en  partage 

(i)  L'école  de  Cydonie  n'existe  plus  :  les  professeurs  et  les  élèves 
viennent  d'être  massacrés  par  les  Turcs  (en  1821). 

{2)  Les  habitans  qui  ne  font  pas  usage  de  la  langue  grecque 
parlent ,  dans  les  sept  îles ,  le  vénitien  le  plus  corrompu. 

TOME    XI.  30 


A6G  SUR  LES  AVANTAGES  DE  L'INSTRUCTION. 

une  faible  étincelle  de  ce  même  génie  qui  caractérisa  les 
immortels  créateurs  de  votre  langue  !  avec  quelle  force  ne 
combaltrais-je  pas  d'aussi  viles  opinions ,  d'aussi  barbares 
préjugés  !  Je  saurais  vous  dire  des  vérités  amères  et  leur 
retirer  toute  leur  amertume.  La  persuasion  coulerait  de 
mes  lèvres.  Aux  accens  de  ma  voix,  vos  cœurs  seraient 
émus  ;  ils  croiraient  reconnaître  les  accens  de  la  patrie 
même,  ils  seraient  entraînés  et  rendus  à  leur  grandeur 
première.  Le  bien  public  se  montrerait  à  vous  dans  tout 
son  jour.  Je  saurais  vous  dire  tout  ce  qu'il  vous  faut  faire 
pour  vous  relever  vers  votre  première  splendeur;  et  tout 
ce  qui  vous  serait  montré  digne  de  vous,  vous  le  feriez. 
Eh  bien!  si  je  ne  puis  atteindre  de  si  hautes  destinées, 
c'est  à  vous  de  secondermes  faibles  efforts.  Ne  songez  plus  à 
moi,  ne  me  regardez  plus,  et  supposez  que  les  fantômes 
muets  de  vos  pères,  debout  autour  de  moi,  suppléent 
même  par  leur  silence  à  ce  qui  manque  à  ma  voix.  S'il  ne 
peut  m'être  donné  de  vous  persuader,  obéissez  à  ces  mânes 
illustres;  ils  vous  invitent  à  marcher  sur  leurs  traces;  ils 
vous  montrent  les  voies  que  vous  devez  tenir,  les  obstacles 
qu'il  vous  faudra  franchir  ou  renverser;  ils  vous  com- 
mandent de  tout  faire  pour  les  suivre  à  l'immortalité.  En- 
tendez-vous? ils  vous  commandent! .  . .  Fils  des  Grecs, 
obéirez~vous  à  vos  pères?  Irez-yous  les  rejoindre  à  ce  noble 
rendez-vous?  ou  passerez-vous  pour  jamais,  en  quittant  la 
vie,  dans  les  obscurs  abîmes  de  l'oubli?  Je  me  tais  et  j'at- 
tends votre  réponse Ah  !  je  la  lis  dans  vos  regards,  cette 

réponse;  je  l'entends  au  milieu  de  vos  acclamations  :  elles 
m'apprennent  que  vous  êtes  encore  les  dignes  neveux  des 
grands  hommes  ;  que  deux  mille  ans  de  malheurs  et  de 
persécutions  n'ont  pu  dégrader  vos  âmes,  et  vous  faire 
oublier  vos  glorieuses  destinées.  Vous  saurez  les  remplir; 
vous  saurez  régénérer,  vous,  vos  frères,  vos  enfans;  leur 


SUR  LES  AVANTAGES  DE  L'INSTRUCTION.  A67 

rendre  les  sciences,  les  lettres,  les  arts;  plus  encore  que 
tout  cela,  les  vertus  de  vos  pères.  Vous  verrez  vos  soins 
prospérer;  osez  le  vouloir,  et  dans  peu  vous  verrez  les 
belles  conceptions,  les  beaux  travaux  et  les  belles  actions 
renaître  parmi  vous,  comme  ces  plantes  qui  repoussent 
d'elles-mêmes  dans  leur  terre  natale,  aussitôt  que  la  main 
du  dévastateur  abandonne  la  nature  à  son  cours. 

Avant  d'entreprendre  cette  régénération  devous-mêmes- 
consultez  l'histoire,  cette  immortelle  institutrice  des  mor- 
tels; elle  vous  dira  :  Il  n'y  a  que  peu  de  siècles  encore,  et 
l'Europe  entière  était  barbare;  ses  tribunaux  retentissaient 
alors,  commeles  vôtres  maintenant,  des  accens  d'une  langue 
étrangère;  une  langue  étrangère  régnait  partout,  et  les 
langues  de  l'Europe  restaient  dans  l'enfance  où  la  vôtre  est 
aujourd'hui  tombée.  Cependant  quelques  hommes,  hardis 
bienfaiteurs  de  leurs  compatriotes ,  s'élevèrent  dans  cJiaque 
nation.  Ils  osèrent  parler  leur  propre  dialecte  ,  ils  l'enri- 
chirent, l'épurèrentetrembellirent.  Ils  furent  payés  de  leur 
audace  par  la  reconnaissance  des  peuples,  par  l'imitation  des 
hommes  supérieurs  ;  et  bientôt  les  nations  modernes,  for- 
mées par  vos  pères,  du  rang  de  leurs  élèves  s'élevèrent  à 
celui  de  leurs  rivaux. 

Si  l'Europe  était  naguère  ce  que  vous  êtes  aujourd'hui  , 
vous  pouvez  devenir  ce  qu'elle  est  maintenant.  Avec  com- 
bien plus  de  facilité  ne  le  pouvez-vous  pas.^  vous  avez ,  pour 
chemin  facile  ,  la  carrière  ouverte  devant  vous  par  le 
progrès  des  sciences  et  des  arts ,  et  ce  progrès  est  immense. 
L'Europe  avait  des  langues  barbares  qu'il  fallait  réformer 
en  entier;  vous  n'avez,  pour  tout  travail,  qu'à  vous  rap- 
procher un  peu  de  la  langue  de  vos  ancêtres  ,  et  vous  pos- 
séderez le  plus  riche,  le  plus  honoré,  le  plus  majestueux 
des  idiomes.  Eh  quoi!  vingt  siècles  de  malheur,  une  poli- 

30  * 


A70  SUR  LES  AVANTAGES  DE  L'INSTRUCTION. 

enfin,  consacrée  par  votre  religion.  Cherchez  donc  Tous- 
mêraes  à  l'entendre  ,  à  l'encourager,  à  la  propager.  Ren- 
dez-vous les  plus  instruits  comme  les  plus  sages  d'entre 
les  hommes,  pour  en  être  les  plus  révérés;  et  rappelez- 
vous  que  ce  fut  là  votre  secret  de  tous  les  siècles  :  trop 
heureux  les  mortels,  si  vous  en  eussiez  toujours  profité! 
Maintenant,  je  vais  vous  parler  des  plus  nobles  services  ren- 
dus au  genre  humain.  Écoutez-moi;  ils  seront  pour  vous 
des  modèles.  Songez  que  ce  n'est  point  par  des  rites,  mais 
par  des  bienfaits,  que  les  religions  excellent  aux  yeux  des 
juges  de  la  terre ^  et,  j'ose  dire,  aux  yeux  de  l'éternel. 

Quand  l'Europe  était  redevenue  barbare,  c'est  dans 
quelque  «monastères  que  s'y  conservaient  les  restes  de  ses 
antiques  lumières.  C'est  là  que  des  hommes  simples  et 
laborieux  en  recueillaient ,  en  ravivaient  les  dernières 
lueurs. 

Ce  qu'ils  étaient  pour  des  peuples  entiers,  les  pasteurs 
de  nos  campagnes  le  sont  encore  pour  nos  simples  pay- 
sans. Dans  notre  patrie  ,  le  ministre  des  autels  est 
l'homme  le  plus  docte  et  souvent  le  plus  vertueux  de 
son  humble  paroisse.  C'est  lui  qui  protège  et  qui  di- 
rige ce  peu  d'instruction  qu'il  est  possible  de  répandre 
dans  les  dernières  classes  du  peuple;  lui  qui  signale  au  riche 
bienfaisant  les  dispositions  naissantes  de  l'enfant  sans 
fortune;  c'est  le  mCrae  homme,  enfin,  qui  instruit  les 
petits  du  pauvre  et  qui  consolela  famille  du  malheureux. 
Prêtres  de  l'Orient,  voulez-vous,  comme  la  dernière,  qu'ai- 
je  dit?  comme  la  première  classe  des  prêtres  de  mon  pays, 
devenir  l'honneur  et  la  vénération  du  peuple?  soyez  ins- 
truits comme  eux,  comme  eux  répandez  vos  lumières  et 
vos  consolations  dans  le  sein  de  tous  les  pauvres,  de  tous 
les  malheureux.    Tous  dites   toujours  que  vous   êtes  les 


SUR  LES  AVANTAGES  DE    L'INSTRUCTION.    A71 

pères  de  l'orphelin.  Eh  bienl  soyez-le  donc  de  tous  les 
Grecs  qui  sont  orphelins  de  leur  patrie  ,  et  qui  en  ont  perdu 
tout  l'héritage.  Élevez  des  écoles  pour  les  fils  de  l'indigent, 
élevez-en  d'autres  pour  vos  propres  successeurs.  Qu'on  ne 
dise  pas  seulement  de  vous:  Ils  sont  probes.  Qu'on  ne 
puisse  plus  dire  que  les  successeurs  des  Cyrille  ,  des  Ba- 
syle  et  des  Chrysostome  ont  oublié  les  exemples  et  qu'ils 
n'entendent  plus  les  sublimes  accens  des  pères  de  leur 
église.  Instituez  des  écoles  où  soient  enseignés  les  préceptes 
et  soit  développée  l'éloquence  de  ces  hommes  vénéra- 
bles. Qu'il  ne  soit  pas  dit  que  vous  le  cédiez  à  ceux  qui  re- 
lèveront les  écoles  où  les  Pythagore,  les  Socrate  et  les 
Platon  développaient  leur  morale  si  pure,  dans  un  si 
beau  langage.  .4u  contraire,  qu'une  noble  rivalité  s'établisse 
entre  eux  et  vous.  Commencez  vous-mêmes  par  être  ins- 
truits; qu'on  ne  puisse  être  revêtu  de  votre  sacré  carac- 
tère ,  sans  avoir  lait  preuve  de  lumières.  Vous  apprendrez 
alors  à  vos  peuples  ce  qu'ils  gagneront  eux-mêmes  ù  s'é- 
clairer. Vous  emploierez  votre  puissante  influence  sur 
tous  les  esprits I,  pour  les  conduire  au  bien,  au  grand,  par 
la  persuasion;  et  c'est  ù  vous  surtout  que  scradue  la  régé- 
nération de  la  Grèce. 

Je  finis  en  vous  redisant  encore  ,  et  je  voudrais  pouvoir 
vous  le  dire  tant  de  fois  que  je  parvinsse  à  le  graver  dans 
vos  âmes,  en  traits  incftaçables  :  c'est  l'éducation,  et  l'éduca- 
tion publique  elle  seule,  qui  pourra  vous  conduire  auxdesti- 
nées  qui  vous  attendent,et  vous  devez  tout  faire,  tout  sacrifier 
pour  elle.  Mais  pourquoi  faut-ilque  je  vous  présente  sanscesse 
comme  un  sacrifice,  comme  un  devoir,  ce  qui  devrait  n'être 
pour  vous  que  le  plus  doux  des  plaisirs  ?  Ah!  sans  doute, 
c'est  que  vous  ne  savez  pas  quelles  délicieuses  jouissances 
éprouvent  un  père,  une  mère,  eu  voyant  leur  fils  marquer 


A72  SUR  LES  AVANTAGES  DE  L'INSTRUCTION. 

sa  supériorité  future ,  par  ses  progrès  naissans  et  par  les 
avantages  qu'il  remporte  déjà  sur  ses  jeunes  condisciples. 
Que  vos  fils  fréquentent  les  écoles  de  l'Etat,  nous  leur 
donnerons  des  prix,  ils  seront  modestes;  ils  seront  ceux  que 
la  Grèce  assemblée  décernait  aux  Simonide,  aux  Pindare  , 
aux  Platon  :  un  simple  feuillage.  Nous  y  joindrons  les 
œuvres  de  ces  grands  hommes;  les  dédaigneriez-vous  pour 
vos  fils? — Vous  ne  seriez  donc  pas  des  Grecs,  et  les 
plus  doux  sentimens  de  la  nature  seraient  donc  étrangers 
à  vos  cœurs! 

Laissez-moi  terminer  mon  trop  long  discours  par  une 
histoire  qui  demeurera  toujours  gravée  dans  mon  souvenir. 
Un  élève  (i)  était  dans  une  école  célèbre ,  bien  loin  de  sa 
famille  dont  il  ne  devait  voir  personne  encore.  Cependant 
la  fin  de  l'année  scolaire  amène  la  distribution  des  prix. 
Déjà  les  magistrats  et  tout  ce  que  la  ville  a  d'hommes  re- 
commandables  se  sont  réunis  en  présence  d'un  concours 
immense  de  peuple.  Déjà  les  couronnes  se  distribuent.  Le 
jeune  élève  en  avait  acquis  une.  Il  ne  pensait  qu'à  sa  petite 
gloire  littéraire,  il  goûtait  avec  ivresse  ces  premiers  suf- 
frages de  l'honneur  et  de  l'estime.  Il  reçoit  sa  couronne, 
il  se  retourne;  que  voit-il?  sa  mère,  sa  bonne  mère  qui 
avait  fait  son  voyage  en  secret,  et  qui  était  arrivée  comme 
pour  être  heureuse  du  bonheur  de  son  fils.  Couronnes, 
prix,  spectateurs,  ah!  je  vous  oubliai  tous;  l'orgueil  fit 
place  à  la  nature;  je  ne  vis  plus  que  ma  mère,  ma  tendre 
mère,  et  je  m'élançai  dans  ses  bras,  en  lui  faisant  hom- 
mage de  ma  couronne  et  de  mon  prix. 

Sexe  enchanteur,  ô  vous  dont  le  cœur,  plus  sensibleque 
le  nôtre,  résiste  moins  aux  naïves  impressions  de  la  na- 

(i)  L'auteur  de  ce  discours. 


SUR  LES  AVANTAGES  DE  L'INSTRUCTION.  A73 

ture,  dites-moi!  vos  atnes  n'ont-elles  pas  été  émues  à 
mon  récit? —  Vous  ne  seriez  donc  pas  mères!  Eh  bien  , 
quand  vous  éprouverez  ces  enivrantes  sensations,  votre 
bonheur  surpassera  mille  fois  encore  tout  ce  que  pourrait 
vous  promettre  votre  imagination.  Persuadez  donc  l'autre 
moitié  du  genre  humain  sur  laquelle  vous  avez  un  si  puis- 
sant empire;  adoucissez  mes  âpres  et  durs  accens  par 
votre  touchante  et  persuasive  éloquence;  faites-moi  par- 
donner ce  qui  pourrait  avoir  choqué  dans  mes  discours,  trop 
ingénus,  trop  libres  peut-être.  Que  par  vous  tous  les  pères 
apprécient  les  bienfaits,  qu'ils  pressentent  les  plaisirs  si 
purs  qui  naîtront  d'une  heureuse  éducation  et  de  l'instruc- 
tion publique  de  leurs  fils  !  Charles  Dppin. 


W\\VV»\\V\VVV\VW\XVV\».W\\W*WVVV*VX\X'VlVV\\VV\'VlVV\\VV\fcVWV\V\VXV'l\Wk 


H.  ANALYSES  D'OUVRAGES. 


SCIENCES  PHYSIQUES. 

HiSTOinii  DE  l'astronomie  uohe'R'se,  par  JI.  Delamdue, 
chevalier  de  Sai?it-Micliôl  et  de  la  Lcgio7i-d' honneur, 
secrétaire  perpétuel  de  l'académie  royale  des 
sciences  3  etc.  (i). 

M.  Delambre  avance  à  grands  pas  dans  la  carrièic  im- 
mense qu'il  s'est  ouverte;  bientôt  il  l'aura  parcourue  tout 
entière.  Nous  lui  devrons  non  seulement  une  histoire  com- 
plète de  l'astronomie,  mais  encore  l'exposition  elle  résumé 
des  travaux  de  tous  les  astronomes ,  l'analyse  de  tous  les 
écrits  sur  la  science,  sur  ses  méthodes,  ses  instrumens, 
leur  construction  et  leur  usage.  Les  matières  précieuses, 
épavses  et  enfouies  seront  exploitées,  épurées;  la  substance 
d'un  nombre  prodigieux  de  volumes  ,  dégagée  de  tout  mé- 
lange inutile  ou  nuisible ,  paraîtra  telle  qu'elle  est  et  sous 
ses  véritables  dimensions.  Des  trésors  cachés  nous  seront 
rendus;  et,  grâce  aux  veilles  d'un  astronome  infatigable, 
nous  saurons,  au  moins  en  astronomie,  quelles  sont  nos 
richesses  réelles  et  comment  nous  les  avons  acquises. 

Les  trois  premiers  volumes  de  l'ouvrage  de  M.  Delambre 
ont  conduit  ses  lecteurs  jusqu'au  tcms  de  Copernic  (2)  ; 
les  deux  siècles  suivans  mettront  sous  leurs  yeux  le  beau 
spectacle  de  l'intelligence  humaine  découvrant,   par  des 

(i)  Paris  ,  1821.  2  vol.  in^"-  Madame  veuve  Courcicr  ,  imprimeur- 
libraire  pour  les  sciences. 

(3)  Rttue  Encyclopédique  ,  T.  1 ,  pag.  2j-4o)  . 


SCIEiNCliS  PHYSIQUES.  A75 

moyens  qu'elle  a  su  créer,  quelques-unes  des  lois  générales 
de  la  nalure.  Les  mathématiques,  la  physique,  et  surtout 
la  saine  philosophie  perfectionneront  les  méthodes,  mul- 
tiplieront les  découvertes,  chasseront  les  vieilles  erreurs, 
et  placeront  la  connaissance  du  système  du  monde  au 
premier  rang  entre  les  sciences  accessibles  à  notre  raison. 
La  lâche  de  l'historien  devient  moins  pénible,  parce  qu'elle 
est  plus  agréable;  mais,  d'un  autre  côté,  les  matériaux 
abondent,  les  hommes  sont  vus  de  plus  près,  leurs  passions 
et  leurs  intérêts  n'ont  pas  encore  perdu  toute  leur  in- 
fluence. L'histoire  de  l'astronomie  moderne  n'est  pas  moins 
embarrassée  dans  sa  marche  que  celje  des  événemens  poli- 
tiques de  nos  jours.  Malgré  ces  entraves,  M.  Delambre  ne 
s'écarte  pas  de  son  impartialité  historique,  poussée  quel- 
quefois jusqu'à  la  sévérité.  L'auteur  a  cru  devoir  en  pré- 
venir ses  lecteurs;  écoulons-le. 

«  Celle  impartialité  sévère  et  historique  se  trouve  éga- 
lement dans  les  notices  que  nous  avons  consacrées  à 
quelques-uns  des  plus  illustres  bienfaiteurs  de  la  science, 
quand  nous  avons  été  forcés  de  combattre  leurs  idées  ou 
leurs  prétentions.  Elle  se  trouve  dans  les  notices  de  Ptolé- 
mée,  de  Copernic,  de  Kepler,  de  Galilée  et  de  Descartes. 
On  la  trouvera  pareillement  dans  les  articles  des  grands 
hommes,  que  l'abondance  des  matières  nous  a  forcés  à 
renvoyer  au  troisième  volume  de  notre  histoire.  Ce  volume 
est  tout  prêt,  ou  du  moins  il  n'y  manque  que  quelques 
notices  courles  et  faciles  d'auteurs  très-modernes;  il  aura 
pour  titre  :  Histoire  de  l'astronomie  du  dix-huitième 
siècle.  Nous  le  commencerons  par  Newton,  Flamsteed, 
Halley,  qui  paraîtraient  appartenir  au  siècle  précédent; 
mais  les  découvertes  de  Ncwlon  n'ont  porté  leur  fruit  que 
long-tcms  après  la  première  apparition  du  livre  des  Frin- 


A76  SCIENCES  PHYSIQIJES. 

cipe?.  C'est  le  xviii'  siècle  qui  a  vu  paraître  la  Coinéto- 
graphie  de  Halley  et  l'Histoire  céleste  de  Flamsteed.  Notre 
histoire  sera  terminée  par  l'examen  de  tous  les  ouvrages 
qui  ont  pour  objet  la  grandeur  et  la  figure  de  la  terre;  et 
ce  dernier  livre  sera  le  seul  où  pourront  être  compris 
quelques  auteurs  encore  vivans.  Ainsi,  notre  histoire  de 
l'astronomie  n'aura  pas  moins  de  six  volumes.  On  trouvera 
sans  doute  que  c'est  beaucoup  pour  une  seule  science;  et 
c'est  ce  qui  nous  avait  fait  balancer  sur  le  titre  que  nous 
devions  donner  à  notre  ouvrage.  Nous  aurions  pu  lui 
donner  celui  de  Bibliothèque ,  à  l'exemple  de  Photius  et 
de  Fabricius;  nous  l'avons  rédigé  principalement  pour  les 
astronomes  et  pour  les  mathématiciens  en  général.  Nous 
avons  désiré  qu'il  contînt  le  tableau  complet  des  différens 
âges  de  l'astronomie;  qu'il  fût  un  répertoire  où  l'on  trouvât 
toutes  les-idées,  toutes  les  méthodes,  tous  les  théorèmes 
qui  ont  servi  successivement  au  calcul  des  phénomènes. 
Quant  aux  lecteurs  qui  n'ont  que  peu  ou  point  de  connais- 
sances mathématiques,  l'histoire  de  l'astronomie  est  ren- 
fermée pour  eux  dans  nos  discours  préliminaires  et  dans  les 
parties  des  notices  particulières,  où  ils  n'apercevront  ni 
calculs  ni  démonstrations.  Aux  six  volumes  de  notre  his- 
toire ,  on  pourra  joindre  les  trois  volumes  de  notre  astro- 
nomie, où  nous  avons  tâché  de  réunir  toutes  les  méthodes 
dont  on  se  sert  aujourd'hui.  Il  est  vrai  qu'après  la  lecture 
de  l'histoire,  on  pourrait  trouver  quelques  retranchemens 
à  faire  dans  le  traité.  Nous  pourrons  même,  si  nous  en 
avons  le  tems  et  les  moyens,  exécuter  ces  changemens  et 
quelques  autres,  dont  l'objet  serait  d'en  mieux  coordonner 
toutes  les  parties,  sans  que  le  traité  cesse  d'être  un  ouvrage 
complet  en  son  genre.  » 
Après  avoir  transcrit  ces  explications  et  ces  promesses 


SCIENCES  PHYSIQUES.  A77 

de  l'auteur,  il  reste  peu  d'obser?ations  à  faire  sur  quel- 
ques-uns des  seize  livres,  dont  se  composent  les  deux 
nouveaux  volumes  de  l'histoire  de  l'astronomie. 

'Lq  premier  l'wre  expose  avec  étendue  l'éttiblissement 
du  calendrier  grégorien  et  les  méthodes  de  calcul  qu'il 
rend  nécessaires.  Au  sujet  de  la  détermination  du  jour  de 
Pâques  ,  M.  Delambre  compare  sa  formule  à  celle  de 
M.  Gauss  pour  le  même  calcul ,  et  il  exprime  le  regret  que 
l'on  ait  conservé  sans  nécessité  des  fêtes  mobiles,  d'après 
une  loi  tout-à-fait  étrangère  à  la  division  de  l'année.  Il 
rapporte,  en  les  approuvant,,les  motifs  qui  firent  rejeter  en 
France  le  calendrier  éphémère  dont  notre  législation  rap- 
pelle seule  quelque  souvenir.  Pour  combler  les  infortunes 
de  ce  malencontreux  projet,  il  ne  lui  manquait  que  d'être 
condamné  par  les  astronomes ,  car  il  semblait  n'avoir  été 
fait  que  pour  eux. 

Le  second  lii^re  ai  consacré  à  Copernic,  et  le  troisième 
à  Ïicho-Brahé.  On  sait  que  le  premier  fut  un  savant  mo- 
deste et  prudent,  et  qu'il  échappa  par  la  mort  aux  orages 
que  ses  écrits  allaient  exciter.  Le  second  enrichit  la  science 
d'un  nombre  prodigieux  d'observations  faites  avec  soin  et 
avec  les  meilleurs  instrumens  que  l'on  eût  alors.  Ses  con- 
temporains lui  firent  une  réputation  immense,  que  l'histo- 
rien a  dû  resserrer  entre  ses  limites.  M.  Delambre  s'est 
acquitté  de  ce  devoir  avec  une  équité  dont  Ticho  lui-même 
ne  se  plaindrait  pas.  Lalande,  qui  ne  craignait  pas  de  se 
livrer  à  quelque  peu  d'enthousiasme ,  n'a  pa?  épargné  à 
l'illustre  astronome  danois  les  éloges  qu'il  ne  donne  à 
Kepler  qu'avec  beaucoup  de  réserve,  et  dont  il  se  montre 
encore  plus  économe  envers  Descartes;  mais  il  a  soin  de 
prémunir  ses  lecteurs  contre  les  erreurs  qu'il  a  pu  com- 
mettre. «  La  mémoire  nous  trompe  ,  dit-il;  le  calcul  nous 
égare  ù  tout  moment;  la  chaleur  de  la  composition  nous 


klG  SCIENCES  PHYSIQUES. 

cipcs.  C'est  le  xviu'  siècle  qui  a  vu  paraître  la  Cométo- 
graphie  de  Hulley  et  l'Histoire  céleste  de  Flamsteed.  Notre 
histoire  sera  terminée  par  l'examen  de  tous  les  ouvrages 
qui  ont  pour  objet  la  grandeur  et  la  figure  de  la  terre;  et 
ce  dernier  livre  sera  le  seul  où  pourront  être  compris 
quelques  auteurs  encore  vivans.  Ainsi,  notre  histoire  de 
l'astronomie  n'aura  pas  moins  de  six  volumes.  On  trouvera 
sans  doute  que  c'est  beaucoup  pour  une  seule  science;  et 
c'est  ce  qui  nous  avait  fait  balancer  sur  le  litre  que  nous 
devions  donner  à  notre  ouvrage.  Nous  aurions  pu  lui 
donner  celui  de  Bibliothèque ,  à  l'exemple  de  Photius  et 
de  Fabricius;  nous  l'avons  rédigé  principalement  pour  les 
astronomes  et  pour  les  mathématiciens  en  général.  Nous 
avons  désiré  qu'il  contînt  le  tableau  complet  des  différens 
âges  de  l'astronomie;  qu'il  fût  un  répertoire  où  l'on  trouvât 
toutes  les-idées,  toutes  les  méthodes,  tous  les  théorèmes 
qui  ont  servi  successivement  au  calcul  des  phénomènes. 
Quant  aux  lecteurs  qui  n'ont  que  peu  ou  point  de  connais- 
sances mathématiques,  l'histoire  de  l'astronomie  est  ren- 
fermée pour  eux  dans  nos  discours  préliminaires  et  dans  les 
parties  des  notices  particulières,  où  ils  n'apercevront  ni 
calculs  ni  démonstrations.  Aux  six  volumes  de  notre  his- 
toire ,  on  pourra  joindre  les  trois  volumes  de  notre  astro- 
nomie, où  nous  avons  tâché  de  réunir  toutes  les  méthodes 
dont  on  se  sert  aujourd'hui.  Il  est  vrai  qu'après  la  lecture 
de  l'histoire,  on  pourrait  trouver  quelques  retranchemens 
à  faire  dans  le  traité.  Nous  pourrons  même,  si  nous  en 
avons  le  tems  et  les  moyens,  exécuter  ces  changemens  et 
quelques  autres,  dont  l'objet  serait  d'en  mieux  coordonner 
toutes  les  parties,  sans  que  le  traité  cesse  d'être  un  ouvrage 
complet  en  son  genre.  » 
Après  avoir  transcrit  ces  explications  et  ces  promesses 


SCIENCES  PHYSIQUES.  A77 

de  l'auteur,  il  reste  peu  d'observations  à  faire  sur  quel- 
ques-uns des  seize  livres,  dont  se  composent  les  deus 
nouveaux  volumes  de  l'histoire  de  l'astronomie. 

he  premier  l'wre  expose  avec  étendue  l'établissement 
du  calendrier  grégorien  et  les  méthodes  de  calcul  qu'il 
rend  nécessaires.  Au  sujet  de  la  détermination  du  jour  de 
Pâques  ,  M.  Delambre  compare  sa  formule  à  celle  de 
M.  Gauss  pour  le  même  calcul ,  et  il  exprime  le  regret  que 
l'on  ait  conservé  sans  nécessité  des  fêtes  mobiles,  d'après 
une  loi  tout-à-fait  étrangère  à  la  division  de  l'année.  Il 
rapporte,  en  les  approuvant,  les  motifs  qui  firent  rejeter  en 
France  le  calendrier  éphémère  dont  notre  législation  rap- 
pelle seule  quelque  souvenir.  Pour  combler  les  infortunes 
de  ce  malencontreux  projet,  il  ne  lui  manquait  que  d'être 
condamné  par  les  astronomes ,  car  il  semblait  n'avoir  été 
fait  que  pour  eux. 

Le  second  liçre  est  consacré  à  Copernic,  et  le  troisième 
à  Ïicho-Brahé.  On  sait  que  le  premier  fut  un  savant  mo- 
deste et  prudent,  et  qu'il  échappa  par  la  mort  aux  orages 
que  ses  écrits  allaient  exciter.  Le  second  enrichit  la  science 
d'un  nombre  prodigieux  d'observations  faites  avec  soin  et 
avec  les  meilleurs  instrumens  que  l'on  eût  alors.  Ses  con- 
temporains lui  firent  une  réputation  immense,  que  l'histo- 
rien a  dû  resserrer  entre  ses  limites.  M.  Delambre  s'est 
acquitté  de  ce  devoir  avec  une  équité  dont  Ticho  lui-même 
ne  se  plaindrait  pas.  Lalande,  qui  ne  craignait  pas  de  se 
livrer  à  quelque  peu  d'enthousiasme ,  n'a  pas  épargné  à 
l'illustre  astronome  danois  les  éloges  qu'il  ne  donne  à 
Kepler  qu'avec  beaucoup  de  réserve,  et  dont  il  se  montre 
encore  plus  économe  envers  Descartes;  mais  il  a  soin  de 
prémunir  ses  lecteurs  contre  les  erreurs  qu'il  a  pu  com- 
mettre. «  La  mémoire  nous  trompe  ,  dit-il;  le  calcul  nous 
égare  à  tout  moment;  la  chaleur  de  la  composition  nous 


A78  SCIENCES  TIIYSIQUES. 

entraîne;  enfin,  on  ignore  souvent  des  choses  qu'il  aurait 
fallu  savoir.  D'ailleurs,  je  n'ai  pas  pris  beaucoup  de  peine 
pour  chercher  mes  fautes  ;  il  y  avait  trop  de  lems  à  perdre 
et  trop  d'ennui  à  éprouver.  J'écris  pour  mon  amusement, 
et  j'y  renoncerais  ,  si  j'étais  obligé  de  mettre  dans  mes 
écrits  cette  rigoureuse  exactitude  si  ennuyante  pour  un 
auteur,  et  qui  fait  souvent,  dit-on,  tout  le  sublime  des  sots.» 

Il  faut  prendre  cette  déclaration  à  la  lettre;  car  on  ne 
peut  penser  que  Lalande  l'ait  écrite  pour  son  amusement. 
C'est  apparemment  aussi  de  peur  de  s'ennuyer  que,  dans 
sa  Biographie  astronomique,  où  il  admet  plusieurs  rêveries 
sur  le  système  du  monde,  et  même  des  traités  d'astrologie, 
il  ne  fait  mention  d'aucun  des  ouvrages  de  Descartes. 

«  Mon  ouvrage  sera  utile  tel  qu'il  est,  ajoute  Lalande  ;» 
soit:  mais  il  l'eût  été  beaucoup  plus,  si  vous  y  aviez  mis 
les  soins ,  le  scrupuleux  amour  du  vrai  qu'on  remarque 
dans  les  écrits  de  M.  Delambre. 

On  ne  sera  donc  pas  surpris  de  trouver  de  tems  en  tems 
quelque  opposition  entre  les  jugemens  de  notre  auteur  et 
ceux  de  l'un  de  ses  prédécesseurs,  dont  les  ouvrages  ont 
obtenu  et  conservent  sans  doute  encore  assez  de  crédit, 
même  chez  les  étrangers. 

La  vie  et  les  œuvres  de  Kepler  sont  presque  tout  le  sujet 
des  deux  Livres  suivans.  L'histoire  de  ce  grand  homme  est 
bien  courte.  11  vécut  pauvre ,  chargé  d'une  nombreuse  fa 
mille,  souvent  contraint,  pour  obtenir  le  paiement  d'une 
pension  modique,  à  perdre  en  sollicitations  un  tems  dont 
il  eût  fait  un  emploi  si  noble  et  si  utile.  Ses  contemporains 
lui  accordèrent  à  peine  la  subsistance,  et  sa  dépouille  mor- 
telle n'obtint  qu'au  bout  de  deux  siècles  les  vains  honneurs 
d'un  tombeau  et  d'une  inscription.  Ajoutons,  pour  la  vé- 
rité historique,  que  cet  acte  d'une  reconnaissance  tardive 


SCIENCES  PHYSIQUES.  A;9 

fut  suggéré  par  des  Français  au  sage  prélat  (i)  qui  le  fit 
exécuter,  secondé  par  l'influence  alors  toute  puissante  des 
armes  françaises.  Le  monument  que  M.  Delambre  lui  élève 
dans  son  hisloire  durera  plus  long-tems  que  celui  de  Ra- 
tisbonne  ;  Kepler  en  a  fourni  lui-même  les  matériaux. 
C'est  un  extrait  substantiel  de  tous  ses  ouvrages;  les 
astronomes  et  les  géomètres  le  consulteront  fréquemment. 

Arrêtons  encore  un  moment  nos  regards  sur  l'homme  de 
génie  qui  nous  révéla  le?  premières  lois  de  tous  les  mou- 
vemcns  célestes.  Le  sort  qu'il  éprouva  n'effraiera  pas  les 
âmes  aussi  élevées  que  la  sienne  ;  mais  il  nous  afllige  et 
nous  humilie ,  il  semble  accuser  ou  l'espèce  humaine  ou 
nos  institutions  sociales.  Nous  aimons  à  contempler 
l'homme  vertueux  luttant  contre  l'adversité,  parce  que 
nous  sommes  assurés  que  la  victoire  le  couronnera  ;  mais 
tout  est  repoussant  et  douloureux  dans  la  vue  d'un  homme 
tel  que  Kepler,  réduit  par  l'indigence  à  descendre  des 
plus  grandes  hauteurs  de  la  pensée,  parce  qu'on  néglige 
d'acquitter  envers  lui  la  dette  de  la  société. 

Suivant  l'ordre  des  tems  et  la  connexion  des  matières, 
M.  Delambre  a  parlé  de  Neper  et  de  Briggs  à  l'occasion  de 
Kepler;  mais  il  complète  dans  un  autre  livre  l'histoire  des 
logarithmes  et  de  la  confection  des  tables.  Observons  à  ce 
sujet  que  la  théorie  de  Neper,  moins  exacte  que  celle  des 
modernes,  n'a  pas  encore  disparu  de  l'enseignement;  on 
la  trouve  sans  aucune  rectification  dans  l'arithmétique  de 
Bezout.  Il  est  donc  indispensable  de  revoir  de  tems  en 
tems  les  ouvrages  élémentaires  les  plus  justement  estimés, 
d'en  faire  disparaître  les  taches  et  d'y  remplir  les  lacunes 
que  le  progrès  des  connaissances  aura  rendues  visibles. 

Galilée.  La  biographie  de  cet  illustre  Florentin  occupe 

(i)  Vliarles  d'Albert ,  prioce  primat,  grand  duc  de  Francfort, 


ASO  SCIENCES  PHYSIQUES. 

plus  (le  place  que  celle  du  grand  astronome  du  "Wurtem- 
berg. Ses  démêlés  avec  l'inquisition,  son  procès,  sa  cou- 
damnation  et  son  emprisonnement  ,  tous  ces  faits  que 
M.  Delambre  raconte  avec  exactitude  et  d'après  des  témoi- 
gnages authentiques  ,  seront  pour  tous  les  siècles  une 
irrande  etsalutaire  instruction.  Ce  futen  vain  que  Benoît  XIV 
essaya  de  réparer  le  scandale  de  cette  absurde  procédure; 
l'inexorable  histoire  en  est  saisie.  Par  une  singulière  con- 
tradiction, la  réhabilitation  de  l'écrivain  ne  fut  pas  étendue 
jusqu'à  ses  écrits.  La  doctrine  du  mouvement  de  la  terre 
autour  du  soleil  était  universellement  admise,  enseignée 
publiquement  à  Rome  ;.  et  cependant  il  était  défendu  d'en 
lire  les  preuves  dans  les  ouvrages  de  Galilée. 

Tous  ces  maux  proviennent  de  ce  qu'on  n'a  pas  encore 
fait    une   délimitation    précise    entre    le    domaine    des 
croyances  religieuses  et  celui  de  la  raison  ;  mais  cette  opé- 
ration suppose  avant  tout  l'établissement  de  quelques  vé- 
rités générales  sur  lesquelles  elle    serait  fondée,   et   ces 
vérités  ne  paraissent  pas  encore  avoir  reçu  les  dévelop- 
pemens  et  le  degré  de  clarté  qui  les  feraient  admettre  par 
tous  les  bons  esprits.  Autre  embarras  :  une  doctrine  bien 
prouvée  et  bien  établie  ne  fructifie  qu'en  se  répandant,  en 
devenant  vulgaire.  Or,  nous  sommes  encore  peu  avancés 
dans  l'art  de  propager  les  vérités  d'un  certain  ordre ,  prin- 
cipalement les  vérités  morales.  Jusqu'à  présent,  nos  re- 
cherches sur  ce  sujet  se  sont  bornées  presque  exclusivement 
aux  méthodes  d'enseignement,  et  c'est  ce  dont  il  ne  s'agit 
point.    Ces   observations   seront   continuées  au  sujet  de 
Descartes.  Le  siècle  de  Galilée  attaqua  la  théorie  du  ciel, 
parce  qu'elle  était  encore  naissante  ;  notre  siècle  attaque 
par  les  mêmes  manœuvres  et  avec  les  mêmes  armes  la 
théorie  de  la  terre,  et  le  combat  durera  peut-être  plus 
long-tems  que  celui  dont  le  ciel  fut  le  sujet.  Malheurcu- 


SCIENCES  PHYSIQUES.  A81 

sèment,  l'humanité  supporte  une  partie  du  poids  de  cette 
petite  guerre.  Le  même  esprit  qui  fit  condamner  Galilée, 
repoussa  dans  le  tems  l'inoculation  comme  injurieuse  à  la 
providence ,  les  paratonnerres  comme  une  tentative  pour 
se  soustraire  à  la  vengeance  divine.  Les  habitans  d'une 
contrée  du  nord,  pour  lesquels  la  pomme  de  terre  serait  un 
don  du  ciel,  la  rejettent  avec  effroi,  en  se  rappelant  qu'elle 
leur  fut  offerte  par  des  mains  hérétiques.  «  Nous  savons, 
disent-ils,  avec  quels  alimens  nos  pères  ont  vécu  sur  cette 
terre  et  mérité  le  ciel  ;  nous  voulons  les  imiter  en  tout, 
afin  de  nous  assurer  la  même  récompense.  »  Ce  raisonnement 
est  très-bon,  très-sage  ;  mais  il  a  pour  ces  peuples  des  in- 
convéniens  qu'on  leur  aurait  épargnés,  si  l'esprit  religieux 
eûtnweux  connu  ce  qui  est  de  son  ressort. 

Des  noms  moins  célèbres ,  des  travaux  estimables,  mais 
sans  éclat,  remplissent  les  livres  suivans  jusqu'à  Descartes. 
Le  lecteur  sait  déjà  que  M.  Delambre  traite  notre  philo- 
sophe très-sévèrement;  voyons  jusqu'à  quel  point  son  ju- 
gement peut  être  adouci. 

Comme  astronome,  M.  Delambre  ne  pouvait  louer  Des- 
cartes. Le  système  des  tourbillons,  qui  heureusement  ne 
s'étendit  pas  hors  de  la  France  ,  retarda  quelque  tems 
parmi  nous  l'adoption  des  bonnes  doctrines  en  physique  et 
en  astronomie;  les  sciences  en  éprouvèrent  un  dommage 
que  les  découvertes  de  Descartes  en  mathématiques  n'ont 
peut-être  pas  compensé  ;  et  en  mathématiques,  il  eut 
parmi  ses  contemporains  des  égaux,  si  toutefois  Pascal 
et  Fermât  ne  lui  étaient  pas  supérieurs.  Bornons-nous 
donc  à  considérer  notre  illustre  compatriote  comme  res- 
taurateur de  la  philosophie. 

Dans  sa  jeunesse,  il  fit  beaucoup  de  démarches  afin  de 
pénétrer  les  mystères  des   Rose-croix.  Mais   accordait-il 
quelque  confiance  à  ces  jongleurs?  M.  Delambre  le  pense. 
Tome  xi.  31 


A82  SCIENCES  PHYSIQUES. 

Remarquons  cependant  que,  du  tems  de  Descartes,  la  phy- 
sique était  encore  réduite  aux  premiers  élémens ,  aux  faits 
les  plus  ordinaires  ;  que  les  communications  scientifiques 
étaient  plus  rares  ;  que  les  inventeurs  se  plaisaient  à  s'en- 
vironner des  ombres  du  secret.  La  curiosité  de  Descartes 
pouvait  être  très-philosophique.  C'est  ainsi  que  de  nos 
jours  d'excellens  esprits  se  sont  livrés  aux  recherches  du 
mesmérisme ,  avec  l'espoir  d'y  rencontrer  quelque  fait 
nouveau,  soit  en  morale,  soit  en  physique.  D'ailleurs, 
que  Descartes  crût  ou  ne  crût  pas  aux  Rose-croix,  il  devait 
parler  et  se  conduire  de  manière  h  pouvoir  pénétrer  jus- 
qu'à eux  et  se  faire  initier  à  leurs  prétendus  secrets. 

Selon  M.  Delambre,  la  doctrine  philosophique  de  Des- 
cartes est  celle  de  Bacon,  de  Gassendi  et  de  plusieurs 
autres  philosophes,  dont  les  ouvrages  ont  précédé  la  publi- 
cation de  la  Méthode:  cela  est  vrai.  Voyons  donc  comment 
Descartes  a  pu  imprimer  un  aussi  grand  mouvement  à 
l'esprit  humain  ,  que  ses  prédécesseurs  avaient  à  peine 
ébranlé.  Cette  question  nous  conduit  à  examiner  en  quoi 
consiste  le  pouvoir  des  livres. 

Un  lecteur  ou  un  auditeur  ne  médite  point;  son  attention 
est  purement  passive.  La  lecture  et  l'étude  peuvent  se 
succéder  l'une  à  l'autre  à  des  intervalles  très-rapprochés  ; 
mais  elles  ne  se  confondent  jamais.  Il  faut  donc  qu'un 
livre  destiné  à  nous  instruire  produise  les  effets  de  l'étude 
et  qu'il  nous  l'épargne. 

Si  les  vérités  que  ce  livre  doit  nous  apprendre  sont  im- 
portantes et  nombreuses,  si  elles  forment  un  ensemble,  un 
système  dont  les  parties  sont  nécessaires  les  unes  aux 
autres,  il  faut  que  l'auteur  ait  bien  saisi  la  liaison  de  ces 
parties,  qu'il  nous  la  fasse  sentir,  et  que  tout  le  système 
arrive  dans  notre  inlelligence,  sans  que  nous  y  apercevions 
aucune  discontinuilé. 


SCIENCES  PHYSIQUES.  A83 

Surtout,  que  la  lecture  de  l'ouvrage  soit  facile,  entraî- 
nante ;  qu'elle  soutienne  l'attention  sans  la  fatiguer.  C'est 
assez  dire  que  les  matières  les  mieux  choisies  et  la  mé- 
thode d'exposition  la  plus  parfaite  ne  peuvent  se  passer  des 
secours  du  st3le. 

Tout  livre  qui,  traitant  un  sujet  grave  et  d'une  utilité 
générale,  aura  satisfait  à  ces  conditions,  pourra,  même  en 
n'offrant  rien  de  neuf,  opérer  une  révolution  dans  les  es- 
prits. Tel  fut  le  secret  de  J.  J.  Rousseau,  qui  n'inventa 
rien  et  qui  prit  néanmoins  sur  son  siècle  un  ascendant  qui 
ne  s'affaiblit  pas  encore.  Le  tems  épurera  ses  doctrines  et 
n'en  conservera  que  les  vérités  qu'elles  peuvent  contenir; 
mais,  quand  même  il  les  réduirait  à  rien,  nous  devrions 
encore  chercher  dans  les  ouvrages  de  cet  écrivain  un 
excellent  modèle  de  dissertation  philosophique.  Tel  fut 
aussi  le  secret  de  Montesquieu;  ajoutons,  celui  de  Des- 
cartes. Il  sut  réunir  les  vérités  éparscs,  et  les  traiter  comme 
il  le  fallait  pour  les  mettre  à  la  portée  du  plus  grand 
nombre  des  lecteurs.  Le  talent  d'écrire  ainsi  ressemble  à 
tous  égards  à  celui  d'un  avocat  habile,  qui  sait  coordonner, 
varier,  étendre  ses  moyens  et  ses  preuves,  suivant  l'im- 
portance de  sa  cause ,  le  caractère  et  la  portée  de  ses 
juges.  Descartes  se  fit  lire;  on  peut  d'autant  moins  lui  re- 
fuser ce  mérite,  que,  suivant  l'expression  si  exacte  de 
Buffon,  le  style,  c'est  l'homme.  Il  n'y  eut  ni  hasard  ni 
bonheur  dans  les  succès  qu'il  obtint;  ils  sont  à  lui,  et  notre 
gratitude  envers  lui  n'est  que  justice. 

A  propos  de  Buffon,  plaçons  ici  une  observation  qui 
confirme  ce  qui  vient  d'être  dit.  Quel  autre  auteur  a  ré- 
pandu dans  ses  écrits  autant  de  pensées  morales  exprimées 
avec  autant  d'éloquence?  Cependant,  ces  pensées  seraient 
demeurées  stériles,  si  on  ne  les  eût  trouvées  que  dans 
l'historien  de  la  nature.  En  lisant  cet  ouvrage  admirable, 

SI* 


h%k  SCIENCES  PHYSIQUES. 

c'est  à  l'histoire  naturelle  que  l'attention  s'attache;  tout  le 
xeste  lui  échappe.  Mais  on  sait  ce  que  les  observations  de 
ce  grand  homme  sur  l'éducation  physique  des  enfans  ont 
produit,  avec  le  secours  de  la  plume  de  Rousseau. 

La  révolution  philosophique  opérée  par  Descartes  est 
donc  réellement  un  bienfait  que  nous  tenons  de  lui  seul  ; 
que  notre  reconnaissance  et  nos  hommages  lui  restent  dans 
leur  entier!  M.  Delambre  lui-même  ne  lui  refusera  pas  ce 
juste  tribut. 

Plaçons  encore  ici  quelques  réflexions  sur  Descartes,  sur 
les  services  qu'il  rendit  ù  la  philosophie,  et  sur  la  propa- 
gation de  la  vérité.  Si  c'est  une  digression  ,  l'importance 
de  la  matière  l'excusera. 

Une  doctrine  n'est  vraie  qu'autant  qu'elle  forme  un  tout, 
un  système  complet  et  bien  lié  :  elle  ne  peut  souffrir  au- 
cune troncature,  aucune  discontinuité.  Une  doctrine  fausse 
est  ordinairement  fondée  sur  des  principes  vrais,  mais  in- 
complets, mutilés  et  sans  liaison. 

Une  doctrine  vraie  et  nouvelle  est  un  ensemble  de  vé- 
rités, dont  quelques-unes  sont  nouvelles  ou  dont  l'enchaî- 
nement n'avait  pas  été  aperçu.  Une  doctrine  fausse, 
nouvelle  ou  non,  ne  se  compose  que  de  notions  vulgaires, 
combinées  par  l'imagination  et  non  par  le  raisonnement. 

L'établissement  et  la  propagation  d'une  doctrine  vraie  et 
nouvelle  exigent  le  concours  du  génie  qui  fait  les  décou- 
vertes, du  tems  qui  les  marque  du  sceau  de  la  vérité,  et 
du  talent  d'exposition  qui  les  met  à  la  portée  des  esprits 
ordinaires.  Une  doctrine  fausse  peut  naître  et  se  répandre 
sans  aucun  de  ces  moyens;  il  lui  suffit  que  les  esprits  se 
présentent  à  elle  sans  défiaflce,  suivant  leur  habitude.  L'i- 
magination qui  la  créa  n'est  pas  aussi  exigeante  que  le  ju- 
gement; elle  n'impose  pas  à  la  pensée  des  efforts  prolongés 
et  ne  redoute  pas  ses  distractions  :  enfin ,  les  passions  ne  font 


SCIENCES  PHYSIQUES.  A85 

aucune  alliance  avec  la  vérité  et  n'exercent  leur  pouvoir 
qu'au  profit  de  l'erreur. 

Par  toutes  ces  causes,  les  progrès  de  l'erreur  sont  faciles 
et  rapides,  au  lieu  que  ceux  de  la  vérité  sont  nécessairement 
lents  et  quelquefois  incertains.  Des  moralistes  chagrins  at- 
tribuent cet  état  des  choses  à  la  corruption  de  notre 
nature  et  à  la  faiblesse  de  notre  raison;  mais  ils  ne  de- 
vraient y  voir  que  la  conséquence  nécessaire  de  ce  fait 
dont  personne  ne  doute  :  N'eus  açons  commencé  par  tout 
ignorer;  il  a  fallu,  découvrir  tout  ce  que  nous  savons ,  et 
nous  ne  sommes  pas  infaillibles.  Quels  que  soient  les  phé- 
nomènes de  notre  intelligence,  ils  ne  nous  la  montrent  en 
relation  qu'avec  elle-même,  et,  en  bonne  logique,  ils  ne 
peuvent  rien  nous  apprendre  sur  la  place  qui  nous  est  as- 
signée dans  l'ordre  des  êtres  intelligens. 

Les  vérités  isolées  sont  périssables  :  les  doctrines  elles- 
mêmes  seraient  sujettes  à  se  perdre  ou  à  s'altérer,  si  elles 
n'étaient  pas  renfermées  dans  des  livres  bien  faits.  C'est  à 
ces  livres  que  nous  sommes  redevables  non  seulement  de  la 
conservation  de  nos  richesses  intellecluelles,  mais  encore 
des  fruits  plus  abondans  et  plus  mûrs  qu'elles  ont  produits. 
Mais  les  esprits  capables  de  nous  faire  ces  dons  précieux 
sont  plus  rares  que  le  génie  qui  pénètre  et  dévoile  les 
secrets  de  la  nature.  Descartes  fut  un  de  ces  esprits;  sa  ré- 
putation philosophique  ne  descendra  pas  du  haut  rang  où 
son  siècle  l'a  placée ,  aussi  long-tems  qu'on  estimera  les 
hommes  et  leurs  ouvrages  d'après  leur  utilité,  et  l'utilité 
d'après  le  succès. 

Les  trois  livres  suivans  mettent  sous  les  yeux  des  lecteurs 
les  travaux  d'un  grand  nombre  de  savans,  parmi  lesquels 
on  trouve  les  noms  célèbres  d'Hévélius,  de  Gassendi,  de 
Roberval,  etc. ,  et  d'autres  noms  moins  connus  qu'ils  ne 
méritent  de  l'être.  Cette  multitude  de  notices  à  resserrer 


A86  SCIENCES  PHYSIQUES. 

dans  un  espace  étroit  imposait  à  l'auteur  un  travail  hérissé 
de  ces  difficultés  rebutantes,  qui  n'exercent  que  la  patience 
et  dont  on  triomphe  sans  plaisir.  L'abondance  et  le  désordre 
des  matériaux  dont  il  fallait  ne  rien  perdre,  leur  connexion 
qui  exigeait  un  classement  peu  d'accord  ayec  celui  que 
réclamaient  les  dates,  dont  l'autorité  ne  peut  être  méconnue 
dans  une  histoire;  la  nécessité  de  sacrifier  quelquefois  l'un 
à  l'autre,  d'anticiper  sur  les  tems  ou  de  rétrograder;  l'o- 
bligation non  moins  impérieuse  de  n'adopter  qu'un  pelit 
nombre  de  diTÎsions  ,  et  par  conséquent  de  former  des 
groupes  et  de  les  assortir  convenablement:  M.  Delambre  a 
surmonté  tous  ces  obstacles,  car  ses  lecteurs  ne  les  remar- 
queront pas. 

L'historien  acquitte  une  dette  de  la  postérité  envers 
Mouton,  astronome  lyonnais,  auquel  des  travaux  nombreux 
et  utiles  devaient  assurer  plus  de  renommée.  On  ne  lira 
pas  sans  intérêt  l'histoire  de  Maria  Cunitia,  l'H}  pathie  po- 
lonaise. Les  écrits  de  celte  savante  ne  donnent  pas,  à 
beaucoup  prés,  la  mesure  de  ses  connaissances;  on  assure 
qu'elle  possédait  une  érudition  très-remarquable.  Plus 
heureuse  que  l'illustre  Grecque  ù  laquelle  on  l'a  comparée, 
elle  jouit  des  douceurs  d'une  vie  paisible,  de  l'amitié  et 
d'un  hymen  bien  assorti.  Ses  œuvres  ,  dont  son  mari  fut 
l'éditeur,  ne  sont  plus  ù  notre  usage;  nous  pourrons  les 
reprendre,  si  le  goût  de  l'astrologie  nous  revient. 

Huj'^gens  remplit  le  quatorzième  livre.  Cet  homme 
extraordinaire,  également  cher  aux  mathématiques,  à  l'as- 
tronomie ,  à  la  physique  et  aux  arts,  fut  pour  la  France 
une  des  conquêtes  de  Louis  XIV.  Mais  le  citoyen  hollandais 
n'oublia  pas  sa  patrie;  il  la  revit  de  tems  en  tems,  et  finit 
par  lui  sacrifier  les  hommages  d'une  grande  nation  et  les 
bienfaits  du  grand  roi.  Sa  réputation  brille  d'un  nouvel 
éclat,  depuis  que  d'habiles  physiciens  de  notre  tems,  munis 


SCIENCES  PHYSIQUES.  A87 

de  toutes  les  l'esàources  que  possèdent  aujourd'hui  l'analyse 
mothématique  et  l'art  des  expériences ,  suivent  la  roule 
que  ce  grand  maître  leur  a  ouverte,  continuent  et  com- 
plètent ses  découvertes  sur  la  double  réfraction  de  la 
lumière. 

L'horlogerie  doit  plus  à  Huygens  qu'au  plus  fameux  des 
horlogers  :  exemple  mémorable  du  pouvoir  des  sciences  sur 
les  progrès  des  arts  ;  avis  aux  hommes  d'état. 

M.  Delambre réunit ,  dans  le  livre  suivant,  les  contem- 
porains d'Huygens  et  de  Cassini.  On  y  remarquera  l'infa- 
tigable et  universel  Lahire ,  en  qui  on  trouvait  tout  une 
académie ,  dit  Fonlenelle;  Picard,  qui  commença  la  pre- 
mière des  grandes  entreprises  modernes  pour  la  mesure 
de  la  terre;  Roemer  ,  qui  découvrit  le  mouTcment  pro- 
gressif de  la  lumière  et  mesura  sa  vitesse;  Auzout,  qui 
perfectionna  le  micromètre  par  un  moyen  dont  l'invention 
fut  aussi  réclamée  par  Gascoyne ,  etc. 

En  lisant  le  dernier  livre  consacré  à  Cassini ,  on  aura 
besoin  de  se  rappeler  que  l'auteur  n'écrit  pas  l'histoire  des 
astronomes,  mais  celle  de  l'astronomie,  et  que,  par  con- 
séquent ,  il  suit  quelquefois  d'autres  maximes  que  celles 
des  biographes.  II  ne  perd  pas  son  objet  de  vue,  et  lui 
subordonne  tous  les  détails  de  sa  vaste  entreprise;  il  s'est 
chargé  de  faire  l'inventaire  de  nos  richesses  astronomiques; 
il  note  chaque  bienfait  que  la  science  a  reçu,  apprécie  sa 
valeur  réelle  ,  et  il  y  attache  le  nom  du  bienfaiteur.  C'est 
ainsi  qu'il  soumet  à  une  sorte  de  calcul  les  droits  de  chacun 
à  la  gratitude  des  amis  de  la  science.  Cette  méthode  ne 
sera  pas  désapprouvée  ,  même  de  ceux  à  qui  elle  ne  plaira 
point.  11  faut  cependant  convenir  qu'elle  traite  sévère- 
ment les  auteurs  qui  valurent  plus  que  leurs  ouvrages  :  tel 
fut  Cassiui.  Ses  travaux  astronomiques,  d'après  lesquels 
M.  Delambre  a  dû  le  juger,  n'ont  pu  conserver  remprciale 


A88  SCIENCES  PHYSIQUES. 

des  connaissances  étendues  et  variées  qu'il  unissait  au  sa- 
voir de  l'astronome,  et  dont  l'académie  des  sciences  pro- 
fita souYent.  Favorisé  en  tout  par  la  nature ,  son  mérite , 
comme  savant,  était  rehaussé  par  les  qualités  les  plus 
estimables  de  l'ame,  et  même  par  celles  du  corps.  C'est 
assez  pour  excuser  l'enthousiasme  de  ses  contemporains, 
s'ils  ont  un  peu  trop  loué  l'un  des  ornemens  de  leur  siècle 
qui  fournit  tout  à  l'éloge.  On  se  plaît  à  voir  Louis  XIV 
négocier  en  Italie  l'acquisition  d'un  astronome  ,  comme 
s'il  eût  été  question  d'une  province  ou  d'un  traité  de  la 
plus  haute  importance.  La  France,  (jui  ne  sut  pas  con- 
server Kuygens,  fut  plus  heureuse  avec  Cassini  :  elle  se 
l'appropria,  et  s'enrichit  d'une  famille  toute  astronomique. 
Ce  phénomène ,  que  l'histoire  des  sciences  n'avait  pas 
présenté  jusqu'alors,  ne  se  reproduira  peut-être  jamais. 

Le  nouvel  ouvrage  de  M.  Delambre  fait  désirer  plus  vive- 
ment encore  la  publication  du  volume  qu'il  nous  promet  ;  on 
s'attend  bien  i^  ne  pas  y  trouver  tout  le  tableau  du  dix- 
huitième  siècle ,  mais  on  est  assuré  d'avance  que  cette 
époque  si  admirable  et  si  décriée  sei-a  peinte  sous  l'un  des 
points  de  vue  les  plus  vastes  et  les  plus  propres  à  faire 
deviner  ce  que  Tceil  n'aperçoit  pas.  Des  lecteurs  d'un  âge 
mûr,  des  vieillards  même  ,  y  reconnaîtront  avec  un  plaisir 
mélancolique  les  maîtres  qui  leur  ouvrirent  la  carrière  des 
sciences;  les  regrets  de  quelques  pertes  récentes  seront 
adoucis  par  la  vue  de  ce  qui  nous  reste,  de  ce  que  promet 
une  jeunesse  instruite  par  des  méthodes  dont  ses  progrès 
attestent  l'excellence,  et  qu'elle  saura  perfectionner  en- 
core. C'est  à  cette  génération  qu'il  est  réservé  de  venger 
dignement  les  grands  hommes  tant  calomniés  aujourd'hui. 
Elle  leur  donnera  des  successeurs  qui  poursuivront  leurs 
nobles  travaux  et  s'illustreront  comme  eux,  tandis  que 
les  calomniateurs  et  les  calomnies  iront  s'anéantir  dans 

l'oubli,  F£ftRY. 


SCIENCES  MORALES  ET  POLITIQUES. 

De  l'esprit  des  institutions  politiques;  par  J.  A.  F. 
Massabi\u  ,  sous  ~  blbliolkicalrô  de  Salnte-Gene- 
vicve  (i). 

J.-J. -Rousseau  regrettait  qu'il  n'existât  pas  en  France 
un  ouvrage  qui  renfermât  les  principes  du  droit  politique, 
et  il  regardait  Montesquieu  comme  le  seul  homme  du  dix- 
huitième  siècle  capable  d'exécuter  cette  difficile  entreprise. 
M.  Massabiau  vient  de  la  tenter,  en  publiant  l^ Esprit  des 
institutions  politiques.  Mais,  bien  loin  d'avoir  pris  Mon- 
tesquieu pour  guide,  il  semble  n'écrire  que  pour  le  com- 
battre. M.  Massabiau  s'est  choisi  un  terrible  adversaire,  et 
il  faut  avouer  qu'il  le  traite  souvent  avec  un  peu  de  légè- 
reté. Placer  ce  grand  homme  au  nombre  des  écrivains  su- 
perficiels, dire  qu'on  n'aperçoit  qu'un  chaos  où  d'autres 
croient  voir  de  la  profondeur,  que  l'esprit  des  lois,  sem- 
blable au  Roland  de  l'Arioste,  est  un  livre  où  le  charme 
des  détails  empêche  de  sentir  le  manque  total  d'ensemble, 
que  le  passage  qui  contient  l'éloge  de  l'empereur  Julien 
est  écrit  sur  un  ton  digne  de  Tartuffe ,  etc. ,  etc.  ;  voilà  ce 
que  bien  des  gens  regarderont  comme  autant  d'irrévé- 
rences de  M.  Massabiau  envers  Montesquieu.  Voltaire  a 
combattu  Y  Esprit  des  Lois  y  mais  avec  plus  de  ménagement 
que  M.  Massabiau. 

Nous  ne  voulons  pas  nous  établir  juges  de  cette  lutte  ;  et 
nous  n'avons  pas  la  prétention  de  porter  en  quelques  lignes , 
et  d'après  unepremière  lecture,  un  jugement  approfondi  sur 
un  ouvrage  qui  a  dû  coûter  à  son  auteur  de  longues  mé- 

(i)  Paris,  1821.  Maradan  ,  rue  des  Marais,  n"  16,  faubourg  Saint- 
(iermain,  2  vol.  in-S°.  Prix,  12  fr. ;  et  franc  de  port,   i5  fr. 


A90  SCIENCES  MORALES 

ditations.  Njdus  nous  bornerons  à  en  faire  connaîlrcle  plan 
et  à  en  donner  une  idée. 

M.  Massabiau  a  voulu,  ainsi  qu'il  l'annonce  lui-même, 
rechercher  les  moyens  de  combiner  ensemble  les  forces  et 
les  passions  humaines  dans  la  société,  de  manière  qu'il  en 
résulte  une  puissance  qui  protège  la  liberté  de  ses  mem- 
bres, et  qui  ne  puisse  point  l'opprimer. 

Le  livre  P'  est  intitulé  :  lesdi-jîuitions;  il  est  en  effet  des- 
tiné à  définir  les  idées  générales  qui  doivent  entrer  dan« 
les  raisonnemens  de  l'auteur,  telles  que  la  sociabilité , 
la  civilisation,  la  liberté,  le  despotisme,  les  constitu- 
tions, etc.  Suivant  M.  Massabiau,  la  constitution  d'un 
peuple  est  l'ouvrage  de  la  nature  et  des  choses;  le  législa- 
teur ne  la  crée  pas;  il  la  voit  et  s'y  conforme;  de  là,  le 
gouvernement  ou  Tinstitulion  politique.  Ce  n'est  pas  la 
forme  de  cette  institution  qui  la  rend  despotique;  on  peut 
r^tre  esclave  par  les  loi?  et  les  institutions,  aussi  bien  que 
par  le  caprice  d'un  homme. 

Après  ces  notions  préliminaires ,  l'auteur  remonte  à  l'o- 
rigine des  sociétés  politiques.  Il  ne  la  voit  point  dans  un 
contrat  formé  par  la  volonté  libre  de  tous  les  membres  du 
corps  social,  mais  dans  la  force  qui  les  contraint  à  subir  les 
conséquences  des  diverses  positions  où  ils  se  trouvent,  et 
qui  produit  ainsi  la  diversité  des  formes  du  gouvernement. 
Il  trouve  partout  une  souveraineté  défait  établie  par  la  na- 
ture des  choses;  en  quelque  endroit  qu'elle  réside,  c'est 
le  point  d'appui  nécessaire  de  la  puissance  sociale  :  il  faut 
la  laisser  où  elle  se  trouve;  on  ne  saurait  la  déplacer;  et 
tout  ce  qu'on  peut  faire  est  de  l'entourer  d'institutions 
sages  qui,  la  dirigeant  vers  le  bien  commun,  la  rendent 
souveraineté  de  droit  ou  légitime. 

Recherchant  ensuite  quel  est  le  principe  des  gouverne- 
mens,  il  établit  qu'il  est  le  même  pour  tous.  Il  peut  y  avoir 


ET  POLITIQUES.  À91 

plus  d'honneur  dans  l'un,  plus  de  vertu  dans  l'autre;  mais 
c'est  là  l'esprit  du  gouvernement,  qui  varie  nécessairement  ; 
ce  n'en  est  pas  le  principe,  qui  est  uniforme,  et  que  l'au- 
teur place  dans  la  crainte  des  lois. 

De  là,  il  passe  à  l'examen  des  causes  particulières  qui 
peuvent  influer  sur  la  liberté.  Le  climat  et  le  terrain  ne  lui 
paraissent  exercer  qu'une  influence  secondaire.  Toutefois, 
il  trouve  que  les  climats  tempérés  où  la  sensibilité  est  mo- 
dérée, et  les  terrains  fertiles  qui,  invitant  l'homme  à  la 
culture,  le  disposent  à  plier  son  indépendance  au  joug  des 
lois,  sont  les  plus  favorables  à  la  liberté. 

Ce  n'est  pas  non  plus  telle  ou  telle  religion  ;  ce  ne  sont 
pas  même  les  institutions  politiques  qui,  suivant  lui ,  pro- 
duisent la  liberté.  Seulement,  les  institutions  sont  néces- 
saires pour  la  défendre.  Mais  quelles  seront  celles  qui  at- 
teindront mieux  ce  but?  Ici,  l'auteur  ouvre  une  théorie 
nouvelle.  Il  cherche  à  prouver  que  l'unité  du  pouvoir  sou- 
verain est  indispensable  pour  le  bien  de  la  société.  Il  ne 
voit  que  des  inconvéniens  dans  la  division  de  la  souverai- 
neté, dont  il  examine  les  conséquences  dans  les  différens 
gouvernemens.  Le  pouvoir  doit  être  un  et  concentré  dans 
le  monarque,  et  il  ne  doit  y  avoir  de  division  que  dans  son 
exercice. 

L'auteur  arrive  enfin  à  ce  quil  regarde  comme  la  véri- 
table source  de  la  liberté;  c'est  la  civilisation,  que  tant 
d'autres  ont  regardée  comme  la  source  de  l'esclavage.  Elle 
détruit  la  république  et  perfectionne  la  monarchie ,  qui  lui 
paraît  le  meilleur  gouvernement;  elle  place  le  monarque 
dans  une  situation  telle,  que  sa  volonté  est  naturellement 
droite  ;  elle  porte  au  plus  haut  degré  la  puissance  de  l'opi- 
nion publique,  et  elle  augmente  ainsi  la  force  morale  des  na- 
ttons, en  même  tems  qu'elle  ôte  à  chaque  individu  cette  vio- 
lonce  et  celte  barbarie  incompatible  avec  la  liberté  de  tous. 


A92  SCIENCES  MORALES 

Cette  monarchie  civilisée,  premier  fondement  de  la  li- 
berté ,  doit  être  entourée  d'institutions  prises  dans  sa  na- 
ture. Telles  sont,  suivant  l'auteur,  un  conseil  national 
élu  par  le  peuple,  non  pas  pour  partager  le  pouvoir  souve- 
rain, mais  pour  conseiller  le  monarque  et  l'éclairer  par 
une  discussion  libre;  une  cour  suprême,  xlépositaire  des 
lois,  chargée  de  leur  enregistrement  et  autorisée  à  refuser 
cette  formalité,  toutes  les  fois  que  la  loi  n'aurait  pas  été 
soumise  à  la  discussion  du  conseil  national. 

On  voit  qu'il  y  a  dans  tout  cela  un  mélange  des  anciens 
parlemens,  du  tribunal,  de  la  constitution  de  l'an  8,  et  du 
sénat  conservateur  de  l'empire.  Du  reste,  M.  Massabiau 
regarde  la  noblesse  purement  héréditaire  comme  repous- 
sée par  l'opinion  €t  la  force  des  choses;  il  voudrait  une 
noblesse,  moitié  personnelle,  moitié  héréditaire,  c'est-à- 
dire,  que  les  enfansd'un  noble  fussent  nobles  eux-mêmes, 
quand  ils  auraient  rendu  des  services  à  l'état. 

Dans  le  livre  dernier,  M.  Massabiau  traite  de  la  légiti- 
mité, considérée  comme  le  droit  exclusif  d'une  famille  au 
trône.  II  la  regarde  comme  inséparable  delà  souveraineté. 
Il  recherche  comment  elle  peut  se  prescrire,  et  quels 
moyens  la  dynastie  légitime  peut  employer  pour  remonter 
sur  le  trône ,  tant  que  la  prescription  n'est  pas  acquise.  Il 
exclut  de  ces  moyens  la  guerre  civile  et  la  guerre  étrangère. 
On  voit  qu'il  n'a  pas  reculé  devant  les  difficultés  et  qu'il  n'a 
pas  craint  d'aborder  franchement  les  questions  les  plus  déli- 
cates ;  celles  dont  on  peut  dire,  quand  on  ose  les  soumettre 
à  la  discussion  :  Incedo  per  ignés  suppositos  cinere  doloso. 

ï)vvm ,  apocat. 


Observation.— C'est  sans  doute  le  désir  d'être  bref  quia 
engagé  le  savant  auteur  de  cet  article  à  se  borner  à  une 
simple  exposition  de  V  Utopie  imaginée  par  M.  Massabiau, 


liT  POLITIQUES.  Ayj 

cl  qui  l'a  einpoclié  de  discuter  les  principes  asso/.  siiigulicrs, 
conlcnufl  dans  Ci;  livre.  Pcul-riro,  en  rendant  jusiico  ixux 
bonnes  intentions  dont  I\l.  IMas.s;tbiau  semble  animé,  pcn- 
scra-t-on  que  les  iostilutions  dont  il  donne  l'idée  scraicnl 
loin  d'atteindre  le  bntqn'i!  se  propos»-;  que,  par  e.tcniplo  , 
ce  corps,  qui  n'est  ni  nianJalnirc  .,  ni  rtipiysi  ntant  du 
peuple,  et  qui  est  destiné  uniquement  adonner  desconseils 
ausouverain,  est  revêluici  d'une  influence  toul-à-fait ima- 
ginaire; car,  ainsi  que  le  dit  M.  Rlassabiau  lui-niûnic  :«Un 
conseil  ne  produit  d'autre  obligation,  pour  qui  le  reçoit, 
que  celle  de  l'examiner  de  bonne  foi ,  et  de  s'y  conformer  , 
s'il  lui  paraît  sage.  »  Or,  on  sait  par  expérience  que  trop 
souvent  les  boniines  revelus  de  la  puissance  eoniplenl  cette 
obligation  pour  peu  de  cliose  ;  mais  M.  ftlassabiau  est  doué 
d'une  grande  confiance  dans  lepouvoir  ;  celleconfiance  pc-iM 
avoir  sa  noblesse,  quand  on  ne  livre  que  ses  intérOtsparlicn- 
licrs;  mais  il  faut  peut-être  y  regarder  de  plus  près,  qnand  il 
s'agit  de  l'inlérêt  des  peuples  et  de  ceux  de  la  liberlé.  Nous 
pensons  que  M.  Massabiau  les  a  presque  entièrement  sa- 
crifiés. C'est  à  son  insu  sans  doute,  et  il  s'est  lait  ilbision 
;\  lui-même;  mais  cette  illusion  est  grande;  car  les  insti- 
tutions qu'il  nous  offre,  et  qu'il  croit  si  parfaitement  con- 
formes i\  l'esprit  du  siècle,  nous  raineneraitMit  i\  peu  près, 
sinon  pour  les  mois,  du  moins  pour  les  cboscs,  au  régime 
politique  que  1789  a  délrnil.  Note  d.  K. 


(W\^  V»***  W**%A' W 


Des  Instituts  d'IIofwyl  ,  considérés  plus  particu- 
liércmcnt  sous  les  rapports  qui  doivent  occuper  la 
pensée  des  hommes  d'étal  ;  par  le  comlc  L.  \m  V.  (  i  ) . 
Lies  établissemcns  que   M.   de   Fellenbcrg  a  formes  ù 

{v)  Gcuèvo,  i8îi.  ï  vol.  in-8»  de  ao()  pap.  J.  J.  Pasclioud  ,  li- 
braire. Paris,  mômr  maison  de  commerce,  ï\k  do  Sciiii- ,  n"  /jH. 
Trix  ,  ^  fr. ,  d  ">  l'r.  G5  conl.  par  h»  posle. 


A9A  SCIENCES  MORALES 

Hofwyl,  à  deux  lieues  au  nord  de  Berne ,  ont  été,  dès 
leur  origine,  depuis  pvèè  de  vingt  ans,  l'objet  de  l'atten- 
tion de  tous  les  homuîes  qui  s'intéressent  aux  progrès  des 
deux  arts  éminemment  nourriciers  du  corps  et  de  l'ame , 
de   Vagricuhure  et   de  Vèducatiou.   La  manière   dont   le 
fondateur  de  ces  instituts  a  essayé  de  faire  servir  les  tra- 
vaux de  l'un,  à  seconder  les  soins  et  à  assurer  les  succès 
de  l'autre,  a  surtout  frappé   les  esprits  auxquels  n'a  pas 
échappé  toute  l'étendue  des  lacunes  et  des  défauts  de  nos 
anciens  systèmes  d'instruction.  Tendance  presque  entière- 
ment intellectuelle,  sans  influence  satisfaisante  sur  la  for- 
mation du  caractère  et  des  habitudes  vertueuses;  ensei- 
gnement du  peuple  à  la  fois  incomplet  et  surabondant ,  qui 
n'était  propre  ni  ù  lui  faciliter  l'accomplissement  des  devoirs 
de  sa  condition,  ni  à  lui  faire  trouver  contentement  d'es- 
prit et  bonheur  dans  des  travaux ,  ou  humbles ,  ou  pénibles  ; 
préparation  des  classes  supérieures  de  la  société  au  rôle 
que  leur  position  et  le  bien  de  l'état  leur  destinent,  telle- 
ment insuffisante  et  si  mal  dirigée,  qu'au  lieu  de  se  main- 
tenir en  possession   de  cette  prééminence  de  lumières, 
d'habileté  et  d'énergie  qui  seule  peut  leur  conserver,  parmi 
leurs  compatriotes,  leur  prépondérance  dans  l'intérêt  de 
l'ordre   et  de  la  civilisation,  elles  se  virent  envahies  et 
supplantées,  sans  trouver  en  elles-mêmes  les  moyens  de 
résistance  et  d'ascendant  que  donnent   les  connaissances 
et  la  force  de  caractère  ;  ces  vices  ,  inhérens  à  l'ensemble 
de  nos  anciennes  institutions  scolastiques,  avaient  été  mis 
en  grande  et  désastreuse  évidence  par  les  événemens  dont 
nous  avons  été  victimes  ou  témoins. 

M.  de  Fellenberg,  appelé,  par  sa  naissance  et  par  son 
mérite  personnel,  à  parcourir,  dans  l'ancien  canton  de 
Eerne,  toute  la  série  des  charges  et  des  dignités  de  l'état, 
est  du  petit  nombre  des  hommes  de  son  rang,  qui ,  au  lieu 


ET  POLITIQUES.  A95 

d'attendre  de  secours  étrangers,  de  l'emploi  de  la  force  ou 
de  la  ruse  j  delà  lassitude,  et  souvent  de  l'astucieuse  com- 
binaison de  quelques  obscures  intrigues^  le  retour  de  leur 
existence  et  de  ses  jouissances  matérielles  ou  de  Tanité, 
turent  excités ,  par  le  spectacle  des  folies,  de  la  déraieon 
et  des  ci'imes  de  leurs  contemporains,  ù  réfléchir  plus 
mûrement  sur  les  causes  de  l'affaiblissement  des  liens 
sociaux  et  sur  les  réformes  à  opérer  dans  un  régime  civil 
et  pédagogique  qui  avait  porté  de  si  tristes  fruits.  Re- 
montant aux  sources  des  désordres  qui  ont  détruit  l'effet 
des  intentions  les  plus  pures  et  des  plus  généreux  sacri- 
fices,  comme  des  plans  en  apparence  les  plus  sages, 
M.  de  Fellenberg  reconnut,  avec  tous  les  bons  esprits  qui 
ont  médité  sur  la  nature  de  l'homme  et  sur  les  véritables 
moyens  de  satisfaire  à  ses  besoins,  que  c'était  vainement 
que  nous  demanderions  à  de  pures  modiOcations  de  formes 
politiques  le  remède  des  maux  invétérés  qu'un  meilleur 
système  de  développement  et  de  direction  de  nos  facultés 
morales  pouvait  seul  guérir.  Après  avoir,  à  l'époque  de  la 
révolution  de  la  Suisse,  en  1798,  fait  d'infructueux  essais 
pour  être  utile  à  une  patrie  qui,  gémissant  sous  le  poids 
de  l'oppression  étrangère,  avait  encore  à  déplorer  le  dis- 
sentiment de  ses  meilleurs  citoyens  sur  le  choix  des 
moyens  de  salut;  M.  de  Fellenberg  se  voua  à  la  vie  privée, 
et  crut  pouvoir,  mieux  que  par  son  activité  politique, 
payer  sa  dette  à  son  pays  natal,  en  formant  le  double  plan 
de  fonder  une  meilleure  éducation  du  pauvre,  appuyée 
sur  les  procédés  d'une  agriculture  perfectionnée,  et  de 
contribuer  au  repos  comme  à  l'amélioration  du  corps  so- 
cial, en  élevant  des  jeunes  gens  des  classes  supérieures  à  la 
hauteur  de  leur  vocation,  par  le  développement  le  plus 
complet  des  facultés  de  leur  cœur,  de  leur  caractère  et  de 
leur  intelligence. 


A96  SCIENCES  MORALES 

Les  établisseinens  destinés  à  réaliser  ces  vues  généreuses 
ont  été  décrits  et  jugés  dans  un  grand  nombre  d'ouvrages , 
la  plupart  aussi  recomuiandables  par  leur  mérite  que  par  le 
nom  de  leurs  auteurs.  La  Ferme  modèle ^la Ferme  expéri- 
mentale^ les  Ateliers  de  fabrication  et  de -perfectionnement 
des  mécaniques  agricoles   ont  trouvé ,   dans  M.    Charles 
Pictet  de  Rochemont  (  un  des  rédacteurs  des  Bibliothèques 
britannicjue  et  universelle^.,  un  approbateur  éclairé;  dans 
M.  Thaer,   auteur  des   Annales  d'agriculture,  un  juge  ù 
la  vérité  très-compétent,  mais  peu  équitable,  et  prononçant, 
sur  des  rapports  incomplets,  avec  des  préventions  défavo- 
rables; dans  MM.  Hofmann  etScheffold,  Ruenzliet  Vetsch 
envoyés  àHofwil  parleurs  gouvernemens;  dans  MM.  Esclier 
de  Eerg ,  le  baron  d'Imhof  et  Schwerz  qui  ont  publié  les 
résultats  d'observations  faites  avec  beaucoup  de  soin ,  des 
appréciateurs  scrupulcjx   et    profondément  versés  dans 
toutes  les  parties  de  l'agronomie.  U  Ecole  d' industrie  pour 
les  jeunes  garçons  paut-'ies  a  été  l'objet  de  deux  rapports 
publiés  chez  Paschoud.  L'un  est  adressé  ùla  société  d'agri- 
culture du  canton  de  Yaud,  par  M.  le  professeur  Chavannes; 
l'autre,  offrant  un  tableau  complet  de  l'école  des  pauvres, 
a  été  rédigé  (au nom  d'une  commission  établie  pour  l'ins- 
pection de  cet  institut)  par  M.  Rengger,  un  des  hommes 
d'état  les  plus  respectables  et  des  écrivains  les  plus  dis- 
tingués de  la  Suisse.  i^£co/^poMr /^s  ci«sses  sM/j^/^'eMr^sc^g  ^ 
société j  V Institut  spécial  d'agriculture  et  V École  normale 
ont  moins  fréquemment  occupé  la  plume  des  voyageurs 
et  des  journalistes.  Les  meilleurs  renseignemens  qui  aient 
été  donnés  sur  leur  but ,  leur  organisation  et  leur  exten- 
sion progressive,  doivent  être  puisés  dans  les  cahiers,  ac- 
compagnés de  planches,  que  M.  de  Fellenberg  a  mis  au 
jour  lui-même ,  sous  le  titre  de  Feuilles  d' économie  ru- 
rale d'Hofwyl,  et  qui  ont  paru  dans  les  années  i8o8,  i8og, 


ET  POLITIQUES.  Â97 

iSio,  1813  et  [817.  Un  coup  d'oeil  général  a  été  jeté  sur 
Tensemblc  des  établissemens  d'Hofwyl  par  M.  le  comte 
Capo  d'Islria  (1),  par  M.  Jullien  de  Paris  [j),  et  par 
M.  Simond,  le  spirituel  auteur  du  Voyage  d'un  Français 
en  Angleterre.  M.  Simond  a  jugé  Hofwyl  avec  la  sagacité, 
le  calme,  l'impartialité  qui  le  distinguent.  Ses  observations, 
très-favorables  à  M.  de  Fellenberg,  ont  été  insérées  dans  la 
Revue  d'Edimhourgdu  mois  de  novembre  1820. 

Toutefois,  aucun  de  ces  écrits  n'offrait,  soit  un  tableau 
complet  des  instituts  d'Hofwjl,  et  des  résultats  de  leur  in- 
fluence réciproque,  soit  l'exposé  de  leur  état  actuel  et  les 
pensées  que  leur  utilité  présente,  ainsi  que  leur  avenir 
probable,  doivent  faire  naître  dans  l'esprit  de  l'homme 
d'état  et  de  l'ami  de  l'humanité.  Cette  lacune  vient  d'être 
remplie  par  l'auteur  de  l'ouvrage  que  nous  sommes  heu- 
reux de  pouvoir  indiquer  aux  personnes  qui  désireraient 
connaître  les  établissemens  de  M.  de  Fellenberg,  et  ap- 
précier l'influence  qu'ils  exercent  sur  leurs  élèves,  et  qu'ils 
exerceront  infailliblement  partout  où  l'on  formera  des  ins- 

(1)  Le  rapport  présenté  par  ce  ministre  à  l'empereur  Alexandre, 
ainsi  que  tous  les  ouvrages  relatifs  à  Hofwyl,  cités  ici,  se  trouvent 
chez  J.  J.  Paschoud  ,  à  Genève,  et  à  Paris  ,  rue  de  Seine ,  n"  48. 

(2)  Précis  sur  les  instituts  d éducation  et  d'agriculture  de  M.  de 
Fellenberg.  Paris,  1817.  In-S".  Empreint  du  même  amour  du  bien 
et  des  vues  philantropiques  qui  ont  inspiré  l'auteur  des  intéressans 
et  utiles  ouvrages  sur  la  Méthode  d'éducation  de  Pestalozzi  (Milan, 
i8i2.  2  vol.  in-8»)  ,  sur  un  P/a7z  d'éducation  pratique  (Paris,  1808. 
In-i"),  SMT  V Emploi  du  tems  (en  deux  parties  ;  une  théorique  dont 
la  a*  édition  a  paru  en  iSio,  l'autre  pratique,  sous  les  titres  de  : 
Mémorial  horaire  ou  Biomètre ,  et  de  :  Agenda  général,  5»  édition 
i8i5),  et  sur  la  Philosophie  des  sciences.  Ce  Précis  sur  Hofwyl, 
extrait  du  Journal  d'éducation  (novembre,  1816.  Chez  L.  Colas^^, 
fait  particulièrement  bien  connaître  l'esprit  qui  a  présidé  à  la  créa- 
lion  des  instituts  d'Hofvvyl. 

Tojir.  XI.  32 


A98  SCIENCES  MORALES 

titutions  sur  leur  mocR-le  ,  en  tenant  compte  des  ressources 

et  des  localités. 

M.  le  comte  Louis  de  Villevieille  avait  déjà,  il  y  a 
plusieurs  années,  publié  des  observations  sur  les  procédés 
agronomiques  suivis  par  M.  de  Fellenberg  ;  elles  sont  con- 
signées dans  une  lettre  adressée  aux  rédacteurs  de  la  Bi- 
bliothèque britannique ,  sur  le  parti  que  le  midi  de  la 
France  peut  tirer  des  moyens  et  des  méthodes  agricoles 
d^HofwyL  Comme  il  a  séjourné  à  différentes  époques  à 
Hofwyl ,  et  prolongé  ses  séjours  tout  le  tems  nécessaire 
pour  faire  une  étude  approfondie  des  établi^semens  de 
M.  de  Fellenberg ,  aucun  Français  n'était  mieux  en  état 
que  M.  de  Villevieille  d'exposer  à  ses  compatriotes  ce  que 
leur  fondateur  a  voulu  et  ce  qu'il  a  fait.  En  s'acquittant 
de  celte  tâche  avec  autant  de  talent  que  de  fidélité,  il  a  eu 
égard  à  deux  différentes  classes  de  lecteurs ,  qui  se  ver- 
ront satisfaits  également.  Ceux  qui  ne  veulent  qu'avoir 
une  idée  générale,  mais  exacte  et  nette,  d'institutions 
dont  on  parle  tant  sans  les  bien  connaître,  trouveront, 
dans  la  première  partie  de  l'ouvrage  (p.  6-70),  qui  en  est 
comme  le  texte ,  un  tableau  rapide  et  animé  des  neuf  dif- 
férens  instituts  que  M.  de  Fellenberg  a  créés  successive- 
ment, ainsi  que  l'exposé  succinct  des  vues  qui  ont  pré- 
sidé à  leur  établissement,  et  d'après  lesquelles  ils  ont  été 
coordonnés  de  manière  à  se  prêter,  tout  en  conservant 
chacun  son  indépendance,  un  mutuel  et  bienfaisant  appui. 
Des  notes,  placées  à  la  suite  de  ce  texte  (  p.  71-209),  of- 
frent de  plus  amples  développemens  aux  personnes  qui 
désireront  avoir  une  connaissance  plus  détaillée  des  con- 
ceptions et  des  établissemens  du  propriétaire  d'HofwyL 

L'ouvrage  de  M.  le  comte  de  Villevieille  étant  déjà  lui- 
même  un  résumé  concis  de  ses  observations ,  un  exposé 
succinct  bien  que  lumineux  et  plein  d'intérêt  des  réflexions 


ET  POLITIQUES.  A99 

qu'Hofw^fl  ,  dans  son  état  actuel  ,  et  surtout  dans  son 
avenir  et  dans  les  institutions  analogues  dont  il  provo- 
quera hx  création,  suggère  à  un  ami  du  bien,  pénétré  du 
l'importance  de  cet  ensemble  d'instituts  pour  l'améliora-^ 
tion  physique  et  morale  de  toutes  les  classes  de  la  société, 
nous  ne  saurions  en  faire  une  analyse  complète ,  sans  en 
copier  une  grande  partie  et  sans  dépasser  les  limites  que  le 
plan  de  ce  recueil  ne  nous  permet  pas  de  franchir.  Nous 
devons  nous  borner  à  appeler  l'attention  de  nos  lecteurs 
sur  quelques-unes  des  parties  saillantes  du  tableau  que 
M.  de  Villevieille  offre  aux  hommes  qui  s'intéressent  aux 
progrès  des  deux  arts  incontestablement  les  plus  nobles 
et  les  plus  utiles,  puisque  de  leurs  principes  et  de  leur 
état  de  perfection  dépendent,  en  définitive,  également  le 
bonheur  individuel  et  la  prospérité  publique. 

1°  La  ferme-modèle  est  l'ensemble  de  toutes  les  pro- 
priétés de  M.  de  Fellenberg  à  Hofvi^yl.  Il  se  propose  d'y 
montrer  l'exemple  d'une  agriculture  portée  au  plus  haut 
point  de  perfection  dont  soit  susceptible  l'exploitation  du 
terrain  qui  est  à  sa  disposition.  Le  cours  d'assolement  de 
quatre  années ,  introduit  à  Hofwyl ,  produit  beaucoup  plus 
de  céréales  qu'aucun  autre  assolement  usité  en  Suisse.  Au 
moyen  de  son  semoir ,  M.  de  Fellenberg  économise  près 
de  la  moitié  sur  la  quantité  ordinaire  de  la  semence.  M.  de 
Villevieille  pense  que,  si  l'agriculture  de  M.  de  Fellenberg 
était  adoptée  ,  partout  où  les  localités  permettraient  cette 
imitation,  la  Suisse  produirait,  tant  en  grains  qu'en  pommes 
de  terre,  qui  entrent  Dour  un  quart  dans  la  culture  d'Hof- 
wyl,  tout  ce  dont  elle  a  besoin  pour  sa  subsistance,  et  se 
verrait  délivrée  de  la  dépendance  où  elle  se  trouve  aujour- 
d'hui à  cet  égard  des  pays  voisins. 

2°  Ferme  e?:périmentale.  Des  portions  du  sol ,  dissémi- 
nées et  qui   forment  à  peu  près  la  vingtième   partie  des 


500  SCIENCES  MORALES 

propriétés  foncières  de  M,  de  Fellenberg  soumises  aus 
travaux  aratoires,  sont  consacrées  à  un  cours  systéma- 
tique d'expériences  agricoles ,  destinées  à  éclaircir  succes- 
sivement toutes  les  questions  qui  divisent  les  agriculteurs 
éclairés.  Chaque  année,  on  rend  à  la  terre  plus  qu'on  ne 
lui  enlève;  on  augmente  la  proportion  de  Vhumiis  dans 
les  parties  intégrantes  du  terroir,  et  l'on  ajoute  à  la  pro- 
fondeur du  sol  ameubli.  Les  grains  de  M.  de  Fellenberg 
augmentent  chaque  année  de  qualité ,  comparativement 
à  ceux  de  ses  voisins;  la  proportion  entre  la  semence  et 
les  grains  récoltés  est  chaque  année  plus  favorable ,  et , 
chaque  année  aussi,  la  terre  devient  plus  meuble,  par 
l'effet  combiné  des  amendemens  et  des  travaux  aratoires. 
Quoique  ces  faits  prouvent  suffisamment  que  M.  de  Fel- 
lenberg n'est  point  dupe  d'idées  spéculatives ,  on  ne 
pourra  juger  des  résultats  de  ses  procédés  et  de  l'emploi 
de  ses  mécaniques  perfectionnées ,  que  lorsque  son  sys- 
tème d'agriculture  sera  exécuté  par  des  ouvriers  formés 
exprès  et  élevés  avec  intention  par  l'auteur  du  système 
lui-même;  ce  qui  arrivera  à  l'époque  où  les  élèves  de 
l'école  d'industrie  pour  les  pauvres  auront  remplacé  les 
ouvriers  auxquels  M.  de  Fellenberg  est  encore  obligé  d'a- 
voir recours  ,  et  qui  sont  trop  accoutumés  à  l'ancienne 
routine ,  pour  qu'on  puisse  espérer  de  leur  faire  adopter 
d'autres  procédés. 

Nous  ne  pouvons  qu'indiquer  les  sections  du  texte  et  les 
notes  qui  concernent  deux  autres  établisscmensd'Hofwyl, 
désignés  sous  les  titres  :  3'  à^itelier^e  fabrication  des  ins~ 
trumens  d'agriculture  ;  et  A"  CC atelier  de  pei'fectionnement 
des  mécaniques  agricoles.  En  combattant  la  doctrine  de 
Mallhus  ,  sur  la  contrainte  viorale ,  par  laquelle  une 
grande  partie  de  la  population  ,  dans  les  états  civilisés ,  se 
Terrait  condamnée  au  célibat,  comme  seul  moyen  de  pré- 


IST  POLITIQUES.  601 

veuir  les  effets  désastreux  qui,  selon  M.  Malthus,  doivent 
être  le  résultat  inévitable  de  la  disproportion  d'accroisse- 
ment, établie  par  les  lois  de  la  nature  entre  la  population, 
croissant  en  proportion  géométrique ,  et  les  produits  de 
l'agriculture ,  augmentant  tout  au  plus  en  proportion 
arithmétique,  M.  de  Villevieille  s'appuie  de  l'opinion  de 
M.  de  Fellenberg,  qui  propose  à  sa  patrie,  tourmentée 
d'un  excès  de  population,  de  faire,  en  nationalisant  ses 
méthodes,  correspondre  les  progrès  de  l'agriculture  avec 
ceux  de  la  population.  Pour  donner  à  celte  opinion  plus, 
de  poids,  M.  de  Villevieille  atteste  que,  dans  l'espace  de 
vingt- deux  années,  M.  de  Fellenberg  a  quadraplé  le  re- 
venu net  du  domaine  d'Hofwyl,  et  en  a  porté  le  produit 
brut  au  sextuple. 

L'esprit  du  philantrope,  effrayé  des  calculs  de  M.  Mal- 
thus, aime  sans  doute  à  se  reposer  sur  cette  perspective 
d'augmentation  des  progrès  agricoles,  qui  marcherait  de 
Iront  avec  les  progrès  de  la  population  et  les  devancerait 
même,  si  le  système  d'agriculture  de  M.  deFellenberg  pou- 
vait étendre  ses  conquêtes  sur  les  domaines  de  l'ignorance 
et  de  laparesse.  Toutefois,  les  plus  douces  jouissances  atten- 
dent l'ami  de  ses  semblables,  à  la  lecture  des  pages  consa- 
crées au  cinquième  des  neuf  instituts  (î'Hofwyl ,  à  V école' 
d'inçlustrie.  pour  les  jeunes  garçons  pauvres.  Ici,  point  de 
promesses,  point  d'espérances  subordonnées  à  l'action  in- 
certaine de  la  raison  et  à  l'empire  des  préjugés,  d'autant 
plus  opiniâtres  qu'ils  sont  plus  opposés  aux  vrais  intérêts 
des  cultivateurs  et  de  la  société.  Dans  l'institut  d'éduca- 
tion des  pauvres,  à  Hofwyl,  on  trouve  réalisé  le  projet  de 
faire  de  jeunes  garçons  pauvres,  admis  à  cinq  ans  dans  l'é- 
tablissement, des  agriculteurs  éclairés  et  vertueux  qui,  à 
vingt  ans,  soient,  parles  connaissances  et.  les  habitudes 
acquises,  au  niveau  de  leur  besoin,  et  un  modèle  à  pro- 


502  SCIENCES  MORALES 

poser  aux  hommes  de  leur  condition,  api-ès  avoir,  au 
moyen  des  produits  de  leur  travail  pendant  les  cinq  der- 
nières années  de  leur  séjour  à  l'école,  remboursé  tous  les 
frais  de  leur  éducation.  L'instruction  y  est  éminemment 
•eligieuse,  et  embrasse  tous  les  objets,  tous  les  travaux 
Je  l'esprit  et  des  mains,  qui  peuvent  éclairer  les  élèves 
sur  leur  position  dans  la  société,  la  leur  faire  chérir,  leur 
inspirer  l'amour  de  leurs  devoirs  et  leur  en  faciliter  l'ac- 
complissement raisonné,  joyeux  et  zélé.  Elle  est  de  tous 
les  momens  ,  au  milieu  des  occupations  extérieures;  on 
saisit  toutes  les  occasions  de  les  former  à  la  justesse  du 
coup  d'oeil ,  à  l'adresse  manuelle ,  à  l'exercice  libre  et 
rationnel  de  leur  intelligence  ;  on  est  bien  plus  soigneux 
encore  de  n'en  laisser  échapper  aucune ,  soit  de  se  servir 
du  spectacle  de  la  nature  pour  retracer  i  leur  pensée  la 
grandeur  et  la  bonté  de  Dieu ,  soit  de  leur  donner  à  pro- 
pos, sur  les  phénomènes  qui  s'offrent  à  leur  observation, 
des  notions  simples,  exactes,  propres  à  les  prémunir 
contre  les  erreurs  populaires.  Au  nombre  de  vingt-cinq  à 
trente,  ils  n'ont  qu'un  seul  instituteur,  l'excellent  et  dans 
la  plus  humble  fortune,  sans  le  savoir  déjà  célèbre, 
Wehrli,  qui  est  bien  plus  leur  frère  aîné,  leur  guide, 
leur  compagnon  de  travail,  de  privations  et  de  jouissances, 
que  leur  chef  et  leur  maître.  Tandis  que  les  mains  des  en- 
fans  et  les  siennes  s'exercent  à  la  maison  ou  dans  les 
champs,  il  fait  rouler  l'entretien  sur  tous  les  objets  qui 
peuvent  occuper  leurs  pensées  utilement,  pour  l'acquisi- 
tion des  connaissances  indispensables  à  leur  vocation  et 
pour  leur  amélioration  morale.  Faire  servir  à  l'éducation 
de  l'enfant  du  paysan -cette  même  agriculture,  dont  les 
opérations  absorbent  tout  son  tems  dès  l'âge  de  dix  ans,  ou 
même  plus  tôt,  et  semblent  être  incompatibles  avec  une 
instruction  favorable  au  développement   suffisant  de  ses 


ET  POLITIQUES.  50S 

facultés  morales  ,  cette  idée  fondanaentale  de  M.  de  Fel- 
leuberg  était,  pour  ainsi  dire,  sanctionnée  d'avance  par 
l'histoire  comparative  des  peuples  livrés  aux  occupations 
de  la  chasse  et  de  la  pêche,  aux  soins  de  la  vie  pastorale, 
aux  entreprises  du  commerce  ou  de  la  gudrrc  et  des  peu- 
ples agricoles,  incontestablement  supérieurs  aux  autres, 
par  des  mœurs  à  la  fois  douces  et  fortes ,  une  santé  meil- 
leure, une  énergie  plus  soutenue,  une  activité  mieux  ré- 
glée, des  habitudes  d'ordre,  de  sobriété,  de  tempérance 
et  de  justice.  Le  travail  est  le  grand  moralisateur  de 
l'homme;  mais  le  travail  des  champs  a  des  avantages  qui 
lui  sont  particuliers,  et  que  M.  Ch.  Pictet  a  singulière- 
ment bien  caractérisés  dans  ses  Observations  sur  les  moyens 
que  T agriculture  fournit  à  l'éducation  (i).  Ces  réflexions 
montrent  avec  une  telle  évidence  combien  l'idée  fonda- 
mentale sur  laquelle  repose  l'école  des  pauvres  à  Hofwyl, 
est  une  idée  belle  et  heureuse  qu'il  nous  paraît  utile  d'en 
offrir  ici  le  résumé  ,  et  comme  moyen  de  mieux  apprécier 
les  vues  de  M.  de  Fellenberg ,  et  comme  motif  d'imitation 
pour  les  propriétaires  qui,  en  combinant  les  travaux  a'gri- 
coles  avec  l'enseignement  sur  le  modèle  d'Hofwyl,  se- 
raient, par  de  bien  légers  sacrifices,  à  portée  d'ouvrir, 
dans  leurs  domaines,  à  la  population  indigente,  une  source 
infaillible  de  contentement  et  de  vertus,  ainsi  que  de  s'as- 
surer pour  eux-mêmes  une  pépinière  d'ouvriers  intelligens, 
actifs  et  honnêtes. 

L'exercice  continuel,  en  plein  air  et  dès  l'enfance,  rend 
l'homme  plus  robuste,  plus  insensible  aux  variations  de 
la  température.  Le  succès  des  travaux  du  laboureur  dépend 

(i)  Voyei  le  ou»  vol.  de  la  Biblioth.  Britannique,  division  :  liUé- 
rature. 


50a  sciences  morales 

(le  la  faveur  du  ciel  ;  il  doit  l'implorer  ;  il  vit  d'espérance  : 
lorsqu'elle  est  trompée,  il  se  résigne.  S'il  est  laborieux, 
régulier,  tempérant,  il  prospère  :  son  intérêt  lui  recom- 
mande des  vertus  qui  garantissent  son  bien-être.  Les  phé- 
nomènes qui  se  passent  sous  ses  yeux,  et  qui  influent  si 
puissamment  sur  le  résultat  de  ses  soins;  les  qualités,  les 
élémens,  la  situation  du  terrain  qui  reçoit  ses  sueurs  et 
sa  semence,  sont  l'objet  nécessaire  d'observations  et  de 
combinaisons  qui  exercent  son  intelligence  et  l'accoutu- 
ment ù  réfléchir  pour  tâcher  de  prévoir  et  de  prévenir,  de 
profiter  des  chances  propices,  ou  d'obvier  à- des  accidens 
possibles. 

Les  diflicultés  qui  font  acheter  le  succès,  les  mécomptes 
souvent  répétés,  sont  autant  de  leçons  pour  les  enfans.  La 
vie  en  est  remplie,  et  l'apprentissage  s'en  fait  avec  moins 
d'amertume,  dans  un  art  qui  s'exerce  sous  l'influence  im- 
médiate de  la  nature.  L'habitude  de  la  résignation  ,  de  la 
patience,  du  courage,  doit  se  former  dans  une  éducation 
où  l'enfant  est  sans  cesse  sous  la  main  de  la  Providence, 
et  comme  en  regard  avec  elle,  où  les  merveilles  de  la 
création  se  renouvellent  incessamment  sous  ses  yeux,  où  il 
agit,  pour  ainsi  dire,  sans  intermédiaire  entre  Dieu  et  lui, 
et  où  l'espérance  renaît  dans  son  cœur  presque  ajussitôt 
qu'elle  est  détruite. 

La  propriété  acquise  par  le  travail  inspire  le  respect  des 
droits  d'aulrui;  elle  double  l'activité;  elle  donne  un  but 
à  l'économie  et  du  charme  à  la  prévoyance.  Ce  sentiment 
de  la  propriété  entre  aussi  comme  moyen  dans  l'éducation 
des  indigens  d'Hofwyl.  Chacun  d'eux  possède  un  petit 
jardin ,  un  arbre  et  ses  fruits,  les  produits  de  son  glanage, 
les  graines  qu'il  a  recueillies;  chacun  a  ses  instrumens  à 
part,  ses  outils  à  soigner;  enjSn,   une  partie  des  salaires 


ET  POLITIQUES.  50» 

qu'ils  sont  capabies  de  gagner,  est  appliquée  à  un  fonds 
qu'ils  trouveront  un  jour,  lorsque  l'emploi  leur  en  sera 
utile. 

,  Le  cultivateur  a  le  privilège  d'obtenir  des  succès  qui  ne 
coûtent  rien  aux  autres;  ses  vœux  sont  les  vœux  de  tous 
ses  émules;  leurs  désirs,  leurs  espérances,  ne  se  croisent 
en  rien.  Loin  de  donner  lieu  à  cette  contagion  des  senti - 
mens  haineux  qui  empoisonnent  le  caractère  et  qui  trou- 
blent la  vie  ,  l'agriculture  est ,  pour  les  enfans  des  pauvres, 
une  école  de  sociabilité,  de  dispositions  douces  et  secou- 
rables  dans  leurs  relations  de  tous  les  momens.  La  disci- 
pline exacte  à  laquelle  ils  sont  soumis  à  Hofwyl,  celte  vie 
encadrée  et  comme  divisée  en  compartimens,  où  chaque 
devoir,  chaque  occupation  a  sa  place,  formeront  des 
hommes  pour  lesquels  l'ordre  sera  un  besoin. 

Tout  ce  que  leur  conduite  en  bien  ou  en  mal,  tout  ce 
que  l'eûet  des  conversations  du  chef  de  l'école  avec  ses 
élèves  offre  à  son  observation  d'important  à  reinarquer, 
tout  ce  qui  peut  devenir  motif  de  changement  ou  de  per- 
sévérance dans  le  plan  d'éducation  adopté  par  le  fondateur, 
et  suivi  avec  tant  de  dévouement  par  son  digne  collabora- 
teur, est  consigné  avec  candeur  dans  un  journal  que  ce 
dernier  tient  très-régulièrement.  Rien  à  la  fois  de  plus 
touchant  et  de  plus  instructif  que  les  extraits  du  journal 
de  "Wehrli,  que  M.  Piengger  a  insérés  dans  son  écrit  sur 
l'école  des  pauvres  à  Hofwyl,  écrit  rédigé  au  nom  d'une 
commission  nommée  pour  prendre  une  connaissance  ap-- 
profondie  de  cet  admirable  institut,  et  dont  les  membres 
ont  vécu  plusieurs  jours  au  milieu  des  enfans,  du  matin  au 
soir,  pour  observer  les  exercices  de  religion  ,  les  travaux 
des  champs  ,  les  occupatioi>s  sédentaires  ,  les  repas ,  les 
jeux  des  élèves,  enfin  leur  instruction ,  qui  embrasse  la 
pratique  de  l'agiicûlturc,  la  lecture .  l'écriture,  l'arithmé- 


506  SCIENCES  MORALES 

tique ,  quelques  notions  de  grammaii-e  et  de  géométrie 
(celle-ci,  principalement,  comme  servant  Je  base  à  l'ar- 
pentage ,  l'histoire  naturelle  dans  ses  rapports  avec  Tagri- 
culture),  un  abrégé  de  l'histoire  et  de  la  géographie  de  la 
Suisse  et  la  musique  élémentaire. 

Cette  dernière  partie  de  l'enseignement  n'est  nullement 
envisagée  à  Hofwyl  comme  une  espèce  de  récréation  ou 
dehors-d'oeuvre,  mais  comme  élément  essentiel  de  l'ins- 
truction, ou  plutôt  de  V éducation  que  M.  de  Fellenberg 
distingue  soigneusement  de  V instruction.  L'éducation  est 
l'ensemble  des  moyens  propres  à  opérer  le  développement 
des  facultés  de  l'élève,  et  à  leur  imprimer  une  direction 
conforme  à  sa  noble  destinée,  et  ne  comprend  l'instruc- 
tion au  nombre  de  ses  moyens,  qu'en  qualité  d'un  instru- 
ment, dont  l'action  doit  être  coordonnée  à  celle  des  autres 
ressorts,  et  subordonnée  à  la  grande  fin  de  l'anoblissement 
moral  de  l'homme.  L'expérience  d'Hofwyl  a  prouvé  que 
le  chant  est,  pour  tous  les  enfans,  un  moyen  puissant  de 
civilisation  et  de  sociabilité,  un  moyen  de  les  accoutumer 
à  une  règle  ,  à  une  coopération  calme  et  harmonique  ,  un 
moyen  de  modérer  les  élans  desordonnés,  d'épurer  les 
sentimens  et  d'élever  l'ame  à  de  hautes  pensées  (i).  Il  sert 
en  particulier  efficacement  à  adoucir  les  affections  ,  à  ré- 
jouir plus  dignement  le  cœur,  à  assouplir,  pour  ainsi  dire, 
le  naturel  grossier  d'enfans  tirés  en  partie  de  la  classe  des 
mendians,  et  qui  ont  apporté  dans  l'école  d'industrie  des 
formes  rudes  et  abjectes  ,  souvent  même  le  germe  d'ha- 
bitudes vicieuses.  La  plupart  d'entre  eux  savent  par  cœur 
une  centaine  d'hymnes,  de  cantiques,  de  chansons  de 
composition  très-variée,  quelques-unes  pleines  d'une  gaîté 

(i)  Voyez  ,  sur  la  Jestinalion  et  l'influence  morale  de  la  musique  ; 
Esprit  de  la  mcl/iodc  de  Pcslalozzi  (Milan  ,  iSi  2} ,  Tom.  II ,  p.  aSa 
ït  suiv. 


ET  POLITIQUES.  507 

à  la  fois  naïve  et  spirituelle ,   toutes  d'une  tendance  par- 
faitement morale. 

La  littérature  allemande  est  particulièrement  riche  en  mor- 
ceaux de  poésie  aussi  élerée  qu'adaptée  à  l'intelligence  la 
plus  commune.  Les  hymnes  de  Gellert,  de  Lavaler,  de- 
Rrummacher,  etc.,  remplacent,  ùHofwyl,  les  chansons 
insignifiantes,  frivoles,  immorales,  dont  les  champs  re- 
tentissent ailleurs;  et,  partout  où  les  vrais  amis  du  peuple 
voudront  s'occuper  de  ce  grand  moyen  de  son  perfection- 
nement moral,  avec  un  soin  proportionné  à  sa  haute  im- 
portance, des  chants  propres  à  nourrir  l'ame  d'une  joie 
pure  et  de  bons  sentimens,  peuvent  remplacer  ces  chan- 
sons sales  et  dégoûtantes  qui  font  d'un  des  plus  puissans 
organes  de  la  sagesse  et  de  l'enthousiasme  divin  ,  un  des 
instrumens  les  plus  funestes,  les  plus  actifs  de  dégradation 
et  d'abrutissement  des  classes  inférieures. 

Comment,  sans  une  coupable  légèreté,  laisser  au  hasard 
le  choix  d'un  moyen  d'éducation  si  efficace  ?  Comment 
lîvre-t-on  aux  passions  abjectes  ou  destructives,  au  vice 
et  à  la  frivolité,  l'usage  d'un  levier  dont  les  premiers  lé- 
gislateurs s'étaient  emparés  avec  tant  de  prévoyance  et 
de  succès?  Le  besoin  qui  nous  est  inné,  d'exprimer  nos 
pensées  et  nos  sensations  en  sons  mesurés  et  mélodiques, 
est  un  des  ressorts  que  l'éducation  ne  peut  négliger  dé 
faire  servir,  par  un  emploi  raisonné  et  par  une  prudente 
coordination  avec  ses  autres  agens,  sans  manquer  à  l'un 
des  devoirs  le  plus  clairement  indiqués  par  l'auteur  de 
notre  organisation  physique  et  intellectuelle.  Qui  pourrait, 
sans  émotion  et  sans  un  sentiment  profond  de  la  vérité  de 
ces  réflexions,  lire  ce  récit  extrait  du  journal  du  digne 
Wehrli.  «  L'automne  dernier,  dit-il,  je  me  promenais 
avec  mes  enfans  au  clair  de  la  lune  :  l'un  d'eux  s'écria  que 
la  lune  paraissait  d'un  beau  rouge  au-dessus  du  lac;  alors 


508  SCIENCES  MORALES 

Uiî  autre  enlouna  spontanément  l'hymne  qui  commence 
par  ces  mots  :  Elle  se  lève  avec  viajesté  •  elle  brille  d'un 
doux  éclat.  ^  Cet  été,  quand  mes  enfans  voyaient  venir 
un  orage,  ils  chantaient  l'iiymne  dont  les  premières  pa- 
roles sont  celles-ci  :  «  Dieu  tonnes  et  moi  je  suis  sans 
crainte.  »  Un  de  leurs  cantiques  favoris  est  celui  qui 
commence  ainsi  :  «  Le  teins  que  Dieu  nous  a-ccorde  s' en- 
fuit avec  rapidité ,  »  et  nous  le  chantons  toujours  pour  la 
clôture  de  notre  entretien  du  samedi  au  soir. 

Lorsqu'on  réfléchit  au  pouvoir  magique  de  la  mélodie  sur 
notre  ame  ;  lorsqu'on  a  éprouvé  quelles  idées  d'infini ,  quels 
désirs  secrets  et  ineffables,  quel  dégoût  des  trivialités  de  la 
vie,  réveillent  en  nous  la  bonne  musique ,  on  dirait  qu'elle 
nous  rappelle  notre  véritable  patrie,  et  qu'elle  nous  frappe, 
pour  la  cité  céleste,  de  celte  nostalgie  que  le  ranz  des 
raches  donne  aux  habitans  des  montagnes  ,  exilés  dans  les 
plaines  de  l'étranger. 

Tout  propriétaire  instruit,  qui  passe  une  grande  partie 
de  l'année  à  la  campagne,  peut,  s'il  joint  à  l'amour  du 
bien  quelqu»  force  de  caractère  et  de  volonté  ,  fonder  dans 
son  domaine  une  école  de  pauvres,  sur  le  modèle  de  celle 
d'Hofwyl,  compter  sur  leur  travail  pourle  remboursement 
de  ses  frais,  et  jouir,  en  récompense  d'une  avance  légère 
et  d'une  très-facile  surveillance,  de  l'inexprimable  bon- 
heur d'avoir  arraché  au  vice  et  au  malheur  trente  à  qua- 
rante infortunés  qui  donneront  l'exemple  des  vertus  ap- 
propriées à  leur  condition,  là  où  ils  auraient  peut-être 
reçu  et  propagé  les  germes  de  la  corruption  et  du  mécon- 
tentement, de  l'envie  et  de  la  fainéantise.  II  faut  voir, 
dans  l'ouvrage  de  M.  de  Yillevieille,  les  conditions  aisées 
à  trouver  et  peu  nombreuses,  qui  sont  indispensables 
pourle  succès  d'une  école  d' industrie  modt\i:e  sur  celle 
d'Hofwyl. 


ET  POLITIQUES.  509 

Nous  voudrions  pouvoir  nous  arrOtcr  sur  l"cxposé  qti'il 
fait  des  pensées  qui  ont  dirige  le  fondateur  dans  la  con- 
ceplibn  et  l'executioD  de  ses  deux  principaux  instituts, 
l'école  des  pauvres  et  l'institution  qu'il  a  destinée  à  l'édu- 
cation de  jeunes  gens  appartenant  aux  classes  supérieures 
de  la  société.  Celle-ci,  dans  l'ordre  d'énumération  adopté 
par  M.  de  Villevieille,  occupe  le  septième  rang  ;  Vécole 
pour  les  filles  pauvres^  à  laquelle  il  assigne  le  sixième  , 
n'existe  encore  qu'en  projet,  ne  pouvant  être  instituée 
que  lorsq-uè  l'achèvement  de  quelques  mesures  prépara- 
toires permettra  de  la  placer  dans  un  bâtiment  d'attente 
déjà  construit. 

On  a  reproché  à  M.  de  Fellenberg  de  n'avoir  point 
songé  aux  classes  mitoyennes,  et  de  s'être  borné  à  offrir 
ù  celles  qui  dominent  dans  la  société  les  moyens  de  co:i- 
scrver  ou  de  recouvrer  leur  prépondérance ,  par  un  déve- 
loppement plus  complet  et  mieux  dirigé  de  leurs  facultés 
morales  et  de  leurs  ressources  matérielles.  L'unanimité 
mêtîie  des  suffrages  qu'a  obtenus  son  école  des  pauvres  , 
n'a  point  désarmé  la  sévérité  des  censeurs  des  intentions 
et  des  créations  du  propriétaire  d'Hofwyl.  Ils  ont  persisté 
à  lui  supposer  des  vues  personnelles  qu'une  noble  bienfai- 
sance ,  exercée  envers  des  êtres  abandonnés,  et  des  rela- 
tions établies  avec  des  familles  riches  etpuissainteSj  étaient 
seules  propres  à  satisfaire.  Sans  rappeler  ici  à  ces  détrac- 
teurs, qu'il  serait  assurément  fort  désirable  que  les  hommes 
doués  des  vertus  et.de  la  persévérante  activité  de  M.  de 
Fellenberg  ne  fussent  jamais  animés  d'une  ambition  moins 
généreuse ,  on  peut  leur  faire  observer  d'abord ,  qu'une 
trop  grande  étendue  de  plan  était  le  plus  sûr  moyen  d'en 
empêcher  le  succès,  et  que  les  classes  qu'on  regrette  de 
voir  négligées  par  le  fondateur  des  instituts  d'Hofwyl  sont 
tout  juste  celles  qui ,  par  suite  de  leur  position  et  de  l'état 


610  SCIENCES  MORALES 

^actuel  des  institutions  européennes ,  trouvent  le  plus  de 
secours  et  courent  le  moins  de  danger  dans  la  carrière  de 
leur  développement  physique  et  moral;  tandis  que,  par 
des  causes  diverses,  mais  également  funestes ,  la  dépra- 
vation des  mœurs ,  l'affaiblissement  de  l'énergie  native  et 
-le  défaut  d'aptitude  aux  fonctions  difficiles,  menacent 
,prin(-ipalement  les  classes  placées  aux  deux  extrémités  de 
la  chaîne  sociale. 

Le  plan  d'éducation  suivi  dans  l'école  des  pauvres  à  Hof- 
vvyl  tend  à  inspirer  le  goût  de  leur  état  à  ceux  qui  y  sont 
admis  ,  et  on  n'aurait  garde  de  s'en  écarter,  à  moins  qu'un 
des  enfans  n'annonçât  le  germe  de  talens  transcendans. 
Dans  ce  cas,  M.  de  Fellenberg,  convaincu  que  rien  de  ce 
que  la  Providence  nous  accoï-de  avec  une  prudente  éco- 
nomie ne  doit  être  perdu  pour  la  société,  se  ferait  un  de- 
voir de  le  placer,  à  ses  frais,  dans  l'institut  des  classes 
supérieures.  Quant  aux  autres  enfans,  on  cherche,  à  Hof- 
wyl,  à  les  retenir  dans  la  carrière  à  laquelle  leur  position 
les  appelle,  en  leur  fournissant  les  moyens  d'y  vivre  con- 
tens  d'eux-mêmes  et  de  leurs  travaux.  On  s'occupe  à 
étouffer  en  eux  le  germe  de  sentimens  haineux  et  de  dispo- 
sitions envieuses;  on  écarte  sévèrement  toute  instruction 
mutile ,  en  ne  leur  refusant  aucune  des  connaissances  qui 
peuvent  les  aider  à  fournir  leur  carrière  avec  plus  de  suc- 
cès. M.  de  Fellenberg  pense  que  chaque  homme  porte  en 
lui  un  capital,  le  plus  précieux  de  tous,  l'ensemble  de  ses 
facultés.  Chaque  homme  vaut,  chaque  homme  est  heu- 
reux ,  sert  lui-même  et  les  autres ,  selon  que  son  capital 
est  plus  habilement,  plus  complètement  et  plus  généreu- 
sement exploité.  Ce  capital  intérieur,  exploité  dans  les 
classes  inférieures  avec  une  tendre  et  noble  sollicitude , 
les  rendra  heureuses  du  bonheur  inhérent  à  leur  situation  : 
elles  aimeront  la  tranquillité  et  repousseront  toute  idée  de 


ET  POLITIQUES,  Hi 

changement.  «  J'ai  vu  ,  dit  M.  de  Villevleillc  ,  j'ai  vu  (  et 
cela  sans  exception  )  tous  les  élèves  sortis  de  l'école  des 
pauvres  d'Hofwyl ,  porter  dans  le  monde  un  esprit  de  bien- 
veillance et  de  paix,  et  je  les  ai  vus  réunir  à  un  très-vif 
désir  d'être  utile ,  le  mépris  de  toute  prétention  qui  ten- 
drait à  les  faire  sortir  de  leur  état.  » 

Avoir  exposé  le  but  et  les  résultats  de  l'établissement  que 
M. de  Fellenberg  a  formé  pour  développer  la  justesse  de  l'es- 
pritetlesaffectionsdoucesetmoralesducœurdans  les  classes 
inférieures,  c'est  avoir  répondu  d'avance  aux  hommes  qui 
voient  quelque  chose  d'incendiaire  dans  la  pensée  d'éclai- 
rer le  peuple,  et  qui  proclament  son  ignorance  comme  un 
élément  de  sa  tranquillité  et  de  son  bonheur.  Si  l'exemple 
d'Hofwyl  ne  les  rassure  pas;  si  celui  des  Écossais,  jadis 
de  tous  les  peuples  le  plus  séditieux,  le  plus  avide  de  nou- 
veautés, devenu,  parle  bienfait  d'une  éducation  natio- 
nale que  leur  dernier  parlement  leur  a  légué  ,  le  peuple 
de  la  terre  le  plus  ami  de  l'ordre  et  de  la  tranquillité,  le 
plus  calme,  le  plus  pénétré  de  ses  devoirs,  le  plus  labo- 
rieux; si  cette  expérience  mémorable  et  décisive  ne  peut 
leur  ouvrir  les  yeux,  qu'ils  les  arrêtent  au  moins  sur  les 
mœurs  du  peuple,  dans  les  pays  où  il  est  ea  posses- 
sion de  toute  l'ignorance  qui  leur  paraît  si  désirable,  et 
qu'ils  comparent  sa  conduite  dans  les  troubles  politiques 
avec  celle  du  peuple  ,  dans  les  contrées  où  cette  instruc- 
tion qu'ils  redoutentest  le  plus  généralement  répandue,  en 
Hollande ,  en  Suisse ,  en  Saxe ,  etc.  Ils  verront  les  effets 
de  cette  politique  qui  croit  fonder  la  sécurité  des  gouver- 
nemens  sur  l'abaissement  et  l'ignorance  de  leurs  sujets  , 
tracés  en  caractères  de  sang  dans  l'histoire  de  tous  les 
tems,  et  principalement  dans  celle  de  nos  jours.  Quels 
sont  les  hommes  les  plus  paisibles,  les  plus  dociles  obser- 
vateurs des  lois  ?  Ceux  dont  l'entendement  est  obscurci  par 


Sl-2  SCIENCES   MORALES 

(les  préjuges  de  tout  genre,  qiii  sont  mécontcns  de  leilt 
sort  et  envient  celui  de  leurs  supérieurs  ,  que  leur  incapn- 
cité  rend  misérablement  dépendans  et  livrés  ù  toute  espèce 
de  séduction  par  l'appât  d'un  gain  facile,  par  l'atlrait  de 
-coupables  espérances  ?  Ne  les  trouvera-t-on  pas  bien  plus 
sûrement  dans  une  génération  d'hommes  formés  à  l'amour 
du  travail  et  de  l'ordre ,  instruits  à  l'école  de  la  nature  et 
-de  la  religion,  connaissant  les  véritables  et  utiles  rapports 
des  différentes  classes  delà  société,  respectant  la  propriété, 
parce  cpi'ils  participent  à  ses  avantages,  et  possédant  en 
eux-mêmes  à  la  fois  les  ressources  qui  peuvent  les  mettre 
à  l'abri  du  besoin,  et  les  lumières  qui  les  rendront  inacces- 
sibles aux  pièges  de  la  perversité. 

L' Institut  d' è.ducaiion  pour  les  classes  supèrieurks  de  la 
■société  est  placé,  à  Hofwyl,  à  côté  de  l'école  des  pauvres  , 
comme  pour  mettre  sous  les  yeux  de  jeunes  gens ,  destinés 
à  jouir  d'une  fortune  considérable,  ce  qu'un  propriétaire, 
même  avec  des  moyens  bornés,  peut  faire  pour  le  perfec- 
tionnement et  le  bonheur  du  peuple  des  campagnes,  tout 
en  donnant  les  soins  les  mieux  entendus  à  la  culture  de 
ses  terres  et  en  se  ménageant  une  pépinière  d'ouvriers 
adroits  et  honnêtes  pour  l'exploitation  plus  utile  de  ses 
domaines,  tandis  que  les  enfans  de  l'école  d'industrie 
apprennent  de  bonne  heure  à  connaître  leurs  véritables 
relations  avec  la  classe  des  riches  ,  et  à  les  chercher  dans 
un  actif  échange  de  services  et  de  bienfaits.  Les  mêmes 
principes  ont,  au  surplus,  guidé  le  fondateur,  lorsqu'il 
s'est  occupé  de  l'organi'i^^tion  de  ces  deux  différens  éta- 
blissemens.  Mettre  les  élèves  au  niveau  de  leur  position 
sociale  par  une  éducation  bien  dirigée  dont  une  instruc- 
tion, n'offrant  ni  lacune,  ni  luxe,  ni  confusion  d'objets 
d'enseignement,  serait  un  des  moyens  principaux,  mais 
nullement  le  but  :  tel  est  l'objet  que  M.  de  Fellenberg  s'est 


ET  POLITIQUES.  513 

proposé  d'atteindre  dans  l'un  et  l'autre  institut.  Persuadé 
que  les  classes  supérieures  ne  peuvent  conserver  leur  haute 
vocation,  et  que  les  sociétés  ne  sont  fortes  que  lorsque  ces 
premières  classes  appuient  leur  primauté  de  Convention 
sur  une  véritable  prééminence  morale,  il  a  cru  rendre  un 
service  important  à  l'ordre  social  ébranlé,  en  tâchant  de 
réaliser  un  plan  d'éducation  qui,  en  retrempant  leur  ca- 
ractère, en  les  formant  au  rôle  auquel  leur  situation  les 
appelle,  pur  des  études  fortes  et  par  l'habitude  d'un  travail 
soutenu,  leur  rendrait  cet  ascendant  d'opinion  qui  a  reçu 
de  si  graves  atteintes,  et  leur  conserverait  ou  les  mettrait 
en  état  de  rétablir  cette  supériorité  de  fortune  qui  tend  à 
décroître,  et  qui  est  une  des  bases  indispensables  de  leur 
prépondérance  (i). 

Je  regrette  de  ne  pouvoir  suivre  M.  de  Villevieille  dans  les 
détails  qu'il  donne  sur  les  objets  de  l'enseignement  et  sur  la 
marche  des  études  dans  cet  institut ,  ainsi  que  sur  l'orga- 
nisation de  ses  élèves  en  une  espèce  de  corporation  qui  se 
gouverne  elle-même,  d'après  un  règlement  fort  sage  et 
qui  sert  à  leur  inspirer  un  zèle  de  bien  faire,  totalement 
différent  d'une  émulation  envieuse.  Je  dois  me  borner  à 
Tindication  de  quelques-uns  des  traits  qui  caractérisent  plus 
particulièrement  cette  institution  de  M.  de  Fellenberg. 
L'instruction  embrasse  toutes  les  branches  de  connaissances 
humaines  qu'on  i^eui.  appeler  prépara  foires,  et  les  exercices 
qui  donnent  de  la  force  et  de  l'agilité  au  corps.  Aucune 
science  spéciale  n'entre  dans  le  plan  des  établissemens  d'Hof- 
wyl ,  si  ce  n'est l'agricultu  re  pratique  et  raisonnée ,  à  laquelle 

(i)  Cette  disposition  à  perfectionner  l'édiicatioa  des  enfans  des 
classes  supérieures ,  qui  a  quelquefois  donné  lieu  d'attribuer  a'ix  ins- 
tituts d'Hofwyl  une  sorte  de  tendance  aristocratique ,  est  néanmoins , 
à  beaucoup  d'égards,  parfaitement  appropriée  aux  besoins  actuels  de 
la  civilisation.  Jsotc  d.  R. 

TOMB   XI,  33 


514  SCIENCES  MORALES 

un  insliliit  spécial  est  [consacré.  Les  éludes  philologiques 
tiennent  une  grande  place,  on  pourrait  dire  le  premier 
rang,  dans  les  cours  de  l'école  de  M.  de  Fellenberg,  pour 
les  classes  supérieures  de  la  société;  et,  quand  on  réfléchit 
à  la  nature  et  au  nombre  des  opérations  de  l'esprit,  de  la 
mémoire,  de  l'imagination,  du  jugement  qui  sont  mises 
en  jeu  par  les  savantes  combinaisons  de  l'interprétation 
et  de  la  critique ,  on  augurera  bien  de  l'aptitude  à  tous  les 
travaux  qui  exigent  du  tact,  l'habitude  de  l'analj'se  et  une 
certaine  liberté  de  coup  d'œil  que  les  élèves  doivent  ac- 
quérir dans  les  leçons  des  habiles  professeurs  de  langues 
et  de  littérature  à  Hofv\yl.  Les  personnes  versées  dans  la 
biographie  des  hommes  célèbres  savent  que  presque  tous 
ceux  qui  se  sont  fait  un  nom  dans  l'administration,  ou  par 
des  conquêtes  scientifiques  et  des  créations  littéraires , 
avaient  donné,  dans  leur  jeunesse,  beaucoup  de  tcms  aux 
études  philologiques.  On  ne  peut,  par  des  raisons  analogues, 
qu'approuver  le  rôle  qu'on  fait  jouer,  à  Hofwyl,  à  la  langue 
grecque,  cet  instrument  si  souple  et  si  parfait  de  la  pen- 
sée, la  plus  belle  des  productions  de  l'homme  et  la  plus 
féconde  en  résultats  brillans  ou  bienfaisans ,  puisque  c'est 
à  l'usage  de  cet  organe  admirable  que  les  Grecs  doivent 
leur  supériorité  intellectuelle  sur  tous  les  peuples  de  la 
terre.  Mais,  si  l'oi'dre  de  priorité  et  de  suprématie  assigné 
à  la  langue  grecque  me  paraît  motivé  par  des  raisons  dé- 
cisives ,  je  ne  crois  point  que  son  étude  puisse  dispenser 
de  celle  de  la  logique  qui  est  exclue  de  l'encyclopédie 
propédeutique  à  Hofwyl.  Sans  attribuer  à  la  théorie  des 
propositions  et  des  sj'llogismes  plus  d'importance  qu'elle 
ne  mérite,  et  en  avouant  que  son  exposition  la  plus  soi- 
gnée ne  suffit  pas  pour  former  un  bon  logicien ,  celte 
doctrine  offre  cependant  des  nolions  élémentaires  que 
l'homme  instruit  ne  peut  ignorer  sans   inconvénient.  Je 


ET  POLITIQUES.  515 

dois  encore  me  permettre  de  réclamer  contre  l'espèce  de 
proscription  qui  paraît  frapper,  à  Hofwjl ,  l'enseignement 
des  principales  parties  de  la  philosophie  pure  et  appliquée. 
Je  conçois  que  les  changemens  successifs  et  fréquens 
qu'elle  a  subis  en  Allemagne  depuis  un  demi-siècle, 
et  qui  ofit  répandu  l'inquiétude  dans  les  esprits  reli- 
gieux, et  l'incertitude  sur  le  choix  des  principes  qui 
doivent  servir  de  fondemens  à  la  métaphysique,  com- 
mandent une  grande  circonspection  et  beaucoup  de  réserve 
dans  la  direction  de  cette  partie  de  l'instruction  scolaire. 
Mais  il  y  a  moyen  de  satisfaire  à  ce  que  demandent  cette 
grave  considération  et  l'état  presque  anarchique  de  l'en- 
seignement de  la  philosophie  spéculative,  sans  priver  les 
élèves  d'une  étude  qui  offre  un  des  exercices  les  plus  utiles 
des  facultés  de  l'homme,  et  qui  fournit  des  notions  subsi- 
diaires ,  des  bases  indispensables  aux  connaissances  les 
plus  usuelles  et  les  plus  importantes.  Je  ne  nommerai  ici 
que  la  morale  et  ses  branches  nombreuses,  en  y  compre- 
nant le  droit  naturel  et  la  religion  rationnelle.  Je  ferai 
encore  observer  que,  dans  l'état  actuel  de  la  littérature, 
les  élèves  ne  peuvent  échapper  aux  discussions  philoso- 
phiques souvent  les  plus  hardies.  Ils  risquent  d'en  trou- 
ver partout,  et,  en  dépit  de  toutes  les  précautions  qu'on 
prendrait,  jusque  dans  des  ouvrages  historiques,  dans  des 
traités  d'érudition,  dans  des  essais  littéraires,  en  apparence 
relatifs  à  de  purs  objets  de  goût  et  aux  arts  de  l'imagination, 
sans  parler  des  livres  de  théologie  et  de  politique.  S'ils 
n'apportent  à  ces  lectures  quelque  connaissance  d'une 
philosophie  saine  et  profonde  qui  serve  à  les  orienter  dans 
les  régions  élevées  de  la  spéculation,  et  qui  les  prému- 
nisse contre  l'illusion  d'idées  séduisantes  par  leur  appa- 
rente profondeur  et  leur  spécieuse  fécondité,  ils  seront 
exposés  à  des  impressions  bien  plus  dangereuses  qu'ils  ne 

3.r 


6  SCIExXCES  MORALES 

pourront  en  recevoir  de  l'exposition  méthodique  et  sage 
d'un  bon  traité  élémentaire  de  philosophie  théorique  et 
morale. 

Au  surplus  ,  ce  qui  vaut  mieux  que  le  meilleur  enseigne- 
ment didactique ,  c'est  la  philosophie  profondément  reli- 
gieuse et  pratique  que  respirent  tous  les  travaux  des  cent 
élèves  d'Hofvvyl  et  des  trente  professeurs  distingués  qui  se 
partagent  leur  instruction,  graduée  sur  les  nombreux 
classemens établis  parles  progrès  indéfiniment  nuancés  des 
élèves  et  mobiles  au  gré  du  développement  de  leurs  fa- 
cultés ou  des  résultats  de  leur  application.  Leur  inspirer 
le  mépris  des  jouissances  sensuelles,  le  goût  de  celles  de 
l'esprit,  du  travail  et  de  la  bienfaisance;  faire  naître  en 
eux  des  habitudes  d'ordre,  de  propreté,  d'attention,  de 
surveillance  et  d'un  sage  emploi  du  tems,  est  le  but  qu'on 
ne  perd  pas  un  moment  de  vue  dans  tout  ce  qui  se  fait 
pour  eux,  par  eux  et  devant  eux,  à  Hofwyl. 

Dans  l'étude  de  l'histoire,  on  s'attache  à  leur  faire  voir 
la  main  de  Dieu  empreinte  dans  tous  les  événemens,  et 
surtout  à  leur  faire  apprécier  tous  les  caractères  de  cette 
grande  mutation  (pag.  128)  vraiment  divine ,  dont  le 
résultat  fut  la  propagation  du  christianisjne  et  de  tou,s  les 
élémens  de  civilisation  (juil  renferme.  Nul  doute  que  cette 
manière  de  considérer  les  phases  de  la  destinée  des  nations 
ne  soit  non  seulement  la  plus  édifiante  et  la  plus  salutaire, 
en  l'envisageant  comme  un  moyen,  plus  sûr  qu'aucune  ins- 
truction dogmatique,  de  jeter  dans  les  cœurs  de  la  jeu- 
nesse les  racines  de  sentimens  religieux,  profonds  et  inef- 
façables, mais  encore  la  plus  philosophique  et  la  plus  con- 
forme aux  vues  des  plus  savans  historiens.  Bossuet,  Ro- 
Lertson,  J.  Miillcr,  C.  D.  Beck,ont  annoncé,  comme 
résultat  de  leurs  profondes  méditations,  de  leurs  immenses 
recherches  et  d'une  conviction  à  laquelle  ils  ne  pouvaient 


ET  POLITIQUES.  517 

é<jhapper,  lu  convergence  des  affaires  humaines  vers  un 
seul  but,  vers  le  triomphe  final  de  la  loi  de  sainteté  et 
d'amour  ,  proclamée  par  le  christianisme.  Faire  prédo- 
miner ce  point  de  vue  dans  l'enseignement  de  l'histoire, 
est  un  moyen  d'expier  la  nécessité  d'occuper  la  jeunesse 
long-tenis  et  presque  uniquement  des  écrivains  classiques 
de  l'antiquité,  imprégnés  de  tous  les  miasmes  corrupteurs, 
de  toutes  les  maximes  d'impiété,  de  férocité  et  de  luxure, 
dont  le  sauveur  des  hommes  est  venu  les  aider  à  secouer 
le  joug  honteux. 

Il  ne  nous  reste  plus  d'espace  pour  donner  une  idée  de 
Vêcole  normale  de  M.  de  Fellenberg,  le  neuvième  des  ins- 
tituts que  M.  de  Villevieille  passe  en  revue,  établissement 
dont  l'autorité  supérieure  a  ordonné  la  suppression,  au  bout 
de  huit  années  d'activité.  Nous  engageons  les  amis  de  dis- 
cussions lumineuses  et  impartiales,  qui  ont  pour  objet  des 
questions  relatives  à  l'éducation  ,  considérée  soit  dans  ses 
principaux  moyens,  soit  dans  ses  rapports  avec  le  bien  de  la 
société  elle  sort  à  venir  des  États  civilisés  de  l'Europe,  à  lire 
les  réflexions  de  M.  de  Villevieille,  sur  la  différence  de  l'i/M- 
tmction  et  de  V éducation  (pag.  ii3  et  ii4),sur  l'abus 
des  mathématiques  (pag.  i63),  sur  les  progrés  que  le 
rassemblement  d'instituts  concentrés  dans  le  même  local 
tel  qu'il  existe  à  Hofwyl ,  promet  à  l'analyse  de  l'entende- 
ment humain  (pag.  G>)  ,  sur  les  inconvéniens  et  les  avan- 
tages de  la  diffusion  des  lumières  (pag.  m)»  sur  la 
différence  entre  les  progrès  des  lumières  et  les  progrès  de 
l'esprit  humain  (pag.  igS),  sur  le  dangereux  aveuglement 
des  gens  du  monde  qui,  au  lieu  d'ajouter  leur  coopération 
loyale  et  patriotique  à  l'action  centrale  du  gouvernement , 
se  font  un  point  d'honneur  de  demeurer  en  dehors  de  cette 
action,  et  de  se  borner  à  lui  demander  la  garantie  de  leurs 
jouissances  pour  prix  d"une  déférence  passive  (pag.  197)  > 
el  sur  le  mérite  comparatif  des  méthodes  d'éducation  de 


518  SCIENCES  MORALES 

M.  Pestalozzi  et  de  M.  de  Fellenberg  (pag.  176-189), 
parallèle  piquant  et  délicat,  fait  avec  prédilection  pour 
l'illustre  ami  de  l'auteur,  mais  avec  beaucoup  d'équité  et 
avec  le  sentiment  d'une  profonde  vénération  pour  l'homme 
supérieur  qui,  animé  du  plus  pur  amour  de  l'humanité,  a 
consacré  un  beau  génie  et  une  longue  vie  laborieuse  exclu- 
sivement à  l'amélioration  du  sort  de  ses  semblables. 

P.  A.  Stapfer. 


^^l'tWlW'^/WWVlWtjV 


An  accou>t  of  tue  improvements  ,  etc. — Compte  rendu 

DES    BONIFICATIONS  FAITES    AUX   DOMAINES  DU  MARQUIS 

DE  Stafford  ,  par  James  Loch,  esq'^  (1). 

D'après  le  titre  de  cetouvrage,  on  pourrait  croire  qu'il  pré- 
sente tout  au  plus  la  solution  de  quelques  questions  d'écono- 
mie domestique  ou  d'économie  rurale,  et  s'étonner  qu'un 
seigneur  anglais  ait  cru  convenable  d'annoncer  au  public 
comment  il  a  augmenté  sa  fortune.  On  se  tromperait  com- 
plètement; il  s'agit,  pour  l'auteur  et  pour  celui  qui  l'em- 
ploie, de  justifier  une  grande  révolution  opérée,  durant  le 
cours  des  dernières  années ,  dans  les  montagnes  d'Ecosse. 
La  nation  des  Gaeles ,  reste  des  antiques  Celtes,  réduite  à 
trois  cent  quarante  mille  individus,  est  aujourd'hui  expul- 
sée de  ses  fojers  par  ceux  même  qu'elle  regardait  comme 
ses  chefs,  par  les  familles  auxquelles  elle  avait  montré, 
pendant  une  longue  suite  de  siècles,  un  dévouement  en- 
thousiaste. Toutes  les  propriétés  qu'elle  avait  cultivées , 
de  générations  en  générations ,  sous  des  redevances  fixes  , 
lui  sont  ravies;  les  champs  qu'elle  labourait,  destinés  dé- 
sormais au  pâturage  des  troupeaux,  sont  livrés  à  des  ber- 
gers étrangers;  ses  maisons  et  ses  villages  sont  rares  ou 
détruits  par  le  feu,  et  l'on  ne  laisse  aux  montagnards  de 

(\)  Londics,  1820.  Un  vol.  in  S",  de  554  pages  et  ôç)  planches. 


ET  POLITIQUES.  519 

îa  nation  expulsée  d'autre  choix  que  d'élever  des  cabanes 
sur  le  bord  de  la  mer,  pour  essayer  de  maintenir  par  la 
pèche  leur  misérable  existence,  en  vue  des  montagnes  d'où 
on  les  a  fait  sortir,  ou  de  traverser  cette  mer  pour  aller 
chercher  fortune  dans  les  déserts  de  l'Amérique. 

Comme  cette  révolution  s'opérait  à  huit  cents  milles  de 
distance  de  Londres,  dans  un  pays  presque  barbare,  et 
dont  la  langue  est  inconnue  ù  tout  le  reste  de  l'empire,  elle 
fut  quelque  tems  ignorée,  ou  du  moins  elle  n'excita  que 
bien  peu  d'attention.  On  apprit  enfin  ,  en  Angleterre ,  que 
quelques  habitans  du  nord  de  l'Ecosse  avaient  attendu  les 
soldats  destinés  à  les  chasser  de  leurs  villages,  que  quel- 
quefois ils  les  avaient  repoussés  à  coups  de  pierre;  qu'on 
les  avait  entendus  demander  à  être  massacrés  avec  leurs 
femmes  et  leurs  enfans  sur  les  tombeaux  de  leurs  pères  , 
plutôt  que  d'être  envoyés,  pour  périr  dans  la  misère  et  l'a- 
bandon, dans  un  monde  qui  ne  voulait  pas  les  recevoir, 
€t  où  aucune  place  ne  leur  était  réservée  :  cette  résistance 
réveilla  la  compassion  d'un  peuple  généreux.  Parmi  les 
seigneurs  écossais  qui  chassèrent  leurs  compatriotes  de 
leur  ancien  asile,  la  marquise  de  Stafford,  héritière  du 
comté  de  Sutherland  ,  attira  surtout  l'attention ,  soit  par 
l'étendue  de  ses  domaines,  soit  par  l'activité  avec  laquelle 
elle  accomplissait  son  dessein,  soit  même  par  les  immenses 
capitaux  qu'elle  versait  sur  ce  pays,  dont  elle  changeait 
toute  l'administration.  On  apprit  qu'environ  quinze  mille 
paysans  étaient  forcés  de  sortir  d'une  contrée ,  grande 
comme  un  des  départemens  moyens  de  la  France;  que  ces 
malheureux  étaient  le  seul  reste  des  nombreux  vassaux  de 
sa  famille  qui ,  pendant  tant  de  siècles,  avaient  répandu 
leur  sang  pour  elle.  On  assura  que  ,  pour  les  forcer  à  se  re- 
tirer, le  facteur,  chargé  de  faire  évacuer  le  pays,  mettait 
le  feu  à  leurs  maisons;  on  prétendit  même  qu'un  vieillard, 


520  SCIENCES  MORALES 

d'autres  disaient  une  vieille  femme,  ayant  refusé  d'aban- 
donner sa  cabane  pour  aller  braver  l'exil  et  la  misère,  sa 
présence  n'avait  point  arrêté  l'incendiaire,  et  que  la  vic- 
time avait  péri  dans  les  flammes.  Alors  l'animadversion 
publique  se  manifesta  par  des  signes  qui^  chez  une  nation 
libre,  ne  sauraient  être  méconnus. 

La  marquise  de  Stafford  n'a  pas  cru  mériter  le  jugement 
sévère  que  l'on  commençait  à  porter  sur  elle  ;  et  c'est  pour 
sa  justification  que  le  liyre  dont  nous  parlons  a  été  com- 
posé. Peut-être,  lorsqu'il  s'agit  de  faits  affirmés  et  niés  con- 
Iradictoirement,  la  sentence  d'un  jury  pouvait-elle  seule 
inspirer  une  entière  confiance.  Il  est  juste,  cependant,  de 
convenir  que  le  plaidoyer  de  M.  Loch  pour  le  marquis  de 
Stafford  j  ou  pour  sa  femme  la  comtesse  de  Sutherland,  est 
fait  pour  produire  une  grande  impression  sur  l'opinion  pu- 
blique. L'auteurparaît  réunir  une  humanité  compatissante 
à  une  raison  élevée  ;  il  aborde  franchement  son  sujet,  et  il 
le  traite  sous  son  vrai  point  de  vue ,  celui  du  bonheur  ou  du 
malheur  de  ses  vassaux,  dont  il  reconnaît  que  le  seigneur 
est  responsable.  Il  prodigue  peut-être  trop  d'éloges  aux 
moindres  employés  du  marquis  de  Stafford,  tant  en  Ecosse 
qu'en  Angleterre  :  il  a  peut-être  trop  l'air  de  vouloir  mé- 
nager tous  les  suffrages,  et  de  regagner  les  mécontens  par 
des  paroles  flatteuses;  mais  les  faits  qu'il  rapporte  sont 
clairs,  précis,  et  les  preuves  dont  il  les  appuie  laissent 
peu  de  doute  dans  l'esprit. 

Il  résulte  de  ce  livre  que  la  marquise  de  Stafford  était  sou- 
veraine, dans  la  partie  la  plus  septentrionale  de  l'Ecosse, 
d'une  moitié  environ  du  comté  de  Sutherland ,  supérieure  en 
étendue  au  département  du  Haut-Rhin ,  peu  inférieure  à 
celui  du  Bas-Rhin,  et  contenant  huit  cent  mille  acres  écos- 
sais, ou  un  million  d'acres  anglais,  ce  qui  fait  plus  de 
quatre  cent  mille  hectares  de  superficie.  Quinze  mille  ha- 


ET  POLïTIQUES.  521 

bilans  seulement  se  partagèrent  ce  territoii-e  ,  et  cette  po- 
pulation paraissait  encore  beaucoup  trop  nombreuse  au 
seigneur,  depuis  qu'il  n'en  exigeait  plus  de  service  mili- 
taire (p.  1. '5). Tout,  en  effet,  était  militaire  dans  l'ancienne 
organisation  du  pays  :  une  trentaine  seulement  de  gentils- 
hommes relevaient  immédiatement  des  comtes  ;  on  les 
nommait  Tacksmen,  et  le  district  qui  leur  était  assigné 
à  gouverner  et  à  cultiver  s'appelait  tack  :  cerls-ci  l'avaient 
partagé  de  même  entre  leur-  subordonnés,  qui  présidaient 
à  chaque  hameau  et  à  chaque  vallée ,  et  au-dessous  de  ces 
derniers  se  trouvaient  les  laboureurs.  Les  iacksmen étaient 
en  même  tems  juges  de  tous  leurs  paj^sans  durant  la  paix, 
capitaines  durant  la  guerre,  et  l'oliéissance  était  adoucie 
par  la  persuasion  des  subordonnés  ,  qu'ils  étaient  tous 
parens  de  leur  chef;  tous,  en  effet,  portaient  le  même 
nom.  Chaque  chef  pouvait  user  de  la  prérogative  de  donner 
ou  de  retirer  à  volonté,  aux  hommes  qui  lui  obéissaient  , 
les  portions  de  terre  qu'ils  cultivaient,  et  sur  lesquelles  ils 
devaient  vivre  :  mais  chacun,  loin  de  songera  dépouiller 
ses  tenanciers,  était  intéressé  à  augmenter  sa  puissance  en 
attirant  de  nouveaux  laboureurs  dans  sa  capitainerie. 
D'ailleurs,  le  revenu  perçu  par  le  comte  de  Sutherland 
sur  les  tacJcsmen,  par  ceux-ci  sur  leurs  vassaux  et  leurs 
arrière-vassaux  ,  était  si  peu  de  chose  ,  qu'on  devait  le 
regarder  plutôt  comme  une  reconnaissance  de  souverai- 
neté que  comme  une  rente.  Chaque  famille  était  tenue  tout 
au  plus  à  une  prestation  annuelle  de  quelques  schelings  en 
argent,  de  quelques  pièces  de  volaille  et  de  quelques  jour- 
nées de  travail  (i). 

Mais,  d'autre  part,  tout  homme  qui  naissait  sur  le  do- 
maine des  Sutherland,  dans  tous  les  degrés  de  l'échelle 

(i)  Appendix  i.   Reniai  of  Kintradwcll  for  i8ii. 


522  SCIENCES  MORALES 

féodale,  était  tenu  de  prodiguer  son  sang  et  sa  vie  pour  la 
défense  de  la  souveraineté  et  de  l'honneur  de  la  famille  à 
laquelle  il  se  regardait  comme  agrégé.  Avant  le  dixième 
siècle,  les  Danois  débarqués  sur  les  côtes  avaient  conquis 
les  plaines  du  Caithness,  et  repoussé  les  Gaeles  dans  les 
montagnes.  Dès-lors,  le  Caithness  et  le  Sutherland,  autre- 
fois réunis  sous  un  même  nom  et  un  même  gouvernement, 
avaient  été  séparés  par  une  langue  diverse  et  par  une  cons- 
tante inimitié.  Mais  le  Mhoir-Fhear  Chattaibh  ^  comme 
on  l'appelait  en  gaélique,  ou  le  grand  homme  de  Suther- 
land,  avait  toujours  trouvé  ses  compagnons  d'armes  prêts 
à  le  défendre ,  au  péril  de  leur  vie,  contre  tous  ses  ennemis, 
(•anois  ou  écossais,  étrangers  ou  domestiques. 

Dans  le  dix-huitième  siècle,  les  guerres  privées  devin- 
rent plus  rares  ou  moins  dangereuses,  et  les  rois  d'Angle- 
terre,sans  étendre  jamais  une  autorité  réelle  sur  cesproTinces 
éloignées,  voulurent  du  moins  que  le  pouvoir  des  grands 
parût  être  une  émanation  du  leur.  Ils  encouragèrent  donc 
la  levée  de  régimens  de  familles  ,  qu'ils  accordèrent  aux 
seigneurs  écossais,  et  ils  leur  permirent  de  combiner  ce 
nouvel  établissement  militaire  avec  le  système  national  des 
Clans  ;  de  manière  que  l'un  servit  d'appui  à  l'autre.  Le 
9o'  régiment  fut  accordé  au  comte  de  Sutherland,  et  sa  paie 
devint  dès-lors  le  principal  revenu  de  la  famille ,  tandis  que 
les  gentilshommes  du  comté  obtenaient  des  tacks  des 
concessions  de  terre ,  proportionnées  à  leurs  grades  dans  le 
régiment,  et  qu'à  leur  tour  ils  se  procuraient  des  recrues 
aux  mêmes  conditions,  en  partageant  ces  concessions  de 
terre  entre  leurs  subordonnés  (p.  46). 

Sous  cette  administration,  la  population  s'était  répartie 
d'une  manière  assez  égale  sur  toute  la  surface  du  Suther- 
land. Chaque  vallée  contenait  son  hameau,  les  terrains 
d'alluvion  avaient  été  destinés  à  la  culture  de  l'avoine  et  do 


ET  POLITIQUES.  523 

l'or-ge  ;  on  faisait  des  gâl«aux  do  la  première,  on  distillait 
une  boisson  nommée  whiskey  de  la  seconde  (p.  5i)  :  les 
montagnes,  couvertes  d'une  herbe  assez  épaisse,  étaient 
abandonnées  aux  troupeaux.  Les  habitans  étaient  braves, 
mais  pauvres  et  peu  industrieux;  ils  étaient  passionnément 
attachés  à  leur  langue,  à  leur  costume,  à  leur  honneur 
national,  à  leur  chef,  à  leurs  montagnes;  mais  les  huttes 
qu'ils  habituent  étaient  misérables,  les  terrahis  qu'ils  lais- 
saient cultiver  à  leurs  femmes  ne  se  couvraient  que  de 
moissons  languissantes  ;  les  troupeaux  avec  lesquels  ils 
erraient  dans  les  montagnes  étaient  d'une  race  faible  et 
dégénérée  ,  et,  dans  les  mauvaises  années,  les  hommes, 
comme  le  bétail,  souffraient  presque  toujours  et  périssaient 
quelquefois  de  la  faim.  Depuis  plusieurs  siècles  ,  le  pays 
n'avait  fait  aucune  sorte  de  progi'ès  ;  il  n'y  avait  point  de 
grandes  routes,  point  de  porte,  point  de  communication, 
si  ce  n'est  pour  les  piétons,  entre  les  difFérenles  parties  du 
c^njté;  et,  loin  d'obéir  aux  lois  de  l'Angleterre  ,  la  plupart 
deshabitans  ne  savaient  pas  mêmequ'elles  dussent  les  régir. 
Dans  le  cours  des  huit  ou  neuf  dernières  années,  cesquinze 
mille  personnes,  formantenviron trois  mille  familles,ontété 
chassées,  ou,  selon  l'expression  adoucie  de  notre  auteur,  dé- 
placées {j'emoved)  de  toutl'intérieurducomté;  tous  leurs  vil- 
lages ont  été  démolis  ou  brûlés,  et  tous  leurs  champs  convertis 
en  pâturages  (p.  92). Une  opération  semblable  était  faite,  à 
peuprès  simultanément,  par  les  sept  ou  huit  autres  seigneurs 
qui  possédaient  le  reste  du  comté  de  Sutherland,  dont  la 
surface  est  de  plus  d'un  million  d'acres  écossais,  et  pres- 
que tous  les  seigneurs  du  nord  de  l'Ecosse  avaient  donné 
ou  suivi  cet  exemple;  mais  il  paraît, d'après  M.  Loch,  que 
la  marquise  de  Stafford  a  montré  bien  plus  d'humanité 
qu'aucun  de  ses  voisins.  Elle  s'est  occupée  du  sort  de  ceux 
qu'elle  déplaçait;  elle  leur  a  offert  une  retraite  sur  ses 


52A  SCIENCES  MORALES 

propres  terres  ;  et.  en    leur  reprenant   sept  cent  quatre 
"vingt-quatorze mille  acres  de  terre,  dont  ils  étaient  en  pos- 
session depuis  un  tems  immémorial ,  elle  leur  en  a  laissé 
six  mille  environ  ,  ou  deux  acres  par  famille. 

Ces  six  mille  acres  ,  ouverts  pour  servir  de  refuge  aux 
petits  tenanciers,  étaient  auparavant  en  friche,  et  ne  ren- 
daient rien  au  propriétaire.  Celui-ci  ne  les  a  cependant 
pas  concédés  gratuitement  :  il  les  a  assujélis  à  une  vente 
mo3-enne  de  deux  schelings  et  demi  par  acre,  et  il  n'a 
point  fait  de  baux  plus  longs  que  pour  sept  ans,  mais  il  a 
promis  de  renouveler  le  bail  pour  sept  autres  années ,  si  la 
terre  se  trouvait  bien  cultivée  (p.  107). 

Les  sept  cent  quatre-vingt-quatorze  mille  acres,  dont  la 
marquise  de  Slafibrd  a  repris  ainsi  possession,  ont  été 
divisés  en  vingt-neuf  grandes  fermes  fort  inégales  en 
étendue.  Il  en  est  de  plus  grandes  que  le  département 
de  la  Seine,  qui  lui-même  a  46, 181  hectares,  et  ne 
formerait  par  conséquent  pas  plus  du  neuvième  de  la  sur- 
face du  domaine  des  comtes  de  Sutherland.  Ces  fermes, 
destinées  uniquement  au  pâturage  des  moutons,  ne  sont 
habitées  chacune  que  par  une  seule  famille  ;  et,  comme 
l'industrie  qu'elles  introduisent  dans  le  pays  est  nouvelle, 
elles  n'emploient  guère  que  des  ouvriers  ou  des  domes- 
tiques tirés  du  midi  du  royaume.  Dix-sept  gentilshommes, 
cependant,  ou  anciens  tacksmen  de  Sutherland,  ont  pris 
autant  de  fermes  de  la  comtesse,  malgré  les  préjugés  na- 
tionaux, qui  leur  persuadaient  que  ce  nouveau  métier  les 
ferait  déroger  ;  les*  douze  autres  sont  étrangers.  Cent 
trente-un  mille  moutons  remplacent  déjà  les  braves  qui 
versaient  jadis  leur  sang  pour  la  défense  de  Mhoir-Fhear 
Chatlaibh,  et  l'on  se  flatte  qu'avant  deux  ans  leur  nombre 
sera  encore  augmenté  (p.  147).  Les  gorges  étroites  des 
montagnçs,  illustrées  par  les  combats  d'une  antique  race. 


ET  POLITIQUES.  525 

n'ont  plus  de  témoins  qui  puissent  en  rappeler  les  glorieux 
souvenirs;  les  vallées  n'ont  plus  de  hameaux;  aucune  voix 
humaine ,  aucune  atteinte  de  joie  ne  troublera  plus  ces 
vastes  solitudes;  mais  le  seigneur  peut  désormais',  à  plu- 
sieurs centaines  de  milles  de  distance,  étaler  une  pompe 
royale  dans  le  château  de  Trentham,  et  encourager  par 
son  luxe  les  fabriques  de  l'Angleterre. 

On  ne  peut  révoquer  en  doute  que  ce  bouleversement 
de  la  propriété,  des  habitudes  ,  des  affections,  de  l'exis- 
tence entière  d'une  petite  nature,  n'ait  prodigieusement 
augmenté  la  fortune,  déjà  colossale,  de  la  comtesse  de 
Sutherland;  mais  31.  Loch  démontre  qu'il  a  augmenté 
aussi  la  richesse  du  pays  ;  qu'il  y  a  plus  d'argent",  plus 
d'activité  ,  plus  d'industrie,  plus  de  jouissances  de  luxe; 
que  tout  le  Sutherland  est  désormais  dans  un  état  pro- 
gressif de  prospérité ,  après  avoir  été  stationnaire  pen- 
dant des  siècles.  Plusieurs  routes  de  quarante,  de  qua- 
rante-cinq, de  cinquante  milles  de  longueur,  traversent 
déjà  tout  le  pays;  des  ponts  en  pierre  et  enfer,  dont  quel- 
ques-uns sont  d'une  hardiesse  remarquable,  ont  été  élevés 
sur  les  grandes  rivières;  des  jetées  et  des  digues  arrêtent 
les  inondations  ;  des  ports  ont  été  ouverts  au  commerce  ; 
des  diligences  parcourent  le  pays  jusqu'aux  petites  villes 
bâties  à  ses  extrémités;  des  hôtelleries,  des  maisons  de 
poste  ont  été  construites  par  le  marquis  de  Stafford  ,'  et 
l'exportation  des  4i5,ooo  livres  de  laine  fine,  qui  furent 
vendues  l'année  dernière,  comme  celle  de  tous  les  autres 
produits  de  ce  vaste  patrimoine,  a  trouvé  de  grandes 
facilités. 

Le  sort  mCmc  de  ces  milliers  d'habitans,  exilés  de  leur 
patrie,  n'a  pas  été  aussi  déplorable  que  le  présageaient 
leurs  craintes  et  leurs  regrets.  Quelques-uns ,  il  est  vrai, 


526  SCIENCES  MORALES 

n'ont  rien  voulu  tenir  de  celle  qui  les  chassait  de  leurs  de- 
meures :  le  clan  Gunn,  ou  des  Mac  Hamish,  en  aban- 
donnant les  montagnes  de  Kildonan,  et  les  vallées  du 
Naver  et  du  Helmsdale,  est  sorti  tout  entier  du  pays,  et 
l'auteur  ne  nous  apprend  point  ce  qu'il  est  devenu.  Mais, 
à  la  réserve  de  cette  tribu  et  de  trente-deux  familles  de 
Slratbbrora,  parties  pour  l'Amérique  dans  les  deux  der- 
nières années,  les  autres  ont  presque  tous  accepté  les  lots 
que  la  marquise  de  Staflbrd  leur  avait  destinés.  Rejetés 
sur  les  bords  de  cet  immense  domaine,  entre  la  mer  et 
le  pied  des  montagnes,  ils  y  ont  trouvé  des  terres  propres 
à  la  culture,  et  l'auteur  affirme,  ce  qui  doit  paraître 
fort  étrange,  que  c'est  seulement  dans  une  ceinture  de 
demi-mille  de  largeur,  au  bord  de  la  mer,  ceinture  jus- 
qu'alors laissée  en  friche,  que  le  Sutherland  est  propre  à 
la  culture  des  céréales.  Ces  malheureux  exilés,  désignés 
par  le  nom  de  petits  tencmciers ,  ont  reçu  des  secours  pour 
bâtir  leurs  nouvelles  maisons,  de  l'encouragement  pour 
défricher  leurs  nouvelles  terres;  et  les  jardins  sur  lesquels 
ils  doivent  vivre  ,  ont  été  assez  promptement  mis  en 
valeur. 

Dans  toutes  ces  familles,  les  jeunes  gens  ont  déplo3'^é 
le  caractère  aventureux  qui  semblepropreaux  montagnards 
d'Ecosse  :  tout  étrangers  qu'ils  étaient  à  la  mer  et  à  ses  ha- 
bitudes, ils  ont  acheté  ou  fabriqué  des  bateaux;  ils  ont 
fait  un  rapide  et  hardi  apprentissage  sous  les  bateliers  que 
le  marquis  de  Stafford  avait  chargé  de  les  former ,  et  ils 
ont  été  attendre,  sur  le  grand  banc,  les  morues  et  les  ha- 
rengs ,  qui  visitent  les  parages  alternativement,  et  dans 
des  saisons  différentes.  De  vastes  magasins  ont  été  bâtis  à 
Helmsdale  et  à  Brora,  pour  curer  et  préparer  le  poisson  ; 
des  maisons  de  commerce  d.'Ecosse  et  d'Angleterre  y  ont 


ET  POLITIQUES.  597 

envoyé  Iciics  pasteurs,  el  la  pOchc ,  s'accroissaul  d'année 
en  année,  de  18 14  à  1819,  est  devenue  pour  ce  pays  une 
source  abondante  de  richesses.  (  p.  i25.  ) 

On  peut  donc  conclure,  avec  M.  Loch,  que  les  projets 
ibrniéspar  la  marquise  de  Strafford  pour  l'amélioration  de 
ses  terres  dans  le  comté  de  Sutherland  ont  eu  un  plein 
succès.  Non  seulement  elle  en  a  recueilli  d'immenses  avan- 
tages, elle  a  encore  fait  passer  rapidement  ce  pays  de  la 
barbarie  à  la  civilisation  ;  et  si  elle  a  causé  Tes  plus  dou- 
loureuses angoisses  à  ce  petit  peuple  ,  dont  la  destinée  lui 
était  confiée,  en  retour,  dit  notre  auteur,  elle  a  ouvert  un 
champ  plus  vaste  à  son  industrie  ,  et  elle  a  tâché  d'adou- 
cir ses  regrets,  en  lui  offrant  plus  d'aisance  et  plus  d'es- 
pérance pour  l'avenir.  Mais  les  moyens  par  lesquels  la  mar- 
quise de  Stafford  a  animé  le  commerce  et  les  arts  ù  l'ex- 
trémité de  l'Ecosse  ne  sont-ils  pas  tout  semblables  à  ceux 
que  le  pacha  du  Caire  employait  dans  le  même  tcms  en 
Egypte?  On  a  vu,  par  l'un  et  l'autre  exemple,  que  lors- 
qu'un despote  a  par  hasard  le  désir  de  civiliser  un  peuple, 
il  y  réussit  plus  rapidement  et  plus  complètement  qu'un 
gouvernement  libre,  parce  qu'il  dispose  seul  de  toutes  les 
forces,  de  toutes  les  richesses  de  la  société,  et  parce 
qu'aucun  égard  pour  les  habitudes ,  les  sentimens  ,  les 
préjugés  ne  l'arrête.  Aucun  homme  sage  n'en  conclura  que 
c'est  par  des  moyens  despotiques  qu'on  doit  faire  avancer 
la  civilisation  ;  car  leur  énergie,  pour  foire  le  mal,  n'est 
pas  moins  grande  que  pour  faire  le  bien;  et  si  lamarquise 
d2  Stafford  s'était  trompée,  lorsqu'elle  opposait  ses  pro- 
pres calculs  aux  désirs  et  aux  regrets  de  tout  un  peuple  , 
des  milliers  de  malheureux  eussent  été  victimes  de  son 
erreur.  D'ailleurs,  dans  sept  ans,  dans  quatorze  ans,  à 
chaque  terme  de  leur  bail,  ces  familles  dépaysées  seront 
de  nouveau,  peut-être,   exposées  à  voir  leur  existence  sa- 


528  SCIENCES  MORALES 

crifiéc  par  la  dissipation  ou  l'avarice  ,  la  folie  ou  l'injustice 
de  ses  héritiers. 

En  admettaiit,  avec  51.  Loch,  que  la  marquise  a  exé- 
cuté ses  projets  avec  autant  d'humanité  que  de  prudence  , 
encore  doit-on  frémir  à  l'idée  que  la.  loi,  telle  qu'elle  est 
interprétée  en  Angleterre,  permettait  d'expulser  tout  ce 
peuple  de  ses  foyers,  sans  pourvoir  aucunement  à  sa  sub- 
sistance et  à  son  sort  à  venir;  que  le  gouvernement  au- 
rait prêté,  au  besoin,  l'appui  d'une  force  militaire  pour 
celte  exécution,  comme  il  paraît  qu'il  l'a  fait  dans  une  oc- 
casion récente;  et  que,  d'après  M.  Loch  lui-même,  d'au- 
tres propriétaires  du  comté  n'ont  point  été  si  humains. 
<(  La  population  des  Gruids,  sur  le  Loch-Shin,  dit-il,  était 
considérable.  ïl  ne  paraît  point  qu'aucun  lot  de  terre  ait 
été  assigné  à  ce  peuple  ^  ou  qu'il  ait  reçu  aucun  dédomma- 
gement, au  moment  de  son  expulsion,  qui  s'effectua  dans 
l'hiver  de  1818.  » 

Cette  expulsion  du  peuple  gaélique,  hors  de  ses  antiques 
fojei's ,  est  considérée  comme  légale  ;  mais  osera-t-on  dire 
qu'elle  soit  juste?  N'y  a-t-il  pas  un  rapport  frappant,  aussi 
bien  qu'un  contraste  étrange  ,  entre  la  traite  des  nègres  et 
l'expulsicn  des  blancs  Pet  le  crime  de  ceux  qui  transportent 
àla  Jamaïque  de  malheureux  Africains,  pour  y  labourerdes 
champs  étrangers,  ne  doit-il  pas  se  comparer  à  celui  des 
hommes  qui  repoussent  loin  des  côtes  d'Europe  de  mal- 
heureux Écossais,  auxquels  ils  ne  permettent  plus  de  la- 
bourer leurs  propres  champs?  Cette  nation  antique,  qui 
fat  maîtresse,  non  seulement  des  îles  Britanniques,  mais 
de  la  Gaule  et  de  l'Espagne,  sera-t-elle  chassée,  au  nom 
des  lois,  de  ces  rochers  même  où  elle  n'a  jamais  été 
vaincue ,  de  ces  rochers  où  elle  a  maintenu  son  indépen- 
dance, perdue  partout  ailleurs?  Ces  derniers  représentans 
des  plus  anciens  maîtres  de  l'Europe  doivent-ils  être  dé- 
portés ? 


ET  POLITIQUES.  529 

C  est  par  un  ciiiel  abus  des  formes  légales,  c'est  par 
une  usurpation  inique,  que  les  iacksmen  et  les  tenanciers^ 
soit  du  comité  de  Sutherland,  soit  du  reste  de  l'Ecosse  , 
sont  considérés  comme  n'ayant  aucun  droit  à  la  terre  qu'ils 
occupent  depuis  des  siècles,  et  que  leurs  anciens  capitaines 
sont  autorisés  à  violer  le  contrat  qui  a  uni  pendant  tant  de 
générations  le  cultivateur  avec  son  seigneur.  Ce  n'est  pas 
en  Ecosse  seulement  que  la  propriété  a  été  confondue  avec 
la  souveraineté,  mais  ce  n'est  qu'en  Ecosse  qu'une  souve- 
raineté antique  est  devenue  un  titre  à  une  propriété  mo- 
derne. Dans  tout  l'empire  de  Charlemagne,  dans  la  plus 
grande  partie  de  l'Occident,  on  avait  vu  des  provinces 
entières  usurpées  par  des  chefs  belliqueux,  qui  les  faisaient 
cultiver  pour  leur  compte  par  les  vaincus,  par  des  esclaves, 
ou  quelquefois  par  leurs  compagnons  d'armes.  Aux  neu- 
vième et  dixième  siècles,  le  Maine,  l'Anjou,  le  Poitou, 
étaient,  pour  les  comtes  de  ces  provinces,  bien  plutôt 
trois  grandes  fermes  que  trois  principautés  .  Mais,  quel  que 
pût  être,  à  son  origine,  le  droit  du  comte,  la  législation 
n'a  cessé,  pendant  huit  siècles,  de  garantir  et  d'améliorer 
le  sort  du  feudataire,  du  vassal,  du  serf,  qui  relevaient  de 
lui,  d'affermir  l'indépendance  du  paj'san,  de  changer  ses 
coutumes  en  droits,  de  le  mettre  à  l'abri  d'exécutions  nou- 
velles,  et  d'élever  peu  à  peu  ses  censives  au  rang  des  pro- 
priétés. 

La  condition  du  tenancier  s'est  constamment  améliorée 
en  France  ;  elle  s'est  constaîument  dégradée  en  Éeosse , 
parce  que  la  législation  britannique  n'a  garanti  que  les 
droits  de  propriété  qui  pouvaient  s'assimiler  aux  droits 
anglais.  Le  vassal  français,  devenu  propriétaire,  était  ori- 
ginairement ou  un  vaincu,  ou  un  esclave,  ou,  dans  la  sup- 
position la  plus  favorable,  un  homme  libre,  arimane , 
qui  renonçait  à  sa  liberté  pour  devenir  lende ,  et  qui.  en 
Tome  xt.  3 A 


530  SCIENCES  MORALES 

retour,  pour  une  terre  reçue  en  don  de  son  seigneur, 
s'engageait  à  de  certains  sfirvices  féodaux;  cependant  ce 
qui  manquait  à  ses  droits  lui  a  été  successivement  accordé 
par  l'usage,  et  il  s'est  enfin  éîevé  au  niveau  de  son  dona- 
teur. Le  tenancier  gaélique,  au  contraire,  était,  dans  l'o- 
rigine, co-proprictaire  avec  son  chef  ou  avec  son  clun.  Le 
seigneur  qu'il  accompagnait  à  la  guerre ,  et  auquel  il  obéis- 
sait pour  leur  avantage  commun,  le  considéra  d'abord 
comme  son  ami  et  son  parent,  puis  comme  son  soldat,  en- 
suite comme  son  vassal,  plus  tard  comme  son  fermier, 
et  enfin  comme  un  laboureur  à  gage  qu'il  voulait  bien 
souffrir,  pour  son  propre  avantage,  sur  le  sol  de  la  patrie 
commune,  mais  qu'il  était  maître  de  chasser  dès  qu'il  ne 
trouvait  plus  d'intérêt  à  le  garder. 

Il  ne  faut  point  oublier,  en  effet,  que  les  Jiiglhands  d'E- 
cosse, les  montagnes  gaéliques,  n'ont  jamais  été  con- 
quises; que  le  système  féodal  n'y  a  jamais  été  vraiment 
introduit,  quoiqu'on  les  ait  assimilées  ensuite  aux  pays 
gouvernés  par  ce  système  ;  que  le  rapport  même  des  noms 
qu'on  croit  saisir  dans  la  langue  anglaise  ne  se  trouve  plus 
dans  la  langue  du  pays,  et  que  le  comte  de  Sutherland 
n'est  pour  les  Gaèles  que  le  grand  homme  du.  sud  de 
Caithness. 

On  ne  peut  espérer  de  retrouver  chez  une  nalion 
barbare,  et  qui  n'avait  pas  même  l'usage  de  l'écriture, 
des  documens  authentiques  sur  la  manière  dont  se  sont 
formées  ces  grandes  associations  de  familles  connues,  en 
Ecosse ,  sous  le  nom  de  Clan.  Mais  leur  nom  même 
Klaan  signifie  en  gaélique  enfans ^  tous  leurs  usages,  tous 
leurs  rapports  réciproques,  toutes  leurs  affections  sont 
fondées  en  effet  sur  le  traditur  qui  leur  persuade  qu'ils  sont 
e^fans  d'une  même  famille _,  et  leurs  droits  ont  dû  être 
ceux  à^enfans  d'une  m.eme  famille  sur  le  patrimoine  com- 


ET  POLITI(,>UES.  53i 

mun   :  ils  n'étaient  soumis  à  d'autre  subordination  qu'à 
celle  dont  la  défense  de  tous  faisait  une  nécessité;  et  l'ins- 
tabilité du  partage  des  terres  n'affaiblissait  point  la  propriété 
commune  du  clan,  sur  le  district  qui  lui  était  demeuré, 
non  seulement  chez  les  Celtes,  mais  chez  les  Germains  et 
chez  tous  les  peuples  dont  l'agriculture  est  encore  dans 
l'enfance.  On  a  vu  la  société  changer  fréquemment  la  dis- 
tribution des  teri-ts  entre  les  citoyens ,  quelquefois  même 
Iti  changer  annuellement.  Tous  avaient  un 'droit  à  tout, 
mais  le  lot  de  chacun  était  variable  ;  quelquefois  il  lui  était 
assigné  par  le  sort,  quelquefois  il  se  proportionnait  à  ses 
moyens  de  culture,  quelquefois  aux  services  rendus  à  la 
patrie.  Il  n'y  a  pas  un  pays  d'Europe  où  l'on  ne  trouve  des 
traces,  mGnie  assez  récentes,  du  partage  temporaire  et  va- 
riable du  domaine  de  la  communauté.  En  Ecosse,  la  divi- 
sion et  la  subdivision  des  terres  du  clan  indique  et  main- 
tient la  subordination  entre  les  soldats  et  leur  chef.  An- 
ciennement le  grajid  homme  de  chaque  clan  exerça  ,  usurpa 
peut-être  le  droit  de  faire  seul  ces  distributions.  Il  donna 
et  repiit  les  différens  tacks  de  sa  terre  à  ses  officiers ,  selon 
qu'ils  s'étaient  montrés  plus  ou  moins  utiles  à  la  guerre; 
mais,  quoiqu'il  pût  ainsi  récompenser  ou  punir  militaire- 
ment les  membres  du  clan  ,  il  ne  diminuait  en  rien  la  pro- 
priété  du  clan  lui-même.   L'individu   favorisé  ét;.it  diffé- 
rent, mais  l'obligation  du  service  était  toujours  la  même. 
Quand  même  les  magistrats   militaires,  établis     pour  le 
bien  des  terres,  acquéraient  ou  perdaient  une  part  plus  ou 
moins  considérable  dans  ce  domaine  national,   le  Suther- 
land  n'en  appartenait  pas  moins  aux  hommes  du  Suther- 
land;  la  tenure   des  terres  était  toujours  la  même;  leur 
contribution  pour  la  défense  publique  ,  leur  redevance  au 
seigneur  qui  les    menait  au   combat,   et  qui  maintenait 
l'ordre  chez  eux,  n'étaient  jamais  augmentés. 


552  SCIENCES  MORALES 

Lorsque  la  civilisation  commença  à  faire  des  progrès, 
les  seigneurs,  avec  la  langue  et  les  habits  de  l'Angleterre  , 
commencèrent  aussi  à  adopter  les  usages  et  la  manière  de 
penser  des  Anglais  ;  ils  ne  comprirent  plus  ou  ne  se  sou- 
cièrent plus  de  comprendre  le  contrat  national  des  Celtes  ; 
et,  pour  lui  donner  la  forme  usitée  chez  les  peuples  civilisés, 
ils  le  rédigèrent  par  écrit.  En  même  tems  ils  accordèrent 
à.  leurs  vassaux  les  tacks  ou  portions  de  terre  pour  un 
tems  déterminé  ;  ils  parurent  ainsi  leur  faille  une  grande 
concession,  car  auparavant  ils  pouvaient  les  renvoj'^er  à 
volonté  :  c'était  une  usurpation  au  contraire ,  puisque 
autrefois,  en  les  renvoyant,  ils  devaient  toujours  les  rem- 
placer par  d'autres ,  à  des  conditions  absolument  sembla- 
bles ;  tandis  que ,  dès  qu'ils  commencèrent  à  leur  donner 
ces  terres,  ils  commencèrent  aussi  à  établir  qu'à  chaque 
renouvellement  de  bail  ils  pourraient  faire  des  condi- 
tions nouvelles ,  ou  aggraver  les  redevances  de  leurs  te- 
nanciers. 

^ar  cette  sourde  usurpation ,  les  seigneurs  des  terres 
gaéliques  changèrent  la  propriété  d'une  rente  invariable 
contre  la  propriété  illimitée  du  domaine  qui  leur  payait 
cette  renie.  Toutefois,  ils  étaient  loin  de  prévoir,  ou  leurs 
vassaux  étaient  loin  de  craindre,  qu'ils  profiteraient  un 
jour  de  l'époque  du  renouvellement  des  baux,  non  pour 
augmenter  la  redevance  des  laboureurs,  mais  pour  les 
expulser.  Avant  d'en  venir  à  une  résolution  aussi  barbare , 
Il  fallait  que  le  seigneur  eût  absolument  cessé  de  partager 
îes  opinions,  les  sentimens,  le  point  d'honneur  de  ses 
compatriotes  ;  il  fallait  qu'il  eût  non  seulement  cessé  de  se 
croire  leur  père  ou  leur  frère  ,  mais  même  de  se  croire 
Ecossais  ;  il  fallait  qu'une  basse  cupidité  eût  étouffé  en  lui 
tous  ces  sentimens  généreux  sur  lesquels  leurs  ancêtres 
communs  avaient  compté,    lorsqu'ils  avaient  abandonné 


ET  POLITIQUES.  533 

à  sa  l)onne  toi  la  destinée  de  son  peuple.  C'est  lorsqu'un 
semblable  changement  s'est  opéré  dans  les  opinions ,  dans 
les  intérêts,  dans  la  position  respective  des  peuples  que  le 
législateur  doit  intervenir,  pour  que  la  nation  tout  entière 
ne  soit  pas  livrée  à  la  merci  d'un  petit  nombre  d'hommes 
avides  et  imprudens.  Il  ne  s'agit  point  de  solliciter  la  pitié 
des  seigneurs,  mais  d'établir  les  droits  du  peuple  gaélique. 
M.  Loch  a  pris  à  tâche  de  prouver  que  la_  marquise  de 
Stafford  n'a  point  fait  ce  dont  la  voix  publique  l'accusait; 
mais  si  ce  qu'elle  a  fait,  elle  l'a  pu  faire  légalement,  c'est 
au  parlement  à  abolir  un  si  odieux  pouvoir. 

C'est  déjà  un  grand  malheur  pour  un  état  que  d'avoir 
permis  la  réunion  des  propriétés  territoriales  dans  un  aussi 
petit  nombre  de  mains  :  lorsqu'un  seul  homme  possède  le  pa- 
trimoine qui  devaitsuffire  à  plusieurs  centaines  de  familles, 
son  luxe  remplace  leur  aisance ,  et  les  revenus  qui  auraient 
nourri  leurs  vertus  sont  dissipés  par  ses  folies.  Mais  que 
deviendra  l'état,  si  le  propriétaire  d'une  province  se  figure 
que  son  intérêt  est  en  opposition  avec  celui  de  ses  habitans, 
et  qu'il  lui  convient  de  remplacer  des  hommes  par  des 
moutons  ou  des  bœufs?  Ce  n'est  pas  dans  ce  but  que  la 
propriété  territoriale  a  été  établie  ou  qu'elle  est  garantie 
par  les  lois.  Les  peuples  l'adoptèrent ,  dans  la  persuasion 
qu'elle  était  utile  à  ceux  qui  n'avaient  rien,  comme  à  ceux 
qui  avaient  quelque  chose  ;  mais  la  société  est  ébranlée 
quand  les  droits  de  la  propriété  sont  mis  en  opposition  avec 
les  droits  nationaux.  Un  comte  n'a  pas  plus  de  droit  de 
chasser  de  chez  eux  les  habitans  de  son  comté,  qu'un  roi 
d'expulser  de  son  pays  les  habitans  de  son  royaume.  Le 
plus  despotique  des  monarques ,  s'il  en  faisait  aujourd'hui 
la  tentative,  apprendrait  bientôt  quelles  sont  les  bornes 
de  son  autorité.  Que  les  grands  seigneurs  d'Angleterre 
prennent  garde  !  moins  ils  sont  nombreux,  plus  il  serait 


hZh  SCIENCES  MORALES 

dangereux  pour  eux  de  se  mettre  en  opposition  avec  la 
nation,  et  de  se  préférer  à  elle.  Qu'ils  ne  disent  point, 
lorsqu'il  s'agira  de  leur  intérêt  :  «  Pourquoi,  dans  ce  cas, 
adopterait-on  une  règle  dilTcrente  de  celle  qui  a  été  suivie 
dans  tous  les  autres?  Pourquoi  l'autorité  absolue  des  pro- 
priétaires sur  leur  propriété  devrait-elle  être  abandonnée 
et  sacrifiée  pour  l'intérêt  public,  et  d'après  des  motifs  qui 
ne  regardent  que  le  public  (pag.   4i  ,    note)?  «S'ils  en 
viennent  un  jour  à  croire  qu'ils  n'ont  pas  besoin  du  peuple , 
le  peuple  pourra  croire  à  son  tour  qu'il  n'a  aucun  besoin 
d'eux.  S'ils  estiment  que  trois  cent  quarante  mille  braves 
montagnards  de  la  race  gaélique  peuvent  êlre  remplacés, 
avec  profit  pour  eux,  par  quatre  millions  de  moutons,  ces 
montagnards  pourraient,  avec  plus  de  facilité  encore,  trou- 
ver d'utiles  remplaçans  pour  trois  ou  quatre  cents  seigneurs 
<|ui  ont  cessé  d'être  leurs  compatriotes. 

J.   C.  L.   DE  SlSMONDl. 


MX^Xl^-WW 


Galerie  française  ,  ou  Collection  de  portraits  des 
hommes  et  des  femmes  célèbres  qui  ont  illustré  la 
France  dans  les  i6%  i-j^yCt  18''  siècles;  par  une 
société  d'hommes  de  lettres  et  d'artistes  (1). 

Si  quelque  chose  doit  toucher  le  cœur  d'un  Français  , 
c'est  de  voir  à  quel  point  tout  ce  qui  intéresse  la  gloire  de 


(1)  Paris ,  1821.  Prix  de  chaque  livraison  pour  Paris  ,  S  fr. ,  et  8  fr. 
5o  c.  pour  les  départemens.  On  souscrit  chez  M.  Lefort,  dessina- 
t  eur  del  a  grande  édition  du  musée ,  rue  Amelot,  n»  52, 


ET  l'OLlTIQlES.  535 

son  pays  occupe  maintenant  l'attention  publique.  Tandisque 
des  écrivains  courageux  réclament  les  droits  des  nations, 
que  des  mandataires  fidèles  défendent  la  charte  contre  ses 
faux  amis,  et  appellent  les  lois  qui  en  sont  les  consé- 
quences nécessaires,  que  les  savans  appliquent  les  décou- 
vertes de  la  science  à  l'utilité  commune,  on  voit  éclore  de 
toutes  parts  des  ouvrages  destinés  à  reproduire  tous  nos 
litres  d'illustration.  Entre  ces  ouvrages  ,    il  fout  placer  au 
premier  rang  la  Galerie  des  hommes  et  des  femmes  célè- 
bres delà  France,  depuis  le  i6*  siècle  jusqu'à  nos  jours, 
c'est-à-dire,  pendant  les  trois  siècles  qui  ont  fait  faire  à 
l'espèce  humaine  de  plus   grands  progrès  que  tous   ceux 
qu'elle  a  pu  devoir  à  aucune  autre  époque.  Cette  Galerie, 
composée  de  portraits  dessinés  d'après  des  modèles  au- 
thentiques, excite  d'autant  plus  d'intérêt  qu'elle  promet 
de  satisfaire  une  curiosité  ardente  et  presque  générale.  Les 
poètes  ,  qui  sont  peintres  et  qui  aiment  à  l'être,  les  mora- 
listes, qui  cherchent  tous  les  moyens  de  nous  persuader  , 
nous  répètent  sans  cesse  que  l'ame  et  le  génie  d'un  homme 
sont  empreints  sur  sa  figure.   Préoccupés  de  cette  idée  su- 
perstitieuse, pleins  du  modèle  idéal  que  se  plaît  à  créer 
notre  imagination  pour  chacun  des  personnages  historiques 
qui  viennent  la  frapper  ,  nous  espérons  retrouver  leur  ca- 
ractère dans  leurs  traits.  Ainsi ,  le  peintre  ou  le  statuaire  , 
et  la  nature,  qui  a  travaillé  avant  eux,   doivent  nous  re- 
présenter l'inflexible  sévérité  dans  le  premier  des  Brutua, 
le  mépris  delà  mort  dans  Caton,  la  haute  éloquence  dans 
Démosthènes ,  la  magnanimité  dans  Alexandre;  et  plus  les 
héros   se  rapprochent  de  nous  ,   plus  la  certitude   d'avoir 
leur  véritable  image  augmente  en  nous  le  désir  d'une  com- 
paraison qui  nous  flatte.  Quel  est  le  Français,  par  exemple, 
auquel  l'art  ne  causerait  pas  un   vif  plaisir,  en  lui  mon- 


556  SCIENCES  MORALES 

trant  l'empreinte  d'une  bonté  presque  divine  sur  la  pliy- 
sionomiç  de  Louis  XIL   Le  portrait  de  ce  prince  ouvre  la 
Galerie  nationale  que  nous  annonçons,  et  lui  donne  un 
grand  prix.  Mais ,   après  avoir  contemplé  la  physionomie 
du  bon  roi,    on  éprouve  le  besoin  de  relire  son  histoire; 
le  tems  manque- t-il  pour  la  consulter?  on  trouve,  à  côté 
du  poi'trait  qu'on  ne  peut  se  lasser  de  regarder,  une  notice 
aussi  exacte  que  curieuse,  qui  yaut  un  livre.   Dans  cette 
notice,  rédigée  par  M.  Andrieux  ,  les  lecteurs  apprennent 
îi  connaître  Louis  XII  tout  entier.  Combien  cette  foule  de 
rois  ,  dont  il  a  fallu  payer  si  cher  ,  dans  tous  les  tems ,  la 
naissance,  la  Tie  et  la  mort,  ressemble  peu  à  ce  monarque 
adoré  qui  n'a  jamais  foulé  le  peuple  !   Parvenu   au  trône 
en  1A98,  Louis  XII  paya  de  ses  deniers  et  sur  ses  propres 
revenus  les  funérailles  de  son  prédécesseur;  il  acquitta  de 
même  les  dépenses  de  son  sacre,  sans  qu'il  en  coûtât  rien 
à  ses  sujets;   il  leur  remit   aussi    le  tribut  féodal  qu'on 
levait  sur  le  peuple  au  commencement  de  chaque  règne, 
et  qui  était  connu  sous  la  dénomination  assez  singulière  de 
droit  de  joyeux  avèneincnt.  Bien  différent  de  la  plupart  des 
autres  princes,  Louis  XII  pardonnait  réellement  ;  sa  ven- 
geance mourait  a'vec  sa  colère;  et,  quand  ilavaitdit  :  «  tout 
est  oublié  ry ,  on  n'avait  rien  ù  craindre  de  lui. 

«  La  justice,  dit  Saint-Gelais,  ne  fut  oncque  tenue  en 
si  grand  honneur  que  sous  le  règne  de  Louis  XII ,  telle- 
ment que  le  plus  petit  a  justice  contre  le  plus  grand ,  sans 
faveur  aucune.  Il  ne  voulait  point,  dit  le  même  auteur, 
qu'on  le  favorisât  lui-même,  en  quelque  cause  qu'il  eût 
en  aucun  de  ses  parlemens.  »  Ce  roi,  toujours  occupé  de 
soulager  le  peuple  ,  eut  l'économie  pour  principale  vertu; 
aussi  laissa-  t-il,  à  sa  mort,  moins  d'impôts  qu'il  n'en  avait 
trouvé  d'établis.  Il  n'y  a  peut-être ,  dans  les  trois  dynas- 


;  ET  POLITIQUES.  537 

lies,  que  Louis  XII  qui  ait  laissé  un  pareil  exemple.  Les 
nobles ,  fâchés  de  ce  qu'il  protégeait  le  peuple  contre  leur 
insolente  tyrannie,  le  nommaient  entre  eux  le  roi  plébéien, 
le,  roi  roturier.  Ils  appelèrent  ensuite  François  1=^'  le  roi 
gentilhomme,  parce  qu'il  fermait  les  yeux  sur  leur  licence 
oppressive  et  leurs  dèportemens.  Dieu  nous  préserve  des 
rois  gentilshommes  ! 

A  côté  de  Louis  XII,  si  bien  représenté  par  la  plume 
élégante  et  facile  de  M.  Andrieux,  George  d' A mboise ,  qui 
partage  avec  son  maître  le  titre  de  père  du  peuple ,  a  trouvé 
dans  le  savant  M.  Fourier  un  judicieux  panégyriste.  Mais 
je  ne  puis  rien  citer  de  plus  heureux  que  ce  passage  de 
M.  Lemontey  sur  Marguerite  de  Valois  :  «  Étrangère  aux 
vices  de  sa  mère ,  aux  folies  de  son  frère  et  aux  travers 
du  tems ,  belle  et  reine  sans  arrogance ,  vertueuse  sans  pru? 
derie,  savante  sans  pédantisme,  douce  et  bonne  sans  fai- 
blesse, chaste  au  milieu  d'une  cour  corrompue,  supérieure 
et  fidèle  ù  ses  deux  maris ,  elle  est  sans  contredit  la  prin- 
cesse la  plus  aimable  et  la  femme  la  plus  parfaite  qui  soit 
sortie  de  la  maison  de  France.  Je  ne  sache  point  de  trône 
qu'elle  n'eût  embelli,  et  point  de  siècle  qu'elle  n'eût  ho- 
noré. »  Le  même  auteur  a  peint  sous  ses  véritables  cou- 
leurs l'héroïque  Jeanne  d^Albret. 

En  lisant  les  faits  et  gestes  de  François  premier ,  retracés 
par  M.  Andrieux,  on  pouvait  craindre  que  l'homme  de 
lettres  ne  l'emportât  sur  le  philosophe  ;  l'un  et  l'autre  ont 
su  garder  une  juste  mesure,  et  la  reconnaissance  du  poète 
n'a  rien  ôté  à  la  raison  du  juge  éclairé.  Mais  les  notices 
ne  sont  ici  que  l'accessoire,  tandis  que  les  portraits  sont  le 
principal ,  n'oublions  pas  de  dire  que  ceux  de  François 
jjremier,  de  Bajard  et  de  Habelais ,  dessinés  par  M.  Chré- 
tien ,   se  font  remarquer  par  une   expression  ,   par  une 


538  SCIENCES  MORALES 

vigueur  de  ton  et  par  un  caractère  de  vérité  qui  méritent 
beaucoup  d'éloges. 

Si  les  intolérans  murmurent  en  lisant  l'éloge  de  Cahiv. , 
tracé  par  M.  Marron,  tout  le  monde  sera  forcé  d'applaudir 
à  tout  ce  que  M.  Lémontey  dit  sur  François  de  Guise, 
dont  la  figure  représente  toutes  les  passions  d'une  grande 
ame.  Cet  homme,  si  redoutable  à  ses  rois  et  à  la  France, 
est  caractérisé  tout  entier  dans  quelques  parties  de  l'écri- 
vain :  «  Guise  fut  trop  grand  pour  un  sujet;  il  eût  été  le 
modèle  des  rois ,  s'il  fût  né  sur  le  trône.  » 

Louons  ici  avec  plaisir  la  tête  de  Cujas ,  qui  paraît  si 
vénérable  sous  le  crayon  de  M.  Rulmann,  et  l'adresse  avec 
laquelle  cet  artiste  a  triomphé  des  difficultés  que  lui  oppo- 
sait la  laideur  de  Passerai.  On  retrouve  dans  le  Montaigne , 
dessiné  par  iMM.  Gautherot  et  Weber,  le  doute  et  la  pensée 
de  l'auteur  des  Essais  ;  mais  pourquoi  cet  air  de  mélancolie 
qui  ôte  à  la  physionomie  cette  vivacité  d'esprit  que  le 
philosophe  gascon  conserva  toute  sa  vie?  Montaigne  était 
rêveur ,  et  non  pas  triste.  Je  reprocherai  aussi  à  M.  Yille- 
main  la  maigreur  et  la  sécheresse  de  sa  notice.  Il  devait 
être  en  fonds  pour  parler  de  Montaigne.  M.  Fourier  offre 
au  contraire  le  modèle  d'une  narration  intéressante,  lors- 
qu'il nous  apprend  à  rendre  justice  au  mathématicien 
François  Viete. 

Je  n'ai  point  encore  vu  Marie  Stuart  si  belle  que  dans 
son  nouveau  portrait  par  M.  Rulmann.  M.  de  Ségur  a  fait, 
sur  cette  reine  si  malheureuse,  une  notice  élégante  et 
judicieuse,  mais  peut-être  un  peu  trop  académique.  —Que 
ce  portrait  de  Mathurin  Régnier,  par  M.  Chrétien ,  a  de 
vigueur  et  ^d'expression!  —  Mais  quelle  absence  de  vie 
et  de  couleur  dans  la  prose  de  M.  Creuzé  de  Lesser  ,  au 
sujet  de  ce  grand  poète ,   que  Boileau  tenait  en  si  haute 


ET  POLITIQUES.  539 

estime  pour  de  très-bonnes  raisons!  L'auteur  de  tant  de 
poèmes  doit  demander  pardon  aux  muses  d'avoir  si  faible- 
ment parlé  du  maître  de  la  satire  française. 

Avant  de  terminer  cet  article,  la  raison  et  la  justice 
nous  ordonnent  de  payer  notre  tribut  à  l'excellente  notice 
de  M.  Miel,  sur  Bernard cUPalis^y,  qui  créa  l'art  du  potier 
parmi  nous  ,  devina  les  sciences  ,  trouva  dans  son  ame 
les  secrets  de  l'art  d'écrire,  et  eut  à  la  fois  du  génie,  de 
grandes  vertus,  avec  une  constance  que  la  Saint-Barthélémy 
ne  put  ébranler  (1).  William. 


(0  La  Galerie  fhasçaise  sera  composée  de  uingt-cinq  liuraisons , 
contenant  c\i^cxxn&  quatre porlrails  avec  notices  Gtfac  simile.  Il  en 
a  déjà  paru  dix  qui  offrent,  avec  quarante  portraits ,  des  notices  sur 
Louis  XII r,  par  M.  Andrieux  ;  George  d'Amboise,  —  Fourrier; 
Clément  Marot ,  —  Campenon  ;  Marguerite  de  Valois,  —  Lémon- 
tey;  François  I,  —  Andrieux;  Jeanne  d'Albrel,  -  Lémcntey; 
Bajard,  —  Andrieux;  Rabelais,  —  Auger;  Cah-in ,  —  Marron  ; 
le  duc  de  Guise ,—LùmoQtej',  Etienne  Jodelle,  —  k.  Duval;  Cujas, 

—  Juge;  Robert  Etienne,  —  F.  Didot;  Anne  de  Montmorency,  — 
Landrieux;  Philibert  de  l  Orme ,  —  Alavoine  ;  Ambroise  Paré ,  — 
Richerand;  Guillaume  Budée,  —  Andrieux  ;  ylf/c/i-Z  de  l'Hôpital, 

—  J.  Droz;  Gaspard  de  Coligny,  —  Lémontey;  Jean  Cousin;  — 
Miel;  3Iichel  de  Montaigne,  —  Villemain  ;  Jacques  Amyot,  — 
Campenon  ;  Jean  Passerai,  —  Auger  ;  François  Viète,  —  Fourrier; 
Marie  Stuart,  —  de  Ségur  ;  Théodore  de  Beze,  —  Marron  ;  le  prési- 
dent de  Thou ,  —  Lémontey  ;  Pierre  Charron ,  —  Campenon  ;  Renée 
de  France,  —  Amaury-Duval  ;  Mathurin  Régnier,  —  Creuzé  de 
Lesser;  Bernard  Palissy,  —  Miel;  Achille  de  Harlay,  —  de  Joly  ; 
Olivier  de  Serres,  —  Silvestre  ;  Catherine  de  Parlhenaj,  —  Lan- 
drieux; Etienne  Pasquier ,  —  Auger;  François  de  Malherbe,  — 
Liadières;  Mathieu  Mole,  —  Juge;  Duplessis-Mornay,  —  H.  Du- 
val; Pierre  Jeannin ,  —  Creuzé  de  Lesser;  Jean  Goujon,  —  Miel. 


LITTERATURE. 

ŒUVBES  COMPLÈTES  DE  MADAME  DE   StAEL,  publiées  par 

son  fils  (i). 

De  l'Influence  des  passions  sur  le  bonheur  des  indi- 
vidus. —  Delphine.  —  Corinne.  —  Sophie  ,  ou  les 
Sentimens  secrets  ,  comédie 

Nous  avons  annoncé  à  plusieurs  reprises,  dans  ce  re- 
cueil, les  livraisons  successives  de  l'importante  collection 
des  Œuvres  de  madame  de  Staël,  dont  nous  allons  rendre 
compte.  (  Toy.  ci-dessus,  Tom.  IV,  pag.  AA6  ;  Tom.  VI, 
pag.  igS;  ïom.  IX,  pag.  167;  Tom.  X,  pag.  188,  189.  ) 
Il  nous  resterait  à  remplir  une  tâche  difficile,  celle  d'em- 
brasser d'un  seul  coup  d'oeil  l'ensemble  des  productions  de 
cette  femme  célèbre,  peut-être  la  plus  distinguée  de  notre 
siècle,  et  de  reproduire  avec  fidélité  le  résumé  des  jugc- 
mens  portés  sur  son  caractère  et  sur  ses  écrits.  Nous  au- 
rions désiré  passer  en  revue  chacun  de  ses  ouvrages ,  et 
signaler  les  divers  degrés  de  mérite  qui  leur  sont  propres, 
les  taches  légères  ou  les  erreurs  qui  peuvent  s'y  rencon- 
trer, l'influence  qu'ils  ont  exercée  et  qu'ils  peuvent  exercer 
encore;  enfin,  les  deux  caractères  distincts,  soit  de  l'école 
littéraire,  soit  de  l'école  philosophique  et  politique  à  la- 
quelle ils  appartiennent.  Un  de  nos  collaborateurs,  qui 
n'a  entrepris  qu'une  partie  de  cette  tâche,  et  dont  les 
éloges  et  les  critiques  nous  ont  paru  exempts  d'un  engoue- 
ment aveugle  ou  d'une  sévérité  injuste,  s'est  borné  à  exa- 
miner, dans  les  ouvrages  de  madame  de  Staël,  les  doc- 


(1)    Paris,    1820    et   1S21.    17   vol.    in-8".    Ticultcl    cl    Wiirtz  , 
'libraires,  rue  ('c  Bourbon,  n<'  37.  Tris  6  iV,  le  vol. ,  ou  io2rfancs. 


LITTJ^RATURE.  5;^ 

liines  morales  ,  litlôraires  et  politiques  qu'elle  a  professées. 
Nous  livrons  son  examen  au  jugement  de  nos-Jecteurs. 


Madame  de  Staël  a  écrit  sur  les  passw/is ,  sur  la  littéra- 
ture et  sur  la  politique.  Je  suivrai  cette  division  dans 
l'examen  que  je  vais  faire  de  ses  ouvrages. 

Les  passions,  dont  madame  de  Staël  examine  l'influence 
sur  le  bonheur,  pourraient  être  classées  en  passions  na- 
turelles, dont  l'homme  apporte  le  germe  en  naissant  et 
qui  se  développent  chez  tous  les  individus  de  l'espèce  hu- 
maine ,  dans  quelque  rang  où  ils  se  trouvent ,  dans  quelque 
climat  qu'ils  habitent;  et  en  passions  factices  ,  nées  de 
l'état  social,  du  désir  d'obtenir  le  pouvoir,  la  célébrité 
les  distinctions ,  les  richesses. 

L'amour  de  la  gloire  avait  été  le  premier  besoin  de 
madame  de  Staël;  aussi  ,  c'est  de  celte  passion  qu'elle 
s'occupe  d'abord.  Elle  place  la  gloire  des  actions  avant 
celle  des  écrits;  comme,  dans  sa  tendresse  et  dans  son 
respect  filial ,  elle  plaçait  la  gloire  de  M,  Necker  avant  la 


sienne. 


I 


Les  efforts  que  doit  tenter,  et  les  obstacles  que  doit 
vaincre  l'homme  qui  veut  s'élever  par  son  seul  mérite 
personnel,  dans  un  pays  où  les  distinctions  sont  hérédi- 
taires; la  difficulté,  pour  le  favori  de  l'opinion  publique, 
de  conserver  long-tems  une  gloire  que  la  faveur  seule  de 
cette  opinion  crée  et  récompense;  la  difficulté  plus  grande 
encore  de  savoir  jusqu'à  quel  point  il  faut  se  livrer  à  la 
popularité,  en  jouissant  de  distinctions  impopulaires,  et 
de  connaître  toujours  avec  certitude  le  degré  d'empresse- 
ment qu'il  faut  montrer  à  l'opinion  générale;  l'impossibi- 
lité de  soutenir  l'admiration  par  des  miracles  nouveaux,  et 
d'éloigner  le  jour  où  chacun  dira,  comme  l'Athénien  qui 
donnait  sa  voix  pour  le  bannissement  d'Aristide  :  «  Je  suis 


5A2  LITTERATUllE. 

las  de  V entendre  nommer  le  juste.  »  L'état  d'abattement 
et  de  mort  où  tombe  celui  qui ,  après  avoir  passé  une  par- 
tie de  sa  vie  au  milieu  des  brillantes  illusions  des  cours  et 
des  rêves  pompeux  de  la  gloire,  est  forcé,  par  le  sort  ou 
par  l'inconstance  des  hommes,  de  rentrer  dans  la  vie  pri- 
vée, et  de  revenir  aux  réalités  de  l'état  naturel.  Toutes 
ces  vicissitudes  sont  représentées  avec  beaucoup  d'art  et 
de  fidélité  par  madame  de  Staël.  Mais  tant  de  travaux,  de 
fatigues,  de  douleurs  et  de  regrets  me  trouvent  insensible; 
je  ne  sais  pas  m'attendrir  sur  des  malheurs  qu'il  était  si 
facile  de  prévenir  et  d'éviter.  —  «  Ce  n'est  pas  à  mon  père, 
dit  madame  de  Staël ,  à  l'homme  de  ce  tems  qui  a  recueilli 
le  plus  de  gloire  ,  et  qui  en  retroui-'era  le  plus  dans  la  Jus- 
tice des  siècles,  que  peut  convenir  un  seul  des  traits  dont 
j'ai  composé  ce  tableau.  »  —  J'avais  besoin  de  ces  paroles 
pour  me  détromper  ;  car  ce  que  madame  de  Staël  appelle 
un  tableau  me  paraissait  n'être  qa^ un  portrait. 

Madame  de  Staël  distingue  l'amour  de  la  gloire  de  Vam- 
bition;  elle  fait  de  celle-ci  une  passion  subalterne  qui  ne 
porte  pas  ses  désirs  au-delà  des  jouissances  ministérielles. 
Obtenir  et  conserver  le  pouvoir,  voilà,  dit-elle,  tout  le 
plan  d'un  ambitieux.  Cette  passion  suppose  une  person- 
nalité concentrée  qui  ferme  l'ame  aux  autres  jouissances  ; 
elle  est  plus  contagieuse  que  l'amour  de  la  gloire,  parce 
que  la  médiocrité  peut  aussi  concevoir  l'ambition  et  en 
obtenir  les  succès;  mais  ces  succès  ont  pour  ennemis  la 
majorité  des  intérêts  particuliers,  qui,  s'ils  n'ont  pas  eu 
de  lots  dans  le  résultat  actuel  du  sort^  demandent  tous  un 
nouveau  tirage;  ils  ont  pour  ennemi  le  besoin  que  le  pu- 
blic éprouve  de  voir  le  sort  ou  le  ca}>rice  des  princes  faire 
mieux  apprécier,  par  des  chutes  éclatantes,  le  bonheur 
des  conditions  privées  et  des  destinées  dbmniunes.  L'am- 
bitieux n'est  occupé  qu'à  tromper  les  autres;  et,  pour  y 


LITTERATURii.  5^3 

parvenir,  il  ne  doit  jamais  se  perdre  de  vue  lui-même  :  un 
instant  d'oubli  lui  serait  fatal.  Condamné  à  suivre  le  même 
système  de  dissimulation  qui  Ta  conduit  au  poste  qu'il 
occupe,  il  doit  se  courber  sans  cesse  devant  le  maître , 
peuple,  roi  ou  ministre,  dont  il  tient  sa  puissance.  Con- 
damné à  jouer  sans  cesse  sa  destinée ,  il  ne  peut  rien  es- 
pérer de  la  veille  pour  le  lendemain.  Quelle  sujétion! 
quelles  fatigues  !  quelles  misères  !  Mais  cette  passion  est- 
elle  celle  des  âmes  honnêtes?  Ces  misères  appellent -elles 
les  consolations  des  cœurs  compatissans  ?  Non  :  je  le  dis , 
sans  crainte  d'être  accusé  d'insensibilité.  Le  châtiment  de 
l'ambitieux  est  dans  le  retour  à  la  vie  privée  :  supplice 
trop  doux  s'il  n'était  souvent  accompagné  de  remords. 

Dans  le  vaste  champ  des  passionn  politiques ,  madame 
de  Staël  ne  néglige  point  les  infiniment  petits.  Des  misères 
de  l'ambition,  elle  descend  aux  petitesses  de  la  vanité , 
et  découvre  une  passion  où  beaucoup  de  personnes  n'aper- 
çoivent qu'un  ridicule.  — ÎS'y  a-t-il  pas  en  effet  plus  de 
ridicule  que  de  passion  dans  un  attachement  qui  n'a  rien 
de  réel,  ni  dans  soi,  ni  dans  les  autres;  qui  se  consume 
dans  la  recherche  d'avantages  apparens  et  d'effets  passa- 
gers ;  dans  un  sentiment  enfin  qui  se  nourrit  des  rebuts  de 
l'ambition  et  de  la  gloire  .^  Les  jouissances  de  la  vanité  sont 
imparfaites  et  fugitives;  ses  triomphes  se  composent  d'ap- 
plaudissemens  éphémères.  Les  malheurs  qu'elle  entraîne 
consistent  presque  tous  dans  la  dépendance  servile  où  elle 
met  celui  qui  l'éprouve,  du  cercle  qui  l'entoure.  Qui  croi- 
rait que,  dans  une  passion  si  étroite,  si  privée  de  ressorts  , 
madame  de  Staël  voit  l'une  des  causes  de  la  révolution 
française. — «C'est,  dit-elle,  le  désir  des  applaudisse- 
mens  ;  c'est  le  besoin  de  faire  effet  qui  a  porté  tant  d'ora- 
teurs à  attaquer  les  vieilles  Institutions  :  il  faut  chercher 
dans  les  battemens  de  mains  des  tribunes,  plus  que  dans 


5AA  LITTÉRATURE. 

des  scntimens  de  haine  et  de  fureur,  la  cause  secrète  des 
décrets  les  plus  barbares  de  la  convention.  »  L'une  de  ces 
causes,  honteuse,  mais  -vraie,  c'est  la  peur,  dont  l'in- 
fluence ne  s'est  que  trop  reproduite  à  beaucoup  d'autres 
époques. 

Madame  de  Staël,  toujours  plus  brillante  par  le  coloris 
que  profonde  par  la  pensée,  peint  cependant  de  couleurs 
énergiques  et  vraies  la  plus  redoutable  des  passions  poli- 
tiques, V  esprit  de  parti  :  cette  passion  tient  du  fanatisme, 
à  quelque  objet  qu'elle  s'applique.  Semblable  aux  forces 
aveugles  de  la  nature,  qui  vont  toujours  dans  la  même 
direction,  elle  donne  à  la  pensée  une  espèce  de  roideur 
qui  lui  ôte  presque  ses  attributs  intellectuels.  Les  hommes 
qui  se  précipitent,  les  3 eux  fermés,  dans  l'opinion  d'un 
parti,  n'entendent,  ne  voient,  ne  comprennent  que  deux 
ou  trois  raisonnemens,  avec  lesquels  ils  font  face  à  toutes 
les  objections.  Pour  eux,  un  triomphe  acquis  par  une 
condescendance  paraîtrait  aussi  honteux  qu'une  défaite  ; 
ils  aiment  mieux  tomber  en  entraînant  leurs  ennemis  ,  que 
de  vaincre  avec  eux,  que  de  faire  le  moindre  sacrifice  pour 
assurer  la  plus  belle  victoire.  Les  hommes  de  parti  ne 
savent  point  reconnaître  les  grandes  qualités  d'un  homme 
qui  n'a  pas  leur  religion  politique.  Mais  ils  se  font  illusion 
sur  les  torts ,  même  sur  les  crimes  de  ceux  qui  partagent 
leur  opinion,  et  rien  ne  peut  les  détacher  d'eux.  Pendant 
les  fureurs  du  régime  révolutionnaire,  quelques  hommes, 
exaltés  jusqu'à  la  rage,  ont  dit,  sans  être  des  assassins  : 
«  il  y  a  deux  millions  d'hommes  de  trop  en  France.  »  J'ai 
entendu  répéter,  ù  une  époque  plus  récente,  par  des 
hommes  incapables  du  moindre  crime  privé  :  il  y  a  en 
France  trois  millions  d'hommes  que ^  pour  son  repos,  il 
faudrait  en  faire  disparaître;  et  les  mêmes  individus, 
forcés  de  reculer,  non  devant  là  grandeur  du  forfait,  mais 


LITTÉIUTURE.  5A5 

devant  la  difficulté  de  l'exécution ,  se  croyaient  très-mo- 
dérés en  ne  demandant  que  la  proscription  de  quatre  cent 
mille  têtes.  Ces  hommes,  dit  fort  bien  madame  de  Staël, 
eussent  été  catholiques  ou  protestans  au  quinzième  siècle, 
comme  ils  étaient  aristocrates  ou  jacobins  il  y  a  vingt-huit 
ans,  comme  ils  sont  aujourd'hui  ultrù  monarchiques,  ou 
ultra  libéraux. 

La  source  de  l'esprit  de  parti  est  tout-à-filit  étrangère 
au  crime  ;  et  cependant  il  n'est  point  de  passion  qui  puisse 
au  même  degré  borner  la  pensée,  et  dépraver  la  moralité. 
C'est  une  espèce  de  frénésie  de  l'ame,  qui  ne  tient  point 
à  la  nature  de  son  objet.  Quand  la  pensée  en  est  saisie,  ce 
n'est  pas  des  objets  à  soi,  mais  de  soi  vers  les  objets  que 
partent  les  impressions.  Cette  passion  furieuse  n'a  de  jouis- 
sances que  dans  l'espèce  de  délire  qu'elle  procure;  mais, 
comme  le  fanatisme  est  le  seul  sentiment  qui  puisse  réunir 
ensemble  des  actions  coupables  et  une  ame  honnête,  il 
doit  naître  de  ce  contraste  le  plus  affreux  supplice  dont 
l'imagination  puisse  se  former  l'idée  ;  et  le  premier  réveil 
de  la  raison  doit  être  plus  effroyable  encore. 

La  cruauté  est  mise  par  madame  de  Staël  au  rang  des  pas- 
sions. Quand  l'homme  a  été  entraîné  par  la  perversité  de  ses 
penchans  à  un  certain  degré  de  scélératesse,  l'effet  devient 
la  cause,  et  le  crime, qui  n'était  d'abord  que  le  moyen,  de- 
vient le  but.  Il  passe  dans  le  sang  une  sorte  de  fièvre  qui 
donne  le  besoin  du  crime;  c'est  une  sensation  physique  trans- 
portée dans  l'ordre  moral.  Dans  cette  horrible  ivresse,  il  faut 
que  celui  qui  est  ainsi  dominé  par  la  passion  du  crime  aille 
sans  cesse  en  avant;  non  que  l'espérance  soit  devant  lui , 
mais  parce  que  l'abîme  est  derrière.  Il  veut  détruire  les 
autres  hommes,  moins  encore  comme  des  ennemis  que 
comme  des  témoins.  Lorsque  le  fleuve  de  sang  est  traversé, 
le  mal  est  irréparable,  et  le  repentir  devient  infructueux. 


5A6  LITTJÎIVATUIIE. 

Tout  cela  peut  être  vrai;  mais,  en  contemplant  cet  hoi^ 
rible  tableau,  on  se  demande  dans  quel  but  l'auteur  l'a 
tracé  ?  II  ne  connaît,  il  n'indique  lui-même  d'autre  remède 
que  la  mort;  c'est  sortir  du  domaine  de  la  morale,  pour 
rentrer  dans  celui  de  la  justice  des  hommes  ,  ou  de  la  jus- 
tice de  Dieu> 

De  ces  terribles  passions  politiques  ,  qui  jettent  l'effroi 
parmi  les  peuples,  et  semblent  menacer  les  destinées  de 
tout  ce  qui  respire  ,  la  pensée  ne  descend  pas  sans  effort 
'vers  les  passions  nées  de  l'ordre  social ,  et  que  j'appelle 
passions  cii^iles  :  le  jeu ,  l'avarice  j  l^enuie  ,  la  vengeance 
même.  Mais  que  sont  les  malheurs  individuels  auprès  des 
calamités  nationales?  D'ailleurs  ,  quel  moraliste  n'a  pas 
considéré  ces  passions  sous  le  rapport  de  l'influence  qu'elles 
exercent  sur  les  actions  et  sur  le  bonheur  des  individus? 

On  suit  madame  de  Staël  avec  plus  d'intérêt,  lersqu'elle 
examine  l'influence  des  passions  naturelles.  Mais  ce  n'est 
pas  sans  étonnemcnt  qu'on  la  voit  mettre  au  nombre  des 
obstacles  au  bonheur,  Vainitié ,  la  tendresse  paternelle  _,  la 
piété  filiale  Qila.  religion  elle-7nê  me. ?)^\\ÎAni  l'en  croire, l'ami- 
tié inspire  le  besoin  du  retour;  et,  sous  ce  rapport,  elle  fait 
ressentir  plusieurs  despeines  de  l'amour,  sans  promettre  des 
plaieirs  aussi  vifs. — Chez  les  femmes,  les  épanchemens  les 
plus  intimes  de  l'amitié  ne  sont  quelquefois  que  des  confi- 
dences réciproques,  un  sacrifice  fait  par  celle  qui  écoute  à 
l'espérance  de  parler  à  son  tour.  Dans  les  relations  des  parens 
et  des  enfans ,  lorsque  l'ame  se  livre  assez  vivement  à  ces 
penchans  du  coeur  pour  éprouver  le  besoin  de  la  réciprocité , 
le  repos  cesse  et  le  malheur  commence.  Il  y  a  dans  ces 
liens,  dit  madame  de  Staël ,  une  inégalité  naturelle  qui  ne 
permet  jamais  une  affection  du  même  genre,  ni  au  même 
degré  :  l'une  des  deux  est  plus  forte ,  et  par  cela  même 
trouve  des  torts  à  l'autre;  soit  que  les  enfans  chérissent 


LITTÉftATURE.  5A7 

leurs  parens  plus  qu'ils  n'en  sont  aimés  ,  soit  plutôt  que 
les  parens  éprouvent  pour  leurs  enfans  plus  de  sentimens 
qu'ils  ne  leur  en  inspirent.  Lorsque  les  parens  restent  dans 
eux-mêmes,  les  enfans  sont  à  leurs  yeux  des  successeurs, 
presque  des  rivaux,  des  sujets  devenus  indépendans,  des 
obligés  à  qui  l'on  néglige  de  plaire,  des  associés  d'eux  à  soi, 
plutôt  que  de  soi  à  eux;  c'est  une  sorte  d'amour  dans  la- 
quelle les  parens,  donnant  une  latitude  indéfinie  à  l'idée  de 
leurs  droits,  veulent  que  vous  leur  teniez  compte  de  ce  vague 
de  puissance  dont  ils  n'usent  pas  ,  après  se  l'Clre  supposé. 
Enfin,  la  religion  ,  dans  l'acception  générale,  suppose  une 
toi  inébranlable;  mais,  en  matière  de  foi,  aucune  action 
sur  soi-même  n'est  possible;  on  espère  ou  l'on  craint,  on 
doute  ou  l'on  croit ,  selon  la  nature  de  l'esprit,  et  les  com- 
binaisons qu'il  fait  naître.  La  foi  par-aîtêtre  une  faculté  qu'il 
ne  dépend  pas  de  nous  d'acquérir  ;  je  la  considère  comme 
un  don  aussi  indépendant  de  nous  que  la  beauté,  le  génie, 
ou  tout  autre  avantage  qu'on  tient  delà  nature,  et  qu'aucun 
effort  ne  peut  obtenir. 

L'esprit,  dit  madame  de  Staël,  est  ramené  par  intervalles 
à  douter  de  tout  ce  qui  est  contraire  à  la  raison.  La  dévo- 
tion exaltée  est  presque  toujours  destructive  des  qualités 
naturelles;  ce  qu'elles  ont  de  spontané,  d'involontaire,  est 
incompatible  avec  des  règles  fixes  sur  tous  les  objets;  et 
les  qualités  naturelles,  développées  par  les  principes,  par 
les  sentimens  de  la  moralité,  sont  de  beaucoup  supérieures 
aux  vertus  de  la  dévotion.  Je  prie  le  lecteur  de  remarquer 
que  je  rapporte  ici  les  pensées  de  madame  de  Staël,  et  que 
souvent,  dans  la  crainte  de  les  altérer,  je  conserve  ses 
propres  expressions. 

.  L'auteur  cherche  ,  dans  la  troisième  partie  de  son  ou- 
vrage, quelles  ressources  indépendantes  du  sort,  cl  surtout 


5A8  LITTÉllATURE. 

de  la  volonté  des  hommes,  on  peut  trouvei-  en  soi  contre 

l'influence  des  passions. 

Uétudc  excitée  par  les  deux  mobiles  de  la  curiosité  et 
de  l'espérance,  fait  trouver,  dans  le  plaisir  si  pur  dépenser 
et  d'enrichir  ses  méditations  par  les  connaissances  et  les 
ijées  des  autres,  une  sorte  de  satisfaction  intime,  qui  tient 
à  la  fois  au  besoin  d'agir  et  de  se  perfectionner,   et  qui 
n'astreint  l'homme  à  aucune  dépendance.  La  hienfainance 
n'exige  ni  de  la  force  dans  le  caractère  ,  ni  une  attention 
soutenue:  elle  ne  veut,  elle  n'attend  rien  des  autres;  elle 
donne  des  jouissances  simples  et  faciles  ,    et  dont  l'im- 
pression est  indépendante,  mêmedupouvoirde  la  réflexion; 
elle  place   sa  félicité   tout    entière    dans  les  émotions  si 
douces  et  pourtant  si  profondes  qu'elle  éprouve.  L'étude 
occupe  l'esprit,  la  bienfaisance  remplit  le  cœur.  C'est  sur- 
tout dans  la  philosophie  que  l'homme  doit  chercher   des 
sjcours  contre  les  traits  acérés  du  malheur;  mais  cette  phi- 
losophie ,  madame  de  Staël  la  place  si  haut ,    qu'il   n'est 
donné  d'y  atteindre  qu'à  un  petit  nombre  d'esprits  supé- 
rieurs et  de  courages  inflexibles.  Il  faut  se  placer  au-dessus 
de  soi  pour  se  dominer,  et  au-dessus  des  autres  pour  n'en 
rien  craindre,  deux  conditions  très-difliciles  à  remplir;  il 
faut  se  désabuser  des  illusions  du  bonheur  et  se  contenter 
de  quelque  chose  qui  lui  ressemble  ;  il  faut,  renonçant  à 
toute  influence  sur  le  destin  et  sur  les  hommes ,  ne  se  com- 
plaire que  dans  l'exercice  du  pouvoir  qu'on  s'est  réservé  sur 
soi-même;  enfin,  il  faut  des  loisirs  et  de  la  solitude;  ce  qui 
met  les  puissantes  consolations  de  la  philosophie  à  la  portée 
d'un  bien  petit  nombre  de  malheureux. 

Madame  de  Staël  n'écrit  pas,  il  est  vrai,  pour  la  multi- 
tude; elle  s'adresse  seulement  aux  caractères  passionnés, 
c'est-à-dire   à  quelques  êtres  extraordinaires  dont  les 


LITTERATURE.  549 

jouissances  cl  les  douleurs  sont  étrangères  à  la  presque 
totalité  de  rcspèce  humaine.  Elle  suppose,  dans  les  pas- 
sions, et  même  dans  les  affections  naturelles,  des  calculs 
et  des  suscpptihiliiés  que  le  commun  des  hommes  est  hors 
d'état  d'apprécier.  Cependant,  quelque  borné  que  soit  le 
nombre  de  ces  personnes  passionnées,  il  serait  très-dan- 
gereux pour  le  repos  du  monde  de  répéter,  avec  madame 
de  Staiil ,  que,  dans  la  passion,  nul  ne  peut  dire  :  là  finit 
II.  nature.  Ces  axiomes  :  on  peut  toujours  se  vaincre j  on 
est  toujours  le  maître  de  soi,  madame  de  Staël  les  trouve 
impitoyables  ;  elle  les  repousse  comme  étant  la  morale  des 
âmes  froides  et  des  esprits  médiocres.  Mais,  sans  doute, 
en  voulant  excuser  des  écarts  et  des  erreurs  auxquels  elle 
a  consacré  depuis  ses  plus  brillans  ouvrages  ,  madame  de 
Staël  n'a  pas  vu  quelles  seraient  les  funestes  conséquences 
d'un  si  dangereux  système.  Si  l'homme  ne  peut  étouffer 
les  désirs  de  son  cœur,  circonscrire  les  mouvemens  de  son 
ame,  toute  moralité  cesse;  il  n'y  a  plus  ni  bien  ni  mal 
moral,  et  le  monde  rentre  sous  l'empire  de  la  fatalité. 
L'auteur,  qui  a  transformé  le  crime  en  passion,  ne  peut 
nier  que  tous  les  hommes  sont  les  maîtres  de  triompher 
de  leurs  passions,  sans  refuser  à  la  société  le  droit  de  pu- 
nir ,  sans  accorder  au  crime  le  privilège  d'une  révoltante 
inviolabilité. 

L'amour  a  occupé,  sinon  dans  la  vie,  du  moins  dans 
les  ouvrages  de  madame  de  Staël ,  une  très-grande  place. 
Ses  idées  sur  cette  passion  ont  quelque  chose  de  bizarre , 
d'extraordinaire,  et  l'ont  jetée ,  depuis  ses  premiers  essais, 
jusqu'à  ses  derniers  ouvrages^  loin  des  routes  battues  et 
des  opinions  les  plus  généralement  admises.  Madame  de 
Staël  était  encore  mademoiselle  Necker  ;  et  déjà  elle  com- 
posait une  comédie  ,  ayant  pour  titre  :  Sophie  ,  ou  les  Ssn- 
timens  secrets ,  dont  l'héroïne  conçoii,  presque  à  son  msUj 


550  LITTEiUTLllE. 

!a  plus  vive  passion  pour  son  tuteur ,  quoique  ce  tuteur 
soit  l'époux  de  l'amie  de  Sophie.  Delphine  est  une  autre 
Sophie,  qui  devient  .amoureuse,  môme  avant  de  le  con- 
naître ,  d'un  homme  qu'elle  sait  destiné  t\  devenir  le  mari 
de  sa  cousine,  et  qui  meurt  dévorée  de  désirs,  consumée 
de  regrets,  après  avoir  entretenu  avec  son  amant  une 
liaison  à  laquelle  il  n'a  manqué  que  le  triomphe  des  sens 
pour  avoir  tous  les  caractères  d'un  long  et  scandaleux 
adultère.  Les  femmes  emportées,  par  des  facultés  émi- 
nentes  et  par  des  passions  fougueuses  ,  hors  de  la  ligne 
des  devoirs  que  leur  ont  tracés  la  nature  et  l'ordre  social, 
sont  des  modèles  peu  honorables  à  offrir  ;  il  ne  suffît  pas 
de  les  rendre  victimes  de  cet  égarement  du  cœur  et  de  l'es- 
prit, en  livrant  leur  vie  entière  i\  la  douleur,  en  l'éteignant 
dans  les  larmes  ;  c'est  profaner  la  vertu  que  de  les  revêtir 
de  ce  quelle  a  de  plus  séduisant ,  et  de  solliciter  lo  pitié 
pour  celles  à  qui  tous  les  cœurs  honnêtes  doivent  rester 
fermés.  Cependant  je  ine  plais  à  penser  que  la  création 
de  Delphine  est  une  erreur  de  l'esprit ,  et  non  une  faute  du 
cœur,  et  je  ne  partage  point  l'opinion  de  l'auteur  de  la 
notice,  qui  prétend  que  Corinne  est  l'idéal  de  madame 
de  Staël j  et  que  DelpJiine  en  est  la  réalité  pendant  sa 
jeunesse. 

Cette  brillante  Corinne  brave  aussi  l'opinion;  mais  elle 
respecte  le  devoir;  elle  aussi  tombe  victime  de  l'amour, 
mais  après  avoir  sacrifié  à  la  gloire  ;  cet  amour  est  malheu- 
reux, et  n'est  point  criminel.  Poète,  artiste,  Corinne  avait 
renoncé  à  son  pays,  au  nom  de  ses  aïeux,  pour  se  livrer 
au  culte  des  muses ,  aux  inspirations  du  talent,  et  pour 
fonder  sa  renommée  sur  une  gloire  qui  n'appartient  qu'à 
elle.  L'amour  arriva  trop  tard  pour  dominer  seul  dans 
un  cœur  déjà  en  proie  à  d'autres  délices;  il  y  laissa  tou- 
jours une   grande  place  aux  sentimens  nobles  et  élevés. 


LITTÉRATUllE.  55  i 

Si  matiamc  de  Slaël  n'avait  pas  cru ,  pour  l'honneur  de 
celte  passion  jalouse,  devoir  lui  sacrifier  Corinne;  si  l'amour 
n'avait  pas  laissé  dans  l'ame  indécise  d'Oswald  de  longues 
impressions  d'une  langueur  sentimentale  qui  tantôt  affadit 
et  tantôt  fait  perdre  toute  patience,  avec  quel  plaisir  ne  le 
relrouverait-on  pas  dans  la  description  d'un  pays  où  il  est 
sibienplacé,  et  où  il  joue  un  rôle  aussi  animé!  Corinne,  con- 
sidérée comme  roman,  n'est  pas,  au  jugement  des  dames,  un 
ouvrage  assez  passionné  ;  comme  description  de  l'Italie,  il 
laisse  beaucoup  à  désirer,  et  n'est  point  exempt  d'erreurs  : 
il  satisfait  davantage  sous  le  rapport  de  l'art  d'écrire  et  des 
inspirations  poétiques.  Les  chants  de  Corinne  ont  souvent 
toute  l'ardeur,  tout  l'abandon ,  toute  la  mollesse  et  la  vo- 
lupté des  Mus€s  de  TAusonnie  ,  et  il  résulte  de  la  combi- 
naison de  ces  différentes  parties  un  mélange  délicieux,  un 
ensemble  plein  de  charmes.  Corinne,  improvisatrice,  mu- 
sicienne, peintre;  Corinne,  jeune,  belle,  sensible,  a  les 
formes,  la  puissance  et  les  séductions  du  génie.  On  ne  peut 
pardonner  à  Delphine  d'avoir  voulu  s'élever  au-dessus  du 
jugement  des  hommes;  loin  d'avoir  la  force  de  blâmer 
Corinne  lorsqu'elle  recherche  les  hommages  publics ,  le 
moraliste  le  plus  sévère  cède  au  désir  de  mêler  sa  voix  aux 
acclamations  de  ses  adorateurs.  Mais  un  Français  ne  peut, 
sans  une  irritation  à  laquelle  il  se  laisse  aller,  parce  qu'il 
la  croit  légitime,  retrouver  dans  cet  ouvrage  l'injuste  pré- 
vention de  madame  de  Staël  contre  un  pays  et  contre  des 
hommes  pour  lesquels  elle  professe  à  chaque  instant  un 
amour  que  sa  plume  dément  sans  cesse.  Elle  eût  pu  flatter 
davantage  l'Angleterre,  qu'elle  personnifie  dans  Oswald , 
et  orner  son  héros  de  tous  les  dons ,  de  toutes  les  qualités 
qu'il  laisse  à  désirer  ;  mais  si ,  pour  mieux  le  faire  briller, 
elle  avait  besoin  d'un  contraste,  ne  pouvait-elle  le  trouver 
sans  sortir  de  l'Angleterre,  ou  du  moins  ne  pouvait-elle  le 


hhl  LITTÉRATURE. 

prendre  chez  un  peuple  qui  diffère  des  Anglais  par  sa  reli- 
gion, son  esprit  et  ses  habitudes?  Les  Irlandais  sont  là 
pour  tout  le  monde,  et  les  écriTains  de  la  Tamise  ne  se 
font  pas  faute  de  ces  malheureux  pour  les  sacrifier  aux 
préjugés  et  à  l'orgueil  des  vieux  Bretons.  Pourquoi  donc 
prendre  un  Français  ?  pourquoi  surtout  charger  les  cou- 
leurs dont  la  jalousie  de  l'étranger  se  complaît  à  défigurer 
notre  caractère  national  ?  Ce  comte  d'Erfeuil  qui  joue  avec 
les  mots,  avec  les  phrases,  mais  qui  ne  prend  jamais  pour 
sujet  de  ses  discours  ni  les  objets  extérieurs,  ni  les  senti- 
mens  intimes,  dont  la  conversation  n'est  ni  du  deliors  ni 
du  dedans;  cet  homme  qui,  même  dans  le  malheur,  est 
incapable  d'affections  profondes,  et  digne  d'être  aimé  seu- 
lement comme  il  aime,  en  hon  camarade  déplaisirs  et  de 
périls j  mais  qui  ne  s'entend  point  au  partage  des  peines; 
ce  comte  d'Erfeuil,  enfin,  qui  dit  des  choses  d'une  imper- 
tinence si  ridicule,  peut  être  une  caricature  agréable,  et^ 
jusqu'à  un  certain  point,  le  portrait  fidèle  d'un  courtisan 
ou  d'un  aimable  petit-maître;  mais  jamais,  même  à  l'é- 
poque où  ils  étaient  les  plus  frivoles,  les  Français  n'ont  pu 
être  représentés  sous  de  pareils  traits  :  ces  traits  leur  con- 
viennent aujourd'hui  moins  qu'à  aucune  époque,  et  il  y 
aurait  à  s'y  reconnaître  une  modestie  aussi  ridicule  qu'il  y 
a  d'injustice  à  les  tracer.  La  même  injustice  se  retrouve  à 
l'égard  des  Françaises;  elles  n'ont  pas  plus  la  fausseté,  les 
ruses  et  le  manège  de  madame  d'Arbigny ,  que  les  An- 
glaises ne  possèdent  la  douceur,  les  vertus  et  toutes  les 
qualités  solides  dont  madame  de  Staël  enrichit  si  généreu- 
sement la  jeune  épouse  du  lord  Nelvil.  Tous  ces  portraits 
de  nations  manquent  de  justesse  et  de  véritable  philoso- 
phie. Madame  d'Arbigny  n'est  pas  la  France;  Corinne  n'est 
pas  l'Italie;  Lucilc  n'est  pas  l'Angleterre;  la  gloire  comme 
les  vertus  modestes,  le  bonheur  domestique  comme  les 


LITTÉRATURE.  555 

jouissances  du  génie  sont  de  tous  les  pays ,  et  les  diffé- 
rences extérieures  ne  cachent  qu'à  des  yeux  inattentifs 
l'uniformité  des  sentimens,  des  principes  et  dés  vertus  qui 
régnent  à  peu  près  au  même  degré  chez  toutes  les  nations 
policées  de  l'Europe.  En  France  ,  la  vie  des  hommes  et  des 
femmes  est  toute  extérieure,  il  y  a  peut-être  trop  de  bruit 
et  d'éclat;  mais  ailleurs,  et  surtout  en  Angleterre,  n'y  au- 
rait-il pas  trop  de  mystère  et  d'obscurité  ?  En  France,  les 
vices  même  sont  à  peine  déguisés;  notre  pétulance  dé- 
range à  tout  moment  le  voile  léger  que  le  sentiment  des 
convenances  jette  sur  nos  travers  :  voilà  pourquoi  ils  frap- 
pent d'abord  les  yeux  de  l'étranger,  qui  les  cherche  comme 
un  soulagement  aux  souffrances  de  l'amour-proprc  ;  toutes 
les  pièces  de  l'appartement  s'ouvrent  devant  lui,  tous  les 
membres  de  la  famille  lui  sont  présentés.  En  Angleterre, 
à  peine  l'étranger  trouve-t-il  place  en  un  parloir  obscur,  le 
reste  est  clos,  et  c'est  là  que  se  retirent  les  visages  meur- 
tris et  les  yeux  gonflés  de  larmes.  Pour  connaître  ce  qui 
se  passe  dans  les  familles,  pour  s'instruire  des  mœurs  do- 
mestiques ,  il  faut  consulter  la  liste  des  avortemens  et  des 
suicides;  il  faut  lire  les  sentences  des  cours  d'assises. 

Année. 


III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

LIVRES   ÉTRANGERS  (i). 

AMÉRIQUE. 

ÉTATS-UNIS. 

217.  —Biography,elc.  —Biographie  des  sîgaataires  de  la  dii- 
claration  d'indépendance  ,  par  John  Sandeeson.  Philadelphie,  1821. 

1  vol.  in-S". 

218.  —Journal  of  Voyages  and  trauels ,  etc.-  Journal  de  Voyages 
dans  l'intérieur  de  l'Amérique  septentrionale  jusqu'à  l'Océan  paci- 
fique ,  formant  une  distance  de  cinq  mille  milles  ;  avec  une  carte 
du  pays;  par  Daniel  Habmon.  Andover.  1  vol.  in-S". 

ttiQ.  -  Filial  affection.  -  L'amour  Elial,  ou  la  petite  fille  de 
l'Ecclésiastique  protestant.  Conte  moral.  Boston,  iSao.  1  vol.  in-i8 
de  162  pages. 

Ouvrages  anglais  réimprimés  en  Amérique. 

D30.  -  Life  of  Wesley,  etc.  -  Vie  de  Wesley,  et  naissance  et 
progrès  du  méthodisme  ;  par  Robert  Southey.  2  vol.  iu-S». 

221.  —  Life  of  the  Right  lion.  John  Philpot  Curran.  -  Vie  de 
l'honorable  Jean  Philpot  Curran ,  maître  des  Rôles  en  Irlande;  par 
son  fils  miliam  Chehan  ,  conseiller.  1  vol.  in-8°.  (Voyez  l'analyse 
de  cet  ouvrage ,  Rev.  Encycl. ,  tom.  IX ,  p.  287.) 

222.  -  Memoirs  of  Richard  Lovell  Edgeworlh.  -  Mémoires  de 
Richard  Lovell  Edgeworth;  commencés  par  lui  et  achevés  par  sa  fille 
Maria  Edgewoeth.  Boston,  1820.  2  vol.  in-8". 

EUROPE. 

GRANDE-BRETAGNE. 

223.-  T/ie  history    of  plague ,  etc.   -   Histoire    de   la    peste 


(1)  Nous  indiquerons ,  par  un  astérisque  (»)  place  a  coté  du  titre 
de  chaque  ouvrage,  ceux  des  livres  étrangers  ou  français  qu. 
paraîtront  dignes  d'une  attention  particulière,  et  dont  nous 
rendrons  quelquefois  compte  dans  la  section  des  analyses. 


LIVRES  ÉTRANGERS.  555 

qui  s'est  manifestée  dernièrement  dans  les  isles  de  Malte,  Goro^ 
Corfou ,  Céphalonie ,  etc.  ;  contenant  plusieurs  faits  importans 
qui  expliquent  la  contagion  spécifique  de  cette  maladie ,  avec 
les  moyens  particuliers  pour  la  détruire  ;  par  J.  D,  Tclly  ,  chirurgien 
militaire  ,  membre  de  l'académie  Ionienne  ,  dernièrement  président 
du  comité  de  Santé  des  Iles  Ioniennes.  Londres,  i82i.Longman 
et  comp.  un  vol.  in-S°. 

Les  recherches  qu'a  faîtes  dernièrement  le  parlement  pour  recon- 
naître la  véritable  nature  de  la  peste  ,  ont  donné  lieu  à  la  publication 
de  cet  ouvrage ,  qui  contient  l'histoire  des  pestes  qui  ont  ravagé  la 
Méditerranée ,  pendant  les  sept  dernières  années,  surtout  celle  des 
Iles  Ioniennes ,  dont  l'auteur  a  fait  les  rapports  oËBciels.  Il  ne  se 
doutait  pas  alors  qu'on  élèverait  des  doutes  sur  la  nature  contagieuse 
de  la  peste.  11  ne  croit  pas  que  la  contagion  se  propage  par  l'atmos- 
phère ,  et  que  le  froid  ou  le  chaud  contribuent  à  en  arrêter  le 
progrès.  Malte  a  eu  fréquemment  la  peste  depuis  iSga.  On  y  bâtit 
le  Lazareth  en  16-5  ;  et  c'est  en  i8i5  qu'on  éprouva  la  dernière 
peste  qui  fut  apportée  d'Alexandrie  :  elle  occasionna  beaucoup  de 
ravages;  et,  au  moment  où  elle  paraissait  diminuer,  elle  fut  de 
nouveau  répandue  par  le  pillage  des  marchandises  infectées  ;  ce 
n'est  que  lorsque  sir  Thomas  Maitland  fut  arrivé  pour  établir  un 
cordon  plus  serré  ,  que  les  progrès  du  mal  furent  arrêtés.  Le  4^  cha- 
pitre de  l'ouvrage  donne  l'esquisse  de  la  peste,  en  i8i3  et  i8i4» 
sur  les  rives  de  Lipanto  et  en  Albanie  ;  le  S'',  celle  de  Corfou  ;  le  7", 
celle  de  Céphalonie  ;  le  8« ,  celle  de  Noja.  Partout  on  a  employé  des 
moyens  analogues,  et  partout  ils  ont  été  couronnés  de  succès  lorsqu'on 
y  a  mis  assez  de  persévérance.  L'auteur  fait  connaître,  dans  le"6«  cha- 
pitre, ceux  dont  on  s'est  servi  pour  procurer  des  provisions  à  la  popula- 
tion séquestrée,  et  pour  garantir  de  la  contagion  les  personnes  chargées 
de  soigner  les  malades.  11  traite  ,  dans  le  9"  chapitre  ,  de  la  nécessité 
de  la  quarantaine,  qui  avait  été  également  reconnue  par  Buonaparte, 
en  Egypte  ,  et  de  la  manière  de  purifier  les  lieux  infectés.  Il  y  a  sans 
doute  des  maladies,  dépendantes  du  climat  et  de  la  saison,  qui  peuvent 
C-tre  confondues  avec  la  peste  ;  celles-ci  se  présentent  aussi  pendant 
la  peste ,  on  doit  nécessairement  les  distinguer  pour  ne  pas  prodi- 
guer inutilement  des  moyens  rigoureux  ;  mais  la  contagion  de  la 
peste ,  par  le  contact ,  et  la  nécessité  du  séquestre  ,  ne  lui  paraisssent 


556  LIVRES  ÉTRANGER  S. 

sujettes  à  aucun  doute,  et  tout  ce  que  rapporte  l'auteur  nous  confirme 
pleinement  dans  cette  opinion.  F— n.  D.  M. 

224.  —  The greelc  Testament ,  etc.  —  Texte  grec  du  nouveau  Tes- 
tament, avec  des  notes  latines,  tirées  des  ouvrages  de  Hardy,  Ra- 
phel,  Kypke,  Schleusner  ,Rosenmullpr ,  et  la  plupart  des  variantes 
de  Griesbach  ;  par  E.  Valpy  ,  chapelain  de  l'évèque  de  Norsvich. 
Londres,  1821.  3  vol.  in-S»;  prix,  2  liv.  12  sh.  6  d.— 62  fr. 

Cette  savante  édition  est  destinée  aux  étudians  en  théologie  de 
l'église  anglicane. 

225.  —  The  Age  of  christian  reason.  —  L'Age  de  la  raison  chré- 
tienne, ou  Réfutation  des  doctrines  de  Thomas  Paine  et  de  M.  de 
Volney ,  sur  la  religion  et  sur  la  politique  ;  par  Thomas  Broighton. 
Londres,  18120.  Livington.  1  vol.  in-S»  de  2S0  p. 

En  retranchant  de  ce  volume  quelques  doctrines  hasardées ,  et  les 
injures  fort  superflues  contre  les  déistes ,  les  athées  et  les  catholiques , 
l'ouvrage,  s'il  était  traduit  dans  notre  langue  ,  avec  quelques  addi- 
tions ,  serait  très-utile  et  obtiendrait  un  grand  succès. 

226.  —  T'he  enthousiasm,  qfmelhodists  and papists ,  etc. — Les  ca- 
ractères et  les  effets  du  zèle  excessif  des  méthodistes  et  des  papistes  , 
par  l'évèque  Lavisctos  ;  nouvelle  édition  ,  avec  une  introduction  et 
des  notes,  par  le  rév.  Polwhelb.  Londres,  1821,  chez  les  associés 
Whittaker,  etc.  1  vol.  iu-S». 

On  sait  que  deux  communions  très-nombreuses  ,  celles  des  puri- 
tains ou  méthodistes,  et  celles  des  papistes,  autrement  des  catho- 
liques, rivalisent,  chez  les  insulaires  nos  voisins  ,  avec  l'église  établie 
ou  l'église  anglicane  réformée.  Cet  ouvrage ,  plein  de  faits  remar- 
quables et  de  réflexions  curieuses ,  a  pour  objet  de  servir  d'instruction 
aux  Anglicans ,  et  de  les  prémunir  contre  l'esprit  de  prosélytisme 
des  deux  autres  communions  ,  dont  les  progrès  sensibles  ont  donné 
de  l'inquiétude  à  leurs  adversaires.  L  —  s, 

22j.—rltaly  and  the  Italians ,  etc. — L'Italie  et  les  Italiens  au 
19*  siècle ,  ou  Lettres  sur  l'état  civil,  politique  et  moral  de  ce  pays, 
écrites  en  i8i8  et  1819;  avec  un  appendice  contenant  des  extraits 
de  littérature  italienne  moderne ,  par  un  ofiîcier  étranger,  au  service 
de  l'Angleterre.  Londres,  1821.  1  vol.  in-8"  de  271  pages. 

Madame  de  Staël  a  dit  :  a  Les  Italiens  sont  plus  remarquables  parce 
qu'ils  ont  été  et  par  ce  qu'ils  pourraient  être,  que  par  ce  qu'ils  sont 


LIVRES  ÉTRANGERS.  557 

maînlcnant.  »  Tous  ceux  qui  connaissent  l'histoire  de  l'Italie  ne 
peuvent  contester  la  justesse  de  cette  remarque.  Cependant  les 
Italiens  ne  méritent  pas  non  plus  d'être  traités  avec  cette  espèce 
d'indillerence  dont  on  peut  accuser  plusieurs  des  voyageurs  qui  ont 
visité  leur  pays.  Presque  tous  ont  décrit  longuement  les  ruines  et 
les  monumcns  de  l'Italie,  sans  s'occuper  de  peindre  le  peuple  qui 
l'habite  :  ou,  s'ils  essaient  d'en  donner  une  idée,  c'est  en  prêtant 
le  même  caractère  aux  Toscans,  aux  Napolitains,  aux  Lombards, 
aux  Génois i  aux  Vénitiens,  aux  Romains,  qui  différent  presque 
autant  les  uns  des  autres  que  les  Allemands  diffèrent  des  Anglais  , 
et  les  Hollandais  des  Français.  L'auteur  de  cet  ouvrage  a  eu  pour 
but  de  rectifier  plusieurs  erreurs  de  ce  genre,  en  s'appliquant  à 
peindre  les  mœurs  et  les  habitudes  des  Italiens,  non  d'après  des 
données  générales  et  vagues,  mais  d'après  ses  propres  observations. 
Elevé  en  Italie,  dont  il  possède  parfaitement  la  langue,  l'auteur 
y  a  fait  dernièrement  un  voyage  et  un  séjour  de  quelques  mois.' 
Parmi  plusieurs  détails  iuléressans  sur  les  mœurs  et  les  institutions' 
des  Napolitains ,  nous  avons  remarqué  le  passage  suivant  ;  «  II  existe 
à  Naples  une  institution,  la  seule  de  ce  genre  qu'il  y  ait  en  Europe; 
c'est  un  collège  où  sont  élevés  de  jeunes  Chinois,  enlevés  à  leur 
patrie  par  les  missionnaires ,  quand  ils  n'ont  que  treize  ou  quatorze 
ans.  lis  reçoivent  les  ordres,  et  retournent  ensuite  dans  leur  pays 
pour  y  répandre  le  christianisme  :  il  y  avait  six  Chinois  au  collège 
en  181S.  »  Cet  ouvrage,  écrit  avec  élégance,  éveille  et  satisfait  la 
curiosité.  Il  renferme  des  aperçus  intéressans  sur  l'état  moral  et 
politique  des  Italiens.  L.  S.  B. 

22S.  — An  account  of  ihe  inlerior  of  Cejlan ,  etc.  —  Description 
de  l'intérieur  de  l'ile  de  Ceylan,  par  John  Davy.  D.  M.  F.  R.  S. 
Londres,  1821.  i  vol.  in-4°. 

Déjà  Knox ,  Gautier,  Schouten,  R.  Percival ,  Cordiner  et  plusieurs 
autres  ont  décrit  les  mœurs  et  les  usages  des  Chingulais  ;  un  pseu- 
donyme d'Oxford  a  tracé  leur  histoire.  Cependant  l'ouvrage  de 
M.  Davy  contient  un  grand  nombre  de  détails  entièrement  neufs 
sur  cette  île ,  intéressante  sous  tant  de  rapports.  L'antiquité  des 
traditions  conservées  par  les  Indous  sur  Tapou  Ravana  (l'île  de 
Ravana)  (1) ,  les  temples  immenses  qui  subsistent  encore  dans  quel- 

(1)  De  là  le  nom  grec  Taprohane.  Voj.  les  Monumens  de  l'Hin- 
doustan,  par  M,  Lakglès,  Paris,  1821.  2  vol.  in-folio. 


&58  LIVRES  ÉTRANGERS. 

ques-uns  de  ses  cantons,  la  singularité  des  coûtâmes  de  ses  habitans, 
les  bizarreries  géologiques  que  le  sol  offre  aux  naturalistes  ;  enfin , 
l'importance  de  ses  produits ,  tout  appelle  l'intérêt  sur  ce  pays , 
décrit  par  M.  Davy  avec  d'autant  plus  de  soin  que  là ,  comme  partout 
ailleurs,  le  titre  de  médecin  su£Bt  pour  aplanir  tous  les  obstacles. 

E.  Gacitieb. 

229.  —  Journal  of  a  voyage  for  the  discouery  cf  a  norlh-west 
passage,  elc. — Journal  du  voyage  entrepris  pour  découvrir  un  pas- 
sage au  nord-ouest,  entre  l'océan  Atlantique  et  la  mer  Pacifique...., 
par  le  capitaine  W.  Pakby.  Londres,  1821.  1  vol.  in-4°. 

Déjà  plusieurs  relations  intéressantes  avaient  entretenu  le  public 
de  l'histoire  de  la  seconde  expédition  entreprise  par  la  marine  an- 
glaise ,  pour  découvrir  un  passage  au  nord-ouest  de  l'Amérique  ; 
mais  elles  n'avaient  pas  de  caractère  officiel.  Le  capitaine  Parry, 
commandant  l'expédition ,  vient  enfin  de  publier  la  relation  authen- 
tique de  son  voyage.  Nous  n'en  extrairons  que  les  détails  essentiels , 
attendu  que  cet  ouvrage   vient  d'être  traduit  en  français. 

Dès  leur  entrée  dans  le  détroit  de  Davis,  en  juillet  1819,  les 
deux  frégates  anglaises  rencontrèrent  tant  de  glaces ,  qu'elles  eurent 
de  la  peine  à  avancer;  elles  entrèrent  néanmoins,  le  5o  juillet,  dans 
le  Sund  de  Lancaster ,  où  elles  trouvèrent  une  immense  quantité  de 
baleines.  Le  capitaine  Ross,  commandant  de  l'expédition  préeé- 
deJite  ,  n'y  était  arrivé ,  en  1818,  qu'à  la  fin  d'août;  ce  qui  avait 
augmenté  les  obstacles  de  la  route.  Son  successeur  avait  l'instruction 
de  pénétrer  dans  le  grand  Sund,  à  l'ouest  de  la  baie  de  Baffin.  Ce 
fut  donc  dans  cette  direction  que  les  deux  frégates  avancèrent  ,  en 
donnant  des  noms  aux  côtes  ,  aux  caps  et  aux  îles  qu'elles  rencon- 
trèrent. Suivant  l'usage,  ce  furent  les  fonctionnaires  publics  et  les 
hommes  bien  vus  du  gouvernement ,  dont  on  emprunta  les  noms 
pour  les  appliquer  à  la  géographie.  Ce  n'est  pas  au  parti  de  l'Oppo- 
sition, quelque  respectable  qu'il  soit  ^  que  de  pareils  honneurs  sont 
réservés.  Un  capitaine  de  marine,  même,  est  assez  courtisan  pour 
savoir  qu'il  serait  maladroit  d'honorer  des  noms  qui  déplaisent  aux 
ministres.  L'expédition  continua  de  naviguer  dans  la  direction  de 
l'ouest ,  pendant  le  mois  d'août  ;  il  n'y  avait  pas  de  doute  qu'elle 
ne  fût  dans  la  mer  Polaire  ;  elle  trouva  un  groupe  d'îles ,  qui  reçut 
le  nom  de  la  Nouvelle  Géorgie ,  et  une  des  plus  grandes  de  ces  îles 
futîiomméc  Ih  Melyille ;  le  5  septembre,  les  deux  batinicns  se 


LIVRES  ÉTRANGERS.  550 

trouvèrent  à  110°  ouest  du  méridien  de  Greenwich  ,  et  à  74°  44'  2" 
de  latitude  septentrionale  ;  par  conséquent,  ils  eurent  gagné  la  prime 
de  cinq  mille  livres  sterling ,  promise  par  le  parlement  aux  bâtimens 
qui  arriveraient  les  premiers  à  cette  longitude,  dans  le  cercle  polaire 
arctique.  Les  matelots  apprirent  avec  joie  cette  nouvelle,  que  leur 
communiqua  le  capitaine  Parry ,  et  la  première  pointe  de  terre  qu'ils 
rencontrèrent  reçut  d'eux  le  nom  de  cap  delà  Prime  (Bounly  cape). 
On  essaya  de  se  porter  plus  loin  vers  l'ouest  ;  mais  les  vents  et  les 
glaces  les  en  empêchèrent;  le  thermomètre  tomba  subitement  à  Soc- 
les jours  devinrent  très-courts ,  et  il  fallut  se  résoudre  à  passer  un 
hiver  de  plus  de  dix  mois  dans  une  baie  de  l'île  Melville  ;  encore 
falkit-il  se  frayer  ,  pour  y  arriver,  un  passage  à  travers  la  glace.  Tous 
les  agrès  furent  mis  à  couvert ,  et  l'on  s'arrangea  pour  passer  ce  long 
hiver  le  moins  désagréablement  possible.  Le  capitaine  Parry  s'ima- 
gina de  faire  rédiger,  par  ses  oËBciers,  un  journal  qui  fut  intitulé  :  Ga- 
zette de  la  Nouvelle  Géorgie,  et  qui,  au  retour  de  l'expédition',  a  été 
imprimé  en  Angleterre  (_f^.  ci-après}  ;  de  plus ,  il  organisa  un  théâtre, 
dont  les  représentations  amusèrent  infiniment  les  matelots  et  furent 
très-suivies.  Le  soleil  disparut,  le  4  novembre ,  pour  ne  reparaître  que 
quatre-vingt-seize  jours  après.  Les  loups  commencèrent  à  hurler  sur 
les  neiges  et  les  glaces  autour  des  bâtimens;  ce  furent  les  seuls  ani- 
maux que  l'on  vit  en  nombre  ;  un  ours  blanc  fit  une  courte  appari- 
tion ;  les  coups  de  fusil  dont  il  fut  accueilli  ne  l'engagèrent  pas  à 
revenir.  Vers  la  fin  de  novembre  et  au  commencement  de  décembre, 
la  température  fut  d'une  rigueur  extrême  ;  l'obscorité  était  dissipée 
en  partie  par  les  belles  aurores  boréales  et  par  la  lune ,  dont  le 
disque  brillant  semblait  reposer  quelquefois  sur  une  colonne  de  lu- 
mière ,  ou  que  la  réfraction  de  la  lumière  faisait  paraître  comme 
brisé  ;  quelquefois  la  lumière  jaillissait  de  nuages  légers  et  transpa- 
rens.  Le  scorbut  commença  à  se  manifester  parmi  l'équipage  ;  mais 
on  fit  croître  ,  pour  les  malades ,  du  cresson  dans  de  la  terre  humide 
au-dessous  d'un  poêle  ;  on  eut  soin  aussi  de  distiibuer  journellement 
aux  matelots  du  jus  de  citron  avec  du  sucre;  par  ces  moyens,  on 
empêcha  la  maladie  de  faire  des  progrès.  Il  est  à  remarquer  que  la 
salade  que  l'on  fit  croître  dans  le  bâtiment  n'avait  pas  de  couleur, 
parce  que  la  végétation  avait  été  privée  d'air. 

Le  3  février ,  on  aperçut  le  soleil ,  du  haut  des  huniers  ;  les  jour» 
suivans  il  y  eut  une  aurore  qui  alla  toujours  en  augmentant;  enfin , 


560  LIVRES  ÉTRANGERS. 

le  7 ,  le  jour  fut  as^ez  loug  pour  que  l'on  pût  aller  à  terre  et  com- 
mencer à  travailler  aux  préparatifs  du  départ.  Les  mois  suivans  se 
passèrent  dans  l'attente  du  dégel.  Au  mois  de  mai,  le  capitaine 
Parry  fit  dans  l'île  un  petit  jardin  où  il  planta  des  oignons,  des  radis, 
du  cresson  et  de  la  moutarde  ;  aucune  de  ces  plantations  ne  réussit. 
Le  i"juin,  on  fit  une  excursion  dansl'ile;  on  n'y  trouva  que  peu 
de  végétaux ,  entre  autres  une  renoncule  en  pleine  floraison  ;  on  vit 
des  souris,  un  bœuf  musqué,  des  hirondelles,  des  canards  et  des 
oies  sauvages,  des  bêtes  fauves,  etc.  Sur  une  pointe  de  terre,  on 
vit  des  restes  de  six  huttes  d'Esquimaux  ,qui  apparemment  viennent 
dans  cette  île  pendant  la  courte  durée  de  l'été.  Au  milieu  du  mois 
de  juillet,  le  tems  fut  doux  et  agréable;  l'équipage  se  livra  à  la 
chasse  ;  la  mer  fut  libre  ,  et ,  au  i*^'  août ,  les  deux  bâtimens  mirent 
à  la  voile  pour  continuer  leurs  ,découvertes  à  l'ouest ,  et  passer ,  s'il 
était  possible  ,  dans  la  mer  du  Sud.  Cependant  ils  eurent  à  lutter 
contre  des  vents  si  violons  et  des  masses  de  glaces  tellement  fortes  , 
que  le  commandant  perdit  l'espoir  d'aller  plus  loin.  Il  tint  conseil 
avec  ses  officiers,  et  il  fut  résolu  que  l'on  retournerait,  pour  n'être 
pas  exposé  à  passer  infructueusement  un  second  hiver  dans  ces  ré- 
gions glacées.  On  prit  donc  le  chemin  de  retour,  avec  la  certitude 
d'avoir  poussé  la  navigation  dans  la  mer  Polaire ,  plus  loin  qu'elle 
ne  l'avait  été.  Le  capitaine  Parry  ne  doute  pas  qu'il  n'existe  un  pas- 
sage entre  l'Océan  Atlantique  et  la  mer  du  Sud  ;  mais,  vu  la  courte 
durée  de  la  saison  navigable,  les  vents  et  les  glaces,  il  n'est  guère 
possible  d'en  profiter;  peut-être,  le  parcourrait-on  plus  facilement 
en  partant  du  détroit  de  Behring,  et  en  allant  par  conséquent  de 
l'ouest  à  l'est.  11  peut  se  trouver ,  d'ailleurs ,  à  des  latitudes  moins 
élevées ,  des  communications  entre  l'Océan  et  la  mer  Polaire.  Le 
capitaine  désigne  comme  des-  points  qui  mériteraient  d'être  explorés 
dans  cette  intention  ,  le  détroit  de  Cumberland  ,  le  passage  dit  Sir 
Roives-PFelcome,  situé  entre  l'île  Southampton  et  la  côte  d'Amé- 
rique ;  enfin,  la  baie  de  Refus,  Repulse-Baj.  On  sait  que  ce  marin 
habile  a  reçu  de  l'amirauté  anglaise  le  commandement  d'une  autre 
expédition  qui  va  continuer  les  découvertes  commencées  dans  le 
cercle  polaire.  D-c. 

23o.  —  The  north  Georgia  Gazette,  etc.  —  Gazette  de  la  Géorgie 
septentrionale,  ou  chronique  d'hiver.  Londres,  1S21.  1  vol.  in-i" 
de  1 32  pages. 


LIVRES  ErRANGF.RS.  561 

Cet  ouvrage  est  remarquable  par  les  clrcoastaaces  singulières  qui 
l'ont  fait  naître.  Exilés  loin  du  monde  civilisé  ;  réduits  à  passer  un 
long  hiver  dans  les  mers  arctiques  ,  au  milieu  des  glaces  du  pôle  , 
les  officiers  qui  composaient  l'équipage  des  deux  vaisseaux  anglais, 
l'HècIaet  le  Griper ,  envoyés  à  la  découverte  d'un  passage  nord- 
ouest  de  l'Océan  Paciflque  dans  l'Océan  Atlantique ,  imaginèrent 
deux  moyens  d'échapper  à  l'ennui  qui  les  menaçait.  Ils  ouvrirent 
un  théâtre  et  fondèrent  un  journal  qui  devait  paraître  toutes  les  se- 
maines, et  qui  n'était  composé  que  de  morceaux  originaux,  La  di- 
rection du  théâtre  fut  confiée  au  lieutenant  Beechey,  qui  peignit  les 
décorations  ,  et  le  capitaine  Sabine  consentit  à  devenir  éditeur  du 
journal.  On  recommanda  à  ceux  qui  voulaient  contribuer  à  la  ré- 
daction de  ce  recueil ,  de  mettre  au  bas  de  leurs  articles  un  sio-ne 
particulier ,  dont  eux  seuls  auraient  la  clef,  et  de  déguiser  leur 
écriture ,  aQn  que  les  jugemens  et  les  censures  pussent  avoir  le  ca- 
ractère de  l'impartialité.  La  boîte  aux  lettres  de  l'éditeur  fut  placée 
sur  le  cabestan  de  l'Hécla ,  nt  le  premier  numéro  de  la  Gazette  de  la 
Géorgie  septentrionale  parut  le  i"  novembre  1819.  Le  recueil  alla 
jusqu'à  vingt-un  cahiers.  Ces  feuilles  détachées,  que  l'on  a  réunies 
et  que  l'on  vient  de  publier  en  Angleterre  sans  y  rien  changer,  contien- 
nent des  lettres,  des  poésies  fugitives,  des  critiques  dramatiques  et 
d'autres  morceaux  détachés.  On  sent  qu'un  ouvrage  de  ce  genre  ne 
pourrait  supporter  une  critique  bien  sévère  ;  aussi  doit-il  être  regardé 
plutôt  comme  objet  de  curiosité ,  vu  la  situation  où  se  trouvaient  les 
auteurs  ,  que  comme  production  littéraire.  On  remarque  une  des- 
cription en  vers  des  mers  arctiques  et  des  glaces  éternelles  des 
pôles  ,  qui  est  écrite  avec  vérité.  Ce  volume  peut  servir  d'appendice 
à  la  relation  du  voyage  que  nous  avons  annoncé  ci-dessus. 

201.  —  T/ie  Legend  of  Argyle ,  etc. —  La  Légende  d'Argyle  ,  ou 
Il  y  a  cent  ans  passés.  Londres,  1821.  Colburn.  a  vol.  in^". 

Ce  titre  est  évidemment  imité  de  celui  de  JVauerley  ou  V Ecosse 
il  y  a  soixante  ans.  L'auteur  n'avait  pas  besoin  d'employer  ce  petit 
artifice  ;  l'ouvrage  peut  être  lu  pour  lui-même.  L'intrigue  est  fondée  ' 
sur  la  révolte  de  1715  en  faveur  de  la  maison  de  Stuart,  et  le  duc 
d'Argyle,  célébré  par  Pope,  en  est  le  héros.  Les  caractères  histori- 
ques sont  peints  avec  esprit  et  fidélité  ;  les  personnages  imaginaire» 
sont  bien  dans  l'esprit  du  tems,  et  tels  que  l'époque  a  dû  en  pro- 
duire. Ce  sontj  pour  la  plupart,  des  jacobite»  et  des  anti-jacobites, 

Tome  xi.  56 


562  LIVRES  ETRANGERS. 

des  enthousiastes  dévoués  aux  diËfércns  partis ,  des  officiers  de  for- 
tune ,  etc.  Une  imagination  féconde  a  su  animer,  par  une  foule  de 
détails  intéressans,  les  faits  empruntés  à  l'histoire.  Le  style  est  gé- 
néralement pur  et  facile. 

232. The  Hislorj  and  Aniiquilies  ofthe  Tower cfLondon,  etc. 

—  Histoire  et  Antiquités  de  la  Tour  de  Londres,  avec  des  anec- 
dotes biof^raphiques  sur  plusieurs  personnes  royales  et  sur  des  per- 
sonnao-es  de  distinction;  tirées  des  registres,  des  papiers  de  l'état, 
des  manuscrits  déposés  à  la  Tour,  et  d'autres  sources  authentiques  ; 
par  John  Bailey.  Publiées  en  deux  parties.  —  i"  partie.  Londres, 
1821.  Murray.  1  vol.  in-4'*  de  5o6  pages. 

La  Tour  est  un  des  plus  antiques  édifices  de  Londres.  Après  avoir  ■ 
été  la  résidence  de  plusieurs  souverains,  elle  est  devenue  prison 
d'état.  Le  sceptre  et  les  diamans  de  la  couronne  d'Angleterre  y  sont 
aussi  déposés.  L'auteur  de  l'ouvrage  que  nous  annonçons  donne  au 
public,  dans  cette  première  partie,  une  histoire  chronologique  et 
générale  de  la  Tour,  comme  palais  et  comme  forteresse,  avec  la 
description  de  tous  ses  bâtimens.  Elle  servit  de  refuge  au  roi  Jean, 
en  i2i5,  lors  de  la  révolte  de  ses  barons.  Henri  III  l'habita  long- 
tems,  la  fortifia  et  orna  la  chapelle  de  peintures  et  de  sculptures. 
Vers  la  fin  du  règne  de  ce  prince ,  la  possession  de  la  Tour  lui  fut 
contestée  par  les  nobles  révoltés.  Sous  Edouard  III,  elle  devint  la 
prison  du  célèbre  roi  écossais  David  Bruce,  qui  y  fut  renfermé  avec 
plusieurs  chefs  de  la  même  nation ,  faits  prisonniers  à  la  bataille  de 
Neville's  Cross,  en  i546.  Charles  de  Blois,  l'un  des  compétiteurs  à 
la  couronne  de  Bretagne ,  le  vaillant  Jean  de  Vienne ,  le  gouverneur 
de  Calais ,  et  douze  des  plus  braves  défenseurs  de  cette  ville ,  enfin 
Jean ,  roi  de  France ,  et  son  fils  Philippe  furent  aussi  détenus  dans 
la  Tour. —  M.  Bailey  promet ,  pour  la  seconde  partie  ,  des  notices  bio- 
graphiques sur  tous  ces  personnages  et  sur  plusieurs  autres  captifs  en- 
fermés dans  la  Tour  pour  crime  d'état.  Cette  partie ,  qui  sera  la  plus 
intéressante,  paraîtra  incessamment  ;  elle  contiendra  la  description 
des  anciennes  coutumes,  de  la  juridiction  et  des  privilèges  attachés 
à  la  Tour.  L-  S.  B. 

POLOGNE. 

233.  —  j4stmno7nia ,  etc.  —  Astronomie  des  Dames ,  par  La- 
lAKDE,  traduite  du  français  par  François  Skomorowsri.  Varsovie, 
182 1.  Glùcksberg.  1  vol.  in- 18, 


LIVRES  ÉTRANGERS.  06 3 

2ù4-  —  Ostalnic  lata  panowanie ,  etc.  —  Dernières  années  du 
règne  de  Sigismond- Auguste.  Ouvrage  extrait  de  manuscrits  sur 
l'histoire  de  Pologne;  par  Joac/n'/ra  Lelewel.  Varsovie,  1S21.  Glùcks- 
berg.  1  vol.  in-8°. 

Le  public  désire  depuis  long-tems  que  M.  Lelewel  fasse  imprimer 
ses  manuscrits  sur  l'histoire  de  Pologne.  L'extrait  que  nous  annonçons 
est  bien  propre  à  justiGer  cet  empressement. 

255.  —  Pielgrzym  Dobromilu  ,  etc.  —  Suite  du  Pèlerin  à  Dobro- 
mil.  Varsovie,  1821.  N.  Gliicksberg.  i  vol.  in-12,  avec  Ggures  litho- 
graphiées. 

Nous  avons  déjà  annoncé  (  Voy.  Tom.  VIII,  pag.  58o.  )  le  Pèle- 
rin à  Dobromil,  auquel  l'auteur  vient  de  donner  une  suite.  Madame 
la  princesse  Czartoriska ,  après  avoir  consacré  une  partie'  de  sa  vie 
et  de  sa  fortune  à  l'éducation  de  quarante-neuf  jeunes  personnes, 
qu'elle  avait  prises  dès  l"âge  le  plus  tendre ,  et  qu'elle  dirigea  jus- 
qu'au moment  de  leur  mariage  ,  emploie  aujourd'hui  ses  loisirs  à  la 
composition  d'ouvrages  moraux  à  la  portée  des  paysans ,  et  destinés 
à  servir  à  l'instruction  du  peuple;  elle  est  secondée  dans  cette  noble 
tâche  par  sa  fille,  la  princesse  de  Wurtemberg,  dont  on  trouve, 
dans  le  premier  volume  de  cet  ouvrage ,  cinq  Nouvelles  pleines  de 
grâce  et  de  naïveté.  Celui  que  nous  annonçons,  comme  le  précé- 
dent, contient  des  observations  morales  puisées  dans  les  mœurs 
villageoises,  ce  qui  donne  aux  récits  la  couleur  de  l'idylle.  Le  Pè- 
lerin loue  et  critique  ce  que  les  paysans  font  sous  ses  yeux  ;  toutes 
les  conversations  ont  pour  objet  les  bonnes  qualités  et  les  mauvaises 
habitudes  des  paysans  polonais.  Cet  ouvrage  respire  l'amour  de  la 
patrie ,  et  l'on  ne  saurait  lui  accorder  trop  d'éloges.  On  y  trouve ,  à  la 
fin  ,  quelques  chants  nationaux  avec  la  musique. 

206.  —  Diezwica  z  Abidos ,  etc.  —  La  Vierge  d'Abidos ,  poème 
de  lord  Byroîj,  traduit  en  vers  polonais  par  le  comte  Ladislas  Os- 
TROwsEi.  Varsovie,  1821.  N.  Gliicksberg.  In-8°. 

Cette  charmante  traduction  fait  naître  le  désir  de  voir  son  auteur 
enrichir  la  littérature  polonaise  des  autres  productions  du  poète 
anglais.  L'exécution  typographique  prouve  que  M.  Gliicksberg  n'é- 
pargne aucuns  soins  ni  aucune  dépense  pour  donner  aux  ouvrages 
sortis  de  sa  librairie  tout  le  degré  de  perfection  dont  Timprimerie 
est  susceptible.  B. 

î^"-  —  Pierre-le-Grand ,  ou  l'Amour  du  monarque  pour  sa   Na- 

.36  * 


66A  LIVRES  ETRANGERS. 

tion ,  tragédie  polonaise  en  prose  ;  par  M.  Szumski  ,  professeur  au 
gymnase  de  Posen  ;  ouvrage  dont  l'empereur  Alexandre  a  accepté  la 
dédicace.  Poscn,  1820. 

L'auteur  de  cette  tragédie,  connu  par  quelques  ouvrages  concer- 
nant l'instruction  publique,  s'occupe  surtout  à  répandre  le  goût  de 
la  littérature  polonaise  dans  la  partie  de  la  Pologne  échue  à  la  Prusse. 
Il  a  fondé  à  Posen  une  bibliothèque  d'ouvrages  polonais,  choisis 
avec  soin,  la  seule  qui  existe  dans  le  grand-duché  de  Posen. 

NORVÈGE. 

;"  2Z8,~-JuOPgit>nings-Principies,  etc.  —  Principes  de  législation, 
ou  l'Etat  dans  ses  rapports  avec  la  religion ,  les  mœurs  et  la  civi- 
lisation, par  M.  N.  Teeschow.  Christiania,  1820.  1  vol.  in -8»  de 
464  pages. 

L'auteur  de  cet  excellent  ouvrage  mérite  d'être  mieux  connu 
qu'il  ne  l'est.  Penseur  profond ,  philosophe  éclairé  ,  il  aurait  été  plus 
célèbre ,  son  nom  aurait  été  prononcé  avec  ceux  des  Kant ,  des 
Fichte ,  des  Schelling ,  s'il  avait  appartenu  à  un  pays  dont  la  langue 
fût  plus  répandue  que  la  sienne.  Parmi  plusieurs  ouvrages  déjà  pu- 
bliés par  M.  Treschow,  nous  distinguons  une  Philosophie  de  l'his- 
toire, qu'il  fit  imprimer,  en  181 1,  à  l'usage  de  son  cours  de  philosophie, 
lorsqu'il  était  professeur  à  l'université  de  Copenhague.  L'ouvrage 
que  nous  annonçons  aujourd'hui  est  divisé  en  cinq  parties.  Dans 
la  première ,  il  examine  l'essence  et  le  but  de  la  société  ;  dans  la 
seconde ,  il  traite  de  la  civilisation  et  des  moyens  d'y  parvenir  ;  dans 
la  troisième,  il  s'occupe  des  devoirs  de  l'état  par  rapport  à  la  reli- 
gion; dans  la  quatrième,  il  montre  de  quelle  manière  et  jusqu'à 
quel  point  l'état  peut  et  doit  exercer  son  influence  sur  les  mœurs 
publiques;  enfin,  dans  la  cinquième  partie,  il  explique  ce  que  l'état 
doit  faire  pour  encourager  Ic^  progrès  des  sciences  et  de  toutes  les 
connaissances  humaines,  et  pour  leur  donner  une  direction  utile  à 
la  société  et  à  l'humanité  en  général. Toutes  ces  matières  sont  traitées 
avec  la  profondeur  et  la  sagacité  qui  distinguent  éminemment  cet 
auteur,  si  célèbre  dans  son  pays.  Il  est  à  regretter  seulement  qu'il 
semble  avoir  abandonné,  du  moins  jusqu'à  un  certain  point  ,  un 
petit  nombre  de  ces  principes  libéraux  qu'il  se  faisait  autrefois  un 
honneur  de  professer.  C'est  ainsi  que  plusieurs  des  principes  qu'il 
établit  aujourdhui  nous  paraissent  conduire  à  l'intolérance  en  ma- 


LIVRES  ÉTRANGERS.  565 

tière  religieuse  ;  c'est  ainsi  qu'il  voit  la  noblesse  et  les  ordres  de 
chevalerie  d'un  œil  plus  favorable  qu'il  ne  convient  à  un  philosophe. 
Ce  changement  d'opinion  serait  -  il  par  hasard  une  conséquence* 
nécessaire  du  changement  qui  s'est  opéré  dans  la  position  politique 
de  l'auteur,  qui,  de  professeur  à  l'université  de  Christiania,  est 
devenu  tout-à-coup  grand  fonctionnaire  public,  commandeur  d'ua 
ordre  suédois,  et  conseiller  d'état  à  porte-feuille?  Nous  ne  voulons 
pas  le  croire  ;  nous  aimons  mieux  attribuer  ce  changement  inattendu 
à  la  faiblesse  presque  toujours  inséparable  d'un  âge  très-avancé. 
M.  Treschow  est  arrivé  à  l'âge  de  soixante-dix  ans.  Le  second  volume 
paraîtra  cette  année  ;  il  sera  suivi  d'un  troisième  et  dernier  volume. 

a3g.  —  Norraena  ,etc.  —  Collection  de  chants  nationaux,  norvé- 
giens. Christiania,  1821,  in-S". 

En  1819,  le  prince  de  Hesse-Philipsthal  proposa,  en  Danemarck, 
un  prix  pour  la  meilleure  chanson  nationale.  En  faisant  connaître 
aux  lecteurs  de  la  Revue  Encyclopédique  cette  idée,  qui  nous  pa- 
raissait plus  noble  que  réfléchie ,  nous  avons  détaillé  les  raisons 
qui  nous  ont  empêchés  de  l'approuver.  {Voy.  T.  VI,  p.  4io.)  Nous 
croyons  que  le  tems  a  justifié  nos  réflexions.  Néanmoins ,  cette 
idée  en  a  suggéré  une  pareille  à  M.  Ploen,  négociant  très-respec- 
table de  Christiania ,  et  surtout  bon  patriote.  Il  proposa  un  prix 
pour  le  meilleur  chant  national  norvégien  ,  et  le  livre  que  nous 
annonçons  présente  le  résultat  de  son  entreprise,  en  vingt-un  chants 
plus  ou  moins  bons,  que  nous  n'hésitons  pas  d'appeler  patriotiques, 
en  laissant  au  tems  à  décider  si  l'un  ou  plusieurs  de  ces  petit* 
poèmes  seront  un  jour  dignes  d'être  considérés  comme  des  chants 
vraiment  nationaux.  Il  faut  avouer,  en  attendant,  que  la  justice  a 
présidé  au  choix  de  la  pièce  couronnée.  Son  auteur  est  M.  Bjekbe- 
Gàard.  On  pourrait  bien  nommer  après  lui  d'autres  poètes;  mais 
il  y  en  a  qui  se  sont  étrangement  trompés  sur  le  véritable  caractère 
d'un  chant  national.  Ils  ont  eu  le  malheur  d'oublier  que  le  prince 
et  les  familles  royales  meurent,  et  que  la  patrie  et  le  peuple  «eult 
sont  éternels.  Heieehc. 

ALLEMAGNE. 

240.  —  Uinriss  der  Geschichle  des  Preussischen  Staates. — Esquisse 
de  l'histoire  des  Etats  prussiens,  par  C.  H.  L.  Pœlitz,  professeur  de 
iciences  politiques  à  l'université  de  Berlin.  Leipsick,  1821. 


'366  LIVRliS  ETRANGERS. 

Ce  n'est  pas  le  premier  ouvrage  que  M.  Pœlitz  publie  sur  l'faisfoire 
de  la  monarchie  prussienne  ;  il  est  déjà  connu  très-avantageusement, 
et  personne  n'a  fait ,  en  ce  genre ,  de  plus  profondes  recherches  que 
lai.  Sans  être  un  abrégé^  l'ouvrage  que  nous  annonçons  est  destiné 
à  guider  les   professeurs   dans   leurs  leçons  d'histoire  ;  il  n'a  donc 
pas  lui-même  une  bien  grande  étendue.  La  Marche  de  Brandebourg 
est  le  point  de  départ  de  l'auteur  :  les  annales  des  autres  parties 
de  la  Prusse   ne  sont  expliquées  aux  yeux  des  lecteurs  que  quand 
M.  Pœlitz  arrive  à   leur  réunion  à  la    monarchie.  C'sst  alors  seu- 
lement que,  remontant  pour  chacune  aux  tems  anciens,  il  les  fait 
plus  spécialement  connaître.  Cette  esquisse  est  divisée  en  cinq  par- 
ties.   La  première  atteint  l'époque  où  la  dignité   de  margrave  fut 
déclarée  héréditaire,  c'est-à-dire  l'année   1142;  la  seconde   montre 
cette  dynastie  des  margraves  régnant  dans  le  Brandebourg  ,  jusqu'en 
i320  ;  la  troisième    traite  de   l'histoire  de  Brandebourg,  sous   les 
dynasties  de  Wittelsbach  et  de  Luxembourg,  jusqu'en    i4i5  ;   la 
quatrième  s'occupe  de  la  dynastie  de  Hohenzollern  ,  dépuis  l'élec- 
teur Frédéric  I"' jusqu'à  l'électeur  Frédéric-Guillaume,  en   i6.4o  ; 
enQn  la   cinquième,  qui    s'étend    jusqu'en    1S20 ,   nous    montre   le 
Brandebourg  devenu  royaume.  L'une  des  parties  les  plus  brillantes 
de  ce  livre  est ,  sans  contredit ,  l'histoire  du  Grand-Frédéric. 

ail. — Briefe  von  Joseph  II ,  etc. — Lettres  inédites  de  Joseph  II, 
bu  traits  caractéristiques  pour  servir  à  l'histoire  de  la  vie  publique 
et  privée  de  ce  monarque.  Leipsick,  1821,  in-8°. 

L'éditeur  ne  s'est  point  nommé  ;  et,  quoiqu'il  ait  privé  les  lecteurs 
de  tout  moyen  de  vérifier  l'authenticité  d'une  correspondance  aussi 
importante,  tout  en  elle  révèle  le  génie  de  l'illustre  empereur  auquel 
elle  est  attribuée.  On  sera  bien  aise  sans  doute  de  savoir  ce  que 
pensait  ce  nignarque  sur  plusieurs  points  qu'on  semble  vouloir  re- 
mettre en  dismssion.  Commençons  par  les  jésuites  :  «  Je  les  connais, 
écrivait  il  à  M.  de  Choiseul  en  janvier  1770  ;  je  sais  leurs  projets 
aussi  bien  qu'aucun  autre.  Leur  plan  est  de  couvrir  la  terre  de  té- 
nèbres et  de  brouiller  tout  en  Europe ,  depuis  le  cap  Finistère  jusqu'à 
la  mer  Baltique.  En  Allemagne,  ils  sont  mandarins;  en  France, 
ils  sont  académiciens,  hommes  de  cour  et  confesseurs;  en  Espagne 
et  en  Portugal ,  ils  sont  les  grands  de  la  nation  ;  enfin  au  Paraguay, 
ils  sont  rois.  Si  Joseph  I"  n'était  point  arrive  à  l'empire,  l'Alle- 
magne aurait  appris  à  connaître  leurs  Malagridas  et  leurs  Aveiros  ; 


LIVRES  ÉTRANGERS.  667 

elle  aurait  été  témoin  d'une  tentative  de  régicide.  »  Les  mêmes 
sentimens  se  retrouvent  dans  une  lettre  de  Joseph  II  au  comte 
d'Aranda  ;  elle  est  datée  de  juillet  ijjô.  En  1780,  Joseph  II  écrivait 
à  RI.  de  Choiseul  :  «  L'influence  du  clergé  sur  le  gouvernement , 
sous  le  règne  de  ma  mère  ,  sera  l'objet  d'une  réforme  de  ma  part. 
Je  n'aime  pas  à  voir  ceux  dont  la  mission  est  de  nous  préparer  une 
autre  vie,  appliquer  leur  sagesse  aux  choses  d'ici-bas.  »  En  1782  , 
l'empereur,  ayant  ôté  le  commandement  de  la  Bohême  au  prince 
de  Furstemberg,  fut  vivement  sollicité  de  révoquer  cette  décision; 
mais  il  répondit  qu'il  persistait  dans  sa  résolution  ;  qu'à  la  vérité 
il  connaissait  les  services  de  la  famille  de  Furstemberg,  mais  qu'il 
voulait  que  chacun  fût  à  sa  place  ;  et  que  le  gentilhomme  qui 
comptait  des  maréchaux  parmi  ses  aïeux  n'en  restât  pas  moins  un 
simple  lieutenant,  s'il  n'était  doué  des  hautes  qualités  nécessaires 
pour  le  commandement.  Une  dame  avait  demandé  de  l'emploi  pour 
son  fils ,  elle  était  veuve  d'un  général  ;  mais  ce  guerrier  n'avait 
point  légué  son  mérite  à  ce  jeune  homme,  très-infatué  de  sa  nais- 
sance. «  Je  suis  fâché,  Madame,  répondit  Joseph  II,  de  ne  pouvoir 
faire  de  votre  fils  ni  un  officier,  ni  un  homme  d'état,  ni  un  prêtre; 
en  un  mot,  il  n'est  que  gentilhomme,  mais  il  l'est  de  toute  son 
ame.  »  On  se  tromperait ,  si  l'on  pensait  que  cette  fermeté  de 
Joseph  II,  opposée  si  à  proposa  des  prétentions  déplacées  ,  excluait 
en  lui  les  sentimens  doux  et  tendres.  Chaque  fois  qu'il  parle  des 
parens  que  la  mort  lui  a  ravis,  ou  des  personnes  qui  lui  sont  chères, 
il  le  fait  dans  les  termes  les  plus  touchans ,  et  l'on  peut  citer,  comme 
un  modèle  en  ce  genre,  la  lettre  qu'il  écrivit,  en  février  1786,  au 
roi  de  France  actuel ,  alors  comte  de  Provence.  Nous  citerons  encore 
les  passages  suivans,  extraits  d'une  lettre  de  l'empereur  à  l'un  de 
ses  amis,  en  octobre  1787.  «  Depuis  mon  avènement,  je  me  suis 
efforcé  de  gagner  la  confiance  de  mes  peuples  ;  j'ai  souvent  prouvé 
par  les  faits  que  le  bien  de  mes  sujets  était  ma  passion;  que,  pour 
la  satisfaire ,  je  ne  redoutais  ni  peines,  ni  travaux,  ni  tourmens  ; 
enfin,  que  je  n'employais  aucun  moyen  sans  avoir  mûrement  ré- 
fléchi sur  son  utilité.  Et  cependant,  partout  on  oppose  des  obstacles 
aux  améliorations  que  j'ai  projetées  ;  et  ces  obstacles  viennent  de 
ceux-là  même  de  qui  je  ne  devais  pas  en  attendre.  Si  je  n'étais 
persuadé  que  la  providence  m'a  imposé  le  fardeau  du  diadème  avec 
l'obligation  de  subir  toutes  ks   peines  qui  s'y  trouvent  attachées. 


568  LIVRES  ÉTRANGERS. 

le  découragement  accablerait  ma  vie ,  et  le  vœu  de  n'être  plus 
s'emparerait  de  mon  esprit  malgré  moi  ;  mais  je  connais  trop  mon 
cœur,  la  droiture  de  mes  intentions  me  soutient.  Oui ,  je  l'espère, 
un  jour,  quand  je  ne  serai  plus,  la  postérité  plus  juste,  plus  impar- 
tiale ,  appréciera  ce  que  j'ai  fait  pour  mon  peuple.  »  Ces  lettres  sont 
en  allemand.  On  se  demande  si  Joseph  II  les  a  toutes  écrites  en 
cette  langue,  et  s'il  a  traduit  ou  fait  traduire  en  français  celles  qui 
n'ont  pu  être  envoyées  qu'en  français  ;  ou  bien  si  l'éditeur  n'aurait 
pas  lui-même  mis  en  allemand  les  lettres  écrites  en  français  par 
l'empereur. 

242.  —  Homers  Ilymnus ,  etc.  —  Hymne  d'Homère  à  Cérès  , 
traduit  en  vers ,  avec  le  texte  grec  en  regard ,  expliqué  au  moyen 
des  hiéroglyphes  et  des  traditions  sacrées  ;  ouvrage  précédé  d'une 
lettre  à  M.  Creutzer;  par  F.  A.  L.  Sick.ler,  directeur  du  gymnase 
de  Hildburg-Hausen.  Ilildburg-IIausen  ,  1820.  in-8". 

L'auteur  est  déjà  connu  par  plusieurs  ouvrages  dans  lesquels  il  a 
toujours  eu  pour  but  de  prouver  que  la  civilisation  et  la  mythologie 
des  Grecs  leur  sont  venues  d'Orient  j  il  s'est  livré  à  cet  égard  à  de 
longs  développemens  ,  que  l'on  peut  lire  surtout  dans  son  Cadmus, 
où  il  cherche  à  établir  que  tous  les  noms  mythologiques  sont  dérivés 
des  langues  sémitiques.  M.  Sickler  ne  voit  pas  dans  les  hiéroglyphes 
et  dans  les  symboles  la  désignation  de  choses  et  de  pensées,  mais 
des  sentences  et  des  adages  qu'il  faudrait  expliquer  par  les  noms 
donnés  en  hébreu  aux  objets  représentés  ,  et  surtout  par  la  conson- 
nance  de  ces  noms.  Ce  système  a  été  amplement  discuté  dans  la 
dissertation  intitulée  :  Die  Hierogljyphen  in  dem  Mjthus  des  u^s- 
culapius.  L'épître  dédicatoire  qui  précède  l'hymne  à  Cérès  indique 
le  but  de  l'auteur  :  il  a  voulu  démontrer  la  haute  antiquité  de  la 
doctrine  contenue  dans  cet  hymne  ;  il  commence  par  des  idées  géné- 
rales sur  les  langues,  les  hiéroglyphes  et  la  paronomasie.  C'est  sur- 
tout de  cette  dernière  que  M.  Sickler  fait  usage  ;  elle  repose  sur  la 
similitude  des  sons  dans  des  mots  dont  les  ^uns  désignent  des  objets 
sensibles  et  palpables ,  et  les  autres  des  êtres  abstraits.  M.  Sickler 
dit  que  l'ancienne  langue  hellénique  n'a  d'autres  élémens  que  ceux 
que  nous  retrouvons  dans  tous  les  dialectes  sémitiques.  A  ce  sujet, 
nous  recommandons  aux  lecteurs  la  correspondance  de  deux  hommes 
justement  célèbres ,  MM.  Creutzer  et  Hermann  ;  leurs  vues  sur  ce 
point   important  ont   été  de   nouveau  reproduites  par  un    penseur 


LIVRES  liTRANGERS.  569 

profond,  M.  le  comte  Ouvaroff,  dans  un  écrit  intitulé  :  Uber  das 
vorhomerische  zeitaller  (sur  les  tems  antérieurs  à  Homère^.  Cet 
écritaparu  à  Saint-Pétersbourg  en  1819. On  trouve, dans  ces  ouvrages, 
des  choses  qui  ne  plairont  pas  aux  hommes  qui  ne  veulent  rien  d'an- 
térieur à  Homère.  Quant  au  texte  grec,  M.  Sickler  a  suivi  Wolf ,  à 
peu  de  chose  près.  Ph.  GoLEiiBY. 

2\7).  —  Allgemeines  bibliogr.  Le.xicon.  —  Dictionnaire  général  de 
bibliographie  ;  par  Fr.  A.  Ebert  ,  secrétaire  de  la  bibliothèque  royale 
de  Dresde.  Leipsick,  iSn.  Brockhaus,  Cah.  5  et  6 ,  in-4°- 

Nous  avons  déjà  annoncé  cet  ouvrage  utile  et  dont  le  Manuel  du 
Libraire,  par  M.  Brunet ,  a  donné  la  première  idée  :  mais  le  plan 
de  M.  Ebert  est  plus  vaste  et  plus  savant  que  celui  du  libraire  de 
Paris.  M.  Brunet  a  traité  la  bibliographie  sous  les  rapports  du  com- 
merce de  la  librairie,  et  n'a  pas  mis  toujours  une  exactitude  scru- 
puleuse dans  l'indication  des  titres;  la  littérature  étrangère  est  en 
grande  partie  négligée  dans  son  livre  ;  quant  à  la  littérature  classique, 
il  n'a  indiqué  que  les  éditions  qui  sont  recherchées  dans  le  com- 
merce. Le  bibliographe  de  Dresde,  tout  en  rendant  justice  au  mérite 
du  Manuel,  qui  a  obtenu  trois  éditions  en  peu  d'années,  a  cher- 
ché à  composer  un  ouvrage  qui  pût  à  la  fois  satisfaire  les  savans  et 
les  bibliomanes.  Avec  ce  système  d'abréviation  et  d'impression 
économique  qu'il  a  suivi  pour  son  dictionnaire,  il  pourra  renfermer 
presque  toute  la  bibliographie  en  2  vol.  in-4°,  de  grosseur  moyenne  ; 
il  est  vrai  qu'il  est  obligé  de  laisser  de  côté  les  livres  qui  n'ont  qu'un 
intérêt  très-spécial,  et,  pour  ainsi  dire,  purement  local.  Pour  la 
France  ,  le  Manuel  de  M.  Brunet  et  les  ouvrages  bibliographiques 
de  M.  Renouard  l'ont  mis  à  même  d'être  aussi  complet  que  pos- 
sible; toutefois,  il  s'est  étendu  sur  les  vieux  romans  franrais  et  sur 
les  ouvrages  en  patois,  plus  que  le  premier  de  ces  auteurs.  Les  biblio- 
manes de  l'Angleterre  ont  été  si  productifs ,  que  l'auteur  ne  pouvait 
être  embarrassé  pour  la  littérature  de  ce  pays.  L'Italie  a  fourni  aussi 
de  bons  ouvrages  bibliographiques ,  dont  M.  Brunet  n'a  pas  assez 
profité.  Il  n'en  est  pas  de  même  de  l'Espagne  ,  généralement  pauvre 
en  bibliographes.  On  ne  peut  se  fier  entièrement  à  Machedo  ;  An- 
tonio Santander  n'a  donné  que  peu  de  renseignemeus;  et  Caballero, 
que  l'auteur  n'a  pu  se  procurer,  n'est  ni  exact ,  ni  complet.  Pour  le 
Portugal,  M.  Ebert  se  réjouit  d'avoir  pu  proGfer  du  catalogue 
d'auteurs  ,  publié  par  l'académie  de  Lisbonne  ;  de  même  qu'il  a  tiré 


570  LIVRES  ÉTRANGERS. 

bon  parti  du  Naamlj'st  hollandais.  Il  assure  avoir  été  Bien  servi 
pour  la  Suède;  mais  il  avoue  son  indigence  bibliographique  à  l'égard 
des  littératures  danoise ,  polonaise  et  russe.  Il  s'est  peu  attaché  à 
la  littérature  orientale  ,  à  cause  de  son  intérêt  borné  ,  et  il  a  presque 
passé  sous  silence  la  littérature  rabbinique.  Au  reste ,  M.  Ebert 
assure  avoir  vérifié  par  lui-même  les  titres  de  tous  les  livres  que  pos- 
sède la  bibliothèque  de  Dresde.  Il  est  difficile  de  trouver  en  défaut 
un  homme  aussi  exact:  toutefois,  M.  Ebert  avoue  que  son  diction- 
naire est  loin  d'être  exempt  de  fautes.  Je  lui  ferai  remarquer  en 
passant  que  la  collection  des  Mémoires  de  Vacadémie  des  belles- 
lettres,  d'histoire  et  d'antiquités  de  Suède  a  plus  de  8  volumes; 
l'exemplaire  que  cette  académie  a  adressé  à  la  société  royale  des 
Antiquaires  de  France  en  a  lo,  dont  le  dernier  est  de  1816;  peut- 
être  en  a-t-il  paru  d'autres  depuis  ce  tems.  Je  ne  vois  pas  pourquoi 
M.  Ebert  n'a  point  fait  mention  des  auteurs  allemands  vivans.  Il  a 
été  court  dans  la  partie  qui  concerne  la  littérature  allemande  de  la 
deuxième  moitié  du  dix-huitième  siècle  ,  parce  qu'il  observe  que 
l'ouvrage  d'Ersch  traite  spécialement  de  cette  partie.  Je  suis  fâché 
qu'un  bibliographe  aussi  distingué  ait  mis  à  la  tète  de  son  dictionnaire 
une  dédicace  aussi  humble  ;  M.  Ebert  y  parle  de  la  grâce  que  lui  fait 
son  Mécène,  un  baron  de  Friesen^jen  daignant  s'intéresser  à  ses 
recherches.  Un  chambellan  est  sans  doute  un  personnage  important; 
cependant  il  semble  qu'un  bon  bibliographe  vaut  aussi  quelque 
chose ,  et  que  la  distance  n'est  pas  si  grande  pour  que  le  savant 
doive  s'abaisser  devant  l'homme  de  cour.  Deppisc. 

244-  —  Uber  Deutsche  Runen.  —  Sur  les  runes  allemands ,  par 
G uilla urne- Charles  Geimm.  Gœttiugen.  1821 ,  in-4°  de  028  p.  avec 
figures. 

On  nomme  runes  ou  runiques,  des  caractères  très-différens  de 
tous  ceux  que  nous  connaissons.  On  les  trouve  gravés  sur  les  pierres 
et  sur  les  monumens ,  dans  le  nord  de  l'Europe,  en  Danemarck,  en 
Suède  ,  et  même  dans  une  partie  de  la  Tartarie.  Diverses  opinions 
se  sont  élevées  à  ce  sujet  ;  les  uns  veulent  voir  dans  les  runes  une 
mauvaise  imitation  des  caractères  romains;  les  autres  disent  qu'un 
évoque,  appelé  Ulphilas,  les  a  inventés,  lorsqu'il  traduisit  la  Bible  en 
langue  gothique  ;  d'autres  encore,  et  avec  plus  de  raison,  éta- 
blissent pour  les  runes  une  antiquité  plus  reculée.  Enfin  ,  on  a 
prétendu  qu'Odin,  ce  dieu  législateur  des  peuples  septentrionaux, 


LIVRES  ETRANGERS.  571 

les  avait  apportes  de  Scythîe.  M.  Grimm  s'occupe  d'abord  de  l'origine 
du  mot  rune  ,  que  quelques  personnes  ont  voulu  faire  dériver  d'un 
mot  gothique  qui  signifie  couper,  tailler;  il  en  trouve  une  toute 
différente,  qu'il  prend  dans  le  mot  raunen,  encore  usité  ,  mot  qu'il 
rend  dans  le  même  sens  que  reçoit  en  latin  susurras  ;  en  sorte 
que  j  selon  lui ,  rune  signifie  murmurer  à  voix  basse,  et  se  rapporte 
aux  choses  secrètes  que  l'on  cévélait  par  ce  moyen  ,  ou  bien  encore 
à  la  manière  dont  les  personnes  peu  habituées  à  la  lecture  pro- 
noncent les  mots  en  les  déchiffrant.  Ce  n'est  que  des  runes  alle- 
mands que  s'occupe  M.  Grimm  ;  on  a  tant  écrit  sur  ceux  du  nord  , 
que  le  seul  catalogue  de  ces  traités  tient  plusieurs  feuilles  dans 
V Histoire  des  Danois ,  par  Suhm ,  et  dans  la  Litlèralure  Danoise  de 
Nierup.  M.  Grimm  n'a  pas  une  aussi  terrible  concurrence  à  redouter; 
il  est  jusqu'ici  le  seul  qui  ait  parlé  à  fond  des  runes  allemands  ;  et 
la  bonté  de  son  livre  pourrait ,  en  désespérant  ses  concurrens,  le 
faire  jouir  de  cet  avantage  pendant  long-tems.  M.  Grimm  a  un  talent 
très  prononcé  pour  remonter  ,  à  l'aide  des  langues,  vers  les  faits  his- 
toriques les  plus  reculés.  Il  établit  un  parallèle  entre  les  alphabets 
runiques  du  nord  ,  des  Allemands  et  des  Anglo-saxons  ;  puis  il  exa- 
mine entre  eux  la  question  de  priorité,  et  accorde  la  préséance  à  celui 
du  nord,  composé  de  16  runes  ou  caractères,  parce  qu'il  a  été  ap- 
porté par  les  peuples  de  l'Asie  j  à  l'époque  des  grandes  émigrations. 
Si  nos  lecteurs  sont  curieux  de  voir  des  alphabets  de  ce  genre  ,  nous 
les  renverrons  à  Xa paléographie  scandinaue  que  M.  Arendt  d'Altona 
a  fait  graver  en  181S;  la  preuve  la  plus  sûre,  selon  nous,  qu'Ulphilas 
n'est  point  l'inventeur  de  ces  caractères ,  c'est  qu'en  Suède  les  tradi- 
tions sont  d'accord  pour  attribuer  au  roi  Uarald  Ilildetand  (qui 
régnait  au  septième  siècle,  et  qui  était  païen)  des  runes  que  l'on 
voit  taillés  dans  un  roc  ,  auprès  d'un  chemin  de  la  province  de  Blec- 
kingie.  D'ailleurs,  on  en  trouve  aussi  dans  les  tumuU  ou  buttes  en 
terres  rapportées  ,  qui  sont  si  communes  en  Allemagne.  Dans  un 
appendice  d'un  très-grand  intérêt,  M.  Grimm  traite  des  pierres 
chargées  de  runes ,  que  l'on  a  découvertes  dans  des  tumuli.  11  n'y  a 
pas  long-tems  que  M.  de  Schorzell  en  trouva  une  dans  ses  terres  ;  cette 
pierre  a  été  décrite,  dans  \e  Journal  de  GœUingen,  de  1819,  p.  i45. 
M.  Grimm  l'a  fait  graver  de  nouveau  et  l'a  compai'ée  à  deux  autres 
du  même  genre  ,  dont  l'une  à  déjà  occupé  M.  Kostam.  Une  note 
savante  est  jointe  à  ce  parallèle.  Elle  indique  tous  les  écrits  qui  ont 


Sn  LIVRES  ÉTRANGERS. 

paru  sur  les  lumuli.  11  serait  utile  sans  doute  à  l'étude  de  l'antiquité 
de  réunir  en  corps  d'ouvrage  tout  ce  qui  a  été  dit  jusqu'à  ce  jour  sur 
ce  genre  de  monumens.  Peut-être  conviendrait-il  de  signaler  par  une 
carte  tous  les  lieux  de  l'Europe  où  il  y  en  a  eu  ;  peut-être  enfin  un 
pareil  travail  ferait-il  faire  un  grand  pas  aux  connaissances  histo- 
riques. On  remarque  généralement  que  le  midi  de  l'Allemagne  en 
présente  beaucoup  moins  que  le  nord,  Ph.  Golbéey. 

Ouvrages  périodiques  allemands. 

345. — Morgenblattfûr  gehildete  5te72cfe.— Feuille  du  matin,  pour 
les  classes  instruites  ;  1S21  ,  mois  de  juillet.  Stuttgardt  et  Tubingue. 
Cotta. 

Ce  journal  littéraire  continue  d'être  un  des  plus  répandus  de  l'Al- 
lemagne. Une  partie  qui  devient  fort  intéressante  dans  cette  feuille, 
c'est  celle  qui  contient  la  revue  de  tout  ce  qui  concerne  les  progrès 
des  arts  en  Europe ,  et  des  ouvrages  nouveaux  qui  y  ont  rapport. 
Nous  trouvons,  entre  autres ,  dans  le  cahier  de  juillet,  une  critique 
d'un  ouvrage,  pour  lequel,  dit-on,  on  a  pris,  à  Paris,  aux  frais  de 
la  nation,  1,200  souscriptions,  tandis  que  les  auteurs  d'ouvrages,  dix 
fois  plus  Utiles,  n'en  peuvent  obtenir  une  seule  ,  malgré  leurs  solli- 
citations. Cet  ouvrage  est  intitulé  :  Recueil  d'estampes ,  gravées 
d'après  des  peintures  antiques  italiennes ,  etc. ,  par  j4ug.  Bouchbr- 
Dessoykes,  et  exécutées  sous  sa  direction ,  d'après  les  dessins  qu'il 
afaits  en  Italie,  dans  les  années  1818  et  1819.  A  Parts,  in-fol.  Puis- 
qu'aucun  journal  français  n'a  soumis  cet  ouvrage  à  un  examen  cri- 
tique ,  il  n'est  pas  inutile  d'apprendre  comment  il  est  jugé  par  les 
étrangers.  Voici  l'extrait  de  l'article  du  Morgenhlatt  : 

•  Nous  apprenons,  par  la  dédicace  au  ministre  Snnéon,  mis  en 
tête  de  cet  ouvrage  de  luxe,  que  M.  Boucher-Desnoyers  a  séjourné 
dix  mois  en  Italie  ,  pendant  les  années  indiquées  sur  le  titre.  Il  a 
dessiné  ,  à  cette  occasion,  tout  ce  qui  pouvait  l'intéresser,  ou  ce  qui 
se  présentait  par  hasard,  et  il  soumet  au  public  les  études  faites  dans 
ses  voyages.  L'annonce  de  ce  recueil  était  faite  pour  exciter  quelque 
attention;  car  M.  Desnoyers  est  un  artiste  d'un  mérite  reconnu,  et 
il  est,  avec  Ricbomme ,  Lignon  et  Massard  le  jeune,  à  la  tête  des 
graveurs  historiques  vivans  en  France.  Walheureusement,  les  amis 
des  arts  se  sont  vus  cette  fois  complètement  trompés  dans  leur 
attente Ce  recueil  est  fait  sans  plan  et  sans  choix  :  auprès  d'un 


LIVRES  lÎTRANGERS,  573 

Enfant-Jésus,  de  Mantegna ,  se  présente  une  jolie  aubergiste  du 
Grindelwald,  encore  vivante,  et  une  gentille  cantatrice  napolitaine 
figure  dans  la  compagnie  de  Judas  Iscariote.  Il  faut  que  M.  Des- 
noyers ait  fait  ses  dessins  avec  une  légèreté  inouie,  puisqu'on  ne  peut 
expliquer  autrement  pourquoi  ils  trahissent  partout  l'écolier,  et  n'an- 
noncent pas  la  moindre  entente  du  nu.  Sous  ce  rapport,  tes  portraits 
dessinés  d'après  nature  par  M.  Desnoyers  lui-même  sont  moins  mau- 
vais que  le  reste ,  quoique  d'un  autre  côté  on  ne  puisse  les  recom- 
mander comme  modèle  du  style  des  portraits.  D— c. 

SUISSE. 

i\e.-Des  moyens  de  perfectionner  les  éludes  littéraires,  par  Jean 
HoMBERT,  professeur  d'arabe  ;  prem.  part.  Broch.  in-S»  de  47'pag. 
Genève ,  1821  ;  Paschoud ,  et  à  Paris ,  même  maison  de  commerce. 

M.  Humbevt,  connu  par  un  Coup  d'œil  sur  les  poètes  élè^iaques 
français,  et  par  une  Anthologie   arabe   dont   nous  avons  rendu 
compte  (  voy.  Tom.  III ,  p.  128  ,  et  Tom.  VIII ,  p.  557.  )  ,  s'était 
montré  à  la  fois  orientaliste  habile  et  écrivain  élégant  :  dans  cette 
dernière  production,  animé  par  un  patriotisme  éclairé,  il  s'occupe 
des  moyens  de  rendre  à  son  pays  natal  son  ancienne  gloire  littéraire  ; 
il  voudrait  faire  revivre  les  études  du  xvi'  siècle,  et  voir  renaître  des 
Robert  Etienne  ,  des  Scaliger  ,  des  Leclerc,  des  Casaubon.  Genève, 
dit-il,  a  peu  à  envier  aux  étrangers  sous  le  rapport  des  sciences 
exactes  ;  ainsi  ses  vœux  sont  tournés  vers  l'érudition ,  les  belles- 
lettres  et  la  philologie.  Pour  parvenir  à  l'amélioration  des  connais- 
sances  littéraires ,  il  propose  divers  moyens  d'émulation;  tels  que 
des  concours  publics  ,  des  voyages  en  Allemagne  et  en  Angleterre 
aux  frais  de  l'état,  la  publication  des  tra%'aux  des  jeunes  littérateurs; 
enfin,  la  formation  d'une  société  littéraire  et  protectrice.  Toutes  ces 
vues  paraissent  aussi  sages  qu'elles  sont  bien  exprimées  ;  cependant 
ce  n'est  qu'à  Genève  qu'on  peut  en  apprécier  le  mérite,  et  sur- 
tout la  possibilité  de  l'exécution.    M.  Humbert ,  qui  recommande 
la  littérature  moderne ,  et  qui  ne  veut  pas  sans  doute  qu'on  néglige 
la  littérature  française ,  propose  de  faire  voyager  les  jeunes  gens 
partout  ailleurs  qu'à  Paris  ;  n'est-ce  pas  vouloir  que  ses  compatriotes 
n'acquièrent  jamais  une  connaissance  approfondie  de  notre  langue 
et  de  nos  chefs-d'œuvre,  et  ne  puissent  atteindre  au  poiût  où  lui- 
même  est  arrivé  ?  Quelque  sort  qu'ait  le  plan  de  M.  Humbert,  nou» 


S7A  LIVRES  ÉTRANGERS, 

ne  pouvons  que  former  des  vœux  pour  que  cet  habile  professeur  soit 
encouragé  dans  ses  travaux  de  littérature  orientale ,  et  fasse  joair  le 
public  de  la  traduction  de  plusieurs  des  manuscrits  arabes  qui  en- 
richissent la  bibliothèque  publique  de  Genève.  Jomaed. 

2^~,—F'o}'age  en  Ecosse  et  aux  îles  Hébrides,  par  L.  A.  Necker 
DE  Saussdbe  ,  professeur  honoraire  de  minéralogie  et  de  géologie  à 
l'académie  de  Genève.  Genève,  J.  J.  Paschoud.  i  vol.  in-8°  de 
428  p.  Pris  ,  5  fr. 

1^8.— Lettres  diueraes,  recueillies  en  Suisse,  par  le  comte  FiDOR 
GoLO-vTK.i>-,  accompagnées  de  notes  et  d" éclaircissemens .  Genève, 
J.  J.  Paschoud  ;  1  vol.  in-S»  de  428  p.  Prix,  5  fr. 

■i.^i^.—Alpenrosen,einSchii'eizer-TaschenbuchaufdasJahr\%2\  . 

Les  roses  des  Alpes,  almanach  suisse  pour  l'année  1821  ,  publié 

par  MM.  Kuhn,  Meisner,  Wyss  et  autres.  Berne,  1821.  3.  J.  Burg- 
dorfer.   1  vol.  in- 12  de  070  pages  ,  avec  gravures  et  musique. 

Cet  almanach,  qui  compte  onze  années  d'existence,  se  distingue 
aujourd'hui  par  des  caractères  et  un  format  plus  grand  que  ceux  em- 
ployés jusqu'ici ,  ainsi  que  par  le  commencement  d'une  galerie  de 
costumes  suisses  des  quinzième  ,  seizième  et  dix-septième    siècles. 
Les  "ravures ,  exécutées  par  les  plus  habiles  artistes  zuricois ,   Ess- 
lingcr  etLips,   sur  Jes  dessins  de  MM.  Martin  Usteri  et  Yolmar,  se 
font  remarquer  par  leur  fini  et  leur  grâce.  Le  volume  que  nous  avons 
sous  les  yeux  renferme  deux  morceaux  qui  intéressent  la  géographie 
et  la  statistique  de  notre  pays  :  l'un ,  sous  le  titre  de  Deux  jours  dans 
les  Alpes ,  contient  le  récit  de  deux  excursions  :  la  première  faite  du 
17  au  20  août  1S19,  en  partant  du  Haut-Simmenthal  pour  se  rendre 
aux  bains  de  Louësche,   dans  le  Vallais ,  en  franchissant  les  rocs  et 
les  glaciers  du  Rawylberg;  l'autre,  qui  n'est  que  la  suite  de  la  pré- 
cédente, en  gravissant  les  arêtes  des  montagnes  primitis^es^  pour  re- 
tourner dans  le  Simmenthal  par  la  Gemmi,  Ces  courses  furent  exé- 
cutées avec  autant  de  hardiesse  que  de  bonheur  par  M.  B...,  préfet 
dans  le  canton   de   Berne.  Les  descriptions  de   ce  voyageur  sont 
neuves  et  d'un  grand  intérêt.  L'excursion  entreprise  par  M.  le  pro- 
fesseur Wyss ,  dans  la  partie  nord-est  de  la  Suisse  et  à  Constance , 
bien  différente  de  celles  dont  nous  venons  de  parler,  ne  fut  accom- 
pagnée  d'aucun  danger  ;  le  journal  de  son  voyage  est  rempli  de 
notices  intéressantes  sur  les  hommes ,  la  littérature  et  les  arts .    et 
sur  une  foule  d'autres  objets  qui  font  honneur  à  notre  patrie  ,  ou  qui 


LIVRES  ÉTRANGERS.  575 

tendent  à  procurer  de  nouvelles  jouissances  à  l'homme  civilisé 
M,  Wyss  cite  avec  éloges,  à  Zurich  ,  la  riche  collection  d'études  de 
peintre,  que  M.  Vogel  a  recueillie  en  parcourant  la  Suisse;  il  loue 
la  franchise  et  la  liberté  avec  lesquelles  on  discute  ,  dans  la  Société 
pour  l'avancement  de  l'histoire  nationale  ,  les  points  les  plus  déli- 
cats ,  et  même  l'histoire  du  tems  actuel.  Il  fait  sentir  les  avantages 
de  cette  institution,  où  il  est  facile  de  se  convaincre  qu'avec  des 
opinions  souvent  opposées,  on  peut  néanmoins  être  également  hon- 
nête homme  et  attaché  à  son  pays,  quoique  l'on  diffère  sur  les  moyens 
à  employer  pour  en  assurer  le  bonheur.  Arrivé  à  Winterthur  le 
voyageur  nous  entretient  des  travaux  de  ïlegner,  à  Schaffouse  ,  du 
beau  cabinet  de  M.  le  triumvir  Veith.  Il  donne,  sur  les  monumens 
d'architecture  allemande  qu'on  observe  encore  à  Constance ,  des  dé- 
tails tout-à-fait  nouveaux  et  dignes  de  remarque.  On  doit  souhaiter 
que  cet  almanach  continue  à  s'enrichir  de  pareils  morceaux,  qui 
ajoutent  singulièrement  à  son  prix.  Les  nouvelles  et  les  légendes  de 
MM.  Kuenlin  ,  Kuhn  et  Wyss,  et  particulièrement  le  Trésor,  qu'on 
doit  à  ce  dernier,  offrent  une  lecture  agréable.  Les  pièces  de  poésie 
contenues  dans  ce  recueil,  au  nombre  de  soixante-dix  environ,  sont 
dues  à  une  vingtaine  de  littérateurs.  Notre  célèbre  J.  U.  de  Salis, 
les  deux  Wyss,  M.M.  Usteri,  Hegner,  Hanhart  et  autres  poètes 
suisses,  ont  fourni  d'intéressans  matériaux.  Parmi  ceux  envoyés  par 
des  étrangers  amis  de  la  Suisse  ,  on  distingue  quatre  morceaux  du 
fomeux  Matthisson.  Nous  ne  saurions  terminer  cet  article,  sans  ex- 
primer nos  regrets  de  ne  pas  trouver  dans  ce  Recueil  le  tableau 
sommaire  de  l'état  de  la  littérature  suisse,  que  les  rédacteurs  pu- 
blient tous  les  deux  ans ,  et  qui  aurait  dû  figurer  dans  l'almanach 
de  1S21.  Ils  promettent  de  dédommager  leurs  souscripteurs  de  cette 
suppression,  en  leur  donnant,  l'année  prochaine,  ce  tableau  aug- 
menté d'une  notice  sur  l'état  des  beaux-arts.  A.  S. 

ITALIE. 

260. — •  L'Arte  delnuolo,  etc.  —  L'Art  théorique  et  pratique  du 
nageur ,  démontré  suivant  les  principes  de  la  physique,  avec  des 
planches;  par  Adolfo  Cohti.  Venise,  1S19;  in-S°.  Fracasso. 

Vers  la  fin  du  siècle  dernier ,  un  ecclésiastique  du  royaume  de 
Naples,  très-habile  dans  l'art  de  nager,  s'était  proposé  de  fonder 
une  école  de  natation  dans  la  capitale  de  ce  royaume.  Il  donna  assez 


576  LIVRES  ETRANGERS. 

de  preuves  de  son  habileté  pratique  et  tliéorlque ,  pour  mériter  la 
faveur  du  ministère.  Il  publia  aussi  un  livre  riche  en  observations 
et  en  planches.  Il  prétendait  que,  si  l'homme  savait  connaître  et 
conserver  l'équilibre  de  son  coips,  sa  tête  jusqu'à  la  bouche  res- 
terait au-dessus  de  l'eau,  sans  art  et  sans  efforts.  11  indiquait  les 
mouvemens  les  plus  simples  et  les  plus  efficaces  pour  donner  une 
direction  quelconque  au  corps  nageant.  Je  me  souviens  que  lui- 
même  et  quelques-uns  de  ses  élèves  employèrent  leurs  bras  à  divers 
exercices  au-dessus  de  l'eau,  demeurant  debout  et  tenant  tout  le 
reste  du  corps  en  équilibre.  Ce  qui  est  incontestable ,  c'est  qu'il 
inspirait  à  ses  écoliers ,  par  ses  maximes  et  par  ses  essais ,  beaucoup 
de  courage.  Je  ne  sais  si  l'auteur  de  l'ouvrage  que  nous  annonçons 
a  connu  et  examiné  les  principes  de  l'écrivain  napolitain  ,  qui  avait 
renouvelé  l'exemple  de  Wynman  IVicolaus  et  de  Digbeins  Everardus, 
auteurs,  au  seizième  siècle,  de  deux  ouvrages  sous  le  même  titre  : 
de  arte  nalandi;  mais  M,  Corti  s'étudie  à  donner  les  meilleures 
règles  pour  faciliter  le  mouvement  presque  horizontal.  Il  n'oublie 
pas  non  plus  tout  ce  que  M,  Thévenot  a  publié  sur  cet  art,  et  il  ne  . 
néglige  pas  de  s'occuper  des  naufragés ,  auxquels  il  propose  d'appli- 
quer la  pile  de  Volta. 

25i.  —  Délie  acque  semitermali  de  S.  Pellegrino,  etc,  —  Des 
eaux  demi-thermales  de  S,  Pellegrino,  dans  la  province  de  Ber- 
game ;  essai  du  D,    G.  Luigi  CABSinA.  Bergame,   1S20;  in-S". 

Les  températures  des  eaux  de  S.  Pellegrino  étant_entre  les  21  et  2.5 
degrés  environ  du  therm.  R,,  sont  nommées  demi-thermales. 

L'auteur  de  cet  ouvrage  exalte  leur  vertu ,  au  point  de  prétendre 
que  leur  usage  peut  rendre  la  beauté  et  la  jeunesse. 

202.  —  Del  cinismo,  ossia  délia  filosofia  de'  Cinici  ,  etc.  —  Du 
Cynisme,  ou  de  la  philosophie  des  cyniques;  discours  de  M.  de 
MoHTBOivE,  avec  la  satire  X  de  Juvénal_,  traduite  en  terza  rima.  Na- 
ples,  1820.  Saverio  Giordano. 

Francesco  Antonio  Grimaldi,  auteur  de  plusieurs  ouvrages  philoso- 
phiques ,  avait  publié  ,  à  INaples ,  la  Kie  de  Diogène  le  cynique ,  où  il 
s'étudiait  à  le  disculper  des  accusations  des  anciens,  et  surtout  de  celles 
de  Diogène-Laërce.  Grimaldi  pensait  que  ce  philosophe  avait  été  indi- 
gnement calomnié ,  et  que  ses  maximes  étaient  entièrement  con- 
formes aux  principes  de  la  morale  exempte  de  tout  préjugé, 
M.  Montrone  ,  voulant  pourvoir  aux  besoins  du  siècle,  propose  la 


LIVRES  ETRANGERS.  577 

Jnorale  des  cyniques ,  dont  tout  l'objet  consiste  dans  la  maxime  de 
Juvénal,  mens  son  a  in  corpore  sano.  Il  regarde,  avecles  cyniques,  les 
peuples  les  plus  anciens,  et  surtout  les  Spartiates,  comme  les  plus  par- 
faits.Mais  ce  quisemblen'avoir  pas  assezdeconformité  avec  le  cynisme 
que  professe  l'auteur ,  c'est  son  style  trop  élégant  et  trop  recherché. 

253. — La  dii'ina  commedia ,  etc.  —  La  divine  comédie  du  Dante, 
édition  faite  d'après  une  copie  manuscrite  de  Boccace.  Roveta,  1820; 
in-S". 

•  Aloisio  Fantoni,  auteur  de  cette  nouvelle  édition  de  la  Divina 
commedia  du  Dante,  assure  le  public  qu'il  trouva,  à  Paris  ,  parmi 
les  livres  emportés  de  Rome ,  un  manuscrit  de  ce  poème ,  copié  par 
Boccace,  avecl'épître  latine  qu'il  écrivit  à  Pétrarque  en  lui  envOT2.nt 
ce  manuscrit,  et  quelques  corrections  de  Pétrarque  lui-même.  Ce 
monument  existait,  depuis  long-tems,  dans  la  bibliothèque  du  Vati- 
can, et  il  est  étonnant  qu'on  n'eût  pas  soupçonné  jusqu'ici  qu'il  était 
de  la  main  de  Boccace.  M.  Fantoni  a  établi  exprès  une  imprimerie' 
à  Roveta  ,  petite  ville  située  au  milieu  des  Alpes ,  sur  le  sommet  du 
mont  Presolano ,  pour  faire  imprimer  et  publier  ce  précieux  manus- 
crit. L'édition  en  est  faite  avec  beaucoup  de  soin  ;  et  lors  même: 
que  l'on  voudraitrévoquer  en  doute  l'authenticité  de  la  copie  attribuée 
à  Boccace  ,  toujours  serait-il  vrai  qu'elle  aurait  été  faite  sur  un  ancien 
manuscrit  de  sa  main. 

254.  —  Nuoua  raccolta  teatrale ,  etc.  —  Nouvelle  collection  de 
pièces  dramatiques,  ou  Répertoire  choisi  à  l'usage  des  théâtres 
d'Italie,  par  le  professeur  Gaetano  Bakbieri.  Milan,  1821.  Gio 
Pirotta,  3  vol.  in- 12. 

Le  premier  volume  de  ce  recueil  comprend  la  traduction  des 
Vêpres  Siciliennes  ^  tragédie  de  M.  C.  Delavigne,  par  le  comte  de 
Beniowski,  celle  d'une  comédie  de  Kotzebue  ,  et  le  Ternoallotlo, 
comédie  originale  de  M.  Barbieri.  L'auteur  ne  se  borne  pas  à  tra- 
duire les  pièces  des  autres  ;  il  s'étudie  aussi  à  les  modifier  et  à  les 
rendre  plus  propres  à  la  scène.  Si  l'on  en  croit  la  Bibliothèque  ita- 
lienne (  n"  Lxvi ,  pag.  285  ),  il  n'a  pas  toujours  atteint  son  but;  il 
â  fait  plusieurs  changemens  dans  la  comédie  de  Kotzebue;  il  en  a 
fait  aussi  quelques-uns  dans  la  tragédie  de  M.  Delavigne.  Il  a  voulu 
rétablir  l'entière  innocence  d'Amélie  ;  i»  l'exemple  d' Atalide ,  il  fait 
tomber  de  ses  mains,  dans  un  évanouissement,  le  billet  qui  dé- 
couvre le  mystère  de  la  conspiration.  Le  journaliste  italien  loue  beau- 
coup les  deux  premiers  actes  de  celte  tragédie  ;  mais  il  ne  traite  pu» 
Tome  xi.  ^^7 


5r78  LIVRES  ETRANGERS. 

de  même  les  trois  suivans  ,  gurtout  à  cause  de  riavraisemblaDce  des 
événemens.  Pour  ce  qui  regarde  la  traduction ,  le  style  n'en  est  pas 
toujours  assez  correct.  La  comédie  de  M.  Barbieri  semble  offrir  une 
trop  grande  complication  d'événemens,  et  le  succès  qu'elle  a  obtenu 
»u  théâtre  ne  se  soutient  pas  à  la  lecture. 

355. —  Dl  Cennino  Cennini ,  irattato  délia  pillura  ,  etc.  — Traité 
de  peinture  de  Cennino  Cennini ,  publié  pour  la  première  fois  par 
le  chcTalier  Crnse/i^e  Tambeoki.  Rome,  1821.  Salviucci. 

Ce  traité  inédit  de  Cennino,  indiqué  déjà  par  Vasari,  existait 
dans  la  bibliothèque  Laurentienne.  L'abbé  Mai  en  a  dernièrement 
trouvé  une  copie  dans  la  bibliothèque  Oltoboniane ,  et  M.  Tambroni 
s'est  empressé  de  la  publier.  C'est  l'ouvrage  le  plus  ancien  des  Italiens 
en  matière  de  peinture.  L'auteur  l'avait  terminé  en  i^'^j ,  et  il  nous 
trace  l'état  de  cet  art  au  quatorzième  siècle  et  au  commencement  du 
quinzième.  Il  parle  surtout  de  la  méthode  de  peindre  à  l'huile,  comme 
d'une  pratique  déjà  très-connue  en  Italie,  et  qui  lui  avait  été  montrée 
par  Agnolo  Gaddi,  son  maître ,  mort  en  lôSj,  quoi  qu'en  dise  Vasari. 
Sous  ce  rapport,  cet  ouvrage  ne  préseute  qu'un  objet  de  curiosité 
pour  les  artistes,  mais  un  monument  de  gloire  pour  les  Italiens.  Les 
amateurs  de  la  langue  italienne  pourront  y  trouver  aussi  une  ample 
provision  de  locutions  et  de  mots  relatifs  surtout  à  la  peinture  ,  et 
dont  l'éditeur  a  donné  un  index  à  la  fin  de  l'ouvrage ,  comme  un 
moyen  d'enrichir  et  d'éclairer  le  fond  de  la  langue.  Cette  édition  a 
donné  lieu  à  beaucoup  de  remarques  et  de  discussions,  sur  le  mérite 
et  la  préférence  de  quelques  autres  manuscrits  du  même  traité  ,  exis- 
tans  dans  les  bibliothèques  de  Florence  ,  et  plus  encore  sur  la  valeur 
de  certaines  locutions  ou  mots  surannés  ou  peu  intelligibles.    F.  S. 

ESPAGNE. 

256.  —  Elemenlos  de  la  verdadera  Logica.  —  Elémens  de  la  vraie 
Logique ,  déduits  de  l'Idéologie  de  M.  Destutt  -  Tracy  par  don  Jean 
Juste  Gaecia  ,  ancien  professeur  de  mathématiques  à  Salamanque. 
Madrid,  1821.  Brun.  1  vol.  in  8°. 

267.  —  Principios  de  economia  polilica.  —  Principes  d'économie 
politique,  par  M.  Destutt-Tracy ,  extraits  de  son  Idéologie,  et  tra- 
duits par  don  Manuel  Maria  Gitiebhez.  2  vol.  in-12. 

258.  —  Commentario ,  etc.  —  L'Esprit  des  Lois  de  Montesquieu, 
avec  le  Commentaire  de  M.  Destutt-Tracy  ,  traduit  par  don  Jean 
Lr'pez  PEAALVKfi.  Soio.  4  vol.  ia-8''. 


LIVRES  ETRANGERS.  57*^ 

Ces  trois  ouvrages  du  très-savant  auteur  de  l'Idéologie  commen- 
cent  à  devenir  populaires  en  Espagne,  et  tout  porte  à  croire  que,  dans 
peu  de  tems,  il  en  sera  de  même  de  tous  les  ouvrages  de  M.  de 
Tracy  et  des  autres  savans  français ,  dont  les  écrits  peuvent  contri- 
buer à  la  régénération  de  l'Espagne. 

aSg.  —  Bibllotheca  Espanola  econoniico-polltica.  —  Bibliothèque 
espagnole  économico -politique,  par  don  Jean  Sbmperk  GoABiîfOs, 
ancien  procureur  du  roi  à  la  cour  royale  d'appel  à  Grenade.  Madrid , 
1821.  Sancha.  4  vol.  in-12. 

Cette  Bibliothèque  ne  sera  pas  moins  utile  que  celle  publiée  précé- 
demment par  le  savant  et  infatigable  auteur,  qui  a  demeuré  pen- 
dant long-tems  à  Paris,  où  il  s'était  réfugié  comme  ayant  été  l'un 
des  partisans  de  la  constitution  espagnole  publiée  à  Bayonne  en  iSo8. 
Ce  premier  ouvrage  portait  le  titre  de  Bibliolhèqae  Espagnole  des 
plus  célèbres  écrivains  du  règne  de  Char'es  III.  Les  articles  Cam- 
pomunes  y  Monino ,  Feijoo,  Isla,  Jouellanos ,  Melendez-Valdès ,  et 
quelques  autres,  prouvent  que  le  goût  des  sciences,  des  arts  et  de  la 
littérature  régnait  dès  ce  tems-là  en  Espagne ,  beaucoup  plus  qu'on 
n'aurait  pu  l'attendre  d'un  pays  où  l'inquisition  religieuse  et  l'espion- 
nage civil  s'accordaient  pour  empêcher  la  lecture  des  meilleurs  ou- 
vrages français.  L'avènement  de  la  famille  des  Bourbons  au  trône 
d'Espagne  avait  rendu  plus  faciles  les  communications  avec  les  sa- 
vans français,  et  ceux-ci  rendirent  aux  Espagnols  le  même  service 
que  les  auteurs  espagnols  des  tems  de  Charles-Quint  et  de  Philippe  lï 
avaient  rendu  à  la  littérature  française.  La  nouvelle  Bibliothèque  de 
M.  Sempère  révèle  l'existence  d'un  grand  nombre  d'auteurs  espa- 
gnols qui  ont  écrit  sur  l'économie  politique ,  pendant  les  xvi*,  xvii''  et 
xviii'  siècles,  et  l'on  en  trouve  dans  le  nombre  q'aelques-uns  d'un 
mérite  distingué.  Les  principes  d'après  lesquels  on  procédait  pour 
tirer    des    conséquences   économiques   n'étaient   pas   certainement 
aussi  bons  qu'aujourd'hui;  mais  il  n'en  est  pas  moins  vrai  que  ces 
auteurs  ont  écrit  dans  un  sens  qui  ferait  croire  que,  s'ils  étaient  nos 
contemporains,  ils  adopteraient  les  doctrines  du  savant  Say  et  des 
autres  économistes  modernes.  La  connaissance  même  des  erreurs 
dans  lesquelles  les  économistes  espagnols  sont  tombés ,  pourra  être 
fort  utile,  en  ce  qu'elle  servira  .'J  faire  abandonner  les  systèmes  nui- 
sibles qui  ont  prévalu  jusqu'à  l'époque  de  la  liberté  espagnole.  On  oc 
peut  que  recommander  la  lecture  des  deux  ouvrages  de  M.  Sempère/ 

57*' 


580  LIVRES  ÉTRANGEllS. 

ainsi  que  d'un  autre  qu'il  a  publié  soui  le  titre  d'Histoire  du  la.\d 
et  des  lois sompluaires  d'Espap;ne. 

260.  —  Tablas  cronologicas ,  etc.  —  Tablettes  ctironologiques  des 
trois  codes  légaux,  savoir  :  du  droit  romain,  du  droit  canonique  et  du 
droit  espagnol,  à  l'usage  des  étudiaus  en  droit.  Madrid,  1S21.  PiO- 
driguez.  1  vol.  in-8°. 

aGi.  — Nulidades .,  etc.  —  Inconvéniens  de  l'enseignement  mu- 
tuel, d'après  la  méthode  de  Lancaster  comparée  avec  les  méthodes 
suivies  jusqu'ici  en  Espagne;  par  don  Joseph  Diaz  ManzaiSAKks. 
Madrid,  1S21.  Davila.  Brochure  in-S". 

L'annonce  de  cet  ouvrage,  laite  dans  la  Gazette  de  Madrid,  lait 
penser  qu'il  doit  être  utile  à  ceux  qui  se  vouent  à  l'instruction  pri- 
maire. J.   A.  Llorekte. 

IIOYAUME    DES    PAYS-BAS. 

262.  —  Verhandeling  ouer  Mahomed ,  etc.  —  Dissertation  sur 
Mahomet,  ou  Tableau  de  l'influence  de  sa  doctrine  religieuse  sur  les 
peuples  du  moyen  âge,  par  E.  E.  Oelsneh  ;  ouvrage  couronné  par 
l'institut  de  France  (en  iSio),  et  traduit  sur  l'édition  allemande, 
augmentée  par  l'auteur.  Franeker,  1S20.  Ypma.  In-8."  de  558  pag. 

Dans  le  compte  que  nous  rendons  des  ouvrages  de  littérature 
étrangère ,  nous  ne  devons  annoncer  une  traduction  qu'autant  qu'elle 
offre  un  intérêt  et  un  mérite  particuliers.  A  ce  titre,  nouî  ne  pou- 
vions omettre  celle-ci  ;  elle  se  recommande  également  par  la  fidélité, 
par  un  stjlc  élégant  et  par  des  notes  curieuses. 

260. — Lucius ,  sive  navigantes. — Lucius  ,  ou  les  voyageurs  par 
eau,  par  Louis-Gerlach  Pareau,  candidat  en  belles-lettres  et  étu- 
diant en  théologie  à  l'académie  d'Utrecht.  Utrecht,  1S21.  Van-Pad- 
denburg,  etc.   In-S"  de  i66  pag. 

Depuis  la  nouvelle  organisation  universitaire,  due  au  gouverne- 
ment actuel  de  la  Hollande,  des  concours  ont  été  ouverts  parmi 
les  étudians  sur  des  sujets  donnés.  L'expérience  a  déjà  prouvé  l'uti- 
lité de  cette  institution.  Les  Annales  académiques  (création  éga- 
lement nouvelle)  insèrent  les  pièces  couronnées;  on  y  remarque 
d'excellens  morceaux  :  nous  avons  déjà  eu  l'occasion  d'en  mention- 
ner quelques-uns  dans  notre  Recueil.  Celui  que  nous  annonçons 
ne  mérite  pas  moins  de  fixer  l'attention  des  lecteurs.  La  faculté  de 
philosophie  théorique  et  de  belles-lettres  de  l'académie   d'Utrecht 


nVRES  ÉÏRANGEaS.  581 

avait  propose,  pour  le  concours  du  mois  de  mars  1820,  là  ques- 
tion suivante  :  «  Rechercher  ce  qu'était  la  tragédie  grecque  ,  et 
comparer  à  ce  type  la  célèbre  pièce  de  Vondd  (1),  intitulée  :  Gis- 
herl  d'Amstel.  » 

Deux  mémoires  ayant  balancé  les  suffrages  de  l'académie,  c'est  le 
sort  qui  a  désigné  le  vainqueur;  et  M.  Huet,  étudiant  en  théologie, 
a  été  couronné.  M.  Pareau  ,  son  jeune  rival,  aussi  étudiant  en  tliéo- 
logie  ,  annonce  un  talent  très- distingué.  11  a  donné  à  sa  composi- 
tion la  forme  du  dialogue  ,  et  ses  entretiens  rappellent  ceux  de 
riaton  ;  on  y  reconnaît  un  bon  disciple  de  l'école  de  M,  Van 
I[eusde,  professeur  d'histoire  et  de  grec  à  Utrecht ,  et  qui  se  plaît  à 
familiariser  la  jeunesse  confiée  h  ses  soins  avec  la  doctrine  et  la 
méthode  du  disciple  de  Socrale.  Comme  le  titre  l'indique,  les  in- 
terlocuteurs de  M.  Pareau  se  trouvent  à  bord  d'un  vaisseau.  Leur 
premier  entre  lien  a  pour  objet  :  interna  ratio  tra  gœdiœ  grœcœ , 
le  caractère  propre  de  la  tragédie  grecque ,  les  affections  naturelles 
et  les  mouvemens  qu'elle  avait  essentiellement  pour  but  de  peindre. 
-Le  deuxième  dialogue  traite  de  la  forme  extérieure,  du  chœur,  de  la 
musique,  considérée  d'abord  comme  l'essence  de  la  tragV;die 
grecque,  et  ensuite  dans  ses  rapports  avec  la  danse.  L'auteur  prend 
la  tragédie  grecque ,  pour  ainsi  dire,  au  berceau,  et,  la  suivant 
dans  ses  progrès  ,  il  trace  un  parallèle  aussi  ingénieux  que  juste  d'Es- 
chyle, de  Sophocle  et  d'Euripide.  Les  règles  de  la  poétique  moderne 
sont  inapplicables,  selon  notre  auteur,  à  la  tragédie  grecque.  Ce  que 
nous  appelons  imbroglio  (  intrigue  à  nouer  fortement  el  à  dénouer 
avec  habileté  )  était  inconnu  aux  anciens.  Les  rapports  et  la  dissem- 
blance du  théâtre  d'Athènes  et  de  notre  théâtre,  du  but  et  des 
moyens  de  l'un  et  de  l'autre,  sont  présentés  avec  une  lucidité  et  une 
vérité  qui  laissent  peu  de  chose  à  désirer. 

Dans  le  troisième  entretien  ,  il  est  enfin  question  de  comparer   la 
tragédie   de  Vondel ,   intitulée  Gisbert  d'Amstel,    avec   les   chefs- 


(1)  T'ondel  (Juste  Van),  le  corvphée  du  Parnasse  hollandais, 
naquit  à  Cologne  le  17  novembre  iôSS,  et  mourut  à  Amsterdam  le 
9  février  1679.  Ses  œuvres  poétiques  se  composent  de  tragédies, 
d'odes,  de  poèmes,  d'épîtres  ,  de  satires,  d'épigrammes  et  d'une 
foule  de  vers  de  circonstance.  Son  théâtre  seul  forme  deux  vol.  '";4% 
rt  il  contient  trente  deux  tragédies,  la  plupart  originales.  Il  a  traduit 
en  vers  les  odes  d'Horace,  Virgile,  les  Métamorphoses  d'Ovide,  etc. 


§82  LIVRES  ETRANGERS. 

d'œuvre  de  la  Mclpomène  antique.  Le  seul  point  qui  puisse  fournir 
ici  quelque  objet  de  comparaison  ,  c'est  l'usage  que  Vondel  a  fait  des 
chœurs.  Ils  sont  admirables  dans  la  plupart  de  ses  pièces  :  ce  sont 
des  morceaux  lyriques  de  la  plus  haute  poésie  ;  du  reste  ,  Vondel  n'a 
pas  cherché  à  imiter  les  Grecs ,  dont  il  paraît  qu'il  ignorait  la  langue  j 
il  n'a  même  appris  le  latin  que  fort  tard. 

Selon  M.  Pareau,  les  chœurs  de  Vondel  sont  beaucoup  moins  essen- 
tiels à  ses  pièces  que  ne  l'étaient  ceux  des  Grecs  à  leur  théâtre.  Mais 
un  point  sur  lequel  on  peut  établir  des  rapports  frappans  ,  ce  sont  les 
circonstances  au  milieu  desquelles  la  tragédie  prit  naissance  en  Grèce 
et  en  Hollande.  Vainqueurs  des  Perses ,  et  pleins  de  l'enthousiasme 
de  leurs  succès,  les  Grecs  virent  apparaître  Sschyle.  Après  une  lutte 
de  soixante-dix  ans,  les  Hollandais ,  vainqueurs  de  Philippe  ,  appro- 
chaient de  la  glorieuse  époque  de  leur  plein  afiranchissement ,  quand 
Vondel  donna  Gisbert  d'Amstel.  La  liberté  religieuse  ,  qui  promet- 
tait aux  Hollandais  la  liberté  civile,  causoit  alors  parmi  eux  cette 
exaltation  qui  jadis  animait  les  Grecs  pour  la  conquête  de  leur  indé- 
pendance. Vondel  célébrait ,  dans  son  héros ,  la  constance ,  la  magna- 
nimité ,  les  nobles  sacrifices  de  la  vertu ,  l'inaltérable  résignation  à 
toutes  les  rigueurs  de  la  fortune ,  augustes  traits  de  tout  vrai  patrio- 
tisme ;  c'est  ainsi  qu'Eschyle  avait  peint  la  force  d'ame  et  l'inflexible 
dévouement  à  souffrir  de  sonProméthée  .généreuse  victime  du  bien 
public,  comme  nous  l'a  fait  voir  M.  Andrieux  (i).  Vondel  donnait 
toujours  un  grand  but  moral  à  ses  compositions  tragiques ,  et  il  aimait 
à  l'annoncer  même  dans  le  titre ,  comme  :  Palamède  ^  ou  la  Mort  de 
Vinnocence[-})\Phacthon^  ou  l'Audace  irréfléchie:,  Adonija ,owl' Am- 


(i)  Voy.  Rev.  Encycl.  Tom.  VI ,  p.  442- 

(ajLe  véritable  sujet  de  cette  tragédie  est  la  mort  de  Barnevelt.  L-e 
poète  croyait  alors  ,  avec  tout  le  monde  ,  que  ce  grand  homme  d'état 
était  une  victime  immolée  à  l'ambition  et  à  la  vengeance  du  stathouder 
Maurice.  Une  secte  nouvelle  depolitiques,  s'inscrivant  en  faux  contre 
un  siècle  et  demi  d'hommages,  prétend  aujourd'hui  que  la  condam- 
nation de  Barnevelt  fut  un  acte  dé  justice ,  et  que  les  Bataves  ont 
commis  un  grand  crime  en  secouant  le  joug  de  Philippe  II  ,  leur 
maître  légitime.  Il  est  triste  de  voir  le  plus  beau  génie  de  la  Hol- 
lande professer  ces  honteuses  maximes.  Si  ces  messieurs  prétendent 
ainsi  faire  leur  cour,  il  esta  craindre  qu'ils  ne  réussissent  mal.  On  as- 
sure qu'un  jeune  adepte  de  la  secte  ayant  présenté  au  roi  des  Pays- 
Bas  une  longue  thèse  de  monarchid ,  soutenue  à  Lcyde ,  et  toute 
consacrée  à  établir  cette  doctrine  ,  le  Roi  lui  dit  :  «  Monsieur ,  par  le 
tems  qui  court,  vous  risquez  de  ne  pas  aller  loin  avec  votre  système.  » 


LIVRES  FRANÇAIS.  bSâ 

bUion  pernicieuse.  M.  Pareau  jette  un  regard  en  arrière  sur  l'origine 
du  théâtre  hollandais,  né  des  Chambres   de  rhétoriciens ,  {collèges 
de  rhétorique ,)  dont  M.  Kops ,  dans  le   i"'  vol.  des  Mémoires  de  la 
société  philologique  hollandaise  de  Leyde,   (p.  2i5 — 3i5,)  a  es- 
quissé l'histoire  depuis  le  quatorzième  siècle,  et  que  Lambert  Ridlo 
a  fait  remonter  jusqu'à  1200.  Si  la  tragédie  fut  chez  les  Grecs  un 
spectacle  musical,  Vondel  en  a  fait  un  spectacle  historique  ;  les  fastes 
anciens  et  modernes  ,  et  même  les  annales  contemporaines  (témoins 
sa  Marie  Stuart  et  même  son  Palamède)  ,  lui  ont  fourni  ses  sujets. 
Gisbert  d' Amstel  rappelle  un  trait  national  du  commencement  du 
quatorzième  siècle  ;  Vondel  voulut  le  consacrer  dans  une  représen- 
tation dramatique,  à  l'occasion  de  l'inauguration  du  nouveau  théâtcc 
d'Amsterdam  ,  en  lôôy  ,  et  sa  tentative  fut  couronnée  du  plus  brillant 
succès.  Cette  pièce  est  demeurée  comme  un  monument  civique  ;  de- 
puis près  de  deux  siècles  ,  on  la  joue  chaque  année  à  une  époque 
fixe  >  et  le  patriotisme  des  citoyens  d'Amsterdam  se  plaît  à  l'applau^ 
dir.  L'art  dramatique  a  fait  depuis  de  grands  progrès  ;  mais  la  poésie 
de  Vondel  dut  frapper  ses  contemporains  ;  les  écrivains  nationaux 
que  l'on  connaissait  alors  étaient  loin  d'un  pareil  génie,  Iloolft  seul 
excepté.  M.  Pareau,  qui  regarde  la  tragédie  des  Grecs  comme  un 
spectacle  musical,  compare  leur  muse  tragique  h  cette  Diane  d'Ho- 
mère ,  qui  va  dansant  et  chantant  dans  de  riches  campagnes  ,  où  elle 
efface  en  attraits  le  groupe  nombreux  de  ses  nymphes  ;  tandis  que 
la  muse  de  Vondel  est ,  à  ses  yeux ,  la  Vénus  de  Virgile  :  elle  marche, 
et  son  port  réièle  une  déesse.  L'espace  ne  nous  permet  pas  de  nous 
étendre   davantage  sur  cette  production  académique  ,  très-remar- 
quable ,  aussi  bien  pour  le  fond  que  sous  le  rapport  du  style  et  de  la 
diction  latine.  Vingt-cinq  pages  de  notes  intéressantes  prouvent  une 
érudition  classique  très-étendue,  et  ce  premier  succès  du  jeune  au- 
teur donne  de  grandes  espérances.    '  Marrok. 

LIVRES   FRAiNÇAIS. 

iÇ,l\.— Traité  élémentaire  de  physique,  par  M.  l'abbé  Haijy,  troi- 
sième édition.  Paris,  1821.  M-»«  veuve  Courcier,  rue  du  Jardinet^ 
Sainf-André-des-Arcs,  n"  1  ;  2  vol.  in-S".  Prix,  i5  fr. ,  et,  par  la 
poste  ,  18  fr.     - 

265.     Vrécis  élémentaire  de   physique  expénmenlale ,   seconde 


bU  LIVRES  FRANÇAIS. 

édition,  par  M.  Biot.  Paris,   1821.   Déterville  ,  rue   Hautcfeuille, 
n»  8  ;  deux  forts  vol.  in-8° ,  avec  planches.  Prix,  16  fr. 

Ce  n'est  pas  seulement  sous  le  rapport  de  l'enseignement  public 
que  les  bons  livres  de  physique  sont  recommandables  ;  cette  belle 
science  a  fait  récemment  de  si  grands  progrès ,  que  rien  ne  ressemble 
moins  aux  ouvrages  que  nous  annonçons  ici ,  que  ceux  qui  ont  été 
publiés  par  les  plus  habiles  physiciens ,  dans  le  dernier  siècle.  Lorsque 
Dufay,  Franklin  et  Epinus  eurent  présenté  leurs  systèmes  sur  le 
mode  de  l'action  électrique ,  Coulomb  ,  en  y  appliquant  le  calcul , 
montra  la  route  que  les  savans  devaient  suivre  pour  donner  à  la  phy- 
sique la  certitude  mathématique  que  l'astronomie  avait  reçue  du 
génie  de  Newton.  C'est  depuis  cette  époque  que  la  physique  est 
réellement  devenue  une  science,  en  s'affranchissant  des  systèmes 
vagues ,  fruits  de  l'imagination  spéculative.  Les  beaux  travaux  de 
Laplace  et  de  Lavoisier  sur  la  dilatation  des  corps  et  l'influence  du 
calorique  dans  leur  composition,  la  belle  théorie  de  Volta  sur  la  pile 
galvanique,  la  découverte  de  M.  Davy  sur  son  action  pour  décom- 
poser les  corps,  et  les  expériences  de  MM.  Bertholet ,  Thénard  , 
Gay  -  Lussac  et  Berzelius ,  pour  en  constater  les  effets  et  en  étendre 
les  résultats  ;  Ics^théories  de  Deluc  ,  Dalton  et  Lesné  sur  la  chaleur, 
et  sur  la  manière  dont  les  vapeurs  existent  dans  l'air  ;  les  mémoires 
de  M.  Poisson  sur  l'électricité ,  ceux  de  MM.  Biot ,  Arago  et  Fresnel 
sur  la  lumière  ;  enfin ,  une  foule  de  belles  observations  ont  tellement 
étendu  nos  connaissances  en  physique,  que  cette  science  a  pris 
rang  parmi  les  sciences  exactes  ,  et  qu'il  est  permis  d'espérer  de 
voir  un  jour  la  chimie,  l'une  des  plus  belles,  des  plus  diiEciles  et 
des  plus  utiles  connaissances  humaines  ,  atteindre  au  même  degré 
de  perfection ,  sous  le  rapport  de  la  théorie  et  du  calcul.  C'est  pour 
rendre  la  physique  populaire ,  que  deux  savans  du  premier  ordre 
ont,  dans  plusieurs  éditions  successives  ,  exposé  avec  clarté  ,  et  par 
des  méthodes  affranchies  des  difGcultés  de  l'analyse  algébrique  ,  les 
principaux  faits  qui  forment  aujourd'hui  l'ensemble  de  cette  science, 
et  développé  les  théories  qui  servent  à  lier  ces  faits  entre  eux  et 
à  les  expliquer.  On  ne  s'attend  pas  sans  doute  que  je  m'érige  en 
juge  de  deux  académiciens  aussi  distingués  par  leur  mérite  et  leurs 
travaux  ;  le  rang  élevé  où  les  place  l'estime  publique  ne  me  permet 
pas  d'espérer  que  mon  avis  sur  des  travaux  dont  je  suis  admirateur 
pourrait  avoir  quelque  importance.  Mais,  sans  manquer  aux  égards 


LIVRES  FRANÇAIS.  585 

et  aux  devoirs  qui  me  sont  imposés,  je  puis  comparer  les  deux 
ouvrages ,  et  indiquer  les  qualités  particulières  qui  les  distinguent. 
On  est  surpris  qu'un  vieillard  ,  dont  la  longue  existence  a  été  con- 
sacrée à  l'étude  de  la  nature  ,  conserve  ,  à  plus  de  quatre-vingts  ans , 
le  goût  des  sciences,  et  se  montre  aussi  assidu  à  se  tenir  au  courant  de 
toutes  les  découvertes ,  que  lorsqu'il  avait  le  feu  de  la  jeunesse.  Le 
IVaité  de  physique  de  M.  Haïiy  est  rédigé  avec  méthode  ;  le  style 
en  est  simple  ou  élevé,  selon  les  sujets  qu'il  traite,  et  toujours 
élégant  ;  les  théories  sont  démontrées  avec  clarté  ;  l'ouvrage  se  lit 
sans  peine  ,  et  on  croirait  que  rien  n'était  difficile  à  expliquer ,  parce 
que  rien  n'y  est  difficile  à  concevoir.  Sans  doute,  cette  édition  ob- 
tiendra le  succès  des  deux  premières. 

Dans  un  Traité  mathémaùque ,  M.  Biot  avait  exposé  les  parties 
qui  composent  la  physique,  en  s'aidant  des  ressources  que  lui  of- 
frait l'analyse  algébrique  qu'il  manie  avec  tant  de  facilité.  Mais  les 
cours  publics  de  la  faculté  des  sciences  ne  comportant  pas  l'emploi 
des  calculs,  l'auteur  avait  été  forcé  de  s'y  renfermer  dans  un  cercle 
plus  étroit.  C'est  à  ces  circonstances  qu'on  doit  la  publication  de 
son  Traité  élémentaire  de  physique ,  qu'il  présente  aujourd'hui  de 
nouveau ,  avec  des  additions  considérables.  La  science  s'enrichit 
chaque  jour  de  faits  nouveaux,  et  M.  Biot  ne  pouvait  oublier  de 
parler  des  découvertes  récentes  sur  le  magnétisme  et  l'action  élec- 
trique, découvertes  qu'on  doit  aux  travaux  de  MM.  Œrsted,  Ilaus- 
teen  ,  Arago  ,  Ampère  ,  et  auxquelles  M.  Biot  lui-même  a  contribué. 
On  sait  que  M.  Biot  écrit  avec  élégance  et  clarté;  son  Traité  de 
physique  est  peut-être  moins  facile  à  concevoir  que  celui  de  son  esti- 
mable collègue  ;  on  y  reconnaît  partout  le  géomètre  qui  veut  at- 
teindre, sans  calcul,  h  la  rigueur  des  calculs  mêmes  :  il  est  plus 
profond  et  plus  savant,  et  la  lecture  de  ces  deux  ouvrages  satisfera 
tout  lecteur  intelligent,  parce  qu'il  trouvera  dans  l'un  l'explication  des 
faits  qu'il  n'aura  pas  bien  compris  dans  l'autre  ;  et,  se  rendantmaître 
de  son  sujet ,  il  s'élèvera  à  la  hauteur  qui  est  indispensable  pour  con- 
cevoir les  doctrines  diverses  qui  constituent  la  science.  Si  vous  assis- 
tez à  des  leçons  faites  sur  le  même  sujet  par  deux  professeurs  habiles, 
comme  chacun  est  distingué  par  des  qualités  personnelles,  vous 
pourrez  profiter  à  la  fois  dans  cette  double  étude.  Ce  ne  seront  ni 
les  mêmes  discours  ni  les  mêmes  formes  logiques;  souvent,  il  y 
aura  diversité  dans  la  méthode,  ou  dans  les  conceptions  générales; 


586  LIVRES  FRANÇAIS. 

et  cependant,  vous  entendrez  les  deux  maîtres  avec  fruit  et  intérêt. 
C'est  l'impression  que  doit  produire  la  lecture  des  Traités  de  phy- 
sique de  MM.  Haiiy  et  Biot.  On  ne  saurait  trop  recommander  ces  es- 
timables ouvrages,  où  sont  exposées  avec  talent  les  diverses  branches 
de  la  physique.  Fhanccebb. 

266. — Voyage  souterrain,  ou  Description  du  plateau  de  Saint- 
Pierre  de  Maëstricht  et  de  ses  vastes  cryptes,  par  M.  le  colonel  Bory 
DE  Sathi-Viucert;  ouvrage  orné  d'une  carte  topographique,  et  de 
trois  rues ,  dessinées  sur  les  lieux  par  l'auteur ,  suivi  de  la  relation 
de  nouveaux  voyages  entrepris  dans  les  Montagnes-maudites ,  par 
M.  Léon  DurocH,  D.  M.  Paris  1821.  Ponthicu ,  libraire  au  Palais- 
Royal,  galerie  de  bois,  n»  aSa.  Prix  ,  6  fr. ,  et  7  fr.  5o  c.  par  la  poste. 

M.  Cuvier,  chargé  de  faire  un  rapport  à  l'académie  des  sciences  sur 
cette  production  de  M.  Bory,  lui  a  rendu  la  justice  qu'elle  mérite,  et 
nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  de  renvoyer  à  ce  rapport  d'un  juge 
compétent  ceux  de  nos  lecteurs  qui  désireraient  connaître,  avant 
de  lire  l'ouvrage  même,  les  détails  curieux  de  topographie  ,  de  géo- 
logie et  de  botanique  qu'il  renferme.  Nous  indiquerons  sommaire- 
ment ici  les  principaux  objets  qui  ont  appelé  l'attention  de  l'auteur. 
Avant  de  décrire  le  plateau  de  Saint-Pierre,  il  a  cru  devoir  parler  des 
personnes  qui  l'avaient  visité  précédemment;  il  nomme  MM.  Fau- 
jas  de  Saint-Fond  ,  Héricart  de  Thury ,  Mathieu  ,  capitaine  d'artille- 
rie ,  et  Clère ,  ingénieur  des  mines  ;  il  cite  surtout  avec  éloge  le 
Mémoire  de  ce  dernier.  Son  second  chapitre  est  consacré  à  des 
recherches  étymologiques.  Le  dixième  offre  un  parallèle  très-bien 
fait  entre  les  travaux  antiques  des  Romains  et  les  travaux  modernes. 
La  situation  et  l'aspect  du  plateau  ,  son  élévation  et  son  épaisseur  , 
sa  composition,  l'aspect  des  cryptes  (galeries  souterraines),  leurs 
principales  entrées  ,  leur  température ,  la  description  des  orgues 
géologiques  ,  ou  puits  de  terre  ,  etc. ,  occupent  presque  entièrement 
les  vingt-cinq  chapitres  suivans  ,  et  le  vingt  huitième  et  dernier  ren- 
ferme un  catalogue  linnécn  des  plantes  du  plateau  de  Saint-Pierre. 
Nous  le  répétons,  c'est  dans  l'ouvrage  seul  que  les  savans  peuvent 
prendre  une  idée  exacte  de  toutes  les  recherches  qu'a  dû  faire  l'au- 
teur, pour  présenter  un  tableau  aussi  complet  et  aussi  satisfaisant  de 
ces  labyrinthes  souterrains ,  séjour  effrayant  de  la  solitude ,  de  la 
nuit  et  de  la  mort ,  et  dont  les  besoins  de  deux  arts,  l'agriculture  et 
l 'architecture  ,  tendent  continuellement  à  augmenter  le  dédale.  Les 


LIVRES  FRANÇAIS.  587 

gens  du  monde ,  que  son  titre  scientifique  n'auront  pas  effrayés  ,  y 
trouveront  aussi  de  l'intérêt  ,  et  regretteront  que  personne  n'ait  en- 
core eu  l'idée  de  faire  de  cette  espèce  de  ville  souterraine  le  lieu  de 
la  scène  d'un  roman  bien  sombre  et  bien  pathétique.  Le  chapitre  vu 
du  Voyage  offrirait,  seul,  un  texte  suffisant  à  celui  qui  voudrait  l'en- 
treprendre. E.  H. 

iQ~.  —  Le  Guide  des  propriétaires  et  des  jardiniers,  pour  le  choix, 
la  plantation  et  la  culture  des  arbrss,  par  Stanislas  Bbauj^ibb.  Paris, 
i8ai  ;  M*  Hnzard,  me  de  l'Éperon,  n"  7.  1  vol.  in-  8°,  avec  fig. 
Prix ,  3  fr.  5o  c. ,  et  4  fr-  25  c.  franc  de  port. 

Ce  traité  de  la  plantation  et  de  la  culture  des  arbres  ne  pouvait 
C'tre  offert  au  public  dans  un  moment  plus  favorable.  C'est  au  mois 
d'octobre  que  l'auteur  conseille  surtout  d'arracher  et  de  planter  les 
arbres.  Nous  saisissons  cette  occasion  d'annoncer  son  ouvrage  aux 
propriétaires  des  villes  et  de  la  campagne.  Ils  trouveront ,  dans  le 
Guide  qui  leur  est  destiné,  les  meilleurs  préceptes  pour  réussir,  et 
ils  ne  seront  point  trompés  par  ce  charlatanisme  qui  déshonore  tant 
de  pages  de  nos  agriculteurs  modernes,  M.  Beaunicr  écrit  de  bonne 
foi ,  ne  dissimule  aucune  difficulté  ,  et  s'étudî«  principalement  à 
préserver  les  propriétaires  de  la  friponnerie  de  certains  jardiniers  ou 
pépiniéristes.  La  seule  chose  que  nous  puissions  reprocher  à  l'auteur, 
c'est  un  peu  trop  de  concision  dans  ses  préceptes  et  ses  descriptions; 
mais  ce  reproche  paraîtra  peut-être  un  éloge  aux  nombreux  lecteurs 
ennuyés  de  tant  de  longues  et  futiles  compilations,  P,  S*  A. 

268, — Manuel  du  chasseur 'et  des  gardes  ~  chasse ,  contenant  un 
Traité  sur  toutes  les  chasses,  le  Précis  des  ordonnances,  lois,  ré- 
glemens,  ordonnances  de  police,  etc.,  sur  le  port  d'armes,  la  chasse, 
la  pêche,  la  lonveterie;  les  Formules  des  procès-verbaux  qui  doivent 
être  dressés  par  les  gardes-chasse,  forestiers  et  champêtres;  suivi 
d'un  Vocabulaire  des  termes  de  vénerie ,  de  fauconnerie  et  de 
chasse;  par  M.  de  Mersaîî  ,  ancien  capitaine  des  chasses;  nouvelle 
édition  ornée  de  figures,  Paris,  1821,  Roret  et  Roussel,  rue  Pavée- 
Saint-André-des-Arcs ,  n»  9.  i  vol,  în-18  de  386  pages.  Prix,  3  fr. 

Il  faut  ajouter  à  tout  ce  que  renferme  déjà  ce  titre ,  un  Supplé- 
ment au  précis  des  lois  et  règlemens  sur  la  chasse ,  la  liste  des 
dignitaires  composant  la  vénerie  de  France,  et  un  Extrait  de  l'ins- 
truction publiée  par  S.  E.  M.  le  grand-chancelier  de  la  Légion- 
â^Honneur,  dans  lequel  il  est  dit  que  les  membres  de  ce  corps  0  rc 


588  LIVRES  FRANÇAIS. 

çoivent  les  pendissions  nécessaires  pour  le  port  d'amies ,  sans  avoir 
besoin  de  justifier  d'aucune  propriété  et  sans  payer  aucun  droit.  » 
On  voit  qu'il  ne  manque  rien  à  ce  Manuel j  les  éditeurs  ont  poussé 
l'attention  jusqu'à  donner  le  costume  de  chasse  :  habit  à  la  française , 
vert  dragon,  boutons  et  galons  d'or,  culotte  de  casimir  blanc  , 
bottes  à  l'écuyère,  sans  revers  ;  tel  est  l'habit  de  cour  pour  la  grande 
chasse  ou  chasse  au  cerf;  c'est  également  celui  de  toute  personne 
admise  aux  chasses  du  Roi  et  des  princes  de  la  famille  royale.  Dans 
un  moment  où  la  chasse  vient  de  s'ouvrir,  nous  croyons  utile  de 
signaler  cette  nouvelle  édition  ,  qui,  ne  laisse  rien  à   désirer. 

E.  H. 
269. — Traités  divers  d'économie  rurale,  alimentaire  et  domes- 
tique; savoir  :  1°  du  blé  prématuré  et  de  ses  avantages,  sous  les 
rapports  de  quantité,  de  qualité  du  grain,  et  d'amélioration  xhi 
pain;  2."  du  moulin  économique  de  Dronsarl;  3°  de  la  conseri^ation 
du  forain  dans  un  silo  ou  fosse  souterraine ,  par  M.  Ternaux  ; 
4°  des  nouvelles  appropriations  de  la  pomme  de  terre ,  qui  la  placent 
au  premier  rang  des  hases  alimentaires  ,  et  la  destinent  à  cinquun- 
tupler  la  subsistance  publique ,  et  dès-lors  à  opposer  une  barrière  à 
la  famine;  5°  expériences ,  faites  le  9  mars' i8i5 ,  sur  les  avantages 
de  l'association  de  farines  extraites  de  la  pomme  de  terre ,  avec  la 
farine  des  céréales  d'une  qualité  inférieure  ;  ouvrage  dédié  au  Roi , 
par  P.  A.  Cadet-de-Vaux  ,  et  imprimé  par  ordre  du  gouvernement. 
Paris,  1821.  Cotes,  rue  Dauphine,  n"  52,  et  M""'  Huzard,  rue  de 
l'Eperon,  n"  7;  in-S"  de  102  pages.  Prix  :  1  fr.  5o  c. 

A  peine  le  philosophe,  l'ami  de  l'humanité  commence-t-il  à 
respirer,  en  voyant  se  fermer  les  plaies  occasionnées  par  la  guerre, 
que  de  nouvelles  craintes  viennent  assiéger  son  ame.  Le  rapide 
accroissement  de  la  population  paraît  menacer  quelques  pays  d'un 
fléau  plus  affreux  encore  que  la  guerre ,  et  des  milliers  d'hommes 
peuvent  être  exposés  à  envier,  dans  les  horreurs  d'une  agonie  lente 
et  cruelle ,  le  sort  de  ceux  que  le  fer  a  moissonnés.  On  ne  saurait 
donc  trop  recommander  l'étude  de  l'économie  domestique  ,  de 
cette  science,  qui  est,  comme  ledit  M.  Cadet-de-Vaux  ,  le  plus 
solide  appui  des  trônes  ;  on  ne  saurait  trop  encourager  les  essais  des 
économistes,  ni  donner  trop  de  publicité  aux  découvertes  utiles^ 
dans  le  genre  de  celles  que  nous  signalons  aujourd'hui  à  la  reconr 
naissance  de  toutes  les  classes  de  citoyens.  La  première  de  ces  dé- 


LIVRES  JFRANÇAIS.  Sy^^ 

couvertes  est  due  à  M.  Salles,  membre  de  la  société  d'agriculture 
de  Béziers  ;  elle  consiste  à  couper  le  blé  huit  jours  auant  ^a  parfaite 
malurité.  Dans  cet  état ,  dit  M.  Cadet-de-Vaux ,  le  grain  est  plus 
nourri ,  plus  volumineux  et  plus  beau ,  et  n'est  jamais  attaqué  paj- 
le  charançon.  On  a  vériGé,  ajoute-t-il,  qu'il  donne  alors  un  hecto- 
litre de  plus  par  demi-hectare.  <■  Le  moment  de  moissonner  est  celui 
où  le  grain ,  écrasé  sous  les  doigts ,  présente  un  aspect  pâteux  , 
comme  de  la  mie  de  pain  que  l'on  pétrirait  de  même  à  la  sortie  du 
four.  »  Nous  craignons  que  M.  Cadet-de-Vaus  ne  se  soit  laissé  trop 
promptement  éblouir  par  les  avantages  que  présente  cette  nouvelle 
méthode,  relativement  à  la  quantité,  et  qu'il  n'ait  un  peu  trop 
perdu  de  vue  la  qualité  désirable  dans  le  grain  pour  la  panification. 
A  Paris,  comme  chacun  le  sait,  le  suprême  degré  de  l'art  con- 
siste à  faire  entrer  dans  la  fabrication  du  pain  la  plus  grande  quantité 
d'eau  possible;  et  M.  Cadet-de-Vaux  convient  que  ce  pain  est 
doué  de  peu  de  qualité  nutritive.  Le  voilà  donc  en  contradiction 
avec  lui-même  ;  car,  si  la  farine  provenant  de  blé  prématuré  absorbe 
beaucoup  d'eau,  ce  dont  il  n'est  pas  possible  de  douter,  le  pain 
qui  en  resuite  ne  peut  manquer  d'être  parfaitement  analogue  à 
celui  du  boulanger,  qu'il  regarde  avec  raison  comme  peu  nutritif. 
Nous  croyons  qu'avant  d'adopter  la  nouvelle  méthode ,  il  convien- 
drait d'attendre  que  les  faits  exposés  dans  l'ouvrage  de  M.  Cadet- 
de-Vaux  fussent  bien  constatés  par  l'expérience.  Les  moulins  à  bras, 
de  l'invention  de  M.  Dronsart ,  ollrent  des  avantages  plus  réels.' 
«Les  meules  d'un  de  ces  moulins,  établi  à  la  Ferté-sous-Jouarre , 
dit  le  rapport  ,  réduisent  en  farine  trois  ,  cinq  et  huit  hecto- 
litres de  blé-froment,  en  douze  heures  de  travail,  à  l'aide  d'un  seul 
homme  ,  lequel  n'emploie  que  douze  à  quinze  livres  de  force , 
pour  une  dimension  de  meule  de  deux  et  trois  pieds.  La  facilité 
des  mouvemens  est  telle,  qu'un  cheval,  un  bœuf,  au  moyen  d'un 
manège ,  peut  faire  tourner  trois  et  quatre  de  ces  moulins ,  qui , 
aflranchis  des  retards  causés  par  les  grandes  eaux,  les  sécheresses, 
les  gelées,  l'absence  du  vent,  seront  pour  le  consommateur  d'une 
utiUté  indispensable  CO-  »  H  est  à  regretter  que  le  prix  de  ces 
moulins  (depuis  Soo  francs  pour  une  dimension  de  2  pieds,  jusqu'à 
2,000  pour  une  de  4  )  les  rende  inaccessibles  à  la  classe  indi'rentc. 


(i)  On  peut  s'en  procurer,  à  Paris,  rue  des  Tourneli 


es,  n"  I», 


690  LIVRES  FRANÇAIS. 

Le  moulin  portatif  que  vient  d'inventer  M.  Heljînberger,  à  Milan, 
doit  lui  être  préféré,  si,  comme  l'annoncent  plusieurs  journaux, 
aa  moyen  de  ce  petit  moulin ,  d'un  prix  très-modique ,  une  seule 
personne  peut  moudre  soixante  livres  de  blé  par  heure.  Le  silo 
de  M.  Ternaux ,  sur  lequel  nous  avons  déjà  publié  des  détails 
(Voy.  ci-dessus  T.  IX,  p.  211,),  est  une  admirable  invention  à 
laquelle  on  ne  saurait  donner  trop  de  publicité ,  en  recomman- 
dant toutefois  de  cboisir  un  sol  élevé ,  comme  le  plus  propre  à  ces 
genres  de  constructions,  et  de  ne  jamais  introduire  dans  le  silo 
que  des  blés  parfaitement  secs.  Mais  ce  qui  nous  paraît  le  plus 
digne  de  fixer  l'attention  de  tous  les  économistes  et  de  tous  les 
cultivateurs,  dans  le  livre  de  M,  Cadet-de-Vaux,  ce  sont  les  nou- 
velles appropriations  de  la  pomme  de  terre ,  «  appropriations  qui 
la  placent,  dit-il,  au  premier  rang  des  substances  alimentaires,  et 
la  destinent  à  cinquanlupler  la  subsistance  publique.  »  Ce  mot 
cinquantupler  n'a  rien  d'exagéré^  l'académie  de  Marseille  ayant 
reçu  de  Londres,  il  y  a  quelques  années,  une  espèce  de  pomme  de 
terre  dont  une  seule  plante  donna,  la  seconde  année,  2,160  livres 
de  tubercules ,  d'une  qualité  excellente.  Un  tel  prodige  de  végé- 
tation ne  peut  manquer  de  fixer  l'attention  de  nos  agronomes;  et 
quels  bienfaits  n'auraient  pas  produits  les  nouvelles  appropriations 
de  la  pomme  de  terre ,  si ,  comme  M.  Cadet-de-Vaux  nous  semble 
l'avoir  prouvé ,  un  arpent  de  terre  qui ,  semé  de  blé ,  ne  sufiQt  pas 
toujours  à  la  nourriture  d'un  journalier,  si  ce  même  arpent,  dis-je , 
ensemencé  d'un  végétal ,  dédaigné  jusqu'à  présent  dans  quelques 
contrées  de  l'Europe,  assure  la  subsistance  de  cinquante  individus! 

E.  H. 

i~o.— Traité  de  médecive  pratique  de  Pierre  Fbawk,  traduit  du 
latin,  par  J.  M.  C.  Goldaheac,  D.  M.  ,  membre  de  la  société  de 
médecine  pratique.  Paris,  1821.  Migneret ,  rue  du  t)ragon ,  n"  20. 
4  vol.  in-8». 

Cette  traduction  ,  qui  se  recommande  par  une  grande  exactitude  , 
ne  peut  manquer  d'être  favorablement  accueillie.  Depuis  qu'on  a 
cessé  de  parler  latin  dans  les  écoles  ,  c'est  un  véritable  service  à 
rendre  au  public  que  de  traduire  en  langage  vulgaire  les  ouvrages 
latins  dont  le  style  ne  fait  pas  tout  le  mérite  ;  et  l'on  attendait  avec 
impatience  que  M.  Goidaeeau  achevât  de  publier  la  traduction  de 
ce  traité  de  médecine  pratique ,  dont  il  avait  fait  paraître  le  pre- 
mier volume  il  y  a  plus  de  trois  ans. 


LIVRES  FRANÇAIS.  591 

ijt.—De  l'Ame  dans  la  veille  et  dans  le  sommeil;  parM.  Opoix 
inspecteur  des  eaux  minérales  de  Provins,  etc.  Paris,  1821.  Bninot- 
Labbe  ,  quai  des  Augustins ,  n"  33.  1  vol.  in-8°. 

Ce  petit  ouvrage  se  recommande  par  un  grand  nombre  d'obser- 
vations psychologiques,  presque  toujours  justes.  L'auteur  insiste  sur 
quelques  phénomènes  du  sommeil ,  auxquels  jusqu'ici  les  métaphy- 
siciens ont  fait  trop  peu  d'attention.  Il  se  demande,  par  exemple 
comment  il  arrive  que ,  dans  les  rêves ,  notre  ame  puisse  non  seu- 
lement voir,  entendre,  palper  des  objets  qui  n'existent  pas,  mais 
encore  assister  à   des  conversations  suivies  qui  paraissent  sortir  de 
la  bouche  de  personnages  imaginaires ,  avec  lesquels  nous  croyons 
converser.  Il  fait  remarquer   que  les  pensées  qu'ils  expriment,   et 
qui  souvent  nous  étonnent  et  nous  embarrassent ,  ne  peuvent  sortir 
que  de  notre  propre  intelligence ,  dont  nous  méconnaissons  ainsi 
les  opérations.    De   cette  observation  et  de  plusieurs  autres  sem- 
blables^ l'auteur  tire  cette  conséquence  ;  que  l'intellect  est  hors 
del'ame,  ou    du  moins  qu'il  ne  la  constitue   pas,  puisqu'il  peut 
agir  entièrement  à  son  insu.  Mais  ,  qu'est-ce  donc  que  l'ameî  L'au- 
teur la  déûnit  ainsi  :  «  L'ame ,  dans  l'homme ,  est  ce  qui  pense  ,  ce 
qui  veut,  ce  qui  sent  et  ce  qui  aime,  ce  qui  jouit  et  ce  qui  souffre  : 
c'est  le  moi,  c'est  ce  qui  a  la  conscience  de  son  existence.  »  On  voit, 
d'après  cela,  que  l'auteur,  qui  confond  mal  à  propos  le  Tuoi  avec  - 
Vame ,  n'a,  au  reste,  qu'une  idée  très-confuse  de  ce  qui  constitue  en 
nous  la  personnalité.  Si  M.  Opoix  avait  pris  la  peine  de  s'instruire 
de  ce  qu'ont  pensé  sur  cette  matière  les  plus  célèbres  psycholo- 
gistes  modernes ,  il  aurait  sans  doute  reconnu  avec  eux  que  ce  qui 
constitue  la  personnalité  dans  l'homme  ;  ce  qui  fait  qu'il  peut  dire 
moi,  c'est  la  liberté   dont  il  jouit;  le  moi  n'est  autre  chose  que  la 
conscience  de  la  suite  des  actes  libres.   Un  peu  d'érudition  dans 
l'histoire  de  la  philosophie  l'aurait  également  dispensé  de  se  livrer 
à  une  assez  longue    dissertation    pour  démontrer  que    c'est   notre 
ame  seule  qui  voit,  qui  sent,  et  que,  hors  de  nous,  il  n'y  a  ni  cou- 
leurs, ni  sons,  ni  odeurs.  L'auteur  établit  cette  vérité,  à  laquelle 
il  a  été  conduit  par  ses  propres  réflexions ,  et  qu'il  croit  tout-à-fait 
nouvelle,  sur  les  raisjnnemens  les  plus  concluans  ;  mais  il  parait 
ignorer  que  ,  depuis  Descartes  ,  qui  l'a  démontrée  jusqu'à  l'évidence, 
aucun  philosophe  ne  l'a  révoquée  en  doute.   Une  grande  partie  de 
cet   ouvrage    est   consacré    à   une     explication    physiologique   du 


59^  LIVRES  FRANÇAIS. 

iommeil  et  des  rêves.  L'auteur  croit  en  voir  la  cause  prochaîne 
dans  le  relâchement  des  organes  du  cerveau;  ce  relâchement,  sui^ 
vant  lui ,  produit  dans  les  facultés  de  l'intellect  la  désunion  et  le 
défaut  d'ensemble  ,  d'où  résultent  les  rêves.  Il  admet  l'opinion  de 
la  pluralité  des  organes  ;  mais  ses  idées  sur  ce  sujet  n'ont  rien  de 
commun  avec  la  doctrine  de  M.  Gall  ;  et,  loin  de  s'appuyer  de  l'au- 
torité de  ce  célèbre  médecin,  il  ne  le  nomme  même  pas.  Au  reste, 
pour  M.  Opoix,  la  doctrine  de  la  pluralité  des  organes  n'est  qu'une; 
idée  accessoire ,  et  l'on  serait  tenté  de  croire  qu'il  ne  l'adopte  que 
parce  qu'il  la  trouve  plus  commode  pour  le  développement  de  son 
hypothèse.  Mais  si  cet  ouvrage  renferme  quelques  opinions  inad- 
missibles, l'auteur  qui  se  trompe  souvent  dans  l'appréciation  des 
causes  assignées  aux  phénomènes  qu'il  a  observés,  présente  aussi 
plusieurs  observations  justes,  et  l'on  aurait  tort  de  se  rebuter  par 
les  hypothèses  défectueuses  qui  se  trouvent  dès  les  premières  pages 
de  son  livre.  B,  —  d.  D.  M, 

2-2. — aperçu  sur  Valus  (lu  vomissement  provoqué  dans  les  ma- 
ladies ,  avec  des  réflexions  pour  venir  à  l'appui  de  la  doctrine  phy- 
siologique de  M.  Broussais  ;  par  Delead  jeune ,  docteur  en  médecine, 
éx-chirurgien  au  4"°^ régiment  de  cuirassiers.  Commercy ,  1820,  im- 
primerie du  Narrateur  de  la  Meuse  ;  Paris,  Croullebois,  rue  de  l'Ecole 
de  Médecine;  Nancy,  Vincent,  libraire.  Prix,  1  fr.  Soc. 

2_3_  (♦).  —  Vqyap;e  aux  Alpes  maritimes,  ou  Histoire  naturelle  , 
agraire ,  civile  et  médicale  du  comté  de  Nice  et  des  pays  limi- 
trophes ,  etc.  ;  par  Fk.  Em.  Fodeeé,  professeur  de  médecine  légale  à 
l'académie  de  Strasbourg,  etc. ,  etc.  Paris ,  Levrault , rue  des  Fossés^ 
Monsieur- lePrince,  n"  53  ;  Strasbourg,  même  maison.  1821.  2  vol. 
in- 8°.  Prix,  10  fr. 

Savant  ouvrage,  rédigé  avec  toute  la  conscience  d'un  observateur 
philosophe,  qui  n'écrit  pas  pour  le  marchand  de  livres,  mais  pour 
l'utilité  de  ses  semblables  et  pour  sa  propre  gloire.  Le  Voyage  aux 
Alpes  maritimes  est  un  bienfait  pour  le  pays  que  le  voyageur  a  par- 
couru ;  il  occupera  une  place  distinguée  dans  la  bibliothèque  de 
l'administrateur,  du  médecin,  du  naturaliste;  c'est,  en  un  mot,  une 
excellente  statistique,  c'est-à-dire  un  ouvrage  très-bien  fait,  dans  un 
genre  éminemment  utile. 

274. — Catalogue  général  des  objets  de  scienceset  arts ,  tels  quins- 
trumens d'optique ,  de  diopirique ,  de  catoplrique ,  de  mathématiques 


LlVRKS  FRANÇAIS.  593 

et  de  physique  expérimentale  en  verre,  qui  se  fabriquent  et  se  uendenl 
chez  l'ingénieur  CasvALLiFR ,  auteur  du  Conservateur  de  la  vue  ^i  de 
V Essai  sur  l'art  de  l'Ingénieur.  Paris  ,  1S21.  Chez  l'auteur ,  tour  de 
l'Horloge  du  Palais,  n»  i.  iii-S"  de  65  p. 

275. — Les  Prophètes  nouvellement  traduits  sur  l'hébreu  ,  avec  des 
explications  et  des  notes  critiques.  —  Prophéties  d'Ezéehiel.  Paris  , 
1821.  Eberhart  et  Méquignon  le  jeune,  1  vol.  ia-8"  de  702  p. 

Cette  nouvelle  publication  est  due  au  zèle  pieux,  aux  lumières  et 
aux  talens  de  l'illustre  magistrat  qui  s'est  chargé  de  recueillir  et 
d'expliquer  toutes  les  prophéties  de  l'ancien  et  du  nouveau  Testa- 
tament.  On  voit  que  M.  le  président  Agier  poursuit  avec  ardeur  la 
tâche  laborieuse  et  honorable  qu'il  s'est  imposée.  Outre  les  Prophéties 
cparses  dans  la  Bible,  il  a  déjà  mis  au  jour  les  Psaumes  (1)  les  Pro- 
phéties d'Isaïe,  et,  cette  année  même,  les  Prophéties  de  Jérémie. 
On  doit  s'attendre  à  voir  bientôt  paraître  son  travail  sur  Daniel^ 
prophète  si  célèbre  ,  surtout  pour  avoir,  au  tems  d'Ezéchjel,  cinq 
cents  ans  avant  notre  ère ,  fixé  l'époque  et  les  circonstances  du  pre- 
mier avènement  de  Jésus-Christ.  Ezéchiel ,  que  M.  Agier  vient  de 
publier ,  est  celui  de  nos  auteurs  sacrés  qui  a  toujours  paru  le  plus 
obscur.  Dans  cette  traduction,  dans  ces  explications  nouvelles,  on 
voit  disparaître  une  grande  partie  des  difficultés  connues, et  les  plus 
graves  même  y  sont  éclaircies  à  un  certain  degré.  On  sent  bien  qu'il 
n'est  pas  aisé  d'être  en  tout  précis  et  convaincant ,  lorsqu'on  s'efforce 
non  seulement  de  mettre  en  français  d'anciens  textes  hébreux, qui  mon- 
trent énigmatiquement  les  dernières  destinées  des  juifs,  de  l'église 
chrétienne  et  de  tout  le  geare  humain,  mais  qu'on  s'applique  encore 
à  en  découvrir  le  sens  propre  et  le  sens  figuré.  Sur  ces  grands  objets, 
l'auteur  a  des  pensées  qui  lui  sont  communes  avec  un  grand  nombre 
d'écrivains  ecclésiastiques  anciens  et  modernes  ,  et  d'autres  qui  lui 
sont  particulières  pour  le  fond  ou  pour  les  accessoires.  Les  conjec- 
tures qu'il  appuie  ou  développe  d'une  maaière  nouvelle  ,  et  qui  nous 


(1)  Indépendamment  de  sa  belle  traduction  française  des  Psaumes  , 
disposés  dans  un  ordre  aussi  nouveau  qu'instructif,  et  des  Explica- 
tions non  moins  savantes  que  pieuses  qui  la  suivent,  3  volin-8",d  a 
publié,  en  181S,  chez  Eberhart  et  Méquignon  jeune  :  P^ialmi  ad 
hebraicam  ventatcm  trw^slati  et  in  ordinem  naturalem  digesti  ; 
accesseruntcuntica,etc.  i  vol  in-i6  de  i6i  p  ;  c'est  un  Manuel  très- 
intéressant,  surtout  pour  les  chrétiens. 

Tome    XI.  "^ 


59A  LIVRES  FRANÇAIS. 

ont  le  plu3  frappés,  sont  que  la  papauté  sera  transférée  et  rétablie  à 
Jérusalem  ;  que  l'Antéchrist  viendra  dans  la  Judée  pour  détruire 
l'église  chrétienne  renouvelée  après  la  conversion  des  Juifs  ;  que  ce 
sera  un   prince  d'origine  tartare   et  devenu  chef  de  l'empire    des 
Busses  ;  enfin,  qu'il  périra  lui  et  toute  son  armée,  comme  un  autre 
Sennacheribjsans  avoir  elTectué  ses  desseins.  Mais,à  côté  des  tableaux 
qui  restent  encore  voiles  ,  il  y  a  dans  Ezéchiel  des  traits  intéressans 
pour  bien  des  classes  de  lecteurs  ;  nous  entendons  ceux  qui   se  rap- 
portent à  la  promesse  du  Messie ,  à  l'histoire  et  aux  antiquités  des 
peuples  de  l'Asie  occidentale  ;  les  curieux   détails  sur  la  nature  et 
l'étendue  de  l'aucien  commerce  de  Tyr,  les  peintures  de  mœurs,  les 
yives  leçons  de  morale,  les   désordres  du  peuple  juif  et  des  lévites, 
qui  rappellent  les  abus  trop  réels  des  chrétiens  et  de  leurs  prêtres.  Sur 
tous  ces  objets,  M.  A.  se  montre  ici,  comme  dans  ses  publications  pré- 
cédentes ,  écrivain  habile  et  judicieux ,  clair  et  méthodique  ,  élégant 
et  profond  ,  hardi  et  cisconspect ,  édifiant  surtout ,  et ,  sur  un  point^ 
d'une  austérité  qui  pourra  sembler  extrême.  Il  prend,    dans  le  sens 
le  plus  étroit ,   le  plus  absolu ,  les  deux  passages  d'Eîéchiel  qui  ré- 
prouvent l'intérêt  de  l'argent.  Cependant,  ces  deux  passages  doivent 
être  conciliés  avec  les  distinctions  établies  sur  ce  sujet  dans  le  Deu- 
téronome;  et  il  est  permis  de  penser  que  les  explications  données  sur 
l'usure,  dans  les   actes  du  Sanhédrin  tenu  à   Paris,  sous  Napoléon  , 
paraîtraient  à  beaucoup  de  lecteurs  plus  conformes  à  la  vérité,  à  la 
vraie  morale  naturelle  et  révélée ,  que  l'explication  littérale  du  nou- 
vel interprète ,  si  digne  d'ailleurs  de  notre  estime  et  de  nos  respects. 
Voici  une  remarque  d'un  tout  autre  genre  ;  elle  est  minutieuse,  mais 
elle  appartient  à  l'histoire  de  l'humanité.   Ezéchiel  a  parlé  des  an- 
neaux que  les  dames  juives  avaient  au  nez.  M.  A.  dit  que  ces  anneaux 
leur  tombaient  du  haut  du  front.  ÎS'y  a-t  il  pas  lieu  de  croire  plutôt 
qu'elles  se  faisaient  percer  les  narines,  ainsi  que  les  oreilles  ,  pour  y 
attacher  des  anneaux,  signes  d'abord  de  leur  religion  ou  de  leur  dé- 
pendance, et  ensuite  de  la  mode  tt  de  la  vanité  ?  Il  existe  encore  en 
Asie  des  contrées  où   cet  ancien    usage    s'est   conservé.  Dans   l'In- 
doslan ,  les  dames  qui  sont   riches  en   biens  ou   en  enfans  portent 
l'annf  au  dans  la  narine  droite,  et  on  les  appelle  en  samscrit  Nasa- 
dakshinna-vartta  (littéralement  :  au  nez  à  droite  anneau  );  celles  qui 
sont  pauvres  ou  dans  le  chagrin  le  portent  à  la  narine  gauche  ,  et   se 
nomment  dans  la  même  langue  Nasa-vama-vartta    (littéralement: 
au  nez  à  gauche  anneau).  Lawjiis.^is,  de  l'In-aiint, 


LIVRES  FRANÇAIS.  595 

3^6.  —  Abrégé  de  l'Origine  de  tous  les  cultes  \  par  Dopdis,  nou- 
velle édition. —  Paris,  1821.  Chassériau,  libraire,  rue  Neuve-des- 
Petits-Champs  ,  n"  5.  1  vol.  in- 18.  Prix  ,  3  fr. 

Dupuis  a  senti  lui-môme  qu'un  ouvrage  aussi  étendu  et  d'une  éru- 
dition aussi  vaste  que  son  Origine  de  tous  les  cultes  ne  pouvait  ôtre 
lu  que  par  peu  de  personnes.  Il  en  donna  un  Abrégé  ,  dans  lequel  il 
analysa  son  système  général.  L'ouvrage ,  ainsi  réduit  à  des  propor- 
tions plus  convenables  pour  un  grand  nombre  de  lecteurs,  fait  par- 
faitement connaître  les  sources  d'où  découlent,  selon  Dupuis,  les 
différcns  cultes  qui  ont  successivement  régné  sur  la  terre.  Peut-être 
n'adoptera-t-on  pas  le  système  de  l'auteur  dans  toutes  ses  consé- 
quences; mais  on  sera  du  moins  forcé  de  rendre  justice  aux  immenses 
connaissances  qu'il  avait  acquises  dans  l'étude  de  l'antiquité.  Une 
réimpression  de  V Abrégé  de  l'Origine  de  tous  les  cultes,  dans  un 
format  commode  et  peu  coûteux  ,  était  donc  devenue  nécessaire. 
Quelque  tems  après  la  publication  de  cet  ouvrage,  on  publia  une 
Analyse  raisonnée  de  l'Origine  de  tous  les  cultes  ,  généralement 
attribuée  à  M.  Destutt-Tracy.  Malgré  la  ressemblance  qui  semble 
exister  entre  deux  livres  destinés  à  faire  connaître  le  même  ouvrage  , 
l'exécution  n'en  est  pas  moins  très-différente.  Nous  citerons  un  pas- 
sage du  discours  préliminaire  de  V  Analyse  qui  fait  voir  en  quoi  con- 
siste cette  différence  ;  «Cet  Abrégé,  dit  l'auteur  de  l'Analyse,  ne 
me  paraît  pas  rendre  inutile  mon  travail  ;  il  n'est  pas  destiné  à 
remplir  le  même  objet.  11  présente  le  sommaire  de  l'ouvrage  :  telle 
était  l'intention  de  l'auteur;  mais  moi,  je  me  suis  attaché  princi- 
palement à  indiquer  sa  marche,  l'enchaînement  de  ses  idées,  la 
série  de  ses  preuves  et  la  liaison  des  matières.  »  h' Abrégé  et  l'Ana- 
lyse de  l'Origine  de  tous  les  cultes  sont  deux  livres  fort  intéressans , 
qui  ne  dispensent  pas  néanmoins  les  personnes  qui  voudront  acquérir 
une  véritable  instruction  dans  les  sciences  morales ,  de  lire  les  trois 
volumes  in-4''  de  l'ouvrage  original  de  Dupuis.  A.  T. 

277  C*}.  —  Mémoires  sur  la  Reiigion  ,  avec  des  tableaux  de  la  dis- 
cipline et  des  mœurs  du  tems  présent,  dans  les  différentes  commu- 
nions. —  Premier  mémoire,  des  OJJicialitès  anciennes  et  nouvelles  , 
par  M.  Larjuisais  ,  pair  de  France.  Paris  ,  1821.  Baudouin  frères,  rue 
de  Vaugirard,  n°  36.  In-S"  de  74  p  Prix,  1  fr.  5o  c. ,  et,  parla  poste, 
1  fr.  75  c. 
A  propos  d'une  oriionnance  de  M.  l'évtque  de  Metz,  qui  rétablit 

3S* 


59G  LIVRES  FRANÇAIS. 

dans  son  diocèse  une  officialilè,  espèce  de  tribunal  mixte,  lequel 
appelle  rexercice  du  pouvoir  ecclésiastique  sur  des  actes  de  la  vie 
civile,  M.  Lanjuinais  avait  publié,  l'année  dernière,  un  opuscule 
(  mèuie  adresse  que  ci-dessus  )  ,  où  il  établissait  clairement  l'illéga- 
lité ,  dans  notre  gouvernement  constitutionnel,  de  ces  sortes  de  tri- 
bunaux, alors  surtout  que  le  pouvoir  législatif  n'avait  pas  été  appelé 
à  connaître  du  mérite  de  leur  rétablissement.  Des  journaux  des  bro- 
chures spéciales  même  ont  été  consaciés  à  répondre  à  l'écrit  de 
M.  Lanjuinais.  C'est  ce  qui  l'a  déterminé  à  une  réplique  que  nous 
croyons  devoir  être  définitive  sur  cet  objet;  car  nous  ne  voyons  pas, 
ni  ce  qu'il  serait  possible  d'ajouter,  ni  ce  qu'il  serait  possible  de  ré- 
pondre. On  peut  envisager  ce  dernier  écrit  comme  un  traité  abrégé 
de  la  matière,  considérée  relativement  au  droit  politique  et  au  droit 
canonique  ;  ce  qui  est  son  véritable  point  de  vue.  L'auteur  a  même 
adopté  les  formes  d'argumentation  autrefois  usitées  en  ces  matières, 
formes  qui  ajoutent  peut-être  à  la  netteté  et  à  la  force  de  la  logique  , 
et  qui  d'ailleurs  ne  déplairont  pas  aux  personnes  que  ces  sortes  de 
sujets  intéressent.  Le  meilleur  moyen  de  donner  une  idée  précise  et 
un  peu  complète  d'un  livre  de  ce  genre,  c'est  d'en  transcrire  les 
sommaires.  Les  voici  :  — Exposé  du  sujet.  —  Réponse  aux  reproches 
personnels  adressés  à  M.  Lanjuinais.  —  Qu'étaient  les  ofBcialités  avant 
le  ij"^  siècle?  Des  tribunaux  oppresseurs.  —  Comment  et  en  quel  sens 
les  ofEcialités  furent-elles  abolies  en  1790?  Comme  abusives  et  inu- 
tiles.—  Que  seraient  les  ofEcialités  d'aujourd'hui,  si  elles  étaient 
rétablies  valablement  ?  Des  tribunaux  inutiles  et  dangereux.  —  Sont- 
elles  littéralement  et  intentionnellement  rétablies  par  des  évêques? 
Oui.  —  Si  des  évêques  ont  rétabli  les  officialités ,  en  le  voulant,  ont- 
ils  mal  fait?  Très  -  mal.  —  Si  des  évêques  ont  rétabli  les  ofiBcialités 
par  mégarde,  ont-ils  moralement  et  grammaticalement  bien  parlé? 
Ils  ont  mal  parlé  en  tous  sens.  —  Observations  spéciales  relatives  à 
l'ordonnance  de  monseigneur  l'évoque  de  Metz,  pour  rétablir  l'offi- 
cialité  diocésaine.  —  Nous  ajouterons  qu'ici,  comme  dans  les  autres 
écrits  de  M.  Lanjuinais ,  la  plus  saine  doctrine  est  appuyée  sur  la 
plus  vaste  érudition.  A.   M. 

2j8.  (*)  —  Histoire  ahrégre  de  l'Inquisition  religieuse  en  France, 
par  M.  Lanjuinais;  suivie  àe  l'Opinion  ^  du  même  pair,  contre  le 
projet  de  loi  relatif  aux  pensions  ecclésiastiques  ,  autrement  à  l'érec- 
tion de  trente  évêchés  nouveaux  (Séance  du  27  juin  1S21),  Paris, 


LIVRES  FRAIsÇAIS.  597 

i8ai.  Baudoulu  i'rères,  rue  de  Vaugirard,  n"  ôG.  In-S°  de  54  pages. 
Prix ,  1  fr.  5o  c. ,  et ,  par  la  poste ,  i  fr.  7.5  c. 

La  séance  de  la  Chambre  des  Pairs,  où  se  discuta  la  loi  doat  il  est 
question  dans  cet  opuscule,  n'a  été  rendue  que  d'une  manière  déco- 
lorée dans  le  procès-verbal  inséré  au  Moniteur.  La  discussion  y  fut 
très-animée;  la  tribune  y  fut  difficile  à  tenir  pour  plusieurs  mem- 
bres de  l'Opposition.  M.  Lanjuinais,  entre  autres,  qu'on  est  assuré 
de  trouver  dans  toutes  les  circonstances  difficiles,  essaya  vainement 
de  répondre  à  une  assertion  du  ministre  des  affaires  étrangères,  qui 
avait  prétendu  que  Its  évèques  français  nous  avaient  préservés  de 
l'établissement  de  l'inquisition  dans  notre  pays.  La  parole  lui  fut  in- 
terdite par  la  clôture.  Quelle  que  soit  l'habileté  qu'on  veuille  accor- 
der au  ministre ,  il  est  permis  de  croire  que ,  placé  sur  le  terrain  de 
l'histoire  et  de  la  discipline  ecclésiastique,  il  aurait  trouvé,  dans 
M.  Lanjuinais,  un  adversaire  qui  méritait  au  moins  d'être  écouté. 
Au  défaut  de  la  tribune,  la  presse  a  recueilli  ses  raisons.  Que  dis-je? 
ses  raisons;  ce  sont  les  faits  historiques  les  plus  irrécusables,  au 
moyen  desquels  le  savant  défenseur  de  toutes  nos  libertés  établit  que 
l'épiscopat  français  se  montra,  en  plus  d'une  occasion,  trop  favo- 
rable à  l'établissement,  dans  notre  pays,  du  tribunal  de  l'inquisi- 
tion, qui  a  pesé,  au  moins  de  l'odieux  de  son  nom,  sur  les  pro- 
vinces méridionales  de  la  France ,  jusque  vers  le  milieu  du  siècle  de 
Louis  XIV.  Le  Précis  historique  de  M.  Lanjuinais  forme  ,  avec  son 
Opinion^  prononcée  à  la  Chambre  des  Pairs,  un  Traité  fort  ins- 
tructif, et  qui  donne  des  idées  justes  sur  l'esprit  qui  devrait  diriger 
notre  législation  ,  relativement  à  l'établissement  civil  de  l'épiscopat. 

A.  M. 
279.  (*)  —  Science  du  Publicisle,  par  M.  Fkitot,  avocat  à  la  cour 
royale  de  Paris;  4''  et  5<^  volumes.  Paris,  1S21.  Bossange ,  père  et 
fils,  rue  de  Tournon ,  n°  6.  Prix  ,  7  fr.  pour  les  non-souscripteurs. 

Le  Moniteur,  dans  son  n»  240 ,  du  mardi  28  août  dernier,  fait  un 
nouvel  éloge  de  cet  ouvrage;  il  l'indique  comme  pouvant  suppléer , 
du  moins  pour  le  plus  grand  nombre  des  lecteurs,  les  Traités  isolés 
des  auteurs  les  plus  célèbres  qui  ont  écrit  sur  les  différentes  parties 
de  cette  science,  et  comme  présentant  le  grand  avantage  de  les 
coordonner,  de  les  unir,  pour  les  faire  tous  concourir  au  but  commun 
qui  doit  être  l'objet  essentiel  de  cette  branche  importante  des  con- 
naissances humaines ,  le  perfectionnement  des  institutions  sociales. 


5a8  LIVRES  FRANÇAIS. 

Il  en  recommande  la  lecture,  non  seulement  aux  législateurs,  aux 
hommes  d'état,  mais  encore  à  toutes  les  classes  de  la  société,  pour 
lesquelles  il  le  considère  comme  fort  nécessaire  sous  l'empire  d'une 
monarchie  constitutionnelle. 

280  (*J. — Collection  des  constitutions ,  chartes  et  lois  fondamen- 
tales des  peuples  de  l'Europe  et  des  deux  Amériques ,  avec  des  précis 
offrant  l'histoire  des  libertés  et  des  institutions  politiques  chez  les 
nations  modernes,  par  MM.  P.  A.  Dufac,  J.  B.  Dovergieb  et 
J.  GuADET,  avocats  à  la  cour  royale  de  Paris.  Paris,  1821.  Chanson, 
éditeur,  rue  des  Grands-Augustins,  n"  lo.  1  vol.  in  S».  Prix,  7  fr. 
5o  cent. ,  et  9  fr.  par  la  poste. 

C'est  une  heureuse  idée  que  d'avoir  réuni  aux  principes  du  droit 
public  qui  régit  les  nations  modernes ,  le  tableau  de  l'établissement 
de  leurs  institutions  politiques  et  de  leurs  libertés  ;  et  l'on  peut  être 
étonné  qu'aucun  de  nos  publicistes  n'eût  encore  songé  à  exécuter  le 
projet  entrepris  avec  succès  par  MM.  Dufau,  Duvergier  et  Guadet. 
Il  faut  le  dire,  toutefois,  nous  ne  connaissons  en  général  notre  propre 
droit  politique  ,  que  par  ce  que  nous  en  avons  appris  dans  les  jour" 
naux  ,  et  celui  de  nos  voisins  nous  est  encore  plus  étranger  :  la 
plupart  des  hommes  même  que  leurs  fonctions  appellent  à  la  direc- 
tion des  affaires  publiques  ont  bien  pu  lire  quelques  traités  de  droit 
politique,  parcourir  quelques  commentaires  sur  les  actes  constitu- 
tionnels des  différens  états;  mais  toute  leur  étude  s'est  bornée  là  , 
et  le  législateur  à  la  tribune  ,  le  publiciste  dans  son  cabinet ,  l'homme 
d'état  au  conseil,  comme  le  professeur  en  chaire,  attendaient  encore 
la  publication  d'un  ouvrage  facile  à  consulter,  et  dans  lequel  ils 
pussent  trouver  rapprochées  et  comparées  les  différentes  lois  formant 
la  législation  constitutionnelle  des  peuples  civilisés.  On  doit  donc  ac- 
cueillir avec  reconnaissance  l'ouvrage  que  nous  signalons  à  l'atten- 
tion de  nos  lecteurs;  c'est  là  qu'on  pourra  étudier  de  bonne  foi  le 
droit  politique  de  l'Europe  ;  c'est  là  que  les  hommes  d'état  pourront 
voir  en  quoi  est  unanime  le  consentement  de  tous  les  peuples  ,  et  ce 
que  chaque  principe  reçoit  de  modifications  ,à  raison  des  tems,  des 
lois ,  des  moeurs  et  des  circonstances. 

Le  plan  des  auteurs  nous  paraît  heureusement  conçu  ;  quoique 
leur  but  principal  soit  de  donner  le  texte  même  des  lois  composant 
les  constitutions  des  peuples,  ils  ont  senti  qu'il  ne  suffisait  pas  de 
rapporter  uniquement  ce  texte,  mais  qu'il  fallait  l'accompagner  de 


LIVRES  FRAiNÇAIS.  599 

notions  ou  pràcis  historiques  qui  pussent  mettre  le  lecteur  à  même 
de  bien  apprécier  le  mérite  du  gouvernement.  Ces  précis  sont  des- 
tinés à  présenter  l'histoire  et  les  révolutions  des  institutions  politiquei» 
qui  ont  précédé  les  constitutions  rapportées  dans  l'ouvrage  ;  les  au- 
teurs ont  encore  eu  soin  de  signaler,  toutes  les  fois  qu'il  a  été  néces- 
saire, des  usages  constitutifs  consacrés  seulement  par  le  tems  et  par 
les  mœurs  des  peuples  ,  usages  qu'on  peut  regarder  chez  plusieurs 
nations  comme  des  constitutions  non  écnies,  pour  emprunter  les 
expressions  de  l'ouvrage. 

Ce  qu'on  vient  de  lire  peut  donner  une  idée  générale  de  la  col- 
lection des  constitutions;  occupons-nous  particulièrement  du  pre- 
mier volume  actuellement  en  vente  ;  il  se  compose  des  constitution» 
de  France  et  d'Angleterre.  Le  travail  relatif  à  la  France  se  divise 
en  trois  parties  :  i"  Précis  de  l'histoire  du  gouvernement  de  la 
France,  depuis  l'origine  de  la  monarchie  jusqu'à  l'année  1789; 
a"  constitution  non  écrite  de  la  France  aidant  i-jSo  ;  5»  enQn  les  dif- 
férentes constitutions  qui  se  sont  succédées  depuis  celle  de  1791- 
Dans  le  précis  historique  ,  qui  remonte  bien  avant  l'établissement  df. 
la  monarchie,  les  auteurs  ont  su  trouver  des  considérations  nouvelles 
après  Dubos  et  Mably,  surtout  après  notre  grand  Montesquieu  ;  ils 
se  sont  tracé,  au  milieu  des  systèmes  opposés  dont  chacun  a  enve- 
loppé le  berceau  de  nos  institutions,  une  marche  indépendante  et 
dégagée  de  toute  discussion  fastidieuse  :  des  jugemens  sains,  nn  bon 
esprit,  un  style  vif  et  animé  nous  ont  paru  distinguer  ce  mor- 
ceau  qu'on  ne  peut  manquer  de  lire  avec  intérêt.  On  y  suivra,  jus- 
qu'au tems  de  nos  guerres  religieuses ,  l'établissement  et  les  progrès 
de  notre  gouvernement  dont  les  principes ,  tout-à-coup  méconnus  et 
oubliés,  disparaîtront  totalement  pour  faire  place  à  un  despotisme 
qui  ne  fut  véritablement  bienfaisant  que  sous  Henri  IV.  Arrivé  à 
cette  époque,  l'auteur  poursuit  avec  une  noble  franchise  :  «  Le  génie 
hardi  et  sanguinaire  de  Richelieu,  le  brillant  despotisme  et  les  victoires 
de  Louis  XIV  contribuèrent  également  à  détruire  jusqu'au  souvenir 
de  l'ancienne  influence  des  grands  :  il  ne  fallait  plus  que  les  cor- 
rompre pour  qu'ils  cecsassent  d'exister;  c'est  ce  que  fit  Louis  XV. 
Sous  le  règne  de  ce  monarque,  tout  fut  souillé,  tout  tomba  dans  le 
dépérissement  ;  mais  ,  tandis  que  les  premiers  ordres  de  l'état  s'abais- 
saient ,  le  troisième  s'élevait  par  les  progrès  des  sciences ,  des  arts  et 
d'une  philosophie  audacieuse.  Une  révolution  devait  avoir  lieu;  les 


600  LIVRES  FlUiNÇAIS. 

vertus  de  Louis  XVI  ne  firent  que  la  retarder.  Il  fallut  enfin  revenir 
à  ces  principes  du  gouvernement  de  France ,  si  long-tenis  oubliés. 
La  nation  fut  convoquée;    et  alors  commença  une  révolution  qui 

ébranla  l'Europe  entière  dans  ses  antiques  bases Un  demi-siècle 

avant,  ce  n'eût  peut-être  été  qu'une  utile  et  pacifique  réforme!  » 
Ce  sont  les  dernières  lignes  de  ce  morceau  ;  elles  peuvent  faire  juger 
de  tout  le  reste.  Peut-être  nous  demandera-t  on  ce  que  c'est  que  la 
constitution  non  écrite  de  la  France  ;  les  auteurs  répondront  que 
c'est  l'ensemble  des  usages  et  des  règles  fondamentales  de  l'ancien 
droit  public  de  la  France  ,  reproduit  dans  une  suite  d'articles  rédigés 
sur  le  plan  de  nos  constitutions  modernes.  En  lisant  ce  travail ,  on 
admire  les  soins  de  l'auteur  ;  mais  on  est  obligé  d'avouer  que  la  plu- 
part des  dispositions  rapportées  furent  plus  souvent  méconnues 
qu'appliquées;  aussi,  les  auteurs  ne  nous  les  donnent-ils  pas  comme 
des  dispositions  d'une  application  constante ,  mais  comme  généra- 
lement reçues  et  sanctionnées  par  les  grands  corps  d'état ,  tels  que 
les  États-généraux ,  les  parlemens  ,  le  grand  conseil ,  par  le  monarque 
ou  même  par  les  auteurs  recommandables;  ils  ont  toujours  eu  soin 
de  citer  pour  garans  ,  des  actes  publics  ,  les  faits  bistoriques  ou  les 
auteurs  sur  l'autorité  desquels  ils  s'appuient. 

LaCoîistitulion  d'Angleterre  demanderait  une  analyse  très-étendue, 
autant  par  son  importance  que  par  la  manière  neuve  dont  elle  se 
trouve  pr'ésentée.  Nous  dirons  seulement  qu'il  ne  faut  pas  confondre 
l'ouvrage  de  MM.  Dufau,  Duvergier  et  Guadet,  sur  cette  constitution, 
avec  les  traités  qu'on  peut  avoir  lus  sur  le  même  sujet  :  ici,  comme 
pour  les  autres  états  ,  c'est  l'ensemble  des  lois  constitutives  et  orga- 
niques que  donnent  les  auteurs ,  lois  d'autant  plus  curieuses  pour 
nous  que  la  plupart  n'ont  jamais  été  traduites  en  français,  et  ne  se 
trouvaient  que  dans  les  grands  recueils  de  lois  anglaises  qu'on  ne 
peut  guère  avoir  que  dans  les  bibliothèques  publiques,  où  il  nous 
viendra  sans  doute  rarement  dans  l'esprit  d'aller  les  consulter. 

281 .  —  Considérations  sur  la  France,  par  M.  Joseph  de  Maistbb. 
Nouvelle  édition ,  la  seule  revue  et  corrigée  par  l'auteur  ;  suivie  de 
VJEssai  sur  le  Principe  générateur  des  Constitutions  politiques  et  des 
autres  institutions  humaines ,  troisième  édition ,  revue  et  corrigée 
par  le  même.  Paris,  1821  ;  Potty,  rue  du  Bac,  n"  ^6.  1  vol.  in-S"  de 
568  pages.  Prix ,  5  fi .  et  6  fr.  25  c.  par  la  poste. 

Les  Considérations  sur  la  France  furent  publiées  sous  le  gouver- 


LIVRES  FRANÇAIS  601 

nenicnt  du  Directoire.  Ce  livre,  quoique  fondé  en  général  sur  des 
idées  fausses,  était  cepeftdant  digne  d'attention  par  une  foule  d'a- 
perçus judicieux,   fins,  profonds,   qu'on  y  voit   briller  quelquefois 
comme  des  éclairs  au  sein   d'une  profonde  obscurité.  L'auteur  ne 
s'était  pas  encore  laissé  subjuguer  entièrement  par  ce  système  d'iliu- 
minisme  barbare ,   dont  les  Soirées  de  Saint-Pétersbourg  offrent  le 
déplorable  monument.  C'est  à  M.  de  Maistre  surtout  qu'on  peul  ap- 
pliquer ce   que   lui-même   a  dit  de   Rousseau.    «  Il  faut  veiller  cet 
homme  sans  relâche,  et  le  surprendre  lorsqu'il  laisse  échapper  la  vé- 
rité par  distraction.  »  Or,  voici  un  aveu  assez  remarquable,  je  pense, 
que  je  viens   de  surprendre  à  M.  de  Maistre  (page  24).  «Le  roi, 
dit  il,  n'a  jamais  eu  d'allié;  et  c'est  un  fait  assez  évident,  pour  qu'il 
n'v  ait  aucune  imprudence  à  l'énoncer,  que  la  coalition  en  voulait  à 
l'intégrité  de  la  France.  »  Ceci  peut  servir  de  règle  pour  juger  bien 
des  actes  qu'on  voudrait  aujourd'hui  flétrir  ou  même  incriminer  :  il 
n'est  peut-être  pas  une  page  dans  ce  livre  qui  n'offre  quelque  chose 
digne  d'observation  ;  et  s'il  doit  achever  de  fausser  des  esprits  en- 
clins à  l'erreur,  nul  doute  qu'il  fera  réfléchir  utilement  ceux  qui  ont 
}e  jugement  droit.  Ici,  comme  dans  le  dernier  livre  de  "M.  de  Maistre, 
le  bourreau  joue  un  rôle  important;  c'est  la  seconde  providence, 
c'est  l'image  de  Dieu  sur  la  terre.  On  volt  que  c'est  un  sujet  sur  le- 
quel l'auteur  s'appesantit  volontiers,  et  qu'il  le  traite  avec  amour. 
C'est  ainsi  qu'il  s'amuse  (  p.  20  ),  dans  la  supposition  d'une  contre- 
révolution  opérée  par  la  force  ,  à  conroguer  à  Paris  tous  les  bour- 
reaux du  roj/'aume,  el  tous  les  chevaux  de  l'artillerie  pour  écarleler 
des  hommes;  à  faire  dissoudre  dans  de  vastes  chaudières  le  plomb  et 
la  poix  pour  en  arroser  des  membres  déchirés  par  des  tenailles  rou- 
pies. Certainement,  un  livre  qui  contient  des  passages  de  cette  force 
mérite  d'être  recherché  ,  surtout  par  les  soixante  mille  hommes  qui 
composaient  la  garde  nationale  de  Paris  en  ijgj  ,  auxquels,  suivant 
les  raisonnemens  de  M.   de  Maistre,    et  dans  ses  hypothèses,   tout 
ceci  ne  devait  pas  rester  indifférent.  Ce  que  cette  édition  a  de  parti- 
culier, c'est  qu'on  doit  la  considérer  comme  la  seule  authentique, 
ayant  été  exécutée  d'après  un  exemplaire  corrigé  de  la  main  de  l'au- 
teur, en  1817,  et  remis  par  lui  à  M.  Barbier. 

Vi' Essai  sur  le  principe  générateur  des  Constitutions  politiques  est 
1111  ouvrage  plus  abstrait,  et  encore  plus  rempli  de  sophismes  que  le 
précédent.  Néanmoins,  il  est  placé  fort  convenablement  à  sa  suite. 


602  LIVRES  FRANÇAIS. 

puisqu'il  contient  le  développement  de  ceux  dont  le  premier  ou  - 
▼rage  n'offrait  que  l'indication.  X. 

282.  —  (•)  —  Histoire  générale  des  Institutions  militaires  de 
France  pendant  la  révolution-,  leurs  principes ,  leur  esprit,  leur  in- 
fluence et  leurs  résultat  s. Vatis^  1821.  Baudouin ,  frères ,  rue  de  Vau- 
girard ,  n»  36.  1  vol.  in-8°.  Prix  ,  5  fr. ,  et ,  par  la  poste  ,  6  fr. 

C'est  une  curiosité  naturelle  qui  fait  rechercher  par  quels  moyens 
ont  été  obtenus  des  résultats  que  l'on  admire.  On  aime  à  se  rendre 
compte  de  ces  résultats,  à  comparer  les  effets  aux  causes  ,  à  voir  quel 
rapport  existe  entre  les  premiers  et  les  secondes.  Qu'on  suppose  des 
peuples  policés,  ayant  des  lois,  des  institutions  sages  et  calculées 
dans  leur  intérêt;  ayant  chacun  leur  période  de  gloire,  les  mêmes 
armes,  la  même  tactique  militaire,  les  mêmes  arts,  enGn  la  même 
civilisation ,  à  peu  de  nuances  près.  Du  milieu  de  ces  peuples ,  doués 
des  mêmes  avantages,  il  en  paraît  un  victorieux  de  tous  les  autres 
ligués  contre  lui ,  envahissant  les  pays  de  quelques-uns ,  et  les  for- 
çant tous  à  apporter  dans  leur  système  politique  des  modiGcations 
importantes.  Aucun  objet  n'est  plus  digne  de  la  méditation  des 
hommes.  Parvenir  à  connaître  par  quels  moyens  l'armée  conqué- 
rante opéra  tant  de  prodiges;  conséquemment,  quels  furent  son  orga- 
nisation, ses  principes,  sa  discipline  :  tel  est  le  but  que  se  propose 
l'auteur  de  l'ouvrage  que  nous  annonçons.  Voulant  se  rendre  maître 
d'un  sujet  aussi  vaste  et  aussi  compliqué,  il  a  divisé  sa  matière  en 
huit  parties,  pour  aider  aux  développemens  de  la  mémoire  et  ména- 
ger, de  distance  en  distance,  des  repos  à  la  pensée.  Voici  cette  di- 
vision :  1°  les  pouvoirs  constitutifs  de  la  nouvelle  force  publique  ; 
2»  la  législation  spéciale  qui  a  régi  les  armées  ;  5"  les  modes  organi- 
ques adoptés  pour  tous  les  cadres  militaires  ;  4"  les  formations  alter- 
natives des  corps  de  troupes  et  des  établissemens  de  défense  ;  S"  les 
prestations  de  l'état  et  les  charges  du  trésor;  6»  les  devoirs  et  les 
obligations  du  service  aux  drapeaux  ;  7°  les  règles  de  comptabilité  et 
d'administration  de  la  guerre  ;  8°  enfin  les  résultats  généraux  des 
opérations  de  l'armée.  La  première  livraison,  la  seule  qui  paraisse  en- 
core ,  est  composée  des  deux  premières  parties.  L'une  offre  l'ensemble 
de  ce  qu'ont  été  ,  pendant  la  révolution  ,  les  pouvoirs  constitutifs  de 
l'armée ,  comme  principes  de  toute  organisation  militaire  ;  et  l'autre , 
ses  relations  légales  dans  l'ordre  du  droit  commun^  soit  pour  les 
principes  politiques  de  son  existence ,  soit  pour  ses  droits  particu- 


LIVRES  FRANÇAIS.  édS 

Ijers,  soll  pour  son  état  civil  personnel  et  ses  rapports  avec  les  insti- 
tutions diverses  de  la  société.  Chaque  partie  est  subdivisée  en  livres, 
dans  lesquels  on  présente  le  tableau  des  opérations  d'une  même  na- 
ture. Il  n'est  pas  d'observations  qui  ne  soient  appuyées  sur  des  faits , 
et  l'auteur  parcourt  ainsi  une  série  longue  et  glorieuse  d'événe» 
mens  dont  l'intérêt  est  augmenté  par  le  rapprochement  des  causes, 
sans  lesquelles  ils  n'auraient  pas  eu  lieu.  Nous  reviendrons  sur  cet 
important  ouvrage  ,  quand  de  nouvelles  livraisons  nous  mettront  à 
même  d'en  considérer  l'exécution ,  d'en  suivre  le  plan  et  les  déve- 
loppemens.  V.  d.  M. 

nSô.—De  l'Histoire  enuisagée  comme  composition  littéraire -thèse 
soutenue  par  M.  C.  F.  Senée,  avocat,  pour  obtenir  le  grade  de  doc- 
teur ès-lettres.  Caën  ,  1821.  Poisson,  in  8'  de  3o  pages. 

— De  signis  siue  de  signorum  in  ideis  generandis  et  instruendo 
ingenio  ui  ac potestate  (thèse  soutenue  par  M.  C  F.  Senée  ,  pour  ob- 
tenir le  grade  de  docteur  ès-lettres  }.  Caën  ,  1821.  Poisson,  in-8» 
de  28  pages. 

Le  sujet  de  la  première  de  ces  thèses  est  celui  d'un  grand  et  bel 
ouvrage  qui  reste  encore  à  exécuter:  c'est  la  Didactique  de  l'Histoire, 
livre  d'autant  plus  nécessaire ,  que  beaucoup  de  gens  prennent  la 
plume  pour  écrire  l'histoire  ,  comme  s'il  ne  s'agissait  que  de  coucher 
par  écrit  le  parlage  des  gazettes ,  des  bourses ,  et  des  salons.  Le  talent 
avec  lequel  M.  Senée  a  tracé  le  plan  de  sa  thèse,  nous  permet  de 
supposer  qu'il  a  dû  le  développer  de  vive  voix  d'une  manière  très- 
intéressante  ,  et  qu'il  serait  aussi  capable  que  qui  que  ce  soit  d'exé- 
cuter le  livre  que  nous  réclamons.  La  thèse  latine  de  M.  Senée  roule 
sur  un  sujet  moins  neuf  et  moins  piquant;  toutefois,  l'on  y  observe 
avec  intérêt  les  progrès  que  les  nouvelles  méthodes  philosophiques 
ont  faits  dans  nos  écoles.  Aucun  des  ouvrages  importans  de  l'école 
écossaise  n'a  été  ignoré  du  candidat ,  qui  les  cite  avec  beaucoup  d'in- 
telligence. Sa  latinité  élégante  et  pure  est  une  preuve  de  plus,  que 
les  études  variées  ne  sont  nullement  incompatibles  avec  les  études 
fortes.  Assurément ,  après  avoir  parcouru  ces  deux  thèses ,  il  est 
permis  de  douter  que  le  sujet  le  plus  distingué  de  l'université 
ancienne  pût  soutenir  la  concurrence  avec  celui  que  l'université 
moderne  vient  de  former,  et  dont  nous  saisissons  avec  plaisir  l'occa- 
sion de  rappeler  le  mérite.  A.  M. 

28^.  —  Tactique  électorale  à  l'usage  de  ^Opposition  ,  où  sont  indi- 


ÇOA  LIVRES  FRANÇAIS. 

qués  et  développés  tous  les  moyens  légaux  de  diriger  et  de  concentrer 
les  forces  de  l'Opposition  dans  les  collèges  électoraux ,  et  de  faire 
triompher  son  candidat.  Dédiée  aux  Électeurs  de  la  ^'  série.  Pans  , 
1821.  Brissot-Thivars,  rue  Chabannais,  n»  12.  In-8°  de  46  pages. 
Prix  ,  1  fr.  25  c— Prix  de  100  exemplaires,  65  fr. 

Cette  brochure  ,  écrite  avec  beaucoup  de  modération  et  dans  un 
esprit  vraiment  constitutionnel ,  mériterait  d'être  connue  de  tous  les 
électeurs  de  la  France  ;  car  elle  expose  parfaitement  leurs  droits  et 
leurs  devoirs.  Nous  transcrivons  le  titre  de  quelques  chapitres  qui  of- 
frent une  analyse  sommaire  de  l'ouvrage  .-—Nécessité  de  se  réunir  et  de 
s'entendre  quelque  tems  avant  l'élection.— Inscriptions  d'électeurs. 
Souscription.— Candidats.— Notices  imprimées  sur  les  candidats.— 
Préliminaires  de  Tclection.  Transport  des  électeurs.  Secret  des  votes. 
—  Formation  du  bureau.—  Scrutin.  Ballottage.  Transactions. 

285.— Lettre  de  M.  T^B.iiA.vx  aîné ,  membre  delà  Chambre  des  Dé- 
putés, à  ses  Correspondans  (et  Opinion  sur  le  projet  de  loi  des  fi- 
nances de  iSii;  recettes;.  Paris,  1821.  In-8«  de  trois  feuilles  un  quart, 
imprimerie  de  Hacquart. 

Cette  lettre ,  qui  n'a  pas  eu  moins  de  trois  éditions  en  huit  jours , 
est  la  profession  de  foi  énergique  et  franche  d'un  excellent  citoyen 
qui  s'honore  de  la  noble  carrière  de  l'industrie  dans  laquelle  il  s'est 
distingué  ;  qui  proclame  cette  maxime  :  Honneur  au  trauail ,  honte 
à  la  fainéantise;  qui  fait  lessortir  tout  le  ridicule  des  lettres  dites  de 
relief  accordées  au  sieur  Herrier-Charrin ,  en  date  du  20  janvier 
1820  ,  ayant  pour  objet  de  le  relever  de  la  prétendue  dérogeance  de 
la  noblesse  qu'il  aurait  encourue  ,  parce  que  son  père  avait  exerce  le 
commerce.  L'honorable  député ,  s'élevant  ensuite  à  des  considéra- 
tions générales  ,  pleines  de  sagesse ,  sur  la  situation  de  la  France  et 
sur  la  conduite  des  ministres,  éveille  leur  sollicitude  pour  le  main- 
tien de  la  Charte  constitutionnelle  et  des  principes  de  vraie  liberté 
qu'elle  renferme.  "^'  ^"  ''• 

286  —Bonaparte  et  Napoléon  ,  parallèle  ;  par  M.  Carriok-Nisas, 
fils.  Paris,  1821.  Bousquet,  palais- royal.  Broch.  in-S».  Prix,  1  fr. 

Celte  brochure  est  piquante;  elle  est  surtout  bien  pensée.  .-Napoléon 
sera  célèbre  ,  Bonaparte  est  un  grand  homme.  «  Ces  dernières 
paroles  de  l'auteur  sont  le  résumé  de  son  opuscule  et  en  indiquent 
l'esprit  ;  cet  esprit  est  généralement  philosophique  ,  et  pourtant  nous 
croyons  que  l'auteur  a  cédé  à  un  préjugé  de  l'époque  ,  en  admettant 


LIVRES  FRANÇAIS.  605 

que  Bonaparte  iut  un  grand  homme.  Sans  cloute,  l'on  peut  être  dis- 
posé à  l'indulgence  pour  Bonaparte,  quand  on  le  compare  à  Napo- 
léon ;  cependant,  qu'il  y  a  loin  de  Bonaparte  au  grand  homme  dans 
la  véritable  acception  du  mot.  M.  Carrion-Nisas  l'a  quelquefois  senti 
et  indiqué  ;  aussi,  doit-on  bien  le  distinguer  de  cette  populace  d'é- 
crivains qui  font  retentir  les  alentours  du  tombeau  de  Napoléon  de 
leurs  clameurs  adulatrices.  Est-ce  donc  là  le  témoignage  du  profond 
ressentiment  d'un  peuple  ,  blessé  dans  tout  ce  qu'il  a  de  plus  noble 
et  de  plus  juste  ?  Que  diront  nos  ennemis  à  l'aspect  de  cette  hon- 
teuse aberration?  Les  journaux  politiques,  organes  habituels  de  l'Op- 
position ,  sont  coupables  d'avoir  secondé  cette  fâcheuse  disposition 
de  quelques  esprits.  Nous  savons  bien  que  ce  n'est  qu'un  accès  pas- 
sager; nous  avons  même  remarqué  avec  satisfaction  que  pas  un 
écrivain  de  renom  ne  s'est  compromis  dans  cette  prostitution  d'élo<^es' 
la  tribune  nationale  en  est  restée  pure  ;  quelques  âmes  généreuses 
même  ont  fait  entendre  des  protestations,  et  l'écrit  de  M.  Carrion- 
Nisas  peut  être  rangé  dans  le  nombre.  Ces  circonstances  sont  con- 
solantes ;  toutefois  ,  rappelons-nous  que  des  Romains  pleurèrent 
César,  et  que  Rome  fut  opprimée  par  Octave;  j'entends  parler  de 

la  haine  qui  doit  expirer  au  bord   du   tombeau Mais,  quand 

Tibère  n'est  plus ,  n'est-il  pas  tems  que  Tacite  vienne  s'asseoir  sur 
sa  tombe  ?  .  A.  Mahcl. 

287. — ToK  KficiTciioIctTCiiç  T))£  Eupa'TTxf  Baj-j^fuj-f.  /^ ux  irès-vuis- 
sans  souuerains  de  i^ Europe.  Paris,  1821;  Eberhart.  Brochure  in-S" 
de  63  pag. 

Cet  écrit  qui  porte  pour  date  :  en  Grèce ,  le  28  mai  1821 ,  et  qui 
est  imprimé  en  langue  grecque  et  française  ,  a  été  envoyé  en  France, 
ainsi  que  dans  toute  l'Europe,  pour  j  être  publié.  C'est  un  cri  de 
liberté  qui  doit  être  entendu  de  toutes  les  âmes  généreuses.  Les 
Grecs ,  auteurs  de  cette  supplique ,  font  d'abord  une  touchante 
peinture  de  l'horrible  tyrannie  dont  ils  sont  victimes  ;  ils  mon- 
trent que  leur  insurrection  est  légitime  ;  ils  s^autorisent  des 
principes  même  de  la  Sainte-Alliance  pour  réclamer  les  secours 
des  princes  chrétiens.  Les  puissances  européennes,  disent-ils,  sont 
intéressées  à  leur  prêter  un  appui  tutélaire ;  car,  si  les  barbares 
d'Asie,  appelés  pour  exterminer  les  Grecs,  parviennent  à  les  dé- 
truire, ils  ne  tarderont  pas  à  se  répandre  sur  l'Europe,  comme  un 
torrent  dévastateur,  tandis  que  les  Grecs  triomphans  seraient,  au 


6<jg  LIVRES  FRANÇAIS. 

contraire ,  un  rempart  éternel  contre  les  invasions  futures  des  bar- 
bares de  l'Orient.  Les  Grecs,  s'appuyant   des  exemples  du  passé, 
rappellent  les  ravages  des  Sarasins  en  Europe  ,  depuis  leur  conquête 
de  l'Espagne  ;  et ,  après  avoir  montré  que   la  politique  commande 
de  ne  pas  les  abandonner  ,  ils  finissent  par  invoquer  en  faveur  de 
leur  cause  la  fraternité  religieuse.  Espérons  que   les  puissances  de 
l'Europe  entendront  cette  voix  suppliante  ;  la  guerre ,  presque  tou- 
jours si  injuste  dans  son  principe,  si  funeste  dans  ses  résultats,  aura 
du  moins  cette  fois  une  cause  noble  et  sainte  ,  et  de  glorieux  succès 
ne  peuvent  manquer  de  la  couronner.  L'opinion  des  peuples  civilisés 
s'est  assez  prononcée  pour  les  Grecs.  En  France  surtout ,  des  vœux 
presque  unanimes  appellent  sur  leurs  magnanimes  efforts  le  triomphe 
qu'ils  méritent.  Ceux  de  nos  publicistes  qui  se  montrent  toujours 
au  premier  rang  des  défenseurs  de  la  liberté    et  de   la   cause  des 
peuples ,  n'ont  pas  tardé  à  élever  la  voix  pour  la  défense  de  la  Grèce  ; 
ceux  même  qui  paraissent  ordinairement   dans    des  rangs  opposés, 
combattent,  dans  cette  circonstance ,  sous  le  même   étendard;    et 
M.  de  Bonald  vient  de  publier ,  dans  une  de  nos  feuilles  quotidiennes 
{Journal  des  Débats  du  20  septembre) ,  une   espèce  de  manifeste, 
qui  convertira  sans  doute  à  la  cause    des  Grecs  tous  ceux  qui ,  par 
un   amour  mal  entendu  de  la   légitimité  ,  ont  cru   jusqu'à  présent 
devoir  prendre  parti  pour  les  Turcs.  —  Une  lettre  d'un  des  colla- 
borateurs de  la  Reuue  Encjcloj.édigue_,  insérée  dans  le  Journal  des 
Débats  du  1"  juillet  1821 ,  renferme  aussi  une  défense  énergique  de 
la  Grèce,»  qui  offre  le  spectacle  d'une  lutte  opiniâtre  et  d'un  gêné-- 
reux  courage  contre  une  longue  et  injuste  oppression ,  de  l'amour 
de  la  patrie  contre  l'égoïsme  et  la  tyrannie  ;  enfin ,  des  progrès  des 
lumières   contre  les  épaisses  ténèbres  de  l'ignorance  et  du  fana- 
tisme. » 

iSS.— Dictionnaire  languedocien -français  ,  contenant  un  re- 
cueil des  principales  fautes  que  commettent  dans  la  diction  et 
dans  la  prononciation  française  les  habitans  des  provinces  méridio- 
nales, connues  autrefois  sous  la  dénomination  générale  de  la  Langue- 
d'Oc,  etc.,  par  M.  l'abbé  de  Sauvages;  nouvelle  édition,  revue, 
corrigée,  augmentée  de  beaucoup  d'articles,  et  précédée  d'une  no- 
tice biographique  sur  la  vie  de  l'auteur,  par  son  neveu  L.  A.  D.  F. 
Alais,  J.  Martin  ;  Avignon,  Guichard,  Montpellier,  Séguin.  1S21  , 
a  vol,  in-8°.  Prix,  12  fr. 


LIVRES  FRANÇAIS.  607 

Les  Anglais  et  les  Allemands  impriment  à  grands  frais ,  et  pu- 
blient, avec  un  zèle  louable  sans  doute ,  des  glossaires  sur  les  idiomes 
des  peuplades  les  plus  obscures  de  l'Inde ,  ou  même  des  tribus  sau- 
vages de  l'Amérique.  On  est  un  savant  quand  on  a  fait  un  livre  de 
ce  genre  ;  et  le  plus  souvent  on  devient  un  académicien.  Pourquoi 
les  idiomes  antiques  de  nos  provinces  ont-ils  été  si  long-tems  dé- 
daignés? Grâce  aux  travaux  de  MM.  Raynouard ,  ChampoUion-Fi- 
geac,  Oberlin,  de  Rochegude,  Legonidec,  etc.  Ce  dédain  n'existe 
plus  aujourd'hui  :  aussi ,  nous  ne  doutons  pas  que  la  nouvelle  édi- 
tion du  Dictionnaire  languedocien  de  M.  l'abbé  de  Sauvages  ne  soit 
accueillie   favorablement.   On  ne  saurait  dissimuler  néanmoins  que 
le   nouvel  éditeur  n'a  pas  fait  subir  à   ce  livre  toutes   les  améliora- 
tions que  le  système  actuel  des  travaux  d'érudition  rendait  néces- 
saire. Le  dictionnaire  de  Sauvages  ne  donne  que  le  languedocien  des 
Cévennes  ,  de  Nîmes  et  de  Montpellier;  celui  qu'on  parle  dans  le 
Haut-Languedoc  ,  qui  comprend  les  pays  des  Albigeois,  des  Tecto- 
sages ,  des  Atacins,  et  ce  qu'on  appelait  sous  les  Romains  V  Aquitaine 
et  la  Noueinpopulanie ,  diffère  considérablement  du  précédent.  Pour 
moi ,  je  suis  porté  à  croire  que  ce  dialecte  offre  des  formes  plus  ré- 
gulières ,  et  un  caractère  plus  original  que  celui  qui  est  usité  dans 
le  Bas-Languedoc  ;  celui-ci  pourtant  a  fourni  un  plus  grand  nombre 
de  productions  écrites,  et  l'opinion  commune  lui  attribue  plus  d'eu- 
phonie. On  conçoit  que ,  pour  faire  un    dictionnaire  languedocien 
complet,  il  était  indispensable  de  visiter  les  divers  cantons  où  cet 
idiome  est  parlé  ,  pour  en  signaler  les  dialectes  ,  en  indiquant  les 
lieux  où  chacun  d'eux  est  usité.  Or  ,  c'est  ce  qui  reste  encore  à  faire. 
Tel  qu'il  est  néanmoins,  le  dictionnaire  de   Sauvages  sera  recher- 
ché par  tous  ceux  que  la  connaissance  de  quelqu'une  des  langues  du 
midi  de  l'Europe  met  à  portée  de  cultiver  l'histoire,  ou  la  littérature 
du  moyen  âge  dans  ces  contrées.  A.  M. 

289.  —  Histoire  littéraire  du  XIII°  siècle  de  l'ère  chrétienne, 
traduite  de  l'anglais  de  Beeikcton.  Paris,  1S21.  Maradan  ,  in-S", 
(L'ouvrage  original  qui  porte  pour  tiire  :  Histoire  littéraire  du  moyen 
dge,  a  été  publié  à  Londres,  chez  Ma>vman,  en  1814.} 

On  doit  à  l'un  de  nos  plus  laborieux  littérateurs  la  traduction 
successive  de  diverses  parties  de  cet  ouvrage ,  et  le  volume  que 
nous  annonçons  en  est  le  quatrième  ;  les  trois  autres,  contenant 
l'histoire  littéraire  des  huit  premiers   siècles,  celle  des  9'  et    io« 


608  LIVRES  FRANÇAIS. 

siècles,  enfin  celle  du  ii-^  et  du  i2%ontparu  en  i8i4,  1816  et  1818; 
celui-ci  est  relatif  au  i5s  et  bientôt  le  i4«  et  le  i5'  auront  leur  tour. 
Tant  que  l'histoire  littéraire  de  la  France ,  commencée  par  les  bé- 
nédictins et   continuée   par   une  commission   de    l'académie    des 
belles-lettres  ,  ne  sera   pas  terminée ,  il  faudra  bien  avoir  recours 
aux  compositions  même  étrangères  qui,  sur  ce  curieux  et  important 
sujet ,  nous  offrent  des  documens  authentiques  ou  nouveaux.  C'est 
donc  rendre  un  véritable  service    aux   lettres  que  de  faire  passer 
dans  notre  langue  et  de  répandre  les  travaux  des  étrangers  sur  notre 
propre  littérature  ,  lorsque  d'ailleurs  la  connaissance  de  celle  des  au- 
tres peuples  ne  peut  nous  être  ni  inutile  ni  indifférente.  Aujourd'hui 
que  l'on  veut  tout  savoir,  ou  du  moins  bien  savoir,  ce  genre  d'étude 
a  quelques  partisans,  et  l'on  sent  plus  généralement  que  l'histoire 
de  l'enfance  de  notre  langue  ne  peut  pas  être  séparée  de  l'histoire 
de  nos  progrès  dans  !es  connaissances  humaines  ;  c'est  sa  langue 
que  chaque  peuple  a  d'abord  améliorée,  à  mesure  que  son  intelli- 
gence s'est  étendue ,  et  cette  action  de  l'esprit  humain  est  la  plus 
digne    des  méditations  du    philosophe.  On   lira  donc  avec  un  vif 
intérêt  ce  qui,  dans  l'ouvrage  annoncé,  se  rapporte  à  la  formation 
des  langues  modernes,   surtout    dans   ce    que  l'on  peut,  sous    ce 
rapport,   nommer    l'Europe    latine;    car   c'est   là    que  se    trouve 
l'histoire  de  la  langue  française.  Aux  recherches   du  savant  auteur 
anglais,   le  traducteur  français  a  ajouté    quelques   éclaircissemens 
nécessaires.  C'est  ainsi  que   M.   Boulard  sait  rendre    de   nouveaux 
services    aux  lettres,   et    avec    ce    zèle  éclairé    et    ce    noble    dé- 
sintéressement qui,  dans  les  carrières  diverses  qu'il  a  parcourues, 
l'ont  toujours  placé  au  nombre  de  nos  plus  utiles  et  de  nos  plus 
honorables  citoyens.  ^*  ^  • 

2go.  {*)— Annuaire  nécrologique,  ou  Supplément  annuel  ei  con  » 
dnuation  de  toutes  les  biographies  ou  dictionnaires  historiques; 
contenant  la  vie  de  tous  les  hommes  célèbres  par  leurs  écrits ,  leurs 
vertus  ou  leurs  crimes  ;  morts  dans  le  cours  de  chaque  année ,  à 
commencer  de  1820;  orné  de  portraits  ;  rédigé  et  publie  par  ^Z- 
/;Ao72se  Mahul.  i«  année,  1820.  Paris,  1821.  Baudouin  frères ,  rue 
de  Vaugirar'd ,  n»  56  ;  Rey  et  Gravier,  quai  des  Augustins,  n»  65. 
1  vol.  in-8'>.  Prix,  4  fr-  et  5  fr.  par  la  poste.  {Voy.  ci-dessus  T.  X, 
page  664.) 

Nous  rendrons  un   compte  délalllO  de   ce  volume ,    qui    obUcnt 


LIVREES  FRANÇAIS.  609 

beaucoup  de  succès.  Il  est  orné  des  portraits  de  S.  A.  R.  Ms^  le 
duc  de  Cerry,  du  maréchal  Kellermann,  de  Fouché  et  de  Volnev. 

291. — Notice  sur  Claude  Brossetle;  suivie  d'une  lettre  inédite 
du  président  Bouhier  (extraitdu  journal  de  Lyon,  du  3i  juillet  1821). 
In-8"  de  4  pages. 

Brossette ,  le  commentateur  de  Boileau ,  à  qui  le  satirique  écri- 
vait :  «  A  l'air  dont  vous  y  allez ,  vous  saurez  mieux  votre  Boileau 
que  moi-même,  »  était  de  Lyon.  Un  littérateur  lyonnais,  M.  A.  Pé- 
HicACD ,  vient  de  lui  consacrer  une  notice  dans  le  journal  de  cette 
ville.  Quelques  exemplaires  ont  été  tirés  à  part.  On  lit,  à  la  suite 
de  la  notice ,  une  lettre  fort  intéressante  du  savant  président 
Bouhier,  adressée  à  Claude  Brossette  ;  elle  est  relative  à  quelques 
difficultés  survenues  au  sujet  de  certains  ouvrages  de  jurisprudence. 
II  y  est  question  entre  autres  d'un  arrêt  en  matière  civile ,  dans 
lequel,  dit  le  président,  on  jugea  les  personnes  plutôt  que  la  thèse. 
Pareille  chose  n'arrive  plus  aujourdhui en  matière  civile. 

292. — Messénienne  sur  la  lilx;rli  de  la  Grèce. — Paris,  1821  : 
chez  les  marchands  de  nouveautés.  In-S"  d'une  feuille  d'impression. 

Le  Chant  des  Grecs  ,  avec  le  texte  en  regard.  In-S». 

La  Grèce  libre ,  ode  par  A.  Bigna.-v.  Paris,  septembre  iSai.Chau- 
merot  jeune,  au  Palais-Royal,  galerie  de  bois,  a»  1S9. 

Les  efforts  des  Grecs  pour  reconquérir  leur  liberté  sur  une  nation 
qui,  seule  en  Europe  ,  reste  étrangère  aux  progrès  des  sciences  et 
de  la  civilisation  ,  étaient  bien  faits  pour  exciter  l'enthousiasme 
des  poètes.  Mais  les  inspirations  de  ceux  qui  ont  voulu  traiter  ce 
beau  sujet,  n'ont  pas  toujours  été  heureuses,  ce  qui  ne  prouve  rien 
contre  le  génie  poétique  de  notre  siècle.  De  tels  événemens  acca- 
blent l'esprit  du  poids  de  leur  grandeur;  et  l'impression  soudaine 
et  générale  qu'ils  produisent,  l'admiration  qu'ils  font  naître  nuisent 
nécessairement  à  celui  qui  veut  les  décrire.  Le  lecteur  attend  du 
poète  plus  de  chaleur,  plus  d'enthousiasme  encore  qu'il  n'en  éprouve 
lui-même ,  et  il  est  en  droit  de  le  juger  sévèrement,  lorsqu'il  n'en  a 
pas  reçu  de  nouvelles  émotions.  Un  aussi  noble  élan  d'ailleurs  se 
sent  peut-être  mieux  qu'il  ne  s'exprime  ;  c'est  peut-être  l'épée  et 
non  la  lyre  que  doit  saisi*  celui  qui  sait  le  comprendre.  Quoi  qu'il 
en  soit,  les  trois  pièces  que  nous  annonçons  ne  sont  pas  sans  mérite. 
Jl  y  a  delà  verve  et  du  mouvement  dans  le  Chant  des  Grecs,  donf 

TojiE  XI.  39 


CiO  LIVRES  FRANÇAIS. 

l'auteur  anonyme  révèle  dans  ses  vers  cette  ardeur  brûlante  et  gé- 
néreuse qni  caractérise  la  jeunesse  ,  et  surtout  la  jeunesse  fran- 
çaise. La  Messénienne  est,  à  ce  qu'on  assure,  le  premier  essai  de 
son' auteur.  On  y  trouve  des  idées  et  des  expressions  très-poétiques 
déparées  par  des  longueurs  et  quelques  incorrections.  L'ode  de 
M.  Bi<^nan  est,  selon  nous,  inférieure  aux  deux  autres  pièces.  On 
demande  plus  de  verve,  plus  de  mouvement,  plus  de  véritable 
enthousiasme  dans  une  ode  ;  la  sienne  est  froide ,  et  n'exprime 
guère  que  des  idées  communes,  dans  un  style  en  général  peu  poé- 
tique. E.  H. 

290.  Le  Roman  comique,  par  Scabron.  Nouvelle  édition,  revue 
«t  corrigée.  Paris,  1821.  Roret  et  Roussel,  rue  Pavée-Saint- André- 
des-Arcs ,  n°  9.  4  vol.  in-i2  ;  prix,   8  fr. ,  et  par  la  poste  1 1  fr. 

La  Harpe  ,  dont  la  postérité  n'a  pas  sanctionné  tous  les  jugemens, 
dit  dans  son  Cours  de  Vlléralure-,  à  l'article  Scarron  :  «Le  Roman  co- 
mique est  ce  qui  nous  reste  de  meilleur  des  romans  du  siècle  der- 
nier ;  on  y  trouve  de  la  gaieté ,  et  même  de  la  bonne  ;  le  caractère 
de  la  Rancune  est  piquant,  vrai,  bien  tracé;  le  »tyle  a  du  naturel 
et  de  la  verve  ;  il  est  même  assez  pur,  et  beaucoup  plus  que  dans 
les  autres  écrits  du  même  auteur».  Nous  ne  lui  contesterons  pas  la 
dernière  partie  de  cet  éloge  ;  mais  nous  croyons  que  La  Harpe ,  cri- 
tique souvent  beaucoup  trop  sévère,  ne  l'a  pas  été  assez  à  l'égard  de 
Scarron,  que,  selon  nous,  Chénier  a  jugé  plus  sainement  dans 
son  Tableau  historique  de  l'état  et  des  progrès  de  la  littérature 
française.  »  Au  tems  même  où  l'on  admirait  Cassandre  et  Cléopâtre , 
dit-il ,  chapitre  VI,  (1)  le  coryphée  trop  fameux  du  genre  burlesque, 
Scanon  donnait  son  Roman  comique.  Des  ridicules  de  province, 
des  comédiens  de  campagne,  des  scènes  d'auberge  ou  de  tripot, 
voilà  ce  qu'on  y  trouve  ;  les  incidens ,  les  personnages ,  le  style , 
tout  est  ignoble  et  grotesque;  mais  tout  est  vrai.»  Nous  partageons 
entièrement  l'opinion  de  Chénier  ,  que  nous  croyons  celle  de  tous 
les  gens  de  goût ,  et  le  Roman  comique  nous  parait  une  débauche 
d'esprit ,  pleine  de  naturel  et  de  vérité ,  mais  où  la  gaieté  descend 
jusqu'à  la  farce.  Le  ton  qui  règne  dans  cet  ouvrage  contraste  singu- 
lièrement avec  la  situation  où  se  trouvait  son  auteur  ;  et  peut-être , 

(1)  Voy.  p  205,  nouvelle  édition  in-i8,  publiée  par  les  soins  des 
frères  Baudouin. 


LIVRES  FRANÇAIS.  Cil 

en  y  réfléchissant  bien ,  est-ce  dans  ses  souffrances  pliysiques  même 
qu'il  faut  chercher  la  cause  de  la  tournure  caustique  et  piquante  de 
son  esprit.  La  gaieté  de  Scarron  n'est  pas  cette  gaieté  douce ,  égale , 
inaltérable  de  l'homme  heureux  ;  c'est  de  l'exagération  ,  de  la  folie  ; 
c'est  un  véritable  délire.  Nous  croyons,  toutefois,  qu'il  faut  savoir 
gré  aux  éditeurs  d'avoir  réimprimé  son  Roman  comique ,  qui  com- 
mençait à  manquer  dans  nos  bibliothèques  de  romans  ,  où  il  tient 
fort  bien  sa  place,  à  côté  de  ceux  d'un  auteur  plus  moderne,  qui 
l'a  surpassé  par  le  nombre  et  le  mérite  de  ses  productions,  mai«  qui 
n'a  pas  su  toujours  se  préserver  des  défauts  de  son  modèle.  Je  veut 
parler  de  PigaultLebrun,  qui ,  s'il  n'a  pas  eu,  comme  Scarron ,  à  sup- 
porter des  maux  physiques ,  inouis  dans  les  annales  de  l'humanité  » 
a  éprouvé  trop  souvent ,  dans  le  cours  de  sa  carrière  littéraire ,  des 
peines  morales ,  dont  la  franchise ,  la  douceur  et  l'aménité  de  son 
caractère  auraient  dû  le  préserver,  si  ces  diverses  qualités  n'étaient 
pas  trop  souvent,  dans  le  monde,  des  causes  de  persécutions  et 
d'infortunes.  E.    Hbheau. 

294.  —  Description  de  V Egypte.  Seizième  LiVR.usoy.  yintiquités. 
Vol.  I,  pi,  65.  Petit  temple  dédié  à  Typhon  (le  mauvais  génie  ). 
— Antiquités.  Vol.  I ,  pi.  69.  Divers  bas-reliefs  tirés  des  grottes 
d'Elethya,  et  fragmens  de  statues  trouvés  dans  les  mêmes  ruines. — 
État  moderne.  Vol,  I ,  pi.  ôg.  La  place  des  éléphans  {Birhet  el  fyl)^ 
dans  la  ville  du  Caire,  pendant  le  tems  de  l'inondation. — Élatmoderne. 
Vol.  I,  pi.  FF.  Vases,  meubles  et  instrumens.  Les  vases  représentés» 
dans  cette  planche  sont  tous  d'une  petite  proportioa  ;  ils  font  l'office 
des  bouteilles  ou  carafes  de  nos  tables.  Connus  sous  le  nom  de  bar- 
daques,  leur  objet  est  de  donner  à  l'eau  la  fraîcheur,  si  nécessaire 
dans  un  climat  brûlant,  Les  Egyptiens  y  sont  parvenus,  en  rendant  ces 
vases  poreux  ;  l'évaporation  de  l'eau  qui  transsude  rafraîchit  l'eau  in- 
térieure. Pour  les  fabriquer,  on  mêle  du  sel  au  limon  dont  les  poteries 
sont  formées  ;  la  première  eau  qu'on  y  verse  dissout  le  sel ,  et  laisse 
des  pores  à  la  place.  L'usage  des  bardaques  ou  vases  réfrigérans  est 
universel;  aussi,  s'en  fabrique-t-il  une  immense  quantité,  d'autant 
plus  qu'ils  ne  servent  pas  long-tems.  La  température  s'abaisse,  dans 
ces  vases,  de  dix  degrés,  et  quelquefois  beaucoup  plus;  on  augmente 
le  refroidissement  par  un  courant  d'air  ;  cet  usage  appartient  à  l'an- 
tiquité. (  Voy.  pi.  65 ,  Ant. ,  vol.  !•  ) -^  Histoire  naturelle.  Mammi- 
fères. Pl.  1.  Détails  de  trois  espèces  de  chauve-souris.  ' 

39* 


C12  LIVRES  FRANÇAIS. 

Dix-SEPTiàiME  Livraison. — ^4ntiquitès,  Vol.  I ,  pi.  25,  bas-reliefs  du 
temple  d'Isis  à  Philce. — Antiquités.  Vol.  I ,  pi.  55.  L'intérieur  du 
portique  du  grand  temple  d'Edfou  (Apollinopolis  magna}.  — État 
moderne.  Vol.  II,  pi.  i.On  a  rassemblé  dans  cette  plancbe  vingt  trois 
portraits,  dessinés  fidèlement  et  gravés  avec  soin,  représentant  des 
individus  de  plusieurs  races  et  de  professions  diverses.  L'Arabe  du 
désert  se  distingue  à  son  œil  vif  et  perçant^  aussi  bien  qu'à  sa  coiffure 
(Voy.  fig.  2  )  ;  les  Mamlouks ,  à  leur  menton  rasé  et  un  peu  reculé  en 
arrière  (Voy.  fig.  8.);  les  cheyks  et  hommes  de  loi,  à  des  traits  pro- 
noncés fortement,  surtout  le  trait  du  nez.  On  remarque  dans  le  mar- 
chand d'Alexandrie  une  physionomie  commune,  qui  annonce  un  sang 
altéré  par  le  mélange  des  races ,  comme  il  arrive  toujours  dans  les 
villes  maritimes.  Au  contraire  ,  les  hommes  du  Caire  et  du  pays  supé- 
rieur ont  un  caractère  de  tête  qui  n'est  pas  sans  une  sorte  de  beauté, 
et  qui  a  beaucoup  d'analogie  avec  celui  des  anciens  Egyptiens ,  si  on 
en  juge  par  les  bas-reliefs  qu'ils  nous  ont  laissés  et  par  les  momies 
(Voy.  fig.  5,  10,  12,  17  et  la  Description  des  hypogées  de  Thèbes ., 
Ant.  Desc. ,  vol.  III).  On  reconnaît  aisément  combien  cette  physio- 
nomie s'éloigne  de  celle  du  nègre  (  Voy.  fig.  11).  Le  chrétien  Cophte 
»>se  reconnaît  au  caractère  d'humilité  empreint  sur  son  visage  et  dans 
toute  sa  personne  (Voy.  fig  1,4»  5). — Etat  moderne.  Vol.  I,  pi.  25. 
Vu«  du  port  et  de  la  grande  mosquée  de  Boulâq ,  au  Caire.  C'est  dans 
ce  port  qu'arrivent  toutes  les  marchandises  de  la  Basse-Egypte  ;  le 
marché  au  blé  se  tient  sur  la  grève,  en  face  de  la  grande  mosquée. 
A  gauche,  on  remarque  un  sarcophage  de  basalte  en  forme  de  momie, 
qui  vient  d'être  retiré  du  Nil  ;  c'est  Monge  qui  en  fit  la  découverte 
peu  après  l'arrivée  de  l'armée.  Ce  beau  morceau  de  sculpture  est 
maintenant  au  musée  britannique,  où  l'on  a  rassemblé  dans  une 
salle  égyptienne  les  précieux  monumens  que  l'Institut  du  Caire  avait 
recueillis  dans  la  Thébaïde  et  dans  l'Egypte  inférieure.  —  Histoire 
naturelle.  Botanique,  pi.  5.  Trois  espèces  de  graminées. 

295. — Les  villes  de  la  Gaule  rasées  par  M.  J.  A.  Dulaube,  et  re- 
bâties par  Y.  A.  DE  GoLBÉRY ,  conseiller  à  la  cour  royale  de  Colmar. 
Paris,  1821.  Levrault,  rue  des  Fossés-M.-le-Prince,  n»  55;  in-8°  de 
46  pages. 

Cette  brochure  est  la  réfutation  d'une  Dissertation  de  M.  Dulaure, 
insérée  dans  les  Mémoires  de  la  société  rojale  des  Antiquaires  de 
France ,   sur  les  lieux  d'habitation  ,  les  cités  et  les  forteresses  des 


LIVRES  FRANÇAIS.  613 

Gaulois.   Le  savant  auteur  de  cette  dissertation  avait  avancé  que  la 
Gaule  ancienne  n'avait  point  de  villes.  Au  lieu  de  huit  cents ,  que 
lui  accorde  Plutarque,  il  ne  faisait  prendre  à  César  que  des  enceintes 
de  murailles  d'environ   sept  pieds  de  haut.   On   trouve  la  même 
opinion  reproduite  dans  son  Histoire  de  Paris ,  où  M.  Dulaure  dit , 
en  parlant  de  Lutèce  :  «  Ce  n'était  point  une  ville.  Les  Gaulois,   à 
cette  époque^  n'en  avaient  pas  ;  ils  habitaient  des  chaumières  éparses 
dans  les  campagnes;  et,  lorsqu'ils  craignaient  une  attaque,   ils  se 
retiraient  avec  leurs  denrées,  leurs  ménages  et  leurs  bestiaux,  dans 
leurs  forteresses,   et  y  construisaient  à  la  hâte  des  cabanes  où  ils 
abritaient  leurs  familles  et  leurs  provisions.  »  M.  Golbérya  entrepris 
de  réfuter  cette  assertion.  La  discussion  roule  sur  les  mots  ciuitas , 
urbs,  oppidum,  vicus ,  œdes  ou  œdijicium  ,  sur  la  signification  des- 
quels MM.   Dulaure  et  Golbéry  ne  sont  pas  d'accord.    Le  premier 
prétend  que  le  mot  ciuitas  avait,  suivant  les  lieux,  une  acception 
diflPérente.  «  Ce  mot ,  dit-il ,  signifiait  une  nation  chez  les  Gaulois 
indépendans ,    et  une  ville  capitale  chez  les  Gaulois  soumis  aux 
Romains.  M.  Golbéry,  appuyé  sur  plusieurs  autorités,  entre  autres 
sur  celles  de  César,   de  Tacite  et  de  d'Anville,   prouve  que  ce  mot 
désigne  uniquement  le  territoire  entier  d'un  peuple.  M.  Dulaure  ne 
veut  pas  que  le  mot  urbs  signifie  ville.  «  Il  faut  le  prendre ,  dit -il , 
dans  le  sens  d'orbis ,  qui  se  traduit  par  arrondissement,  pays,  région. 
Selon  lui,  par  le  mot  oppidum ,  il  ne  faut  entendre  qu'aneforteresse, 
tandis  que  M.  Golbéry  donne  à  ce  mot  l'acception  de  ville  fortifiée, 
et  cite ,  à  l'appui  de  son  opinion  ,  le  témoignage  d'Ennius,  qui  qua- 
lifie Athènes  elle-même  d'oppidum.  MM.  Dulaure  et  Golbéry  ne  sont 
d'accord  que  sur  le  mot  uicus,   auquel  ils  donnent  la  signification 
de  quartier,  dans  une  ville,  et  de  village,  hors  des  villes.   Quant 
au  mot  œdificium,  M.  Golbéry  cite  Varron  ,   qui  l'emploie  pour  dé- 
signer toute  une  ville.  Ainsi ,  tandis  que  le  premier  veut  que  les  an- 
ciens Gaulois  aient  habité  des  demeures  éparses  dans  les  forêts ,  et 
qu'ils  n'aient  eu  pour  enceintes  que  des  forteresses,  qui  leur  servaient 
de  lieu  de  refuge,  le  dernier  voit,  dans  les  mots  d'oppida,   vici, 
a?d«/îcia ,  trois  degrés  d'habitation ,  comme  chez  nous  ,  f^jZZes  ,   vil- 
lages et  maisons.  Du  reste ,    M.  Golbéry  pense  ,  avec  M.  Dulaure , 
qu'on  se  trompe  en  attribuant  aux  Gaulois  quelques  vieux  édifices 
que  l'on  voit  dans  les  Gaules  ;  il  les  qualifie ,  comme  lui ,  de  restes 
des  Celto-Romains ,  et  les  attribue  au  premier  ou  au  second  siècle. 


6U  LIVRES  FRANÇAIS. 

Nous  avons  rapporté  bien  imparfaitement  le  sujet  de  leur  contro- 
verse ;  c'est  dans  les  écrits  des  auteurs  eux-mêmes  qu'il  faut  étudier 
les  preuves  diversea  qu'ils  apportent  à  l'appui  de  leur  opinion  ,  afin 
de  pouvoir  décider  entre  eux.  Mais,  nous  croyons  devoir  faire  remar- 
quer que  la  réfutation  de  M.  Golbéry  est  un  modèle  d'une  discussion 
sage ,  modérée  ,  polie ,  où  la  plaisanterie  n'a  rien  d'offensant  ni 
d'amer,  d'une  discussion  telle  enfin  qu'elle  devrait  toujours  exister 
entre  des  gens  de  lettres.  E.  H. 

Mémoires  et  Rapports  de  Sociétés  sapantes  et  df utilité 
publique. 

296. — Académie  royale  des' sciences,  arts  et  belles-lettres  de  la 
ville  de  Caen.  —  Rapport  sur  les  travaux  de  l'Académie,  par 
M.  Hébeht,  secrétaire.  Caen,  1821.  G.  Chalopin  ;  in-8°. 

Ce  rapport  nous  fait  connaître  les  travaux  d'une  des  premières 
sociétés  savantes  de  France.  M.  Lamouroux  fait  imprimer  un  ou- 
Trage  sur  la  Géographie  physique  du  globe  terrestre.  M.  Pattu  a  pu- 
blié des  Observations  sur  des  travaux  faits  à  la  mine  de  Litry,  pour  dé- 
couvrir de  nouvelles  veines  de  houille.  M.  Lesauvage  a  communiqué 
«es  recherches  sur  la  circulation  du  sang  dans  les  poissons.  Nous  avons 
indiqué  précédemment  (Tom.  IX,  pag.  201,  4oJ  et  616)  divers  tra- 
vaux de  MM.  Gaillon,  Spencer  -  Smy  the ,  Vautier,  et  le  secrétaire 
de  l'Académie  en  a  présenté  l'analyse.  Le  prix  de  poésie  a  été  dé- 
cerné à  M.  Urbain  Guilbert.  Le  sujet  était  le  Deuil  de  la  ville  de 
Caen ,  à  l'occasion  de  la  mort  de  Mgr.  le  duc  de  Berry.  Nous  croyons 
que  l'Académie  a  compté  pour  beaucoup  les  sentimens  de  l'auteur  ; 
car  sa  poésie  n'atteint  pas  toujours  à  cette  honnête  médiocrité  qui , 
pointant ,  devrait  être  de  rigueur  dans  les  concours.  X. 

297. — Mémoires  et  rapports  de  la  société  d'agricultu  re  et  arts  du 
département  du  Doubs.  1820-1821 ,  première  année  de  sa  restaura- 
tion. Besançon  ,  1821.  Veuve  Daclin  ,  imprimeur  du  Roi. 

Nous  avons  déjà  fait  connaître  (Tom,  VIII,  p.  64i)  le  rétablisse- 
ment de  cette  société ,  ainsi  que  les  prix  qu'elle  a  proposés  pour 
18a I  et  1822.  Rien  ne  prouve  mieux  son  utilité  que  le  volume  qui 
fait  l'objet  de  cet  article.  Il  est  divisé  en  deux  parties;  je  commen- 
cerai par  celle  qui  est  consacrée  aux  travaux  de  1820. 

L'analyse  de  l'essai  de  M.  de  Tschudy,  sur  la  greffe  des  plantes 
herbacées  et  des  arbres,  par  M.  de  Latebbade,  présente  une  expo- 


LIVRES  FRANÇAIS.  615 

sltion  précise  de  celte  branche  importante  de  l'écoaomie  rurale— 
On  doit  à  M.  Girodde  Chantrans,  président  annuel  de  la  société  , 
trois  mémoires  d'un  grand  intérêt.  Le  premier,  intitulé  Notice  sur 
quelques  faits  relatifs  à  la  végétation,  renferme  des  observations 
très-intéressantes,  entre  autres  celles  qui  ont  rapport  à  la  culture 
du  blé  de  miracle.  Dans  le  second  mémoire,  qui  est  plein  de  faits 
curieux,   l'auteur  traite  cette  question  :  Quelle  peut  être,  dans  le 
règne  végétal^,  l'action  de  ce  qu'on  appelL  communément  engrais; 
il  arrive  à  cette  conclusion  :  «  De  toutes  les  substances  fertilisantes  , 
l'eau  et  les  gaz  seraient  donc  les  seules  qui  mériteraient  la  dénomi- 
nation d'engrais  ,  étant  en  effet  les  seules  employées  à  la  nourriture 
des  plantes.  Les   autres  ne  seraient  considérées  que  comme  utiles 
pour  l'amendement  des  fonds  de  terre,   qu'elles  disposent  à  trans- 
mettre  les  fluides  nourriciers,  dans  des  proportions  relatives  aux 
besoins   des  différens  végétaux  que  l'on  cultive.  »   Sans  entrer  dans 
une  discussion  approfondie  ,  je  dois  dire  que  M.  Girod  de  Chantrans 
se  trouve  ici  en  contradiction  avec  nos  plus  savans  chimistes  qm  ad- 
mettent ,  d'après  des  expériences  récemment  répétées  par  M.  Théo- 
dore de  Saussure  ,  que  les  engrais  fournissent  aux  plantes  une  plus 
ou  moins  grande  quantité    de  sucs  qu'elles  peuvent  s'assimder.- 
C'est  pour  se  conformer  au  vœu  de  la  société,  que  M.  Girod  de 
Chantrans  a  fait  un  extrait  des  principes  d'œnologie  de  M.  Dandolo  ; 
il  en  a,  de  plus,  tiré  plusieurs  conséquences  qui  ne  sont  pas  mdiquécs 
dans  l'ouvrage  du  célèbre  agronome  italien. -Dans  un  mémoire  in- 
titulé :  Obsert^ations  sur  la  race  bobine  et  sur  les  moyens  de  la 
perfectionner,    M.    Désiré    Ordinaire  a  fait  connaître  les   diverses 
espèces  de  bœufs  élevées  dans  le  département ,  et  les  moyens  de   es 
améliorer  par  des  croisemens.  C'est  à  ce  mémoire  qu'est  due  1  aUo- 
cation  faite  par  le  conseil  général  du  département  du  Doubs,  d  une 
somme  de  1,800  fr.,  qui  doit  être  distribuée  en  primes  aux  cultivateurs 
qui  auront  élevé  les  plus  beau»  taureaux.  L'action  des  engrais   ^a 
l'objet  d'un  autre  mémoire  de  M.  Désiré  Ordinaire  ,  où  cet  habile 
agronome  passe  en  revue  les  diverses  espèces  d'engrais,  en  indiquant 
ceux  qui  conviennent  dans  telle  ou  teUe  localité,  et  l'action  qu  ils 
exercent  sur  les  plantes.  -  U.  le  maréchal-de-camp  Pernei  a  fait 
parvenir  à  la  société  des  observations  sur  les  forets  de  sapins  et  sur 
leur  exploitation;  elle  les  a  crues  assez  importantes  pour  les  com^ 
muniqucr  aux  agens  de  l'administration  forestière. 


^^^  LIVRES  FllAiNÇ/US. 

La  première  partie  du  volume,  par  laquelle  j'di  cru  devoir  ter- 
miner cet  article,  renferme  les  mémoires  et  les  rapports  lus  dans 
la  séance  publique  du  i"  février  dernier.  Dans  le  discours  d'ou- 
Perture,  M.  Girod  de  Chantrans  s'est  d'abord  attaché  à  faire  res. 
sortir  les  avantages  qui  doivent  résulter,  pour  l'agriculture  française , 
des  mesures  prises  depuis  quelques  années  par  le  gouvernement. 
Après  avoir  indiqué  les  améliorations  qui  réclament  d'abord  la 
sollicitude  de  la  société ,  il  a  fait  connaître  les  essais  qu'elle  a  déjà 
tentés  pour  les  obtenir. -Ze  compte  rendu  par  M.  Laurens ,  secré- 
taire annuel,  des  travaux  de  la  sociélé  depuis  sa  restauration  ,  est 
fait  avec  beaucoup  de  soin.  On  y  remarque  ce  que  l'auteur  dit  de 
l'établissement  d'un  jardin  expérimental  dans  un  enclos  de  l'aca- 
démie, dont  M.  le  recteur  Ordinaire  a  bien  voulu  céder  la  jouissance 
à  la  société,  et  pour  lequel  il  a  obtenu  de  la  pépinière  du  Luxem- 
bourg, un  envoi  de  ceps  de  toutes  les  espèces  de  vignes  qui  peuvent 
prospérer  dans  le  département  du  Doubs.  -  Je  m'arrêterai  plus 
long-tems  sur  un  mémoire  de  M.  Bruand ,  ayant  pour  titre  :  Con- 
sidérations sur  l'utilité  des  fermes-modèles;  sur  les  moyens  faciles 
et  peu  dispendieux  de  former  et  de  multiplier  ces  établissemens 
ruraux ,  et  sur  le  mode  d'assolement  à  suivre  dans  le  domaine  de 
la  Câvre,  proposé  pour  un  établissement  de  ce  genre.  Nous  avons 
déjà  dit  quelques  mots  (Tom.  VIII ,  p.  64i)  sur  l'ingénieuse  pensée 
d'établir  une  ferme-modèle  dans  un  domaine  parïiculier,  dont  le 
fermier  consente  à  suivre  le  mode  d'assolement  prescrit  par  la  so- 
ciété,  pourvu  qu'elle  lui  abandonne  tous  les  bénéfices,  et  s'engage 
à  l'indemniser  des  pertes  qui  pourraient  résulter  des  essais  auxquels 
il  se  soumet.  Cet  arrangement  ne  peut  qu'être  avantageux  pour  le 
fermier,  sans  être  onéreux  à  une  société  composée  d'hommes  qui 
réunissent  l'expérience  à  la  théorie.  On  conçoit  quelle  doit  être 
l'influence  d'une  semblable  institution  sur  les  cultivateurs  voisins, 
qui  peuvent  observer  des  procédés  nouveaux  et  utiles,  et  en  appré- 
cier exactement  les  résultats.  Ils  auront  bien  plus  de  confiance  dans 
une  ferme-modèle,  ainsi  gérée  par  un  simple  cultivateur,  que  dans  ces 
établissemens  formés  à  grands  frais  ,  auxquels  le  gouvernement  pa- 
raît avoir  renoncé,  et  dont  les  succès  même  exciteraient  la  méfiance 
des  paysans ,  parce  qu'ils  sauraient  qu'on  les  a  obtenus  en  faisant 
des  dépenses  au-dessus  de  leurs  ressources.  Je  ne  suivrai  pas 
M.  Bruand  dans  les  détails  du  plan  qu'il  a  proposé  pour  convertir  le 


LIVRES  FRANÇAIS.  617 

domaine  de  la  Cùvre  eu  ferme  expérimentale  ;  son  mémoire  sera 
sans  doute  lu  par  toutes  les  personnes  qui  s'occupent  d'agriculture  ; 
elles  y  trouveront  développés  avec  une  grande  clarté  les  moyens 
d'exécution  qui,  après  avoir  obtenu  l'approbation  de  la  société 
d'agriculture ,  ont  reçu  la  sanction  plus  décisive  encore  de  l'expé- 
rience d'une  année. — Je  n'ai  rien  à  dire  sur  le  mémoire  de  M.  Dé- 
siré Ordinaire,  intitulé  :  Sur  Vétat  de  l'agriculture  en  France ^ 
dont /a /?ef Me  a  déjà  donné  une  analyse  détaillée  (Tom.  X,  p.Sgi). 
— Il  est  suivi  de  l'analyse  des  eaux  minérales  de  Guillon,  près  de 
Baume-les-Dames,  par  MM.  Bosc  et  Desfosses. — Le  dernier  mé- 
moire, dû  à  M.  Vertel,  a  pour  titre  :  Considérations  sur  la  desti- 
nation des  montagnes  dans  l'économie  de  la  nature,  et  sur  les 
limites  que  cette  destination  semble  avoir  fixées  au  domaine  de 
l'agriculture. 

La  société  a  terminé  la  séance  en  décernant  deux  médailles  : 
l'une  à  M.  Etienne  Joseph  Pouguet  ,  pour  avoir  construit  à  Ornans  , 
sur  la  Loue,  un  moulin  sans  barrages  ,  dont  la  roue  pent  être  baissée 
ou  haussée  à  volonté,  ce  qui  empêche  qu'elle  ne  s'arrête  pendant 
les  basses  eaux ,  ou  qu'elle  ne  s'engorge  dans  les  grandes  crues  ;  la 
seconde,  à  M.  Jean  Claude  Guyard,  cultivateur  plus  qu'octogé- 
naire de  la  commune  de  Champvaus,  pour  avoir  donné  à  son  can- 
ton le  constant  exemple  de  toutes  les  vertus.  MM.  Pouguet  et 
Guyard  ont  reçu  chacun  leur  médaille  des  mains  de  M.  le  préfet, 
président  né  de  la  société.  De  semblables  prix  n'honorent  pas  moins 
ceux  qui  les  donnent  que  ceux  qui  s'en  rendent  dignes.  A.  Michelot. 

Ouvrages  périodiques. 

298.  —  Annales  de  l' Agriculture  française ,  par  MM.  Tessieh  et 
Bosc.  On  souscrit  à  Paris  chez  M'"^  Huzard  ,  née  Vallat-la-Chapelle  , 
rue  de  l'Éperon-Saint-André-des-Arcs,  n"  7.  Prix  de  la  souscription  ; 
pour  les  4  vol.  ou  pour  l'année  ;  aS  fr. 

Ce  recueil ,  dont  il  paraît  chaque  mois  un  cahier  d'environ  huit 
feuilles  in-S" ,  y  compris  les  tables ,  est  précieux  pour  les  proprié- 
taires qui  veulent  diriger  eux-mêmes  l'exploitation  de  leurs  terres , 
pour  les  fermiers  et  pour  toutes  les  personnes  qui  veulent  se  tenir  au 
courant  des  améliorations  agricoles.  Le  cinquième  cahier,  2«  série  , 
Tom.  XIV,  3i  mai  1S21,  que  nous  citerons  pour  donner  une  idée 
du  plan  et  de  l'utilité  de  ce  recueil ,  contient ,  entre  autres  articles, 
1"  des  fiagmeus  sur  la  chanuc  par  M.  Mathieu  Dombasie;  2"  une 


618  LIVRES  FRANÇAIS. 

lettre  de  M.  de  Barbançois  sur  une  nouvelle  manière  de  conser\'er 
les  grains  ;  3°  un  rapport  de  M.  Buscbe  sur  le  moyen  proposé  ;  4°  des^ 
calculs  comparés  des  produits  de  la  terre  propres  à  la  nourriture 
de  l'homme,  etc. 

299.  —  Feuille  d'annonces ,  Affiches  et  Avis  diuers  de  la  ville'de 
Castelnaudarj.  Castelnaudary;  Labadie.  In-S».  Prix  de  l'abonne- 
ment annuel  :  8  fr. ,  et  10  fr.  par  la  poste.  Cette  feuille  paraît  chaque 
lundi ,  depuis  le  6  août  de  cette  année. 

Nous  croyons  devoir  encourager  les  recueils  périodiques  qui  s'éta- 
blissent dans  nos  départemens  ;  ils  sont  à  la  fois  des  symptômes  et 
des  instrumens  de  civilisation.  En  Angleterre  et  aux  États-Unis,  les 
deux  pays  les  plus  civilisés  du  monde ,  le  moindre  chef-lieu  de  Comté 
ou  d'État  a  son  journal.  Celui  qui  vient  de  s'établir  dans  l'un  des 
chefs-lieux  d'arrondissement  du  département  de  l'Aude,  mérite  d'être 
distingué  ;  il  est  rédigé  avec  goût ,  et  offrirait  une  lecture  agréable , 
même  à  Paris,  par  un  heureux  mélange  de  philosophie,  d'anecdotes, 
de  poésies;  nous  souhaitons  que  l'esprit  de  parti  n'y  trouve  point 
d'accès  ;  alors  il  est  à  croire  que  les  riches  agriculteurs,  qui  bordent 
le  canal  du  midi  dans  toute  la  longueur  du  département  de  l'Aude, 
feront  de  la  lecture  de  ce  journal  le  délassement  de  leurs  soirées.  Le 
nom  de  M.  de  Lahouisse  ne  se  lit  point  sur  les  premières  feuilles  du 
nouveau  journal  de  Castelnaudary;  mais  nous  avons  quelques  motifs 
de  croire  que  ce  littérateur  instruit  n'est  pas  étranger  à  sa  publica- 
tion. Cette  circonstance  explique  le  mérite  de  ce  journal  et  doit  en 
faire  présager  le  succès.  A,  M. 

Livres  en  langues  étrangères  Imprimés  en  France. 

300.  —  Ivanhoe ,  a  romance  bj  the  author  of  Waverley.  — 
Ivanhoe,  roman  par  l'auteur  de  Waverley.  Paris,  1821.  2  vol.  in-S». 
]\Ime  Richard,  rue  neuve  de  Seine,  n»  54.  Ces  deux  volumes  font 
partie  d'une  édition  des  œuvres  complètes  en  prose  de  Walter- 
Scott  en  25  volumes,  dont  le  prix  sera  de  i25  f.  et  de  io5  fr.  seule- 
ment, pour  les  souscripteurs.  Chaque  livraison  se  composera  d'un 
ouvrage  complet. 

Le  goût  de  la  littérature  étrangère  fait ,  en  France ,  des  progrès  ra- 
,pides  ;  nous  commençons  à  nous  guérir  de  ces  idées  paresseuses  qui 
nous  portaient  à  croire  que  nos  chefs-d'œuvre  étaient  un  aliment 
suffisant  à  cette  soif  de  jouissances  dont  l'esprit  ne  saurait  être  ras- 
sasié. Le  désir  de  connaître  ,  qui  est  sans  limite,  nous  a  rendus  près- 


LIVRES  FRANÇAIS.  619 

que  familiers  une  langue  et  des  ouvrages  où  nous  trouvons,  sinon  la 
perfection  de  style  à  laquelle  nous  croyons  être  parvenus  du  moins 
l'originalité  et  la  force  des  pensées ,  qui  donnent  à  un  esprit  cultivé 
les  plaisirs  les  plus  vifs  qu'il  puisse  éprouver.  On  ne  veut  plus  s'en 
rapporter  à  ce  que  Voltaire  a  dit  de  Shakespeare,  ni  au  tableau  im- 
parfait qu'une  traduction,  quelque  exacte  qu'elle  puisse  être,  pré- 
sente toujours,  on  veut  lire  et  étudier  ce  génie  étonnant  dans  sa 
propre  langue.  Parmi  les  écrivains  modernes,  la  brillante  imagination 
de  Walter-Scott  l'élève  majestueusement  au-dessus  de  ses  contempo- 
rains. Personne  mieux  que  lui  ne  sait  unir  à  la  peinture  naïve  des 
mœurs  antiques ,  à  la  fidélité  historique,  l'intérêt  entraînant  qui  n'ap- 
partient qu'aux  romans  ;  il  identifie  son  lecteur  avec  ses  vaillans  Écos- 
sais, et  sait  lui  faire  partager  leur  enthousiasme  patriotique  et  plaindre 
leurs  revers ,  comme  si  l'Ecosse  était  sa  patrie.  Il  n'est  pas  moins  ha- 
bile dans  la  peinture  des  seatimens  tendres.  L'épisode  de  la  belle 
Juive  dans  Ivanhoe  en  est  une  preuve.  A. 

3oi.  —  Sketches  ofpoelry,  etc.  —  Essais  de  poésie ,  par  J.  W.  Lake. 
Paris,  1821.  Galignani,  rue  Vivienne.  In- 12  de  5  feuilles.  Prix  :  3  fr. 

002.  —  Griechenlands  Erwachcn.  —  Le  Réveil  de  la  Grèce,  par 
E.  Stobeh.  Strasbourg-,  1821.  Levrault,  et  à  Paris  ,  même  maison  de 
commerce.  In-S"  d'une  demi-feuille  d'impression. 

3o3.  —  Comedias  de  Moratin,  etc,  —  Comédies  de  Moratin,  se- 
conde édition  corrigée  et  augmentée  d'une  comédie.  Paris,  1821. 
Baudry.  2  vol.  in-12 ,  ensemble,  de  29  feuilles  et  demie.  Prix  :  7  fr. 

N.  B.  L'intention  des  rédacteurs  de  la  Reloue  Encyclopédique 
étant  de  signaler  aux  lecteurs  de  ce  Recueil  les  productions  les  plus 
remarquables  qui  appartiennent  à  chaque  branche  des  connaissances 
humaines, notreBu//e<i/z  biBliographique,o\AT&  les  annonces  des  livres 
qui  auront  été  déposés  au  Bureau  central,  contiendra  désormais  les 
titres  des  autres  ouvrages  dout  le  sujet  aura  paru  digne  de  fixer  par- 
-ticulièrement  l'attention  des  savans  et  des  hommes  de  lettres.  Ces 
titres  seront  précédés  d'un  signe  particulier  *,  destiné  à  faire  con- 
naître à  nos  lecteurs  que  les  ouvrages  eux-mêmes  n'ayant  pas  été 
placés  sous  nos  yeux  par  les  auteurs  ou  les  éditeurs ,  nous  n'avons  pu 
en  ofirir  qu'une  simple  indication  bibliographique.  — Des  soins  par- 
ticuliers seront  donnés  à  l'examen  et  au  compte  rendu  des  ouvrages 
qui  seront  déposés  au  bureau  de  la  Revue, 


VVV»\l»\V\\\VVVV\\V\\\'V*VVVM\'V\vv%^\V\\V\V\».W\\VV\VV\\VVV\V\V\V\\\V\\\%Vl» 

TV.  NOUVELLES  SCIENTIFIQUES 

ET  LITTÉRAIRES. 


AMÉRIQUE. 

Iles  Ahctiqdes. — Géologie  et  minéralogie.  —  Plusieurs  vaisseaux  , 
partis  de  différens  ports  des  Etats-Unis  pour  la  pêche  du  veau  marin, 
devant  s'avancer  vers  les  pôles ,  avaient  à  bord  quelques  savans 
Américains.  Les  régions  que  ces  hardis  navigateurs  ont  visitées  sont 
situées  vers  le  62^  degré  de  latitude.  La  végétation  y  est  si  rare,  qu'à 
peine  y  découvre-t-on  quelques  brins  d'herbe  et  de  mousse ,  qui 
croissent  dans  les  creux  des  rochers.  Le  pays  est  couvert  d'une  neige 
éternelle;  on  ne  voit,  sur  ces  plages  déglace,  ni  arbre,  ni  arbris- 
seau. Les  minéraux  recueillis  et  rapportés  aux  Etats-Unis,  par 
M.  B.  Aslor ,  sont  en  partie  primitifs  et  en  partie  volcaniques.  Les 
échantillons  donnés  par  le  docteur  Miichill sont  :  1°  du  quartz,  en 
masse  et  en  cristaux;  2»  des  améthistes  en  cristaux;  3"  du  porphyre 
par  petits  fragmens;  4°  de  l'onyx  brut  en  cailloux;  5°  des  pierres  à 
feu  ;  6"  des  pienes  ponces  ;  7°  des  pyrites.  La  carte  manuscrite , 
dessinée  par  M.  Hampton  Stewarl,  qui  était  de  l'expédition,  est 
d'un  grand  prix  pour  les  géographes.  Les  géologistes  n'apprendront 
pas  sans  surprise  que  les  hautes  terres ,  ainsi  que  les  sommets  des 
rochers  que  les  voyageurs  ont  parcourus  ,  sont  couverts  de  sque- 
lettes de  baleines  et  d'ossemens  d'autres  animaux  marins.  Cette 
découverte  ferait  croire  que  des  éruptions  volcaniques  ont  arraché 
ces  débris  à  la  mer. 

États-Unis.  — Massachusset.  —  Poni  en  chaînes.  — On  vient  d'é 
lever  un  très  beau  pont  en  chaînes  sur  la  rivière  Menimack ,  à  trois 
milles  environ  de  Newburg-Port.  Ce  pont  se  compose  d'une  seule 
arche  ,  de  244  pieds  de  long  ;  les  deux  aboutissans  sont  de  pierre ,  et 
ont  46  pieds  de  long  sur  37  de  haut.  Ils  soutiennent  une  charpente 
de  3o  pieds  ;  dix  chaînes  isolées  sont  appuyées  sur  cette  charpente  ; 
les  bouts  de  chacune  de  ces  chaînes  sont  enterrés ,  des  deux  côtés  de 
la  rivière  ,  dans  des  trous  profonds,  et  sont  assujettis  par  de  larges 
pierres  ;  chaque  chaîne  a  environ  5iC  pieds  de  longueur.  A  l'endroit 
où  elles  passent  par  dessus  la  charpente,  et  à  celui  où  viennent  abou- 
tir les  plus  fortes  traverses,  elles  sont  triples  et  formées  de  très 


ASIE.  g21 

courts  chaînons.  Ce  pont  présente  deux  passages  ,  qui  ont  chacun 
i5  pieds  de  large.  Les  voitures  les  plus  lourdes  et  les  plus  chargées  y 
passent  avec  autant  de  rapidité  que  l'on  veut ,  sans  que  la  part^ie  du 
pont  qui  est  suspendue  en  soit  ébranlée  de  manière  à  faire  craindre 
des  accidens.  L   S   n 

ASIE. 

Indes  Obikmales.  -  Voyage  scientifique.  -  Le  colonel  Franklin 
a  terminé  son  voyage  dans  les  montagnes  de  Radjah-Mahal.  Il  a 
examiné  soigneusement  la  chaîne  granitique  de  Barcouf,  et  il  est 
parvenu  à  gravir  le  Djila-Koundi-Ghat.  Les  mœurs  des  montagnards 
sont,  dit-on,  très-extraordinaires.  Le  colonel  Franklin  rapportée  avec 
lui  une  riche  collection  de  minéraux.  Au  moment  où  il  donnait  ces 
nouvelles,  il  se  disposait  à  visiter,  dans  le  district  de  Baguelpour  , 
la  cataracte  de  Moutti  Ghurna,  qui,  tombant  de  i25  pieds  de  hau- 
teur, s'engouffre,  à  ce  qu'on  assure,  dans  le  cratère   d'un  ancien 


volcan. 


E.    G. 


OCEANIQUE. 


Nouvelle .HoLLAjiDE._PoRT-JACK.soN.-Ea7,e^///ons  russes.  -Les 
vaisseaux  russes  le  Blagonamerennoï  et  l'Olkriiie,  qui  étaient  partis 
de  Cronstadt,  le  i5  juillet  1819,  sous  les  ordres  du  commandant 
Vasiliejf,  pour  faire  des  découvertes  ,  sont  arrivés  au  port  Jackson 
le  1"  mars  1820;  ils  en  sont  repartis  le  27,  pour  se  rendre  au  Kams- 
chatka.  Le  but  de  cette  expédition  est  la  découverte  d'un  passage 
au  nord  de  l'Amérique  par  le  détroit  de  Behring.  Dans  le  cas  où 
des  obstacles  insurmontables  s'opposeraient  à  cette  navigation  ,  il  a 
été  ordonné  aux  oGSciers  de  s'avancer  sur  la  glace  aussi  loin  qu'il 
serait  possible.  A  cet  effet,  on  a  embarqué  une  espèce  de  bateau  de 
nouvelle  invention,  qui  peut  remplir  l'office  d'un  traîneau  et  être 
manœuvré  par  un  petit  nombre  de  personnes.  Indépendamment  de 
l'exécution  d'une  entreprise  aussi  difficile,  et  qui  doit  être  accom- 
pagnée nécessairement  de  beaucoup  de  travaux  ef  de  dangers,  il  a 
été  donné  des  ordres  pour  qu'un  détachement  s'avançât,  par  terre  , 
le  long  des  côtes  du  détroit  de  Behring,  tant  que  la  chose  sera  pra- 
ticable. Cette  double  expédition,  agissant  concurremment  avec 
celle  du  capitaine  anglais  Parry  ,  procurera  sans  doute  des  lumières 
intéressantes  sur  /a  géographie  de  la  partie  la  plus  septentrionale  de 


622  OCEANIQLE. 

l'Amérique.  —  Une  seconde  expédition  russe,  partie  aussi  de  Crons- 
tadt,  le  i5  juillet  1819  ,  avec  deux  vaisseaux  sous  les  ordres  du  com- 
mandant Billinghausen ,  a  été  chargée  de  faire  une  reconnaissance 
détaillée  des  îles  Sandwich  et  des  autres  îles  du  Grand-Océan.  Cette 
expédition  a  relâché  deux  fois  au  port  Jackson  ;  la  première  en  avril, 
et  la  seconde  en  novembre  1820. 

Expéditions  anglaises.  —  La  goélette  le  Prince  Régent  et  le  trans- 
port/e  Dromadaire  ont  été  expédiés  du  port  Jackson  en  1820,  et 
employés  à  faire  des  reconnaissances  géographiques  à  la  Nouvelle- 
Zélande. 

— Le  lieutenant  Kingi  oiEcier  très-instruit  et  flls  de  l'ancien  gouver- 
nenrde  ce  nom  i  la  Nouvelle-  Hollande,  partit  d'Angleterre,  en  1817, 
avec  ordre  d'aller  explorer,  dans  le  plus  grand  détail,  les  côtes  du  nord, 
du  nord-ouest  et  de  l'ouest  de  la  Nouvelle-Hollande.  Il  se  rendit  d'a- 
bord, comme  passager,  auport  Jackson  ,  où  il  pritle  commandement 
du  cutter  colonial  de  S.  M.,  la  Mermaid,  avec  lequel  il  commença  son 
exploration.  Revenu  deux  fois  dans  cette  colonie,  pour  y  réparer  son 
vaisseau  et  y  dresser  les  cartes  nombreuses  qui  étaient  le  résultat  de  son 
investigation,  il  en  repartit  de  nouveau,  le  i5  juin  1820,  pour  faire 
sa  première  campagne.  La  Mermaid ,  surprise  par  un  coup  do  vent 
sur  la  côte  orientale  de  la  Nouvelle-Hollande ,  fut  obligée  d'aller 
mouiller  au  port  Bowen  ;  mais  le  mauvais  tems  l'ayant  fait  aller  à  la 
côte  j  il  éprouva  des  avaries  dont  une  voie  d'eau  assez  forte  fut  la 
suite.  Le  lieutenant  King,  cependant,  crut  pouvoir  continuer  sa 
campagne.  Il  se  rendit  donc  à  la  côte  nord  -  ouest  ;  aussitôt  qu'il 
y  fut  arrivé ,  il  sentit  l'importance  de  faire  réparer  son  vaisseau. 
Ne  pouvant  y  réussir,  il  prit  la  résolution  de  revenir  au  port  Jackson 
pour  s'y  radouber,  et  se  mit  en  route  sans  délai.  Arrivé,  le  3  décembre 
au  matin,  en  vue  du  cap  Jervis,  l'atmosphère  devint  épaisse  et 
fortement  pluvieuse ,  et  bientôt  un  coup  de  vent  d'est-sud-est  se 
déclara.  M.  King  manœuvra  pour  se  trouver,  le  lendemain,  à 
l'entrée  du  port  Jackson  ;  mais  ce  n'est  qu'après  avoir  couru  les  plus 
grands  dangers  qu'il  parvint,  le  5  décembre  1820,  à  entrer  dans 
Botany-Bay,  où  il  mouilla  en  sûreté. 

Ecoles. — Le  23  mars  1820,  le  gouverneur  Macquaric  a  posé  ,  au 
port  Jackson ,  la  première  pierre  d'une  école  pour  l'éducation  des 
enfans  pauvres  ;  elle  sera  désignée  sous  le  nom  de  Géorgien  public 
school ,  et  pourra  recevoir  cinq  cents  enfans,  qu'on  instruira  d'après 


AFRIQUE.  623 

îa  méthode  Lancastrienne.  Indépendamment  de  cette  institution  et 
de  plusieurs  autres,  destinées  à  l'instruction  des  classes  aisées  de 
la  colonie ,  il  y  a  encore ,  au  Port-Jackson,  une  école  pour  les  orphe» 
lins ,  une  pour  les  orphelines,  et  une  autre  enfin  pour  les  enfans 
indigènes  des  deux  sexes. Cette  dernière  est  également  due  aux  vues 
paternelles  de  M.  Macquarie.  Les  enfans  y  sont  élevés  dans  la  re- 
ligion chrétienne  et  apprennent  à  lire,  à  écrire,  à  compter,  les  élé- 
mens  du  dessin  et  ceux  de  l'agriculture  pratique.  Leurs  proorès 
sont  très-satisfaisans ,  et  même  beaucoup  au-delà  de  ce  qu'on  pouvait 
attendre  d'une  race  aussi  abrutie  que  l'est  celle  des  sauvages  de  la 
Nouvelle-Hollande.  Le  projet  du  gouvernement  est  de  marier  entre 
eux  les  élèves  de  cette  école,  aussitôt  qu'ils  auront  atteint  l'â^e  et 
l'instruction  convenables  ,  de  leur  donner  des  fermes  ,  des  bestiaux 
des  instrumens  aratoires,  et  de  les  mettre  en  état  de  suflSre  à  leurs 
besoins  et.  à  l'éducation  de  leur  famille.  Cet  établissement,  encore 
peu  considérable,  doit  être  regardé  comme  la  pierre  angulaire 
de  la  civilisation  et  du  bonheur  futur  d'un  peuple  encore  barbare. 
C'est  en  1821  qu'ont  eu  lieu  les  premiers  mariages  entre  les  élèves  de 
cette  école. 

Fondation  d'une  ville  nouvelle. — Le  1"  décembre  1820,  le  gou- 
verneur Macquarie  a  fondé,  dans  cette  contrée,  une  nouvelle  ville 
sous  le  nom  de  Campbell -Town;  elle  est  située  dans  le  district 
à'Aird^  dans  les  plaines  du  même  nom.  Cette  ville  est  la  septième 
établie  par  les  Anglais  dans  cette  partie  du  monde  :  les  autres  sont 
Sydney  (capitale),  Parramatta,  Windsor {ci-dc\ mi  Hawksbury), 
Liuerpool,  Netvcastle  et  Bathurst.  F. 

AFRIQUE. 

Nubie.— DoMGOLAH.—F^yxage  scientifique.— Extrait  d'une  lettre 
de  M.  Cailliaud,  en  date  du  1^  janvier  1821.  (^  Voyez  Tom.  X 
p.  629.)— Depuis  Wadi-Halfa,  où  se  trouve  la  seconde  cataracte, 
cet  infatigable  voyageur  a  fait  des  découvertes  qui  augmentent  en- 
core le  domaine  des  antiquités  égyptiennes.  Non  loin  de  Dongolah, 
capitale  de  la  Haute-Nubie ,  à  près  de  cent  quatre-vingts  lieues  au- 
dessus  de  la  ville  de  Syène,  il  existe  un  grand  monument  égyptien 
comparable  à  quelques-uns  de  ceux  de  la  ville  de  Thèbes.  Sa  lon- 
gueur est  de  plus  de  trois  cents  pieds;  on  y  compte  quatre-vinc'<- 
dix  colonnes ,  de  plus  de  trente  pieds  de  haut.  Toutes  les  parties  du 


62A  AFRIQUE. 

monument  sont  couvertes  d'hiéroglyphes  et  de  bas-reliefs.  La  plu- 
part des  sujets  reproduisent  les  images  qui  abondent  sur  les  édifices 
de  l'Egypte  :  des  ofiiandcs  ,  des  sujets  religieux,  des  marches  de 
prisonniers ,  etc.  Outre  les  figures  de  caractère  égyptien ,  on  re- 
marque chez  les  personnages ,  tantôt  la  physionomie  de  la  race 
noire ,  tantôt  celle  de  la  race  caucasienne.  Le  lieu  où  sont  ces  belles 
ruines  s'appelle  Selib  ou  Therbé.  Ce  qui  reste  du  monument  a  été 
mesuré,  décrit,  dessiné  par  le  voyageur.  Six  autres  ruines  égyp- 
tiennes ,  moins  considérables  ,  se  trouvent  sur  les  rives  du  Nil ,  entre 
la  seconde  cataracte  et  Dongolagh.  Dans  aucune  on  ne  trouve 
d'inscriptions  grecques  ni  rien  qui  annonce  le  séjour  des  Grecs  ou 
des  Romains.  Il  est  remarquable  que  ces  monumens  sont  moins 
bien  conservés  que  ceux  de  la  basse  ou  de  la  haute  Egypte  :  la 
cause  en  est  dans  les  pluies  qui,  à  celte  latitude,  sont  fréquentes, 
et  aussi  dans  la  nature  friable  du  grès  dont  ils  sont  bâtis. 

Il  résulte  des  découvertes  de  M,  Cailliaud  ,  que  les  Egyptiens  ont 
élevé  des  monumens  bien  au-delà  des  lieux  qu'on  avait  assignés 
comme  limites  à  ces  antiquités.  11  y  a  à  peine  quatre  ans ,  on  était 
loin  de  soupçonner,  entre  les  deux  premières  cataractes,  l'existence 
d'un  temple  souterrain ,  tel  que  celui  d'Ipsamboul.  Au  lieu  d'être 
averti  par  cette  découverte  ,  on  s'est  hâté  de  conclure  qu'il  n'exis- 
tait plus  de  monumens  égyptiens  dans  les  paities  supérieures  du  Nil, 
et  cela  parce  que  Burkhardt  n'en  faisait  pas  mention.  Si  cette  con- 
clusion est  déjà  démentie  ,  c'est  une  preuve  qu'il  faut  suspendre 
toute  conséquence  prématurée  sur  l'état  des  arts  eSsur  l'époque  de 
la  civilisation  dans  ces  pays,  qui  sont  encore  mal  connus,  malgré  les 
écrits  ou  les  voyages  de  Ludolf,  de  Poncet,  de  Lenoir  du  Roule, 
de  Norden  ,  de  Bruce  ,  de  lord  Valentia  ,  de  M.  Sait  de  Burkhardt, 
et  qui  l'ont  été  infiniment  mieux  connus  des  voyageurs  et  des  histo- 
riens de  l'antiquité  qu'ils  ne  le  sont  de  notre  tems.  Les  monumens 
qu'on  découvre  tous  les  jours ,  surtout  ceux  qui  renferment  des  ins- 
criptions grecques,  ajouteront  beaucoup  aux  renseignemens  tirés 
des  auteurs.  N'a-t-on  pas  appris  récemment ,  par  une  des  inscrip- 
tions que  M.  Gau  a  copiées  en  Nubie ,  sur  le  temple  de  Talmis,  l'exis- 
tence d'un  roi  d'Ethiopie,  absolument  inconnu  à  l'histoire,  avec  le 
■récit  de  ses  guerres  et  de  ses  conquêtes  ?  (Voyez  Inscr.  Nubienses , 
^  B.  G.    NiFBPHR,  JRomce ,  1820.) 

Le  point  de  départ  de  M.  Cailliaud  csl  la  seconde  cataracte,  on 


AFRIQUE.  625 

Wadi-Halfa ,  à  80  lieues  de  Syène,  que  la  plupart  des  voyageurs 
récens  n'ont  pas  dépassée.  MM.  William  Ilaniilton  et  le  colonel 
Leake,  auteur  de  la  carte  jointe  au  voyage  de  Burkhardt,  ont  pé- 
nétré peu  avant  dans  la  Nubie.  MM.  Legh  et  Smelt  sont  allés  jusqu'à 
Ibrim  ;  M.  Belzoni ,  le  colonel  Stratton,  M.  Gau  et  M.  Huyot ,  etc. , 
jusqu'à  la  deuxième  cataracte;  mais,  tout  récemment,  MM.  Wa- 
dingson  et  Hanbury  ont  remonté  jusqu'à  Chaguy  et  Korti ,  près  de 
Dongolah.  Précédemment,  M.  Banks  était  remonté  jusqu'à  Amara 
où  il  avait  vu  un  temple  égyptien ,  que  M.  Cailliaud  vient  de  des- 
siner. Quant  à  Burkhardt ,  on  sait  qu'il  est  allé  jusqu'à  Gliendy. 
Mais ,  ce  qu'on  ignore  ,  c'est  que  M.  Drovetti ,  consul  général  de 
France ,  est  un  des  premiers  qui  aient  eu  connaissance  du  monument 
d'Ipsamboul.  Ce  fut  le  5  mars  1S16  qu'il  y  arriva,  et  qu'il  fit  même 
des  dispositions  pour  y  pénétrer;  M.  Cailliaud  l'accompagnait  à 
cette  époque.  Dans  le  journal  de  voyage  de  ce  dernier,  qui  doit  bien- 
tôt paraître,  il  est  aussi  fait  mention  du  fameux  temple  souterrain 
que,  depuis ,  M,  Belzoni  a  ouvert  avec  tant  de  peine  et  de  succès  (  le 
i"  août  1817  )  ;  il  y  avait  fait  une  première  excursion  au  mois  de 
septembre  précédent.  Il  parle  également,  dans  son  journal ,  d'un 
temple  avec  des  colosses,  creusé  dans  le  rocher  comme  celui  d'Ip- 
samboul, et  situé  à  trois  journées  de  la  deuxième  cataracte.  C'est 
peut-être  l'un  de  ceux  qui  sont  à  Sebnai  ou  Sebnat. 

Dans  son  second  voyage,  M.  Cailliaud  a  vu  des  antiquités  en  six 
endroits  différens ,  au-dessus  de  Wadi-Halfa  :  1°  à  Sebnai  ou  Sebnat , 
au-dessus  de  la  deuxième  cataracte  ,  où  se  trouvent  deux  petits 
temples;  2°  à  Amara;  5»  dans  l'île  de  Saî,  qui  renferme  un  petit 
monument  ;  4°  deux  jours  plus  au  sud  ,  les  restes  d'un  édifice  ruiné , 
dont  une  seule  colonne  est  debout  et  chargée  d'hiéroglyphes  :  le 
chapiteau  est  à  tête  d'Isis;  5°  à  Therbé  ou  Selib,  aux  trois  quarts 
de  la  distance  qui  sépare  Wadi-Halfa  de  Dongolah ,  environ  jS  lieues; 
là  se  trouve  le  grand  monument  décrit  plus  haut;  sa  distance,  à 
Syène,  est  de  i55  lieues  ;  6°  à  Scssé ,  un  jour  plus  au  sud,  où  sont 
les  restes  d'un  temple  de  douze  colonnes ,  à  chapiteaux  de  palmier  ; 
trois  sont  debout,  avec  une  enceinte  de  567^  mètres  de  long,  qui 
renfermait  beaucoup  d'habitations.  La  plupart  de  ces  antiquités  ne 
sont  point  marquées  sur  les  cartes  les  plus  récentes,  principalement 
celles  qui  sont  au  sud  de  l'Ile  de  Saï. 

Tome  xi.  ^^. 


62G  AFllïQLiE. 

M.  CaillJaud  voyage  par  terre  avec  une  escorte,  des  guides,  des 
chameaux  et  des  provisions  :  accoutumé  à  la  fatigue  et  aux  prira- 
tions  ,  il  reste  sur  les  ruines  assez  de  tems  pour  y  reciieillir  des  ma- 
tériaux exacts,  et  jusqu'à  ce  que  ses  recherches  soient  complètes; 
rien  d'important  ne  peut  lui  échapper.  Pour  se  rendre  de  Syène  à 
Dongolah ,  il  a  mis  quarante-cinq  jours.  Dessins  des  antiquités , 
plans ,  topographie  ,  mesures  ,  observations  astronomiques,  observa- 
tions de  physique  et  de  météorologie  ,  collection  d'échantillons 
d'histoire  naturelle  ,  tels  sont  les  travaux  qui  l'occupent  sans  relâche, 
et  il  est  parfaitement  secondé  ,  pour  les  calculs  des  observations  , 
par  son  compagnon  de  voyage ,  M.  Letorzec ,  aspirant  de  marine. 
Déjà  le  cours  du  Kil,  depuis  Assouan  jusqu'à  Dongolah,  est  entiè- 
rement relevé  et  assujéli  à  un  grand  nombre  de  positions  célestes. 
11  paraît  que  la  carte  de  Bruce  est  presque  entièrement  fausse 
dans  cette  partie  ,  et  que  la  position  de  Dongolah ,  dans  les  cartes  de 
D'Anville ,  s'éloigne  beaucoup  de  la  véritable. 

Après  avoir  consacré  un  mois  à  visiter  Dongolah  et  les  environs, 
notamment  la  grande  île  d'Argo,  qui  renferme  un  temple  et  deux 
colosses  en  granit  rose,  d'un  beau  style ,  le  voyageur  a  le  dessein  de 
se  rendre  à  Cbendy,  de  prendre  des  renseignemens  sur  le  Darfour 
et  les  pays  de  l'Ouest;  ensuite  il  se  rendra  à  la  mer  Rouge,  en 
traversant  les  affluens  du  Nil  et  l'emplacement  de  l'île  de  Meroë  ; 
il  reviendra  ensuite  en  Egypte  ,  en  côtoyant  les  rivages  de  cette  mer. 
L'armée  d'Ismaïl  Pacba^  occupée  à  la  conquête  de  la  Nubie,  après 
s'être  emparée  de  Dongolah,  se  trouvait  à  Chaguy  et  Korti  le 
4  janvier.  Non  loin  de  là  ,  il  se  trouve  une  grande  cataracte.  Plu- 
sieurs Italiens,  qui  ont  obtenu  la  permission  de  suivre  l'expédition , 
ont  vu  les  monumens  dont  il  est  question  dans  cette  note.  MM.  Han- 
bury  et  Wadingson ,  qui  sont  allés  plus  loin,  ont  trouvé,  à  Chaguy, 
des  pyramides  et  les  ruines  de  deux  ou  trois  temples.  Ainsi ,  les 
Égyptiens  ont  laissé  de  leurs  ouvrages  à  la  distance  de  cinq  cents 
lieues  des  bouches  du  Nil. 

Babbab.  —  Extrait  d'une  lettre  de  M.  Cailliaud,  en  date  du 
6  mars  1821. —  «  Je  vous  ai  écrit  de  Dongolah,  et  dernièrement  de  la 
province  de  Chaguy,  qui  vient  d'être  le  théâtre  de  la  guerre ,  et  où  le 
'fils  du  pacha  a  été  victorieux  ,  dans  toutes  les  batailles  qu'il  a  livrées 
à  l'ennemi.  «  Je  vous  ai  fait  part,  le  mois  dernier,  de  quelques  détails 
sur  les  antiquités  du  mont  Barlal  et  de  Nouri  où  sont  les  ruines  de  sept 


EUROPE.  627 

temples,  et  trente ■  six  pjramides.  C'est  à  l'expédition  que  fait  au- 
jourd'hui S.  A.  que  nous  devons  la  découverte  de  ces  nombreux 
monumens  qui ,  sans  lui ,  nous  seraient  encore  restés  inconnus.  Il 
en  est  de  même  du  cours  du  Nil  dans  cette  province  et  dans  le 
royaume  de  Dongolali ,  dont  toutes  les  cartes  connues  jusqu'à 
présent  manquent  d'exactitude.  Deux  voyageurs  anglais  ont  fait  la 
carte  de  ces  pays,  mais  les  instrumens  leur  manquaient  pour  dé- 
terminer la  position  géographique  des  lieux  ;  ils  ont  dessiné  peu  de 
monumens.  Ces  voyageurs  sont  retournés  au  Caire.  Aujourd'hui, 
S.  A.  ne  permet  plus  aux  étrangers  de  venir  dans  ce  pays.  Si  j'ai 
pu  obtenir  de  suivre  l'armée ,  je  le  dois  aux  faibles  connaissances  que 
j'ai  en  minéralogie,  et  à  l'espérance  que  l'on  a  de  trouver  quelques 
mines  importantes.  Nous  resterons  ici  quinze  ou  vingt  jours  ;  puis 
nous  nous  acheminerons  sur  Chendy  et  Senuar,  où  sans  doute  Ip 
prince  fixera  la  limite  de  ses  conquêtes,  d 

JoMAKD ,  membre  de  l'Institut. 

Nota.  La  lettre  du  mois  de  février  n'est  point  parvenue. 

Cedta. — Journal. — Il  parait  ici  depuis  assez  long-tems  un  journal 
espagnol  intitulé  :  //  Libéral  af ricana. 

EUROPE. 

ILES  BRITANNIQUES. 
Dublin. — Société  royale. — Marais  mouvant. — Un  des  membres 
de  cette  société ,  chargé  par  elle  d'aller  examiner  les  ravages 
qu'avait  faits  le  marais  mouvant  de  Kilmaleady,  a  fait  sur  ce  sin- 
gulier phénomène  un  rapport  intéressant  et  très-détaillé.  Le  ma- 
rais de  Kilmaleady  est  situé  à  environ  deux  milles  au  nord  du 
village  de  Clara,  dans  le  comté  du  roi.  Il  est  d'une  étendue  consi- 
dérable ,  et  couvre  environ  5go  acres  de  terrre.  Dans  plusieurs 
endroits,  il  a  jusqu'à  quarante  pieds  de  profondeur.  C'est  le  ma- 
rais le  plus  humide  de  toute  la  contrée  ;  il  est  borné  de  tous 
côtés,  excepté  au  sud,  par  de  hautes  berges,  composées,  à  leur 
surface,  de  gravier,  et,  en  dessous,  de  pierres  blanchâtres,  formant 
des  cavernes  où  se  trouvent  des  sources  souterraines.  Au  sud ,  le  ma- 
rais s'ouvre  dans  une  vallée  large  d'environ  un  quart  de  mille  , 
et  suivant  la  direction  sud  pendant  plus  d'un  mille.  Au  centre 
de  cette  vallée,  coule  un  ruisseau  qui  a  douze  pieds  de  largeur,  et 
qui  reçoit  les  eaux  du  marais  et  du  pays  avoisinant.  Il  se  décharge 


628  EUROPE. 

dans  la  rivière  Brusna,  au-dessus  du  pont  de  Ballycumber.  Le 
marais  de  Kilmaleady,  comme  tons  les  autres  marais  profonds  et 
humides,  est  composé,  jusqu'à  «ne  profondeur  de  huit  à  dix 
pieds ,  d'une  substance  spongieuse  d'un  brun  rougeâtre,  formée  des 
fibres  de  la  mousse  de  marais  (sphagnumpaluslre),  qui  absorbe  l'eau 
en  grande  quantité.  Sous  cette  masse  fibreuse ,  le  marais  devient 
de  plus  en  plus  marécageux,  et,  vers  le  fond,  ce  n'est  plus  qu'une 
boue  noire  et  détrempée  par  l'eau.  Il  s'élevait  à  plus  de  vingt  pied» 
au-dessus  du  niveau  de  la  vallée ,  lorsque  sa  surface  présentant  plus 
de  fermeté  que  de  coutume,  par  suite  de  la  sécheresse  de  la  saison, 
les  habitans  du  voisinage  se  hasardèrent  à  y  aller  faire  des  tourbes, 
et  creusèrent  au  moins  à  dix  pieds  au-dessous  du  niveau  de  la  vallée; 
ils  atteignirent  la  claie  bleuâtre  sur  laquelle  repose  le  marais. 
IjCs  terres  se  trouvaient  alors  élevées  à  trente  pieds  perpendiculai- 
rement au-dessus  du  sol  de  la  vallée ,  lorsque,  le  19  juin  ,  la  partie 
molle  et  humide  du  marais,  ne  pouvant  résister  à  la  pression  de 
l'eau  qui  cherchait  à  s'ouvrir  un  passage,  céda,  et,  une  fois  en 
mouvement ,  entraîna  toute  la  partie  supérieure  du  marais ,  et 
s'avança  avec  une  rapidité  étonnante  le  long  de  la  vallée ,  enlevant 
non  seulement  les  troncs  d'arbres  plantés  sur  les  bords  du  marais, 
mais  encore  des  prairies  entières  de  plusieurs  pieds  de  profondeur, 
dont  la  surface  verdoyante  s'agitait  et  tournoyait  comme  les  vague» 
de  la  mer.  En  très  peu  de  tems,  toute  la  vallée,  dans  une  lar- 
geur d'un  quart  de  mille  ,  depuis  l'ancien  marais  jusqu'à  la  base 
de  la  colline  de  Lisanisky,  fut  couverte  d'une  boue  épaisse ,  profonde 
de  huit  à  dix  pieds,  et  parsemée  de  pièces  de  gazon.  Cette  colline 
arrêta  pendant  quelques  instans  la  marche  du  torrent  fangeux  , 
mais  enfin  il  recommença  à  couler  dans  une  autre  direction;  et, 
gagnant  toujours  du  terrain ,  il  atteignit  la  route  de  Kilbride ,  et 
boucha  le  pont  sous  lequel  passent  les  eaux  du  ruisseau.  Cette  bar- 
rière retarda  les  progrès  du  marais  :  il  fut  arrêté  cinq  jours.  An 
bout  de  ce  tems ,  le  limon  du  marais  et  les  eaux  du  ruisseau 
étaient  tellement  amoncelés,  qu'ils  inondèrent  la  route ,  et  cou 
vrirent  la  vallée  presque  entière  ;  ils  continuèrent  à  couler  avec 
i^pidité  vers  une  seconde  route  qui  mène  de  Clara  à  Woodfield. 
Ayant  encore  surmonté  cet  obstacle ,  il  s'avança  lentement  vers 
l'ouest ,  et  aurait  infailliblement  englouti  les  champs  fertiles  et  les 
prairies  qui  s'étendent  du  même  côté,  si  l'on  n'avait  pris  de  promptes 


EUROPE.  629 

et  judicieuses  mesures  pour  mettre  un  tenue  A  ce  fléau.  La  cons- 
ternation était  générale  dans  le  pays.  A  la  rcquùte  des  juges  de 
paix  des  différens  cantons ,  M.  Gregory  pria  M.  Killaly,  ingénieur 
distingué,  d'aviser  aux  moyens  de  prévenir  de  plus  grands  maux. 
M.  Killaly  s'aperçut  d'abord  que  le  seul  remède  était  de  faire 
écouler  l'eau  qui  s'était  accumulée  ;  en  conséquence  ,  il  employa  un 
grand  nombre  de  paysans  à  déblayer  le  cours  du  ruisseau  partout 
où  il  était  comblé  ;  il  Gt  ouvrir  dans  la  vallée  plusieurs  canaux  qui 
se  rendaient  au  lit  de  la  petite  rivière.  Il  parvint  ainsi  à  diminuer 
beaucoup  la  force  du  courant ,  qui  entraînait  la  masse  des  terres  : 
celles-ci  s'arrêtèrent  bientôt.  Des  ouvriers ,  placés  de  distance  en 
distance  ,  brisaient  les  mottes  de  terre  qu'emportait  le  ruisseau.  Ces 
travaux  ,  poursuivis  avec  activité ,  ont  délivré  les  habitans  de  toute 
crainte  pour  l'instant. 

Les  ravages  occasionnés  par  ce  marais  mouvant  sont  fort  consi- 
dérables. La  vallée  qui  le  séparait  de  la  route  de  Kilbride ,  longue 
d'un  demi-mille,  et  de  60  à  80  acres  d'étendue,  peut  être  con- 
sidérée comme  entièrement  perdue  pour  l'agriculture.  Le  marais 
a  parcouru  une  distance  d'environ  trois  milles ,  et  il  a  envahi  en- 
viron i5o  acres  de  terre  cultivée.  L.  S.  B. 

LosDBES.— iSocté^é  pour  la  conversion  des  Bohémiens  errans  en 
Europe. — La  société  missionnaire  pour  l^  intérieur  va  donnera  ses 
travaux  une  nouvelle  direction ,  qui  aura  peut-être  les  résultats  les 
plus  heureux.  Dans  une  circulaire  écrite  en  son  nom ,  le  comité 
remarque  avec  raison  qu'il  existe,  en  Angleterre,  une  population 
de  plus  de  dix-huit  mille  âmes,  sans  cesse  errante,  que  les  lois 
ont  toujours  regardée  comme  composée  de  vagabonds  et  de  gens 
sans  aveu ,  et  qu'il  est  tems  que  des  hommes  pieux  s'occupent  d'a- 
méliorer la  situation  physique  et  intellectuelle  de  ces  hommes  restés 
sauvages ,  au  milieu  de  la  civilisation.  En  France  ,  ces  Bohémiens 
ou  Égyptiens ,  qui  abusent  de  la  crédulité  des  gens  de  la  campagne 
et  vivent  de  superstition  ,  n'ont  pas  été  tolérés  ;  mais  il  en  existe 
encore  un  très-grand  nombre  en  Angleterre,  en  Allemagne,  en 
Pologne  et  en  Russie.  Le  comité  remarque  que  des  chrétiens  éclai- 
rés ont  envoyé,  dans  ces  derniers  tems,  des  missionnaires  dans 
toutes  les  parties  du  globe;  occupés  presque  exclusivement  d'objets 
lointains ,  ils  semblent  avoir  oublié  les  Indiens  qui  habitent  leur 
patrie  même  ;  car  il  est  aujourd'hui  prouvé ,  de  manière  à  ne  laisser 


m  EIROPE. 

aucun  doute,  grâce  aux  recherches   dé  plusieurs  orientalistes  dis- 
tingués, que    ces    Bohémiens  errans ,  loin    d'être    originaires    de 
l'Egypte,   comme  on   l'a   long-tems  cru,   et  de  parler  un  patois 
de  pure  convention  entre  eus,  ont  conservé  la  langue  de  la  tribu 
Suder,  une  des  castes  qui  séparent  les  peuples   de  l'Indostan.  11 
paraît  qu'Us  furent  expulsés  de  ce  pays  en  i4o8,  lorsque  le  sultan 
Timur  Beg  ravagea  l'Inde  et   en  massscra  un  très-grand  nombre. 
On  compte  ,  en  Europe ,  environ  700,000  Bohémiens,  épars  en  di- 
verses contrées,  qui  tous  parlent  absolument  la  même  langue,   à 
de  très-légères  différences  près.    Non  seulement  des  efforts  dirigés 
avec  intelligence  et  avec  zèle  auraient  le  résultat  de  civiliser  ces 
hommes  dont  les  habitudes  et  les  mœurs  sont  très-grossières ,  mais 
a  est  très  -  probable   qu'une  fois  rangés  sous  les  lois  de  l'évangile  , 
ces  nouveaux  convertis  pourraient  rendre  d'éminens  services  ,  en 
6'embarquant   comme   missionnaires  pour  aller  répandre  la  parole 
sainte  chez  leurs  compatriotes  d'Asie.  Pour   remplir  ce  but  impor- 
tant, il  est  question  de  fonder  une  société,  qui  s'occupera  princi- 
palement   de   cet   objet ,  et   le  comité  invoque   le  secours  et  les 
conseils  paternels  de  tous  les  chrétiens  qui  auraient  le  dessein  de 
coopérer  avec  lui,  soit  par  leurs  avis  ,  soit  par  leurs  travaux,  à  cette 
œuvre  salutaire  de  piété,   de  zèle  social  et  religieux.  (Extrait  des 
archives  du  christianisme  au  six"^  siècle;  excellent  recueil ,  rédigé 
par  des  membres  de  l'église  évangèlique.  Prix  ,  par  an,  6  fr.  pour 
douze  cahiers;  on  souscrit   chez  M.  Soulier,  ancien   pasteur,  rue 
Keuve-Saint-Martin,  n"  3.) 

BciLiy.  — Journaux.  — Il  paraît  dans  cette  ville  trois  journaux 
quotidiens  du  matin  ;  un  journal  quotidien  du  soir  ;  trois  gazettes  du 
soir,  publiées  tous  les  trois  jours;  un  journal  du  matin,  paraissant 
tous  les  trois  jours  ,  et  six  journaux  hebdomadaires;  ce  qui,  avec  les 
deux  journaux  du  gouvernement,  la  Gazette  et  le  Cri  public ,  non 
compris  dans  cet  article,  forment  un  tolal  de  seize  feuilles  périodiques. 
—  Journaux  quotidiens  ;  ils  ont  au  nombre  de  huit  :  1°  theTreeman's 
journal,  qui  est  celui  des  commerçans  de  Dublin,  contient  toujours 
un  grand  nombre  d'annonces.  En  politique ,  il  est  plus  remarquable 
par  l'impartialité  que  par  la  profondeur  de  la  discussion  ;  il  ne  se 
permet  guère  que  quelques  critiques  sur  la  conduite  des  différens 
conseils  ou  sociétés  publiques ,  ou  sur  des  taxes  vexatoires  ;  2»  le 
Courrier  du  matin  ,  de  Carrick  (Carrick's  morning  post) ,  est  égale- 


EUROPE.  681 

ment  consacré  au  commerce  et  à  l'agriculture,  etc.,  et  se  borne, 
comme  le  Freeman ,  à  traiter  des  sujets   d'un  intérêt  local  ;  5»  les 
Papiers-Nouvelles  de  Saunders{  Saunder's  news  papers)  sont  des 
espèces  de  Petites- Affiches ,  qui  contiennent  quelquefois  des  passages 
extraits  des  journaux  anglais  et  irlandais.  Ces  trois  journaux  donnent, 
de  tems  en  tems,  des  rapports  bien  faits  sur  les  assemblées  publiques 
qui  se  tiennent  à  Dublin,  et  sur  les  jugemens  intéressans  rendus 
par  les  cours  de  justice  de  l'Irlande.  On  calcule  que  chacun  de  ces 
journaux  a  1,000  à   1,200  abonnés;  f^"  le  Correspondant  Q%i  le  seul 
journal  quotidien  publié  le  soir  à  Dublin  ;  il  semble  se  modeler  sur 
le  Courrier  anglais,  dont  il  adopte  les  principes  et  l'intolérance  po- 
litique, sans  savoir  les  défendre  avec  le  même  talent  et  la  même 
adresse.  L'éditeur,  qui  en  est  aussi  le  propriétaire ,  se  jette  dans  de 
longues  et  fastidieuses  dissertations ,  dont  le  but  est  l'approbation 
constante  de  tous  les  actes  arbitraires ,  ou  la  dépréciation  de  toute 
mesure  adoptée  pour  le  bien  de  l'humanité  :  en  un  mot,  le  rédac- 
teur de  ce  journal  peut  être  considéré  comme  un  des  plus  zélés 
avocats  du  despotisme.  Il  a  eu  assez  de  vogue  pendant  la  guerre, 
mais  depuis  la  paix  il  a  beaucoup  perdu  de  ses  abonnés.  —  Jour- 
naux publiés  tous  les  trois  jours  ,   au  nombre  de    quatre  ;  5»  le 
Courrier  du  soir  de  Dublin  {  Dublin  evening  post  )  est,  sans  con- 
tredit ,  un  des  meilleurs  journaux  de  l'Irlande.  Il  a  toujours  soutenu 
les  principes  libéraux  ;  et  ses  rédacteurs  ont  beaucoup  souffert  pour 
la  cause  du  patriotisme  et  de  la  liberté ,  soit  par  des  emprisonnc- 
mens,  soit  par  des  amendes.  L'éditeur  montre  du  talent  dans  la 
rédaction  de  cette  feuille ,  mais  ses  vues  manquent  d'étendue  et  de 
profondeur  :  on  peut  lui  reprocher  aussi  de  s'adresser  souvent  aux 
préjugés   du  peuple ,   et  d'en  suivre  les  impulsions ,  au  lieu  de  les 
diriger  sagement  vers  le  bien.  Ce  journal ,  ainsi  que  le  Correspon- 
dant, est  fort  répandu  en  Irlande  :  on  en  distribue  environ  2,5oo 
exemplaires  ;  6»  le  Journal  de   Dublin  dut  son  succès  aux  écrits 
patriotiques  de  Swift ,  et  continua  pendant  long-tems  à  tenir  un  rang 
distingué  parmi  les  écrits  périodiques.  A  la  mort  de  Georges  Faul- 
kner, qui  l'avait  fondé,  il  passa  entre  les  mains  de  John  Gifford  , 
membre  du  conseil  de  la  ville,  et  violent  défenseur  du  gouverne- 
ment. 11  le  réduisit  à  quelques  pages,  et  l'entacha  tellement  de  ses 
opinions,  que  les  préventions  qu'il  avait  fait  naître  existèrent  long- 
tems  ,  malgré  les  efforts  des  nouveaux  propriétaires  pour  rébabiUter 


632  EUROPE. 

ce  journal  dans  l'opinion  publique.  Leur  impartialité  et  leurs  talens 
ont  cependant  réussi  à  détruire  en  partie  cet  injuste  préjugé,  cl 
le  Journal  de  Dublin  compte  parmi  ses  abonnés  plusieurs  des 
hommes  les  plus  respectables  de  l'Irlande  :  il  a  environ  800  sous- 
cripteurs; 7"  le  Patriote,  autre  journal  du  soir,  usurpe  ce  titre;  il 
est  plutôt  servile  que  libéral.  Il  ne  contient  presque  jamais  que  des 
articles  mal  choisis  des  autres  journaux ,  et  quelques  productions 
écrites  avec  autant  de  frivolité  que  de  pédanterie.  L'impression  et  le 
papier,  quisont  supérieurs  à  ceux  des  autres  journaux,  contribuent  à 
le  soutenir  :  on  compte  qu'il  s'en  vend  jusqu'à  1 ,5oo  ;  8°  le  Journal 
hibemien  surpasse  le  Correspondant  en  partialité  ;  ses  hostilités  sont 
principalement  dirigées  contre  les  catholiques;  il  cherche  surtout  à  ra- 
nimer et  à  entretenir  les  dissentions  religieuses.  La  rédaction  ne  man- 
que ni  de  vigueur  ni  de  talent.  On  en  distribue  un  grand  nombre 
d'exemplaires  g-z-a/w;  il  n'a  pas  jS  abonnés.  —  Journaux  hebdoma- 
daires ;  9°  le  Wee}:ly  freeman  se  rapproche  du  journal  quotidien  du 
même  nom.  Il  est  surtout  utile  au  commerce  ,  à  l'industrie  ,  aux  ma- 
nufactures, etc.  C'estle  premier  recueil  périodique  hebdomadaire  qui 
ait  été  publié  à  Dublin  ;  aussi  at-il  plus  de  souscripteurs  que  les  autres 
écrits  du  même  genre  :  il  se  tire  à  2,000;  10°  le  Registre  de  chaque  se- 
maine est  l'organe  des  membres  les  plus  violens  du  conseil  catholique. 
11  est  rempli  de  plaintes  sur  l'esprit  de  protestantisme  qui  domine 
dans  les  écoles  proteslantes,  et  de  détails  sur  l'état  d'oppression  et 
de  dégradation  du  peuple  irlandais.  On  y  remarque  des  articles  fort 
bien  rédigés;  11°  V Observateur  de  la  semaine  est  un  journal  franc 
et  impartial.  Il  contient  un  excellent  sommaire  de  nouvelles  :  il  s'en 
vend  environ  800  exemplaires  ;  12°  le  Journal  du  fermier  serait  utile 
à  la  classe  d'agriculteurs  et  d'artisans  à  laquelle  il  est  destiné ,  s'il 
donnait  plus  souvent  des  instructions  pratiques  sur  l'agriculture  ; 
mais  il  est  fastidieux,  diffus,  et  n'enseigne  rien  de  neuf;  il  parle  ra- 
rement politique,  et  passe  pour  avoir  i,5oo  abonnés;  i3'>  le  Moni- 
teur des  marchands  est  un  nouveau  journal ,  commencé ,  il  y  a 
quelques  mois ,  sous  les  auspices  des  négocians  de  Dublin.  Son  titre 
indique  assez  son  objet  :  il  donne  un  tableau  des  fonds,  les  diffé- 
rences du  change,  les  marchés  et  les  ventes  un  peu  importantes; 
enfin,  tout  ce  qui  regarde  spécialement  le  commerce.  Les  journaux 
irlandais  ne  paient  que  moitié  de  la  taxe  imposée  aux  journaux  an- 
glais ;  ils  sont  en  général  fort  mal  imprimés ,  et  ceux  des  provinces 


EUROPE.  633 

prouvent  la  stagnation  des  affaires ,  par  le  petit  nombre  d'annoncés 
qu'ils  contiennent.  On  doit  en  excepter  les  journaux  de  Belfast'^  qui 
égalent  presque  ceux  de  la  capitale,  sous  le  rapport  de  la  rédaction 
et  de  l'impression  ;  i4°  \" Irlandais  est  un  journal  patriotique  fort 
bien  rédigé.  L.  S.  B. 

RUSSIE. 

Sainx-Pétehsbouhg. — L'Invalide  russe,  ou  la  Gazette  niilitaiie  , 
d'après  la  volonté  de  l'empereur,  insérera  désormais  les  ordres  de 
l'armée ,  les  promotions ,  les  récompenses  dans  le  civil  et  autres  nou- 
velles de  rintérieur;  mais  les  nouvelles  politiques,  quelles  qu'elles 
soient,  en  seront  entièrement  exclues. 

Kàsan.  — Publications  nouvelles  et  prochaines.  —  Le  Koran  ,  qui 
a  été  imprimé  plusieurs  fois  dans  notre  ville,  vient  de  l'être  de  nou- 
veau aux  firais  du  négociant  Apariai  ;  ainsi ,  tandis  que  les  sociétés 
bibliques  propagent  la  connaissance  des  livres  sacrés  des  chrétiens  , 
des  négocians  arabes ,  comme  s'ils  rivalisaient  de  zèle ,  multiplient 
ceux  des  mahométans. 

—  \j' Histoire  des  Mogols  et  des  Ta/are^  occupe  dans  ce  moment 
un  grand  nombre  de  savans.  M.  de  Romanzof  fait  imprimer  VAbul- 
ghasi  Bahadur  chan's:  c'est  une  généalogie  des  Turcs.  Ce  livre,  que 
nous  possédions  seulement  dans  des  traductions  allemandes ,  fran- 
çaises et  russes  peu  fidèles,  va  paraître  à  Kasan.  M.  Chalfin  prépare 
aussi ,  dans  cette  ville ,  une  édition  du  Dschingis  Chan's  et  du  Ti- 
viurleng's  ;  jusqu'à  ce  jour  on  ne  connaissait  de  ces  deux  ouvrages 
que  des  fragmens  insérés  dans  une  dissertation  :  lie  origine  uocabuli 
Dengi  et  de  Bulariœ  urbis  origine. 

Saint-Péteksbochg.  —  M.  Charmoy ,  professeur  de  persan  dans 
cette  ville ,  compose ,  en  persan  et  en  français ,  une  histoire  des 
Mongols  et  des  Tatares  ;  les  sources  dans  lesquelles  il  a  puisé ,  sont 
le  Raschid  Eddin ,  Mirchond  Chondemir  et  Abd  -  ur  -  Rassack. 
M.  Scbmidt  écrit  aussi  l'histoire  de  ces  peuples ,  mais  en  se  fondant 
sur  des  autorités  mongoles.  Enfin,  M.  Frahn  a  résolu  de  comprendre^ 
dans  son  travail  sur  les  médailles  mahométanes ,  celles  des  Dohm- 
gisides. 

—  M.  Frahn  vient  de  livrer  au  public  le  premier  volume  de  son 
ouvrage  intitulé  :  Nummi  Muhammedani  qui  in  acad.  imperialis, 
scientiarum  musœo  asialico  as^errantur,  Tom^  I,  textuin  aeu  Nurn- 


6SA  EUROPE. 

vwrum  titulos  in  scripturam  arabicam  recenliorem  transcrijjlos,jfideî- 
gue  interpréta tione  auctos  conlinens.  L'infatigable  auteur  a  donné 
presque  en  même  tems  deux  autres  écrits  :  le  premier ,  Schem  Eddin 
Muhammedis  Damasceni  mirabilia  mundi  selecta  e  cod.  petrop.  edid. 
prolegomen  et  annot.  crit.  instruxit  Frahn  ;  le  second  a  pour  titre  : 
Ahmed'sbn-Foslan's  ,  ou  Tableau  des  mœurs  et  des  usages  russes  , 
au  commencement  du  dixième  siècle.  La  traduction  est  en  regard 
du  texte  ,  et  M.  Frabn  y  a  joint  des  notes  critiques  et  littéraires. 

Pb.  Golbéby. 
SUÈDE. 

Botanique. — On  cultive  actuellement,  dans  ce  pays,  Vastragalns 
balticus{  Linné) ,  plante  que  l'on  croit  excellente  pour  remplacer  le 
café,  et  dont  la  décoction  n'emploie  que  la  cinquième,  partie  du 
sucre  ordinairement  nécessaire.  Cette  plante  se  reproduit  six  cents 
à  mille  fois,  et  ne  souffre  point  de  l'intensité  du  froid.  Le  docteur 
Bayrhammer,  de  Wurtzbourg ,  a  publié  qu'il  enverra  gratuitement 
cent  grains  de  ce  végétal  à  ceux  qui  voudront  promettre  de  le  culti- 
ver et  de  lui  faire  connaître  les  résultats  qu'ils  auront  obtenus. 

DANEMARCK. 

Copenhague.  —  Université.  —  Prix  proposés  pour  1822.  —  Après 
avoir  proposé  en  langue  latine  difTérens  sujets  à  traiter  dans  la  même 
langue,  en  théologie,  en  jurisprudence,  Gn  médecine ,  en  philoso- 
phie,  en  mathématiques,  en  histoire,  en  philologie ,  en  histoire 
naturelle ,  cette  université  propose,  pour  la  partie  appelée  esthétique, 
ou  littérature  et  beaux  arts ,  de  déterminer  quelle  est  la  différence 
entre  le  genre  comique  et  le  genre  satirique.  On  peut  consulter,  poiu: 
les  autres  questions  proposées ,  le  n°  VII  du  Journal  de  la  littéra- 
ture étrangère,  publié  par  MM.  Treuttel  etWiirtz,  dont  il  paraît  un 
cabier  tous  les  mois. 

—  Dictionnaire  Danois.  —  La  Société  des  sciences  à  Copenbague 
vient  de  publier  un  nouveau  volume  de  son  grand  Dictionnaire 
Danois;  il  contient  les  lettres  L  et  M. 

—  IVaduction.  —  Le  capitaine  ff^ulf,  traducteur  des  œu^TCS  de 
Sbakespeare ,  vient  de  traduire  en  danois  le  poème  de  lord  Byron  , 
intitulé  Manfred. 

,  —  Nécrologie.—M^.  Thomas  Thaarup ,  doyen  des  poètes  danois, 
est  mort  à  Copcpbaguc,  à  r.%e  de  soixanie-douzc  ans.  Ké  en  1749» 


HUftOPE.  635 

ii  fut  nommé,  en  1781  ,  professeur  d'histoire,  de  géographie  et  de 
belles-lettres  à  l'académie  des  cadets  de  marine.  Pendant  les  an- 
nées 1794  ^  iSoo  ,  il  était  membre  de  la  direction  du  théâtre  royal 
à  Copenhague ,  et ,  en  1809  ,  il  fut  décoré  de  l'ordre  de  Dannebrog. 
Les  poésies  de  M.  Thaarup,  qui  ne  sont  pas  très-nombreuses ,  se 
distinguent  surtout  par  la  douceur  des  pensées  et  par  l'élégance 
harmonieuse  de  la  diction.  11  était  plutôt  habile  versificateur  que 
grand  poète  ;  car  il  n'était  doué  ni  d'un  esprit  inventif,  ni  d'une 
imagination  vive, et  ardente.  Néanmoins,  toutes  ses  productions 
avaient  le  don  de  plaire.  Il  a  composé  ,  pour  le  théâtre  ,  quel- 
ques pastorales  de  circonstance  ,  qui  ,  abstraction  faite  de  ces 
mêmes  circonstances  ,  ont  mérité  le  grand  succès  qu'elles  ont  ob- 
tenu. Il  a  fait  aussi ,  pour  la  musique  sacrée ,  quelques  cantates  qui 
ont  trouvé  des  compositeurs  dignes  d'associer  leurs  travaux  à  ceux 
du  poète.  Depuis  plusieurs  années,  M.  Thaarup  vivait  en  retraite  à 
la  campagne ,  où  il  jouissait  d'une  pension  que  lui  avait  accordée  le 
gouvernement.  HEiBEac, 

ALLEMAGNE. 

Bkelin.  —  Médecine.  — On  lit  dans  le  Journal  de  médecine  de  Hu- 
feland,  publié  dans  cette  ville,  que  la  belladonna  est  un  préservatif 
contre  la  fièvre.  Ce  fait,  qui  avait  d'abord  été  observé  à  Leipsick,  a 
été  confirmé  par  plusieurs  expériences. 

Leipsick.  —  Le  professeur /(T.  H.  ZJzo/zdj  a  publié  dernièrement, 
dans  cette  ville,  chez  Jean-Ambroise  Barthe ,  le  premier  cahier  d'un 
nouveau  journal ,  intitulé  :  ^skulap  (Esculape),  qui  est  consacré  au 
perfectionnement  de  toutes  les  branches  de  l'art  de  guérir.  Il  y  aura 
quatre  cahiers  par  an  ,  qui  coûteront  4  thalers ,  ou  6  florins. 

Munich.  —  Législation.  — Le  président  de  Fenerbach  est  de  re- 
tour dans  cette  ville ,  du  voyage  qu'il  a  fait  à  Paris ,  pour  y  étudier 
l'esprit  des  lois  judiciaires  qui  régissent  la  France,  et  notamment 
celles  qui  règlent  la  procédure  civile  et  criminelle.  Cet  homme  d'état 
est  chargé  de  donner  son  avis  définitif  sur  celle  des  institutions 
judiciaires  françaises  qu'il  conviendra  d'introduire  en  Bavière.  Cette 
affaire  doit  être  décidée  avant  la  réunion  des  chambres  bavaroises, 
afin  que  le  gouvernement  puisse  leur  soumettre  le  projet  du  nouveau 
Code  de  procédure. 

PKESBOUttG,  _  Philvloirie.  —  M-   George  Falkowitsh,  professeur 


636  EUROPE. 

de  langue^et  de  littérature  esclavonne  au  lycée  cvangélique  de  cetle 
ville,  a  termiaé  récemment  la  publication  de  son  Vocabulaire  bohé- 
mien, qui  renferme  aussi  les  expressions  propres  aux  Moraviens  et 
aux  Slowakes  :  il  est  composé  de  deux  volumes ,  dont  le  premier  a 
paru  en  1819. 

EaLANGEN.  —  Université,  —  Le  nombre  des  étudians  de  notre  uni- 
versité s'accroît  tous  les  jours.  Rien  n'égale  la  sollicitude  du  gouver- 
nement pour  ce  bel  établissement ,  dont  l'éclat  est  encore  augmenté 
par  l'acquisition  qu'il  vient  de  faire  de  M.  Schelling ,  membre  de 
l'académie  des  sciences  et  de  celle  des  beaux -arts.  Aussitôt  après 
son  installation ,  ce  savant  professeur  a  ouvert  un  cours ,  qu'il  ap« 
pelle  initia  philosophiœ  unii^ersœ,  L'aflluence  des  auditeurs  y  est  si 
grande  ,  que  l'on  se  croit  à  ces  beaux  jours  où  nous  avions  encore  le 
célèbre  Fichte.  Le  roi ,  par  un  rescrit  du  12  mars,  a  ordonné  que  le 
cbâteau  du  margrave ,  qui  a  été  donné  à  l'université,  serait  sur-le- 
cbamp  mis  dans  un  état  convenable  à  sa  destination ,  et  que  Tbos- 
pice  serait  disposé  pour  l'étude  de  la  clinique.  Ph.  G. 

Lakdshdt. — nominations. — Le  savant  professeur  Bue/mer,  à  peine 
de  retour  du  voyage  qu'il  vient  de  faire  en  France  et  dans  les  Pays- 
Bas  ,  a  été  nommé  membre  de  l'académie  Léopold-Carolus  des  na- 
turalistes, de  la  société  pharmaceutique  de  Saint-Pétersbourg ,  et 
de  la  société  d'histoire  naturelle  de  Bonn. 

ViBNNE.  —  Sijle  des  Orientaux.  —  Le  diplôme  de  l'ordre  persan 
du  Lion-du-Soleil ,  qu'a  reçu  dernièrement  le  célèbre  orientaliste 
M.  Joseph  de  Hammer ,  présente  ,  dans  le  passage  ci-après ,  traduit 
littéralement,  un  exemple  curieux  de  l'originalité  du  style  des  Orien- 
taux. Ce  passage  énonce  les  titres  qu'on  lui  donne  à  cette  occasion  : 
•  Très-estimable ,  très-honorable ,  éloquent  dans  l'art  oratoire  ,  péné- 
trant, habile  interprète  de  la  langue  du  bon  peuple  chrétien  qui 
croit  en  Jésus,  conseiller  de  la  haute -cour  impériale  allemande, 
dont  la  plume  est  bien  taillée ,  et  dont  l'écriture  est  fleurie  ,  dont  les 
doigts  sont  agiles  ,  et  dont  la  langue  est  exercée ,  colonne  des  plus 
excellentes  et  des  plus  vénérées,  lis  de  dix  langues,  Joseph  Ham- 
MEH  ,  etc.  B 

Publication  nouvelle.  —  Roman,  —  Madame  Bénédicte  Naubert 
vient  de  donner,  sous  le  titie  d'Eudocia,  un  roman,  dont  le  prin- 
cipal mérite  est  moins  dans  l'invention  que  dans  le  tableau  qu'elle 
fait  de  la  situation  des  empires  grec  et  romain ,  après  le  partage  effcc 


EUROPE.  637 

tué  en  SgS ,  sous  Théodose-le-Grand.  Les  caractères  sont  tous  vrais , 
et  particulièrement  ceux  des  femmes  :  celui  d'Eudocia  est  cité  comme 
un  modèle  en  ce  genre.  La  lecture  de  ce  livre  est  d'autant  plus  agréable, 
qu'à  côté  d'ingénieuses  fictions  se  trouvent  des  peintures  de  mœurs 
puisées  dans  l'histoire.  Ph.  G. 

Bebliu. — Archéologie.  — La  direction  des  recherches  antiques, 
établie  par  le  gouvernement  dans  les  provinces  du  Rhin  et  de  la 
Wtstphalie  ,  a  fait  l'acquisition  de  la  riche  collection  formée  par  le 
prince  Isembourg.  On  sait  que  ce  prince  avait,  pendant  toute  sa 
vie ,  apporté  le  plus  grand  soin  à  l'étude  de  l'antiquité ,  et  qu'il  avait 
acquis ,  à  tout  prix ,  les  objets  découverts  successivement  dans  les 
contrées  voisines  du  Rhin  et  de  la  Moselle.  Ph.  G. 

ViE«îiE.  — Exposition  permanente  des  produits  des  beaux-arts. 
— Extrait  d'un  arrêté  de  Vempereur^  en  date  du  16  août. — S.  M. ,  con- 
sidérant que  l'établissement  d'un  lieu  public ,  destiné  au  débit  des 
produits  des  arts  du  dessin,  est  un  des  meilleurs  moyens  pour  étendre 
les  connaissances  dans  cette  partie  et  pour  accélérer  les  progrès  de 
l'industrie ,  a  ordonné  qu'outre  les  expositions  publiques  des  objets 
d'art,  qui  ont  déjà  lieu  de  tems  en  tems ,  conformément  aux  ordon- 
nances ,  il  soit  établi ,  d'une  manière  fixe  et  permanente ,  une  expo- 
sition uniquement  destinée  au  commerce  des  productions  des  beaux- 
arts.  Le  but  de  cet  établissement  est  de  faciliter  aux  artistes  le  débit 
de  leurs  ouvrages,  et  aux  amateurs  l'achat  de  ces  produits,  d'une 
manière  qui  réponde  le  mieux  qu'il  sera  possible  aux  désirs  des  uns 
et  des  autres.  Néanmoins ,  on  veillera  particulièrement  à  ce  qu'il  ne 
soit  exposé  que  des  ouvrages  remarquables ,  le  but  d'un  établisse- 
ment public,  fondé  dans  l'intérêt  de  l'art,  ne  pouvant  être  de  favoriser 
les  productions  médiocres.  Cet  établissement  embrassera  les  pro- 
duits de  toutes  les  branches  de  l'art.  Le  lieu  destiné  à  l'exposition 
permanente  est  l'édifice  de  Sainte- Anne,  dans  la  rue  du  même  nom, 
au  rez-de-chaussée  ,  et  au  premier  étage.  On  pourra  y  présenter  les 
ouvrages  à  compter  du  20  août.  » 

WiTTEMBERG.  —  L'inausnuration  de  la  statue  colossale  de  Luther 
se  fera  sur  la  grande  place  de  cette  ville,  par  ordre  du  gouverne- 
ment prussien,  et  avec  la  plus  grande  solennité,  le  3i  octobre, 
anniversaire  du  jour  où  Luther  se  sépara  des  catholiques  en  faisant 
afficher  à  l'église  de  l'université  de  Wittemberg,  en  iSij,  ses  fa- 
meuses thèses  contre  la  cour  de  Rome.  Le   roi  de  Prusse  et  tous 


638  EUROPE. 

les  princes  protestans  de  l'Allemagne  doivent  assister  à  cette  cé- 
rémonie ,  qui  est  une  fête  nationale  pour  toute  l'Allemagne  évan- 
gélique. 

Siti.TZBOU£G. — Hommage  à  Haydn.  —  Cette  ville,  où  Haydn  a 
pris  naissance,  vient  de  payer  un  juste  tribut  aux  mânes  de  ce  cé- 
lèbre compositeur.  Les  restes  mortels  de  l'auteur  de  la  Création 
étaient  presque  oubliés  depuis  quinze  ans,  dans  le  cimetière  de 
Saint-Pierre.  Le  curé  Werigand ,  son  ami ,  et  le  compositeur  Hac- 
ker, élève  du  défunt ,  se  sont  chargés  d'ouvrir  une  souscription  pour 
lui  élever  un  monument.  Le  9  août ,  jour  anniversaire  de  sa  mort , 
le  monument,  placé  dans  l'église  de  Saint-Pierre,  a  été  consacré  par 
un  Requiem  solennel ,  dernier  ouvrage  d'Haydn ,  que  la  mort  l'a 
empêché  d'achever.  On  y  a  suppléé  par  la  fin  d'un  ancien  Requiem, 
qu'il  avait  composé  précédemment.  Une  foule  d'amateurs  ,  de 
concitoyens  et  d'amis  de  cet  homme  illustre ,  ainsi  qu'un  très-grand 
nombre  d'étrangers ,  ont  assisté  à  cette  cérémonie  funèbre ,  qui  a 
acquis  un  nouvel  intérêt  par  la  présence  de  la  veuve  de  Haydn. 

Beelin. — Nécrologie. — M.  Chrétien  Abraham-Gerhard,  chevalier 
de  l'Aigle-Rouge,  conseiller  des  finances,  membre  de  l'académie 
des  sciences  ,  de  la  société  des  sciences  naturelles ,  et  de  huit  autres 
sociétés  savantes,  est  mort,  le  9  mars  dernier,  à  l'âge  de  quatre-vingt- 
quatre  ans.  Pendant  sa  longue  et  laborieuse  vie  ,  il  n'avait  cessé  de 
prendre  une  part  active  à  toutes  les  recherches  de  médecine  et 
d'histoire  naturelle  ,  de  physique  et  de  chimie ,  en  ne  négligeant 
aucun  moyen  d'en  propager  les  résultats  et  d'en  rendre  l'applicatioa 
plus  générale.  C'est  dans  cette  vue  qu'il  publia  ^plusieurs  écrits  es- 
timables. M.  Gerhard  est  encore  connu  par  une  Histoire  du  règne 
minéral  (Geschichte  des  mineral-reichs)  et  par  la  traduction  des 
Vojages  métallurgiques  de  Jar,  ouvrage  qu'il  a  enrichi  de  déve- 
loppemens  précieux  sur  l'exploitation  des  mines.  Ph.G. 

— ViBNME. — Le  docteur  Jean-Pierre  Frank,  conseiller-d'état  et 
premier  médecin  de  l'empereur,  est  mort  dans  cette  ville,  le  24  avril, 
à  l'âge  de  soixante-dix-sept  ans. 

— Halle. — Le  27  du  même  mois ,  l'université  de  cette  ville  a  perdu 
H.  C.  Voss,  professeur  d'histoire,  qui  n'avait  que  cinquante-huit 
ans.  Il  a  mis  au  jour  plusieurs  ouvrages  estimés,  et  s'est  particuliè- 
rement fait  connaître  par  le  journal  qu'il  publiait  sous  le  titre  de 
Die  Zeiten  [les  Tems),  qui  renferme  des  matériaux  précieux  pour, 
l'histoire  de  nos  jours. 


EUROPE.  639 

— Bbeslau.  —  Le  docteur  Jean-Timothée  Hermès  ^  surintéhdant 
ecclésiastique ,  et  premier  pasteur  de  l'église  de  Sainte-Elisabeth , 
est  mort  ici,  le  24  juillet,  à  l'âge  de  quatre-vingt-trois  ans.  On  lui 
doit  quelques  ouvrages  qui  ont  eu  plusieurs  éditions ,  entre  autres  le 
F^qyage  de  Sophie  de  Memel  en  Saxe ,  qui  a  été  traduit  en  français. 

— Leipsick.  —  Jean  Adolphe  Rossmaeler,  graveur  distingué ,  est 
mort  à  Leipsick ,  le  26  janvier  dernier,  à  l'âge  de  trente-cinq  ans. 

SUISSE. 

Canton  de  Berne. — Ferme  expérimentale  alpine. — M.  Kasthofer 
(Voy.  Rei'ue  Encyclopédique,  T.  X ,  pag.  i6oJ,  garde  général  des 
forêts,  savant  distingué,  a  établi,  près  d'Inttrîacken,  sur  une  mon- 
tagne qui  domine  les  lacs  de  Thoun  et  de  Brientz,  le  cours  de  l'Aar 
et  le  torrent  de  la  Llitschine ,  une  ferme  expérimentale ,  dans  laquelle 
il  fait  des  essais  de  culture  sur  les  plantes  alpines ,  qui  sont  à  peu 
près  la  seule  richesse  de  tous  les  pays  élevés  ou  septentrionaux.  Ces 
essais  méritent  l'attention  de  tout  homme  capable  de  réfléchir  sur 
les  résultats  étendus  et  importans  qu'ils  peuvent  avoir.  N'est-il  pas 
déplorable ,  en  effet,  de  voir  la  science  de  l'agriculture  s'arrêter  aux 
régions  peu  élevées ,  de  manière  à  laisser  peut-être  le  quart  de  l'Eu- 
rope privé ,  dans  son  économie ,  de  toutes  les  lumières  acquises  f 

Canton  de  Genève. — Société  peur  l'encouragement  des  arts. — 
Prix  proposés. —  1°  Une  médaille  d'or  de  la  valeur  d'environ  23ofr., 
pour  la  meilleure  tête  en  creux  sur  acier ,  par  un  artiste ,  habitant 
du  canton.  Le  sujet  du  concours  sera  une  tête  en  profil ,  d'après 
l'antique  et  au  choix  de  l'ai-tiste ,  renfermée  dans  un  cercle  de 
i8  lignes  de  diamètre.  On  ne  prescrit  point  à  l'artiste  les  procédés 
qu'il  doit  suivre  dans  l'exécution  ;  on  lui  laisse ,  à  cet  égard  ,  une 
pleine  liberté ,  soit  qu'il  lui  convienne  de  graver  directement  en 
creux ,  soit  qu'il  préfère  exécuter  d'abord  sa  tête  en  relief,  pour 
obtenir  ensuite  le  coin  par  le  moyen  du  balancier ,  ou  de  toute  autre 
manière.  Le  coin  restera  en  propriété  à  l'artiste.  Le  terme  du  con- 
cours est  fixé  au  5i  mars  1822.  La  société  ,  désirant  plutôt  encourager 
les  jeunes  artistes  que  récompenser  le  talent  déjà  acquis ,  n'admettra 
au  concours  que  les  personnes  qui,  à  l'époque  fixée,  n'auront  pas 
trente-cinq  ans  accomplis.  2°  Un  prix  de  la  valeur  de  46o  fr.  environ , 
à  l'artiste  habitant  du  canton ,  qui ,  le  premier ,  aura  présenté  à  la 
société,  des  limes  carrelettes  douces,  rudes  et  demi-rudes,  de  quatre 


eAa  EUROPE. 

pouces  de  taiile;  telles  que  pour  la  forme,  pour  la  taille  et  pour  la 
trempe,  elles  soient  jugées  aussi  bonnes  que  les  meilleures  limes 
connues.  La  société  met  assez  d'importance  à  cet  objet  pour  ne  point 
fixer  un  terme  définitif  et  pour  laisser  au  concours  une  durée  illi- 
mitée. Les  concurrens  remettront  à  la  société  deux  douzaines  de 
limes  de  chaque  espèce  ,  pour  qu'elles  soient  soumises  aux  épreuves 
diverses  qui  doivent  en  constater  la  qualité.  3»  Il  sera  adjugé  une 
médaille  d'or  de  la  valeur  d'environ  aûo  fr.  à  l'auteur  du  mémoire^ 
qui,  au  jugement  de  la  société,  aura  le  mieux  répondu  à  la  question 
suivante  :  «  Quelles  sont  les  principales  industries,  peu  ou  point 
connues  dans  notre  canton ,  qui  seraient  susceptibles  d'y  être  na- 
turalisées i  et  quelles  sont  les  circonstances  favorables  ou  con- 
traires que  chacune  d'elles  aurait  à  rencontrer  dans  notre  pays?  » 
Le  terme  du  concours  est  fixé  au  i"  mars  1822. 

Carton  de  Bale.— ifo^pzce  du  Saint-Bernard.— Souscription.— 
Les  soins  généreux  que  les  religieux  de  cet  hospice  donnent  aux 
voyageurs  souffrans  ,  leur  empressement  à  les  sauver  au  péril  de  leur 
propre  vie,  sont  connus  et  admirés  de  toute  l'Europe.  Mais, 
ce  qu'on  ignore  assez  généralement,  et  ce  qui  rend  leur  dévoue- 
ment encore  plus  admirable,  c'est  l'insalubrité  de  l'édifice  qu'ils 
habitent  :  au  bout  de  peu  d'années ,  ils  sont  attaqués  de  rhuma- 
tismes aigus  et  incurables ,  qui  les  condamnent  à  venir  traîner,  en- 
core jeunes ,  dans  la  plaine  ,  les  restes  d'une  existence  triste  et 
douloureuse. 

On  a  pu  voir,  dans  une  notice  sur  l'histoire  naturelle  du  Saint- 
Bernard  (1),  que  le  révérend  père  Biselx,  prieur  du  couvent  et 
membre  de  la  Société  helvétique  des  sciences,  fit  connaître,  à  la 
session  de  Saint-Gall,  la  cause  de  ces  effets  pernicieux  ;  eUe  n'est  autre 
que  la  température  froide  et  humide  qui  règne ,  en  toute  saison , 
dans  l'intérieur  de  cet  hospice ,  à  raison  de  sa  construction  et  de  la 
rigueur  du  climat.  Ce  grave  inconvénient  est  susceptible  de  remède, 
d'après  les  progrès  que  l'art ,  guidé  par  la  science ,  a  fait  de  nos 
jours  relativement  à  la  distribution  de  la  chaleur  dans  l'intérieur  des 
édifices.  Mais  l'établissement  ne  possède  que  les  ressources  néces- 
saires pour  subsister  et  pour  distribuer  annuellement  de  trente  à 


(0  Cette  notice  a  été  inséiée  dans  la  Bibliothèque  universelle  , 
publiée  à  Genève. 


EUllOrE.  64i 

trente-cinq  mille  rations  de  nourriture  à  des  voyageurs  de  tous  états 
et  de  toutes  conditions. 

Un  professeur  de  l'université  russe  de  Dorpat,  M.  Parrot,  frappé 
de  ces  considérations,  invita,  l'année  dernière,  tous  les  philan- 
tropes  à  venir  au  secours  de  ces  bons  religieux ,  par  une  souscription 
dont  le  produit  serait  employé  à  l'amélioration  désirée.  Cette  invi- 
tation, répétée  dans  la  Bibliothèque  universelle,  division  intitulée 
Sciences  et  arts,  Tom.  XV,  p.  aôS  à  245,  ne  fut  pas  sans  effet. 
Mais  les  sommes  rerues  sont  encore  loin  de  suffire  aux  dépenses 
nécessaires  pour  chauffer  la  portion  habitée  de  ce  vaste  édifice. 

Il  y  a  plus;  dans  une  visite  faite  à  cet  hospice  ,  vers  le  milieu  du 
mois  de  juin  dernier,  M.  Prévost,  gendre  de  M.  le  professeur  Pictet, 
s'est  assuré  que  la  face  méridionale  de  l'édifice  exige  de  grandel 
réparations,  sans  lesquelles  elle  est  exposée  à  tomber  en  ruines.  Ce 
surcroît   de  dépenses    nécessaires    exige    aussi  un    surcroît    d'ef-  ' 
forts  pour  y  pourvoir.   Les  frères  Mellerio,  très-habiles  construc- 
teurs de  calorifères,  se  sont  transportés  à  l'hospice  pour  y  dresser 
les  plans  et  devis  préalables  ;  et  si ,  d'ici  à  leur  retour,  la  souscription 
ouverte  (qui  devrait  être  européenne)  fait  des  progrès ,    on  mettra 
de  suite  la  main  à  l'œuvre.  M.  Pictet ,  de  Genève ,  persuadé  que  la 
manière  la  plus  prompte  et  la  plus  efHcace  de  parvenir  promptement 
à  ce  but  serait  de  donner  à  la  déplorable  situation  de  ces  hommes 
si  utiles  la  plus  grande  publicité  possible  ,  en  la  signalant  à  la  Société 
Helvétique  des  sciences  naturelles,  dans  la  session  de  cette  année  à 
Bâle ,  a  proposé  à  cette  société  de  contribuer  personnellement  à 
cette  œuvre  philantropique.  L'assemblée,  délibérant  sur  la  propo- 
sition qni  lui  était  faite ,  a  alloué  ,  dans  sa  séance  du  25  juillet  der- 
nier, une  somme  de  vingt-cinq  louis ,  applicable  aux  réparations 
nécessaires  pour  rendre  le   séjour  de  l'hospice  moins  insalubre.— 
Quoique   les  naturalistes    soient    plus   fréquemment    appelés  que 
d'autres  voyageurs  à  s'exposer  sur  les  sommités  voisines  de  l'hospice, 
et  à  mettre  à  l'épreuve  le  courage  et  l'adresse  des  religieux ,  et  que , 
sous  ce  point  de  vue ,  la  somme  votée  soit  plutôt  l'acquit  d'une 
dette  qu'une  simple  offrande    philantropique ,  c'est  cependant  une 
chose  digne  de  remarque  de  voir  une  institution ,  dont  les  desservans 
sont  catholiques,  être  aidée  d'une  manière  aussi  efficace  et  aussi 
désiatéressée    par    une    société    principalement    composée  d'indi- 
vidus qui  professent  la  religion  réformée — Les  personnes  qui  se- 

TOME  XI.  AI 


GA2  EUROPE. 

raient  disposées  à  participer  à  cette  bonne  œuvre  pourront  faire 
parvenir,  par  les  voies  ordinaires  du  commerce ,  à  MM.  de  Candolle , 
Turreltini  et  comp. ,  banquiers  de  Genève ,  trésoriers  de  la  Société 
Helvétique,  aux  rédacteurs  de  la  Bibliothèque  universelle^  ou  au 
bureau  central  de  la  Reuue  Encyclopédique,  les  sommes  qu'elles 
voudraient  bien  y  consacrer;  il  sera  rendu  compte  de  leur  emploi, 
et  la  liste  des  souscripteurs  sera  publiée.  A.  S. 

—Publications  nouvelles.— IjG  libraire  Paschoud,  à  Genève,  doit 
faire  paraître,  dans  la  première  quinzaine  de  novembre,  un  ouvrage 
du  jeune  baron  de  Scbwarzkopf,  intitulé  :  Exposé  du  droit  public 
de  V Allema'^ne.  Il  sera  composé  de  quatre  livres  ,  dont  le  premier 
contiendra  une  courte  théorie  générale  des  rapports  civils  et  poli- 
tiques d'un  état  ;  le  second ,  un  aperçu  historique  des  changemens 
successifs  que  l'organisation  politique  de  l'Allemagne  a  subis  avant 
d'arriver  à  sa  forme  actuelle  ;  le  troisième ,  un  tableau  du  droit 
public  fédéral  ou  de  la  confédération  germanique  ,  en  tant  que  puis- 
sance collective  indépendante ,  dont  le  gouvernement  réside  dans 
la  diète;  et  le  quatrième,  un  exposé  des  diverses  modifications  du 
droit  public  allemand,  qui  sont  propres  à  chacun  des  états  com- 
posant la  confédération. 

Lacsaa>b.  —  Bjssus  des  anciens.  —  Réclamation.  —  Lettre  à 
Mi  Jdllikn,  sur  la  nouvelle  opinion  émise  relativement  au  byssus 
des  anciens. — Je  viens  de  lire,  dans  votre  intéressant  recueil  {Voy. 
ci-dessus  pag.  241  et  suivantes.)  des  Recherches  sur  le  byssus  des 
anciens ,  que  l'auteur  pense  devoir  être  le  duvet  des  chèvres  de 
Cachemire.  11  a  raison  de  se  méfier  beaucoup  de  la  compilation  de 
Pline,  où  il  existe  une  foule  d'erreurs,  nées  plutôt  de  sa  manière  de 
travailler  que  du  peu  de  correction  de  ses  copistes.  Mais  Pausanias, 
dont  l'exactitude  est  connue ,  dit  positivement  que  le  bjssus  était 
le  produit  d'un  végétal,  cultivé  en  Élide ,  et  que  cependant  il  y 
était  d'une  qualité  inférieure  à  celui  de  la  Judée.  II  paraît  que 
l'auteur  du  mémoire  que  vous  venez  de  publier  n'a  pas  eu  connais- 
sance des  recherches  que  j'ai  faites  pour  fixer  l'opinion  sur  cette 
substance  :  elles  ont  paru  dans  un  mémoire  inséré  dans  la  Décade 
•  philosophique  (20  niv.  an  xii) ,  et  je  viens  d'en  reproduire  la  subs- 
tance dans  mon  ouvrage  sur  l'économie  publique  et  rurale  des 
Arabes  et  des  Juifs.  Ainsi ,  le  témoignagne  de  Pline  est  confirmé 
par  celui  de  Pausanias  ;  l'un  et  l'autre  donnent  une  origine  judaïque 


EUROrE.  6AS 

û  ct-tle  subslance  qui,  par  conséquent,  est  la  même  à  laquelle  les 
livres  sacrés  donnent  le  nom  de  butz ,  auquel  il  manque  seulement 
la  terminaison  grecque  sos.,  pour  être  celui  du  bussos  ou  byssos  des 
Grecs,  dont  la  langue  latine  a  fait  iyssws.  Dès-lors ,  il  est  évident 
que  cette  substance  doit  être  un  produit  végétal ,  comme  l'ont  dit 
ces  auteurs,  puisque  aucun  produit  animai  ne  pouvait  servir  aux 
■vêtemens  sacerdotaux,  leur  emploi  étant  proscrit  par  le  culte  daas 
l'intérieur  du  temple.  L.  Beynieb. 

ITALIE. 

TcRiw, — Physique. — Réclamation. —  Le  docteur  Fohni  réclame 
sur  M.  Oebstedt  la  priorité  de  la  découverte  de  l'identité  du  fluide 
^magnétique  et  galvanique,  et  prétend  l'avoir  démontrée  dans  ut» 
ouvrage  déposé  à  la   bibliothèque  de  l'université  de  Turin. 

Rome.  — .  Astronomie.  —  Le  gouvernement  papal  ayant  résolu 
d'adopter  le  système  du  monde  de  Copernic,  il  est  maintenant  permis 
d'écrire  en  faveur  de  ce  système. 

'^kvh^s.— Sociétés  savantes. — Par  un  décret  du  lo  juillet,  le  roi 
a  réuni,  sous  l'autorité  du  ministre  de  sa  maison,  l'imprimerie  royale 
et  la  société  Bourbonienne ,  composée  de  trois  sections  ;  savoir  : 
{'Académie  archéologique  d'Herculanum ,  l'Académie  des  sciences , 
.et  l'Académie  des  beaux-arts.  Le  mêmedécret  assigne,  sur  le  dépar- 
tement de  la  maison  royale,  les  fonds  nécessaires  à  l'entretien  de 
-ces  établissemens ,  aux  fouilles  et  aux  réparations  des  monumens  de 
■Pompeïa,  à  l'entretien  du  musée  de  Portici,  et  à  l'atelier  des 
manuscrits. 

Flohe:sce. — L'Antologia,']o\iTnal  de  cette  ville,  continue  à  mériter 
l'attention  du  public ,  par  plusieurs  articles  originaux  ou  choisis  avec 
discernement  dans  les  meilleurs  recueils  périodiques  européens. 
Dans  le  n"  V,  on  lemarque  un  article  sur  les  anciennes  traductions 
de  l'Enéide ,  par  Caro ,  Alfieri  et  Solari ,  et  sur  une  nouvelle  qui  en 
a  été  faite  dernièrement  par  Michèle  Leoni  ,  traducteur  infati- 
gable et  distingué  de  plusieurs  poèmes  anglais.  Un  autre  article  du 
même  cahier  est  consacré  à  la  défense  du  Vocabulaire  de  la  Crusca. 
Le  n°  VI  contient  l'éloge  de  Lorenzo  Pignotli,  et  un  long  article 
sur  le  Traité  de  peinture,  de  Cennino  Cennini  (annoncé  ci-dessus, 
p.  578.)  Il  nous  semble  que  ces  articles  philologiques  sont  trop  fréquens 


eUh^  EUROPE. 

dansl'yf/rt/o/ogm,  Ils  pourraient  faire  croire  qu'un  grand  nom  bre  d'Ita- 
liens ne  s'occupent  que  de  grammaire,  et  il  serait  pénible  de  penser  que 
leurs  auteurs  ne  se  livrent  à  ce  genre  de  travail  que  pour  nourrir  cet 
esprit  de  pédanterie  et  de  jalousie  ,  qui  souvent  est  devenu  un  germe 
de  discorde  politique ,  dont  les  ennemis  de  l'Italie  n'ont  su  que  trop 
bien  profiter.  Prévenus  contre  cette  sorte  de  disputes  et  de  rivalités 
qui  tendraient  à  déshonorer  la  nation  aux  yeux  des  étrangers ,  nous 
nous  arrêtons  quelques  instans,  avec  un  esprit  tout  différent,  sur  un 
article  du  n"  VIII,  p.  212 ,  consacré  aux  deux  traductions  de  l'Iliade 
d'Homère,  faites  par  l'abbé  Fiocchi  et  M.  Mancini,  et  qui  regarde 
principalement  la  Reuue  Encyclopédique.  Le  rédacteur  de  cet  ar- 
ticle se  plaint  d'abord  que  notre  recueil  ait  avancé  que  l'abbé  Fiocchi 
a  renouvelé  la  difficile  entreprise ,  essayée  par  Bozzoli  et  par  Mancini, 
de  traduire  l'Iliade  en  otlava  rima.  Il  nous  fait  remarquer  que  la  tra- 
duction de  Fiocchi  a  précédé  de  deux  ans  celle  de  Mancini ,  la  pre- 
mière ayant  paru  en  iS  16,  et  la  seconde  en  1818.  Nous  ne  connaissions 
que  l'édition  de  l'Iliade  de  Fiocchi,  faite  ou  annoncée  par  M.  Son- 
Zogno  à  Milan,  en  1818  ;  et  nous  faisons  au  rédacteur  de  l'article 
de  l'Antologia  des  reinercîmens  proportionnés  à  l'importance  de 
sa  remarque.  Il  se  plaint  beaucoup  plus  longuement  de  ce  qu'on  a 
osé  accorder  quelque  préférence  à  la  traduction  de  l'abbé  Fiocchi 
sur  celles  de  Bozzoli  et  de  M.  Mancini.  M.  le  rédacteur  aurait  mieux 
fait  d'examiner  les  savantes  analyses  peu  favorables  à  son  opinion  , 
qu'on  trouve  dans  la  Bibliothèque  italienne^  le  Journal  encyclopé- 
dique de  Naples ,  etc. ,  plutôt  que  de  faire  une  aussi  longue   dis- 
sertation sur  une  petite  annonce   de   la  Revue ,  qui ,  en  général , 
s'occupe  très-peu  de  traductions.  De  plus,  nous  dirons  franchement 
que,  d'après  les  morceaux  qu'il  a  rapportés  lui-même  pour  compa- 
rer avec  la  traduction  de  Fiocchi  celle  de  Mancini ,  morceaux  que 
sans  doute  il  a  dû  choisir  à  l'avantage  de  ce  dernier,  la  traduction 
de  Fiocchi,  malgré  ses  imperfections,  a,  suivant  nous,  plus  de  fi- 
délité  et  de  précision  que  l'autre.  Au  reste ,  comme  M.  Mancini  a 
suivi  et  non  devancé  l'essai  de  M.  Fiocchi  et  qu'il  n'a  pas  encore 
achevé  son  travail,  nous  espérons  qu'il  profitera  de  l'exemple ^  tou- 
jours utile,  de  son  devancier,  et  plus  encore  des  remarques  qu'on 
a  faites  sur  ce  qu'il  a  publié  jusqu'ici ,    particulièrement  dans    la 
Bibliothèque    italienne,  n<^  XLII ,   pag.  545.   Alors  la  patrie  des 


EUROPE.  6A5 

Ménage ,  des  Régnier,  des  Ginguené ,  et  tous  ceux  qui  savent  appré- 
cier le  vrai  mérite  des  littérateurs  italiens,  donneront  à  M.  Man- 
cini  tous  les  éloges  qu'il  ambitionne  et  qu'il  aura  mérités. 

Gênes. — Publications  prochaines. — Poésies  de  Falamonica, — Une 
lettre  de  M.  le  professeur  Gagliuffi,  au  rédacteur  de  la  Gazette  de 
Gênes .,2t.  dernièrement  annoncé  la  découverte  faite  par  M.  J.  G. 
Dinegro,  et  la  prochaine  publication  des  Rimes  de  Falamonica  , 
poète  ligurien  du  xiv»  siècle,  dont  l'historien  Giustiniani  a  fait  le 
plus  grand  éloge  possible,  en  le  comparant  au  Dante.  Tous  ceux 
qui  cultivent  la  littérature  italienne  attendent,  avec  une  vive  im- 
patience ,  la  publication  de  ce  précieux  manuscrit.  F.  S. 

— TuEiN.— ^r<  dramatique.— UdiyoQa^t  Albert  Nota  ,  qui  est  re- 
gardé comme  le  premier  auteur  comique  actuel  de  l'Italie ,  va  faire 
réimprimer  ses  œuvres.  Déjà,  il  en  avait  été  publié  plusieurs  éditions, 
tant  à  Milan  qu'à  Parme  ;  mais  M.  Nota  les  a  toutes  désavouées  et 
ne  reconnaît  pour  bonne  que  l'édition  de  Turin  de  i8i8,  en  4  vo- 
lumes. Un  cinquième  volume  va  être  imprimé  pour  faire  suite  aux 
quatre  précédens.  "' 

— Naïles.— M.  Nota  paraît  avoir  trouvé  un  rival  dans  M.  Genoino 
de  Naples.  Ce  dernier  a  fait  représenter  plusieurs  pièces  avec  beau- 
coup de  succès.  La  première  de  ces  comédies  est  intitulée  :  Le 
Nozze  dello  Zingaro pittore.  La  vie  de  ce  célèbre  artiste  et  celle  de 
Niccol'- Antonio  del  Fiore ,  tous  deux  peintres  de  l'école  napolitaine, 
du  tems  de  la  reine  Jeanne ,  ont  fourni  au  poète  le  sujet  national 
de  la  pièce.  Le  Journal  encyclopédique  de  Naples,  n»  IX,  1820, 
assure  que  les  situations  sont  d'une  grande  vérité  et  d'un  touchant 
intérêt.  11  a  donné  aussi  au  thé.àtre  une  comédie ,  sous  le  titre  éga- 
lement curieux  et  piquant  pour  les  Napolitains,  de  Gio-Battista  Vico, 
personnage  principal  de  la  pièce,  ainsi  que  deux  autres  ouvrages 
intitulés  :  Le  Nozze  in  testamento  et  la  Lettera  anonima.  Une 
autre  comédie  était  déjà  préparée  sous  le  titre  de  //  vero  Cittadinoe 
ripocrita.  Le  sujet  paraît  avoir  quelque  rapport  avec  les  derniers 
événemens  politiques  du  royaume  de  Naples.S'il  est  vrai  que  l'auteur 
ait  composé  ces  cinq  pièces  dans  l'espace  d'une  année,  on  doit 
craindre  qu'elles  ne  se  ressentent  de  cette  extrême  facilité,  trop 
souvent  voisine  de  la  négligence. 

-^xi.K^.—W Académie  des  beaux-arts  de  cette  ville  a  proposé  les 
sujets  suivans  pour  le  concours  de  iS22.—ï'>Archi(eclure.Vn  édjfîce 


6h6  EUROPE. 

niaguifiquc,  destine  à  rétablissement  de  la  douane,  dans  une  ville 
capitale  qui  ne  soit  pas  maritime.  Prix  :  une  médaille  d'or  de  la 
valeur  de  60  sequins  ; — 2°  Peinture.  Le  départ  d'Ovide  pour  son 
exil,  décrit  dans  la  troisième  élégie  du  i«'  livre  des  Tristes.  Prix  :  une 
médaille  d'or. de  120  sequins;— 5°  Sculpture.  La  famille  de  Niobé, 
pappée  de  flèches  par  Apollon  et  Diane;  une  médaille  d'or  de  4o  seq.; 
— 4°  Gravure.  Un  sujet  emprunté  à  un  auteur  estimé ,  qui  n'ait  pas 
encore  été  gravé  avec  succîs;  une  médaille  de  3o  sequins;— 5° Z)e5sm 
deJigure.Les  obsèques  de  Patrocle,  décrites  parBLonière;  une  médaille 
de  So  sequins  ;  — 6"  Dessin  d'ornement.  Une  lampe  très-riche,  de  mé- 
tal, pour  être  posée  sur  une  table  ;  une  médaille  de  20  seq.  .     F.   S. 

TuHiR.  —  Nécrologie.  —  Pechcux.  Un  assez  grand  nombre  de  pro- 
fesseurs .et  d'amis  des  beaux-arts  se  sont  réunis  dans  la  maison  de 
M.  Spalla,  professeur  de  sculpture,  pour  entendre  l'éloge  du  cheva- 
lier Pëcheux,  premier  peintre  du  roi,  lu  par  M.  Monticoni,  profes- 
seur de  dessin.  L'on  a  arrêté  que  les  honneurs  funèbres  lui  seraient 
rendus  aux  frais  de  la  société  ,  et  qu'on  élèverait  un  buste  de  marbre 
à  la  mémoire  de  cet  illustre  artiste  ,  qui,  parmi  ses  titres  de  gloire  , 
comptait  l'honneur  d'avoir  eu  pour  élèves  MM.  Gérard,  premier 
peintre  du  roi  de  France,  et  Berger,  premier  peintre  du  roi  des 
Deux-  Siciles. 

TURQUIE. 

CoKSTAKTiKOPLE.  —  Littérature  turque.  — H  y  a  des  imprifiicries  à 
Péra,  à  Scutari  et  à  Dar-el-Kamar,  au  mont  Liban.  La  première  se 
trouve  dans  le  palais  de  l'ambassadeur  de  France  à  Constantinople  ; 
la  seconde  est  sous  la  protection  immédiate  du  gouvernement  turc  ; 
la  troisième  est  destinée  à  l'impression  d'ouvrages  chrétiens. 

Voici. la  liste  des  principaux  ouvrages  imprimés  à  Péra  et  à  Scu- 
tari, depuis  l'année  i~&2  :  Les  Annales  de  l'empire  ottoman ,  de- 
puis 1 700  Jusqu'à  1745;  Sa/ni,  Shakir  et  S^ubU'i;  in-fol.  ,  1783; 
les  mêmes,  depuis  1744  jusqu'à  1762  ;  par  Izzi ,  in-fol. ,  1784  ;  idem  , 
depuis  1752  jusqu'à  1775;  par  Tas'if ,  in-fol.  ,  iSo4;  Traité  de  la 
Castramélaiion ;  trad.  du  franc. ,  de  Lafite ,  «784;  Traitédes  Mines, 
trad.  /lu  français  ,  de  Vauhan  ,  1787  ;  idem  ,  d'un  auteur  anonyme, 
trad.  d'une  langue  européenne  ;  Essai  sur  l'art  militaire,  trad.  du 
frauç. ,  de  La  file  ;  in-fol. ,  17S7  ;  Traités  des  mùnœuures  pratiques  , 
par  M.  Tr/^gz/f/;  Constantinople,  de  l'i-mprimcilc  de  l'ambassadeur 


EUllOrJi.  6A7 

de  France,  avec  le  texte  turc;  in-S' ,  1787  ;  Traité  sur  les  construc- 
tions et  les  manœuvres  des  vaisseaux  de  guerre  ;  ibid. ,  in-4°  «  1788  ; 
Lehjet-el-lvghât,  Dictionnaire  turc ,  persan  et  arabe,  par  Mohammed 
EsddEfendi',  in-fol.,  1795;  Traité  sur  les  fontaines  et  les  sources 
d'eau  uife près  de  Constantinople  ,  par  Dervish  Ilafid;  in-12,  1797; 
S'ubkahi  S'ihjran ,  Vocabulaire  arabe  et  turc  ;  m-8°  ,  1798  ;  Tableau 
des  nouveaux  rè:(lemens  de  l'empire  ottoman,  composés  par  Mah- 
moud Efendi ,  ci-devant  secrétaire  de  l'ambassade  impériale  près  la 
cour  d'Angleterre ,  imprimé  dans  la  nouvelle  imprimerie  du  génie , 
sous  la  direction  à.' Abdor-rahman  Efendi,  professeur  de  géométrie 
et  d'algèbre;  Constantinople,  in  fol.,  1798;  Traduction  turque  du 
Borkan  Kat'ô ,  par  Ah'med  Aas'im  ;  in-fol. ,  1 799  ;  Commentaire  sur 
le  Toh'feh  de  Vehhi,  in-4'' ,  1800  ;  Traité  sur  les  mines,  par  Hosein 
Jiifky  Terjiani;  in-S",  iSoo;  Traité  de  géométrie,  in-^»,  1802  ;  Tables 
de  logarithmes ,  in-S»,  de  l'imprimerie  de  l'ambassadeur  de  France; 
Table  des  distances  pour  les  armes  à  feu,  in-S».  Traduction  de  la 
géométrie  de  Bonneycaslle,  par  Hosein;  in-4"';  idem,  avec  un  Traité 
de  géométrie  pratique,  in-4 °  ;  Traité  de  géométrie,  par  Imtih'anul 
Mohendisin  ,  Hosein  lîijki  ;in4°,  1S02;  Tarif  russe , -p^r  Antoine 
Fonlon;  in-4'',  1802;  Izharu'l  Esrar.  —  Traité  grammatical, 
par  Beregli.  Le  Izhar,  par  Zeïni-zadeh;  diatribe  de  l'ingénieur 
Mustafa  sur  l'état  actuel  du  génie  militaire  et  des  sciences  à  Cons- 
tantinople ,    imprimée    dans  la  nouvelle    typographie   de  Scutari , 
fondée  par  le 'sultan  Sélini  III;   in-fol.,   i8o3.  Traité  sur  la  re- 
ligion mahométane  ,  par  Bcrgeli;  in-4'',    i8o3.  Un  Atlas  (copié 
d'après  Faven) ,  avec  une  explication  des  cartes  ;  in-fol. ,  i8o4.  Sàu- 
ru't  es'-s'alat,  livre  de  prières;  in-12,  i8o4.  —  Ferayidu'Efajid, 
Traité  de   religion,  par  Ah'med  Emin;  in-4° ,    i8o5  ;  idem,   par 
Zeini-Zadeh  ;  in^» ,  i8o5.  El  Borhan  ;  logique,  par  Ismail  Efendi, 
1806.  Is'lah'  u'I  G hala'tat\  — dictionnaire  des  corruptions  de  la 
langue  arabe  et  autres  langues  parlées  en  Turquie  ,  par  Dervish  Ha- 
fid;  in-4»,  ï8o6.  iS'ct/:  — Collection  des  traités  élémentaires  de  gram- 
maire, i8i8.  Traité  sur  les  règles  du  pèlerinage  ,  1818.—  SherKul 
âkayjdi'lazadyeyh.  —  Sur  la  grammaire  et  la  méthaphysique ,  par 
Jelalu'ddin  eldiifani,  1817,  Trois  Traités  de  grammaire  arabe  > 
1819. 


«/*8  EUROPE. 

ESPAGNE. 

Législation. —Liberté  de  la  presse.  —La  loi  rendue  par  les  Cortès  con  - 
cernant  la  liberté  de  la  presse  estpeu  connue  en  France,et  nous  croyons 
que  nos  lecteurs  en  trouveront  ici  avec  plaisir  les  principales  dispo- 
sitions, soif  pour  se  former  une  idée  des  principes  professés  par  les 
législateurs  d'Espagne ,  soit  pour  y  chercher  de  nouvelles  lumières 
sur  un  droit  dont  l'exercice  est  du  plus  haut  intérêt  dans  les  gouver- 
nemens  représentatifs ,  et  qui  doit  avoir  une  si  grande  influence  sur 
la  civilisation  du  x\x^  siècle. 

La  loi  contient  83  articles,  et  cela  seul  nous  semble  un  motif  pour 
douter  de  sa  perfection.  L'Angleterre  n'a  aucune  loi  répressive 
contre  la  liberté  de  la  presse ,  et  néanmoins  les  délits  commis  par 
la  voie  de  l'impression  n'échappent  pas  plus  que  les  autres  auxchâ- 
timens  qu'ils  méritent. 

La  liberté  de  la  presse  est  un  des  principes  fondamentaux  de  la 
constitution  espagnole.  L'article  33 1  porte  :  «  Tous  les  Espagnols  ont 
la  liberté  d'écrire ,  d'imprimer  et  de  publier  leurs  idées  politiques , 
sans  être  soumis  à  aucune  censure  ou  approbation  préalables ,  sauf 
les  restrictions  et  la  responsabilité  que  les  lois  établiront.  « 

L'article  i"  de  la  loi  du  12  novembre  1820  contient  une  noovelle 
sanction  de  ce  principe  ;  mais  l'article  second  porte  que  les  écrits 
relatifs  à  l'interprétation  des  saintes  écritures ,  ou  aux  dogmes  de  la 
religion  catholique,  ne  pourront  être  imprimés  qu'avec  l'autorisa- 
tion de  l'évèque.  Celui-ci  ne  pourra  la  refuser  qu'en  produisant  l'avis 
d'un  censeur  choisi  par  lui-même  ;  et  si,  après  avoir  répondu  aux 
observations  du  censeur ,  l'auteur  n'obtient  pas  le  permis  d' impri- 
ma ,  il  pourra  porter  plainte  au  comité  de  protection  de  la  liberté  de 
la  presse;  institution  dont  on  parlera  plus  bas. 

Les  délits  prévus  par  la  loi  sont  divisés  en  cinq  classes;  et  les 
écrits  répréhensibles  sont  désignés  par  les  mots  de  subversifs,  sédi- 
tieux ,  instigateurs,  immoraux  et  diffamatoires  :  1°  ;  dans  \si pre- 
mière classe,  sont  rangés  les  écrits  qui  tendent,  directement  ou 
indirectement ,  au  renversement  de  la  religion  catholique  ou  de  la 
Constitution  du  royaume  ;  2°  la  seconde  comprend  tout  ouvrage  qui 
contiendrait  des  maximes  ou  des  doctrines  dont  le  but  serait  d'exci- 
icr  à  la  révolte,  et  de  fomenter  des  troubles;  ô»  à  la  troisième  ap- 


EUROPE.  6A9 

particnncnt  les  écrits  qui  prêcheraient  directement  la  désobéissance 
aux  lois  et  à  l'autorité  publique ,  ou  qui  tendraient  indirectement  au 
même  objet ,  par  des  satires  et  des  invectives  ;  4"  I»  quatrième 
classe  comprend  les  ouvrages  obscènes;  5»  la  cinquième ^  enfin  , 
tout  écrit  injurieux  ou  diffamatoire  dirigé  contre  des  particuliers. 

La  loi  établit,  pour  les  écrits  subuersifs,  les  écrits  séditieux  et  les 
libelles  diffamatoires ,  trois  degrés  de  culpabilité  ,  dont  l'apprécia- 
tion est  remise  aux  jurés.  Il  n'y  a  que  deux  degrés  de  criminalité 
pour  les  écrits  instigateurs;  savoir  :  l'instigation  directe  à  la  déso- 
béissance ,  l'instigation  indirecte ,  caractérisée  par  les  satires  et  les 
invectives.  Le  délit  de  la  quatrième  espèce  ,  l'outrage  aux  mœurs, 
n'est  pas  divisé  en  classes. 

L'auteur  d'un  écrit  qualifié  Aa  subversif  on  àc  séditieux ,  aupre- 
micr  degré,  subira  six  ans  de  détention  (non  dans  la  prison  publique, 
mais  dans  une  maison  d'arrêt  particulière,  qui  sera  désignée  à  cet 
effet);  la  privation  de  ses  emplois  et  honneurs,  et  le  séquestre  de 
son  temporel,  s'il  est  ecclésiastique.  Au  second  degré,  la  prison 
est  réduite  à  quatre  ans;  et  à  deux  ans  pour  le  troisième. 

L'auteur  d'un  écrit  instigateur,  au  premier  degré  ,  sera  puni  d'un 
an  de  prison  ;  au  second  degré ,  il  paiera  une  amende  de  5o  ducats 
(  1 7>y  fr.  5o  c.  ) ,  ou  subira  un  mois  de  prison. 

L'auteur  d'un  écrit  obscène,  ou  contraire  aux  bonnes  moeurs,  sera 
condamné  à  une  amende  de  la  valeur  de  i,5oo  exemplaires  de  l'écrit 
inculpé  ,  ou  à  la  prison  pendant  quatre  mois. 

Le  délit  d'injures  ,  au  premier  degré ,  sera  puni  de  trois  mois  de 
prison  et  ùyS  fr.  d'amende  ;  au  second  degré ,  deux  mois  de  prison 
et  25ofr.  d'amende;  au  troisième  degré,  un  mois  de  prison  et  i25  f. 
d'amende. 

La  récidive  emportera  ,  dans  tous  les  cas  ,  une  peine  double. 

Les  exemplaires  non  vendus  de  l'écrit  condamné ,  seront  confis- 
qués parl'autorité. 

L'imprimeur  est  responsable  des  écrits  qui  sortent  de  ses  presses, 
s'il  ne  représente  pas  un  manuscrit  signé  de  l'auteur,  ou  s'il  ne  donne 
pas  des  renseignemens  positifs  sur  le  domicile  de  l'auteur  ou  de 
l'éditeur. 

Tout  écrit  doit  porter  les  prénoms  et  nom  de  l'imprimeur,  le 
lieu  et  la  date  de  l'impression ,  sous  peine  de  iJj  fr.  5o  c,  d'amende, 
lois  mCmc  que  l'ccnt  serait  dOclarc  non  coripablc. 


650  EUROPE, 

Celui  qui  vendra  un  écrit  dont  la  saisie  est  ordonnée  ,  paiera  une 
amende  équivalant  au  prix.de  mille  exemplaires. 

Tout  individu  peut  dénoncer  les  écrits  subuersij's  et  les  écrits  sé- 
ditieux ;  le  ministère  public  provoque  les  poursuites  contre  les  écrits 
instigateurs  et  les  écrits  immoraux;  quant  aux  écrits  injurieux,  c'est 
à  la  personne  offensée  à  demander  justice.  La  dénonciation  sera  faite 
devant  l'alcade  constilutionnel  à\i  chef-lieu  de  la  province. 

Deux  membres  de  la  municipalité  et  le  secrétaire,  réunis  à  l'al- 
cade ,  tireront  au  sort  neuf  noms  parmi  ceux  qui  composent  la  liste 
des  jurés  de  l'année.  Ces  neuf  jurés,  appelés  en  vertu  d'une  ordon- 
nance de  l'alcade,  prêteront-  serment  d'être  juges  impartiaux  du 
fait.  Ils  resteront  seuls,  liront  l'écrit  dénoncé,  et  déclareront  s'il  y 
a  ou  non  matière  à  accusation.  Il  faut  au  moins  les  deux  tiers  des 
voix  pour  décider  l'affirmative.  Dans  ce  cas,  l'alcade  envoie  au  tri7 
bunal  de  première  instance  la  dénonciation  ,  l'écrit  et  la  déclaration 
des  jurés.  Le  juge  ordonne  alors  la  saisie  des  exemplaires.        ; 

Si  l'écrit  a  été  dénoncé  cornme  subversif,  séditieux,  ou  instiga- 
teur au  premier  degré,  l'accusé  sera  mis  en  prison;  dans  les  autres 
cas,  il  pourra  rester  libre  ,  en  fournissant  une  caution  suffisante. 

Douze  jurés,  autres  que  les  neuf  dont  on  vient  de  faire  mention  , 
mais  qui  seront  également  désignés  par  le  sort,  formeront  le  jury  de 
jugement;  leurs  noms  seront  envoyés  par  l'alcade  constitutionnel  au 
tribunal,  et  le  juge  les  coramuniqueraj  à  son  tour,  au  prévenu.  Celui- 
ci  pourra,  dans  le  délai  de  vingt-quatre  heures,  exercer ,  contre  sept 
d'entre  eux  ,  une  récusation  péremptoire  ,  sans  en  donner  les  mo- 
tifs; alors  l'alcade  tire  au  sort  sept  autres  jurés,  qui  peuvent  encore 
être  récusés  comme  les  premiers;  mais,  dans  ce  cas,  les  sept  nou- 
veaux jurés  désignés  à  leur  place  ne  sont  plus  récusables. 

Les  débats  sont  publics  ;  l'accusateur  et  l'accusé  ont  toute  la  lati- 
tude possible  pour  présenter  leurs  moyens,  verbalement  et  par  écrit. 
Le  président  du  tribunal  fait  son  résumé,  et  les  jurés  se  retirent 
pour  conférer  entre  eux.  Leur  avis  formé,  ils  rentrent  dans  la  salle 
d'audience;  leur  déclaration  est  lue  publiquement,  et  le  tribunal 
prononce  ensuite  le  jugement  définitif.  Il  faut  au  moins  les  deux 
tiers  des  voix ,  pour  que  l'accusé  soit  déclaré  coupable.  Les  jurés 
doivent  déterminer  le  degré  de  culpabilité  ;  s'ils  ne  le  font  pas  ,  leur 
silence  est  expliqué  en, faveur  de  l'accusé  ,  et  le  délit  est  considéi  é 
comme  cl5nt  du  moindre  degré. 


EUROPE.  651 

Lorsqu'il  n'y  a  point  de  condamnation ,  l'écrit  est  rendu  à  Tac- 
cuàé  ,  qui  est  sur- le -champ  mis  en  liberlù  et  déchargé  de  toute 
caution. 

Dans  le  cas  où  les  juges  de  première  instance  penseraient  que  la 
déclaration  de  culpabilité  rendue  par  le  jury  est  erronée ,  ils  sont 
autorisés  à  suspendre  le  prononcé  du  jugement  déGnitif ,  et  à  de- 
mander à  l'alcade  constitutionnel  douze  nouveaux  jurés,  autres  que 
ceux  qui  sont  déjà  intervenus  dans  l'affaire  ;  si  la  sentence  de  ces 
derniers  est  en  faveur  de  l'accusé  ,  il  est  absous. 

Lorsque  l'écrit  est  déclaré  coupable,  l'accusé  paie  tous  les  frais 
du  procès  ;  et ,  dans  ce  cas  ,  l'accusateur  reçoit  la  somme  qui  lui  re- 
vient pour  son  travail. 

Celui  qui  réimprimerait  un  ouvrage  déclaré  coupable  ,  serait  puni 
de  la  peine  portée  par  le  premier  jugement. 

11  n'y  a  aucun  privilège  d'exemption  de  juridiction  pour  les  délits 
de  la  presse. 

Dans  le  cas  où  le  tribunal  aurait  mal  appliqué  la  loi,  on  peut  ap- 
peler devant  la  cour  du  district;  il  en  serait  de  même  si  les  forma- 
lités prescrites  par  la  loi  n'avaient  pas  été  observées  ;  mais ,  dans  ce 
dernier  cas ,  la  cour  ne  doit  s'occuper  que  de  ce  manque  de  for- 
malités, sans  prendre  aucune  connaissance  du  fond  de  l'accusation. 
La  liste  des  juréssera  formée,  chaque  année  ,  par  la  municipahté 
du  chef-lieu  de  chaque  province  ;  leur  nombre  sera  triple  de  celui  des 
membres  de  la  municipalité.  On  ne  peut  y  comprendre  les  citoyens 
qui  exercent  quelque  juridiction,  soit  civile,  soit  ecclésiastique  : 
tels  que  le  chef  politique,  l'intendant,  le  commandant  militaire 
de  la  province  ,  les  ministres,  les  employés  des  ministères,  les  con- 
seillers d'état  et  les  personnes  attachées  au  service  de  la  famille 
royale.  Les  autres  citoyens  qui  seront  désignés  ne  pourront  s'exemp- 
ter de  cette  fonction  que  dans  le  cas  d'un  empêchement  physique 
ou  moral.  Ceux  qui  ne  se  rendraient  pas  à  l'appel  de  l'alcade  seront 
punis  d'une  amende  de  5o  fr.  pour  les  deux  premières  fois ,  et  de 
loo  fr.  pour  la  troisième. 

On  a  créé,  par  la  même  loi,  quatre  comités  de  proteclion  de  la 
liberlé  de  la  presse  ,  composés  de  sept  membres  ,  que  les  Cortès 
éliront  au  commencement  de  chaque  législature  ,  et  qui  seront  réé- 
ligibles.  Ces  comités  résideront  ;  savoir  ;  le  premier  à  Madrid,  pour 
la  péninsule  et  les  îles  adjacentes;   le   second,  au  3Iexique ,   pour 


652  EUROPE. 

toutc-s  les  provinces  de  l'Amérique  Seplentiionalc  ;  le  troisième,  à 
Lima,  pour  celles  de  l'Amérique  Méridionale;  et  le  quatrième,  à 
Manille,  pour  les  îles  Piiilippines.  Les  fonctions  de  ces  comités 
sont  :  i"  de  souincllrc  aux  Cortès,  en  y  joignant  leur  avis,  tous  les 
doutes  que  les  autorités  des  provinces  auront  présentés  sur  l'exécu- 
tion de  la  loi ,  et  les  cas  extraordinaires  qui  arriveront  ;  a°  de  com- 
muniquer aux  Cortès  toutes  les  réclamations  qui  leur  seront  adres- 
sées par  les  auteurs  et  les  éditeurs  ;  5»  de  faire  part  à  cette  assemblée 
de  leurs  propres  observations  et  des  moyens  que  l'expérience  leur 
aura  suggérés  pour  triompher  des  obstacles  qui  pourraient  encore 
s'opposer  à  la  jouissance  de  la  liberté  de  la  presse  ;  4°  d'examiner 
les  listes  de  tous  les  procès  relatifs  à  la  liberté  de  la  presse ,  dont  les 
autorités  de  province  sont  tenues  de  faire  l'envoi;  5»  de  publier, 
dans  la  Gazette  officiciJe,  leJ'jugemens  qui  seront  rendu»  dans  cette 
matière. 

Cette  loi  pourrait  être  l'objet  d'un  assez  grand  nombre  d'observa- 
tions critiques.  Je  me  borne  à  une  seule  :  c'est  qu'il  me  paraît  im- 
possible que,  dans  l'état  où  se  trouve  aujourd'hui  l'instruction  pu- 
blique en  Espagne  ,  on  trouve,  dans  chaque  chef-lieu  de  province, 
un  nombre  suffisant  de  personnes  instruites  pour  remplir  le  vœu  de 
la  loi.  En  effet,  l'exécution  de  toutes  ses  dispositions  peut  exiger 
jusqu'à  quarante-sept  jurés ,  pour  une  seule  affaire  ;  et  les  hommes  en 
place,  qui  ont  précisément  en  leur  faveur  la  présomption  de  l'ins- 
truction nécessaire  pour  bien  remplir  de  telles  fonctions  ,  ne  sont  pas 
susceptibles  d'être  désignés.  Qui  donc  remplira  les  fonctions  de 
jurés  dans  des  affaires  aussi  délicates?  trois  ou  quatre  avocats,  et 
tous  les  autres  seront  des  prêtres  et  des  moines.  Et  quels  prêtres  ! 
quels  moines!  11  est  malheureusement  trop  petit,  le  nombre  de 
ceux  qui  ne  confondent  pas  la  religion  avec  les  prétentions  du  clergé, 
et  les  saintes  doctrines  de  l'église  avec  les  abus  qu'on  y  a  mêlés. 
Ainsi ,  par  exemple,  un  savant  écrivain  emploiera  une  ou  plusieurs 
années  à  composer  un  traité  concernant  la  discipline,  et  il  sera  jugé , 
sur  une  seule  et  très-rapide  lecture,  par  des  hommes  qui  ignorent 
peut-être  jusqu'aux  premiers  élémens  du  sujet  sur  lequel  ils  doi- 
vent prononcer  I 

Je  crois  que  ,  provisoirement,  le  comité  de  la  protection  de  la  li- 
berté de  la  presse  devrait  être  juge  en  dernier  ressort,  parce  que,  sié- 
geant à  Madrid ,  il  pourrait  toujours  être  composé  de  sept  hommes 
choisis  parmi  les  plus  instruits».  J.  A.  Lloeenie. 


EUROPE.  653 

Madbid. — Beaux  arls .^ \u  mois  de  mai  de  celle  année,  on  a  ex- 
posé les  pièces  du  concours  ouvert  l'anntie  dernière  par  l'y/cadémie 
des  beaux-arts  ou  de  San  Fernando ,  pour  le  plan  d'un  monument 
national,  ayant  pour  but  d'éterniser  la  journée  du  9  juillet  1820,  où  le 
roi  prêta  serment  à  la  constitution.  (  Iqy.  T.  IX,  p.  194.). 

— La  municipalité  de  Madrid  a  publié  le  programme  pour  un  autre 
concours;  il  s'agit  d'un  monument  en  l'honneur  des  victimes  de  la 
journée  du  2  mai  i8o8.  Le  prix  sera  une  médaille  d'or  du  poids  de 
six  onces,  D. — c. 

PAYS-BAS. 

Amstehdam.  —  Canal.  — On  continue  de  travailler  avec  beaucoup 
d'activité  au  grand  canal  de  la  Hollande  septentrionale  ;  il  a  douze 
milles  de  longueur  et  vingt-cinq  pieds  de  profondeur ,  et  doit  être 
navigable  pour  les  vaisseaux  de  la  compagnie  des  Indes,  depuis  le 
Ilelder  et  le  grand  port  de  Ilet  Nievve  Diep  jusque  dans  le  Het  Y 
devant  Amsterdam.  Ce  travail  fait  le  plus  grand  honneur  à  l'inspec- 
teur général  Blanken  ;  c'est  en  effet  une  grande  entreprise  que  de 
pratiquer  un  canal  d'une  aussi  grande  étendue  dans  un  terrain  ma- 
récageux ,  formé  en  quelque  sorte  de  tourbes  flottantes  sous  une 
couche  de  terre  glaise  d'un  pied  de  profondeur,  et  d'y  faire  construire 
des  écluses  massives  dont  chacune  doit  coûter  plus  de  3oo,ooo  florins. 
Un  grand  nombre  de  bûtimens  doivent  être  employés  tous  les  jours 
à  enlever  la  tourbe  ,  ainsi  que  la  terre  marécageuse,  que  l'on  ne  peut 
jeter  sur  les  bords  du  canal  ,  parce  que  cette  masse  molle  serait 
bientôt  enfoncée  par  son  propre  poids.  Les  travaux  coûteront  plu- 
sieurs millions  ;  le  commerce  d'Amsterdam  ,  pour  lequel  ce  canal 
est  de  la  plus  grande  importance,  y  contribue  pour  un  million  de 
florins  de  Hollande  ;  on  en  a  déjà  fait  une  partie  ,  ainsi  que  la  pre- 
mière grande  écluse  ,  à  l'entrée  du  canal ,  vis-à-vis  Amsterdam. 

MiDDBLBOuRG. — L' Académie  Zélandaisedes  sciences  {Voj.'Ï.Vlll, 
p.  i35)  a  tenu,  le  25  avril  1821 ,  son  assemblée  générale  au  musée 
de  cette  ville.  Elle  s'est  d'abord  occupée  des  mémoires  envoyés  en 
réponse  aux  questions  proposées  en  1818  :  \°  sur  les  corps  de  métiers  ; 
2°  sur  l'autorité  des  lois  de  3Ioïse  dans  une  société  de  chrétiens. 
L'académie  a  reçu  quatre  mémoires  relatifs  à  la  première  question  ; 
elle  a  adjugé  le  prix  à  celui  qui  porte  pour  épigraphe  :  Vis  unita 
fortior^  dont  l'auteur  est  M.  II,  N.  Tydem  am  ,  professeur  de  droit  dans 


65A  EUR0P1-. 

VunivcrsUè  de  IjCjcle,  membre  de  la  seconde  clu^se  de  l'Inslitul  rojal 
dos  Pays-Bas  et  de  V Académie  Zélandaiie  des  sciences.  Sur  la  se- 
conde question,  l'académie  a  reçu  deux  mémoires  portant  pour  épi- 
graphe, l'un  :  Gj'  zit  nietonderde  Jf^et  enz  ;  l'autre  :  Zoo  wic  dezelue 
zal  gedaan  en  geleerd,  ebben  euz.  Ces  deux  pièces  n'ayant  pas  été 
jugées  dignes  du  prix ,  la  question  a  été'  remise  au  concours  dans  les 
termes  suivans  :  Quelle  autorité  confient- il  d'attribuer  aux  lois  di- 
vines données  par  Moïse  au  psiip'e  d'Israël,  pour  la  décision  de  ce 
qui  est  moralement  bon  ou  mauvais ,  juste  ou  injuste  dans  une  so- 
ciété de  chrétiens?  Les  mémoires  doivent  être  parvenus  le  1"='  avril  1822. 

L'académie  n'ayant  point  reçu  de  réponse  aux  questions:  1°  sur  les 
jyaratonnerres;  2''sur  la  situation  géographique  de  la  Zêlande;  3"  sur 
la  situation  géographique  de  la  Flandre ,  la  première  a  été  retirée , 
et  lesdeuxautres  sont  remises  au  concours  pour  le  premier  avril  1S25. 
On  trouve  ces  questions  détaillées  dans  le  programme  de  1818.  Elle  n'a 
pas  non  plus  reçu  de  réponse  aux  questions  concernant  :  1.»  V his- 
toire de  la  ville  de  Flessingue  ;  2"  les  différentes  espèces  de  mollusques 
connues  dans  nos  contrées.  Celte  dernière  question  a  été  retirée;  la 
première  reste  au  concours  jusqu'au  1='  avril  1825.  Le  programme  de 
1818  en  lait  connaître  les  conditions. 

L'académie  espère  recevoir  les  mémoires  demandés  dans  son 
programme  de  1819  ,  et  qui  sont  :  1°  un  manuel  à  l'usage  de  tous 
ceux  à  qui  l'inspection  et  la  surveillance  des  ouvrages  hydrau- 
liques sont  confiées  dans  les  diverses  administrations  des  digues 
(avant  le  1"  avril  1S22)  ;  2°  une  notice  sur  toutes  les  académies ,  so- 
ciétés ou  établissemens  scientifiques ,  consacrés  aux  progrès  des  lu- 
mières et  de  la  civilisation ,  qui  ont  existé  autrefois  et  existent  encore 
dans  le  royaume  des  Pays-Bas  (avant  le  1*'  avril  i823)  ;  3»  Vnecon- 
imuation  de  L'ouvrage  de  De  la  JXvb^  intitulé  Geletterd  Zeeland 
(avant  le  1^'  aril  1824). 

Enfin ,  l'académie  a  mis  au  concours  une  autre  question  dont  voici 
l'objet  :  La  province  de  Liège  possède  une  riche  mine  de  calamine,  et, 
dans  la  fonderie  de  Liére ,  on  se  sert  du  zinc  pour  fabriquer  des  vases 
destinés  à  différens  usfiges,  ainsi  que  des  ustensiles  de  cuisine  soit 
pour  apprêter  des  viandes,  soit  pour  conserver  des  liquides.  On  y 
confectionne  aussi  des  feuilles  de  zinc  pour  doubler  les  vaisseaux , 
garnir  les  toits ,  fabriquer  des  conduits,  des  gouttières,  des  tuyaux 
do  pompe,  etc.  Cependant,  unç  commission  faisant  partie  de  la  classe, 


EUROPE.  655 

des  sciences  physiques  et  mathématiques  de  l'Institut  de  France,  a 
montré,  dans  un  rapport  fait  le  i5  mars  i8i3,  que  l'usage  d'usttn- 
siles  de  zinc  pour  apprêter  des  viandes  pouvait  n'être  pas  sans  danger 
pour  la  santé;  de  son  cùté,  le  ci-devant  propriétaire  de  la  mine  et 
fonderie  s'est  elTorcé  de  réfuter,  dans  un  mémoire  étendu,  l'opinion 
de  cette  commission,  et  il  a  donné,  à  l'appui  de  ses  raisonnemens,  di- 
verses expériences  faites  à  cette  occasion.  En  conséquence  ,  l'aca- 
démie demande  :  i°  si  l'on  peut,  en  toute  circonstance,  sans  le 
moindre  danger,  faire  usage  des  ustensiles  de  zinc  pour  apprêter  des 
viandes  ;  2°  sous  quels  rapports  le  zinc  ,  bien  employé,  et  toutes  choses 
égales,  mérite-t-il  laprèfèrenco  sur  d autres  métaux  dont  on  se  sert 
actuellement  pour  doubler  les  vaisseaux ,  garnir  les  toits,  et  pour 
tous  les  usages  mentionnés  ci-dessus?  Pour  ce  qui  regarde  la  pre- 
mière partie  de  la  question  ,  l'académie  demande  une  discussion 
exacte  et  impartiale  du  contenu  du  mémoire  sus-mentionné  et  des 
faits  qui  y  sont  rapportés,  et  elle  désire  que  l'opinion  qui  sera  émise 
par  l'auteur  soit  appuyée  d'expériences  faites  par  lui-môme.  Quant  à 
la  seconde  partie ,  il  faudra  avoir  égard  aux  données  que  l'expérience 
a  fournies  jusqu'ici ,  et  surtout  à  la  solidité  et  au  prix  des  différens 
métaux,  pour  en  déduire  des  résultats  comparatifs.  Le  prix  est  une 
médaille  d'or  de  trente  ducats,  ou  sa  valeur  en  argent.  Les  mémoires 
seront  reçus  jusqu'au  1"  avril  iSaJ.  Les  réponses  écrites  en  VjoZ/rt'z- 
dais,  en  latin  ou  enfonçais  doivent  être  envoyées  à  M.  J.  de  K  akter, 
secrétaire  de  l'académie  à  Middeliourg. 

FRANCE. 

Gironde.— Bordeaux.— 7>/Msée  d'histoire  naturelle.— U.  le  baron 
Milius,  commandant  pour  le  Roi  à  Bourbon,  ayant  obtenu  son 
rappel ,  vient ,  en  rentrant  dans  sa  patrie  ,  d'ajouter  de  nouvelles 
richesses  à  celles  que  possédait  déjà  le  musée  de  Bordeaux.  Une 
suite  intéressante  des  produits  volcaniques  de  Bourbon  ;  des  madré- 
pores et  des  lithophytes  de  la  mer  Rouge  ;  différens  poissons  de 
l'Océan  indien ,  des  oiseaux  ,  des  coquillages ,  des  vers  à  soie  d'une 
espèce  qui  ne  nous  était  pas  connue;  quelques  quadrupèdes;  un 
échantillon  de  tous  les  bois  qui  croissent  à  Bourbon;  beaucoup 
d'autres  objets  d'histoire  naturelle ,  dont  le  détail  nous  entraîaerait 
trop  loin  :  tels  sont  les  nouveaux  trésors  que  Je  musée  de  Bordeaux 


656  EUROPE. 

doit  à  M.  Milius ,  qui  apporte  en  outre  un  grand  nombre  de  plantes 
curieuses,  utiles  ou  rares. 

A  ces  productions  de  la  nature  dans  les  trois  règnes,  M.  Milius  a 
joint,  avec  la  même  générosité ,  divers  produits  de  l'industrie  in- 
dienne. Un  modèle  des  pirogues  d'Otaïti  ;  un  modèle  des  bateaux 
d'Anjuan ,  avec  leurs  câbles  d'herbe  et  d'écorce  ;  divers  instrumens 
de  musique,  usités  chez  les  peuples  de  Madagascar;  un  métier  de 
tisserand  du  même  pays ,  métier  si  simple ,  nous  avons  failli  dire , 
si  grossier,  qu'il  appartient  à  l'enfance  de  l'art,  tandis  que  la  toile 
qui  en  provient  est  si  fine ,  qu'on  la  croirait  fabriquée  par  le  plus 
habile  ouvrier.  Ces  jolis  tissus  sont  en  feuilles  de  raphia. 

— Pont  de  Louis  XVIIl- — Le  aS  août ,  la  dernière  arche  de  ce 
beau  nionument  a  été  fermée  ,  avec  la  plus  grande  solennité,  par  le 
préfet  du  département ,  en  présence  des  autorités  civiles  et  mili- 
taires de  Bordeaux.  II  a  fallu  tout  le  talent  et  toute  l'activité  de 
MM.  Deschamps,  directeur  des  travaux,  etBillaudel,  ingénieur, 
pour  amener  à  cette  époque  les  constructions  au  degré  d'achève- 
ment nécessaire.  Nous  avons  donné  (T.  X,  pag.  454)?  des  détails 
suffisans  sur  ce  nouveau  titre  de  gloire  des  ingénieurs  français. 

Deux  médailles  ont  été  frappées  à  cette  occasion  et  mises  par  le 
préfet  dans  une  boîte  de  plomb.  L'une  offre  l'image  du  Roi ,  et ,  au 
revers,  la  vue  d'une  partie  du  pont,  sur  lequel  s'élève  une  figure 
.  colossale  de  Neptune;  au-dessous  est  la  nymphe  de  la  Garonne. 
L'inscription  porte  :  Garumna  primiim  ad  Burdigalam  suhacta. 
La  deuxième  médaille  offre  aussi,  d'un  côté  ,  la  figure  du  Roi ,  et , 
de  l'autre  ,  l'inscription  d'usage. 

Lahdes. — Saint-Seveh. — Nouueau  pont. — L'inauguration  du  pont 
de  cette  ville  ,  appelé  pont  de  Louis  XVIII ,  a  eu  lieu  le  25  août  ; 
immédiatement  après,  le  passage  a  été  ouvert  au  public. 

MAmE-ET-LoiKE.  —  Angers. — Enseignement  mutuel. — Le  ministre 
de  l'intérieur  vient  d'accorder  à  la  société ,  formée  dans  cette  ville 
pour  l'encouragement  de  l'enseignement  mutuel,  une  somme 
de  8,ooo  fr.  pour  acheter  le  bâtiment  dans  lequel  l'école  est  établie, 

— Moselle. — Suivant  le  journal  de  ce  département,  trois  cent 
soixante-quinze  élèves  fréquentent  maintenant  les  écoles  de  Metz  ; 
la  dépense  annuelle  est  de  6,ooo  fr.  ;  celle  de  l'instruction  d'un 
enfant  ne  revient  ainsi  qu'à  i6  fr.  par  an,  ou   i  fr.  55  cent,   par  , 


EUROPE.  657 

mois  ;  et  si  l'on  considère  que  les  enfans  sont  dispensés  de  toute 
espèce  de  dépense  pour  achat  de  livres,  papier,  encre,  plumes  ,  etc., 
que  le  tems  de  l'étude  est  abrégé  d'une  année  au  moins  ;  que  les 
jeunes  filles  emportent  de  l'école ,  non  seulement  le  genre  d'instruc- 
tion commun  aux  deux  sexes,  mais  encore  assez  d'habileté  dans 
les  ouvrages  à  l'aiguille  pour  gagner  leur  vie  ;  si  l'on  remarque ,  de 
plus  ,  que  cent  jeunes  garçons  et  cinquante  jeunes  filles  pour- 
raient encore  être  admis  dans  les  écoles  ,  sans  qu'il  en  résultât  au- 
cune augmentation  de  dépenses ,  on  reconnaîtra  que  jamais  méthode 
d'enieignement  ne  fut  plus  économique. 

IsÈBB.  —  Gresoble.  —  Sculpture.  —  Monument  en  l'honneur  de 
Bayard. — Le  conseil  général  de  ce  département  a  reconnu  qu'il  lui 
appartenait  de  provoquer  l'érection  d'une  statue  en  l'honneur  du 
Chevalier  sans  peur  et  sans  reproche  ;  il  a  joint  à  l'expression  de 
son  vœu  le  don  d'une  somme  de  20,000  francs.  La  ville  de  Grenoble, 
imitant  cet  exemple,  consacre  une  somme  à  la  même  destination. 
Enfin,  le  ministre  de  l'intérieur  a  promis  les  marbres  nécessaires. 
On  espère  que  cette  impulsion  ne  s'arrêtera  pas  aux  limites  du  dé- 
partement de  l'Isère,  et  que  tous  les  Français,  jaloux  de  la  gloire 
de  leur  pays,  voudront  contribuer  à  honorer  la  mémoire  de  Bayard, 
comme  ils  l'ont  fait  pour  Duguesclin  ,  Turenne  ,  Fénélon  et  Males- 
herbes.  M.  Raggi,  sculpteur  distingué  ,  auquel  on  doit  déjà  la  belle 
statue  pédestre  de  Henri  IV,  exécutée  pour  M.  Digeon  ,  a  été 
chargé  du  monument.  Le  héros  sera  représenté  au  moment  où  , 
frappé  d'un  coup  mortel,  il  vient  d'être  descendu  de  cheval.  Appuyé 
contre  un  tronc  d'arbre ,  il  adresse  au  ciel  sa  dernière  prière  ,  et 
H  regarde  le  pommeau  de  son  épée,  qui  lui  tient  lieu  de  crucifix. 
La  statue  aura  dix  pieds  de  hauteur;  le  piédestal  sera  orné  de  deux 
bas-reliefs,  représentant:  l'un,  Bayard  refusant  la  rançon  d'une 
jeune  prisonnière,  et  l'autre,  son  entrée  dans  Milan. 

SOCIÉTÉS    SAVANTES    ET    d'ctILITÉ    PtBLIQUE. 

Amiens.  [Sjmme.)  —  \j' Académie  des  sciences ,  agriculture ,  coru' 
TTierce,  belles-lettres  et  arts  (séance  du  26  août)  avait  proposé,  pour 
sujet  du  prix  de  poésie,  V  Amour  de  la  patrie.  {Voy.  T.  VIII  , 
pag.  201.)  Elle  a  adjugé  le  prix  à  l'épître,  quia  pour  épigraphe  : 
JPatria^  dulce  nomen!  et  dont  l'auteur  est  M.  de  Baugy.  Elle  a  ac- 
cordé Vaccessit  à  une  ode  de  M.  Creton  ,  avocat  à  la  cour  royale 

Tome  xi.  '*2 


658  ELUOPE. 

d'Amiens,  ayant  pour  épigraphe  :  O patria!  et  une  mcàlion  iiono- 
rable  à  un  dithyrambe,  dont  l'épigraphe  est:  Vincet  amor  patriœ. 
— L'académie  propose ,  pour  sujet  du  prix  de  poésie  de  l'année  pro- 
chaine ,  le  don  de  la  Charte;  et  pour  sujet  du  prix  de  prose  : 
Exposer  l'état  de  l'agriculture  dans  le  département  de  la  Somme , 
avant  la  révolution;  démontrer  si  elle  est  aujourd'hui  plus  ou 
moins  florissante  ;  assigner  les  causes  de  ses  progrès  ou  de  sa  dé- 
cadence; [indiquer  les  noyens  a'accroitre  lés  uns,  ou  de  remédier 
à  l'autre.  Chaque  prix  sera  une  médaille  d'or;  le  concours  sera  fermé 
le  i5  juillet  1822.  Dans  cette  même  séance,  l'académie  a  nommé 
membre  titulaire  M.  Liadières,  capitaine  du  génie,  auteur  de  Con- 
radin  et  Frédéric,  et  de  Jean  sans  peur,  tragédies  jouées  avec  un 
grand  succès  au  second  Théâtre  Français.  (  Kay.  ci-après ,  l'article 
Paris.  —  Théâtres.) 

Cambhii.  (  Nord.  )  —  La  Société  d'émulation  a  tenu  sa  séance 
publique  annuelle,  le  16  juillet.  Les  lectures  ont  eu  lieu  dans 
l'ordre  suivant  :  i"  Discours  d'ouverture,  par  M.  Béthune-Houriez, 
président; — 1°  Exposé  des  travaux  de  la  Société,  depuis  sa  dernière 
séance  publique,  par  M.  Le  Glay,  D.  M.,  secrétaire  perpétuel  ;  — 
5°  Rapport  sur  le  concours  de  poésie,  par  M.  Lussiez;  —  4°  ia 
Vie  champêtre  ,  ode  imitée  de  l'italien  de  Parini  ,  par  M.  Pascal 
Lacroix,  vice  -  président  ;  —  5°  le  Tombeau  du  roi  Stanislas  à 
Nancy  (extrait  d'un  voyage  en  Lorraine  )  ,  par  M.  F.  Delcroix , 
secrétaire  annuel; — 6»  Elégie,  par  M.  Lussiez;  —  7°  sur  les  Spar- 
tiates modernes;  traduction  de  l'anglais  de  M.  Galt,  par  M.  Vabbé 
Servois ;—8°  Epître  à  MM.  ***,  poètes  et  paresseux,  par  M.  Aimé 
Dupont  ;  —  9"  Notice  sur  Pierre  de  Franqueville ,  né  à  Cambrai  , 
premier  sculpteur  des  rois  Henri  IV  et  Louis  XIII ,  ouvrage  cou- 
ronné par  la  Société.  Il  n'y  a  point  eu  de  prix,  cette  année,  pour  la 
poésie  et  pour  l'éloquence.  Les  deux  primes ,  pour  l'amélioration 
des  bestiaux  dans  l'arrondissement  de  Cambrai,  ont  été  décernées 
à  MM.  Gauthier,  de  Crèvecœur,  et  Defontaine,  de  la  Neuville-Saint- 
Remy.  —M.  Coquin-Devillers ,  o*S\c\itx  Aa  santé  à  Gouzeaucourt , 
a  obtenu  une  médaille,  à  titre  d'encouragement,  pour  un  mémoire 
sur  la  topographie  médicale  de  quelques  communes  du  canton  de 
Marcoing. 

Deux  mémoires  étaient  parvenus  à  la  société ,   en  réponse   aux 
questions  qu'elle  avait  proposées  sur  l'histoire  locale  et  les  antiqni- 


ELROPi:.  (5à9 

les.  L'un  avait  pour  titre  :  Essai  sur  les  monnaies  frappées  dans 
le  Cambrés is  et  sur  les  médailles  dont  cette  province  a  été  l'objet. 
L'auteur  qui,  fort  jeune  encore,  se  livre  avec  succès  aux  recherche* 
numismatiques,  est  M.  Auguste  Trihou  ,  de  Cambrai.  Un  prix  de  la 
▼aleur  de  cent  cinquante  francs  lui  a  été  décerné. 

La  palme  la  plus  brillante  des  concours  de  cette  année  ,  consis- 
tant en  une  urne  d'argent  du  prix  de  deux  cents  francs,  a  été  rem- 
portée par  M.  Duihillœul ,  de  Douai ,  auteur  du  second  mémoire, 
qui  est  un  éloge  historique  de  Pierre  de  Franqueuille ,  sculpteur 
célèbre  ,  né  à  Cambrai.  En  couronnant  l'ouvrage  ,  la  Société  a 
.décidé  qu'elle  inviterait  l'autorité  municipale  à  donner  le  nom  de 
Franquefille  à  l'une  des  rues  de  Cambrai. 

—  Sujets  mis  au  concours  pour  l'année  1822  :  1°  la  Topographie 
médicale  dune  ou  de  plusieurs  communes  de  l'arrondissement  de  Cam- 
brai; -^"î"  Antiquités-,  histoire  locale.  La  société  couronnera  le  meilleur 
Mémoire  sur  unpoint  quelconque  de  l'archéologie  de  l'arrondissement 
de  Cambrai  ;— "h"  Eloge  de  François  Vanderburch ,  mort  archevêque 
.de  Cambrai ,  en  i644  ;  —  4°  une  ode  ou  un  poème  sur  la  bataille 
deDenain.  (Sujetdéjà  proposé  l'année  dernière  et  remis  au  concours.) 

Les  ouvrages  des  concurrens  devront  être  envoyés  à  M.  Le  Glay, 
,D.  M.  ,  secrétaire  perpétuelle  de  la  société,  avant  le  i5  juin    1822. 

Lyon.  {Rhône.)  ■ — L'Académie  des  sciences  et  belles-lettres  de 
cette  ville  a  tenu  sa  séance  publique  le  4  septembre.  On  y  a  lu 
d'abord  le  compte  rendu  de  ses  travaux  ,  pendant  le  dernier  se- 
mestre de  1820  et  le  premier  semestre  de  182»  ;  puis,  le  rapport 
d'une  commission  chargée  de  l'examen  des  ouvrages  envoyés  au 
concours.  Des  divers  sujets  proposés  par  l'académie,  celui  qui  con- 
cernait r administration  des  hôpitaux,  est  le  seul  pour  lequel  il  y 
ait  eu  des  concurrens;  l'académie  a  décerne  une  médaille  d'or  à 
l'un  des  auteurs  ,  et  une  mention  honorable  à  un  autre.  On  a  ter- 
miné la  séance,  en  faisant  connaître  les  encouragemens  accordés 
,par  l'académie  à  l'auteur  d'une  mécanique  dont  l'objet  est  de  per- 
.fectionner  les  métiers  propres  à  la  fabrication  des  étoffes  de  soie. 

Marseille    {Bouches- du -Rhône).  —  Académie   des   sciences, 

•belles- lettres  de  Marseille.  — Depuis  long-tems ,  cette  société  n'avait 

.eu  de  séance  aussi  intéressante  que  celle  du  26  août  dernier ,  prési- 

:  dée  par  M.  Réguis.  Elle  a  été ,  en  partie ,  consacrée  à  la  réception  de 

M.  Grange,  jeune  écrivain  qui  avait  déjà  obtenu  d'honorable*  dis- 

A2* 


660^  EUROPE. 

tioctions  dans  les  concours  académiques  d«  Marseille  et  de  Lyon, 
et  qui  vient  de  remporter  l'accessit  pour  l'éloge  de  Vauvenargues 
à  l'académie  d'Aix.  La  séance  a  été  terminée  par  des  lectures  va- 
riées ,  où  la  poésie  et  l'éloquence  ont  tour  à  tour  fixé  l'attention  de 
l'assemblée. 

Nantes  {  Loire- Inférieure').  — La  Société  académique  de  cette 
ville ,  qui  avait  remis  trois  fois  au  concours  V éloge  d' Abeilard ,  vient 
enfin  de  décerner  le  prix  à  M.  Frion.  Ce  morceau  d'éloquence  est, 
dit-on,  remarquable  par  l'éclat  du  style,  la  sagesse  des  idées,  et 
surtout  pas  le  soin  que  l'auteur  a  pris  de  venger  d'un  injuste  oubli 
les  ouvrages  d'un  bomme  plus  connu  par  ses  infortunes  amoureuses 
que  par  ses  travaux  littéraires. 

KoDEN  (^Seine-Inférieure^.  — Société  libre  d'émulation. — L'exis- 
tence de  cette  société  date  des  premières  années  de  la  révolution  ; 
elle  fut  fondée  par  quelques  hommes  estimables  et  instruits ,  qui 
s'occupèrent  d'abord  des  arts  industriels,  et  prouvèrent  ensuite 
qu'ils  n'étaient  pas  moins  propres  à  cultiver  les  sciences  et  les  lettres-: 
leurs  successeurs,  animés  du  même  esprit,  tendent  au  même  but. 
Dans  sa  séance  annuelle  du  9  juin ,  cette  société  a  distribué  les 
prix  suivans  :  i^à  M.  Collin,  ouvrier  tisserand,  demeurant  à  Rouen, 
pour  la  découverte  et  l'emploi  de  divers  moyens  propres  à  diminuer, 
dans  certains  cas ,  la  fatigue  de  l'ouvrier ,  et  à  abréger  le  travail ,  en 
empêchant  le  fil  de  se  casser  aussi  souvent;  1"  à  M.  Le  Grip  fils,  fabri- 
cant de  faïence,  pour  la  confection  du  minium  de  bonne  qualité  ,  à 
un  prix  inférieur  à  celui  de  Paris  et  de  l'étranger;  3"  à  MM.  Désé- 
rignjy  et  Gamier,  pour  l'avantage  qu'ils  ont  procuré  aux  raffineries 
de  ce  département,  en  mettant  à  leur  portée  une  fabrique  de  char- 
bon animal,  si  utile  à  la  clarification. 

Les  noms  de  MM.  Talon, Lecojfre,  Nourrit, Lecomte,  Picard,  Char- 
don et  Hallej  ont  été  mentionnés  honorablement  pour  divers  autres 
procédés  industriels,  parmi  lesquels  on  cite  des  rouleaux  de  pression, 
un  perfectionnement  dans  le  mouvement  des  cardes ,  une  liqueur , 
un  enduit  et  un  mortier  propres  à  suppléer  aux  précieux  procédés 
qui  donnaient  tant  de  solidité  aux  constructions  antiques.  Un  prix 
de  5oo  fr.  sera  décerné  ,  dans  la  séance  du  9  juin  1822  ,  à  l'inventeur 
du  meilleur  procédé/jour  la  préparation  du  lin  et  du  chanvre,  sans 
rouissage.  (  Nous  rendrons  compte  du  Recueil  publié  par  cette 
société.  )  B.  c. 


EUROPE.  661 

TouLOusK  (  Haute  Garonne).  —  Académie  des  sciences  ,  inscrip- 
iionset  belles-lettres.  —  Cette  académie  avait  proposé ,  pour  le  sujet 
d'un  prix  de  5oo  francs  qu'elle  devait  adjuger  en  1821 ,  les  questions 
suivantes  :  1°  Faire  connaître  les  circonstances  particulières  que  la 
stratification  de  chaque  sorte  de  masse  minérale  peut  présenter , 
tant  sous  le  rapport  de  lajorme  des  couches  que  sous  celui  de  leur 
direction  et  de  leur  inclinaison  ;  2°  déterminer  les  lois ,  soit  géné- 
rales ,  soit  particulières ,  auxquelles  la  stratification  des  masses  mi- 
nérales peut  être  soumise.  Celte  détermination  doit  être  basée  sur 
des  faits  positifs  et  bien  constatés.  L'académie ,  n'ayant  point  reçu 
de  mémoires  sur  ce  sujet ,  le  retire  du  concours.  Elle  continue , 
comme  objet  d'un  prix  extraordinaire  de  la  valeur  de  5oo  francs, 
pour  être  donné  en  1822  ,  la  question  suivante  :  Quels  sont  les  mo- 
numens  historiques ,  littéraires  et  scientifiques  qui,  depuis  dix-huit 
siècles  ,  ont  fait  donner  à  Toulouse  le  surnom  de  Palladienne.  Elle 
continue  encore,  pour  sujet  du  prix  ordinaire  en  1822,  les  ques- 
tions suivantes  :  i"  Déterminer  Vétat  politique ,  ciuil  et  religieux  de 
la  Gaule,  avant  Ventrée  des  Romains  dans  cette  partie  de  l'Europe', 
3." fixer,  d'après  les  auteurs  et  les  monumens,  les  connaissances 
que  les  Gaulois  avaient  déjà  acquises  dans  les  sciences  et  dans  les 
arts-  Le  prix  sera  une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  5oo  francs. 

Elle  propose  ,  comme  sujet  du  prix  à  donner  en  i825,  une  Théorie 
physico-mathématique  des  pompes  aspirantes  et  foulantes  ,  faisant 
connaître  le  rapport  entre  la  force  motrice  employée  et  la  quantité 
d'eau  réellement  élevée  ,  en  ayant  égard  à  tous  les  obstacles  que  la 
force  peut  avoir  à  vaincre,  tels  que  le  poids  et  l'inertie  de  la  colonne 
d'eau  élevée,  son  frottement  contre  les  parois  des  tuyaux,  son 
étranglement  en  passant  par  les  ouvertures  des  soupapes  ,  le  poids 
et  le  frottement  des  pistons,  le  poids  des  clapets  ou  soupapes, 
l'inégalité  entre  la  surface  supérieure  et  la  surface  inférieure  de  ces 
clapets  au  moment  où  la  pression  va  les  ouvrir,  etc.  Cette  théorie 
doit  être  basée  sur  des  expériences  positives  ,  et  les  formules  qui  en 
seront  déduites  doivent  être  faciles  à  employer  dans  la  pratique.  Le 
prix  sera  une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  5oo  francs.  Enfin ,  l'aca- 
démie propose,  pour  sujet  du  prix  à  donner  en  1824  ,  et  qui  con- 
eistexa  en  une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  5oo  francs  ,  les  questions 
suivantes  :  1"  Déterminer  par  des  observations  comparatives  les  cas 
où  l'emploi  des  sels  à  base  de  quinine  est  aussi  avantageux  que 
celui  du  quinquina  ;  2°  désis^ner  les  cas  où  il  mérite  la  préférence. 


662  EtjROPE. 

Les  savans  de  tous  les  pays  sont  invités  à  travailler  mr  les  sujets 
proposés.  Les  ouvrages  doivent  être  écrits  en  français  ou  en  latin  ,  et 
adressés  à  M.  d'Aubuisson  de  Voisins,  correspondant  de  l'Institut, 
secrétaire  perpétuel  de  l'académie.  Les  mémoires  seront  reçus 
seulement  jusqu'au  i"  mai  de  chacune  des  années  pour  lesquelles 
le  concours  est  ouvert.  L'académie  ,  qui  ne  prescrit  aucun  svstème , 
déclare  qu'elle  n'entend  pas  adopter  tous  les  principes  des  ouvrages 
qu'elle  couronnera. 

— '  La  Société  d'agriculture  de  Toulouse  ,  convaincue  '  que  la 
charrue  de  ce  département  est  encore  susceptible  de  perfection- 
nement ,  malgré  les  améliorations  exécutées  par  le  sieur  Bellaual, 
auquel  il  a  été  décerné  un  prix  d'encouragement,  proroge  à 
l'an  182a  le  sujet  proposé  l'an  dernier  et  les  années  précédentes  : 
elle  offre,  en  conséquence  ,  une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  5oo  fr. 
à  celui  qui  présentera  la  charrue  perfectionnée  ,  de  manière  à  tra- 
vailler la  terre  à  une  profondeur  de  dix  pouces,  sans  autre  secours 
que  la  force  d'une  paire  de  boeufs  ou  de  chevaux.  Le  société  appelle 
particulièrement  l'attention  des  concurrens  sur  les  principaux  élé- 
mcns  de  notre  charrue  ordinaire ,  le  contre  et  le  soc  ;  elle  les  invite 
à  exposer  les  modifications  qu'il  conviendrait  de  leur  faire  subir. 
Le  coutre,  dont  la  destination  est  de  fendre  la  terre,  doit-il  être 
placé  dans  le  plan  vertical  de  l'arête  du  soc?  sa  pointe  doit-elle 
être  placée  immédiatement  au-dessus  de  celle  du  soc,  et  dans 
la  même  direction ,  pour  éviter  la  résistance  qu'on  éprouve  en 
pure  perte  ,  quand  on  l'incline  aussi  du  côté  opposé  au  versoir  ? 
Le  xoc  ne  pourrait  -il  pas  être  établi  en  fer  de  fonte  et  à  aile  simple 
du  côté  du  versoir?  L'aile  double  paraît  inutile  à  la  charrue  qui  n'a 
qu'un  versoir.  Les  concurrens  devront  adresser  à  la  société,  avec 
leurs  mémoires  descriptifs  ,  une  charrue  dans  les  dimensions  qu'ils 
auront  déterminées  pour  son  perfectionnement  ;  le  prix  de  cons- 
truction sera  remboursé  en  sus  de  la  médaille. 

La  société  distribuera  annuellement  des  médailles  d'encourage- 
ment aux  maîtres-valets  des  quatre  arrondissemens  et  des  cinq  dé- 
partemens  limitrophes,  qui  auront  le  mieux  rempli  les  conditions 
ci-après  :  les  concurrens  devront  remettre  un  certificat  signé  du 
propriétaire,  et  visé  par  le  maire  de  la  corumune  ;  ce  certificat 
portera  :  1°  que  le  maître-valet  demeure  depuis  dix  ans  au  moins 
dans  le  domaine  ;  a"  qu'il  est  de  bonnes  mœurs  ;  que  sa  probité 
tst  à  toute  épreuve  ;  ô"  qu'il  est  bien  soigneux  de  ses  bestiaux: 


EUROPE.  66S 

qu'il  ne  ]n»  maltraite  point;  4"  qu'il  est  économe  de  fourrage;  qu'il 
ne  néglige  riea  pour  les  conserver,  notamment  les  crêtes  et  les 
tiges  du  maïs;  5°  qu'il  dirige  avec  intelligence  la  construction  des 
pailliers  ,  et  qu'il  n'est  pas  sujet  à  avoir  une  partie  de  la  paille  pour- 
rie dans  l'hiver;  6°  qu'il  laboure  bien,  et  se  distingue  par  sa  dili- 
gence à  l'aire  donner  les  différentes  façons  aux  terres  ;  qu'il  monte 
bien  une  charrue ,  et  en  ajuste  toutes  les  pièces  de  manière  à  ce 
qu'elle  laboure  convenablement  la  terre,  sans  trop  fatiguer  les  bœufs; 
7°  qu'il  est  adroit  à  faire  écouler  l'eau  des  champs,  par  le  moyen 
des  saignées  et  des  égouts;  7°  qu'il  a  soin  de  récurer  les  étables  ,  et 
qu'il  ne  laisse  point  brûler  les  fumiers  par  le  soleil,  mais  qu'il  les 
recouvre  de  terre,  après  les  avoir  arrangés  sur  le  tas ,  chaque  semaine 
au  moins.»  Les  mémoires  et  lettres  doivent  être  adressés  à  M.  Marqué 
f'iclor,  secrétaire  perpétuel  de  la  société,  à  Toulouse. 


iTtsmvT.  — /académie  des  sciences. — Août  1821.  —  Séance  du  6. 
—  M.  Geoffroy-Saint-Hilaire  ,  rappelant  à  l'académie  le  vœu  qu'elle 
manifesta  pour  que  le  gouvernement  fît  demander  des  gymnotes 
électriques  en  Amérique,  informe  l'assemblée  qu'un  de  ces  poissons 
est  récemment  arrivé  vivant  et  bien  portant  au  Jardin  du  Roi.  Une 
commission  ,  composée  de  MM.  Arago,  Cuvier,  de  Humboldt,  Gay- 
Lussac  et  Geoffroy-Saint-Hilaire ,  est  chargée  de  suivre  les  expé- 
riences auxquelles  on  doit  soumettre  ce  poisson.  — M.  Garros  adresse 
un  traité  manuscrit  sur  les  propriétés  d'épuratoires  du  charbon  de 
bris.  (Commissaires,  MM.  Berthollet ,  Vauquelin ,  Thénard  et  Gi- 
rard. )  —  On  dépose  un  mémoire  de  M.  Denaux ,  ingénieur  de  la 
marine ,  sur  un  instrument  propre  à  mesurer  le  sillage  des  vais- 
seaux ,  et  qu'il  nomme  dromographe.  (  Commissaires ,  MM.  de 
Rossel  et  Fourrier.)  — M.  Geoffroy-Saint-Hilaire  lit  un  mémoire  sur 
les  organes  de  la  déglutition  et  du  goût  chez  les  perroquets  nucro- 
glosses  ou  aras  indiens.  —  M.  Henri  ,  ingénieur  des  ponts  et 
chaussées,  lit  un  mémoire  sur  le  projet  d'une  nouuelle  machine 
hydraulique,  ayant  pour  objet  le  passage  des  bateaux.  (Commis- 
saires ,  MM.  de  Prony,  Girard  et  Cauchy.)  —  M.  de  Férussac  con- 
tinue la  lecture  de  son  mémoire  sur  les  couches  supérieures  delà 
craie.  (Commissaires ,  MM.  Latnarck ,  Cuvier,  Bosc  et  Brongniart.) 


66A  EUROPE. 

—  M.  Sarlandière  présente  un  myrle  qui  a  été  élevé  par  M.  La- 
vallée,  cultivateur  d'Abbeville,  de  manière  à  représenter  un  vase  , 
au  moyen  de  ses  branches  multipliées  et  disposées  symétriquement. 
(MM.  de  Jussieu  et  Dupetit-Tbouars,  commissaires.) 

—  Du  i3  août.  —  M.  Hyde  de  Neuville  transmet  un  ouvrage  de 
M.  Jobn-Qulncy-Adams,  secrétaire  d'état  des  États-Unis  et  président 
de  la  société  américaine,  ayant  pour  titre  :  Rapport  sur  les  poids 
et  mesures ,  en  exécution  d'une  résolution  du  sénat ,  en  date  du 
3  mars  1817  (M.  Delambre,  un  compte  verbal).  Le  nomdeM.Adams 
sera  inscrit  parmi  ceux  des  savans  qui  désirent  le  titre  de  correspon- 
dant de  l'académie.  —  On  lit  un  extrait  d'un  journal  allemand  , 
envoyé  par  M.  Gauss,  et  traduit  par  M.  Burckhardt.  On  y  voit  que 
M.  Gauss  a  imaginé  de  faire  réfléchir  par  un  miroir  la  lumière  du 
soleil ,  sur  un  signal  terrestre  ,  pour  le  rendre  visible  à  une  grande 
distance.  Dans  l'expérience  qui  en  a  été  faite,  les  stations  étaient 
éloignées  de  85 ,000  mètres;  le  miroir  avait  deux  pouces  sur  un 
pouce  un  quart,  et  la  lumière  réfléchie  se  voyait  parfaitement.  — 
Au  norj  d'une  commission ,  M.  Latreille  lit  un  rapport  sur  le  mé- 
moire de  M.  Virey,  relatif  à  une  nouvelle  espèce  de  cochenille  qui 

J'ait  périr  les  rosiers;  les  conclusions  de  ce  rapport,  toutes  favorables 
au  travail  de  M.  Virey,  sont  approuvées  par  l'académie. —  M.Cuvier 
lit  un  mémoire  intitulé  :  Ossemens  de  fossiles  analogues  aux  tapirs. 
—  M.  Mongez  lit  un  mémoire  sur  l'art  monétaire  des  anciens  et  des 
modernes. 

—  Du  ao.  —  M.  Lassis  présente  un  mémoire  sur  les  véritables 
causes  des  maladies  èpidémiques ,  etc.  (  MM.  Portai  et  Duméril , 
commissaires.)— Au  nom  d'une  commission,  formée  deMM.Prony, 
Gay-Lussac  et  Girard  ,  celui-ci  lit  un  rapport  très-important  sur  la 
nouvelle  machine  à  vapeur  de  Mannoury-Dectol,  exécutée  depuis 
quelque  tems  pour  le  service  des  abattoirs  de  Grenelle  ;  en  voici 
les  conclusions  ;  «  Nous  pensons  que  l'appareil  à  vapeur ,  qui  fait 
l'objet  de  ce  rapport,  est  très-propre  à  confirmer  l'opinion  avanta- 
geuse que  les  diverses  machines  imaginées  par  M.  Mannoury  Dectot 
ont  déjà  donnée  de  ses  connaissances,  de  son  génie  inventif  et  de 
sa  sagacité,  et  qu'en  conséquence  cet  appareil ,  dont  une  expérience 
de  deux  ans  atteste  le  bon  emploi ,  est  tout-à-fait  digne  de  l'appro- 
bation de  l'académie.  »  L'académie  approuve  le  rapport  et  arrête 
qu'il  sera  imprimé  dans  ses  mémoires.  —  M.  jLatreillc  lil  uu  mé- 


EUROPE.  665 

moire  intitulé  :  Eclairdssemens  relatifa  à  l'opinion  de  M,  Huber 
fils ,  sur  l'origine  et  l'issue  extérieure  de  la  cire.  —  La  section  de 
médecine  présente  les  candidats  suivans  pour  la  place  de  correspon- 
dant ,  vacante  dans  son  sein  par  la  mort  de  M.  Grégory  ;  ce  sont 
MM.  Baillie  ,  Barbier,  Maunoir,  Fodéré  et  Lautb. 

— Du  27.— On  lit  une  lettre  de  M.  le  marécbal  duc  d'Albuféra  , 
relative  à  l'aérolithe  d'Aubenas  ,  du  poids  de  220  livres  (  Voy.  ci- 
dessus  p.  426.);  il  envoie  un  fragment  de  la  pierre.  —  Au  nom  d'une 
commission  nommée  pour  faire  des  expériences  sur  la  gymnote 
électrique ,  M.  Arago  donne  une  idée  des  rechercbes  auxquelles 
elle  s'est  livrée  ;  il  décrit  un  instrument  construit  tout  exprès  ,  et 
qui  n'a  pu  servir,  parce  que  l'animal  est  mort  lundi  dernier. 
M.  de  Humboldt  ajoute  quelques  renseignemens  curieux  sur  la  diffé- 
rence entre  la  torpille  et  la  gymnote. — Au  nom  d'une  commission  , 
M.  Vauquelin  lit,  sur  Vencre  indélébile  de  M.  Dumoulin,  un  rapport, 
duquel  il  résulte  que  M.  Dumoulin  n'est  pas  le  premier  qui  ait  su 
composer  une  encre  de  cette  espèce;  que  celle  de  M.  Dizé,  et  surtout 
celle  de  M.  Delunel ,  dont  il  a  été  rendu  compte  à  l'Institut  en  l'an  ix , 
ont  les  mêmes  qualités;  cette  dernière  est  môme  d'un  noir  plus 
intense  et  change  moins  par  les  acides  que  celle  de  M.  Dumoulin. 
oNous  pensons,  dit  en  terminant  M.  le  rapporteur,  qu'au  moyen  de 
ces  encres,  les  administrateurs,  les  banquiers.  lesnégocians,etc.  n'ont 
plus  rien  à  craindre  de  la  fraude.  »  Rapport  et  conclusions  approu- 
vées.— M.  Arago  rend  un  compte  verbal  de  l'ouvrage  de  M.  Scoresby 
sur  le  Spitzberg ,  Vile  de  MaJ^e  et  les  mers  polaires. 

—  L' académie  française  a  tenu  sa  séance  publique  annuelle, 
du  a5  août,  sous  la  présidence  de  M.  de  la  Place,  chancelier  de 
l'académie.  —  On  a  d'abord  entendu  le  rapport  de  M.  le  secrétaire 
perpétuel  sur  les  concours  de  poésie  et  d'éloquence.  L'académie 
avait  à  décerner  un  prix  ordinaire  de  poésie  ,  et  deux  prix  extraor> 
dinaires,  l'un  de  poésie,  l'autre  d'éloquence.  Le  sujet  du  prix  or- 
dinaire de  poésie  était  :  la  restauration  des  lettres  et  des  arts 
sous  François  I". — Vingt-trois  pièces  ont  été  envoyées  au  concours, 
mais,  dans  aucune  ,  ce  sujet  intéressant  et  national  n'a  paru  traité 
assez  heureusement  pour  obtenir  le  prix.  L'académie  a  cependant 
distingué  trois  pièces ,  et  a  décidé  qu'elles  seraient  nommées  dans  l'or- 
dre de  leurs  n°'  d'enregistrement  ;  savoir  :  n°  9.  qui  a  pour  épigraphe  : 
Charlemagne, François  /",  Louis XlFi—v."  1  i,  dont  l'épigraphe  est  : 


665  lilROl'Ii. 

Enfin  François  naquit  ;— c»  i5,  portant  poui  épigrapLe  :  7e  (iiVai/*;»- 
exploiis  de  son  règne  paisible.  —  Elle  propose  de  nouveau  ce  sujet. 

Les  autres  concours  ont  été  plus  heureux.  Le  sujet  du  Véuoue- 
menl  de  Maiesherhes ,  poposé  pour  la  seconde  fois,  avait  excité 
une  touchante  émulation  ;  mais  le  mérite  des  ouvrages  n'a  pas  été 
en  proportion  de  leur  nombre  ;  l'académie  a  vu  du  moins  avec 
intérêt  quarante-six  concurrens  s'exercer  sur  un  sujet  aussi  digne 
d'inspirer  les  muses  françaises.  Dans  les  quarante-six  pièces  ,  une 
seule  a  fixé  spécialement  l'attention  de  l'académie  ,  c'est  une  ode, 
portant  pour  épigraphe  le  passage  d'Horace  :  Jusluni  et  tenacem 
propositi  rirujji  ,  etc.  L'auteur  est  M.  A.  Gaulmier,  professeur  de 
rhétorique  au   collège  de  Nevers. 

Le.sujet  du  prix  extraordinaire  d'éloquence  consistait  à  détermi- 
ner ce  qu'est  le  Génie  poétique .,  et  comment  il  se  fait  reconnaître , 
indépendamment  de  la  diversité  des  langues  et  des  formes  de  la 
versification  ,  et  dans  tous  les  genres  ,  depuis  l'Épopée  Jusqu'à 
l'Apologue.  —  Vingt-quatre  discours  ont  été  soumis  au  jugement 
de  l'académie.  Les  concurrens  avaient  à  indiquer  les  causes  qui 
excitent  l'enthousiasme  poétique  :  il  est  à  regretter  qu'ils  n'aient 
pas  assez  expliqué  combien  les  sentimens  nobles  et  vertueux ,  que 
produisent  les  rapports  de  l'houime  avec  la  divinité,  la  patrie,  la 
société  et  la  famille  ,  fournissent  encore  plus  à  l'imagination  et  à 
l'inspiration ,  que  la  contemplation  de  la  nature  physique.  En  ap- 
profondissant le  sujet  sous  ce  rapport  vraiment  philosophique,  ils 
auraient  sans  doute  prouvé  que  les  grandes  vertus ,  les  nobles 
émotions  ,  comptent  parmi  les  premiers  et  les  plus  beaux  élémens 
du  génie  poétique,  et  surtout  que  le  génie  de  la  poésie  pent  beau- 
coup moins  s'en  passer  que  le  génie  des  autres  arts. 

L'académie  a  décerné  le  prix  au  discours  inscrit  sous  le  n"  6,  et  dont 
l'auteur  est  M.  A.Théry,  professeur  de  seconde  au  collège  deVcrsailles. 

Des  mentions  honorables  ont  été  accordées  aux  auteurs  des  dis- 
cours n"  i4,  u"  i5  et  n»  32. 

L'auteur  de  ce  dernier  est  M.  Bert.  Il  a  soutenu  qu'on  ne  peut 
connaître  le  génie  poétique  ;  qu'on  peut  seulement  étudier  les  signes 
qui  le  révèlent  ;  cependant  il  a  défini  la  poésie ,  le  don  de  créer 
et  de  rendre  sensibles,  par  le  charme  d'un  langage  consacré,  les 
fictions  propres  à  émouvoir  et  à  exalter  en  nous  le  sentiment  du 
beau. 


:  '".  Auprès  le  rapport  de  M.  Raynouard,  on  a  lu  le  discours  et  l'ode 
couronnés.  Plusieurs  passages  de  l'un  et  de  l'aulre  ont  excité  de  vifu 
applaudissemens.  Le  discours  sur  feu  M.  de  Montyon  ,  fondateur  de 
•  plusieurs  prix  de  sciences  et  de  vertu,  a  constamment  intéressé  par 
la  succession  et  le  nombre  des  bonnes  actions  qui  ont  honoré  la  vie 
et  qui  recommandent  la  mémoire  de  ce  zéléphilantrope,  destiné  à  se 
survivre  par  la  perpétuité  de  sa  bienfaisance  :  car,  en  France,  ori  ne 
manquera  jamais  ni  de  bonnes  actions  ,  ni  d'ouvrages  utiles  aux 
mœurs  à  récompenser.  Les  deux  faits  qu'on  a  cités  comme  préférés 
par  l'académie  dans  le  nombre  de  ceux  qui  pouvaient  prétendre  aux 
prix  de  vertu ,  ont  arraché  des  larmes  d'attendrissement.  Le  premier 
prix  a  été  décerné  à  mademoiselle  Marie  Madeleine  de  Courty, 
domestique  de  la  dame  Chartier,  rue  Hillerin-Bertin ,  n°  j5;  le 
deuxième  prix,  à  M.  Ant.  Bonafou,  rémouleur,  rue  des  Orfèvres,  n"  5. 

Le  Programme  des  prix  qui  seront  distribués  dans  la  séance 
annuelle  d'août  1823  ,  a  été  arrêté  ainsi  :  Prix  d'éloquence  :  Eloge 
de  La  Sage.  Prix  de  poésie  :  La  restauration  des  lettres  et  des  arts 
sous  François  l".  Les  ouvrages  envoyés  au  concours  ne  seront  reçus 
que  jusqu'au  i5  mai  1822. 

Chaque  prix  sera  d'une  médaille  d'or  de  la  valeur  de  i,5oo  fr. 

L'académie  décernera,  en  1822,  un  prix  consistant  en  une  mé- 
daille d'or  delà  valeur  de  i,ooo  fr. ,  à  l'auteur  de  l'ouvrage  littéraire 
publié  en  entier  ,  et  pour  la  première  fois  ,  dans  l'intervalle  du  1"  jan 
vier  au  5i  décembre  1821  ,  qui  aura  été  jugé  le  plus  utile  aux 
moeurs. 

Dans  la  nn'me  séance,  racadémie  décernera  un  prix  consistant 
en  une  médaille  d'or,  de  la  valeur  de  1,000  fr. ,  pour  récompenser 
«n  acte  de  vertu  qui  aura  eu  lieu  pendant  les  trois  années  antérieures 
au  1"=' juillet  1822,  dans  le  département  de  la  Seine.  On  aura  soin 
d'adresser,  avant  le  16  juillet  1S22,  à  M.  le  secrétaire-perpétuel  de 
l'académie  ,  les  preuves  qui  constateront  l'acte  de  vertu. 

—  Séance  du  4  septembre. — M.  Boissy-d'Anglas ,  de  l'académie 
des  inscriptions  et  belles-lettres ,  lit  une  notice  sur  Vincent  de  Paule. 
—  M.  Andrieux,  une  notice  sur  la  vie  et  les  ouvrages  de  Collin 
d'Harleville. — M.  de  Lally-Tolendal,  des  vers  sur  la  fête  à  laquelle 
il  a  assisté ,  le  10  août ,  à  Lucerne,  pour  l'inauguration  du  monument 
consacré  à  la  mémoire  des  officiers  et  sftldats  suisses  qui  ont  péri 
le  10  août  et  le  2  septembre  1792. 

— Académie  des  beau.v-  arl-i. — P/i.t  de  sculpture. — ^oit■i  le  pro- 


668  EUROPE 

gramme  qui  avait  été  dcnué  par  l'académie,  pour  un  bas  reli&f  : 
«  Jkxandre  dans  la  ville  des  Oxydraques  (dans  l'Inde).  Alexandre 
était  monté  le  premier  sur  la  muraille  ;  seul ,  il  se  précipite  dans  une 
ville  pleine  d'ennemis.  Il  y  avait  non  loin  du  mur  un  vieux  arbre 
dont  les  branches  touffues  semblaient  s'étendre  exprès  pour  couvrir 
le  Roi. 

«Alexandre,  afin  de  ne  pas  être  enveloppé,  s'appuya  contre  le  tronc , 
qui  était  fort  gros.  Deux  des  ennemis  qui  osèrent  s'approcher,  furent 
reçus  si  vigoureusement,  qu'ils  tombèrent  morts  à  ses  pieds,  lorsqu'un 
Indien  lui  lança  une  flèche  qui  l'atteignit  au  flanc  droit.  Abattu  de 
ce  coup  et  perdant  beaucoup  de  sang,  il  ne  put  tirer  le  dard  de  la 
plaie  ;  celui  qui  l'avait  blessé  accourut  plein  de  joie  pour  le  dé- 
pouiller. iJfa/j ,  dès  qu'Alexandre  senlit  mellre  la  main  sur  lui, 
outré  de  V indignité  de  cet  opprobre,  il  se  ranima  et  plongea  son 
èpée  dans  le  corps  de  son  ennemi.  Ces  trois  corps  étendus  autour  de 
lui  intimidèrent  les  autres  ennemis,  ce  qui  donna  à  son  armée  le 
tems  de  le  rejoindre  et  de  le  secourir.  » 

L'académie  a  décerné  le  premier  grand  prix  à  M.  Philippe  Joseph 
Henry  Lemaire  ,  de  Valenciennes  ,  âgé  de  vingt-trois  ans,  élève  de 
M.  Cartellier;  le  deuxième  grand  prix,  à  M.  Alexandre  Dumont , 
de  Paris,  âgé  de  vingt  ans,  élève  de  son  père  et  de  M.  Cartellier. 
—  Société  de  la  morale  chrétienne,  ayant  pour  objet  l'application 
des  préceptes  du  christianisme  aux  relations  sociales. —Extrait  du 
règlement  de  celte  nouvelle  société ,  tiré  de  son  prospectus  du  20  août 
dernier. —  «Plusieurs  amis  de  l'humanité,  convaincus  que  la  plupart 
des  erreurs  et  des  vices  qui  retardent  le  règne  de  la  justice  et  de  la 
paix  parmi  les  hommes ,  naissent  de  l'ignorance  ou  de  l'oubli  des 
préceptes  du  christianisme,  et  désirant  concourir  à  rendre  leur 
application  plus  générale  dans  les  diverses  relations  des  peuples  et 
des  individus  ,  se  sont  réunis  en  société,  sous  l'autorisation  du  gou- 
vernement, jour  travailler  d'un  commun  accord  à  diriger  l'atten- 
tion des  hommes,  leurs  frères,  sur  de  si  grands  intérêts.  Dans 
l'espoir  de  réaliser  cet  utile  projet ,  ils  ont  arrêté  entre  eux  le  règle- 
ment suivant  :  Titbe  i^.—But  de  la  société.— Kvi.  i".  Le  but  de  la 
société  est  d'exposer  et  de  rappeler  sans  cesse  à  l'esprit  des  hommes 
les  préceptes  du  christianisme  dans  toute  leur  pureté,  de  leur  faire 
remarquer  l'heureuse  influence  que  ces  préceptes  exercent  sur  le 
bonheur  du  genre  humain  ,  et  de  contribuer  ainsi  à  faire  naître  ou  à 
ranimer  de  plus  en  plus  des  senlimena  de  charité  et  d'une  commune 


EUROPE.  669 

bienveillance ,  si  propres  à  l'aire  régner  la  paix  sur  la  terre,  —Titre  ni 
— Travaux  d^  la  société. — Art.  a.  Les  travaux  delà  société  consistent: 
1"  à  recueillir  les  renseigncmens  qu'elle  pourra  se  procurer  sur  leséta- 
blissemeus,  les  travaux  et  les  productions  en  tous  genres,  qui,  dans  les 
divers  pays  et  sous  des  formes  diverses ,  ont  pour  objet  l'amélioration 
de  l'état  moral  et  physique  de  l'homme;  2°  à  publier  un  ouvragé 
périodique   spécialement   consacré  à  faire   remarquer  la  salutaire 
influence  des  préceptes  du  christianisme  sur  les  institutions,  la  civi- 
lisation et  la  prospérité  des  peuples ,  et  à  faire  connaître  tout  ce  qui, 
dans  les  documens  recueillis  par  la  société ,  paraîtra  utile  et  digne 
d'imitation;  5"  la  société  publiera  aussi,  suivant   que  ses  facultés 
pourront  le  lui  permettre ,  d'autres  écrits  destinés  à  convaincre  les 
hommes  et  surtout  la  génération  qui  s'élève  ,  qu'il  ne  peut  y  avoir  de 
bonheur  réel  et  durable  que  dans  l'observation  des  préceptes  de 
l'Évangile.  Dans  les  diverses  publications  de  la  société,  on  évitera 
scrupuleusement    d'élever    aucune    discussion    sur  les    points  qui 
divisent  les  différentes  branches  de  la  famille  chrétienne. — Titek  m. 
—  Organisât ioa. — Art.  4.  Le  nombre  des  sociétaires  est  indéterminé: 
toute  personne  qui,  pénétrée  des  principes  de  la  société,  désirera 
concourir  au  but  qu'elle  se  propose,y  sera  admissible,  en  se  conformant 
aux  réglemens  établis. — Art.  8.  La  société  aura  des  membres  cor» 
respondans  et  étrangers.  — Titrb  iv.  — Administraliofi.  —  Art.  9. 
A  l'effet  de  pourvoir  aux  diverses  dépenses  qu'aura  à  faire  la  société, 
il  est  arrêté  que,  pour  en  être  membre,  on  versera  annuellement 
dans  la  caisse   de  l'administration  une  somme  dont  le  minimum 
sera  de  aS  fr.  Dans  cette  somme  se  trouvera  compris  l'abonnement 
à  la  feuille  périodique  que  la  société  se  propose  de  publier.  Toute 
autre   offrande  présentée   à  la  société  sera  également  reçue  avec 
reconnaissance.  La  société  se  réserve  d'inscrire  au  nombre  de  ses 
membres  toute  personne  qui  coopérera  d'une   manière  active  aux 
progrès  de  ses  travaux.  » 

On  voit  que  tout  ce  qui  pourrait  faire  naître  des  discussions  fâ- 
cheuses et  absolument  contraires  au  but  de  la  société ,  devra  être 
banni  de  ses  publications  et  de  tous  ses  travaux.  Une  commission 
nommée  dans  son  sein  veillera  à  la  stricte  observation  de  cette  règle. 
Mais,  tn  éuilant  ce  qu'un  apôtre  appelle  les  questions  inutiles, 
sachant  qu'elles  sont  une  source  de  contestations  (\\  Tim.  2,  aS), 


670  ELKOPE. 

OD  insistera  d'autaut  plus  sur  les  sublimes  préceptes  de  la  morale 
chrétienne ,  sur  les  vérités  essentielles  qui  leur  servant  de  base  ou 
d'appui ,  et  sur  lesquelles  il  ne  peut  y  avoir  dissentiment.  Persua- 
dés qu'un  tel  projet  ne  peut  manquer  de  trouver  des  approbateurs, 
et  pleins  de  confiance  dans  la  Providence  divine  qui  se  plaît  à  bénir 
ce  qui  est  conçu  dans  des  vues  pieuses  et  charitables  ,  les  fon- 
dateurs de  la  société  espèrent  que  leur  entreprise  sera  couronnée 
de  succès  .  et  ils  invitent  toute  personne  qui  forme  avec  eux  des 
vœux  sincères  pour  le  bien  des  hommes  ses  frères,  à  y  prendre  part 
et  à  faire  connaître  à  cet  effet  ses  intentions  à  l'un  des  soussignés 
membres  du  comité  provisoire  ,  notamment  à  M.  Dblacboix,  notaire 
royal,  rue  du  Mail,  n"  i3,  et  à  MM.  de  la  Rochefoucault  Ltan- 
tOM/-/,  président  ;  De^erando ,  cul -de -sac  Pérou,  n"  7;  (loepp 
(  J.  J.  j  ,  rue  Sainte-Croix-dc-la- Bretonnerie  ,  n"  5?.;  J.aborde 
/  j^lexandre  ) ,  rue  d'Artois,  n"  28;  hasleyrie ,x\iv.  du  Bac,  n»  58; 
Spur::,heii>i ,  rue  Neuve-Saint-Augustin  ,  n»  5  ;  Staël-Holslein  ,  rue  de 
Bourbon  ,  n°  76  ;  Stapfer,  rue  des  Deux-Ecus ,  n»  4  5  Ttirckheim , 
r.  d'Anjou,  faubourg  Saint-Honoré ,  n"  i3;  IFurlz  (J.  G.},  rue  de 
Bourbon,  n"  17;  fVillm  ,  secrétaire,  boulevard  Poissonnière,  n°  i5  ; 
Coquerel ,  secrétaire  adjoint,  r.  Hautefeuille ,  n"    1. 

Nota.  Les  lettres  et  paquets  destinés  pour  la  Société  de  la  morale 
chrétienne, '^tc,  seront  provisoirement  adressés  à  la  maison  Thkctibl 
KT  WcBTz ,  rue  de  Bourbon  ,  n">  17.  Ou  est  prié  de  les  affranchir. 


Botaniaue.  — Obsert^alions  sur  la  prétendue  découverte  faite  par 
M.  Gimbemat,  d'une  substance  qu'il  appelle  zoogène,  extraites 
d'une  note  adressée  à  la  Revue  par  la  Société  Linnéenne  de  Paris. 
«  Plusieurs  recueils  périodiques  ,  et  quelques-uns  même  de  ceux 
qui  sont  consacrés  aux  sciences  ,  tant  en  France  qu'à  l'étranger  ,  ont 
répété  dernièrement,  à  l'envi  les  uns  des  autres  ,  qu'un  naturaliste 
espagnol,  M.  Gimbemat ,  venait  de  découvrir  ,  dans  les  eaux  ther- 
males de  Baden,  en  Allemagne,  et  d'Ischia,  près  de  Naples,  une 
substance  organique  nouvelle  ,  qu'il  a  nommée  zougéne  ou  zoagèns. 
Cette  singulière  substance  ressemble,  dit-on,  à  de  la  chair  humaine 
recouverte  de  son  épiderme-  Soumise  à  la  distillation ,  elle  fournit 
les  produits  ordinaires  des  matières  animales  ;  bouillie  ,  on  en  ob- 
tient une  gélatine  propre  au  collage   du  papier.    Cette,  substance  , 


ELKOPE.  671 

préscntéç  comme  nouvelle,  est  connue  depuis  près  de  soixante- 
quinze  ans;  elle  a  été  décrite,  en  i-Sa,  par  Springsfeld  (i),  qui 
venait  de  la  trouver  dans  les  eaux  chaudes  de  Carlsbad,  «n  Bohême; 
elle  a  été,  quelques  années  après,  le  sujet  de  mémoires  fort  bien  faits, 
par  Schrank  (2)  et  Scherer  (5),  qui  la  nommèrent  conferi^a  therma- 
lis.  Les  botanistes  l'appellent  aujourd'hui  iremella  reliculata.  De 
Saussure  l'a  ramassée  dans  les  bains  d'Aix  ,  en  Savoie  ;  DecandoUe, 
dans  ceux  de  Plombières.  D'autres  observateurs,  bien  antérieure- 
ment à  l'an  1800,  aux  eaux  thermales  dr  Tœplitz,  en  Bohême,  de 
Barèges  et  de  Dax  ,  aux  pieds  des  Pyrénées  ,  et  de  Chaudes-Aiguës  , 
département  du  Cantal,  où  elle  a  été  trouvée  unie  \  ua  fucus  d'un 
vert  éclatant.  Moi-même,  je  l'ai  trouvée  aux  eaux  chaudes  d'Is- 
chia  ,  en  i8oa  ,  à  celles  de  Montécatini ,  en  Toscane,  et  de  Lucques, 
en  i8o5. 

«  Ce  n'est  pas  la  première  fois  que  des  conferves  ,  des  trémelles, 
des  ulves,  etc.,  ont  été  prises  pour  des  substances  nouvelles;  on 
se  rappelle  encore  le  prétendu  papier  naturel,  découvert,  en  i-63  , 
par  Coltellini ,  aux  environs  de  l'ancienne  ville  étrusque  de  Cortona, 
et  qui  n'était ,  comme  l'a  prouvé  Strange  (4) ,  que  la  conferve  com- 
mune, conferua  rivularis ,  rassemblée  en  masses  plus  ou  moins  con- 
sidérables. La  nature  singulière,  quelquefois  même  équivoque  de 
ces  cr)  ptogames  ,   leurs  formes  extrêmement  variées  ,   leur  couleur 

(1)  Déplanta  quddam  ,  quœ  propè  scaturiginem  thermarum  Ca- 
rolinarum  crescit  et  tremella  thermalis  gelatinosa  reliculata  ,  etc. , 
dicitur.  Mém.  inséré  dans  les  Actes  de  l'académie  de  Berlin  ,  ijSî, 
pag.  102-108. 

-  (2)  Beschreibung  einer  frasserseide  uon  moU's  oberdeulsche  hey~ 
trage.,  pag.  i35-i57. 

.  (ôj  Obseruationes  et  expérimenta  super  materia  viridi  thermarum 
Carolinanim  et  Tœplizentium^  regni  Bohemiœ,  insérées  dans  les 
CoUaclanea  de  Jacquin  ,  vol.  \"^  pag.  171-18Ô. 
(4)  Lettera  sopra  l'origine  délia  caria  nalurale  di  Cortona,  corre- 
data  di  varie  altre  osservazioni  relative  agli  usi  e  prérogative  délia 
conferva  Plinii  et  allre  plante  congeneri.  Pisa  ,  1764,  in-S°.  On  en 
trouve  encore  une  traduction  française  dans  le  Journal  de  physique, 
tom.  I*',  pag.  45  ;  et  une  latine  dans  les  Philosophical transaclinnx; 
Vol   LIX  ,  pag.  5o. 


672  EUROPE. 

et  leur  consistance  gélatineuse,  molle,  presque  charnue,  peuvent 
tromper  des  yeux  inezpéiimentés;  mais»  pour  l'obserrateur  attentif, 
l'erreur  ne  peut  durer.  Il  peut  bien  un  moment,  avec  quelques 
naturalistes  estimables,  tels  que  Girod-Chantrans  et  Vaucher,  les 
considérer  comme  des  animaux,  à  cause  de  leur  mouvement  d'irri- 
tabilité et  d'oscillation  ,  à  la  vérité  très-faible.  Mais ,  en  réfléchissant» 
il  les  rend  au  régne  végétal ,  auquel  elles  servent  de  premier  anneau. 
Elles  se  reproduisent  à  la  manière  des  polypes  amorphes  ,  et  c'est  en 
automne  qu'elles  jettent  leurs  bourgeons  séminiformes.  Les  mouve- 
mens  d'oscillation  qui  les  caractérisent  me  paraissent  dépendre 
d'une  simple  action  hygrométrique,  comme  l*ur  irritabilité  se  rap- 
porte à  celle  des  étamines  de  l'épine  vinette  (  berberis  vulgaris  ) ,  de 
la  parnassie  (  qui  croît  également  dans  les  marais  et  sur  les  coteaux 
crayeux  et  arides ,  quoique  Linné  la  désigne  uniquement  par  le  nom 
àe  pamassia  paluslns,  etc.),  à  celle  des  folioles  de  la  sensitive 
(  mimona  sensiliva  ) ,  du  sainfoin  originaire  des  bords  du  Gange 
(  hedjsarum  Gyrans),  etc. ,  ou  bien  encore  à  celle  qu'on  observe 
dans  le  pétale  du  Laperia  racemosa  de  Cavanilles  ,  qui  forme  la 
labelle  ou  tablier  de  cette  fleur  irrégulière  et  d'un  rouge  pâle,  o 

Thikbadt  db  Behreaud. 

Ans  industriels.  —  Coutellerie.   —  Acier  de  damas.  —   Un  de 
nos  couteliers  les  plus  habiles  et  les  plus  industrieux,  Sir  Henri, 
de  Besançon,  étant  parvenu  à    fabriquer  l'acier,   dit  de   damas, 
bien  supérieur  h  celui  de  Perse  et  de  Syrie ,  l'emploie  maintenant 
pour  faire  des  instrumens  de  chirurgie  ,  qui  l'emportent  sur  ceux 
qu'on  construit  avec  l'acier  fondu  anglais.  L'extrême  dureté  et  la 
grande   élasticité    de   ce  damas   le   rendent   particulièrement  très- 
précieux  pour  la  fabrication  des  instrumens ,   qui  exigent  un  tran- 
chant très-acéré,  tels  que  les  rasoirs,  les  bistouris,  les  lancettes, 
les  instrumens  à  cataracte ,  etc. ,  qui  s'émoussent  si  promptement , 
surtout  lorsqu'on  s'en  sert  pour  couper  ou  percer  des  corps  un  peu 
résistans.   Nous  avons  vu    des  lancettes    de   Sir  Henry ,    traverser 
avec  la  plus  grande  facilité  des  morceaux  de  parchemin  et  des  lames 
de  plomb,  et  même  des  planches,  sans  rien  perdre  de  leur  fil, 
tandis  que  de  très-bonnes  lancettes  ordinaires  se  brisaient  ou  s'é- 
moussaient  à  ne  plus  servir ,    lorsqu'on  les  soumettait  aux  mêmes 
expériences.   Sir  Henry  fabrique  en  outre,  avec  son  damas,  tous 
les  autres  objets  de  coutellerie,  tel^  que  canifs,  ciseaux,  etc.,  avec 


EUROPE.  673 

lesquels  on  peut  couper  l'os,  l'ivoire,  et  même  le  fer,  sans  qu'ils 
s'émoussent.  Nous  avons  remarqué  particulièrement  des  lames  de 
sabre  et  d'autres  armes  ,  dont  la  qualité  nous  a  paru  bien  supé- 
rieure à  celle  des  armes  turques,  qu'elles  entament  sans  être  ébré- 
chées.  La  Société  d' encouragement ,  le  Nouveau  Journal  de  méde- 
cine (  cahier  de  juillet  ),  et  plusieurs  autres  gazettes,  ont  donné  les 
plus  grands  éloges  à  ces  nouveaux  et  utiles  produits  de  l'industrie 
française.  Sir  Henry  a  ses  ateliers  place  de  l'Ecole  -  de -Médecine,  à 
Paris. 

Institution  de  M.  Morin  ,  rue  Louis-le- Grand.  —  Enseignement 
du  latin  j)ar  la  méthode  de  M.  J.  J.  Ordinaire.  (  Voyez  Tom.  VIII, 
p .  554.)  Nous  avons  fait  connaître,  page  23o  de  ce  volume,  le  point  au- 
quel les  élèves  de  M.  Morin ,  instruits  par  cette  méthode  ,  sous  la 
direction  de  M.  Ordinaire ,  étaient  parvenus ,  le  19  juillet  dernier  , 
après  trente-cinq  jours  de  travail.  Depuis  c&te  époque  jusqu'au  24  sep- 
tembre, malgré  le  dérangement  causé  par  les  vacances ,  les  élèves  du 
groupe  le  plus  avancé  ont  appris  plus  de  i8oo  mots  ;  savoir  ;  le  reste 
des  •  adjectifs  de  VEpitoms  historiée  sacrœ  ,  avec  leurs  désinences 
adverbiales  ;  2°  le  tableau  des  noms  de  nombre  latins  ,  ordinaux  et 
cardinaux ,  ainsi  que  les  adjectifs  et  les  adverbes  qui  en  sont  déri- 
ves. Ce  tableau  est  tellement  familier  aux  enfans  ,' qu'ils  traduisent 
sur-le-champ  ,  sans  hésiter  ,  les  nombres  les  plus  compliqués  ,  ex- 
primés en  latin  ou  en  français  ;  chose  qu'aucun  élève  de  rhétorique, 
et  que  même  peu  de  professeurs  seraient  en  état  de  faire;  5»  tous  les 
pronoms  ;  4°  l^s  prépositions  avec  leurs  complémens  ;  5°  les  verbes 
réguliers  ,  irréguliers  et  déponens  de  la  première  et  de  la  deuxième 
conjugaisons.  Ces  lôoo  mots,  ajoutés  aux  1200  que  les  élèves  savaient 
à  l'époque  du  19  juillet,  forment  un  total  de  2600  radicaux  latins, 
auxquels  ils  appliquent  toutes  les  désinences  relatives  à  chacun  d'eux. 
De  plus  ,  ils  traduisent  immédiatement ,  avec  la  plus  grande  facilité  , 
les  phrases  latines  formées  de  ces  mots ,  et  dont  l'explication  n'exige 
pas  la  connaissance  des  règles  de  la  syntaxe;  ils  en  font  aussi 
l'analyse  avec  une  régularité  parfaite.  Mais,  ce  qui  est  très-remar- 
quable ,  c'est  qu'ils  mettent  aussi  facilement  des  phrases  françaises 
en  latin,  sans  autre  secours  que  leur  mémoire  et  leur  jugement, 
qui  sont  également  développés  par  ces  exercices. 

Tels  sont  les  résultats  que  M.  Ordinaire  a  obtenus  en  trois  mois 
et  demi,   avec  des  élèves  fréquemment  distraits  de  leurs  études  ; 

Tome  xi.  A3 


67A  liUROPi:. 

résultats  que  chacun  peut  vérifier  soi-même  ,  comme  nous  l'avons 
fait  avec  le  plus  vif  intérêt. 

Le  succès  toujours  croissant  de  cette  classe  latine  a  déterminé 
M.  Morin  à  joindre  à  son  établissement  une  maison  contiguë  ,  qui 
hii  donne  les  moyens  de  recevoir  soixante-dix  pensionnaires  de  plus. 
L'expérience  a  prouvé  que  plus  le  nombre  d'élèves  est  considérable, 
plus  les  progrès  sont  rapides  ,  parce  qu'alors  il  est  plus  facile  de 
classer  les  enfans  suivant  leur  degré  de  connaissances.  Un  profes- 
seur ,  envoyé  de  Bruxelles,  va  s'établir  chez  M.  Morin ,  pour  mieux 
suivre  les  procédés  de  M.  Ordinaire  ,  qu'il  doit  appliquer  ensuite 
dans  la  capitale  de  la  Belgique. 

Espérons  que  l'université  de  France  ne  se  laissera  pas  prévenir  par 
les  étrangers ,  et  qu'elle  fera  jouir  promptement  la  jeunesse  confiée  à 
ses  soins  des  avantages  de  la  nouvelle  méthode,  en  l'introduisant  dans 
les  classes  inférieures  des  <*ftlléges  royaux.  Cet  espoir  est  d'autant  plus 
fondé,  que  les  membres  du  corps  enseignant,  qui  ont  étudié  l'ou- 
vrage ou  assisté  aux  leçons  de  M.  le  recteur  de  Besançon,  n'ont  trouvé 
aucune  objection  à  faire  contre  sa  méthode,  et  que  même  ils  sont  d'ac- 
cord avec  tons  ceux  qui  ont  réfléchi  sur  ce  sujet ,  pour  la  regarder 
comme  infiniment  supérieure  à  la  méthode  actuelle,  dont  les  vices 
font  gémir  chaque  jour  les  pères  de  famille  et  les  amis  de  la.  jeunesse. 

archéologie. — Toile  de  momie,  portant  des  caractères  égyptiens 
gui  paraissent  être  lamarque  de  réloffti. On  a  trouvé, soas  la  tête  d'une 
momie  apportée  à  Nantes  par  M.  Cailliaud,  un  linge  avec  des  franges  , 
plissé  en  plusieurs  doubles ,  et  portant  une  marque  tracée  en  noir.  Le 
frère  de  ce  voyageur  m'a  envoyé  la  toile  dans  laquelle  ce  linge  était  dé- 
posé ;  j'ai  trouvé  d'abord  ,  d'un  côté ,  les  caractères  que  l'on  avait  an- 
noncés; mais,  après  avoir  développé  la  bande  avec  précaution,  j'ai  ru, 
à  l'autre  bout,  une  seconde  marque  analogue  à  la  première.  Ces  mar- 
ques sont  à  l'encre  noire  ;  l'une  est  à  l'extrémité  gauche  de  la  bande  , 
l'autre  à  la  droite  ;  la  première  a  dix  caractères  ;  la  seconde  en  a  onze, 
et  en  outre  un  oiseau  dont  la  masse  est  reconnaissable,  et  non  l'espèce, 
mai&quiressemble  plus  à  l'ibis  qu'à  toutautre.  Malheureusement, deux 
des  caractères  sont  effacés  dans  l'inscription  de  gauche,  et,  dans  celle  de 
droite,plusieui's  signes  sont  incomplets.  La  difficulté  qu'a  eue  l'écrivain 
d'appuyer  la  plume  ou  le  pinceau  sur  la  toile,  est  la  principale  cause  de 
celle  que  l'on  éprouve  aujourd'hui  pour  lire  les  caractères.  Cependant 
je  crois  avoir  bien  reconnu  que  ceux  qui  sont  à  la  droite ,  sont  des  hié- 


Euaoï'i:.  675 

roglyphes,  et  les  aulies  des  signes  analogues  à  ceux  de  h  pierre  de 
rosette.  En  effet,  les  premiers  sont  placés  l'un  au-dessus  de  l'autre, 
ce  qui  est  particulier  aux  hiéroglyphes,  ils  sont  plus  grands  que  les 
autres  signes;  enfin,  la  plupart  sont  tout-à-fait  étrangers  aux  formes 
des  lettres  de  la  pierre.  En  outre,  la  présence  de  la  figure  d'oiseau 
qui  est  à  la  droite  de  la  bande  ,  est  un  indice  de  la  nature  des  signes 
qui  sont  de  ce  côté.  Je  trouve ,  à  la  fin  de  la  marque  de  gauche ,  trois 
unités  ,  comme  si  on  eût  voulu  numéroter  ce  linge  de  la  marque  3. 
Les  lettres  qui  précèdent  ce  5,  en  lisant  de  droite  à  gauche,  et  qu'il  est 
possible  de  déchiflier  ,  sont  au  nombre  de  cinq  ou  six  ;  on  ne  peut  que 
conjecturer  que  ces  lettres  sont  des  initiales,  ou  bien  les  parties  d'un 
nom  propre.  La  pièce  d'étoffe  a  a",  70  de  long  ( près  de  9  pieds) , saas 
les  franges,  et  vingt-deux  centimètres  de  lai'geur  (8 pouces)  ;  elle  était 
sans  doute  plus  large  originairement,  puisqu'elle  n'est  pas  bordée  par 
en  bas ,  c'est-à-dire  du  cùté  opposé  aux  deux  marques.  C'était  ou  une 
ceinture  ou  un  voile ,  comme  on  en  voit  dans  les  peintures  des  hy- 
pogées, et  comme  les  Egyptiennes  en  portent  encore  aujourd'hui; 
si  l'on  a  trouvé  ce  morceau  sous  la  tête  de  la  momie,  c'est  sans  doute 
qu'il  avait  été  placé  pour  remplir  un  vide,  ainsi  que  les  embaumeurs 
avaient  coutume  de  le  faire.  Je  ne  parle  pas  des  autres  curiosités 
trouvées  sous  la  momie ,  par  les  commissaires  de  la  société  de  Nantes 
qui  ont  été  chargés  de  l'ouvrir,  telles  que  plusieurs  mèches  de  che- 
veux blancs,  soigneusement  conservées  dans  des  sachets  de  toile,  etc. 

JOHABD. 

Nomination M.  Alphonse  de  Caillieus  ,  l'un  des  collaborateurs 

du  Foj  âge  pittoresque  dans  l'ancienne  France,  vient  d'être  nommé 
secrétaire  général  du  Musée  royal,  en  remplacement  de  M.  de  Se- 
nonnes  ,  nommé  secrétaire  général  du  ministère  de  la  maison  du  roi. 


Publications  nouuelles  et  prochaines. —Fastes  universels,  ou  Ta- 
bleaux historiques,  chronologiques  et  géographiques,  par  M.  Buret  de 
LoHGCHAMPS.  Les  deux  premières  livraisons  sont  en  vente.  Depuis  que 
nous  avons  annoncé  cet  important  ouvrage  {voj.  ci-dessus,  p.  584), 
les  ministres  de  l'intérieur  et  de  la  guerre  ont  souscrit  pour  un  cer- 
tain nombre  d'exemplaires.  Pour  la  garantie  des  souscripteurs ,  les 
éditeurs,  MM.  Dondey-Dupré  père  et  fils,  annoncent  que  l'ouvrage 
-st  terminé,  et  qn'ih-  le  livrent ,  soit  complet  et  demi-relié  ,  au  prix 


676  EUROPE. 

de  12G  fr. ,  soit  par  livraisons  brochées  (au  nombre  de  six ,  se  publiant 
de  mois  en  mois  ) ,  à  raison  de  20  fr.  la  livraison  brochée. 

— Histoire  de  France ,  par  M.  de  Ségur.  —  Cet  ouvrage  ,  qui  fait 
suite  à  l'édition  in-18  du  même  auteur,  annoncée  dans  la  Reuue 
{  Vo}'.  Tom.  IX ,  p.  164  ) ,  aura  de  dix  à  douze  volumes  aussi  in-iS, 
avec  cartes,  plans,  etc. ,  comme  ceux  qui  ont  été  publiés  précédem- 
ment chez  Eymery ,  libraire ,  rue  Mazarine,  n°  3o.  L'auteur  s'est 
déterminé  à  livrer  d'abord  à  l'impression  la  première  époque  de 
l'histoire  de  France  ,  qui  s'étend  jusqu'à  Hugues-Capet.  Cette  pre- 
mière époque  comprend  quatre  volumes,  qui  sont  les  26", 27",  28*' et  29" 
de  VHisloire  universelle,  et  dont  le  prix  est  de  S  fr.  Une  édition  m-S» 
du  même  ouvrage,  également  annoncée  dans  la  Revue  (  Tom.  X, 
p.  419)  5  se  continue  avec  la  même  activité,  chez  le  même  libraire  ; 
elle  sera  composée  de  dix  volumes,  dont  le  prix,  avec  l'atlas,  sera 
de  80  fr.  11  en  a  déjà  paru  cinq,  qui  contiennent  l'bistoire  des  peuples 
d'Egypte,  d'Asie,  de  Perse,  de  la  Grèce,  de  Sicile,  de  Carthage, 
des  Juifs  et  des  Romains.  —  Nous  en  rendrons  compte  avec  soin 
dans  la  section  des  Analyses. 

—  Histoire  civile  et  politique  de  la  nation  espagnole ,  depuis  les 
tems  les  plus  reculés  jusqu'à  nos  jours  ;  écrite  d'abord  en  espagnol  et 
dédiée  au  congrès  souverain  des  Cortès,parun  descendant  de  Pelage; 
traduction  française  faite  par  le  même,  et  dédiée  aux  courageux  dé- 
fenseurs de  la  liberté  des  nations.  La  souscription  est  également  ou- 
verte pour  l'ouvrage  original  et  pour  la  traduction  anglaise,  faite  par 
l'auteur.  L'ouvrage  entier  formera  huit  volumes  grand  in-8».  Prix  dans 
chaque  langue ,  48  fr.  Il  n'est  nécessaire  d'avancer  que  6  f.  pour 
chaque  volume,  afin  de  couvrira  mesure  les  frais  de  l'impression.  Les 
non  souscripteurs  paieront  à  raison  de  7  fr.  le  volume.  S'adresser  à 
Paris,  chez  l'auteur ,  rue  de  Richelieu,  n°  26,  hôtel  de  Bretagne; 
Galignani ,  libraire,  rue  Vivienne  ,  n"  18;  à  Paris,  Londres  et  Stras- 
bourg, chez  Treuttel  et  Wùrtz;  à  Madrid  ,  chez  Perez,  rue  de  las 
Carretas. 

— Archéologie  française ,  ou  Vocabulaire  de  mots  anciens  tombés 
en  désuétude  ,  et  qu'il  serait  bon  de  restituer  au  langage  moderne  ; 
accompagné  d'exemples  tirés  des  écrivains  français  des  xu« ,  xni' , 
xive,  XV»  et  xvi«  siècles,  manuscrits  ou  imprimés  ;  par  CharleaPov- 
GENs  ,  de  l'Institut  de  France  ,  académie  royale  des  inscriptions  et 
belles-lettres.  «J'ose  assurer,  dit  M.  Pougens  dans  son  prospectus,  que 


EUROPE.  677 

plusieurs  des  mots  que  je  cherche  à  restituer  au  langage  moderne  ne 
contribueront  pas  médiocrement  à  multiplier  ces  nuances  aussi  pré- 
cieuses à  l'éloquence  qu'à  la  poésie,  et  qui  constituent,  lorsqu'elles  sont 
renfermées  dans  de  justes  limites,  la  véritable  richesse  des  langues.  Par 
exemple  ,  le  verbe  assaifourer,  que  je  retrouve  dans  Willaume-li-Vi- 
niers  {pqyez  Recueil  de  poètes  manuscrits,  avant  i5oo,  dans  Per- 
ceforest ,  etc.  ) ,  est  plus  rapide  et  plus  expressif  que  donner  de  la 
saveur  :  conjlagration  et  embrasement  ne  sont  pas  exactement  la 
même  chose  :  dèsanimé  et  inanimé  sont  loin  d'être  synonymes  :  dé~ 
sestimer  n'est  pas  mépriser;  désembellir  n'est  point  enlaidir;  désaimer 
n'est  point  haïr,  c'est  cesser  d'aimer  j  déuouloir,  cesser  de  vouloir: 
équanimitè  est  plus  rapide  qu'égalité  d'ame,  etc. 

o  Un  grand  nombre  de  ces  mêmes  mots,  si  injustement  proscrits, 
en  complètent  aussi  plusieurs  autres.  — Par  exemple,  on  se  sert  du 
composé  inadvertance ,  et  nous  avons  perdu  le  simple,  adi-ertance , 
employé  par  Eusiache  Deschamps,  Amyot,  Montaigne,  etc.  On  ne 
dit  plus  angoisser,  et  nous  avons  le  substantif  angoissa  ;  on  connaît 
la  médisance,  et  nous  avons  perdu  le  mot  biendisance:  nous  avons 
aguerrir,  anoblir,  asservir,  captiver,  favoriser  ;  et  nous  n'avons  plus 
désaguerrir ,  désanoblir  ,  désasservir ,  décaptiver  ,  défavoriser:  les 
verbes  dévorer,  engloutir,  envahir,  ont  perdu  leurs  substantifs  dé~ 
vorateur,  engloutisseur,  envahisseur  :  enfin,  nous  voyons  des  hommes 
étranges ,  des  choses  étranges,  et  l'on  ne  ditplus^  comme  Montaigne, 
ètrangeté:  les  adjectifs  aigu,  uè,  aqueux,  euse,  ont  perdu  leurs  subs- 
tantifs acuité,  aquosité,  etc.  ;  et  cependant  plusieurs  de  nos  écrivains 
modernes  ont  fait. un  heureux  usage  de  ces  divers  mots,  quoiqu'ils 
ne  se  trouvent  point  dans  le  dictionnaire  de  l'Académie,  édition  de 
1762,  seule  autorité  légale.  Je  n'ai  point ,  au  reste,  accompagné  mes 
définitions  de  phrases  de  pure  invention  :  j'ai  cité  les  textes  même 
des  ouvrages,  soit  manuscrits,  soit  imprimés,  en  suivant,  autant 
qu'il  m'a  été  possible  ,  l'ordre  des  siècles.  A  la  suite  des  exemples  ti- 
rés des  anciens  écrivains  français,  j'ai  placé  divers  passages  anglais, 
italiens ,  espagnols  ,  dans  lesquels  le  mot  oublié  par  nous,  et  le  plus 
souvent  d'origine  française ,  se  trouve  conservé  par  les  écrivains  de  ces 
trois  langues,  sauf  les  modifications  et  les  désinences  propres  à  chaque 
idiome.  On  trouvera,  à  la  fin  de[ce  vocabulaire, une  bibliographie  exacte 
des  ouvrages  imprimés  ou  manuscrits  d'où  l'on  a  tiré  chacun  des 
termes  qui  le  composent ,  ainsi  que  les  divers  exemples  dont  ils  sont 


678  EUROPE. 

accompagnés.»  1/  Archéologie  française ,  qu'il  ne  faut  pas  confondie 
avec  le  Tré&or  des  origines  et  dictionnaire  fçrammatical  raisonné  de  la 
langue  française,  formera  tiois  volumes  in-S",  imprimés  en  caractères 
neufs,  par  M.  Firmin  Didot.  Le  prix  de  chaque  Tolume  broché  sera^ 
pour  les  souscripteurs ,  de  -  fr.  en  papier  fin.  Le  premier  volume  pa- 
raîtra dans  le  courant  d'octobre  1821.  II  suffit  de  se  faire  inscrire  à 
Paris,  chez  Th.  Desoër,  libraire,  rue  Christine ,  u"  2;  à  Liège,  chez 
J.  F.  Desoër,  imprimeur-libraire. 

—  Les  Lettres  de  Sosihène  à  Sophie,  du  même  auteur,  paraîtront 
en  un  volume  in-18  chez  les  mêmes  libraires  ,  en  même  tems  que 
l'Archéologie  française. 


Thbatkbs.  —  Second  Théâtre-Français.  — Jean  sans  peur ,  tra- 
gédie en  cinq  actes,  par  M.  Liadièhes  (  i5  septembre }.  —  Cette 
pièce  a  obtenu  un  succès  brillant  et  mérité.  Le  sujet  est  le  complot 
formé  entre  la  reine  Isabeau  de  Bavière  ,  le  duc  de  Bourgogne  (Jean 
sans  peur  )  et  l'ambassadeur  anglais ,  pour  faire  signer  au  malheureux 
Charles  VI  l'acte  par  lequel  il  déshérite  ses  propres  enfans ,  et  livre 
sa  couronne  à  Henri  V,  roi  d'Angleterre.  La  découverte  de  ce  com- 
plot forme  le  nœud  de  la  tragédie,  dont  la  catastrophe  est  l'assas- 
sinat du  duc  d'Orléans ,  par  ordre  du  duc  de  Bourgogne. 

L'exposition  est  remarquable  ;  elle  offre  un  tableau  historique  fort 
bien  tracé ,  et  le  même  éloge  doit  s'appliquer  à  la  totalité  du  premier 
acte  ;  le  second  laisse  à  désirer  plus  de  liaison  entre  les  scènes  ;  le 
troisième  est  d'un  effet  pénible ,  qui  résulte  de  l'infâme  trahison  de 
Jean  sans  peur ,  livrant  son  pays  aux  Anglais  qu'il  vient  de  com- 
battre ;  le  quatrième  et  le  cinquième  actes  sont  d'une  grande 
beauté. 

L'auteur,  qui  a  tracé  avec  beaucoup  de  force  et  de  vérité  le  ca- 
ractère du  duc  de  Bourgogne,  s'est  écarté  de  l'histoire,  d'une  manière 
heuicusej  selon  nous,  pour  faire  du  duc  d'Orléans  le  modèle  des  che- 
valiers français  et  l'un  des  personnages  les  plus  intéressans  qui  soient 
au  théâtre.  M.  Liadières  a  pu ,  sans  invraisemblance,  attribuer  des 
actions  généreuses  à  un  prince  qui  déchira  le  traité  au  moyen  duquel 
il  pouvait  perdre  Jean  sans  peur,  son  ennemi.  Le  duc  de  Bourbon, 
vieillard  toujours  sage,  toujours  calme  ,  produit  un  bel  effet  entre  les 
deux  personnages  dont  nous  venons  de  parler. 

Le  style  est  dune  élégance  soutenue,    et  la  pièce  offre  un  1res- 


EUROPl-.  679 

grand  nombre  de  belles  pensées  exprimées  en  beaux  vers.  Eaûn  ce 
qui  est  d'un  heureux  augure  pour  l'avenir  du  jeune  poète ,  sa  der- 
nière tragédie  est  très-supérieure  à  Conradin  et  Frédéric  ,  pièce  que 
distinguent  déjà  une  action  habilement  conduite  et  un  style  naturel 
et  correct.  Ces  deux  ouvrages  assurent  incontestablement  à  M.  Lia- 
dières  une  place  très-honorable  parmi  les  poètes  trugiques  de  notre 
époque. 

—  Opéra- Comique.  — TJ Habit  retourné,  opéra  en  un  acte,  pa- 
roles de  MM.  *** ,  musique  de  M.  Maresse  (  1 1  septembre).  —  Cette 
pièce  n'a  eu  qu'un  petit  nombre  de  représentations  ;  la  musique  of- 
frait [plusieurs  morceaux  agréables  ,  qui  n'ont  pu  soutenir  un  poème 
au-dessous  du  médiocre. 


NÉcnoLOGiE.  —  Madame  Lerebours.  —  Marie  Angélique  Anel , 
veuve  de  M.  Lerebours  ,  ancien  contrôleur  général  des  postes  , 
à  Paris ,  est  morte ,  le  3  août  182 1 ,  à  l'Arche ,  près  du  Mans ,  à  l'âge 
de  quatre-vingt-dix  ans.  C'est  à  l'ardeur  avec  laquelle  elle  avait 
adopté  les  principes  de  J.J. -Rousseau  ,  ({ae  nous  àe\ons\' A uis  aux 
mères  qui  veulent  nourrir  leurs  enfans,  ouvrage  souvent  réimprimé, 
et  toujours  sans  nom  d'auteur.  Ce  qui  prouve  d'autant  mieux  la 
modestie  de  madame  Lerebours  ,  c'est  que  ce  livre  eut  la  plus  grande 
vogue,  à  l'époque  de  sa  publication,  et  obtint  l'approbation  de 
presque  tous  les  médecins,  particulièrement  celle  du  savant  Tissot. 
Les  connaissances  de  madame  Lerebours,  en  littérature  et  en  phi- 
losophie ,  l'ont  fait  rechercher  des  personnes  les  plus  célèbres  de 
son  tems;  et  ce  n'est  pas  un  de  ses  titres  les  moins  honorables,  d'a- 
voir été  l'amie  de  d'Alembert,  de  Dupaty,  de  Condorcet,  de  Dupont 
de  Nemours,  et  de  l'infortuné  Roucher.  Nous  ajoutei'ons  que  ma- 
dame Lerebours  cultivait  aussi  la  peinture  avec  succès  ;  plusieurs  de 
ses  portraits  ont  été  pris  pour  des  Rembrandt.  M.  Victor  Lerebours, 
un  de  nos  jeunes  acteurs  tragiques  qui  donne  le  plus  d'espérances, 
est  son  petit-fils.  M. 


FIN     DU   ONZIKME    VOLUME. 


TABLE    DES    ARTICLES 

CONTENUS 

DANS   LE  TRENTE-TROISIÈME   CAHIER 
SEPTEMBRE  1821. 


I.   MÉMOIRES,  NOTICES  ET  MÉLANGES. 

1,     Observations  sur  les  Revues  scientifiques  et  littéraires 

anglaises.  Babey.     pag.         449 

a.  Sur  les  avantages  de  l'instruction  chez  les  Grecs  mo- 
dernes. Ch,  Dupin.        455 

3.  Discours  prononcé  (en  1809)  dans  l'Académie  Ionienne. 

Le  même.        4^6 

II.  ANALYSES  D'OUVRAGÉS. 

4.  Histoire  de  l'astronomie  moderne,  par  Delambre.  Ferry.        474 

5.  De  l'esprit  des  institutions  politiques  ,  par  J.  A.  F.  Mas- 

sablau,  Dupin  aine.         4S9 

6.  Des  instituts  d'Hofvryl ,  par  L.  de  V.  Slapfer.         49^ 
j.     Compte  rendu  des  bonifications  faites  aux  domaines  du 

marquis  de  Stafford.  par  J.  Loch.  De  Sismondi.        5i8 

8.  Galerie  française.  William.         534 

9.  Œuvres  complètes  de  madame  de  Staël.  Année.        54o 

III.  BULLETIN  BIBLIOGRAPHIQUE. 

Annonces  de  86  ouvrages ,  français  et  étrangers.  554 

IV.   NOm^ELLES    SCIENTIFIQUES    ET   LITTÉRAIRES. 

Améhiqck.— Iles- Arctiques. —Etats-Unis.  620 

Asie. — Indes  orientales.  621 

Océanique.  — Nouvelle-Hollande.  Ibid. 

Afhiqce. — Nubie.  620 
Europe.— Iles-Britanniques. — Russie.— Suède. — Danemarck. 
— Allemagne.  —  Suisse.  —  Italie. — Turquie. — Espagne. — 

Pays-Bas — France. — Paris.  627 


TABLE 

ANALYTIQUE  ET   ALPHABÉTIQUE 

DES  MATIÈRES 

DU  ONZIÈME  VOLUME 

DE  LA.  REVUE  ENCYCLOPÉDIQUE. 

JVILLET,    AOVT,    SEPTEMBRE     182I     (*). 


On  a  réuni  aux  quatre  mots  indicatifs  des  qlatbe  grandes  divisions  de  ce 
Ri.'cacil  : 

I.  MÉMOIRES,  NOTICES  ET  MÉLANGES; 

H.  ANALYSES  ET  EXTRAITS  D'OUVRAGES  CHOISIS; 

III.  RULLETIN  RIBLIOGRAPIIIQUE; 

IV.  NOUVELLES  SCIENTIFIQUES  ET  LITTÉRAIRES  ; 

le  détail  et  le  renvoi  des  articles  qui  s'y  rapportent;  puis,  on  a  caracté- 
risé CCS  articles,  h  la  suite  des  noms  de  leurs  auteurs,  par  l'une  des 
quatre  abréviations  ci-après  :  M.  (mémoihes  et  «oticbs);  A.  (  analyses)  ; 
R.  (bulletin  bibliographique)  ;  N.  (nouvelles  littéraires).  La  désigna- 
lion  C  ,  après  les  noms  propres  ,  indique  les  collaborateurs  de  la  Revue  , 
lorsqu'il  s'agit  des  articles  qu'ils  ont  fournis. 

Au  lieu  de  comprendre,  sous  la  dénomination  générale  sciencri  kt  arts 
(comme  dans  nos  quatre  tables  des  matières  de  l'année  1819),  l'indication 
des  dilTérentes  sciences  dont  traite  ce  volume,  on  a  cru  devoir,  pour  rendre 
les  recherches  plus  faciles ,  et  pour  mieux  caractériser  le  but  philosophique 
de  la  Reuue  ±lncycloj)é(lique ,  ouvrir  un  compte  particulier  et  spécial,  en 
lettres  capitales,  non  seulement  à  chacune  des  branches  des  connaissances 
humaines,  acbiculture,  anatomie,  etc.  ;  à  chacun  des  élémens  essentiels  de 
la  civilisation  et  des  moyens  principaux  de  communication  entre  les  hommes: 
académies  et  sociétés  savantes:  dictionnaires;  enseignement  mutuel;  instruc- 
tion publique;  journaux;  théâtres,  etc.;  mais  encore  à  chacun  des  pays 
dont  il  est  fait  mention  dans  ce  Recueil  :  de  manière  qu'on  puisse  rapprocher 
et  comparer  tour  à  tour,  soit  l'état  des  sciences  et  des  élémens  de  la  civili- 
sation dans  chaque  pays ,  soit  les  nations  elles-mêmes,  sous  les  diflerens 
rapports  sous  lesquels  on  a  eu  l^gccasion  de  les  considérer. 


_^cADÉMiE  royale  de  Londres  ,  206. 
— des  sciences  de  Pétersbourg  ,   i56. 
— des  sciences  de  Stockholm  ,  4i^' 


—  des    sciences   usuelles  d'Erfurth , 

4a. 

—des  sciences  de  Rruxelles,  161. 

—  archéologique    d'Herculanum  ;  — 


(*)  On  souscrit,  pour  ce  nouveau  Recueil  scientifique  et  littéraire,  dont  il  jiamit  un 
caliier  de  douze  fouilles  d'inipi-cssiou ,  tous  les  mois,  au  Bureau  cf.ntral  d'abonnement, 
rue  d'Enler-Saint-Micliel ,  numéro  18;  chez  Arthus  Bertrand,  rue  H.iutcfouille,  n.  aS  ,  et 
chez  Kymery,  libraire,  rue  Mazavine,  n.  So.  Prix  de  la  soujcriplion  ;  à  Pans,  4a  tr-  pour  un 
an;  dans  los  dépnrlemcns,  i8  Ir.;  54  fr.  dans  rrlran^or. 


TABLE    ANALYTIQUE 


des  sciences  ;  —  des  beaux-arts  de 

Kaples ,  643. 
— de  Turin,  421- 
— des  beaux-arts,  de  Milan  ,  645. 
—de  l'histoire  d'Espagne  ,  établie 

.  Madrid ,  568. 
—des  sciences,  de  Lisbonne,  424- 
— Zélandaise  des  sciences,  655. 

—  des  sciences,  de  Lyon,  609.  ^ 

—  des  sciences,  de  Marseille  ,  609. 
— des  sciences,  de  Toulouse,  661. 
— des  sciences,  d'Amiens,  657. 

—  des  sciences^  de  Rouen,  164. 
—des  sciences,  de  Paris,  221,429, 

665. 

—  française  ,  225  ,  45o ,  665. 

—  des  inscriptions  et  belles-lettres  , 

224,  45i. 

—  des  beaux-arts  ,  de  Paris ,  456,  667. 
{f^q}\  aiisisi  le  mot  Société  ) 

Acier  de  Damas,  de  l'invention  de  M. 

Sirhenrv,  672. 
Actes  secrets   de   l'histoire   de   Gus- 
tave III ,  209. 
Admimstbatios  ,  68,  252. 
Aérolithe  remarquable  tombé  dans  la 

commune  de    Juvinas  (Ardèche) , 

426. 
Afeiqle  (  Recherches  géographiques 

sur  l'intérieur    de  1')    par   Walke- 

naer  ,   i85. 
Agikh.  Fo>'.  Prophètes. 
Agnès  de  France,  par  mad.  Simons- 

Candeille  ,  594. 
Agriclltihe,425  206,  227,  617.  {f'oj. 

aussi  le  /ho/ Économie  rckale.) 
—française  (  Annales  de  1'  )  par  Tes- 

sier  et  Rose  ,617. 
AlGîTAN  .  C.  —  A. ,  525. 
Alfieri  (  Sur  le  mérite  tragique  d'  )  , 

par  Marré,  366. 
ALLEMAG^E,  i5i,  14s,  209,  558, 4i3, 

565 ,655. 
Alliage  de  l'acier  avec  l'argent  et  le 

platine,  2o5. 
Alpenroseh,  einSchweitzer  Taschen- 

buch,  574. 
Alvin,  Guillaume  premier  ,  tragédie, 

i63. 
Ame  (Del')  Voj.  Opoix 
AsAtYSES   (II)   d'ouvrages  anglais: 

Principes  de  la   science  morale  et 

politique ,  par  A.  Ferguson  (  Tail- 

landierl  ,    289. — Philibert,   roman 


poétique,  par  Grattan  (L.  S.  B.)  . 
541. — Compte  rendu  des  bonifica- 
tions faites  aux  domaines  du  mar- 
quis de  StaD'ord ,  par  J.  Loch  (J.  G. 
L.  de  Sismondi) ,  5i8. 

—  d'ouvrages  des  Etats-Unis  :  The 
first  annual  report  of  the  mana- 
gers of  ihe  societj  f')r  the  preucn- 
lion  of  pauperism.  The  second  id. 
(Laffon  de  Ladébat) ,  68. 

— d'ouvrages  français  :  Traité  com- 
plet de  mécanique  appliquée  aux 
arts ,  par  Borgnis  (Le  Normand) 
42.  —  Observations  sur  plusieur; 
points  importans  de  notre  législa- 
tion criminelle  ,  par  Dupin  (  Lan- 
juinais) ,  60. — Hist.  de  l'assemblée 
constituante  ,  par  Ch.  Lacretelh 
(A.  Mahul  ,  89. — Histoire  delà  vi» 
et  des  ouvrages  de  J.  J.  Rousseai 
(Depping) ,  102.  —  Même  ouvragt 
(  Léon  Thiessé  1 ,  1 1 1 .  —  Mémoin 
sur  la  digue  de  Cherbourg,  par  Ca 
chin  (Gauttier;,  2S0. — Histoire  gé 
nérale  de  France,  par  Dufau  (M.\ 
256.  —  Mémoires  historiques  sui 
le  royaume  de  Naples  ,  par  h 
comte  Orloff  (Salfi) ,  5o6.  —  Bio 
giaphie  nouv.  des  contemporains . 
par  Arnault,  etc.  (Aignan  ,  525.— 
Voyagç  dans  la  Gièce,  par  Pouque 
ville  (GavedellGeanny),35i — Hist 
de  l'astronomie  moderne,  par  De- 
lambre  ,  f  Ferry)  ,  ^-\.  —  JiG  l'esprit 
des  institutions  politiques,  par  Mas 
sabiau  (  Dupin ,  avocat  ) ,  489. 
—  Des  instituts  d'Hofwyl  ,  etc. 
(Stapfer) ,  495-  —  Galerie  Irançaise 
(William) ,  554.  — Œuvres  compl. 
de  mad,  de  Staël  (Année),  54o. 

—  d'ouvrages  italiens  :  VeW  Istaria 
d'Italia  arnica  e  inoderna  (Salfi)  , 
76. 

Anatomie  de  l'homme  ,  par  Béclard 

et  Cloquet ,  442. 
Akgleterbe.  >'oy.  Gr.-Bbetagke. 
Annales  du  salon  de  Gand  ,  162. 
Année  ,  C. — A. ,  54o. 
Annuaire    historique    universel ,    par 

Lesur,  585. 
— nécrologique ,  par  A.  Mahul ,   608. 
Amiqlités,  195,  194,216,218,397, 

598,  599,  4o4  •  611,612.  (  Vojez 

aussi  le  mot  Archéologie.) 


DES    MATIERES. 


—  (Collection  d'  )  du  priace  d'Iseni- 
bourg,  637. 

Araluset  Nicoclès  aux  enfers,  par  Ch. 

d'Outrcpont,  385. 
AacHiiOLOCiE  ,  2g,  2i4,  2^4?  45 'j  570, 

657,  674. 
— française,  par  Ch.  Pougens,  67G. 
Arithsiktique,  170,  567. 
Armk.me,  186. 
Abt  militaibe  ,  i5d,  602,  633. 

VÉTÉHISAIRE  ,    l52. 

—  MÉCANIQUES  ,  47,  171,  426,  592,  639, 
672. 

Atr.imète,  Appel  aux  Grecs,  092. 

ylsiatic  liesearthes.  Vol.  XII 1  ,  35i. 

Assemblée  constituante  (Histoire  de 
1')  parCh.  Lacretelle,  A.  Sg. 

ylstrasalus  lalticus  ,  plante  cultivée 
en  Suède  ,  et  que  l'on  croit  excel- 
lente pour  rem|;lacer  le  café  ,  634. 

Astronomie,  201  ,  204.  4 "4?  062, G43, 

—  moderne  (Histoire  de  1') ,  par  De- 
lambre  ,  À.  474- 

Athé:<ée  de  Brescia  ,212. 

—  de  Madrid  ,  424. 

Autel  antique  découvert  près  de  Be- 
sançon .  sur  la  route  de  Dûle,  21S. 


B. 


Babey ,  C,— B.,583.  N.  204. 
lîaiyle's    History  cf  the    Tower  of 

London  ,  662. 
Barbier,  C  — B.  585. 
Barbieri ,  Nuova  raccolia  teatrale^ 

5-7. 

Barreau  (Le)  français  ,  ou  Collection 
des  chefs-d'œuvre  de  l'éloquence  ju- 
diciaire en  France  ,  177. 

Baudrillard,  Traité  général  des  eaux 
et  forêts,  chasses  et  pêches,  578. 

Bavière  ,  Code  de  procédure  pour  ce 
royaume,  655. 

Bawr  (Mad.  de) ,  Histoire  de  Franc*, 
189. 

Bazot,  Contes  et  autres  poésies,  190. 

Beaunier,  Le  guide  des  propriétaires 
et  des  jardiniers  ,  587. 

Beacx-arts,  421,  4^65  445  ,  657 ,  655. 
{Koy.  aussi  les  two^sDessik,  Gra- 
vure et  SCCLPTCBE.) 

Beccaria,  Desdélils  et  despeines.  176. 
Béclard  et  Cloquet,  Description   et 


figures  lithographiées  de  toutes  les 

parties  du  corps  humain,  ^^1. 
Bella-dona  (La) ,  préservatif  contre  la 

Cévre,  655. 
Belles-letthes.    T'oy.  Littébatcre. 
Bellot,  Exposé  des  motifs  de  la  loi  sur 

la  preuve  civile  .  pour  le  canton  de 

Genève,  i54. 
Belzoni,  Voyage  en  Egypte,  trad.  en 

italien,  421. 
Bentham  ,    On    the   liberty    of  the 

press,  355. 
Berington,  Histoire  littéraire  du  xin» 

siècle,  607. 
Berriat  Saint-  Prix,  Histoire  du  droit 

romain,  trad.  en  allemand  ,  202. 
Biagioli,  Jlime  di  F-  Petrarca,  col  co- 

mento,  196. 
Bibliographie,  i4i,  i42,  SGg. 
Bibliothèque  royale  de  Stuttgard,4i5. 
— nationale  de  Genève,  4i9- 

—  du  Vatican,  421. 

— de  l'université  de  Turin,  421. 

— espagnole  économico-politique,  par 

don  Jean  Sempere  Guarinos ,  079. 
Bi^elciv   and  Ruinford ,   American 

médical  bolany  ,  54g. 
Bignan  ,  La  Grèce  libre,  ode,  6og. 
Bignoli,  à  Milan  ,  publie  une  collect. 

d'antiq.  grecques    et    latines,  214. 
Biografîacrsmonese,  i56. 
Biographie,  102,  111,  127,  i4i»  i84, 

554 ,  565  ,  585  ,  554 ,  608 ,  609. 
— de  Shakespeare,  M. ,  i5. 

—  nouvelle  des  contemporains,  par 
Arnault,  Jay,  etc.,  A.  ,  325. 

—  dauphinoise,  255. 

— des  signataires  de  la  déclaration 
d'indépendance  ,  554. 

Biographj  {Select,  ou  Vies  des  per- 
sonnages éminens  qui  ont  été  l'hon- 
neur de  leur  patrie  ,  i52. 

Biot ,  Précis  élémentaire  de  physique 
expérimentale  ,  2<=   édit. ,  585. 

Boehr,  De  Apolline  Patricia  et  Mi- 
nerva  primi^enia  Atheniensium, 
144. 

Boitard,  Botanique  des  dames.  575, 

Bonjour  (Casimir)  T'oy.  Mère  rivale. 

Bonnellier,  La  promenade  aux  tom- 
beaux, 195. 

Bonnin ,  Doctrine  sociale.  L'auteur 
fait  l'offre  de  cet  ouvrage  aux  Cor- 
tès  de  Portugal ,  420. 


Borgnis  ,  Traité  complet  de  mécani 
que  appliquée  aux  arts,  A. ,  42. 

Bory  de  Saint-Vincent,  Voyage  sou 
terrain,  586. 

Bossi,  Dell'  isioria  d'Italia  anlica  e 
modema.  A.,  76. 

—  Storia  délia  Spagna  antica  e  mo- 
dema   i56. 

BOTAMQLE,    166,    168,    226,   549,574, 

075,576,413,634,670. 

Boita' s  Hislory  cf  the  warof  the  in- 
dependence  of  the  United  states , 
55o. 

Bottanî ,  T^o:  .  Epizooties. 

Boulage,  Principes  de  jurisprudence 
française,  177. 

Bowlcs.  roy.Byron. 

Bretschneider ,  Lexicon  novi  Tesla- 
menti  grœco  latinum  manuale  , 
416. 

Briefe  von  Joseph  II,  566. 

Brossette  (Notice  sur) ,  609. 

Broughton's  Age  ofchristian  reason , 
556. 

Buccelleni ,  auteur  dramatique  ita 
lien,2i5. 

Buchon,  C.-M. ,  i3. 

Bucke,  On  the  heauties  of  nature  , 
129. 

Buckland,  Vindkiœ geologicœ ,  552. 

BiLLETi:*  BIBLIOGRAPHIQUE  (III)  :  Al- 
lemagne ,  i43  5  358  ,  565.  —  Dane 
marck,  i4i  1,557. --Espagne  ,  iSg  , 
567,  578. — États-Unis,  126,  349, 
554.  —  France ,  i65  ,  872  ,  583.  — 
Grande-Bretagne,  127,502,554. 
—  Indes-orientales,  55i.  —  Ital 
154,565,  575.  — Norvvége,  j58, 
564-— Pays-Bas ,  161,569,580. 
Pologne,  i56,  562. — Russie,  i56  , 
557. — Suisse,  i52,  564,  ^75. 

Bnret  de  Longchamps,  Tableaux  his- 
toriques, chronologiques  et  géogra- 
phiques, 584,  675. 

Burgos,  Laspoesias  de  Horacio,  161, 

Butler's  ^  Sketches  of  universal  his 
tory  ,  55o 

Butter  s  Hisforicalmemoirs,  102. 

Byron  (Lord),  Lettres  sur  les  écrits  du 
révérend  W.  L.  Bowles,  i54. 

— La  Vierge  d'Abidos ,  trad  en  polo 
nais,  565. 

—  Manfred  ,trad.  en  danois,  634. 


TAUÎ.E    ANALYTIQUE 

Byssus  (Sur  le)  des  anciens,  et  sur  son 
identité  avec  le  duvet  des  chèvres 
de  Cachemire  ,  M.  ,241. 

— Observations  de  M.  Jaubert ,  25 1. 
Lettre  à  M.  Jullien ,  642. 


c. 

Cachin.  ?^q>  .  Digue  de  Cherbourg. 

Cadet  de  Vaux  ,  Traités  divers  d'éco- 
nomie rurale,  588. 

Cagnoli  de  Vérone  (Hommage  rendu 
à  la  mémoire  du  célèbre  astro- 
nome) ,  567. 

Cailliaud  (Extrait  d'une  lettre  de  M.), 
voyageur  français  en  Nubie,  620  , 
626. 

Cailleux  (;V.  de)  ,  est  nommé  secré- 
taire général  du  musée  royal ,  675. 

Canal  delà  Hollande  septentrionale  , 
655. 

Cap  de  Bû>'.ne-Esp£rasce  ,  2o3. 

Currara  ,  Délie  acque  semitermali  di 
S.  Pelle^rino ,  576. 

Carion-Nlsas,  Bonaparte  et  Napoléon, 
604. 

Cartes  géographiques  en  relief,  par 
P.  Lartigue,  228. 

Casirillon ,  Nomenclatura  de  las  bel- 
las  lelras,  161. 

Catalogue  des  tableaux  exposés  par 
l'académie  américaine  des  beaux - 
arts,  127. 

Catalogus  librorum  samscritorum , 
quos  hibliolhecœ  universitatis 
Hafniensis,  vel  dedil  uel  parant 
N.  IF  allie  h,  \l^i. 

Catéchisme  de  la  morale  publique  , 
par  Ledesma,  159. 

Catelacci.  Voy.  Dante. 

Catholiques  (Mémoires  sur  les)  an- 
glais ,  irlandais  et  écossais ,  par 
Butter ,  i52. 

Cennino  Cennini,  Traliato  délia  pit- 
tara,  578. 

Cesari  {Antonio] ,  La  fila  di  Gesîi- 
Cristo.  365. 

Champollion  le  jeune,  Recherches  sur 
la  géographie  et  l'histoire  de  l'E- 
gypte, avant  l'invasion  de  Cambyse, 
224. 

Chants  nationaux  (  Collçction  de  ) 
norvégiens  ,  565, 


DES    MATIERES. 


Charles  ihe  first  pourlrayed  ,  354. 
Charrue  (Nouvelle),  de  l'invention  de 

M.  Locke ,  à  North-Molton  ,  206. 
Chasse  ,  687. 
Chemin-Dupontès,  Cours  d'uranogra- 

phie,  186. 
Chénier(M.  J.)  ,  Théâtre,  597. 
Chevalier,  ingénieur  ,  Catalogue  de 

ses  instrumens,  692. 
Chèvres  (  Sur  les  )  de  la  race  thibé- 

taine,  M, ,  5, 
• — identité  de  leur  duvet  avec  le  Bys- 

sus  des  anciens ,  M. ,  1^1. 
-—observations  de  M.  Jaubert,  26 1. 
Chicchiatelli,  Nuouo  sistenui  cUforti- 

ficazione ,  i55. 
Chimie  (  Elémens  de)  ,  par  Millar , 

12S. 
—  élémentaire  (Traité  de) ,  par  Thé- 

nard  ,  169. 
Chine  ,  201. 
Chirayita,  plante   célèbre  en  Asie  , 

226. 
Chiruhgie  ,159,  i65,  201,  349  ,  4o^' 
Choix  de  tableaux  et  statues  des  plus 

célèbres  musées  et  cabinets  étran 

gers ,  099. 
Christianisme   (Progrès  du)  dans  les 

îles  Sandwich,  4o3. 
Chhonologie,  353,  384,  385  ,  58o  , 

675. 
Churruca  ,  Rejlexiones  a  las  Cartes  j 

161. 
Ciampi  [Sebastiani),  Not'um  examen 

loci  Liuiani  de  legatis Romanorum 

Alhenas  missis ,  etc.,  i36. 


par  Schweigbaeuser ,  562 
ClassiCcation  des  sciences ,   par  To- 

rombert,  171. 
Clemencin  (Diègue),  éloge  de  la  reine 

Isabelle  de  Castille,  36o. 
Colleccion  de  memorias  historicas  j 

politlcas,  160. 
Collection  des  lois  castillanes, 368. 
Collège  de  médecine  et  de  chirurgie 

de  New-York ,  4o3. 
Colonie  (De  la)  de  Fréderiks-Ovord  , 

162. 
Colonies   (  Considcrationf;   sur  les  'l  . 
581. 


Comète  découverte  parM-PrevcI,  en 
Chine,   201. 

Commerce,  170, 202, 25i  , 440- 

Compas  perfectionné  et  le  calculateur 
de  M.  Laur  ,  222. 

Conde ,  Histuria  de  la  dominacion  de 
los  Arabes  en  Espana  ,  160. 

Conjuration  de  quatre-vingt-seize  gen- 
tilshommes polon.  ,  par  Fayot,  1S7. 

Conradi,  Einrichtun^  der  medicini- 
schen  Klinik .  358. 

Conseil  de  Salubrité^Sur  le)  établi  près 
la  préf.  de  pol.  de  Paris,  M.,  252. 

Considération  sur  la  distinction  des 
personnes  ,  162. 

Conspirations  (Des) ,  par  Guizot,  176. 

Constitutions  (  Collection  des) ,  char- 
tes., etc.  des  peuples  de  l'Europe  et 
dés  deux  Ataériques  ,  5g8. 

Copernic  ,  son  système  du  monde  est 
adopté  par  le  gouvern.  papal  ,  643. 

Coquerel ,  C.-B.  ,  393, 

Coquilhat ,  Exposé  du  système  d'édu- 
cation primaire,  etc.,  162. 

Corréard.    Vqy.  Naufrage. 

Corse  (^État  actuel  de  la),  par  Poni- 
pei,  182. 

Cortès  d'Espagne ,  423. 

— de  Portugal  ,  4a5. 

Corti,  Uarte delnuoto ^  5y5. 

Court  (J.  D.)  de  Rouen  L'académie 
des  beaux-arts  de  Paris  décerne  à 
ce  jeune  artiste  le  premier  grand 
prix  de  peinture  ,  ^ôG. 

—La  ville  de  Rouen  vote  en  sa  faveur 
un  encouragement ,  427. 


an  Phil- 


Cuves  en  plomb  pour  conserver  les 

grains  et  les  farines,  /^c>-. 
Cuvier,  Recherches  sur  les  ossemcns 

fossiles-    379.' 
Cynisme  (Du)",  par  Montrone ,  576. 
Cyrène.  Foy.  Thrige. 

D. 

Daniiion,  C.-B.  069.      ^  _^ 

Da^emabck,   lii,  209,  357,634. 
Dante  (L'Enfer  du)  ,  traduit  eu  vers 
lai.ins,  par  A.  Calelarri,  if^S. 


— La  di^ina  commcdia,  Sjj. 
Da vy 's  jiccu ur.t  of  Ccy' lan  ,  5 5 7. 
D'Avot  J*Iadame) ,  Lettres  sur  l'An 

gleterre,  588. 
Decadas  medicb  -  quirurgicasy  far 

Tiiaceuticas,  iSg. 
Decandolle ,   Regni   vegetahilis  sjs- 

temu  naturale ,  574. 
— Icônes seleclœ plan tarum ,  etc., 576 
De  la  Haye  ,  De  la  nécessité  de  rélbr 

mer  l'enseignement  médical  dans 

la  Belgique,  069. 
Delambre ,  Histoire  de  l'astronomie 

moderne,  A.  474- 

—  Rappoit  sur  les  mémoires  lus  à  l'aca- 
démie des  sciences,  par  M.  dePara- 
vey,  5S2. 

Deleau  jeune  ,  Sur  l'abus  du  vomisse- 
ment provoqué  dans  les  maladies  , 
592. 

Bepping,  C.-A.  102. -îî.  1475391,  569. 

Descourtiltz  ,  Flore  médicale  des  An- 
tilles, 075. 

Dessin  et  Peinture  ,  137,  399,4^6, 
578. 

Destutt-Tracy ,  Principes  d'économie 
politique,  trad.  en  espagnol ,  678. 

l'evonsbire  (iNIadame  la  duchesse  de) 
fait  présent  de  la  version  de  l'Enéide 
d'Annibal  Caro  à  la  bibliothèque  du 
roi  de   France,  205. 

DiCTiONAAiHE  géographique  de  A.  Ve- 
gas,  159. 

—  bibliographique  d'Ebert ,  669. 

—  hislor.,  par  l'abbé  de  Feller,  585. 

—  des  sciences  natur.,  To.  XIX,  572. 

—  des  sciences  morales  et  politiques 
(Projet),  203. 

—  classique  d'histoire  naturelle,   253. 
— grec  du   Nouveau  Testament ,  par 

Bretschneider ,  4i6. 
— danois,  654. 

— vocabulaire  bohémien  j   635. 
— languedocien  -  français ,  par  l'abbé 

de  Sauvages,  606. 
— vocabulaire  des  mots  anciens  tom- 
bés en  désuétude,  par  Ch.  Pougens, 

678. 
— (Nouveau)  général  commun  à  toutes 

les  langues,    par  Pottier  (Projet)  , 

255. 
Digue  de  Cherbourg  (Mémoire  sur  la), 

par  Cachin,  A.,2So. 
Dionjsii  Ha/icarnensis  de  composi- 


TABLE    ANALÏTIQVE 

tione  uerborujn  liber  ^  éd.  Gaeller, 
56i. 

Discours  prononcé  dans  la  séance  pu- 
blique de  l'académie  Ionienne,  le 
i5  août   1809,  par  Ch.  Dupin,  456. 

Dispensaire  royal  pour  les  maladies  de 
l'oreille,  institution  bienfaisante  de 
LondreSj  4io. 

DbOIT  NATl'KEL,    424' 

—  PDBLic  (Exposé  du)  de  l'Allemagne, 
par  le  baron  Schwarzkopf ,  642. 

Dufau,  Ilist.  gén.  de  France,  A.,  296. 

Dufour  (Léon),  Nouveau  voyage  dans 
les  montagnes  maudites,  586. 

Dulaure.  T'oy .  Gaule. 

Dupin  ,  avocat ,  observations  sur  plu- 
sieurs points  importans  de  notre  lé- 
gislation criminelle,  A.,  60. 

-C.-A.,  489.  — B.,  i53. 

Dupin  (Charles) ,  Considérations  sur 
quelques  avantages  de  l'industrie  et 
des  machiaes,  en  France  et  en  An- 
gleterre, 171. 

—  Voyage  dans  la  Grande-Bretagne  , 
2=   partie  171. 

—  CM.,  456. 
Dupuis,  Abrégé  de  l'origine  de  tous 

les  cultes ,  595. 
Duval  (Amaury).   Voy.  Orloff. 

E. 


Eberls     Allgem.     biblidgraphisches 

Lexicon ,  569. 
Ecole  des  arts  et  métiers(Projetd'une) , 

à  Madrid,  4^5. 
— spéciale  de  commerce,  dePai-is,44o. 

—  pour  l'éducation  des  enfans  pauvres 
au  Port  Jackson,  622. 

Economia  gênerai  (  frincipios  de  là), 
,  159. 
Economie  dombstiqdb,  189,  228. 

—  POLITIQUE  ,  i59,  179,  181,  35o,  070  , 

(Elémens  de  la  science  de  l'),par 

Mill,  i5i. 

—  RURALE,   5,  205,  378,  4l4»  ^37,  493» 

,  5i8,  588,  639. 

Ecosse,  204,  574. 

Edgenorth  (Maria),  Mémoires  de  Ri- 
chard Lov.  Edgeworth,  554. 

Education,   162,  493>  563. 

Egypte  (Descrip.  de  1"),  190,  097,  &i  \ , 

— (L'),  sous  les  Pharaons,  par  Cbam- 
pollion  le  jeune,  224. 


DES    MATIERES. 


—Ancienne  ville  de  Méroë,  4»o- 

âtOQUERCK,   369,  45c. 

— jiDiciAiRB,  en  Fiance,  177. 

Émail  Nouvei)pour  la  porcelaine, 2o5 

Émigration  anglaise  au  cap  de  Bonne 

Espérance,  2o5. 
Emma,  ou  la  Nuit  des  noces,  par  Hyé 

val,  191.  . 

Emma,  ou  la  Promesse  imprudente  , 

opéra  ,  par  Planard,  259. 
EiscvcLOPÉDiK  des  Dames,  189,  075. 
Enoch  (Le  livre  d')  le  prophète  ,  par 

l\.  Laurence,  129. 

ESSEIGISEMKNT   ÉLÉMENTAIRE,    23o,    67O. 

Enseickeme.nt  mutuel  h  Angers,  dép. 

de  Maine-et-Loire,  656. 

à  Metz,  dép.  de  la  Moselle,  656. 

École  fondée  par  M.  Baudouin  à 

Troyes,  216. 

La  priorité  de  l'invention  de  cette 

méthode  appartient  aux  Arabes  , 

2o4. 
Épizooties  (  Des  )  contagieuses  et  non 

contagieuses,  par  Bottani,  i55. 
Espagne,  iSg, i6o, 214,567,425,578, 

648. 

—  (Histoire  de  l')ancienne  et  moderne, 

par  Bossi,  i56. 
Esprit  dutems  (Qu'est-ce  que  1  ),  146. 
Este^an,  El  desembarco  de  Los  Rusos, 

Etats-Unis  ,  68,    126,  197,  049»  4oo, 
4o4,  554,  620. 

—  (Histoire  des),  55o. 
—(Histoire  de  la  guerre  de  l'indépen- 
dance des',  par  Botta,  55o. 

Eudocia,  roman  allemand  de  madame 
jN'aubert ,  656 


Fayot,  f^'oy.  Conjuration. 

Fellenberg  (Des  instituts  de  M.  de)  à 
Hofvvyl.  A. ,  495. 

Fcller,  Dictionnaire  historique  ,  385. 

Fénélon,  Œuvres  choisies  ,  174. 

—  Pensées  et  maximes,  170. 

Ferguson,  Principes  de  la  science  mo- 
rale et  politique.  A.,  28g. 

Ferme    expérimentale  d'interlaken,  , 
659. 

Fernandez  Disertacion  hislorica,etc. , . 
368. 

Fcrrier ,  Du  gouvernement  considéré 
dans  ses  rapportsavec  le  commerce, 


178. 

Ferry,  C.-A.,474. 
Filial  affection ,  554. 
Flore  d'Oware  et  de  Bénin  ,   par  Pa- 

lissot  de  Beauvois  ,  i68. 
— médicale  des  Antilles,  par  Descour- , 

tiltz,  575. 
Foderé,  Voyage  aux  Alpes  maritimes, 

592. 
Fontenelle  ,   Pluralité  des  mondes  , 

58i. 
Fragmens  de  philosophie  botanique  , 

par  Marquis ,  \6Q. 
Frâhn,   Nouvelles  publications,  633. 
FaASCE,  i63,  216,  2S0,  296,  372,  426, 

554,  583,  655, 676. 

—  (Considérations  sur  la),   par  J.   de 
Maistre,  600. 

—  (Histoire  générale  des  institutions 
militaires  de),  602. 

—  (Hist.  gén   de),p*Dufau,  A  ,  296. 
Francœur,  C.-B.  585,  N.  20!,  207. 
Frank,  Traité  de  médecine  pratique, 

traduit  en  français,  590. 


ExilésfS  de^Parga,  poème  par  Or-  Frankenstein,  ou  le  Prométhée  mo- 

dre    1    2  derne,  par  madame  Shelly,  191. 

ExpTD'iTiLsrusses,62i-anglaise,622.Friedlander,  C.-B., 358 


Expéditions  russes, D2  1 — augiai^v.,----- ---7  ,      ui-„-,».„    <;«- 

Fxnortation  (De  1')  et  de  l'importa-  Fntot,  Science  du  publici»te,  597 
^r^des  griins,  par  Ouin,  179...    ^^?^f^}P^-^}l\tr:^  ^^"^ 


llUUl    VA\^J    jiji«-  — -,     j ,-  f    «  _ 

Exposition  de  tableaux  ausEtats-Unis, 

127.  , 

—permanente  des  produits  des  beaux- 
arts  de  Vienne,  657. 


Familles  célèbres  d'Italie  ,  par  Litla, 

565. 
Fastes  (Les)  universels  ,  par  Buret  de 

Longchamps,  384,  675. 


de 


l'État  de  New- York,  1 26. 
G. 

Gaeller,  Voy.Vionysius  Halicarnen- 

sis. 
Galerie  française,  ou  Collection  de, 

portraits,  etc. ,  184. 

A.  534. 

Garcia  ,  Elemenios  de  la  lerdadera 

Icgica,  578. 


8 


TABLE    ANAL\Tlyi;E 


Gaule  (Les  villes  de  la)  rasées,  par  J. 
A,  Dulaurc,  et  rebâties,  par  P.  A. 
de  Golbéry ,  6 ta, 

Gauttier(Édouard),C.-A,.28o.B.j557. 

Gazette  de  la  Géorgie  septentrionale, 
56o. 

GazT-era  {'^ostanzo),  Leltera,  i58. 

Geanny  (de  Gavedell) ,  C.-A.,  5ji. 

Genoino,  auteur  dramatique  italien  , 
plusieurs  de  ses  pièces  ,  6/(5. 

GiioGHAPHiB,  i5g,  182,  iS5,  210,228, 
382,  557,  625,  675. 

—  moderne  et  universelle  ,  par  Gu 
thrie,  1S6. 

Géologie,  197,  586,  620. 

— (La)  conciliée  avec  la  religion,  par 
Buckland,  352.  ^ 

Gérard  ,  Les  trois  âges ,  gravés  par 
Morghen,   loS. 

Girardin  (Opinion  de)  sur  le  retran- 
chement du  budget  d'une  somme 
de5o,ooofr.  destinée  à  l'instruction 
primaire,  187. 

Globe  en  relief  do  M.  Zcune  à  Berlin, 
pour  l'instruction  d  es  aveugles,  2 1  o! 

Goffaux ,  Tableaux  chronométriques , 
0S5. 

Golbéry.  Voj.  Gaule. 

^6:,   362,  568,  570.-N.  212  ,  4io, 
427,  653. 
Golowkin  (Le  comte  Fédor),  Lettres 
diverses,  574. 

Gouvernement  (Essai  sur  l'histoire  du) 
et  de  la  constitution  anglaise  ,  par 
Russel,  102. 

Grafigny,  (Madame  de;, Œuvres  com- 
plètes, 393. 

Grammaire  finlandaise,  par  Strahl- 
mann ,  357. 

Grande-Bretagive,  127,  171,  204, 352, 
588,410,  518,554,627. 

-■  Sa  situation  et  ses  ressources  en 
agriculture  ,  en  commerce  et  en  fi- 
nances, parLowe,  4ii. 

Grattan  (Colley),  Philibert,  roman 
poétique,  54i. 

Gravure,  184,  195,   237,  534. 

Grèce  (Messénienne  sur  la  liberté  de 
la),  609. 

—  (La)  libre,  ode  par  Bignan,  60 


—  (Voyage  dans  la  ),  par  PouqueviUe, 
A.  33i. 

—Instruction  publique.  M.,  453. 
Grecs  (Chant  des),  609. 

—  (La  cause  des)  est  la  cause  de  l'Eu- 
rope, 14-. 

Grimm,  Ueber Deutsche  Runen,  Szo. 

Guillaume  I",  tragédie,  par  Alvin  , 
i63. 

Guizot,  Des  conspirations  et  de  la  jus- 
tice politique,  176. 

Guthrie  ,  Nouveaux  élémens  de  géo- 
graphie ,   186. 

—  Nouvelles  notions  de  géographie  , 
186. 

Gymnastique  ,  575. 
—médicale,  par  Londc,  3So. 

H. 


—(Le  réveil  de  la),  par  Stober,  619. 
-  (Renaissance  delà),  par  Krug,  146 


Habit  (L')  retourné,  opéra  en  un  acte, 

679- 
llammer,  célèbre  orientaliste,  à  Vien- 
ne, reçoit  du  Shah  de  Perse  les  or- 
dres du  Soleil  et  du  Lion,  4o4. 
Hansteen  à  Christiania,  ses  nouvelles 
observations  sur  l'action  magnétique 
du  globe  terrestre,  207. 
llarmon's  Journal  oj  voyages  and 

travels,  554. 
Harsfield  ,     Recherches    zoologiques 

dans  1  île  de  Java,  4ii. 
Hautpoul  (La  comtesse  d'),  Cours  de 
littérature  anc.  et   moderne,    188. 
Ilaiiy,  Traité  élément,  de  physique,' 

3<^  édit.,  583. 
Haydn  (Hommage  à)  dans  sa  ville  na- 
tale, 638. 
Hébert ,  Rapport  sur  les   travaux  de, 
l'académie  royale  des  sciences  de 
Caen ,  6i4. 
Heeren,  Carlhage  considérée  dans  ses 
relations  politiques  et  commerciales, 
trad.  en  hollandais,  par  Dornscif- 
fen ,  370. 
Heiberg,  Om  Adel  i  Norge,  i38. 
-C.-B.,  i4i,564.  N.,634. 
Henry,  G.  M.,  241. 
Héreau,C.-B.,  189,  388,393,  610  — 
Rédaction     générale    du  Bulletin 
hihliograph.  et  les  art.  signés  E.  H. 
Hérodote  (Commentaires  sur),  par  F. 

Crcuzer ,  369. 
'Histoire.  89,  lôa,  i56,  187,  189,  296, 


DES    MA.TlEa£S. 


5o6, 55o,  568,  ojo^  584,  585  ,  388, 
391,  39a,  45a,  563,  5ç)6,  6o4,  653, 
675. 

-(L')  envisagée  comme  composilion 
litlcraire,  par  Senée,  6o3. 

—  (Matériaux  pour  servir  à  1')  de  Li- 
thuanie,  etc.,  par  A.  Kotz,ebue,  i43. 

-des  états  prussiens,  par  Poelitz,  565. 

-d'Italie,  parBossi,A-  176. 

-civile  et  politique  de  la  nation  espa-l 
pnole  ,  676. 

-de  la  domination  des  Arabes  en  Es- 
pagne ,  par  Condé  ,  160. 

-de  France,  par  Ségur,  676. 

-l;i  nér.  de  France,  par  Dufau,  296. 

-de  France  par  mesdames  de  Bawr 
et  de  Maraise ,  189. 

—  de  l'Assemblée  constituante  ,  par 
Ch.  Lacretelle,  A.,  89. 

Rabaut  Saint-Etienne,  588. 

—  LiTTÉHAïaK  du  xiii«  siècle,  par  Bé- 
rington,  607. 

—  NATUaELLE,  223,  226,  233,   2^1,  SjS, 

577?  ^795  426,  642,  655. 

History  ofthe  United  States,  55o. 

lludgskins  Travels  in  the  North  of 
Cfermanj'y  i5i. 

Hofwyl.  Vqy.  Fellenber^ 

Ilogcndorp  (C.  G.  Van),  Recueil  de 
pièces  concernant  l'économie  poli- 
tique des  Pays-Bas,  570. 

Uomers  Hymnus ,  etc.  l'on  Sickler, 
568. 

Uorace,  traduit  en  vers  espagnols,  par 
Burgos,  161. 

Hospice  du  Saint-Bernard,  64o. 

Humbert,  Des  moyens  de  perfection- 
ner les  études  littéraires,  575. 

Ilutchinson  ,  Essai  pour  retrouver  les 
principes  de  l'ancienne  philosophie, 
411. 

IIydboceaphie,  280,549. 

HvDEOTECHNlQUIi,  653. 

Hyeval.  P^qy.  Emma. 
Hygiène,  38o. 

Hypocondrie  (Essai  sur  1';,  par  Reid, 
353. 

I. 

Ile  de  Ceylan,  4o4. 
— Iles  Aectiques,  620. 
— Philippines,  4o5. 
-S 


et  à  Dar-cl-Kamar  ,  an  mont  Liban , 

646. 
Inamovibilité  (De  1')  des  pasteurs  du 

second  ardre ,  585. 
Indes  Orientales,    201,    202,   35i  , 

557,  621. 
Index  {General)  to  the  gentleman' s 

magazine ,  i52. 
Inquisition  religieuse  (Histoire  abré- 
gée de  1')  en  France,  par  Lanjuinais, 

596. 
Institut  royal  des  Pays-Bas,  070. 
— de  France,  221 ,  429,  665. 
Institutions  militaires  de  France,  602. 
— politiques  (De  l'esprit  des),  par 

Massabiau,  A.,  489. 

InSTRLCTION   PLBLIQUE,    2I9,  439" 

—  (Sur  les  avantages  de  1')  chez  les 

grecs  modernes.  M,,  453. 
Inventions.  Voy.  Arts  mécaniqcbs. 
Irlande,  627,  65o. 
Italie,    i54  ,   212,  365,  4'9  5  556, 

575,  645. 
— (Histoire  d')  ancienne  et  moderne 
par  Bossi,  A.,  76. 
Italy  and  the  Italians ,  556. 
Ii'anhoe ,  a  romance  hy  the  author  of 

JVauerUy  1  618. 


J. 


Jardinage  ,  587. 

Jaubert,  voyage  en  Arménie  et  en 
Perse,  186. 

—  Observations  sur  le  Byssus  des  an- 
ciens,  25  I. 

Java,  I^w. 

Jawis  (S.  F.  ) ,  Discours  sur  les  tribus 
indiennes  de  l'Amérique  du  nord , 
127. 

Jean- Sans -Peur,  tragédie  par  Lia- 
diércs ,  678. 

Jomard,  C.-B.,  570.  N.,  625,626,674. 

Jordan  (Camille) ,  son  portrait  gravé 
par  H.  Ch.  Muller,  237. 

— Œuvres  choisies,  445. 

Joseph  II  (Lettres  inédites  de) ,  566. 

JOCBNAUX   et    recueils    PÉRIODIQUES,   CU 

Afrique:  Il  libéral Africano ,  pu- 
blié à  Ceuta ,  627. 
—en  Allemagne  :  Neue  Berliner  Mo- 
natsschrifl^  li^.—IFiener  Jahr- 
hiicher,  i5o. — Der  Z uschauer ^  pu- 


—  SANDWICH,  40J.  nucncr,   iokj.—jj,,,  ^  ,o.,^..^^^.  ,  y^ 

Imprimeries  turques  à  Fera ,  à  Sculari      blié  à  Berlin  ,  212.— Fcjcrslunden, 


10 


TABLE    AXALYTIQVE 


publ.  à  Vienne,  (\.i(,.—Darslellun- 
gen  ans  dem preussischen  Rheinu. 
Mczel  Lande ,  publ.  à  Creutznacb, 
4i6. — Die  VoTzeit,  publ.  à  Cassel, 
417.  — iî/oro-erai/aW ,  publié  à  Stutt- 
gart!,   5-^i.—Aeshulap,  publié  à 
Leipsick ,  655. 
—en  AngUterie  et  en  Irlande  :  The 
gentleman'sMagazine,puh\.kLoa- 
dres,  i52.  —  T/ie  retrospectire  Re- 
viens publ.  à  Londres,  556. — Jour- 
naux publiés  à  Dublin  au  nombre  de 
quatorze ,  65o. 
— aux  Etals-Unis  :  Journal  de  l'aca- 
démie des   sciences  naturelles   de 
Pbiladelpbie,  1  i&.—Annualphilo- 
sop/izcal  Magazine,  puhh  à  Ncw- 
Yorck,  1  26.— A--,.;/,  American  Re- 
view,  publ.  à  Boston  ,  55o. 
—en  France:  Chronique  religieuse, 
pubhée  à  Paris  ,  4oo.—  Chrisliiche 
Mitiheilungcn.  publ.  à  Strasbourg, 
400.— Journal  des  savans,  publ.  à 
Paris,  4oo.  —  Nouv.    Journal    des 
dames,  4oi.— Annales   de    l'agri- 
culture française,    617. —Feuille 
d'annonce  de  la  ville  de  Castelnau- 
dary,6i8. 


K. 


Keppel  Craven's  Tour  through  the 
southem  provinces  of  the  kingdom 
qf  Napies ,  554  • 

Kerss  BarsteUung  derFabril-en,  ôSg. 

Kinsberger  (Van  j  ,  amiral  hollandais  , 
hommages  rendus  à  sa  mémoire  , 

2l5. 

Kock  (Paul  de),  Voy.  Philosophe. 
Koran  (Le\  publié  à  Kasan  ,  aux  frais 

d'un  négociant,  635. 
Kotzehue  (  Aug.  )  Switrigail,  i^Z. 
Krug,  Griechenlands  IVûrdigung , 

146. 


-en  Italie  :  Antologia ,  publ.  à  Flo- 
rence, 643. -j-  — ô 

-en  Norwé^e:  Le  Mercure  du  nord.—  ^^i^olès  ,  C.-B. ,  1 2g 


Le  journal  de  l'Empire. —La  Feuille 
nationale. —Le  Spectateur  norwé 
gien. -La  Feuille  du  malin;  tous 
les  cinq  publiés  à  Christiania,  20S. 

—dans  les  Pays-Bas:  Irène,  publ. 
a  Amsterdam  ,  872. 

—en  Russie:  L'Invalide  russe  ,  publ. 
à  Pétersbourg,  655. 
en  Suisse:  Annales  de  législation  et 
de  jurisprudence,  i52. 
dans  la  Turquie  asiatique  :  Le  Spec- 
tateur oriental,  journal  franc.,  publ. 
à  Smyrne ,  4o4. 

Jovellanos  ,  Sur  .les  divertissemens 
publics  ,  569. 

Jullien  (M.  A.)  de  Paris,  fondateur 
et  directeur  de  la  Revue  Encycl. 
C.-B.  190,  191,604.  N.  255. 

JuRispauDENCE,  i52,  i55,  175,  176. 

—française  (Principes  de),  par  Bou- 
lage»  Ï77-  I 


Lacretclle  (Ch.),  Histoire  de  l'Assem- 
blée  constituante.  A.,  Sg. 

Lafond  de  Ladébat,  C.-A.,   6S. 

Lake's  ,  Sketches  oj poetrj ,  61g. 

Lalande  ,  astronomie  des  dames ,  tra- 
duite en  polonais,  662. 

Lamourous,  Exposition  méthodique 
des  genres  de  l'ordre  des  polypiers, 
577. 

Lancasfenan  sjstem  (  Mànual  of 
the  ) ,  12J. 

Lancette.  Voy.  Biografia. 


Langlois  ,  Description  historique  des 
maisons  de  la  ville  de  Rouen,  44^. 
Lanjuinais,  C.-A.,  60.  B.   171,582, 

590. 

— Mémoires  sur  la  religion,  SgS. 

—  Histoire  abrégée  de  l'inquisition  re- 
ligieuse en  France,  5g6. 

—  Lartigue.  Vqy.  Cartes. 

Lascàses  fils ,  Plan  de  l'habitation  de 
Napoléon  dans  l'ile  de  Sainte-Hé- 
lène, iij6. 

Laur    l'oy.  Compas. 

LauraTice,  The  bpok  of  Henoch,  )29. 

Laurent' s  Recollections  Ôf  a  classi  - 
cal  Tour,  354. 

LauiTiglon's  Enthousiasm,  of  nietho- 
disls  and  Papists ,  556. 

Ledesj::a  ,  Catecisino  de  la  moral  ci- 
vil ,  i5g. 

Legend  i The)  of/Irgyle,  56 1. 

Législation.  i52,  208,  368,  425,  45i, 
564,  5i,8,  635,  648. 


DES    MATIÈRES. 


11 


(Coup  d'œU  sur  la  aouveUe), Luther,  inauguration    de    sa  statue 
is-^  Bas    162  colossale  a  \Vittemberg,0o7. 

uim/.elle  (Observations  sur  plu-  Lymon   Rapport  fait  à  la  société  dV 
euis  points  importuns  de  notre  ^, 
ar  Dupin,  A.  ,  60. 
ewel.  Dernières  années  du  règne  [ 
e  Sigismond- Auguste  ,  565. 
ncrcier.  f^qy.  Louis  IX. 
Normand,  C.-A  ,  42. 
ur.  F'oy.  Annuaire, 
dières  ,  Jean-sans-Pcur ,  tragédie  , 
78. 

erté  de  la  presse  (De  la  ) ,    par 
.  Benlham ,  353. 
în  Norwége,  loi  y  relative  ,  208 
joi  y  relative,  rendue  par  les  Gor- 
ès  d'Espagne ,  648. 


ui.>i..> ,  n —    -- 

colossale  à  Wittemberg,  607, 

ynion,  Rapport  fait  à  la  sociét 
griculture  de  Hampshire ,  549. 

M. 

Machine  à  plonger,  de  M.  Farkas ,  à 
Vienne,  209. 

Machines  (Des)  employées  dans  di- 
verses fabrications ,  47» 

Macnab,Oh3ert.-alivnsonihepoUiical, 
moral  and  religious  state  of  ihe  ci- 
vllised  world,  4o2. 

Magnétisme.  Voyez  \i.dca&te,ca. 

—  animal  (  Expériences  sur  le),  par 
du  Potet,  079. 


iMahul  (A.) ,  C.-A  ,  89.  B, ,  i36,  6o4 
•HOGRAPHiE ,  progrès  de  cet  art  en  1^^^^^,^.^,^  ^^j,j,QlQgjjjye^  608. 


.\ussie ,  207.  . 
'  Progrès  de  la  )  à  Stuttgard^  4 18. 
la,  Famiglie  celebri  iialiane,  365 
niiRATUEE  Allemande,  i49  »  i^o, 
m  ,  212,  062,  £66,  568,  572,  674, 
iig,  636.  —  Anglaise,  i33,  34i, 
j.49,  561,618,  619.— Arabe,  402.— 
Biblique,  129,  556,  593.  —  Danoise, 
i4i,  G34,  — Espagnole,  161,569.— 
Française,  102,  111,  174?  18S,  191, 
192,  193,  593,  394,  395,  397,  445, 
446,  540,  600,  609,  610,  67S.— Hol- 
landaise, 162,371.— Italienne,  i55, 
157,  i58,  2i3,  365,  366,  411^  ^77, 
643,  644.  —  Norwégienne,  565.— 
Polonaise,  565. —  Russe,  206.— 
Samscrite,  142.— Turque,  646 
Italienne  (delà),  dans  la  seconde 
moitié  du  xviue  siècle  ,  365. 
ÎL'es  [The)  ofeminenlSculsmen.ZS^ 


Maison  de  banque  de  consignations 
commerciales,  établie  à  Paris,  23 1. 

Maistre  (Joseph  dej ,  Considérations 
sur  la  France  ,  600. 

llajo  {Jngelo).  Iliadis  fragmenta 
antiqiiisdma  cum  j>icturis ,  ô6j. 

Manuscrit  palimpseste  ,  contenant 
plusieurs  iragmens  du  code  Théo- 
dosien  ,  42'- 

Manzanarès,  Inconvéniens  de  l'ensei- 
gnement mutuel. d'après  la  méthode 
de  Lanças  ter,  5So. 

Marais  mouvant  de  Kilmaleady,  en 
Irlande,  627. 

Maraise  (  Madame  de  ) ,  Histoire  de 
France,  189. 

Marasquin  Mahaleb,  22S. 

Maroc  ,  2o4- 

Marquis,  Fragmens  de  philosophie  bo- 
tanique, 166. 


lorenie   iJuan-Anlonio)  iJfemor/a  Marré.   Foyes  AUieri 


historica,  568 

-Apologia  calolica  del  proyeclo  di 
conslilucion  religiosa ,  4oi . 

-C.-B  ,  159,367,578.,  N.648. 

och  (  James)  Compte  rendu  des  bo- 
nifications faites  aux  domaines  du 
marquis  de  Stafford,  A. ,  5 18. 

OGiQCE  ,  578. 

lOnde,  Gymnastique  médicale,  38o 

iOngévité  (Exemple  rare  de) ,  4o4. 

.orehzoda  Ponte  {An  extract  from 
tlie  llfeof),  x-i.-]. 

iouis  IX  en  Egypte,  tragédie,  par 
Lemercicr ,  445. 


Marron ,  G -B. ,  58o. 

Martinique,  sur  les  plantes  de  cette 
île,  4i3. 

Massabiau,  De  l'esprit  des  institutions 
politiques.  A.,  489- 

Massacre  des  étrangers  à  Manille  , 
4o5. 

Mathématiqces,  222. 

Mécasiqub  (Traité  complet  de)  appli- 
quée aux  arts ,  par  Borgnis,  A. ,  42. 

Médecine,  159,  i63,2i5,  553,  o58, 
569,  4o5,  410,  554,  590,  592, 635, 

Mélanges  de  la   société  littéraire  de 

1     Bruxelles  ,571. 


1  9 

•^-^  TABLE    ANALYT1<,>IE 

Mémoibes  et  RAPPOBTS  de  sociétés  sa- 
rantes  et  d'utilité  publique  de  l'aca- 
démie des  sciences  de  Pétersbourg, 
i56. —  De  l'académie  des  sciences 
de  Bruxelles,  161.— De  la  première 
classe  de  l'institut  royal  des  Pays- 
Bas,  570.— De  l'académie  de  l'his- 
toire d'Espagne,  368 —De  l'acadé- 
mie royale  des  sciences  de  Caen', 
614.— Delà  société  d'agriculture  du 
département  du  Doubs  ,  614. 
Rapports  (Premier  et  second)  de  la 
société ,  pour  prévenir  la  pauvreté 
de  New-York,  68.— (Troisième)  de 
la  société  biblique  américaine,! 26. 
— Annuel  du  conseil  américain  pour 
les  missions  étrangères,  54o (Cin- 
quième) de  la  société  de  paix  de 
Massacbussets,  549.— (Cinquième) 
de   la   société  d'éducation   améri- 
caine ,  349.  —  (Troisième)  de  la  so- 
ciété  de  colonisation  américaine, 
349.  —  De   l'académie  ro\ale   des 
sciences  de  Rouen,  164.— De  la  so- 
ciété  de   médecine   de   Toulouse , 
i63.  — Transactions  de  la   société 
royale  de  Londres,  127, 
Mémoires  ,    notices  ,   tETTEES   et   mé- 
langes fl.)  :  Sur  les  chèvres  de  race 
thibélaine,  5.— Biographie  de  Sha- 
kespeare (Buchon)  ,  i3.— Notice  sur 
les  sculptures  duParthénon  (P,  A.), 
29- —  Dissertation  sur  le  Byssus  des 
anciens  (Henry),  241.— Notice  sur 
Je  conseil  de  salubrité  ,  établi  près 
la    préfecture    de    police    de  Paris 
(E.  Salverte) ,  252.  —  Observât,  sur 
les  revues  scientifiques  et  littéraires 
anglaises  (B.— y.) ,  449.  _  Sur  les 
avantages  de  l'instruction  publique 
chez  les  Grecs   modernes,  435. — 
Discours  prononcé  dans  la  séance 
publique    de  l'académie  Ionienne, 
le  i5  août  1809  (Ch.  Dupin),  456. 
Memoria  sulle  strade  e  su' ponii  mi- 
litari, i55. 
Mère  rivale  (La) ,  comédie,  par  Casi- 
mir Bonjour,  238. 
Mersan(de  S  Manuel  du  chasseur,  SSr, 
Métrai  (A.),C.-B  ,  170. 
Mexique  (Mémoires  sur  la  révolution 

du),  par  Robinson,  35o. 
Michclot,  C,-B. ,  169,  179.  614.  —La 


rédaction   générale  des  Nouut 

scientifiques  et  littéraires  ,  et 

articles  signés  M — t. 
Microscope  du  professeur  Amici . 

Modène,  420. 
Mill's  éléments  ofpolitical  econoi 

i3i. 
IMillar's  éléments  of  chemistrj,  1 
Millin,  hommage  décerné   à  sa  i 

moire  par  l'académie   des  insc 

tions  et  belles-lettres  de  Paris,  4 
MilVs  Treatise on  Inland nauigati 

MliyÉBALOCIE,  62O. 

Mogols  (Hist.  des)  et  des  Tatares,  ( 

Moldavie  ,  187. 

Moniémont,  Voyage  aux  Alpes  e1 

Italie,  393. 
Montesquieu,  Esprit  de  lois  ,  trac 

en  espagnol ,  57S. 
Montolieu  (  Madame  de  ) ,  Œu^ 

complètes,   190. 
Montrone.Del  Cinismo,  576. 
Monument    proposé  par    l'acadéi 

des  beaux-arts  de  Madrid,  pour  é 

niser  la  journée  du  9  juillet  18: 

où  le  roi  prêta  serment  à  la  con 

tution,653. 

—  proposé  par  la  municipalité 
Madrid  ,  en  l'honneur  des  victir 
de  la  journée  du  2  mai  1808,  65 

—  en  l'honneur  de  Bayaid ,  prop 
pour  orner  la  ville  de  Grenoble,  6 

—  érigé  à  Wittemberg  en  l'honn. 
de  Luther,  657. 

Moore  (Thomas)  d'AIicante,  Obs 
vations  sur  le  crédit  public,  067 
Mora,  Dlscurso,  etc.,  161. 

MOBALE  ,   289. 

Moratin  {Comedias  de),  619. 
Morghen.  Vojez  Gérard. 
Morin.   Voyez  Ordinaire. 
Mouline  ,  Les  leçons  de  la  parole 

Dieu  sur  l'étendue  et   l'origine 

mal  dans  l'homme ,  564. 
Muller,  graveur.  Voyez  Jordan. 
Muller  (Jean  de),  Histoire  universel 

traduite  en  hollandais  par  Van  Kai 

pen  ,  570. 

Musée  d'histoire  naturelle  de  Bc 
deaux ,  655. 

—  d'histoire  nalur.  de  Cent  vc  ,  4iq 

—  spécial  de  copies  (  Sur  la  néccss'i 


e  former  un) ,  M. ,  29. 
sset-Pathay,  Histoire  de  la  vie   et 
es  ouvrages  de  J.-J.  Rousseau,  A., 
02 ,  111. 
rHOLOGiE  du  Nord,  Î09. 

N. 


farrondo ,  Memona  presenlada  a 
as  Corles ,  067 . 

PLEs  (Mém.  hist.  sur  le  royaume  de), 
)ar  le  comte  Orloil',  i85,  A. ,  3o6. 
poléon  Bonaparte  (Mémoires  de) , 
92. 

((Kuvres  de)  ,  092. 
(Documens  historiques  sur  la  ma- 
adie  et  la  mort  dej,  392. 
Voy.  Carr^on-Nisas. 
TATION  ,  5j5. 

ufrage  de  la  frégate  la  Méduse,  par 
Corréard  et  Savigny,  091.      , 
cker  de  Saussure,  Voyage  en  Ecosse, 

ccROLOGiEs  :  Le  comte  Cluétien  de 
Stolberg,  à  Eckernforde ,  dans  le 
duché  de  Schleswig,  209.— L'abbé 
Simeone  Assemani,  à  Padoue,  214. 

—  Marcheua  ,  en  Espagne,  214. — 
Carie  Vanloo  ,  peintre  français,  259. 

—  Godefroy,  naturaliste  français  , 
massacré  à  Manille,  4o5.  —Arthur 
Young, secrétaire  du  conseil  d'agri 
culture  de  Londres,  4'i-  — Cl.  L. 
Buch,  à  Munster,  4i8.  — Weber, 
maître  de  chapelle  du  roi  de  Prusse , 
4iS. —  Achard  ,  de  l'académie  des 
sciences  de  Berlin,  4 1  g-  — Le  comte 
L.  E.  Corvetto,  à  Gènes,  421.  — 
F.  L.  Gilii,  à  Rome,  422.  —  Lefè- 
vre-Boschard ,  à  Saint-Quentin,447- 

—  Th.  Thaarup  ,  poète  danois,  à 
Copenhague  ,  654.  —  Le  docteur 
Franck,  à  Vienne.  658.  — C.  A.  Gé 
rard  ,  conseiller  des  finances,  à  Ber 
lin  ,  638.  —  Le  professeur  Voss  ,  à 
Halle  ,  658.— J.  T.  Hermès,  surin- 
tendant ecclésiastique  ,  à  Breslau  , 
659.— J.  A.  Rossmaeler,  graveur,  à 
Leipsick,  639.  —  Lechevalier  -  Pe- 
cheux,  peintre,  à  Turin,  646.  — 
Madame  Lerebours,  à  l'Arche,  près 
de  Mans,  679. 

fBWFOuNDLAN  (Tcrre-Ncuve  ) ,  colonie 
antique,  4o4. 


DES    MATIÈRES.  13 

Nicolini  (Giuseppe) ,  auteur  dramati- 
que italien  ,  2i5. 

Noblesse  (De  la)  en  Norwége,  par 
Heiberg,  i38. 

Nominations  académiqees  :  Ph.  Gol- 
béry,  à  Colmar;  John,  à  Berlin; 
Haas,  Hepp, Richard  etEngelhardt, 
à  Strasbourg ,  429.—  Savigny,  à  Pa- 
ris,45o — Buchner,  à  Landshut,  636. 

—  Liadières,  658. —  Grange,  639. 

NoawÉGE  ,  i58,  207,  564. 

Nota ,  auteur  dramatique  italien ,  nou- 
velle publication  de  ses  œuvres , 
645. 

NocVKLLE-HoLtANDE  ,  62  1. 

NonVELtES  SCIENTIFIQUES  ET  LITTÉBAIRES 

(IV.)  :  Allemagne,  209,  4i3,635. 
— Gap  de  Bonne  -  Espérance,  2o3. 
Chine,  201. — Danemarck,  209,  634. 

—  Egypte  ,  4;o.  —  Espagne,  214, 
423  ,  648.  —  Etats-Unis ,  197 ,  4o3 , 
404,620. — France,  216,426,655. — 
Grande-Bretagne,  2o4  ,  4ïo»  627. — 
Hes  Arctiques, 620.  — Ile  de  Ceylan, 
4o4. — lies  Philippines,  4o5.  —  Iles 
Sandwich,  4o5. — Indes  orientales, 
201,202,621. —  Italie,  212,419» 
643. — Maroc,  204.— Norwége,  207. 
Nouvelle-Hollande,  621.  — Nubie, 
620. — Paris,  221,  429,  663. —  Pays- 
Bas,  21 5,  653. — Perse,  4o4' — Por- 
tugal, 424- — Russie,  206,  633.  — 
Sierra-Leone  ,  202.  —  Suède,  207, 
4i3,  634. — Suisse  ,  419»  639. — Tur- 
quie, 423, 646. — Turquie- Asiatique, 

4o4. 

Nl'BIE  ,  623. 
NuKISMATIQliE  ,  368. 

Nuinmi  Muhamedani  qui  in  acad. 
imperialis  scienliarum  museo  asia- 
lico  asserfanlur,  6ô'5. 

Nyerup  et  KrafTt,  Dictionnaire  des  au- 
teurs danois,  i4i. 

—  Calalogus  Ubrorum  samscritano- 
runi ,  guos  bibliothecœ  uniuersita- 
tis  Hafniensis  val  dédit,  vel para- 
vit  N.  PFallich  ,142. 


0. 

Oelsner,  Dissertation  sur  Mahomet, 

traduit  en  hollandais,  58o. 
Œdvhes    COMPLÈTES    de    madame    de 
1     Staël,     88.  540;  —  de  madame  de 


lA 


TABLE    ANALYTIQlïE 

de  madame  de 


Montolieu,  190 
GraCgny,  3c)5. 

—  choisies  de  Fénélon,  ij^. 

de  Camille  Jordan,  44^ 

Oiseaux  (Les^  et  les  fleurs,  en  arabe, 
publiés  par  Garcin  ,  ^02. 

Opbtalmiste,  ou  l'ami  de  la  vue,  162. 

Opoix,  De  l'ame  dans  la  veille  et  dans 
le  sommeil,  091. 

Optique  ,  420. 

Oracle  de  Delphes  ,  par  F.Torriceni, 
565. 

Ordinaire  (J.  J.) ,  Application  de  sa 
méthode d'enseignementdans  l'ins- 
titution de  M.  Morin  ,  200,  670. 

Ordre ,  Les  exilés  de  Parga ,  1 92. 

Orlofl'  (Le  comte),  Mémoires  histo- 
riques sur  le  royaume  de  Kaples, 
publiés  parAmaury  Duval,  A.,  3o6. 
—  B.,  i85. 

Os  (Action  des)  employés  comme  en 
grais,  227. 

Osscmcns   fossiles    (  Recherches    sur 

les),  par  Cuvier,  579. 
—  humains,  découverts  sur  les  bords 
du  Scioto  dans  l'état  de  l'Ohio,  197. 
Ouïn  ,  De  l'exportation  et  de  l'impor- 
tation des  grains,  179. 


Palissot  de  Beauvois ,  Flore  d'Ov\  are 
et  de  Bénin,  i68. 

PaniphleteeriThe),  555. 

Panorama  d'Athènes,  445' 

Pareau,  Lucius ,  sife  napiganies , 
580. 

Pahis,  221,  262,  429,  665. 

Pariset  (Madame) ,  Manuel  de  la  mai 
tresse  de  maison,  1S9. 

Parry's  Voyage  fur  the  discouery  oj 
a  norJi  west  paxsage,  558. 

Parthenon  (Sur  les  sculptures  des 
frontons  du',  M.,  29. 

Pasero,  Note  sur  la  véritable  interpré- 
tation d'une  loi  italienne,  178. 

Pauvreté,  ses  causes  et  les  moyens  em- 
ployés à  J\êw-York  pour  la  préve- 
nir, A.,  68. 

Pays-Bas,  i6i,  2i5,  069,  58o,  653. 

Pei>tuhe,     T'oyez  Dessii\. 

Pèlerin  (Le)  àbobromil,  suite,  563. 

Pebsb , 186, 404. 

Peste  (Histoire  de  la)  qui  s'est  mani- 


j     feslée  à  Malte,  Gozo,  etc.,  pa 

p.  Tully,  554.  * 

Philibert,   roman  poétique,  pai 
I      Grattan,  A.,  541. 
Philologie,  i36,  i44  ,  157,  235 ,  • 

060,  56i,  567,416,  434,  570,  5 

5So,  635. 
Philosophe  (Le)  en  voyage,  opéra, 

de  Kock,  446. 
PHitosopniE,  17,,  173,581,402,4 

576,  5So,  6o5. 
Physique  ,  206,  576,  643. 

—  élémentaire  de  Biot,  583. 

—    de  Haijy,  583. 

Phytographie  médicale,par  J.Roqi 

076. 
Pierre-le-Grand,   tragédie  polona 

par  Szumski,  564. 
Planard.  Foy .  Emma. 
Poésie,  i5S,  161,  162,  192,  193,3 

565,  565,568,  609,619,  654. 

—  DBAMATIQUK  ,    l58,    l63,    2l5  ,  3 

445,  446,  563,  577,  619  ,  65i,  67 

Poésies  (Kecucil  annuel  de)  de  la 

ciété  littéraire  de  Bruxelles,  i6 

—  de  Falamonica,  645. 

Poètes  célèbres  de  l'Italie,  collect 
de  leurs  œuvres,  laite  sous  la  dir 
tion  de  W.  Roscoe,  4ii 


'0 


%> 


Polémique  littéraire,  209. 
Politique,  182,  i38,   146,  i_^, 

161,  178  ,  187,  2i'4,  289,353',  5 
I     ^^/  ' i^?' //o^'  ^97>  598 ,  600 ,  6( 

D04,  600,  64s. 

.Politz,   Uniriss   der  Geschichle   , 
I     Preuzsisihcn  Siaals ,  565. 
Pologne,  i56,  662. 
Polypiers.  Vcy.  Lamouroux. 
Pompei.  J^'oy.  Corse. 
Pont  en  chaînes  sur  la  rivière  Mer 
mack,  aux  Etats-Unis,  620. 

—  de  Louis  XVII I  à  Bordeaux,  65 

—  du  même   nom  ,  à  Saint  -  Sev( 
656. 

Population  de  la  Turquie,  423. 
Porcelaine  (Fabrique  de)  dans  le  d 

parlement  de   la   Haute  -  Vienn. 

426. 
Portugal,  424. 
Potet,  Expériences  sur  le  magnétisa 

animal ,  579. 
Pougens  (Ch.) ,  Vocabulaire  de  mo 

anciens,  tombés  en  désuétude,  67< 

—  Lettres  de  Sosthène  à  Sophie,  67^ 


DES    MATIERES. 


15 


•ouqueville  ,  voyage  dans  la  Grèce, 
A.,55i. 

^rices  (  David) ,  Chronolo^^ical  re- 
trospect,'^'''^- 

'eisné,  Précis  de  la  vie  de  Jésus- 
Christ,  583. 

'rix  proposés  :  par  l'académie  royale 
de  Londres,  206  ;  —  par  la  société 
d'instruction  publique  de  la  Corse, 
2 1  (j  ;  —par  la  société  des  lettres, etc., 
de  Metz,  219  ;  —  par  la  société  de 
pharmacie  de  Paris, 2a6;  —par  l'a- 
cadémie roy.  des  sciences  usuelles 
d'Erfurt,  4i4;  — par  l'académie 
des  inscriptions  et  belles-lettres  de 
Paris, 452;  —par  l'université  de  Co- 
penhague, 654;  -  pai'  ^^  société  pour 
l'encouragement    des   arts  de    Ge 


le  vieux  Cévenol ,  ôgS. 
Ramcye.  Fo}'.  Télescope. 
Rancé    f'^oy.  Retour. 
Rapports  de  Sociétés  savantes,  P'oy. 

ÎNlÉMOIRES. 

Raymond'^  ,  Tàoughis  on  poUtiçal 

econoniv  ,  5 00. 
Réclamation  de  priorité  du  docteur 

Forni  à  Turin,  relativement    à   la 

découverte  de  l'identité  du  fluide 

magnétique  ,  645. 
Reld's  Essays   on   liypochondnas  , 

555. 
Religion-  Koy ■  Théologie. 
— (Mémoires  sur  la)  ,  par  Lanjuinais, 

595. 
Retour  (Le),  ou  l'oncle  et  le  neveu  , 

comédie ,  par  Rancé  <  445. 


1  encourasremenc    ues   ans  uo    "■=-       \-"'r  -  •■         . 

néve,  G5o;-par  l'académie  des! Revues   (Observ.   sur  les;,  scientifi 
reaux-art?  de  Milan,  645;-par  l'a-       ques  et  l.tt.  anglaises   M     449- 


Reynier'(L.),  Lettre  à  M.  Jullien  re- 
lativ.   au  Byssus  des  anciens  ,  642. 

Ruera, Saa;f^,io su  i rapport;, etc. ,  1 55. 

Robert  ,  Tableaux  des  intérêts,  170. 

Robinson's,  Menwirsoflhe  Msxican 
rei/olution  ,  55o. 

Rolland  de  Villargues ,   Foj.  Substi- 
tutions. 

Romains  (Esquisse  des  mœurs  domes- 
tiques des  anciens),  555. 

Romans,  191,  34i ,  594,  56i,  610^  618, 
656. 

Rome  (Déblaiement  et  excavations  du 
Forum  de),  421. 

Roques,  Phytographie  médicale, 076 

Rousseau  (Hist.  de  la  vie  et  des  ouvra- 
ges de  J.-J.) ,  A.  ,  102  ,  1 1 1 . 
Honneurs  rendus  à  sa   mémoire  à 

Genève,  4  ï9' 
Runes  allemands(Sur  les), par  Grimm, 

070. 

Rus  eVs  Essay  on  the  hislory  of  the 
englis/i  governenicnt  and  consti- 
tution ,  l32. 

Russie,  i56,  206,  557,  653. 

S. 
?ÏÏ5S1scânce  du) ,  par  Fritot  ,lsae.  ,  -  ^^ -leur  des mc^n^^d^nt 

^97-  roiHenriIV,558. 

R-  Sages-femmes,  sur  leur  emploi  en  chi- 

Rabaut-Saint-Étienne,  Précis  de  l'his-       rurgie,i49-  1  •„  „Ho 

toire    de   la    révolution  française  ,lSalaberry,  Essa.s  sur  la  Valaclue  et  la 
-00  Moldavie,  107. 


cadémie  zélandaise  des  sciences 
654  ;  —  par  l'académie  des  sciences 
d'Amiens  .  658;— par  la  socldé  J'é- 
mulation  de  Cambrai ,  ôSg  ;  —  par 
l'académie  des  sciences  de  Tou- 
louse, 661  ;  —  par  la  société  d'agri- 
culture de  Toulouse  ;  662  ;  —  par 
l'académie  française,  666; -par  l'a- 
cadémie des  beaux  -  arts  de  Pans, 

^67-    -  ^      . 

—  DÉCERNÉS  :  par  l'académie  des  ins- 
criptions, etc.  de  Paris.  43ij  432;  — 
par  l'académie  des  beaux-arts  de 
Paris,  456,  668;  —  par  l'université 
de  Paris,  440;— par  l'académie  zé- 
landaise des  sciences, 655;^  par  l'a- 
cadémie des  sciences  d'Amiens , 
65-; —par  la  société  d'émulation  de 
Cambrai,658;  -par  l'académie  des 
sciences  de  Lyon,  659  ;  —  par  la  so- 
ciété académique  de  Nantes  ,  660; 
—  par  la  société  libre  d'émulation 
de  Rouen,  660  ;  —  par  l'académie 
française,  666. 
Prophètes  (  Les  ) ,  nouvellement  tra 
duits  de  l'hébreu,  par  Agier,  ogS. 


landie    (  Nouvelle    espèce    de  ) 
uvée  en  Italie  ,  4iO. 


i6 

Salaui 

trouvée  en  Italie  ,410 

Salfi,C.- A.  ,76,506. 

Salverte  (Eusèbe)  ,  C.-M. ,  232. 

Sanderson  ,  Biographie  des  signatai- 
res de  la  déclaration  d'indépen- 
dance ,  554. 

Sauvages,  Dictionnaire  languedocien 
français ,  606. 

Scarron  ,  Le  roman  comique  ,610. 

Schlegel{Aug.  GuiL)  ,  Spécimen  no- 
vœ  typographiœ  indicée ,  1 96. 

Schvrartzkopf.  f^'qy.  Droit  public. 

Schweighœuser  (G.)  ,  Die  Sliifen  der 
Bildung ,  362. 

Scrittori  d'Ilalia.   Voy.  Ugoni. 

SciLPTCHE,  21 5,  399,  637,  657. 

Sculptures  (Sur  les)  des  frontons  du 
Parlhenon  ,  M. ,  2g. 

Ségur,  Histoire  de  France,  676. 

Sempere  Guarinos ,  Bibliotheca  espa 
nola  economico-politica  ,  5-Q. 

Senée  ,  De  l'histoire,  etc.,  6o5, 

— De  signis  ,  6o5, 

Serres  chauffées  par  hi  chaleur  des 
écuries,  2o5. 

Shakespeare  (Biographie  de) ,  M.,  i5, 

Shelly  (Mad.}.  Foj\  Frankenstein. 

Sickler.  f^qy.  Homère. 

Siebe»-Leone,  accroissement  de  la  po- 
pulation et  de  la  prospérité  de  cette 
colonie  j  202. 

Signis  {De),  sive  de signorum  in  ideis 

generandis  vi ac potestate ,  6o3. 
Simons-Candeille,  Agnès  de  France 

394. 
Sismondi  (J-  C.  L.  de)  ,  C.-A. ,  5i8. 
Smith  ,    Journal    tenu    pendant    un 

voyage  à  Congo, i38. 
Société  pour  prévenir  la  pauvreté  de 

New- York  ,  A. ,  68. 

—  géologique  américaine,  197. 
— asiatique,  de  Calcutta,  202. 

—  littéraire  ,  de  Ceylan  ,  4o4. 
— roy.  de  Londres  ,  127. 
— Des  Missionnaires,  de  Londres,2o6. 
— d'encouragement,  de  Londres,  2o5. 

—  de  Londres,  pour  la  conversion  des 
Bohémiens  errans  en  Europe  ,  629. 

— philosophique  de  Cambridge  ,  206. 
— royale  de  Dublin  ,  627. 
— littéraire  dite  Humaniiels  Gescll- 
schaft ,  de  Berlin  ,211. 


TABLE    AXALYTiQrE 

j  —des  sciences  natur.  de  Halle  .210; 
— d'écon.  rurale  de  Stuttgard,  414. 

—  pour  l'encouragemeut  des  arts  d 
Genève,  659. 

—bourbonienne,  de  Naples  ,  643. 

—  académique,  de  Nantes  ,  660. 

—  de  médecine,  de  Toulouse  ,  i63. 
—d'agriculture  ,  de  Toulouse  ,  662, 

—  des  sciences  et  arts,  de  Strasbourg 
427. 

—  des  lettres ,  sciences  et  arts .  d 
Metz  ,219. 

—libre  d'émulation,  de  Rouen  ,  C60 
-d'émulation  ,  de  Cambrai,  658. 

—  de  l'instruction  publique  de  1 
Corse  ,219. 

—  de  pharmacie  ,  de  Paris  ,  22G. 

—  de  la  morale  chrétienne,àParis,6Ç8 
— Biblique  aux  Etats-Unis,   126. 

if'''qy -aussi le  mol  AcADÉMiB..) 
Source  de  bitume  découverte  au  nord 

ouest    du  Duck-Creek  aux    États 

Unis  ,  197. 
SouBDs-MCETs  (instruction  des)  à  Phila 

delphie,  200. 

—  (Institution  des)  à  Rodez  (Avey 
ron),  427. 

Souscription  proposée  pour  l'hospice 
du  Saint-Bernard.  640. 

Southey.  f^qy.  Wesley. 

Staël  (Mad.  de).  Œuvres  complètes, 
iSS.A.  ,540. 

Stafford.  J^qy.  Loch. 

Stapfer,   C.-A.,  493. 

Staiings  Gedichten ,  871. 

Stassart,  C,-B.,  161. 

Statistique,  169,  182,  202,  4ii,4i5, 
423. 

— littéraire  de  Russie  ,  206. 

Stober,  Griechenlands  Erwachen  , 
619. 

Strahlmans  Finnische  Sprachlehre 
357. 

Strixner,  Collection  litographiée  de 
tableaux  de  l'ancienne  école  alle- 
mande, 4i8. 

Style  des  orientaux ,  656. 

Substitutions  (Des)  prohibées  par  le 
code  civil  ,  par  Rolland  de  Vil- 
largues,  177. 

Sucre,  sa  propriété  anti-vénéneuse, 

2ld. 

Suéde  ,  207,  4 «5,  654. 

Suisse,  i52,  364,  419,  493,  673,  639. 


DES   MiTlÈBES. 

Tully.  Foy.  Peste. 
T.  Turquie  ,  423  ,  646. 

— Asiatique  ,  4o4. 
TypooaAPHiB ,  196. 


17 


allas  chronologicas ,  58o 

ableaux  cbronométriques ,  par  Ool- 
faux ,  585.         ,       ,,  ,    ,, 

actique  électorale  à  1  usage  de  1  op- 
position, 6o3.         „       „      - 

aiUandier  ,  G.-A.  a89  ,  B.  i52. 

^asso  {Torquato),  Lettere  e  versi. 
iS".  _ 

"ECHJiOLOGIB,  205,  219,  359. 

'élescope  perfectionné  par  M.  Ka 
mcve  ,  à  Aberdeen ,  204.        . 

'éreiice  (Comédies  de) ,  traduites  en 
vers  français  ,  par  Bergeron,  162. 

fernaux  (Lettre  de  M.),  membre  de 
la  cbambre  des  députés ,  à  ses  cor- 
respondans ,  6o4-         ,  . 

festament  (Texte  grec  du  nouveau), 
par  Valpy,556.  _ 

rhéàtre  de  M.  J.  Chénier ,  097 


u. 

Ugoni  (Camillo)  propose  la  continua- 
tion de  l'ouvrage  biographique 
{Scritlori  d' Italia)  du  comte  G.  M. 
Mazzuchelli,  212. 

Délia  lilteralura  italiana,  565. 

XJkivehsités  :  de  Transylvanie  ,  à 
Lexington,  198;  — de  Breslau  ,  4i4; 
—  de  Copenhague  ,  654  ;— d'Erlan- 
gen ,  656. 

UfiAsoGBAPHiE  (Cours  d'} ,  par  Che- 
min Dupontès,  186. 

V. 

Valachie,  187. 


-'x^m'in  ÎR^'es'îunMé^olVertes  r.^         keCodo  de  cueniay  razon  , 


Valle  [Cesare  délia)  ,  Tragédie,  i58. 


près  de  Mandeure    (Doubs)     9.16 
Théâtres  de  Pans,  236   44^  -    {^'         Valpv's,  Greck  testament,  556, 
Thénard,  Traité  de  chimie   ^l^'^^^Uin  ^^^pen ,  Histoire  des  lettres  et 
taire,  169.  des  sciences  dans  les  Pays-Bas,37i. 

Théologie,  Religion  et  Gllte  ,  ^l%A__rr^     Mùller. 

555,  564,565  .  58o  ,4oo,/oi ,  *o^'  yj^^^^^^  Interprétation  des  alpha- 
556,595.  596,629,600.      ^    ^^^        bets  dont  on  faisait  usage  pour  les 

lé-^endes  des  monnaies    anciennes 
d'Espagne,  568. 
Ventun,  Memone  et  lettere  inédite  , 

rar'^as,  Diccionariogeografico,  1 59. 


ThZnJphôri'islbe)  :  (lisserait  Au- 

^iislus  JVellauer,  060. 
TÛiebaut  de  Berneaud,  C.-IN,,  0^0 
Thiessé  (Léon) ,  C.-A. ,  m- 
Thrise.  Historia  Cy renés  .  à3^. 
Toile  de  Momie,  portant  des  carac- 


tères e 


Momie,  portant  des  cf"^-(.J[|>^ouvelle  (Fondation  d'une)  dans 
égyptiens  qui  paraissent  être  ViUenouv^,^^^  Macquaire,    (Nou- 


la  marque  de  1  étoffe  ,M;^^  ^^^J     velle-Hollande) ,  620. 


la  marque  u^  *  >- '      /■         p^    ,    1      veiie-ii"""""-;  ' 

To.c  Kp«.V.o^9«TO£  T«5  Ei/p^^'-f  ^*^'-|yocabulaire  bohémien,  du  professeur 

xîvTi,  6o5.  ,  •     •     c 

Torombert, Exposition  des  P"°"J/'lvJiûeyV  Les  ruines,  175 

ou  Classification  des  sciences,  etc.,  vomej  ,    ^        „:_^„:„.., 


TorrYceni ,  L'oracolo  di  Belfo ,  etc. , 

Tonvàe  Londres  (Histoire  et  antiqui- 
tés de  la) ,  par  Bailey,  62. 
Traductions  nouvelles,  en  allemand, 


Palkowitsh,  655. 
voluey,  Les  ruines      ,  _  . 

Voyages  dans  l'intérieur  de  1  Amen- 

rique,parHarmon,  554. 
_ du  missionnaire  ang  aïs  Campbell , 

dans  l'intérieur  de  l'Afnque,  4io. 
-à  Congo,  par  Smith,  iSy. 
_en  Arménie  et  en  Perse  ,  par  Jau- 

bert^  186. 


des  classiques  grecs  ^^  ^fj"';  ^  dJ_dans^la  Grande-Bretagne ,  par  Ch 
Tragédies  de  C.  délia  Valle ,  duc  de       Q  deuxième  partie ,  i;'- 

ir°_r:„^or,r.     i5S.  ^    t,     '__   _„,  TV«Apr  de  Saussure 


Ventignano  ,  i58. 
Transactions  {Philosophical),  of  th. 


Len  Ecosse,  par  IN^ecW  de  Saussure, 
Transactions  [,t'tiuosujjni.^^-),-j  •■■-[ 

royal  socielyofLondon,x-27-  J^  ^;^  le  nord  de  l'Allemagne ,  par 

Treschow,Loi^gi^nings-Princifies,\         ^^    .j^^  ,5,. 

564.  ^ 


18  TABLE    ANALYTIQUE    DES    MATIÈRES, 

—aux  Alpes  et  en  Italie ,  par  Monté- 1  „, 

mont,  395.  W. 

—aux  Alpes  maritimes,  par  F.  E.Fo-L,  ,.  „     ^      . 

deré,  Sga.  Walkenaer  ,  Recherches    géographi 


deré,  Sga. 

—dans  le  royaume  de  Naples ,  par 
Keppel  Craven ,  354. 

—dans  la  Grèce,  par  Pouqueville, 
A. ,  33i. 

—en  Grèce,  par  P.  E.  Laurent ,  354. 

—souterrain ,  par  Bory  de  Saint- Vin- 
cent ,  586. 

—dans  les  Montagnes  maudites  ,  par 
Léon  Dufour ,  586 


ques  sur  1  in  ter.  de  l'Afrique  ,1 85 
PFarner's  [Richard) ,  Miscellanies 

356. 
ff^as  ist  der  Zeitgeist  ?  i46. 
Weyland  ,    Pensées   de    Jean    Pau 

Richter,  67 1. 
Wellauer ,   f^oy.  Thesmophories. 
Wesley  (Vie  de)  ,  par  R.   Southey, 

554. 
William,  C.-A.,  534. 


-Di  DÉcocvfiBTEs  du  capitaine  anfrlaisw^û  '    .. 

W.  Parry,  558 ;-du^commaSdant  Wurtemberg, statistique  deceroyau 


w.  Parry,  558;— du  commandant 
russe  VasiUeff,  6a  j ,— du  lieutenant 
King  de  la  marine  anglaise ,  622. 
— sciENTiFiQLEs .'  de  MM.  Waddington 
et  Hanburg,  en  Egypte,  4io:  — 
du  jeune  Witte ,  en  France  et  en 
Angleterre  ,  44i  ;_de  plusieurs  sa- 
vans  américains,  aux  îles  Arctiques 
620;  du  colonel  Francklin,  aux  In- 
des orientales,  6ai;-de  M.  Cail- 
Iiaud,  en  Nubie,  623,626. 


me,  4i5. 


Y. 


Young  (Arthur)  ) ,  Notice  biographi- 
que, 4ii. 

Z. 

Zoogène  (Substance  appelée) ,  obser- 
vations sur  cette  prétendue  décou- 
verte, 670. 

Zoologie,  4i  1 ,  419. 


FIN    DE    lA    TABLE    DU    ONZIEME    VOLUME. 


ERRATA. 


quatre  manuscrUsduDtsèsteTsXTnVn  '^^^^^ris  possède  Pingt- 

qualre  manuscrits  des  ii7iit,l/  r  ^'^^"'^'^^g"^  <^^  Pans  possède  pmgi- 
et  quinze  auœTsJloLf  ej,/  J^^^^^ien  dont  neuf  avec  le  texte  stul 
du  Digeste  .-iliiTil  t  '/"  outre,  plus  de  quarante  manuscrits 
Uorentr,  li  ez  fi^^    I.T7-rr''''\?=  miscellanea;-\h\A.a.  35  , 


SUITE  DE  U ERRATA. 


cù  ttriturea  ■,^p.  233,  I.  12  et  16,  Borry  de  St.-Vincem^  Ihez  :  Bory  deSt- 
l^mcenli  ibid.,  dernière  W^nc^ propriété,  lisez  •.prospérité;  —  p.  239, 1.  33, 
harmante,  lisez  :  chantante  ;  —  p.  2^2,  au  bas  de  la  page,  5i*  cahier , 
isez  :  32«  cahier;  —  p.  254,  I.  20,  àferme,  lisez  :  enferme:-—^.  261,  1.  19, 
fiiTti,  lisez  :  effets;  —  p.  262,  1.  i5,  ne  se  remplisse,  lisez  :  se  remplisse'; 
—p.  270,  1,  22,  intitulions,  lisez  ;  instructions  ;—  p.  3oi,  I.  4»  la  première 
Inousgui  offrira  ,  lisez  :  nous  offrira;  —  p.  34i,  1.  6,  Gajol,  lisez  :  Guyot  ,- 
—p.  35i,  1.  56,  Vadjal,  lisez:  f^adjah;  —  p.  55i,  1.  i4,  Hïati.,  lisez  Haïti'; 
—  p.  55i,  1.  k,forquhar,  \\%ti farqhar ;  —p.  557,  1.  10,  Madiolani,  lisez  : 
)fediolani;—i).  369,  1.  S,  Touellanoz ,  lisez  ;  Jovellanoz  ;  —  p,  43o.  1.  33, 
lu.  ho,  lisez  :  dw  5o  ;  —p.  572  ,  1.  18,  1 200,  lisez  :  200  ;  —  p.  577, 1,  28  et  29^ 
mr  le  comte  Beniouski ,  celle  d'une  comédie  de  Kotzebue ,  lisez  :  celle  du 
omte  de  Beniowski ,  comédie  de  Kotzebue  ;  —  p.  617,!.  21,  Champvaus, 
isez;  Champvans ;  —  p-  663,  I.  33  , passage  des  bateaux,  lisez  :  pesage  des 
bateaux  ;  p.  C72  et  673,  sir  Henrj  ,  lisez  :  .)/.  Sirhenrj-, 


DE  L'IMPRIMERIE  DE  J.   SMITH. 


WlS   i 


AP 
20 
R53 
1. 11 


Revue  encyclopédique 


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